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Swannnnnnn

HAINE, PEINE, PARSEME LE DILEMME

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14. Ça vrille | 13 juin 2008

Si elle parle à quelqu'un via une fréquence dédiée c'est forcément pour éviter une potentielle rupture de contact. Si c'est par un micro à la main, c'est parce qu'ils sont plus de deux, sinon un téléphone aurait suffit. Enfin, puisqu'elle est dans un hub européen de transports, tout se fait sur un canal crypté, voire une chaîne aléatoires de canaux, de sorte qu'à moins de connaître l'algorythme programmant fréquences et périodes à venir, même en ayant décrypté l'encodage de l'émission, aucun suivi de conversation n'est possible. Cela signifie un matos un peu onéreux et confirme que je ne suis pas tombé dans une vague manigance potache. En même les cadavres m'avaient aiguillés en ce sens.

- Ça va les gars ? Z'êtes conforts ?

Une voix nous arrache à nos réflexions, nous faisant sursauter et me faisant dégaîner.

- Ouh là... Calme Commissaire, c'est moi. César. Le tôlier.

En rengaînant, je ne peux m'empêcher un :

- Avé, celui qui est mort te salue.

Et je me tourne vers Aouche :

- T'étais pas censé appeler pour prévenir.

- J'imagine que si, mais je n'avais pas son numéro sur le deuxième téléphone ...

Il sent à mon aimable regard compatissant et compréhensif que l'heure tardive n'est pas vraiment à la mansuétude et arrête de s'enfoncer pour me céder la parole.

- Donc je résume : je suis mort, Aouche est en danger parce que je l'ai impliqué et une effluve brune s'échappe de la grande muette. Pour les détails, tu vois avec le Sieur "j'ai pas téléphoné rapport au fait que j'ai pas pu passque c'était pas possible".

César, n'étant jamais vraiment étonné de mes frasques, ne peut s'empêcher d'ajouter :

- Ce qui est emmerdant, dans les films de mort-vivants, c'est que le black se fait toujours buter... Et sinon, chers amis romanichels, non pas que votre présence ne soit pas enchanteresse et porteuse d'une allégresse que nous envieraient les rois mages, mais vous comptez stagner combien de nuitées ? Que je sache ce qui doit être annulé ou pas.

- Aouche étant assez peu au fait de mes déductions calendaires, de l'urgence présumée et de surcroît incapable de passer un simple putain coup de fil à la con, je vais donc répondre : je parierais sur 24 heures. Après, si ce n'est pas résolu, il faudra que nous bougions. Tous les trois.

- Y a pas, c'est un vrai plaisir d'être ton ami, conclut César. Être une vague connaissance, ce serait passer à côté de grands moments.

Retournant à l'objet de mes préoccupations, je me retourne vers Aouche :

- Tu ne m'as pas tout dit sur les vidéos. Ching Li, oui mais encore ?

- Son sac à dos.

- Oui. C'est un eastpack, il est garanti à vie et ?

- Il va pas avec le reste. Et il est plein et lourd. Regarde comment il penche. Pour une filature, c'est contradictoire, non ? De plus, elle ne le tient qu'à une seule épaule, donc elle veut avoir accès au contenu le plus vite possible.

- Ouais. Et ?

- Et je suis remonté au point zéro. Quand ton Dédé arrive pour la première fois sur un quai, elle est juste derrière lui. À un moment, j'ai même l'impression qu'elle lui passe la main dans le dos. Tiens regarde.

Et effectivement, à l'image, ça peut. C'est pas du 100%, mais tout invite à y croire, la position de son épaule et la prolongation du bras qu'elle impose si l'on part du principe qu'elle n'est pas une incarnation de Vishnou.

- Et alors Big Brother ? Dis-je doucement. Tu crois qu'ils se connaissaient ? Si c'était le cas, cela voudrait dire qu'elle le couvrait... Et, du coup, qu'elle n'a pas été d'une grande efficacité.

- Je n'en déduis rien. Je dis juste que c'est possible. Ça ne colle pas mais c'est possible.

César, qui ne s'était pas vraiment absenté mais seulement éloigné pour se prendre une bière blanche fraîche, lance un intriguant :

- Elle le marque.

Interloqués par l'enquêteur impétrant, en chœur, nous tournons nos visages dubitatifs d'un air désabusé, voire sceptique qui oblige l'empereur à développer sa céleste pensée.

- Elle le marque. Elle lui passe un produit dans le dos, un marqueur chimique, repérable dès que l'on porte les bonnes lunettes ou les bonnes lentilles. On s'en servait a poker pour marquer les cartes. On s'en sert aujourd'hui pour que des gens spécialisés en intelligence économique, puissent suivre un type dans la foule. Un GPS, c'est sympa, mais le degré de précision dans une meute... Et ça permet de passer le relais à quelqu'un dans une filature sans que le quelqu'un en question connaisse la cible. Maintenant, cela ne veut pas dire qu'elle ne le connaissait pas. Mais je suis à peu prêt convaincu par ma théorie.

Aouche me fixe :

- Ça se tient. C'est pas du bronze, mais ça fait sens.

- Donc, admettons qu'elle le marque, reprends-je, cela facilite sa poursuite. Bien. Elle parle  à ses copains pour leur dire "l'est là, puis là". OK. Elle aurait des collègues dans les alentours, parce qu'elle a peur de le perdre avec son gros sac ? Là, ça ne marche plus vraiment.

- Ou alors ...

Je reconnais bien là le sens du teasing journalistique césarien. Mes deux comparses, dès lors qu'ils ont le sentiment de pouvoir m'impressionner ont une capacité à cabotiner parfois déconcertante.

- Ou alors, reprend-il, elle l'a marqué pour qu'un inconnu puisse le reconnaître sans avoir le besoin de le connaître.

- Et le tuer murmure Aouche.

- L'accident prendrait des allures de meurtre prémédité et commandité, conclus-je.

Publié par Swannn à 11:51:37 dans Swannn | Commentaires (7) |

13. Ça pulse | 04 juin 2008

Je retrouve Aouche déjà installé devant trois écrans qui répartissent données et vidéos.

- Tu en as mis du temps Commissaire.

- Je viens de plus loin et j'avais quelques petites merdes à mettre en ordre.

- Et donc ? Tu es ... Mort ?

Poser la question lui coûte au point d'entendre un sanglot sourd. Comme si l'énoncé de ce contresens, à moins de se balader dans un film de Georges Romero, avait tout de même une part intrinsèque de vérité. Si jamais je meurs, il ne vaut mieux pas que je lui en parle, ça lui ferait trop de peine.

- Ouep. Je suis défunt. Et vu la façon dont ça a été exécuté, ça n'a rien de passionnel. De la belle ouvrage. Précis, pointu. Un truc de pro : l'école milouf, ça triche pas. Au fait, tu arrives à recevoir les images de la caméra filaire que j'ai branchée ? 

- Je n'ai pas encore essayé. Tant que je ne t'avais pas vu en vie, je ne voulais pas essayer. Question de superstition. Et puis je suis sur les vidéos de la gare du nord.

- Et alors ? Tu as trouvé des trucs intéressants ?

- Intéressants ?! Intéressant Commissaire, c'est un documentaire sur les sœurs Boleyn. Intéressant, c'est une réflexion sur l'homme et l'œuvre. Bref, intéressant, il y a des chaînes culturelles pour ça. Moi je fais dans l'exceptionnel, l'inattendu, le spectaculaire.

- OK, OK, Houdini. T'as quoi ?

- Des trognes plus ou moins familières.

- Putain ! Accouche Aouche !

- Je vais reprendre du début. D'abord, je te rappelle que tout tient par déductions puisqu'il nous manque la période clé. Ensuite j'ai réussi à trouver ton trio de militaires, j'ai même pu isoler la gachette souple. Mais là, on est dans le commun, le classique, à la limite du vulgaire.

Je ne réponds pas, je deviendrais désagréable. Un "hmm" suffit à remettre deux thunes dans bastringue.

- Non, le plus étrange, c'est ta future victime. Je la situe à plusieurs endroits. Sur plusieurs quais. À chaque fois il semble attendre quelqu'un en le cherchant. Le regard affûté. Je te montre.

Et, polyvalent, il joint le geste à la parole.

- Tiens, regarde, quai ligne 4, direction clignancourt, 1h44 avant de mourir. Et là, ligne 7, direction la Courneuve, 1h13 avant. Une heure plus tôt sur les quais du RER B et D, direction le nord de Paris.

- OK Big Brother, so what ?

- Tu vois Commissaire, j'ai toute ton attention pour le final. D'abord, la nana.

- Tu sais que t'es un pénible dans ton genre Aouche ? Quelle nana ?

- A chaque fois que Dédé est sur un quai, hors de son champ de vision, il y a une nana, asiatique, tailleur gris, tee-shirt blanc. Jolie au demeurant. Sinon, il ne faut pas se mentir, je ne l'aurais pas remarquée. La voir une fois ça égaye, deux fois, ça trouble, au-delà, ça interroge. Le problème, c'est qu'elle n'est jamais à proximité directe des caméras, et avec leur définition de merde, une identification prend toujours un peu de temps.

- Ouais, c'est une idée de militer pour des caméras haute définition. Je ne suis pas certain que cela entre dans les priorités de la RATP et de la SNCF, mais essaie, tu vas te faire plein d'amis ... Elle a quelle gueule Pépète ?

- C'est là la clef, Herr Kommissar. Un joli minois qui nous rappelle combien laisser vaquer ls coupables a des conséquences. "And now, let me introduce, from the far far east, from the far far right ..."

Voulant appuyer son petit effet d'annonce, l'écran devient noir pour se recomposer façon victoire de Mitterrand le 10 mai 81 (oui, au 20e siècle, il y a eu un président plus ou moins de gauche pendant 14 ans, depuis ...). Et là, sous mes yeux ébahis, un visage apparaît : mademoiselle Ching Li. Compagne marbrée d'un croate complètement cintré dénommé Jankic, alias Stéro eu égard à son goût immodéré pour la gonflette et les coups sang. Couple que nous avons laissé échapper pour mieux empêcher le Président du Sénat de faire un coup d'Etat (voir Brun Dessein, dès qu'un éditeur daignera faire son job). Logistiquement chargés des basses œuvres d'extrême droite, ils travaillaient toujours en duo d'après ce que m'avait appris mon épouse, spécialiste, entre autres, de ces choses brunes et pestilentielles. Sauf que la présence de Ching Li, à elle seule, ne signifie rien d'autre qu'une surveillance active. Les habitudes de travail étant ce qu'elles sont, m'étonnerais pas que son Oustachi ait traîné dans les alentours. Mais je suppute. Les habitudes ont la vie dure. Ils se sont peut-être séparés depuis que j'ai eu la joie de faire leur connaissance. Même des gens d'extrême droite peuvent subir revers et aléas sentimentaux... Naaan je déconne. Non pas qu'ils ne puissent pas humainement, mais, étant donné ce qu'ils ont vécu ensemble, les probabilités sont dans le camp de la continuité de la paire. Sauf s'il est mort, mais vu le nombre de merdes accumulées dans la journée, je ne vais pas trop miser sur ma veine de cocu (consentant, certes, mais cocu quand même).

- Tu as des images de Stéro ?

- Non mais je n'ai pas vraiment eu le temps de chercher. Tiens voilà Ching Li en vidéo ... Ce qui m'étonne c'est ce sac en bandoulière, il ne va avec l'ensemble. Trop sport.

- Tu peux zoomer ?

- Oui mais ça va rien changer. T'es pas dans un film américain, l'image ne va pas être plus précise.

- Je sais Aouche, je sais. Elle a quoi dans la main ?

- Je ne sais pas moi... Un mouchoir, elle a peut-être la crève.

- Non, c'est une méchante. Les méchants n'ont jamais de maladie superficielle, parce qu'ils sont méchants et que les mcrobes ont peur. Tiens, splitte l'écran avec plusieurs vidéos de Ching-Li.

- Ja wohl, Herr Kommissar.

Nous restons silencieux pour faire semblant de nous concentrer. Et voilà.

- Elle fait semblant de se moucher. C'est un micro.

 

Publié par Swannn à 16:27:25 dans Swannn | Commentaires (1) |

12. Ça flippe | 30 mai 2008

Ça se complique dangereusement. Déjà un cadavre chez moi, ça fait désordre, mais un dessoudage au fusil silencieux sans que l'effraction n'ait été détectée ... Je suis tombé sur les Michel Ange du passage ad patres. L'avantage d'être flic dans cette situation, c'est que l'on garde naturellement son calme pour faire le point en très peu de temps.

Tout d'abord, manifestement ils ne cherchaient pas à faire croire à un accident. Ils ne visaient que moi puisque l'ingénieux système de poulie était à l'entrée de la chambre pour éviter l'accident bête dont feu mon ami restaurateur a été victime. Cela signifie qu'ils savent que je vis seul. Ils veulent être discrets, d'où l'ajout d'un silencieux. Ils veulent tuer, d'où le fusil visant la tête. Ils pensent et veulent que la mort soit découverte demain dans la journée, d'où le silencieux. Sauf s'ils veulent faire passer une équipe de kärcher pour effacer toute trace. De toute façon, ils sont pressés et persuadés que je sais ou que je peux découvrir quelque chose de compromettant. Donc ils me surveillent. Comment ? Pas le temps.

Je me déshabille aussi vite qu'un ado lors de première échappée sexuelle, et me rhabille tout aussi fissa. Je prends un autre téléphone portable :

- Aouche ?

- Quoi ?

- Je viens de mourir. Tu te barres par les toits avec un matos light, le deuxième téléphone et un flingue. Magne-toi, ça sent le sapin pour tous ceux que je connais.

- OK. Chez César ?

- Oui.

Je passe un deuxième coup de fil pour laisser un message sybillin à mon épouse :

- Ni mort, ni disparu. Prudence.

Une fois cette urgence passée, deuxième partie du scénario, plus délicate, Bocuse ayant à peu près mon physique, et les dents dans le fond du crâne, il n'est pas vraiment identifiable. Je le désape et resape avec mes anciennes fringues et quelques effets identifiants dont mon arme de service, holster, téléphone, alliance, tricol... C'est pas très correct pour le défunt, sa famille, etc. mais ça va permettre d'éviter d'autres deuils dans les heures à venir puisque, depuis quelques minutes et pour quelques heures à venir, je suis mort.

Le plus dur dans la mort, c'est la permanence. Pour moi, normalement, ça doit être temporaire, mais au fur et à mesure de mon changement de sapes, je me sens de plus en plus à poil. Des esprits cartésiens trouveraient cela bien normal, rapport au changement de fringues. Certes. Cependant ma nudité est plus métaphorique que physique. Depuis que je suis mort, mon deuxième corps s'est barré. Tous les privilèges dûs à mon rang me sont - évidemment - retirés. Sauf qu'une enquête en free lance, c'est tout de suite un chouïa plus coton. "Au cas où", j'ai pris quelques précautions : accès informatique backdoor au réseau protégé, quelques armes de poing légères, quelques comptes et menues monnaies, autres identités, ... Des trucs de parano classiques.

Le plus chiant va quand même être de choisir des gens à faire entrer dans la confidence. Je ne comprends toujours pas ce qui se trame, mais les proportions meurtrières que cela prend me font inévitablement penser que je suis un simple piéton, au milieu de la voie, qui tente d'arrêter, à la main, un train qui prend de la vitesse. Je ne dis pas que c'est impossible, mais c'est complexe.

Je jette un coup d'oeil à Bocuse, il va faire illusion le temps qu'il faut. Car tout est là : combien de temps ne suis-je plus nuisible pour mes tueurs ?Entre 12 et 24 heures si le cadavre est découvert par des confrères et l'identification par les tests ADN. 48 heures si les commanditaires  évacuent le cadavre : 24 heures pour être considéré  comme un disparu prioritaire, 48 pour devenir l'homme le plus recherché de France avec les petits désagréments afférents pour mes tueurs comme, par exemple, une dizaine d'enquêteurs reniflant la piste jusque dans les chiottes tchétchènes chères à Poutine. Ils cherchent donc 24 heures de tranquillité.

J'aboutis à cette conclusion alors que je suis en équilibre plus ou moins stable sur le toit en zinc de mon vieil immeuble bourgeois. Je remercie le progrès de ne pas être arrivé jusqu'ici avec ses panneaux solaires et autres cellules photovoltaïques, l'écologie a ses avantages sauf en cas de fuite. Un coup d'œil aux lumières de la ville, un clin d'oeil à Bohringer père et je me glisse dans l'immeuble du fond de l'impasse pour sortir là où l'on ne m'attend ni remarque. Fatigant d'être mort, j'ferais pas ça tous les jours.

Direction : le hangar de César. Ancien garage et nouveau loft. Planté à côté du canal de l'Ourcq, loué une misère et sis au cœur de la branchitude. Après Bastille, puis le canal Saint-Martin, il s'est trouvé qu'en remontant le fil de l'eau, l'encanaillement aidant et les idées venant surtout à ceux qui en cherchent, la cicatrice aqueuse qui scinde le 19ème arrondissement est devenue l'endroit dont les abords sont hypes et djeunz. Autrement dit, ce que j'abhorre et au milieu de quoi je vais faire tache. Heureusement, César dans son infinie bonté, et surtout prévoyant qu'il oublierait tôt ou tard ses clefs en un endroit qu'il ne reconnaîtrait pas, avait pris sur lui de me confier un trousseau ainsi qu'à Aouche, histoire d'être certain de pouvoir rentrer chez lui. C'est maintenant à nôtre tour.

 

Publié par Swannn à 18:47:00 dans Swannn | Commentaires (1) |

11. Ça charcute | 20 mai 2008

Les de Mahus ne sont pas forcément casher... Me voilà bien avancé. Finalement, j'appelle un chauffeur pour qu'il me dépose chez moi, rue du Trésor. Une fois posé au pied de mon immeuble, je termine l'inventaire de ce que peuvent contenir mon frigo, mon congélo et mes placards pour réaliser que quelle que puisse être la combinaison des ingrédients, rien de satisfaisant n'en sortira. Et, vue la journée de merde que je viens de passer, je n'ai aucune raison de la clore par un dîner tout pourraga. Je vais donc m'installer à "ma" table dans mon estaminet habituel en face de chez moi et manger une salade faite sur mesure pour mes délicates papilles.

Je suis entre la commande et le service quand Aouche se rappelle à mon bon souvenir.

- Tu fais chier Dersal.

- Mais encore ?

- Pour UNE fois, une fois que j'organise un moment romantique puis charnel ...

- Ouais et ?

- Et bah je n'ai pas pu remettre le couvert. Tu te rends compte ?

- Woh là !! Je t'arrête mon ami, je n'y suis pour rien moi.

- C'est pas vrai Dersal. Et tu le sais. Fallait pas me refiler tes vidéos à la con. L'envie a pris le dessus sur l'autre.

- Aouche ?! T'as pas congédié Gudrun quand même ?

- Même pas eu besoin. Quand elle a vu que ma recherche de verre d'eau m'avait amené devant deux écrans splittés en quatre parties chacun, elle a dû se douter que la goujaterie prenait le pas sur la volupté... Tu fais vraiment chier Dersal.

- Si tu veux que ce soit de ma faute, pas de problème. Si tu veux, je pourrai même te faire un mot, pour lui dire que tu es agent secret et que cette nuit tu avais mission... C'est pour ça que tu m'appelles ?

- Non. Enfin oui, mais non.

- Je crois que c'est ce qui me plaît le plus chez toi Aouche : la clarté, la fluidité du raisonnement, la ...

- Ta gueule Commissaire. E t'appelle pour te dire que j'aurai fini le visionnage et les captures icono dans une paire d'heures, et que maintenant quevtu as bien pourri ma soirée, j'espère bien gâcher ta nuit.

- C'est mesquin mais ça se tient.

- Si ça se trouve, c'était la future mère de mes enfants.

- Aouche, commence par reconnaître ceux qui sont nés.

- C'est mesquin mais ça se tient.

- Tu me rappelles qand tu es prêt.

- Da Tovaritch commissaire divisionnaire.

- Y'a pas, ça chie à l'oreille.

Et je raccroche, sinon ça va partir en concert de saillies drolatiques, vannes nulles et concours de pets. Entre temps, le serveur m'a servi, je commence à dîner le dîner et à boire la boisson. Le regard un peu perdu, je fixe alternativement chaque source de mouvement, ce qui doit être de l'ordre du réflexe chez moi. Là un couple poussant leur progéniture en landau, ici la discussion argumentée de trois comparses passablement avinés, là-bas un type pressé qui sort de mon immeuble avec une sale gueule de conspirateur... Il faudrait que ma voisine à gros seins arrête de cocufier son concubin à des heures si tardives. J'en suis au dernier morceau de ce divin jambon qu'est la patte noire sur ma plancha, quand le patron du resto s'installe en face de moi.

- Alors commissaire, t'as encore bossé tard ? Ce qui est dingue avec vous les fonctionnaires, c'est que même payés à rien foutre, vous le faîtes tard...

- Ce qui est fou avec les restaurateurs, c'est que même de gauche, vous restez très con.

- Mauvaise journée Commissaire ?

- Disons qu'elle a été ... "incompréhensible", ce qui la rend particulièrement désagréable pour un cartésien comme moi. Sinon, la routine : un ami est mort d'une crise cardiaque, ma femme partouze, les militaires font chier ...

- Désolé pour ton ami. Toutes mes condoléances.

- Merci pour lui.

Un silence, toujours un peu gêné en telles circonstances, s'installe. Une fois que les trente secondes commémoratives qui font la minute sont passées, Bocuse reprend.

- Je sais que ça va sembler un peu incongru, mais j'aimerais bien récupérer Romanzo Criminale. Tu as eu le temps de le regarder ?

- Ouais, c'est plutôt pas mal. Tu le veux maintenant ? J'ai pas une folle envie de grimper les étages pour les redescendre pour les regrimper. Le sport, c'est bien pour ceux qui aiment. Moi, je n'aime pas. Mais si c'est urgent, tu peux aller le chercher, il doit être à côté de mon écran dans la chambre.

J'accompagne la proposition de mon trousseau de clefs. De toute façon, il connaît mon appartement par chœur ...

- Tu te souviens de l'ordre des clés ?

- Alzheimer et moi, on fait encore deux Commissaire.

Replongé dans la fin de ma salade, c'est à la dernière feuille que je trouve le temps d'exfiltration du DVD un peu long. Je hèle familièrement un garçon pour m'enquérir d'un retour du patron passé inaperçu. Que schmoule. Je lui dis de garder l'addition au frais avec une mousse aux trois chocolats et je rentre dans mon immeuble.

Enfin, j'essaie d'entrer, vu que je n'ai plus mes clés et qu'il faut un plan B (comme pour l'Europe, mais en vrai). En l'occurrence, il s'agit de la voisine à gros seins, "BB" ou "Big Boobs" pour les intimes dont je ne suis pas. Au terme de trois appels à sonnerie stridente, elle répond d'une voix fluette et suraigüe :

- C'est toi mon roudoudou ?

- Non mon loukoum d'amour, tu peux ranger ta poitrine, c'est Dersal. Ouvre-moi et prépare mes clefs s'il te plaît, mon plombier a dû s'endormir.

Je monte les marches quatre à quatre, chope les sésames au vol et pénètre chez moi dans un silence religieux. Silence qui se prolonge quand je vois un fil reliant la porte de ma chambre vers l'intérieur de la pièce. Silence interminable quand je vois qu'un trou a remplacé le visage de celui qui souhaitait juste récupérer un DVD. Le mien n'est plus Lenôtre...

Publié par Swannn à 10:06:46 dans Swannn | Commentaires (2) |

10. Ça discutaille | 05 mai 2008

Je reste bouche bée devant Gonzague. Soit nous avons affaire avec une femme qui a pris sur elle de se garroter la jambe alors qu'elle pissait le sang et hurlait à la mort, ce qui est fort courant dans n'importe quel film de série Z. Soit il y a comme une couille dans le pâté. Je congédie Gonzague non sans lui demander les numéros du commissaire de l'IGPN, j'ai dans l'idée que nous allons devoir faire un "petit bilan d'étape" à coup d'explications approfondies.

Je commence par son poste au bureau, des fois qu'il ait des horaires aussi cons que les miens. Nada. Bien sûr. J'en viens donc à son portable sur lequel je laisse un message légèrement comminatoire. Puis j'appelle chez lui, il n'y a pas de répondeur, donc je ne laisse rien. Un peu opiniâtre, je réessaye le portable disant cette fois-ci que je vais rappeler toutes les cinq minutes à moins qu'il ne prenne l'initiative de me joindre aux numéros indiqués précédemment. J'ajoute à cela une petite sollicitation sur son bipper, j'hésite à appeler ses parents et, finalement, mon combiné sonne.

- Dersal ?

- Je vous l'ai déjà dit, c'est commissaire divisionnaire.

- Ouais. Et puis ?

- Va falloir causer better my dear, sinon l'IGPN va rapidement n'être qu'un souvenir et "flic de flic" de retour dans un service, c'est samba tous les jours.

- Dersal ?

- Je vous l'ai déjà dit, c'est commissaire divisionnaire.

- Ouais. Et puis ?

- Va falloir causer better my dear, sinon l'IGPN va rapidement n'être qu'un souvenir et "flic de flic" de retour dans un service, c'est samba tous les jours.

- Que puis-je pour vous être utile commissaire divisionnaire ?

- Je vous sollicite parce qu'il y a deux ou trois détails qui restent par trop dans l'ombre, et j'ai besoin de vos lumières. Par exemple, vous avez été saisi de l'affaire alors que tout cela est interne à l'armée : comment est-ce possible ? Dans le descriptif de la scène, une femme perd malencontreusement une jambe et n'est ni hospitalisée, ni inhumée : comment se fait-ce ? Au commissariat de Gare du Nord, le commissaire vient tout droit de Lozère en moins de deux jours : pourquoi ? Dans la station, il n'y a pas de scène de crime, et le seul témoin qui s'avère être un SDF a disparu : savez vous où il se trouve ? Enfin, un dernier point, le directeur de cabinet du Premier ministre sur ordre duquel vous m'avez adressé le dossier meurt d'une crise cardiaque après avoir parlé à votre jeune comparse : troublant, non ?

Suit un silence signifiant manifestement l'inconfort de mon interlocuteur.

- Vous êtes rapide Dersal. On m'avait dit que vous étiez bon. C'est con d'être aussi bon quand ça sert à rien, Dersal. Vous êtes dans la merde maintenant. En fait vous êtes arrivés au bout de ce que vous pouviez apprendre. Tout le reste ne vous attirera plus que des emmerdes. Mais vous dire ça, c'est vous provoquer. Ça va vous donner envie de fouiller encore. Une chose quand même : votre ami, Étienne, de Mahus n'y est pour rien.

- Et pour le reste ?

- Pour le reste ? Disons que lorsque l'on veut connaître les desseins de Dieu, il faut délaisser la parole de ses anges. Fussent-ils exterminateurs.

- La chrétienté et moi, on est un peu brouillés, quelques points de vue divergents, et les métaphores, la finesse, la poésie, ça m'emmerde, c'est pour ça que je suis flic, vous voyez ?

- Non. Et ce n'est pas mon affaire. Ne me contactez plus.

Et il clot la discussion ainsi que la connexion. J'ai un peu l'impression d'être enfermé dans une pièce noire, sans mur pour m'appuyer, sans interrupteur : une aveugle en désert clos.

Et puis, ça sent la trouille. Ça cache, ça se dissimule, ça se carapate, ça meurt, ça disparaît, ... Je pourrais faire comme Thomas Dutronc et aller claper un bon gros steak frites en proclamant la révolution du saucisson, ou alors j'appelle une autre personne. Je n'ai pas envie de tubercules.

- Allo ? Bêtim ?

- « Commissaire Bêtim » ! Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai une soirée et je vais devoir délaisser mon téléphone mon cher époux.

- Ça va pas.- Moi non plus ! C'est pour ça que je m'envoie en l'air avec tout ce qui me plaît.

- Tu sais que, parfois, la légitimité de notre couple m'échappe, ma chère et tendre épouse ...

- Mais non, Darling, mais non... En revanche, il faudrait que tu craches fissa ta Valda, j'ai des envies futiles à satisfaire.

- Etienne est mort.

- Je sais. Et c'était un ami à toi, bien à toi et bien trop à droite pour être à moi.

- Je suis sur une enquête totalement illogique aux contours plus que flous.

- Mon cher mari, dois-je te rappeler qu'outre le fait "d'être pressée d'être pressée", le principe même d'une enquête est justement d'avoir des contours incertains et une cible qui se précise au fil des avancées ?

- Ma chère épouse, outre le fait que me prendre pour un débile est légèrement discourtois, si je t'appelle, c'est que j'ai une bonne raison.

- Quelle est-elle donc ?

- Un truc susceptible d'éveiller l'attention d'une femme en quête de bête immonde à pourfendre.

- Je suis toute ouïe.

- Non, en fait, je n'en sais rien. Je me suis dit que comme cela avait avoir avec la grande muette et qu'elle a souvent pourvu aux troupes brunes et vert-de-gris que tu pourchasses ...

- Ouiii ?

Je lui fais un résumé qu'elle conclut d'un

- Je me renseigne dans la nuit, je n'ai rien pour noter pour l'instant.

Mais avant de raccrocher elle me glisse :

- De Mahus ... Vieille famille, mauvaises graines, mais parfois de jolis fruits.

Fin de la conversation. Autant avoir une intimité avec une commissaire de la DRI peut avoir d'indéniables avantages, autant le partage de cette intimité avec d'autres a de multiples désagréments.

 

Publié par Swannn à 17:22:28 dans Swannn | Commentaires (7) |

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