<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?>
<!--  RSS generated by Flaimo.com RSS Builder [2009-11-21 21:26:10]  --> <rss version="2.0">
<channel>
<copyright>Copyright 2008 Blogg</copyright>
<pubDate>Sat, 21 Nov 2009 21:26:10 +0100</pubDate>
<lastBuildDate>Sat, 21 Nov 2009 21:26:10 +0100</lastBuildDate>
<docs>http://www.blogg.org/blog-55642.html</docs>
<description>le blog de Jacques Ancet</description>
<link>http://www.blogg.org/blog-55642.html</link>
<title>Lumière des jours</title>
<language>fr</language>
<category>Blogg</category>
<ttl>60</ttl>
<item>
<title>A suivre</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-1107373.html</link>
<description><![CDATA[<p style="text-align: center;"><span style="font-size: xx-large;"><strong>Blog &agrave; suivre sur <a href="http://jancet.canalblog.com/">Canalblog</a></strong></span></p>]]></description>
<category>Biobibliographie</category>
<pubDate>Sun, 15 Nov 2009 14:12:10 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-1107373.html</guid>
</item>
<item>
<title>Luire</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-999796.html</link>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">&nbsp;<strong>Luire</strong><br /><br /><br /><em><span style="font-size: xx-small;">Il ne faut pas briller, mais luire.</span></em><br /><span style="font-size: xx-small;">Antoine Emaz</span><br /><br /><br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp; Parce qu&rsquo;elle est une exploration de l&rsquo;inconnu, l&rsquo;&eacute;criture po&eacute;tique en suscite souvent une autre dans ses marges, comme son image invers&eacute;e&nbsp; : celle qui, par r&eacute;flexion ou m&eacute;ditation, cherche &agrave; lui trouver une coh&eacute;rence, un sens alors que la confusion est son centre m&ecirc;me. Qu&rsquo;est-ce qui pousse ainsi &agrave; perdre sa vie (&agrave; la gagner ?)&nbsp; dans cette activit&eacute; o&ugrave; toujours quelque chose appelle et &eacute;chappe &agrave; la fois ? Qu&rsquo;en est-il de ces pannes de son et d&rsquo;image qui sont, dans le cours quotidien, l&rsquo;irruption du po&egrave;me ? Questions sans r&eacute;ponses que ne cesse, pourtant, de se poser avec obstination un certain nombre d&rsquo;&eacute;crivains ou de po&egrave;tes dont les notes, les aphorismes, les cahiers nous font entrer dans l&rsquo;atelier &mdash; la &laquo; fabrique &raquo; disait Ponge &mdash; d&rsquo;un travail souvent imperceptible et obscur. Antoine Emaz est de ceux-l&agrave; et, de ce point de vue, ses carnets r&eacute;unis sous le nom de Cambouis&nbsp; (on est bien, oui, dans l&rsquo;atelier, dans la m&eacute;canique) me paraissent exemplaires.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp; Suite ininterrompue et non dat&eacute;e de brefs paragraphes qui vont de l&rsquo;aphorisme &agrave; la page, en passant par des notes de quelques lignes, ce livre tresse &eacute;troitement, pour en faire un seul mouvement d&rsquo;&eacute;criture, cinq types de textes (on pourrait en trouver d&rsquo;autres) : ceux sur le travail d&rsquo;&eacute;crire, ceux sur les conditions de ce travail &mdash; o&ugrave;, quand, dans quel &eacute;tat d&rsquo;esprit, etc.,&mdash; , ceux de r&eacute;flexion critique proprement dite sur tel ou tel auteur (Reverdy, Follain, Du Bouchet, Sacr&eacute;, dont Emaz revendique la filiation), ceux qui &eacute;voquent des moments de vie saisis dans leur fugacit&eacute;, ceux enfin sur le m&eacute;tier de professeur et les difficult&eacute;s du quotidien. On a donc affaire &agrave; un livre o&ugrave;, avec une remarquable justesse, se croisent la vie et l&rsquo;&eacute;criture, l&rsquo;&eacute;criture et la vie dans un continu ind&eacute;m&ecirc;lable qui est la marque du v&eacute;ritable &eacute;crivain.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce qui expliquerait, malgr&eacute; de multiples sujets de r&eacute;flexion, le retour obstin&eacute; d&rsquo;une interrogation centrale: qu&rsquo;en est-il du rapport entre vivre et &eacute;crire, entre le langage et le monde ? Question qui, depuis au moins Don Quichotte traverse toute la litt&eacute;rature occidentale. Oui, &laquo; Comment &eacute;crire ce qui est ? &raquo;, se demande Antoine Emaz, lui qui sait bien qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas le monde d&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; et les mots de l&rsquo;autre, mais une circulation ininterrompue dont l&rsquo;&eacute;changeur-catalyseur est le po&egrave;te lui-m&ecirc;me qui construit le monde dans son &eacute;criture tout autant que celui-ci ne cesse de la susciter : &laquo; Un jardin. Ce jardin. Le mimer en mots. Voil&agrave; bien quelque chose d&rsquo;impossible. Alors pourquoi ce d&eacute;sir d&rsquo;&eacute;crire le jardin ? Sans doute que ce n&rsquo;est pas le jardin qui importe mais bien plut&ocirc;t mon regard, mon envie d&rsquo;&ecirc;tre l&agrave;, cette lumi&egrave;re, la mise en mots, la m&eacute;moire... &raquo;.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp; &Aacute; partir de cette question, se pose le probl&egrave;me du comment. Comment &eacute;crire ? D&rsquo;ailleurs, le choisit-on ? Antoine Emaz en doute : &laquo; Le po&egrave;te dit ce qu&rsquo;il peut &raquo;. C&rsquo;est pourquoi il ne peut que r&eacute;affirmer les parti-pris qui sont &agrave; l&rsquo;origine de tout son travail : ceux du peu, du pauvre, du gris : &laquo; Parvenir &agrave; une musique pauvre, presque plus musique, presque seulement du son ferm&eacute;... &raquo; ; &laquo;&nbsp; ... un po&egrave;me carr&eacute; gris sur fond gris. &raquo; ; &laquo; La po&eacute;sie, vue de ma fen&ecirc;tre, comme un art du peu, du pauvre &raquo;. D&rsquo;o&ugrave; une suite de cons&eacute;quences n&eacute;cessaires. La premi&egrave;re est &eacute;thique : &laquo; De l&rsquo;urgence d&rsquo;une po&eacute;sie qui ne triche pas &raquo; ; &laquo; On &eacute;crit sans doute parce qu&rsquo;on n&rsquo;a rien d&rsquo;autre pour tenir droit dans un monde de travers&raquo;&nbsp; ; la seconde est existentielle : &laquo; La po&eacute;sie est ce qui r&eacute;siste &agrave; l&rsquo;enfermement [...] La po&eacute;sie se glisse dans les interstices, les marges, les places laiss&eacute;es libres &raquo; ; la troisi&egrave;me est esth&eacute;tique (mais ce terme signifie-t-il encore quelque chose ?) et nous vaut ce magnifique et laconique art po&eacute;tique : &laquo; Il ne faut pas briller, mais luire &raquo; ; avec ce corollaire tr&egrave;s classique : &laquo; On n&rsquo;a jamais fini d&rsquo;enlever du trop &raquo;.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce peu, cette pauvret&eacute;, sont indissolublement li&eacute;s au d&eacute;sir d&rsquo;&eacute;crire les choses les plus simples. Parce que c&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;est la vie, son &eacute;blouissement minuscule, son passage qu&rsquo;on ne voit pas. D&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;obstination &agrave; &eacute;crire le jardin, le lilas, la glycine, le jour qui vient, s&rsquo;en va : oui, ce qui est. Or ce qui est, c&rsquo;est ce qui n&rsquo;est pas : &laquo; Mais l&rsquo;essentiel de toutes ces pages, c&rsquo;est du rien, de la vie qui passe comme ci ou comme &ccedil;a... &raquo;. Alors pour habiter ce &laquo; moment de vie et de langue &raquo; qu&rsquo;est le po&egrave;me, il faut s&rsquo;ouvrir (&laquo; j&rsquo;attends un vers qui ouvre &raquo;), s&rsquo;abandonner (au double sens) pour accueillir ce qui, si l&rsquo;on est trop soi, ne pourrait pas venir : &laquo; &Eacute;crire, c&rsquo;est prendre ce qui vient comme &ccedil;a vient, avec les mots qui viennent &raquo;. Se sentir un instant, ici et maintenant, un morceau du monde : &laquo; Conscience neutre d&rsquo;&ecirc;tre une parcelle de ce qui est, pas d&rsquo;avantage, pas moins &raquo;.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il s&rsquo;ensuit que le po&egrave;me, pour Emaz, n&rsquo;est plus ce court texte monolithique enferm&eacute; sous son titre, tel qu&rsquo;il se pr&eacute;sente encore tr&egrave;s fr&eacute;quemment, mais une suite de stases existentielles, une intermittence continu&eacute;e qui, au bout du compte finit par faire un livre : &laquo; L&rsquo;unit&eacute; de base du po&egrave;me est la s&eacute;quence ; elle va d&rsquo;une s&eacute;paration l&rsquo;autre, d&rsquo;une page l&rsquo;autre... Le po&egrave;me est fragment&eacute;, annel&eacute;. L&rsquo;unit&eacute; de base est elle-m&ecirc;me compos&eacute;e d&rsquo;une suite de micro-s&eacute;quences s&eacute;par&eacute;es par des doubles blancs. De ce point de vue le po&egrave;me pourrait se d&eacute;finir comme un ensemble dynamique de s&eacute;quences elles-m&ecirc;mes constitu&eacute;es dynamiquement de s&eacute;quences plus courtes [...] On obtient donc une tension entre le discontinu des fragments, et le mouvement, la force qui unifie l&rsquo;ensemble &raquo;. Or, ces fragments et cette continuit&eacute; correspondent &agrave; la rencontre du temps instantan&eacute;, inaccessible, des choses et de la fragile dur&eacute;e humaine. Dans le bref saisissement du po&egrave;me, dehors et dedans, soudain, ne signifient plus rien : &laquo; Ext&eacute;rieur bleu. Intensit&eacute; du ciel. Rester au plus pr&egrave;s du simple. Ne pas s&rsquo;&eacute;lever. Alors le plus simple, un volet, une lumi&egrave;re, un feuillage, devient vertigineusement dense. Alors, je suis dans dehors &raquo;. Le po&egrave;me est la trace, le t&eacute;moignage de cette rencontre.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp; Livre n&eacute;cessaire, donc, parce qu&rsquo;&eacute;crire et vivre y sont ins&eacute;parables. Journal, si l&rsquo;on veut, mais &eacute;vasif et sans date, o&ugrave; ne cessent de se croiser, de se combattre, de se nourrir r&eacute;ciproquement les pesanteurs quotidiennes &mdash; l&rsquo;enseignement, la vie de tous les jours, les relations avec les autres &mdash;&nbsp;&nbsp; et le difficile travail d&rsquo;&eacute;crire. Un travail fait d&rsquo;attente (&laquo; C&rsquo;est peut-&ecirc;tre &ccedil;a l&rsquo;essentiel d&rsquo;une vie de po&egrave;te : l&rsquo;attente &raquo;), d&rsquo;obstination, et de ces moments o&ugrave; soudain tout entier pr&eacute;sent &agrave; lui-m&ecirc;me, l&rsquo;&eacute;crivain s&rsquo;efface, int&eacute;rieur et ext&eacute;rieur confondus, dans l&rsquo;amn&eacute;sie du pr&eacute;sent recommenc&eacute;. &Eacute;crit-on pour cela ? Pour, si br&egrave;ve soit-elle, cette co&iuml;ncidence, cette sagesse instantan&eacute;e d&rsquo;&ecirc;tre simplement l&agrave;, ni plus ni moins : &laquo; Calme du soir, je prends cette paix comme une &eacute;ponge, je l&rsquo;absorbe. &Aacute; peine un l&eacute;ger mouvement dans le feuillage des acacias et d&rsquo;un coup me para&icirc;t lointain, aussi bien la mort programm&eacute;e de M. que les bricolages &agrave; faire dans la maison ou bien le travail d&rsquo;&eacute;criture. Une certaine qualit&eacute; de rien, c&rsquo;est-&agrave;-dire un jardin silencieux, suffit &raquo;.<br /><br /></p>]]></description>
<category>Lectures</category>
<pubDate>Thu, 26 Mar 2009 10:24:00 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-999796.html</guid>
</item>
<item>
<title>L'identité obscure</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-983963.html</link>
<description><![CDATA[<p>Vient de para&icirc;tre</p>
<p><img src="http://www.decitre.fr/gi/03/9782914577403FS.gif" alt="" width="153" height="217" /></p>
<p><em><strong>L'IDENTITE OBSCURE </strong></em>&eacute;ditions Lettres Vives, 2009<br /><br /><br /><br />Chant 10<br /><br />La neige dis-tu aussi n'est pas un blanc manteau,<br />elle n'habille rien, elle r&eacute;v&egrave;le ce qui,<br />sans elle, serait invisible, l'arbre ou la ville<br />enfouis sous leur nom soudain surgissent dans les yeux<br />comme un morceau d'inconnu, un poudroiement de givre,<br />un damier gris et blanc o&ugrave; h&eacute;site la bu&eacute;e<br />fixe du regard, va-t-il se perdre, se trouver,<br />et s'agit-il seulement du regard quand le froid<br />te saisit, comme on dit, t'arr&ecirc;te pour mieux te mordre<br />mais sans bouche, bien s&ucirc;r, sans dents, toutes les images<br />s'&eacute;parpillent, p&acirc;lissent, tu dis le froid et moi<br />moi et le froid, tu r&eacute;p&egrave;tes moi, froid, tu &eacute;prouves<br />sur tes l&egrave;vres cette unique syllabe, l'&eacute;cho<br />qui de l'un &agrave; l'autre vous confond, alors plus de mot,<br />la seule pr&eacute;sence tomb&eacute;e comme un bloc massif,<br />une sorte de suspens o&ugrave; tout se p&eacute;trifie,<br />l'haleine, l'espace, le temps lui-m&ecirc;me devient<br />pauvre, tu ne te reconnais plus, ta voix se fige,<br />tu suces un morceau de glace sonore, plus rien<br />ne sort de ta bouche qu'un filament de salive                <br />qui luit, qui durcit, pourras-tu jamais parler,<br />les jours se succ&egrave;dent comme des images blanches,<br />ils t'emportent, te ram&egrave;nent &agrave; la m&ecirc;me pr&eacute;sence<br />de cette voix qui parfois en sait bien plus que toi,<br />on dirait qu'elle n'a pas boug&eacute;, qu'elle t'attend        <br />tu ne sais o&ugrave;, quelque part au milieu de ces mots<br />qu'elle prononce dans ta bouche, tu les &eacute;coutes,<br />tu parles comme si tu ne savais pas parler,<br />ce que tu dis tu ne le comprends pas mais c'est l&agrave;,<br />c'est une &eacute;vidence comme l'air que tu respires,<br />comme cette table sous ta main o&ugrave; tu t'appuies,<br />qui te r&eacute;siste, qui te rappelle le miracle<br />quotidien, aller dans la vapeur du jour lev&eacute;,<br />traverser une place, dire je suis vivant,<br />je marche, je fais l'espace, longer une rue,<br />le caf&eacute; o&ugrave; l'homme lit les nouvelles du jour,<br />le joailler, le magasin de pr&ecirc;t-&agrave;-porter,<br />r&eacute;p&eacute;ter je suis vivant, entrer dans une all&eacute;e, <br />passer &agrave; c&ocirc;t&eacute; d'un v&eacute;lo, de quatre poubelles,<br />monter des marches poussi&egrave;reuses, ouvrir une porte,    <br />la refermer, &eacute;couter les voix dans l'escalier, <br />le petit chien qui s'&eacute;gosille, le grincement<br />des pas au-dessus, ne plus dire mais se sentir<br />vivant, malgr&eacute; tant de raisons de ne pas y croire,<br />vivant, oui, tu voudrais que tout r&eacute;p&egrave;te avec toi<br />vivant la table, la chaise, vivant le passant<br />crois&eacute;, vivant le feuillage, le ciel qui se couvre,<br />les toits poudr&eacute;s de neige, le vent froid qui te giffle,<br />l'air qui te traverse, vivant, mais les mains tendues,<br />les corps prostr&eacute;s, les yeux vides crachent leur silence,<br />alors tu ne dis plus, tu t'enfonces dans ta honte<br />de vivant vivant, tu sens quelque chose qui monte<br />en toi, qui appelle, une rumeur, un grondement,<br />et quand tu cries, ce n'est pas toi qui crie mais le cri<br />de toutes les gorges dans ta gorge, tu voudrais<br />dire la vie et sa beaut&eacute; , tu dis la douleur,<br />et la mort, tu serres les dents, tu serres les poings<br />ou tu ne serres rien, tu &eacute;touffes simplement,<br />et pourtant tu es vivant, le dieu est l&agrave; tout pr&egrave;s,<br />son &eacute;clair scintille, alors comment s'y reconna&icirc;tre,                <br />faire de la vie avec la mort, tirer des t&eacute;n&egrave;bres<br />cette lumi&egrave;re et comment ne pas la saluer,<br />debout, aveugle, dans sa clameur silencieuse,<br />avec le corps entier qui s'ouvre comme un regard,<br />cristal, poudre, neige, rien n'est l&agrave; et tout est l&agrave;,<br />l'espace coule de tes yeux, le jour, la montagne,<br />le ch&ecirc;ne, la cl&ocirc;ture se l&egrave;vent dans la voix,<br />la m&ecirc;me toujours, celle qui une fois encore <br />te traverse et d'o&ugrave; vient-elle pour qu'il y ait<br />ce suspens, cet oubli dans ce qui soudain commence,<br />vitre, visage, un autre jour mais sans nom, sans date,<br />la simple surprise d'&ecirc;tre l&agrave;, que tout soit l&agrave;<br />comme &agrave; jamais en &eacute;quilibre sur ce noyau<br />de foudre autour duquel tourne le monde, tu te<br />tais, tu regardes, tu &eacute;coutes, touches, vacilles,<br />le cercle des choses se referme, o&ugrave; es-tu</p>]]></description>
<category>Derni&#195;&#168;res parutions</category>
<pubDate>Fri, 27 Feb 2009 10:35:11 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-983963.html</guid>
</item>
<item>
<title>Milonga del solitario</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-938211.html</link>
<description><![CDATA[<p>Voir le blog de Lucienne et Jacques Ancet, "El Compadrito", consacr&eacute; au tango et &agrave; sa culture. (lien ci-contre)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><br /><br /><br /><br /></p>]]></description>
<category>Traductions in&#195;&#169;dites</category>
<pubDate>Wed, 10 Dec 2008 10:57:37 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-938211.html</guid>
</item>
<item>
<title>L'orage vient</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-931646.html</link>
<description><![CDATA[<p>VIENT DE PARA&Icirc;TRE</p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>L'orage vient</strong></span>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Tu arrives de plus loin.</em></p>
<p><em>On ne sais pas d'o&ugrave; tu es</em></p>
<p><em>ni quel visage tu as.</em></p>
<p><em>On entend une musique</em></p>
<p><em>sous le silence. On voudrait</em></p>
<p><em>la garder trouver un nom</em></p>
<p><em>pour la dire. Mais on n'a pas</em></p>
<p><em>de bouche, pas de main</em></p>
<p><em>pour l'&eacute;crire. Seul ce feu</em></p>
<p><em>du d&eacute;sir, l'orage vient.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Editions<br /><strong>La Porte&nbsp;</strong><br />Yves Perrine, 215 rue Mo&iuml;se Boudhuin, 02000 Laon&nbsp;</p>]]></description>
<category>Derni&#195;&#168;res parutions</category>
<pubDate>Fri, 28 Nov 2008 15:12:22 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-931646.html</guid>
</item>
<item>
<title>La joie du monde</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-918250.html</link>
<description><![CDATA[<p><strong>LA JOIE DU MONDE</strong></p>
<p>Cazimi &Eacute;diteur, 2008<br /><br /><br />&nbsp;&nbsp; &nbsp;Emmanuel Malherbet, dont on conna&icirc;t le remarquable travail d'&eacute;diteur men&eacute; depuis pr&egrave;s de vingt-cinq ans avec les &eacute;ditions Alidades, mais moins celui de traducteur (Jonathan Swift, Mark Twain, Wilfred Owen, Siegfried Sassoon, William Godwin...) et d'&eacute;crivain, publie, apr&egrave;s quelques tentatives plus discr&egrave;tes, un livre, La Forge des arbres , o&ugrave; sa voix se d&eacute;couvre et s'affirme <br />&nbsp;&nbsp; &nbsp;Un homme est l&agrave;. Il vit pr&egrave;s d'un lac. Et parce qu'il y a l'autre surgi dans sa vie, le monde est comme transfigur&eacute;. Et les mots aussi. C'est pourquoi ces pages t&eacute;moignent d'une rencontre o&ugrave; se confondent indissociablement l'amour, le langage et le monde. Car la rencontre de l'autre &eacute;veille celle de l'autre en soi. Celui qui se met &agrave; parler dans le po&egrave;me et qui, tout en le faisant, se fait par lui. Cette exp&eacute;rience d'alt&eacute;rit&eacute; est la po&eacute;sie m&ecirc;me. La description habitu&eacute;e du monde&mdash; la r&eacute;alit&eacute; &mdash; dans laquelle nous sommes pris est soudain comme immobilis&eacute;e, suspendue. C'est comme une panne de son, un arr&ecirc;t sur image, un arr&ecirc;t de ce temps qui vous emporte et vous d&eacute;fait, et quelque chose surgit, qui &eacute;tait d&eacute;j&agrave; l&agrave;, qu'on ne voyait pas, et dont l'apparition silencieuse au milieu du brouhaha vulgaire et de &laquo; l'ind&eacute;cence du monde &raquo; est comme une naissance :<br /><br /><em>j'&eacute;coutais j'entendais du silence<br />et c'&eacute;tait en dessous<br />le lac<br />l'image vers&eacute;e<br />de la nuit<br /><br />nous sous le ciel noir<br />(les graviers crissaient)<br />ciel et lac faisaient<br />&agrave; la taille de nous<br />l'&eacute;crin et le d&eacute;but<br /><br />pourquoi l'ai-je cru<br />que nous emplissions le monde ?</em><br /><br /><br />&nbsp;&nbsp; &nbsp;Oui, dans cette rencontre, exp&eacute;rience &eacute;rotique, cosmique et po&eacute;tique d&eacute;sormais ne font qu'un. Soudain, le monde n'est plus en face, il est en vous autant que vous &ecirc;tes en lui : &laquo; j'&eacute;tais / comme le monde sous le ciel / le monde en moi / [...] j'&eacute;tais : le bruit du monde / et l&lsquo;oreille qui &eacute;coute / et la lumi&egrave;re du monde / chevill&eacute;e &agrave; l'oeil / et l'oeil et l'oreille &eacute;taient / le bruit la lumi&egrave;re du monde / qui est ton souffle &raquo;. Interp&eacute;n&eacute;tration qui est l'enfance retrouv&eacute;e : &laquo; et cela met du rire en nous / et du jeu / comme si revenait / le temps des cabanes / ou quelque chose pareil / de la joie l&eacute;g&egrave;re ... &raquo;. Le monde n'est plus cette routine, parfois obscure et sale, parfois violente. Il est, dans la mont&eacute;e du d&eacute;sir, ce grand souffle lumineux venu de la &laquo; forge des arbres &raquo;, cet &eacute;clat qui fait briller l'instant et les mots, leur donne l'&eacute;lan de ce qui commence : &laquo; il y a des paradis d'instant / [...] quand &mdash; dans la p&eacute;nombre et le silence / les mots trouvent leur chemin / et c'est une grande force / touchant au pr&egrave;s / disant juste &raquo;. Et le monde est l&agrave;, comme si on ne l'avait jamais vu :<br /><br /><em>et c'&eacute;tait le monde<br />rempli d'un sens nouveau<br />et moi de nouveau<br />renouant</em><br /><br /><br />&nbsp;&nbsp; &nbsp;Alors on ne sait plus qui on est, de l'autre, de soi ou des choses. Il se fait un grand silence, un grand suspens clair comme ces jours de neige o&ugrave; le monde s'efface pour rena&icirc;tre transfigur&eacute;. Et l&agrave;, dans ce vide lumineux, on n'est pas loin, toutes proportions gard&eacute;es, de certaines exp&eacute;riences extr&ecirc;mes. Celle d'un Jean de la Croix, par exemple, lui aussi, travers&eacute; par l'amour &mdash; divin ou humain, peu importe, c'est le m&ecirc;me amour &mdash;, quand il &eacute;crit : &laquo; Je suis entr&eacute; o&ugrave; ne savais / et je suis rest&eacute; ne sachant / toute science d&eacute;passant &raquo; et qu'Emmanuel Malherbet, sans doute sans le savoir, mais inspir&eacute; par la m&ecirc;me force d&eacute;sirante, semble lui r&eacute;pondre en &eacute;cho :<br /><br />&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<br /><em>j'entrais<br />et ne savais<br />qui serait toi<br /><br />ni moi<br /><br />qui j'&eacute;tais ce jour<br />non plus que les autres<br />ni m&ecirc;me<br />si viendraient les autres</em><br /><br />Dans ces po&egrave;mes, quelque chose emporte, soul&egrave;ve, br&ucirc;le. Un feu venu de cette forge, ce souffle des arbres, dans la poitrine. Alors dedans et dehors confondus, transport&eacute;s, &eacute;blouis, le temps d'une page, d'une strophe ou d'un vers, nous entrons nous aussi dans &laquo; la joie du monde &raquo; :<br /><em><br />c'est du ciel &mdash; des dieux<br />des dieux que tu portes minuscules<br />.......................................................<br />oui dedans c'est<br />un fracas de for&ecirc;t c'est<br />quand les branches cognent<br /><br />oui cela le bonheur<br />c'est dedans<br />c'est pareil<br />portant le corps<br />et la vie dedans le corps</em></p>]]></description>
<category>Lectures</category>
<pubDate>Fri, 07 Nov 2008 10:56:54 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-918250.html</guid>
</item>
<item>
<title>L'entre-deux</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-918232.html</link>
<description><![CDATA[<p>Vient de para&icirc;tre aux &Eacute;ditions TARABUSTE</p>
<p>rue du Fort</p>
<p>36170 Saint-Beno&icirc;t-du-Sault</p>
<p>Fax 02 54 47 67 65</p>
<p><strong>Jacques Ancet/Claude Melin</strong></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>L'ENTRE-DEUX</strong></span></p>
<p>Tirage 100 exemplaires</p>
<p>sur grands chiffons des pap&egrave;teries Joahannot,</p>
<p>tous sign&eacute;s et num&eacute;rot&eacute;s</p>
<p>22,5cmX16,5cm</p>
<p>40 euros</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-size: medium;">Q</span>ue ce soit l'&eacute;blouissement brusque, l'ombre passante sur ton</p>
<p>visage, c'est toujours cet instant qui s'arrache &agrave; lui-m&ecirc;me, et</p>
<p>toi avec. Tu glisses &agrave; travers une douceur de feu, tes mains</p>
<p>sont des poign&eacute;es d'&eacute;tincelles. Tr&egrave;s vite, tu as perdu ton nom</p>
<p>et quand ta bouche parle il en sort le jour: un voyage de syllabes.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>]]></description>
<category>Derni&#195;&#168;res parutions</category>
<pubDate>Fri, 07 Nov 2008 10:32:01 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-918232.html</guid>
</item>
<item>
<title>Le bol sans fond</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-874166.html</link>
<description><![CDATA[<p><strong>Le bol sans fond</strong></p>
<p><span style="font-size: xx-small;">Gaspard Hons</span><span style="font-size: xx-small;"> <em>Les abeilles de personne, </em>Le Taillis Pr&eacute;, 2008 <br /></span><br /><br /><br />&nbsp;&nbsp; &nbsp;Certains artistes sont incapables de revenir sur l'&oelig;uvre termin&eacute;e parce que, chez eux, toute correction, par contention ou &eacute;limination, ne peut se faire que dans le moment m&ecirc;me de l'acte de cr&eacute;ation. D'autres, au contraire, ne cessent de reprendre leur &oelig;uvre, comme si elle ne pouvait &ecirc;tre finalement que ce work in progress qui est l'image m&ecirc;me de la vie. Gaspard Hons est de ceux-l&agrave;. En t&eacute;moigne la parution r&eacute;cente de la &laquo; version revue et d&eacute;finitive &raquo; , nous dit-il, du livre Personne ne pr&eacute;c&egrave;de, &eacute;crit entre 1985 et 1986, publi&eacute; chez Hatier en 1993 et intitul&eacute; aujourd'hui, peut-&ecirc;tre en hommage &agrave;&nbsp; la Rose de personne de Paul Celan, Les abeilles de personne , Car, plus qu'une r&eacute;&eacute;dition, il s'agit l&agrave; d'une v&eacute;ritable recr&eacute;ation. Ce nouveau livre, d'une &eacute;criture moins rompue et pr&eacute;cieuse que le pr&eacute;c&eacute;dent, o&ugrave; sont gomm&eacute;es les r&eacute;f&eacute;rences trop appuy&eacute;es (l'Unique dispara&icirc;t, l'&ecirc;tre avec d'autres noms perd sa majuscule...), se caract&eacute;rise par sa sobri&eacute;t&eacute; tant du point de vue du mouvement de la phrase, de l'&eacute;conomie des images, d'une simplification de la typographie que d'une r&eacute;duction souvent drastique du po&egrave;me &agrave; l'aphorisme, ce qui donne &agrave; l'ensemble un tour beaucoup plus prononc&eacute; de livre de sagesse sans, bien s&ucirc;r, que soit perdu ce qui faisait la force de la premi&egrave;re version.<br />&nbsp; <br />Suite fil&eacute;e de 198 s&eacute;quences r&eacute;parties en trois sections de 66 chacune, Les abeilles de personne par son architecture, par son ampleur, par sa densit&eacute; conquise est, &agrave; mon sens, l'ouvrage le plus ambitieux publi&eacute; &agrave; ce jour par Gaspard Hons. Participant &agrave; la fois du "livre d'heures" (certains po&egrave;mes ont la fra&icirc;cheur chromatique&nbsp; et la charge symbolique d'enluminures m&eacute;di&eacute;vales) et de la composition de lieu&nbsp; (d&eacute;limitation&nbsp; d'un espace r&eacute;duit, le jardin, offert &agrave; une m&eacute;ditation&nbsp; obstin&eacute;ment tendue vers une qu&ecirc;te du simple et de la nudit&eacute;), c'est de la tenue de cette tension non r&eacute;solue entre s&eacute;duction et renoncement qu'il tire pr&eacute;cis&eacute;ment son intensit&eacute;. De la luxuriance &agrave; la pauvret&eacute;, de la c&eacute;cit&eacute; &agrave; la voyance, du savoir au non savoir, Gaspard Hons s'y r&eacute;v&egrave;le donc sous un double jour : celui du po&egrave;te enthousiaste et jubilant que nous montraient, par la pr&eacute;ciosit&eacute; des images et un travail ostensible et percutant sur la langue, ses recueils plus anciens, et celui du po&egrave;te inquiet, doutant de lui qui, avec Le jardin de Cranach, Parcours 1979-1990 ,L'&eacute;cart la distance, Parcours 1990-1999 ,&nbsp;&nbsp; Promenade &agrave; Rorschach, Parcours 1994-2001&nbsp; et Propos not&eacute;s en ramassant des aiguilles de pin ,&nbsp; s'oriente, &agrave; son corps d&eacute;fendant, peut-&ecirc;tre, vers une &eacute;preuve m&eacute;taphysique (mystique?), qui fait du simple, du hors sens, le lieu sans lieu du po&egrave;me o&ugrave; le propre de la parole ne serait plus de signifier mais de se manifester. <br />&nbsp;&nbsp; &nbsp; Au coeur de l'exp&eacute;rience po&eacute;tique de Gaspard Hons, il y a, d'abord, la violence: celle d'une irruption ou d'une disruption qui engendre chez celui qui &eacute;crit un double effet conjoint de saisissement et de d&eacute;saisissement: "Saisi par un bref &eacute;clair, &agrave; l'endroit m&ecirc;me&nbsp; o&ugrave; s'&eacute;crit le po&egrave;me".&nbsp; Le saisissement, on le voit ici, a pour origine l'&eacute;blouissement de l'inconnu&nbsp; surgissant au milieu du connu. Il s'agit d'un &eacute;v&eacute;nement brutal &eacute;voqu&eacute; ici par l'&eacute;clair et ailleurs par une &laquo; d&eacute;tonation &raquo; ou &laquo; d&eacute;flagration &raquo; qui renvoie &agrave; tout un r&eacute;seau d'images dont le chasseur (le po&egrave;te) est le centre&nbsp; &mdash; ce &laquo; chasseur blanc &raquo;, ce &laquo; tireur d'&eacute;lite &raquo; en qu&ecirc;te du &laquo; gibier &raquo; de la r&eacute;v&eacute;lation. Laquelle ne peut surgir, impr&eacute;visible, qu'au coeur du quotidien m&ecirc;me. L&agrave;, r&eacute;p&egrave;te Gaspard Hons. L&agrave; o&ugrave; se r&eacute;pondent le proche et le lointain, le multiple et l'un, l'instant et l'&eacute;ternel ; dans cet espace de m&eacute;ditation, lui-m&ecirc;me proche et lointain, puisqu'il est tour &agrave; tour et &agrave; la fois le jardin (ou verger ou potager) de chaque jour et l'&eacute;den inaccessible,&nbsp; entrevu au d&eacute;tour d'un mot ou d'une image: &laquo; En suspens un verger d'un rose m&eacute;taphysique... &raquo;. C'est lorsqu'elle nous fait &eacute;prouver cet &eacute;blouissement de l'alt&eacute;rit&eacute; au coeur du quotidien le plus banal que l'&eacute;criture de Gaspard Hons acc&egrave;de, me semble-t-il, &agrave; son plus haut degr&eacute; d'intensit&eacute; :<br /><br />...<em><br />L&agrave;, une basse-cour et d'avantage, le tintement des bassins, les aboiements des chiens, une page offerte aux jurons &agrave; la foudre d'un tracteur mal dans sa peau. &ndash; <br /><br />Vu de pr&egrave;s le lait dispers&eacute; devient lisse, &eacute;tincelant, une br&ucirc;lure presque parfaite. <br />(CLVII)</em><br /><br />Il y a, dans cette image finale de transfiguration lact&eacute;e une fusion du sensible et de l'impalpable, du pesant et du l&eacute;ger, du visible et de l'invisible, l'irruption d'un fait accompli &mdash; d'une pr&eacute;sence qui rendait inop&eacute;rantes et rh&eacute;toriques les quelques r&eacute;f&eacute;rences un peu trop appuy&eacute;es de la premi&egrave;re version &agrave; Heidegger -- &laquo; l'&Ecirc;tre &raquo; -- et &agrave; Mallarm&eacute; &ndash;- &laquo; le Livre &raquo;--, entre autres, et que Gaspard Hons gomme ici et dont il se moque m&ecirc;me discr&egrave;tement avec humour : &laquo; En attendant l'&ecirc;tre licorne, je diss&egrave;que ma panoplie ontologique. Un lot de vieilles chouettes &raquo;. Car ces r&eacute;f&eacute;rences sont, pr&eacute;cis&eacute;ment, ce qui pr&eacute;c&egrave;de sur ce chemin o&ugrave; personne n'est cens&eacute; pr&eacute;c&eacute;der.<br />&nbsp;&nbsp; &nbsp;Cette pr&eacute;sence saisissante de l'absolu au coeur m&ecirc;me du monde le plus humble, le plus &eacute;l&eacute;mentaire, c'est sans doute l'image omnipr&eacute;sente, obs&eacute;dante de l'abeille ( &laquo; l'&ecirc;tre-abeille &raquo;, &laquo; l'abeille-&eacute;clair &raquo;, &laquo; l'abeille-premi&egrave;re &raquo;...) qui en est la manifestation privil&eacute;gi&eacute;e, dans une proximit&eacute; fraternelle avec celle d'Isra&euml;l Eliraz . Insecte de lumi&egrave;re, elle incarne, dans son association &agrave; d'autres images ign&eacute;es ou lumineuses (feu, braise, &eacute;clair, lampe, neige...) la pr&eacute;sence de l'illimit&eacute;, de l'innomm&eacute;, de m&ecirc;me que celle, plus rare (au double sens) de la licorne&nbsp; -- "Licorne &eacute;mue, dans l'alc&ocirc;ve du feu" --, figure de puret&eacute; qui, par le contexte l&eacute;gendaire et mystique auquel elle est associ&eacute;e, donne &ccedil;&agrave; et l&agrave; au livre (avec&nbsp; anges, chouettes, oiseaux, travaux des champs, paysages bucoliques) cet aspect, signal&eacute; au d&eacute;but, de tapisserie m&eacute;di&eacute;vale ou (les r&eacute;f&eacute;rences &agrave; la peinture &eacute;tant fr&eacute;quentes) de livre d'heures enlumin&eacute; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<br />&nbsp;&nbsp; &nbsp;Le saisissement, on l'a dit, s'accompagne d'un corr&eacute;latif dessaisissement. Dessaisissement du moi, de l'identit&eacute; qui peut se produire soit de fa&ccedil;on involontaire quand celle-ci est expuls&eacute;e d'elle-m&ecirc;me par la violence de la r&eacute;v&eacute;lation (&laquo; Personne n'a remarqu&eacute; mon absence, ni cette d&eacute;flagration proche &raquo;), soit de fa&ccedil;on volontaire par un long travail d'asc&egrave;se, vers le simple, la pauvret&eacute;, le rien. D&eacute;marche d'autant plus difficile que Gaspard Hons -- on l'a dit -- a un sens particuli&egrave;rement aigu de l'image, du jeu, de la trouvaille verbale. De cette virtuosit&eacute;, demeurent ici encore quelques traces. Mais c'est, pr&eacute;cis&eacute;ment, la lutte pied &agrave; pied contre cette pyrotechnie langagi&egrave;re qui donne &agrave; ce livre sa profondeur toute de violence et de l&eacute;g&egrave;ret&eacute; conjointes. Cette lutte n'est d'ailleurs jamais plus &eacute;mouvante que lorsque, allant au-del&agrave; des multiples d&eacute;clarations d'intention qui le scandent ("un rien suffit"... "apprivoiser le mot du simple" ... &laquo; Tu attends dans l'obscur du champ, proche d'une charrue archa&iuml;que, le simple, le grand simple &raquo; ...), le po&egrave;me fait cette pauvret&eacute;, la construit dans son mouvement m&ecirc;me, devenant par l&agrave; cette fl&egrave;che, cette balle du chasseur d'&eacute;lite qui nous touche au plus intime :<br /><br /><em>Ma b&ecirc;che matinale, noy&eacute;e dans la brume. Dans le voisinage des oiseaux, je parlais au juste silence, &agrave; une brouette amie jaillie d'un presque rayon de soleil.</em><br /><br /><em>Ici,nulle br&ucirc;lure, seule une d&eacute;flagration. <br />Le craquement d'une allumette, le rire de personne. <br />(CXXXII)</em><br /><br />&nbsp;&nbsp; &nbsp;Alors, peut se produire la travers&eacute;e&nbsp; ou le renversement - cette perte des limites de la vision o&ugrave; plus rien ne demeure que l' &laquo; extase blanche &raquo; dont parle Michel de Certeau : la transparence d'un regard qui, parce qu'un instant il embrasse tout, ne voit litt&eacute;ralement plus rien. Ce que Gaspard Hons &eacute;voque, dans son langage &agrave; la fois concret et&nbsp; limpide, par une&nbsp; image digne des plus belles formules zen:<br /><br />&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;<em> &nbsp;L'inattendu verse le r&eacute;el, dans le bol sans fond</em><br /><br /><br /></p>]]></description>
<category>Lectures</category>
<pubDate>Wed, 01 Oct 2008 16:11:29 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-874166.html</guid>
</item>
<item>
<title>Du côté de chez Jorge Luis Borges</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-849586.html</link>
<description><![CDATA[<p><strong>TANGO, MILONGA ET COMPADRITOS</strong><br />Du c&ocirc;t&eacute; de chez Jorge Luis Borges</p>
<p>Voir le blog de Lucienne et Jacques Ancet, "El Compadrito", consacr&eacute; au tango et &agrave; sa culture (lien ci-contre)</p>
<p>&nbsp;</p>]]></description>
<category>Traductions in&#195;&#169;dites</category>
<pubDate>Sun, 17 Aug 2008 09:43:51 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-849586.html</guid>
</item>
<item>
<title>Quevedo Sonnets métaphysiques et amoureux</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-830706.html</link>
<description><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>ON ENSEIGNE COMMENT TOUTES LES CHOSES<br />NOUS AVISENT DE LA MORT <br /> <br /> <br />J'ai regard&eacute; les murs de ma patrie,<br />un temps puissants, d&eacute;j&agrave; d&eacute;mantel&eacute;s,<br />par la course de l'&acirc;ge ext&eacute;nu&eacute;s<br />qui voue enfin leur vaillance &agrave; l'oubli ;<br /> <br />je sortis dans les champs, le soleil vis <br />qui buvait l'eau des glaces d&eacute;li&eacute;es,<br />et dans les monts les troupeaux d&eacute;sol&eacute;s,<br />le clair du jour par leurs ombres ravi.<br /> <br />J'entrai dans ma maison, je ne vis plus<br />que les d&eacute;bris d'un s&eacute;jour bien trop vieux ;<br />et mon b&acirc;ton plus courb&eacute; et moins fort.<br /> <br />J'ai senti l'&acirc;ge et mon &eacute;p&eacute;e vaincue,<br />et n'ai trouv&eacute; pour reposer mes yeux<br />rien qui ne f&ucirc;t souvenir de la mort.</p>
<p><br /><br /><br />IL CONNAIT LES FORCES DU TEMPS, ET QU'IL<br />EST EXP&Eacute;DITIF RECEVEUR DE LA MORT <br /> <br /> <br />Entre mes mains oh ! comme tu ruisselles<br />mon &acirc;ge, comme tu t'&eacute;vanouis !<br />Oh ! froide mort, quels pas tu fais, sans bruit :<br />d'un pied muet, c'est tout que tu nivelles.<br /> <br />F&eacute;roce, au faible mur tu mets l'&eacute;chelle<br />en qui la fra&icirc;che jeunesse se fie ;<br />pourtant mon c&oelig;ur du dernier jour &eacute;pie <br />d&eacute;j&agrave; le vol, sans regarder ses ailes. <br /> <br />Oh ! condition mortelle ! oh ! &acirc;pre sort !<br />Car je ne puis vouloir vivre demain<br />sans le souci de rechercher ma mort !<br /> <br />Et chaque instant de cette vie humaine<br />est une ex&eacute;cution qui dit combien<br />elle est fragile et pauvre, et combien vaine.<br /><br /><br /><br />QUI R&Eacute;P&Egrave;TE LA FRAGILIT&Eacute; DE LA VIE,<br />ET SIGNALE SES ILLUSIONS ET SES <br />ADVERSAIRES <br /> <br />Quoi de plus vrai, sinon la pauvret&eacute;<br />au cours de cette vie fragile et vaine ?<br />Les deux mensonges de la vie humaine<br />sont richesse et honneur, d&egrave;s qu'on est n&eacute;.  <br /> <br />Le temps, sans revenir ni h&eacute;siter,<br />en ses heures fugitives, l'entra&icirc;ne ;<br />et, d'un d&eacute;sir trompeur, en souveraine, <br />la Fortune use sa fragilit&eacute;.<br /> <br />C'est une mort muette et gaie que vit<br />la vie ; et la sant&eacute; est une guerre<br />o&ugrave; la combat cela qui la nourrit.<br /> <br />Oh ! qu'il est distrait, l'homme, et comme il erre :<br />en terre, il craint de voir tomber la vie,<br />sans voir qu'en vie, il est tomb&eacute; en terre !</p>
<p><br /><br /><br />D&Eacute;SILLUSION DE L'APPARENCE EXT&Eacute;RIEURE,<br />PAR L'EXAMEN INTERIEUR ET V&Eacute;RITABLE <br /> <br />Tu regardes ce G&eacute;ant corpulent<br />qui avec morgue et gravit&eacute; chemine ?<br />Dedans il est chiffons et paille fine,<br />un portefaix est son sout&egrave;nement.<br /> <br />Son &acirc;me vit, il a le mouvement,<br />Et o&ugrave; il veut, sa stature s'incline ;<br />Mais qui son aspect rigide examine<br />M&eacute;prise en lui allure et ornements.<br /> <br />Telles sont bien les grandeurs apparentes<br />de cette vaine illusion des Tyrans,<br />fantastiques scories, et &eacute;minentes.<br /> <br />Les voyez-vous en la pourpre br&ucirc;lant,<br />diamants leurs mains et pierres diff&eacute;rentes ?<br />Abjects ils sont, boue et vers en dedans.</p>
<p><br /><br /><br />QUI PERS&Eacute;V&Egrave;RE DANS L'&Eacute;XAG&Eacute;RATION DE <br />SON AFFECTION AMOUREUSE, ET DANS <br />L'EXC&Egrave;S DE SA DOULEUR <br /> <br />Dans les clo&icirc;tres de l'&acirc;me, la blessure<br />muette g&icirc;t, mais consume la vie,<br />puisque sa faim en mes veine nourrit<br />une flamme dans mes moelles qui dure.<br /> <br />et d&eacute;j&agrave; cendre amoureuse et p&acirc;lie,<br />montre, cadavre en ce bel incendie,<br />son feu d&eacute;funt, fum&eacute;e et nuit obscure.<br /> <br />Je fuis les gens, j'ai le jour en horreur ;<br />et vers la mer, sourde &agrave; ma peine ardente, <br />je lance en de longs cris de sombres pleurs.<br /> <br />Aux soupirs j'ai donn&eacute; ma voix qui chante ;<br />la confusion a submerg&eacute; mon c&oelig;ur ;<br />mon &acirc;me est un royaume d'&eacute;pouvante.</p>
<p><br /><br />QUI MONTRE LA DIFFICULT&Eacute; DE FAIRE LE PORTRAIT <br />D'UNE GRANDE BEAUTE, QUI LE LUI AVAIT DEMAND&Eacute;, <br />ET ENSEIGNE LA MANI&Egrave;RE LA SEULE VALABLE POUR Y <br />PARVENIR <br /> <br />Si pour vous peindre il faut vous regarder<br />ce qu'on ne peut sans y perdre les yeux, <br />faire votre portrait qui donc le peut<br />sans se blesser la vue ni vous blesser ?<br /> <br />De neige et roses ai voulu vous parer,<br />honneur des roses et pour vous injurieux ; <br />j'ai voulu deux &eacute;toiles pour vos yeux ; <br />mais les &eacute;toiles en ont-elles r&ecirc;v&eacute; ?<br /> <br />J'ai connu l'impossible en cette esquisse ;<br />mais il fallut qu'&agrave; votre feu si beau, <br />dans son reflet le miroir r&eacute;ussisse. <br /> <br />Vous peindra-t-il sans &eacute;clairage faux,<br />si de vous-m&ecirc;mes &ecirc;tes dans son eau lisse,<br />original, copie, peintre et pinceau. <br /><br /><br />A LISI COUPANT DES FLEURS ET <br />ENTOUREE D'ABEILLES <br /> <br />Les roses non coup&eacute;es sont indign&eacute;es, <br />Lisi, du choix que tu fais des meilleures ; <br />celles que tu foules restent inf&eacute;rieures,<br />pour conserver la trace de ton pied.<br /> <br />Toi si beau leurre aux abeilles abus&eacute;es <br />qui courtisent tout empress&eacute;es tes fleurs ;<br />leur app&eacute;tit leur vient de tes couleurs :<br />leur go&ucirc;t tu nargues et ris de les tromper.<br /> <br />Puisque sur moi ton &eacute;tat n'est point tel<br />qu'il s'apitoie, de l'essaim merveilleux<br />prenne piti&eacute; ton printemps &eacute;ternel.<br /> <br />Il sera fortun&eacute;, et moi heureux,<br />s'il tirait cire de ton buste, et miel<br />de ton doux visage miraculeux.</p>
<p><br /><br />SOUFFRIR OBSTIN&Eacute; SANS R&Eacute;PIT NI<br />SOULAGEMENT <br /> <br />Avril colore les champs que captive<br />gel effil&eacute; et neige &eacute;parpill&eacute;e<br />de son nuage obscur et, bien par&eacute;es,<br />d&eacute;j&agrave; brillent &agrave; l'entour les feuilles vives.<br /> <br />Il red&eacute;couvre les bords de la rive<br />le courant d'eau, par le soleil calm&eacute; ;<br />et la voix du ruisseau, articul&eacute;e<br />sur les pierres, d&eacute;fie l'air qu'il la suive.<br /> <br />Les ultimes absences de l'hiver<br />des montagnes sont les lointains &eacute;chos,<br />signe de d&eacute;route, l'amandier vert.<br /> <br />Au fond de moi, pas de printemps nouveau,<br />l'amour y vit et y br&ucirc;le l'enfer,<br />et c'est un bois de fl&egrave;ches et de faux.</p>
<p><br />POUR D&Eacute;FINIR L'AMOUR<br />SONNET AMOUREUX  <br /><br />C'est la glace qui br&ucirc;le, un feu glac&eacute;, <br />une plaie douloureuse et qu'on ne sent,<br />c'est un bien dont on r&ecirc;ve, un mal pr&eacute;sent,<br />c'est une tr&ecirc;ve courte et accabl&eacute;e.<br /> <br />C'est un oubli qu'on ne peut oublier,<br />c'est un l&acirc;che qui prend nom de vaillant,<br />c'est marcher solitaire entre les gens,<br />ce n'est qu'aimer de se sentir aim&eacute;.<br /> <br />C'est une libert&eacute; prise en ses liens<br />et prolong&eacute;e jusqu'au d&eacute;lire ultime,<br />un mal qui cro&icirc;t plus il re&ccedil;oit de soins.<br /> <br />Tel est l'enfant amour, tel son ab&icirc;me :<br />quelle amiti&eacute; aura-t-il avec rien,<br />qui est en tout contradiction intime !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>traduction: Jacques Ancet</p>
<p>Extraits &agrave; para&icirc;tre dans <em>Les furies et les peines, 102 sonnets de Quevedo</em>, Po&eacute;sie/Gallimard, janvier 2010.</p>]]></description>
<category>Traductions in&#195;&#169;dites</category>
<pubDate>Tue, 01 Jul 2008 15:19:43 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-55642-billet-830706.html</guid>
</item>
</channel>
</rss>
