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<copyright>Copyright 2008 Blogg</copyright>
<pubDate>Mon, 23 Nov 2009 00:27:19 +0100</pubDate>
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<title>KitchenGarage</title>
<language>fr</language>
<category>Blogg</category>
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<title>Excuse my French</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-44624-billet-760688.html</link>
<description><![CDATA[<img src="http://www.passerelleco.info/local/cache-vignettes/L186xH300/SuperDupontPleure-bf3a3.jpg"  style="border-width: 0pt; margin: 0.2em 0pt 1.4em 0.7em; float: right;" alt="medium_vint.jpg"><div align="justify">Comme le dit Jean-Claude Dunyach, l'anglais est la <i>lingua franca </i>de la SF. Aussi, lorsque l'on parle de traduction des
auteurs français, il convient d'énoncer les choses clairement : il s'agit avant
tout de traduction en anglais. L'enjeu est simple. Voir son texte publié sur un
support anglo-saxon - pour ne pas dire américain - augmente significativement
ses chances de le voir traduit en d'autres langues.<br>
Puisque, paraît-il, nous vivons dans le monde merveilleux de la mondialisation,
il ne serait donc pas idiot de penser que les échanges de biens, fussent-ils
culturels, se fassent dans les deux sens. Mais dès qu'il s'agit du marché
américain, les règles changent un peu. Les vieilles habitudes ont la vie dure,
et on tend plutôt à se retrouver avec, ce qui semblerait être vu d'ici, être un
mélange assez malsain de doctrine Monroe et de plan Marshall. Un cocktail,
d'ailleurs, qui est la norme pour à peu prêt tous les secteurs industriels. Alors
vous imaginez bien que la littérature de science fiction ne va pas faire
exception.<br>
<br>
&#338;uphémisme dès lors que de dire que nos écrivains sont peu traduits à
l'étranger. A ce point d'ailleurs, que la différence subtile entre <i>"peu"</i> et <i>"pas"</i> provient surtout de l'acharnement de certains d'entre-eux.
Peut-être n'est-il pas inutile de rappeler que chez nous, se sont les éditeurs
qui prennent l'initiative de la traduction. Ils lisent, ou on lit pour eux, des
romans étrangers, ils négocient ensuite les droits auprès de l'auteur, ou plus
souvent auprès de son agent, et commandent une traduction en vue de
publication.<br>
<br>
La démarche va être strictement inverse pour un auteur français désireux de se voir
traduit. Jean-Claude Dunyach, réputé pour avoir connu le plus souvent les
honneurs d'une publication Outre-Atlantique le dit très clairement : <i>"... je suis - de loin - celui qui a le
plus publié en anglosaxonie au fil des années. Pas parce que je suis le
meilleur, mais parce que je suis le plus riche... J'ai simplement les moyens de
me payer des traductions et d'avancer le fric..."</i><br>
<br>
Lorsqu'on leur demande les raisons qui motivent cette politique éditoriale,
ceux qui ont tenté la percée anglo-saxonne parlent souvent de l'impossibilité à
trouver des lecteurs en français. Imparable. Jean Pettigrew, le patron des
éditions québécoises A Lire, modère un peu cette belle unanimité. Du fait de sa
proximité avec le marché US, il a eu l'occasion de tâter le terrain avec plus
de persévérance, et a très tôt réussi à vendre ses auteurs à l'export. Il a pu
constater que lorsqu'ils estiment que le jeu en vaut la chandelle, ou quand des
relations de confiance se sont instaurées, ses confrères états-uniens savent
très bien dégoter des lecteurs compétents. Quitte à les débaucher dans leur
pôle de littérature générale.<br>
<br>
Car la littérature française s'exporte. Sous une certaine forme du moins. Des
classiques, s'y est forgée une idée de la France - pas follement novatrice je vous le concède - qui fleure bon le
terroir. Une lecture au son de l'accordéon en somme, et qui ne cadre guère avec
les productions de nos champions de l'Imaginaire.<br>
<br>
Non ! Les vraies raisons qui poussent les éditeurs US à nous bouder sont en
fait bien plus abruptes. Si bons soient-ils nos écrivains ne les intéressent pas. Simple. Clair.<br>
<br>
Il est bien évident que notre production est trop marginale, et trop peu
représentée pour qu'on songe même à parler avec pertinence de protectionisme.
Si certains éditeurs considèrent avec mépris notre acharnement à écrire de la
SF, ils ne constituent guère qu'une frange inculte largement minoritaire. Une
simple recherche à "Jules Verne" sur Amazon.com suffit à s'en
convaincre. Mais comme le rappelle assez justement Gilles Dumay : <i>"Les anglo-saxons excellent dans le
thriller et la science-fiction, ils n'ont besoin de personne."</i>. A
telle enseigne que Jean-Christophe Grangé - 300 000 exemplaires vendus pour ses
<b>Rivières Pourpres</b> - n'a connu les
bonheurs de la traduction que grâce à la persévérance d'une jeune responsable
du bureau de copyright de chez Harvill, et qui a dû batailler ferme pour imposer
sa <i>"découverte".</i><br><br>Et quand bien même l'exotisme serait-il apporté par un pourvoyeur aussi illustre que Robert
Silverberg, les portes ne s'ouvrent pas pour autant. Témoin <b>Destination 3001</b>, l'anthologie monstre
qu'il avait co-dirigée avec Jacques Chambon, et qui réunissait un casting
impressionnant de poids-lourds anglo-saxons et européens. Le cahier des charges
initial prévoyait une publication des deux côtés de l'Atlantique, mais il n'en
fût rien. Impossible, même pour Silverberg, d'intéresser les éditeurs à ce
projet. Et pourtant, certaines des nouvelles américaines ont resurgies de-ci,
de-là. Le constat est plus qu'amer du coup, et pour lui la sentence est sans
appel. Lorsqu'on lui demande comment les éditeurs américains considèrent
l'Imaginaire étranger, il répond tout simplement : <i>"Il s'en foutent complètement ! Et de toute façon, l'état actuel
de l'édition SF aux Etats-Unis ne laisse de place à presque rien, en dehors
de séries de piraterie spatiales et autres choses du genre."</i>. Et à la
question de savoir si un auteur français a une chance de percer sur le marché
américain, le couperet tombe encore plus durement : <i>"Aucune chance !"</i>, et de rappeler que certains de ses
confrères, et non des moindres puisqu'il s'agit de Fredrick Pohl et de Damon
Knight, ont par le passé essayé d'intéresser le lectorat à des auteurs
français. Deux échecs cuisants.<br>
<br>
Dans ces conditions pourquoi s'acharner ? D'une part, comme je le disais plus
haut, parce que c'est le meilleur moyen d'attirer l'attention d'éditeurs
d'autres pays, et d'autre part parce que c'est extrêmement rentable. Pour un
roman traduit, éditeurs et auteurs font <i>fifty-fifty</i>. Donc l'un comme l'autre
ont tout intérêt à &#339;uvrer de concert dans ce sens. En France, c'est d'ailleurs
généralement l'éditeur qui dispose des droits à la traduction (ce qui n'est pas
le cas dans les pays anglo-saxons). Et les marchés sont prometteurs. Gilles
Dumay parle des pays de l'Est et de la Chine, où nos auteurs éveillent la
curiosité. Evidemment, le marché pour intéressant qu'il soit est bien moins
porteur et surtout bien moins balisé qu'ailleurs en Occident. Thierry Marignac,
traducteur de l'anglais et du russe, qui connaît bien l'ex-Union Soviétique,
tempère et fait remarquer que les Russes n'ont que peu d'argent pour
lire, et surtout, que l'économie de contrebande généralisée n'épargne pas le
secteur de l'édition. Les contrefaçons - souvent de simples photocopies reliées -
privent les ayant-droits d'une part importante de leurs revenus. C'est
d'ailleurs un constat que fait aussi Sylvie Miller, qui connaît bien les
Balkans, et traduit aussi depuis le Serbe.<br>
<br>
Un autre gros marché, souvent négligé, celui du monde hispanophone. Et là
encore, méconnaissance et tendance isolationniste entravent les initiatives.
Toujours selon Sylvie Miller, plus connue pour ses traductions de l'espagnol,
la perte de terrain de l'apprentissage du Français dans les écoles d'Espagne
explique en partie cette méconnaissance. Mais elle y voit aussi des raisons
plus profondes : <i>"Les Espagnols sont
des gens assez cartésiens et pour eux les littératures de l'imaginaire sont un
peu le domaine des fous ou des illuminés (à l'instar de Don Quichotte qui se
battait contre les moulins à vent)."</i> <br>
<p>&nbsp;</p>

Une tendance au cartésianisme que
ne semblent pas partager les Sud-Américains, tant leur littérature est emprunte
de fantastique et d'irréel. Borgès et Garcia Marquez pour ne citer qu'eux en
sont les exemples parfaits. Mais l'Amérique du Sud est un continent en crise où
les gens ont peu d'argent à consacrer à la lecture. Un peu oubliés du monde Occidental,
ils ont aussi nettement tendance à tourner en circuit fermé et à s'abriter
derrière une sorte de chauvinisme continental, que la proximité du voisin du
Nord-Américain encourage. Et aux USA, qui perfusent l'économie de presque tous les
pays du sous-continent, il est bien plus facile d'imposer ses produits
culturels.<br></div><div align="justify">&nbsp;</div><div align="justify">
Toutefois, puisque les bonnes volontés sont là, ne pourrait-on réfléchir à un
modèle économique viable ? Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les auteurs,
et leurs agents, conservent les droits de traduction. En France, instaurer un
tel système équivaudrait à s'aliéner l'aide précieuse des éditeurs, et surtout
nécessiterait une mini-révolution culturelle. Chez nous, seuls les auteurs vraiment
<i>"bankables"</i> ont des agents,
et pour cause... le peu de rentabilité des littératures de l'Imaginaire
n'encourage personne à inviter à troisième convive à une table où le gâteau est
déjà bien peu copieux. Les éditeurs, du moins les gros, disposent en outre de
structures dédiées qui se chargent des cessions de droits à l'étranger, et pour
limités dans leurs marges de man&#339;uvres, ils n'en sont pas moins efficaces. On
peut facilement avoir l'impression que les choses ne bougent guère. Mais le
marché, s'il n'est pas confidentiel, intéresse finalement assez peu, en dehors
du fait qu'il génère pas mal de fantasmes chez les lecteurs fans, qui rêvent de
voir leurs champions hexagonaux se colleter avec les poids-lourds anglo-saxons.
Et puis, on l'a vu, les conditions sont difficiles. Mais il serait bien naïf de
croire que de grosses maisons d'éditions négligeraient d'aller secouer un
cocotier donnant de si beaux fruits.<br></div><div align="justify">&nbsp;</div><div align="justify">
Pour les petits éditeurs en revanche, et pour les auteurs de nouvelles, il en
va tout autrement. Dans le monde merveilleux du petit artisanat, il est illusoire
de s'imaginer qu'on puisse avoir les moyens de démarcher à l'étranger, et
encore moins de se rendre sur les deux salons en Europe où tout se décide, ceux
de Francfort et de Londres. Si la nécessité d'un modèle alternatif semble une
évidence, dans les faits c'est bien plus compliqué qu'il n'y paraît. Dans les
années 80 Jean-Marc Lofficier, qui a un pied de chaque côté de l'Atlantique,
avait songé à impliquer des auteurs américains dans une sorte de bourse
d'échange de traductions. Il s'était alors heurté à une forte résistance du petit
landernau, et notamment à l'association Infini qui tentait à l'époque de se
constituer en un équivalent de la SFWA - la Science Fiction Writers of America
créée en 1965 par Damon Knight, justement. L'idée pourtant était intéressante. Toutefois
la reprendre en comptant sur une association de talents écrivains-traducteurs serait
irréaliste. Presque tous les traducteurs de l'anglais au français répugnent à
l'idée de s'essayer à l'exercice inverse. Trop difficile de ne pas trahir le
texte.<br>
Alors quoi ? L'horizon
semble bel et bien bouché, et des éditeurs comme Bragelonne semblent avoir
trouvé une voix médiane, en <i>bypassant </i>la
case anglais et en se concentrant sur les pays de l'Est, bien plus accessibles
en dépit des réserves formulées plus haut. Ce n'est toutefois qu'un pis-aller
de luxe, qui est loin d'offrir autant de débouchés que les marchés anglais et
américains.<br><p>&nbsp;</p>
L'état des lieux semble assez désolant, et pourtant... Connaisseur et
observateur du marché anglo-saxon, Jean Pettigrew, qui avait été le premier à
vendre un auteur français à un gros éditeur US depuis Saint-Exupéry, allume
toutefois une faible lanterne qui vacille au bout du tunnel : <i>"Les énormes difficultés des marchés
anglosaxons aidant, je prédis que les "agents" n'auront pas le choix
avant longtemps que de se tourner vers l'extérieur. Et ce sera un agent
spécialisé dans une autre langue (lire "assez brillant pour lire une autre
langue que l'anglais et capable de découvrir ainsi les bons titres dans cette langue
pour le marché anglo) et qui saura vendre un ou deux bestsellers sur le marché
anglosaxon qui sera le premier à faire tourner le vent... et à
s'enrichir."</i>
Il parle ici de la fuite en avant  des éditeurs US, bien plus markettés
que les nôtres, et qui sont condamnés à faire du chiffre sur un marché
très concurentiel. Rassurante touche d'espoir, qu'hélas pourtant, aucun
indice tangible ne vient pour l'heure étayer.

S'il est vrai, comme le note Robert Silverberg, que le marché américain
se renouvelle peu, il n'en reste pas moins que son lectorat ne semble pas être
à bout de souffle, et que le marché n'est pas encore saturé. Cette tendance à
l'isolationnisme continental n'est pas une simple conséquence du 11 septembre.
C'est bel et bien une tendance dure de la culture américaine, et qui transpire
jusque dans les fondements de sa fiction. Jean-Claude Dunyach le résume bien : <i><span lang="EN-US">"Je lis plein de
bouquins qui se passent dans un univers alternatif où le Nord-Amérique est le
seul continent - il existe sans doute une poignée d'îlots vaguement peuplés
appelés Afrique, ou Europe, voire Chine ou Inde, mais on ne s'en occupe pas.
Donc les extraterrestres venus de l'espace débarquent aux USA, règlent les
affaires du monde avec le président local, et découvrent les joies du
hamburger, sans qu'à aucun moment soit évoqué la possibilité que d'autres
cultures puissent avoir leur mot à dire."</span></i><span lang="EN-US">. Mais il se trompe lorsqu'il conclut : </span><i><span lang="EN-US">"Ce n'est pas de
l'arrogance, c'est juste de l'ignorance."</span></i><span lang="EN-US">. </span>Ce "splendide isolement" est inhérent
à la mentalité américaine, et on peut présumer, sans trop de risques, qu'il
faudra bien plus qu'un simple coup de chaud sur le marché l'édition pour que
les services d'acquisitions de droits des grandes officines se décident à
lorgner du côté de nos côtes.
<br>

La situation ne nous semblerait d'ailleurs pas si scandaleuse si les
auteurs américains n'étaient pas, eux, largement diffusés chez nous. Ce
vieux rêve de la publication en <i>"anglosaxonnie"</i>, a pourtant la
vie dure. Notre complexe d'infériorité aussi d'ailleurs, et ceci
explique peut-être cela. Mais il est amusant, dès que l'on discute avec
les acteurs du milieu de s'apercevoir que, même chez nous, l'aune à
laquelle se mesure ce choc mou au niveau mondial, est l'argent.
Etonnant en France, où le sujet est volontiers tabou, et où il est
presque obscène de mélanger <i>"art"</i> et gros sous.<div align="justify"><br>Car parler
de traduction, c'est parler argent, et ouvrir sur le débat des revenus
des auteurs, et l'opportunité pour certains d'entre-eux de se
professionaliser. Et là, quels sont ceux qui, en dépit d'un certain
consensus incantatoire, seraient prêts à faire le grand saut, pour
devenir d'authentiques marchands de mots ? Une question à laquelle
nombre des auteurs étrangers traduits chez nous ont depuis longtemps
répondu.<br></div>
<img src="http://static.flickr.com/137/325391389_fb62692f1b.jpg"  style="border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left;" alt="medium_EricH copie.png">
<p><br></p>
</div>]]></description>
<category>Science fiction</category>
<pubDate>Mon, 18 Feb 2008 10:27:43 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-44624-billet-760688.html</guid>
</item>
<item>
<title>Catastrophe</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-44624-billet-634653.html</link>
<description><![CDATA[<h3><font size="4"><b>Ravage</b></font></h3>
<p><b><i><font size="3">de Barjavel </font></i></b><img src="http://www.actusf.com/images/Barjavel/Barjavel11.jpg"  style="border-width: 0pt; margin: 0.2em 0pt 1.4em 0.7em; float: right;" alt="medium_vint.jpg"></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><font size="3"><span style="text-decoration: none;"><span lang="fr-FR"><font style="font-size: 8pt;"><font color="#000000"><font face="Verdana"><span>Écrivain,
journaliste et scénariste, René Barjavel a été immortalisé dans cette
stature de sage taciturne qu'il s'était donnée sur la fin de sa vie.
Une posture qui seyait bien à ce Drômois, né en 1911 et monté à Paris
en 1935. Et bien avant sa disparition en 1985, à la sortie d'un collège
où il était venu rencontrer élèves et professeurs, on lui arrogeait
déjà avec une constance très agaçante le titre quasi officiel de
précurseur de la SF française. Adopté par la partie la moins renseignée
de la frange crypto baba du lectorat pour </span><b>Les Chemins de Katmandu</b><span> et  </span><b>La Nuit des temps</b><span>, coopté avec beaucoup de  légèreté par la branche neo-romantique des fans du genre à cause  </span><b>L'Enchanteur</b><span>,
Barjavel bénéficie d'une bienveillance oublieuse. De fait, son
anticipation inoffensive fait de lui la dernière borne fréquentable
avant la disqualification en littérature de genre. C'est ainsi qu'il
est devenu un classique des collèges où le manque de curiosité le fait
encore étudier. Une série de malentendus pénibles que ne dissipera pas
la présente édition de </span><b>Ravage</b></font><font face="Verdana"><span> chez Folio Plus classiques.</span></font></font></font></span></span></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><i>« Classiques »,</i><span style="font-style: normal;"> car </span><span style="font-style: normal;"><b>Ravage</b><span>
en est un. Nous appartient-il, alors, de le juger ? Paradoxalement, et
bien qu'il soit présenté comme un roman de science fiction, on continue
de l'étudier selon une grille de lecture généraliste. Alors oui, on
peut juger de </span><b>Ravage</b><span>, sinon en regard de son contexte historique   qui n'est pas anodin  du moins sur ses qualités </span></span><span><i>« science fictionnelles »</i><span style="font-style: normal;"> intrinsèques.  Troisième roman de Barjavel, mais son premier vrai succès,  </span></span></font><span style="font-style: normal;"><b><font face="Verdana">Ravage</font></b><span><font face="Verdana">
est publié sous l'Occupation, en 1943, chez Denoël, alors éditeur
d'Aragon et d'Elsa Triolet, mais aussi de Brasillach, Rebatet ou
Céline, la fine fleur de la littérature antisémite et/ou
collaborationniste.</font></span></span></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana">Dans le paysage  éditorial de l'époque, son sujet a pourtant de quoi  surprendre.</font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><b><i><font face="Verdana">« Lumière, siouplaît ! »</font></i></b><span><span style="font-style: normal;"></span></span></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana">Nous
sommes en 2052, ère triomphante d'un modernisme saugrenu où les vieux
rails des réseaux ferrés ont été changés en trois jours pour laisser
place à des trains express suspendus. Le ciel des grandes villes se
zèbre des éclats opalescents d'avions privés en plastique ultra
résistant propulsés à la </font><i><font face="Verdana">« quintessence »</font></i><font face="Verdana"><span style="font-style: normal;">,
des immeubles de trois cents étages ont remplacé des quartiers entiers
de Paris, et l'on s'y éclaire à l'énergie atomique. Le confort moderne
comprend eau et lait courant à tous les étages, télé holographique et
des autels funéraires façon diorama, où les aïeux embaumés sont
théâtralisés, trônent au milieu du salon ( ???).</span></font></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana">Entre
ces grandes îles urbaines, la nature a repris ses droits sur une
campagne laissée en friche. Inutile de se donner la peine de cultiver
la terre, alors que les usines chimiques vous composent des menus <i>ex nihilo</i></font><span style="font-style: normal;"><font face="Verdana">,
et « fabriquent » légumes et viandes. Seule la Provence constitue le
dernier bastion de résistance à cette civilisation qui a mis sa
destinée tout entière dans sa foi machiniste.</font></span></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana">C'est
de là qu'est originaire François Deschamps. Sceptique tranquille
entretenant un petit fond réactionnaire, il monte à Paris décrocher son
diplôme d'ingénieur-agronome et déclarer sa flamme à Blanche, son amie
d'enfance. Cette dernière, pour tromper l'ennui d'un séjour parisien à
l'école ménagère, s'est inscrite à un radio-crochet organisé par Radio
300. Repérée par son concupiscent directeur elle s'apprête à devenir la
nouvelle coqueluche de la télé mondiale, et dans la foulée à se fiancer
avec son pygmalion.</font></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana">Mais
le soir même de son lancement sur les ondes, une panne générale
d'électricité prive Paris de courant. C'est en vain que la population
va attendre un retour à la normale. La France tout entière  et
probablement le monde  va rapidement sombrer dans le chaos et payer
chèrement la confiance indue qu'elle avait placée dans la technologie.</font></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><b><i><font face="Verdana">« Douce France, cher pays de mon enfance... »</font></i></b><span style="font-style: normal;"><span></span></span></font></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana">Parce qu'il  sort dans le contexte très particulier de l'Occupation, on ne peut pas analyser  </font><font face="Verdana"><b>Ravage</b><span>
à l'aune seule de ses qualités littéraires, ni faire abstraction des
échos qu'éveillent les idées qui nourrissent son intrigue. D'autant
moins que </span><b>Ravage</b></font><span><font face="Verdana">
est édité par Robert Denoël, sur l'attitude duquel pendant cette
période on jette, habituellement, un voile pudiquement embarrassé. Mais
si l'on appelle un chat, un chat, il faut bien alors se résoudre à
appeler un collabo, un collabo. De fait, même en admettant  et c'est
discutable  que Barjavel n'ait pas pleinement pris la mesure des
implications de son histoire, il est certain qu'elles n'ont pas pu
échapper à un éditeur de l'acabit de Denoël.</font></span></font></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana">Or
dès les premières pages, il est permis de douter de la candeur de
Barjavel. Dans toute sa première partie, il s'applique à décrire </font><font face="Verdana"><span><i>sa</i><span style="font-style: normal;">
société du futur. Une exposition malhabile, rendue plus indigeste
encore par les attaques fielleuses qu'il réserve aux tenants du
modernisme. Une défiance qu'il rattache à sa fréquentation de Gurdjieff
 gourou illuminé de la jet set du début du XXè siècle  mais qui
n'explique pas tout. Les piques qu'il réserve à Le Corbusier<sup>1</sup>(rebaptisé pour l'occasion </span><i>« Le  Cornemusier »</i><span style="font-style: normal;">,
et qu'on ne pouvait pourtant guère soupçonner d'être un séditieux), ou
la vision caricaturale qu'il livre des Cités-Jardins d'Henri Sellier</span><span style="font-style: normal;"><sup>2</sup>,
disent assez ce que Barjavel pensait de leur &#339;uvre. Ainsi lesté d'un
plaidoyer qu'il larde de sarcasmes lourdingues, son Paris de 2052
s'englue dans un irréalisme confondant. </span><i>« </i></span><i><b>Ravage</b></i></font><span><font face="Verdana"><span style="font-style: normal;"> </span><i>est un  roman dicté par la logique », </i><span style="font-style: normal;">confiait-il
pourtant en 1983 à des collégiens qu'il était venu visiter. Mais outre
le manque d'explication du fléau qui prive ainsi le monde l'électricité
(si ce n'est le titre original du roman, refusé par Denoël : </span><i>La Colère de  dieu</i><span style="font-style: normal;">),
quelle logique, par exemple, lorsqu'il parle d'héberger les morts chez
soi ? De même, on ne décèle aucune solution de continuité dans sa
description d'une métropole où cohabitent dans un système résolument
binaire, la modernité la plus échevelée et un petit peuple des
faubourgs tout droit sorti du Paris de l'entre-deux-guerre, et dont la
bêtise et la paresse ne sont recouvertes que d'un mince vernis
d'anticipation. Facile et improbable encore, cet abandon total de la
terre qu'il met en scène. Et si Barjavel fait ainsi subir les derniers
outrages à la logique, c'est qu'il vise avant tout un propos. Un
propos, qu'avec un sens consommé de la litote, il qualifiait volontiers
de </span><i>« nostalgique ».</i><span style="font-style: normal;"> Plus de soixante ans après, nous dirions plutôt  </span><i>« réactionnaire »</i></font><font face="Verdana"><span style="font-style: normal;">. Signe des temps.</span></font></span></font></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana">C'est
François Deschamps, son protagoniste qui incarne le mieux ces valeurs.
La promptitude du jeune ingénieur-agronome à se transformer en tueur
sans remords, qui n'hésite pas à exécuter un de ses hommes pour un
simple manquement à la discipline, se trouve tout entière justifiée
dans l'une de ses citations : <i>« Nous vivons des circonstances exceptionnelles qui réclament des  actes exceptionnels. »</i><span style="font-style: normal;">
En 1943, on ne peut pas écrire ça sans savoir précisément ce que cela
implique. Cette phrase aurait parfaitement pu figurer dans le discours
de Pétain du 17 juin 40. Il préféra, il est vrai et avec le succès que
l'on connaît, y </span><i>« faire à la France  don de sa personne pour atténuer son malheur ».</i></font><span style="font-style: normal;"><font face="Verdana">
Plus modestement, ça ne sera qu'à sa petite troupe d'abord puis, à la
fin, à la communauté rurale reconquise, que Deschamps fera  lui  le
don de la sienne. Un sacrifice héroïquement orchestré par Barjavel, qui
nous expose, sans recul aucun, l'évidence qui va conduire son héros à
dégringoler l'échelle de l'humanité pour assurer la survie de son
groupe. Et pas une fois au cours de son voyage, il ne se demandera si 
justement  son devoir ne serait pas plutôt d'en préserver l'étincelle
dans ce monde qui s'éteint.</font></span></font></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><b><i><font face="Verdana">Veni, Vidi, Vichy</font></i></b><span><span style="font-style: normal;"></span></span></font></font></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><i>« La terre, elle, ne ment pas. »</i><span style="font-style: normal;">,
disait encore ce bon Maréchal (nous voilà...). Et c'est vers elle et
son humble reconquête que vont tendre tous les efforts de François
Deschamps. Avec un nom pareil ! Pensez donc ! Si la traversée d'une
France grotesquement désurbanisée, et maintenant en proie au chaos,
permet à Barjavel de nous laisser quelques belles pages, une fois
encore, le propos sous-jacent rend la lecture pénible. Confronté, par
exemple, à une pure révélation mystique, Deschamps n'en dévie pas pour
autant d'un iota dans sa détermination inhumaine. Et lorsqu'enfin il
arrive dans ce sanctuaire provençal, il va très vite s'imposer par son
autorité naturelle. Devenu patriarche d'une enclave de civilisation
rurale, il impose, pour le bien de ce peuple enfant que lui seul semble
pouvoir sauver de lui-même, des règles que lui dicte son bon sens.
Polygamie, obligation de procréer et strict contrôle du savoir
(matérialisé notamment par son refus d'apprendre à lire et à écrire aux
enfants, à moins que, devenus adultes, leurs fonctions au sein de la
communauté ne les y oblige). Son exaltation de la rusticité sur fond de
</span><i>« c'était mieux avant »</i></font><span style="font-style: normal;"><font face="Verdana">
serait tout simplement risible, si le contexte ayant présidé à sa
rédaction ne le teintait pas d'une complaisance coupable à l'égard des
rengaines vichyssoises de l'État Français et de la Révolution Nationale.</font></span></font></font></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana">Un soupçon qu'il est légitime d'entretenir à  la lecture de </font><span style="font-style: normal;"><b><font face="Verdana">Ravage</font></b><span><font face="Verdana">,
et qui est largement corroboré par un faisceau de présomptions. Au
point qu'à la Libération, Barjavel se voit inscrit sur la liste noire
des écrivains ayant collaboré. Ce dont l'auteur s'est toujours défendu.
D'une part en précisant qu'il avait été retiré de cet index à suite de
l'intervention providentielle d'un académicien y siégeant, et d'autre
part en arguant de son antimilitarisme. Bien entendu, l'argument vaut
ce qu'il vaut. On se souviendra que Céline, aussi, était violemment
antimilitariste, ce qui ne l'a pas empêché d'être un salaud (génial,
certes, mais un salaud tout de même).</font></span></span></font></font></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana">Alors
oui, je sais ! Il est toujours facile de se forger une opinion à
l'ombre de la démocratie victorieuse, mais l'on ne reproche pas à
Barjavel de ne pas avoir été Vercors ou Mauriac. Ils ne sont pas si
nombreux, les écrivains qui avaient choisi la Résistance, et nul ne
songerait à jeter la pierre aux autres. Mais tous n'ont pas publié dans
</font><span><font face="Verdana"><i>Je suis partout</i><span style="font-style: normal;">,
le torchon collaborationniste dont Brasillach (seul écrivain français
exécuté à la Libération) fût prié de quitter la rédaction en chef, car
il était jugé </span><i>« trop mou »</i></font><span style="font-style: normal;"><font face="Verdana">.</font></span></span></font></font></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana">Cette
période trouble dans la biographie de Barjavel est d'ailleurs un aspect
de la question qu'élude un peu vite Marianne Chomienne, responsable du
dossier, par ailleurs solide, qui accompagne cette nouvelle édition
augmentée. En ne relevant que mollement, avec quelle adéquation les
thématiques du roman s'adaptent à la propagande de Vichy (notamment
celles du retour à la Terre, et de l'expiation des fautes passées),
elle refuse d'ouvrir le débat.</font></font></font></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana">Pas plus qu'elle ne s'interroge sérieusement sur la  légitimité SF de </font><span style="font-style: normal;"><b><font face="Verdana">Ravage</font></b><span><font face="Verdana">.
Elle cite pourtant d'autres références de l'imaginaire, telles que
Rosny Ainé, Verne  bien-sûr , mais aussi Huxley ou Bradbury, ouvrant
ainsi sur d'autres fondamentaux du genre. Elle cite aussi quelques-uns
des noms les plus intéressants du merveilleux scientifique : Maurice
Renard, Jacques Spitz, Jean de la Hire ou Régis Messac. Ce qui ne
manque pas de laisser perplexe, car se faisant, Marianne Chomienne
aurait logiquement dû remettre en question le prétendu rôle de père
fondateur de la SF, habituellement dévolu à Barjavel.</font></span></span></font></font></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana">Perplexe
surtout, car tous les auteurs précédemment cités, s'ils ont
généralement une plume bien mieux trempée, ont tous une vision beaucoup
plus claire de ce que doit être un roman de science fiction. Certes, </font><font face="Verdana"><span><i>stricto  sensu</i><span style="font-style: normal;">,
Rosny Ainé n'en écrivait pas encore, mais son approche était déjà d'une
modernité et d'une rigueur autrement plus intéressante que celle de
Barjavel. Alors, je pose la question : pourquoi continue-t-on de voir
dans </span></span><span style="font-style: normal;"><b>Ravage</b><span> (et éventuellement  </span><b>La Nuit des temps</b><span>),
l'exemple scolaire parfait de science fiction à la française ? Car
soyons clair : ou bien l'on sous-estime la dimension comique de </span><b>Ravage</b><span>
 déjà relevée à sa sortie par Henri-François Rey, critique littéraire
pour la revue pétainiste Idées , ou on admet une bonne fois pour toute
que Barjavel est au merveilleux scientifique ce que Bernard Werber est
à la science fiction. Quoi qu'il en soit, il est bien certain qu'il
n'est en rien le père de la science fiction française. Les raisons de
cette usurpation sont certainement à chercher dans le manque de
curiosité de bon nombre des professeurs de français, qui persistent à
n'y voir qu'un genre mineur, car ils l'analysent selon une grille de
lecture généraliste. Raison pour laquelle de mauvais auteurs de genre,
comme c'est le cas pour Barjavel, voient leur &#339;uvre largement
surévaluée. Il est alors intéressant de se demander pourquoi on refuse
à la science fiction un corpus analytique approprié, alors qu'il ne
viendrait à l'idée d'aucun professeur de français de faire l'économie
d'une méthodologie idoine pour parler d'un polar ? Pourtant, les germes
de la pensée prospective sont aujourd'hui suffisamment ancrés dans la
culture </span></span></font><span><i><font face="Verdana">mainstream </font></i><span style="font-style: normal;"><font face="Verdana">pour qu'on évite ce travers.</font></span></span></font></font></font></font></font></p>
<div align="justify">
</div>
<p><font style="font-size: 8pt;" size="3"><font color="#000000"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana"><font face="Verdana">Misogyne
(un travers, certes, courant de la littérature de l'époque),
réactionnaire, illogique, dénué d'une vraie réflexion sur l'avenir, </font><font face="Verdana"><span style="font-style: normal;"><b>Ravage</b><span>  condense à lui seul tout ce qui </span></span><span><i>ne fait pas</i><span style="font-style: normal;">
un roman de science fiction. Pire, il se pose presque, en 2007, en
contre-exemple parfait. Il est donc grand temps de se rendre compte que
son étude en collège n'est plus qu'une mauvaise habitude, dont des
collections comme Folio classiques se rendent complices, et de passer à
des références sinon plus actuelles, du moins plus pertinentes.</span></span></font></font></font></font></font></font></p><p>&nbsp;</p><p><i><b>archives</b></i> </p>
<font style="font-size: 8pt;"><font color="#000000"><font face="Verdana" size="2">          </font>
      </font></font>
<img src="http://static.flickr.com/137/325391389_fb62692f1b.jpg"  style="border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left;" alt="medium_EricH copie.png"><p><br></p>
]]></description>
<category>Livres</category>
<pubDate>Tue, 17 Jul 2007 10:08:08 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-44624-billet-634653.html</guid>
</item>
<item>
<title>CSA ! Poil au doigt !</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-44624-billet-627371.html</link>
<description><![CDATA[<img src="http://farm2.static.flickr.com/1241/725349050_17c5ecae09_o.jpg"  align="right"><div align="justify">Vous ne connaissez sans doute pas Jean-Eric Valli.
Normal, il est discret, et &#339;uvre à le rester. Un effort de tous les
instants, quand on est  l'un des hommes les plus puissants du paysage
radiophonique.<br>
<br>
PDG de Vibration  micro-réseau qui détrône sans difficulté NRJ dans la
région d'Orléans , il est aussi PDG du groupe START, qui s'est annoncé
prêt à acheter toute radio indépendante qui serait à vendre. Dans son
escarcelle sont déjà tombées Ado FM, Voltage, Wit FM et Sud Radio,
Black Box, etc... Et on ne parle que de celles qui ont officiellement <i>« rejoint le groupe »</i> (terme que Jean-Eric Valli préfère à <i>« a été racheté »</i>).
Il est nettement moins aisé de parler de celles qu'il contrôle en
sous-main, en vue d'un rachat prochain. Mais de fait, quelque soit la
méthode, START est en passe de devenir l'un des plus gros groupes radio
de France. Un groupe d'un genre nouveau, complètement délinéarisé, sans
ligne éditoriale, sans même une enseigne à mettre en avant. Une sorte
d'anti-NRJ. Seule ligne directrice commune : une méthode de management <i>« à l'américaine »</i>
; mais avec cette vision étrangement féodale de l'atlantisme patronal
que défend si ardemment le MEDEF. L'arrivée du groupe START dans une
radio s'annonce par celle de ses redoutables <i>cost-killers</i>.
Sorciers comptables qui rebalancent les comptes en berne par la seule
grâce d'un puissant coup de machette dans la masse salariale.<br>
<br>
Ce qui est intéressant, c'est de s'interroger sur ce qui motive une
telle frénésie d'achats. La plupart de ces radios sont en difficultés
financières, et certaines &#339;uvrent même sur des formats qui ne suffiront
pas à leur assurer une rentabilité suffisamment attractive pour un
groupe tel que START. <br>
<br>
À l'inverse de Jean-Paul Baudecroux, le patron de NRJ, lorsqu'il se
lance dans l'aventure de la FM, en 1983, Jean-Eric Valli est un
passionné de radio. Assez rapidement, il parvient à assoir la notoriété
de Vibration, et à l'étendre jusqu'aux limites de Paris. Il devient un
homme avec qui il faut compter. Un homme qui a suffisamment de poids
pour créer en 1992, le G.I.E. des Indépendants. L'idée est lumineuse.
Regrouper une douzaine de petites radios locales privées, et vendre une
partie de leur espace publicitaire à de grosses centrales d'achat,
qu'individuellement, aucune n'aurait eu assez de poids pour démarcher.
Du temps d'antenne au kilo en quelque sorte. <br>
<br>
Quinze ans plus tard <i>« le GIE </i>» est plus que florissant. Il
rassemble aujourd'hui 490 fréquences, couvre 88.5 % de la population et
touche journellement 7.8 millions d'auditeurs. Commercialisé par la
régie de Lagardère, il a fait trembler le puissant groupe au moment de
la renégociation de contrat, il y a quelques années, en brandissant le
spectre d'aller voir ailleurs. C'est toujours Jean-Eric Valli qui le
préside, et qui en a fait un puissant levier de contrôle. Car pour la
plupart de ces indépendantes, les revenus issus du GIE oscillent entre
40 et 60% de la totalité de leurs rentrées publicitaires. C'est énorme,
car même les poids lourds de son bouquet, comme Alouette en Vendée,
Scoop à Lyon, ou Contact à Lille, en dépendent presque entièrement pour
leur survie.<br>
<br>
Une formidable réussite qui ne doit pas faire oublier un point important. Comment se fait-il que l'homme qui a la main-mise sur <i>« la première offre radio nationale »</i>,
puisse aussi être celui qui rachète pour son propre compte les stations
qu'il propose dans son bouquet offert aux annonceurs ? Et surtout,
comment le CSA, qu'on connaît plus vétilleux sur des questions, il est
vrai, de bien moindre importance, parvient à ne trouver aucune
contradiction (au moins déontologique) au fait que la même personne
vende aux grosses centrales d'achat, les espaces publicitaires de ses
propres radios. Espaces sur lesquels  donc  il sera rétribué une seconde
fois ?<br>
<br>
La réponse est hélas d'une simplicité biblique. Pour discret qu'il
soit, Jean-Eric Valli n'est pas un homme à qui on dit non. J'en veux
pour preuve l'insolite odyssée du rachat par le groupe START de Radio
Latina, à Paris. <br>
<br>
Dans le courant de l'été 2006, le groupe annonce le rachat de la
station. Les préparatifs à la cession vont bon train, lorsqu'en
septembre  coup de théâtre , le CSA émet un avis défavorable, et
casse la vente, au motif que START, déjà propriétaire de Voltage et
d'Ado à Paris, initierait un processus de concentration néfaste à la
diversité de l'offre radiophonique sur la capitale. Le CSA, ne fait ici
que son travail d'autorité de régulation, en permettant à Paris de
garder l'une de ses quatre dernières stations authentiquement
indépendantes. Mais en décembre, nouveau revirement, la vente est
rétablie. Des garanties auraient été négociées. Du coup, nous voilà
rassurés. <br>
<br>
Évidemment, on ne saura pas grand chose des dessous de cette reculade
piteuse du CSA. On se contentera de prendre la chose avec un certain
fatalisme. Personne ne doute de l'inutilité embarrassante de cette
institution grassouillette qui vit des deniers de l'Etat pour
entretenir à grand frais l'insigne privilège de lui servir de bonne
conscience. Car le CSA est un peu comme un paratonnerre souterrain, une
poubelle sans fond ou une valise sans poignée. Il n'est que le
cache-honte d'un pouvoir qui n'a finalement jamais réussi à se défaire
de ses mauvaises habitudes d'ingérence dans le domaine de
l'audiovisuel. Le CSA n'est guère qu'un contremaitre mesquin, léonin
avec les modestes, servile avec les puissants. Lui, si prompt à
ratiociner et rappeler à l'ordre la moindre petite radio qui faillirait
au respect inconditionnel des fameux 40% de chansons françaises,
s'accommode sans grands états d'âme du sort en rouleau triple épaisseur
que TF1 réserve à ses mises en demeures régulières pour non respect de
la durée des écrans pub. <br>
<br>
Pusillanimité, collusion, vassale génuflexion... Jean-Eric Valli et ses
semblables peuvent dormir tranquilles. Les courbeurs d'échines veillent
au grain.<br>
<br>
<b><br>
inédit<br>
<br>
<img src="http://farm1.static.flickr.com/137/325391389_fb62692f1b.jpg?v=0"><br>
<br>
<br>
</b></div>


]]></description>
<category>Humeurs</category>
<pubDate>Thu, 05 Jul 2007 10:07:34 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-44624-billet-627371.html</guid>
</item>
<item>
<title>She's Like A Robot</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-44624-billet-565628.html</link>
<description><![CDATA[<img src="http://www.manpower.fr/jsp/jahia/templates/manpower/manpower_templates/img/mp_logo.gif"  align="right"><div align="justify">D'abord les petites notes aigrelettes du <i>She's Like A Rainbow</i>, des Stones. Puis une belle voix off, bien timbrée dans les médiums graves. Rassurante. Vaguement ironique aussi.<br>
<br>
<i>"Quand j'ai rencontré Fred, il hésitait entre la musique et l'informatique..."</i><br>
<br>
C'est ainsi que débute le spot de la nouvelle campagne Manpower.
Fédératrice la campagne. Elle doit plaire aux jeunes, alors Fred a une
dégaine d'abonnés à Magic - la revue pop moderne -. On a même droit à
un plan en salle de répète, avec look à la Rivers Cuomo. Pas très
raccord avec la B.O du spot, mais pas grave.<br>
<br>
Mais elle doit plaire aux vieux aussi. Alors le Fred, on va te le
reprendre en main, tu vas voir. Ça va pas traîner l'affaire. Trente
secondes chrono.<br>
<br>
De suite <i>Medium Grave</i> lui trouve un boulot dans l'informatique.
Mais nous on voit bien que Fredo, il a quand même pas l'air très doué
tout empêtré dans ses câbles. Medium Grave aussi d'ailleurs, il l'a
bien vu. Peut-être même qu'il l'a vu avant nous, parce qu'il est top
compétent Medium Grave. Alors  ni une ni deux  il lui propose <i>"une formation de commercial dans l'informatique". </i>Et
là, c'est la révélation. Quasi le flash mystique ! Fred, il a trouvé sa
place. À l'écran d'ailleurs on le voit bien. Exit les T shirts et frocs
de <i>slackers</i>. À la place,  c'est costard cravate et petites
lunettes d'écailles. Mais attention, il a pas totalement abdiqué sa
rebelle attitude le Fred. Il se refuse à complètement domestiquer sa
tignasse  marque ostentatoire de son originalité  et il porte la
cravate négligemment déserrée, pour bien montrer qu'il est pas du genre
à se laisser imposer son mode de vie par le système. Ah il est comme ça
Fred. C'est un esprit libre ! Ouais... un esprit libre...<br>
<br>
C'est sans doute pour ça qu'il bosse en interim. Enfin, bon, il est
libre, mais pas con non plus. Alors quand on lui a proposé un CDI,
Fredo, il a accepté. Faut dire que c'est un bon. Tellement bon,
qu'aujourd'hui, <i>"il dirige sa propre PME"</i>. Et devinez quoi ? Il
a justement rendez-vous avec Medium Grave, parce qu'il a besoin de
recruter un informaticien. Et Medium Grave nous dit qu'il va lui
présenter Fred, une petite boulotte à l'air rêveur qui <i>"hésite entre l'informatique et... enfin vous connaissez l'histoire."</i><br>
<br>
Et là on signe : <i>"Manpower. À vos côtés, pour mieux vous développer."</i><br>
<br>
C'est ça l'effet Manpower. Développer. <br>
<br>
Prenez le cas de Fred. Jeune inconséquent, qui aime la musique au point
de  imaginez un peu  envisager d'en faire son métier. Un branleur
quoi... Mais heureusement, il pousse un jour la porte d'une agence
Manpower, et là, il va se trouver quelqu'un pour le ramener au c&#339;ur des
vraies valeurs de notre société moderne. Le faire réintégrer une France
qui travaille et se lève tôt. En passant à l'âge adulte Fred va
découvrir les piliers de l'économie de marché, hors de laquelle point
de salut : force de vente, flexibilité salariale et envie
d'entreprendre. Et tout ça grâce à Manpower.<br>
<br>
Et hop ! Encore un jeune de sauvé. <br>
<br>
C'est presque avec ce genre de dialectique, que dans l'Amérique des
années 50, on en était venu à vouloir guérir de l'homosexualité avec
des électrochocs.<br>
<br>
C'est Jacques Séguéla, qui a  au milieu des très nombreuses conneries
qu'il a proférées  affirmé que la publicité vendait du rêve. Mais
c'est je
crois la première fois qu'une agence axe toute sa campagne sur
l'annihilation des rêves de jeunesse. Signe des temps, j'imagine. Très
en phase, au fond, avec cette France de demain, où ensemble tout
devient possible... dès l'instant qu'on accepte de rentrer dans le rang.<br>
<br>
Ce qui est amusant c'est de se souvenir que cette campagne n'existe que
par la fédération des compétences de gens qui ont  eux  fait le choix
exactement inverse. Créatifs, décorateurs, réalisateur, cadreurs,
monteurs, comédiens. Jusqu'à la bande son, émanation évanescente d'une
formation qui, en son temps, a su symboliser le refus total des
conventions et d'une norme préétablies. Des marginaux, en somme qui ont
refusé de se <i>"Fredifier"</i>.<br>

</div><div align="justify"><img src="http://static.flickr.com/137/325391389_fb62692f1b.jpg"  alt="medium_EricH copie.png" style="border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left;">

</div>
<br>
<br>
<b>inédit</b>]]></description>
<category>Humeurs</category>
<pubDate>Mon, 02 Apr 2007 12:25:25 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-44624-billet-565628.html</guid>
</item>
<item>
<title>Chronique Express 3</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-44624-billet-535407.html</link>
<description><![CDATA[<div align="justify"><h2><small><big><big>
Boys In the Band</big></big></small></h2>
<i><b></b></i><h3><i><b>
de David Brun-Lambert</b></i></h3>
<br>
<img src="http://farm1.static.flickr.com/132/389214809_0b94df1c85.jpg" align="left">Devait-on
s'attendre à plus de pertinence de la part d'un ancien journaliste
musical de Radio Nova, travaillant aujourd'hui pour Couleur 3, la radio
<span style="font-style: italic;">indie</span> de Lausanne, ou au contraire le survol dilettante de son intrigue était-il prévisible ? <br>
<br>
Que
l'étrange fascination pour un groupe aussi grotesquement surévalué que
The Libertines ait été le moteur de sa fiction ne suffit bien-sûr pas à
disqualifier ce premier effort de romancier. Après tout, ce quatuor
anodin que la <span style="font-style: italic;">hype</span>
londonienne avait propulsé sauveur du rock peut parfaitement fournir un
réservoir d'enjeux dramatiques tout à fait acceptables. Seulement
voilà, très vite on se rend compte que Brun-Lambert est fan, et qu'il
va devoir tisser son intrigue ainsi lesté d'une encombrante admiration.
Une admiration qu'il va méritoirement s'efforcer de dépasser, mais sans
jamais y parvenir.<br>
<br>
En choisissant pour narrateur Carl Barât, il
donne d'emblée le ton : nous serons les observateurs de la dérive du
groupe, dans le sillage de la dégringolade de Pete Doherty. <br>
<br>
Pour ceux qui n'avaient pas suivi, en 2002 The Libertines sortent de nulle part avec <span style="font-style: italic;">Up The Bracket</span>,
un premier album produit par Mick Jones, l'ancien guitariste des Clash,
et une réputation sulfureuse de branleurs déglingués. Le duo fondateur
du groupe  Carl Barât et Pete Doherty  ressuscitent assez le vieux
mythe du créateur bicéphale à la Jagger/Richards pour, commodément,
donner du grain à moudre à une presse spécialisée blasée, mais à
l'affût de sa sensation hebdomadaire. Mieux même, les deux amis se
foutent régulièrement sur la gueule et se taillent une image de <span style="font-style: italic;">losers </span>magnifiques.
Domaine dans lequel Doherty va rapidement prendre une solide avance.
Idiot patenté, accro à l'héroïne, puis au crack, il va devenir une
parodie de junkie dont les tabloïds vont s'emparer, amplifiant encore
le phénomène. L'affaire culminera avec sa fuite du temple bouddhiste où
il s'était finalement fait admettre en désintoxication et une piteuse
tentative de cambriolage au domicile de Carl Barât. <br>
<br>
Le groupe
explosera en vol en 2004 après la sortie de son second album. Doherty
s'en ira fonder le très insuffisant Babyshambles et Barât, après un
album de rédemption constitué de reprises, formera Dirty Pretty Things
avec Gary Powell, l'ancien batteur de The Libertines.<br>
<br>
On ne peut
donc pas dire que la matière faisait défaut à David Brun-Lambert. Un
matière qu'il a vraisemblablement étoffée d'une documentation
exhaustive : interview, articles, chroniques, etc... Au final, même si
le sujet n'avait rien de bien emballant, on était en droit d'espérer un
roman jouant habilement sur la tension entre fiction et faits réels. Un
peu à la manière dont Tommasso Pincio l'avait fait avec son <span style="font-style: italic;">Amour d'Outre-monde,</span> à propos de Nirvana. <br>
<br>
Sauf que non.<br>
<br>
Jamais
au cours  du roman, on ne parvient à oublier le travail laborieux
d'archiviste effectué par l'auteur. En dépit des quelques timides  et
gratuites  tentatives de déconstruction de son récit, qui ne
parviennent guère qu'à nuire à la lisibilité, on reste dans une
histoire non-écrite avec une application scolaire. Les vides laissés
par ce qu'il n'a pu découvrir dans les interviews sont comblés avec des
clichés éculés qui interdisent à ses personnages de s'incarner
vraiment. Trop succinctement biographique pour être pertinent et pas
assez caricatural pour être personnel, Brun-Lambert reste le cul entre
deux chaises. La prose est plate et tout à la fois portée sur la
posture, elle est inconsistante, mais cherchant (sans y parvenir)
l'évocation. <br>
<br>
Certes, l'exercice de la biographie fantasmée est
difficile, et en 160 pages on n'a pas tout à fait le temps de
s'ennuyer. Mais on a largement celui de regretter son argent. Car on
une fois le livre terminé, il ne reste qu'un grand vide à peine comblé
par un produit vaguement branchouille dans son sujet, sans flamboyance
dans son traitement et pas assez épais pour caler l'armoire de mémère
Marcelle. Dispensable.<br>
<br>
<b>Inédit<br>
<br>
<img src="http://farm1.static.flickr.com/137/325391389_fb62692f1b.jpg?v=0"><br>
</b></div>
]]></description>
<category>Chroniques express</category>
<pubDate>Tue, 13 Feb 2007 16:14:55 +0000</pubDate>
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<title>Radio Vaseline & DJ Excel</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-44624-billet-500044.html</link>
<description><![CDATA[<div align="justify"><img src="http://static.flickr.com/138/325960943_8d819fac51.jpg"  align="right"><br><i>"Ça teste !"</i> Tel est le leitmotiv en usage dans les radios FM, et que tout bon programmateur musical brandit en guise d'excuse à la rétrocession anticipée de son âme.<br>Habituellement, la phrase complète est : <i>"Oui je sais, c'est de la merde ce morceau, mais ça teste !"</i><br><br><br>Quelques explications techniques. Mode venue des Etats-Unis dans les années 80/90, <i>"l'auditorium"</i> consiste à tester des titres auprès d'un panel d'auditeurs. On leur fait écouter - en direct ou par téléphone - un extrait de huit à dix secondes. Généralement ce qu'on appelle le <i>"hook"</i>, c'est-à-dire la partie la plus emblématique du morceau. Souvent le refrain. Ensuite, le sondé à de deux à cinq secondes pour réagir. <br><br><br><i>1- Ça déchire sa race ! C'est trop de la balle !<br>2- Ça le fait bien !<br>3- Ça m'en touche une sans remuer l'autre...<br>4- Vous avez pas plutôt de </i>arènebi <i>?<br>5- C'est quoi cette daube !</i><br><br><br>Une fourchette dont la fiabilité n'a d'égal que sa subtilité, le recrutement des sondés, les conditions de l'écoute et le temps imparti pour la réponse. Dans les grandes enseignes de la FM, le chiffre fatidique est 49. En-deça, le titre dégage au frigo. Chef d'accusation principal : <i>"il ne teste pas"</i>. Il faut dire aussi que sur ces radios, dites <i>"Top 40"</i> - ainsi nommées parce qu'elles n'ont qu'une quarantaine de morceaux en rotation - il faut savoir faire de la place.<br><br><br>Mis en &#339;uvre par NRJ, puis par ses concurrents directs, chez qui la musique n'est que la contingence minimale que l'on concède à la diffusion de spots publicitaires, le procédé s'est depuis largement généralisé. A cela plusieurs raisons. Tout d'abord le prix. Ce genre d'études coûte cher. Très cher. Elle nécessite en outre une infrastructure importante. Ce qui fait que, jusqu'à très récemment, seules de grosses sociétés comme Médiamétrie étaient à même d'offrir ce service aux stations qui n'avaient pas les moyens d'investir dans la création d'un service d'enquêtes téléphoniques. Ça n'est plus le cas. Essentiellement à cause de la versatilité des patrons des réseaux FM.<br><br><br>Comme partout ailleurs - peut-être même plus qu'ailleurs - cadre supérieur chez RTL 2, Europe 2, Fun ou NRJ, est un métier à risque. Les sièges directoriaux y sont tous munis d'un système d'éjection particulièrement sensible, capable de se déclencher à la moindre baisse d'audience. Résultat, les vieux lécheurs de culs dorés n'y font pas de vieux os. Comptables appointés à l'oreille en berne, une fois fait le tour des grandes officines de nivellement radiophoniques, il ne leur reste plus qu'à embrasser la carrière maîtresse du moment : celle de consultant et à aller sévir dans des radios plus modestes, là où le lustre de leurs anciennes fonctions impressionne encore. La concurrence entre ces mercenaires est âpre, et pour mieux s'implanter chez leurs clients, il leur est venu à l'idée de se doter de leurs propres structures test. Une prestation tarifée fort cher, mais bien moins que chez Médiamétrie. Du sondage low cost, où l'on tire sur tous les coûts. Panels recrutés sur internet et entretenus par de petits cadeaux ou des rémunérations, au mépris évident du principe d'impartialité, études argumentées au minimum, détails du panel habilement caviardés... Plus que jamais, on est dans le monde de la statistique virtuelle. <i>"Cent pour cent des gagnants ont tenté leur chance !"</i> comme dirait l'autre.<br><br><br>C'est donc ainsi qu'aujourd'hui, même les petites radios indépendantes se dotent d'auditoriums hebdomadaires. Comme les grandes. Mais vu l'investissement que cela représente pour d'aussi petites structures, ce qui ne devrait être qu'un outil, tend à devenir la ligne du parti. Les patrons en veulent pour leurs sous. Les DJ Excel ont pris le pouvoir dans les bureaux des programmateurs. Vous pensez <i>"ligne éditoriale"</i>, eux vous répondent <i>"ligne comptable"</i>. Car il est là l'enjeu. Toutes ces radios FM ne vivent que par la publicité. D'un strict point de vue économique, c'est même la seule chose qu'elles produisent. Les radios FM sont des usines à pubs. Le paradoxe étant qu'elles passent moins de temps à soigner le produit en lui-même qu'elle n'en passent à travailler l'emballage ; c'est-à-dire, les programmes.<br><br><br>Une fois encore, l'arithmétique est impitoyable. Plus vous avez d'audience, plus vous vendez cher votre espace publicitaire. Il est donc primordial de ne pas faire fuir l'auditeur. Il faut <i>"engranger du quart d'heure"</i>. Comprenez <i>"quart d'heure d'audience moyen"</i>, le sacro-saint mètre étalon de Médiamétrie. Alors puisqu'il faut bien mettre de la musique, autant mettre de la musique qui plaît à tout le monde.<br><br><br>Ce qui est, à coup sûr, le moyen le plus efficace de ne plaire à personne. Il suffit simplement de se balader sur la bande FM, pour se rendre compte de cette triste réalité. L'impression de voyager sans fin dans un ascenseur, diffusant la musique idoine, y est quasi-omniprésente. Dans leur immense majorité, les FM musicales sont devenues l'équivalent auditif d'un désodorisant toilettes. Une gamme de senteurs artificielles allant de l'inepte à l'éc&#339;urant. Un produit de masse dénué d'affect et de passion, où la moindre aspérité au programme est drastiquement éliminée. Tout le monde copie tout le monde dans un souci général de ne surtout pas prendre de risque. De ne surtout pas faire de vague. Pas faire de bruit. Ce qui est tout même un comble pour une radio.<br><br></div><br><b>Inédit</b><br><br><img src="http://static.flickr.com/137/325391389_fb62692f1b.jpg"  style="border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left;" alt="medium_EricH copie.png">]]></description>
<category>Cogito ergo blabla</category>
<pubDate>Mon, 18 Dec 2006 11:33:14 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-44624-billet-500044.html</guid>
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<title>Q.H.S.</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-44624-billet-497780.html</link>
<description><![CDATA[<h3><strong>Quartier Bleu</strong></h3>de François Darnaudet <img src="http://www.actusf.com/images/Dardaunet/dardaunet04.jpg" style="border-width: 0pt; margin: 0.2em 0pt 1.4em 0.7em; float: right;" alt="medium_vint.jpg"> <br /><div align="right"><br /><div align="justify">Talentueux, discret et régulier, c'est toujours avec plaisir que l'on retrouve François Darnaudet. Un plaisir toutefois qui ne nous console pas tout à fait de la relative rareté de ses apparitions sur les tables des librairies. Auteur de polar et de science fiction, il profite de son incursion dans la collection de politique fiction de Jérôme Leroy pour jouer sur les deux tableaux. Un pari toujours un peu casse-gueule, mais qui n'est pas sans offrir un certain nombre d'avantages techniques sur le format de la novella. Ce que, en habile artisan, François Darnaudet a parfaitement compris. <br /></div><br /><div align="justify"><em><strong>"Paris, ça s'épelle M-E-R-D-E."</strong> <br /></em></div><br /><div align="justify">Paris, 2044. Bon, pas  franchement l'éclate... Surpopulation, épidémies, drogues et délinquance sont les nouveaux piliers de cette Ville Lumière qui a pris du plomb dans les réverbères. L'état <em>"sarko-gaulliste" </em>a bien entendu mis en &#339;uvre tous les moyens à sa disposition pour traiter ces nouveaux maux, et ce avec tout le bon sens expéditif que l'on connaissait dès le début du XXIème siècle à l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine. Lassé de ramasser les cadavres des junkies et des malades du <em>"Gros Chat" </em>, Franz Keller a quitté la police parisienne pour devenir <em>"vigile solo" </em>. Un métier entre liquidateur et détective privé qui lui permet de donner libre cours à sa nature brutale, mais pas de se loger ailleurs que dans un studio collectif de 9 m² sis dans l'ancien Opéra Bastille, reconverti en HLM. <br /></div><br /><div align="justify">Et lorsque Nikita Warlock, bimbo convolée d'un <em>"cadre sup sup" </em>d'une importante transnationale le contacte pour enquêter sur la mort de son mari, Keller ne peut pas s'offrir le luxe de refuser. Pourtant l'affaire ne sent pas bon. L'époux modèle entretenait une passion coupable pour l'exotisme en chambre, et c'est dans l'enclave black du Quartier Bleu qu'il avait pris l'habitude d'emmener le petit au cirque. Devenu un ghetto noir, l'ancien cimetière du Père Lachaise est aussi une zone de non droit qui tire son nom d'un éclairage de ville bleuté, qui le singularise du reste de la Capitale. Une clientèle de routiers libidineux et de cadres blancs viennent toutes les nuits y perdre leurs petites quéquettes dans les ravins moites de professionnelles sur-cambrées à la peau d'ébène. Il semblerait que ça soit au climax de l'une de ces joutes, que Warlock ait décidé de se faire péter la gueule avec une grenade 30 bars. <em>"Suicide" </em>, avaient conclu les <em>kamis </em> brigade de flics d'élites métis affectés aux zones les plus dangereuses - en rendant à la veuve le <em>doggy bag </em>contenant les restes du défunt. Une version qui ne satisfait pas l'aimante et dévouée moitié, qui, par ailleurs, aimerait bien récupérer <em>"la puce de rapport immédiat" </em>que portait son mari, et que les kamis semblent avoir engourdie. <br /></div><br /><div align="justify"><em><strong>"La poubelle est pleine depuis si longtemps, qu'il n'y a plus de place pour nos déchets à nous."</strong> <br /></em></div><br /><div align="justify">Cent-vingt pages, c'est court pour refaire Paris. Spécialement quand, derrière, le message politique à délivrer prime. Alors niveau intrigue, François Darnaudet a opté pour les fondamentaux. Un schéma de roman noir survitaminé ultra-classique qu'il ne va pas prendre la peine de déconstruire. On reste sur les basiques. Normal, puisque le décor prend de la place. C'est même lui le principal intérêt de <strong>Quartier Bleu</strong>. <br /></div><br /><div align="justify">En remplissant à la lettre le cahier des charges "politique-fiction", Darnaudet s'inscrit dans la veine de SF contestataire et gaucho des années 70. Vient s'y greffer la verve noire du polar à la Manchette. Pas d'équivoque donc, la cible est clairement identifiée. C'est cette démagogie, ce populisme cynique d'une élite patricienne qui ne sert plus que sa propre cause et n'a d'autres ambitions nationales que celles qui les conduiront sur les plus hautes marches du pouvoir. Et ce Paris de 2044 est le triste bilan comptable de plusieurs décennies de revirements politiques pilotés par les sondages d'opinions favorables, et par la mesquine arithmétique électorale d'une classe de squatters des ors de la République à courte vue et sens du devoir minimum. <br /></div><br /><div align="justify">Habilement, François Darnaudet brosse  forcément à gros traits  le portrait d'une société qui a divorcé de sa classe politique, d'administrations minimums qui se partagent entre la gestion de crises et une <em>URSSification </em>de l'exécutif. Il extrapole intelligemment l'ouverture au privé des services publics, égratigne au passage la faillite (volontaire ?) de l'Etat à former ses citoyens, et saupoudre le tout de trouvailles effrayantes, comme ces chômeurs réquisitionnés par le gouvernement pour le compte de sociétés privées en échange de tickets d'alimentation et d'une couverture sociale format timbre-poste. <br /></div><br /><div align="justify">Sans tomber dans la caricature, il reste dans l'écriture de genre(s), un peu à la manière de Roland C.Wagner. Bien-sûr de nombreux points ne sont qu'effleurés, restent en suspend ou sont simplement évoqués et laissés en jachère par la suite  comme ce mystérieux <em>"Gros Chat" </em>qui force les autorités aux dernières extrémités prophylactiques. Mais qu'importe au fond, puisque l'essentiel est dit. Quelques mois seulement avant que le jugement des urnes ne nous propose de choisir dans quel pied nous allons devoir nous tirer une balle ; alors qu'on voit le débat sur l'avenir de notre pays se rabaisser au niveau d'un prime de la Star Ac', François Darnaudet distribue les calottes. Il y en a pour tout le monde (bon d'accord... certains sont un peu mieux servis). La violence sous-jacente de <strong>Quartier Bleu</strong> pourrait être jubilatoire si son propos n'était pas avant tout salutaire en cette fin d'année 2006. Derrière la facilité apparente de la forme, la concentration d'idées à la ligne carrée démontre assez le métier de Darnaudet, et justifie amplement d'investir au moins cette fois dans l'une de ces  toujours un peu chères  <em>novella SF </em>des éditions du Rocher. <br /><br /></div><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><font face="Verdana" size="2"><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><font face="Verdana" size="2"></font></font></font></font><br /><div align="justify"><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><font face="Verdana" size="2"><strong>Archives</strong> </font></font></div><br /><div align="justify"><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><font face="Verdana" size="2"></font></font></div><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><font face="Verdana" size="2"><img src="http://static.flickr.com/137/325391389_fb62692f1b.jpg" style="border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left;" alt="medium_EricH copie.png"> </font></font></div>]]></description>
<category>Livres</category>
<pubDate>Fri, 15 Dec 2006 09:39:58 +0000</pubDate>
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<title>PMD 660 vs. ma pomme...</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-44624-billet-469747.html</link>
<description><![CDATA[<h3><b>... ou comment la machine à essayé de faire taire Maurice G. Dantec</b> </h3><br><img src="http://static.flickr.com/118/287596179_ed69cef7d3.jpg"  align="right"><div align="right"><div align="justify"> Oubliez les dictaphones pourris qui recrachent leur gadoue sonore. Oubliez les DAT qui vrillent bandes et tympans de leur crissement numérique. Oubliez les minidiscs-jouets, et leur mécanique si délicate que la manipulation en est réservée aux seuls doigts des enfants qui les ont assemblés quelque part au fin fond de la Chine, dans une usine-dortoir qui ferait baver d'envie Phil Knight.</div><br><br><div align="justify"> Bienvenue dans l'ère de l'enregistreur numérique à mémoire flash ! Voici Marantz PMD 660. 700 grammes, 4 heures d'autonomie, entrée XLR blindée, enregistrement en .mp3 ou .wav, une heure et demie d'espace mémoire en linéaire, fréquence d'échantillonnage 44.1 ou 48 kHz, rapport signal bruit en entrée micro 60dB et sortie USB 2 pour transfert instantanée en Direct To Disk. Un must. Et en ce qui me concerne, un must équipé d'un micro Shure SM 58. Un classique indémodable. Polyvalent, virtuellement indestructible, fidèle dans sa courbe de réponse (bien qu'un peu mat dans les médiums), mais capable d'encaisser des amplitudes de sons de l'ordre d'un coup de feu, et ce, sans sourciller. C'était là l'équipement d'un chasseur de sons professionnel.<br> <br> Y'avait intérêt ! Deux heures plus tard j'interviewais Maurice G.Dantec dans les bureaux d'Albin Michel.<br> <br> Le premier contact entre PMD 660 et moi, c'est, je dois le dire, plutôt bien passé. L'animal ne semblait pas retors.<br> <br> Prise en main facile. L'essai micro était parfait, le contrôle des volumes OK, et l'engin paré, c'est à dire avec des batteries chargées à bloc et une carte mémoire entièrement vide.<br> <br> 14h45 pétante - avec un quart d'heure d'avance - j'arrive chez Albin Michel. C'est mignon tout plein chez eux. Bâtiment des années 20, subtilement redécoré zen, standardistes standards à l'accueil où l'on m'indique où m'asseoir pour patienter. Les fauteuils m'avalent, mais je reste vigilant, l'oeil discrètement fixé sur la porte d'entrée. En embuscade. C'est fou le nombre de gens qui peuvent rentrer chez un éditeur en un quart d'heure. Il faut dire que c'est l'heure à laquelle ils reviennent tous de déjeuner. Eh ouais... à 15h. Bien fait pour votre gueule. Au lieu d'être bons maths et de finir par travailler derrière vos stations Sun pour des négriers du code, fallait être meilleur en français.<br> <br> On m'avise du retard de "Maurice", qui est repassé à son hôtel. J'en profite pour fourbir PMD 660. Je sors le micro de sa housse et je le branche, prêt à l'action. Ready to shoot, pour ainsi dire. Je sors aussi le petit casque de walkman merdique que je me suis acheté en chemin, histoire d'avoir une écoute de contrôle pendant l'enregistrement. Je suis prêt. Putain, j'ai même jamais été aussi prêt de ma vie l'interview je peux même la faire là maintenant tout de suite si je veux. Je peux dégainer dans la seconde !<br> <br> 15h30, cette fois pas de doute, c'est bien le snipper métacodal en personne qui passe le seuil de chez Albin Michel (oui, bon... OK, j'en suis pas plus fier pour autant de celui-là). Cuir noir, chemise euh... bizarre et cravate noire. Il porte des lunettes... et bien noires, mais vu que c'est bien un petit splif éteint, là, entre ses doigts, j'imagine qu'en dessous ses yeux doivent être passablement rouges.<br> <br> On se sert la louche, il me remet vaguement, et je lui rappelle que l'année passée je lui avait refilé en douce une copie d'un pirate  d'un import italien du I'm The Walrus des Beatles. Sa chanson fétiche. "Ah oui, effectivement... excellente version d'ailleurs !". Nous voilà en route vers la "grande salle de réunion". On me propose un café, et Maurice G.Dantec demande un Coca qu'il ne touchera pas. A peine assis, il prend l'initiative et allume la clim'. Bonne idée.<br>  <br>  La première question que j'ai prévue c'est : "Comment allez-vous ?". Elle est banale, mais j'ai aussi prévu d'en convenir dans mon énoncé, donc le temps d'installer PMD 660 je meuble en essayant d'éviter de lui demander comment ça va. On parle tournée promo. Il est content. Ça se passe, quoi... Grosso modo il préfèrerait être chez lui, mais les à-côtés (hôtel 4 étoiles, éditeur aux petits soins, etc...) compensent. Moi, je fais un peu semblant d'écouter parce que PMD 660 a décidé de mordre la main qui le nourrit. C'est à dire la mienne.<br>  <br>  Sur son mesquin petit écran, il m'indique que la batterie est presque vide, et que la carte mémoire est pleine. Heureusement, j'ai avec moi l'alim' secteur, que je mets en oeuvre immédiatement. Un petit manège qui n'échappe pas Maurice G.Dantec. Je commence à la jouer professionnel détendu. "Ah ! J'ai un petit souci technique, évidemment. Vous savez ce que c'est ? C'est toujours pareil avec ces machines... elles vous plantent quand vous en avez besoin.". Evidemment qu'il sait, pauvre imbécile que je suis, c'est même le sujet de son roman. Je fais le malin, mais je suis tout de même obligé de passer deux coups de fil pour qu'on m'explique comment effacer cette putain de carte mémoire. Je me couvre de ridicule avec la sérénité paniquée de rigueur, mais qu'importe. A mille lieues du guérillero  paranoïaque des plateaux de télé, Maurice G.Dantec est d'un calme olympien. Il est même assez avisé pour ne pas se risquer à me donner de conseils techniques, ce qui est - et de loin - le truc le plus humiliant dans ce genre de situation.<br>  <br>  Quelques embarrassantes minutes plus tard, on n'y est, enfin. Ça tourne !<br>  <br>  Lentement, l'interview prend presque la tournure d'une conversation. On échange. C'est bon signe. Du coin de l'oeil je surveille PMD 660. Pas question que ce petit enculé me refasse un sale coup. L'idée m'effleure, alors que nous parlons de l'homme démachinisé qui se désécrit dans une longue suite binaire, que c'est précisément une suite comme celle-ci qui est en train de s'inscrire dans la mémoire flash de PMD 660. Des uns et des zéros, qui capturent et conservent par-devers eux le Verbe envolé de l'auteur. PMD 660 retranscrit Dantec. Ou du moins une part de lui même. Je trouve l'effet miroir assez fascinant. C'est le langage-machine à l'état pur. Celui-là même dont Grande Jonction nous parle. Et tout à l'heure, je vais rentrer chez moi, brancher un cordon et transférer ces minutes échangées sur une autre machine, où je pourrais les retraduire, dans un autre code qui - lui - vous sera lisible. C'est vrai. Nous sommes peut-être déjà dans la méta-machine. J'en ai des frissons dans le dos. A moins que ça ne soit la clim' qui me tombe dans le cou. Et comme le frisson se prolonge bien au-delà de ce que l'illumination de la pure compréhension métaphysique n'en provoque d'ordinaire chez moi, je suis bien obligé de me dire que cette solution est la bonne.<br>  <br><img src="http://static.flickr.com/112/287596195_d6f4811b43.jpg"  align="left">  Lorsqu'arrive presque l'heure de nous quitter, nous sommes en train de parler fandom, et Maurice (puisque dans le feu roulant de l'argumentation il en est venu au "tu", autant s'appeler par nos prénoms maintenant), Maurice donc me dit qu'il ne comprend pas bien pourquoi le petit landernau de la SF le snobe tant. "Certes, me dit-il, Villa Vortex ou Les Racines du mal sont un peu trop périphériques au genre, mais Cosmos Inc. et plus encore Grande Jonction, sont indéniablement de la science fiction". Or chaque fois qu'il tombe sur une chronique dans la presse spécialisée, il est frappé de voir à quel point on lui fait mauvais accueil. On l'accuse de s'être exilé dans un paradis fiscal ("ceux qui disent ça n'ont jamais mis les pieds au Québec" ajoute-t-il en rigolant), mais on ne parle jamais de son oeuvre. Ou en tout cas, rarement de manière pertinente. Moi, j'en suis rendu à me pelotonner discrètement sur mon coin de table pour me réchauffer. C'est idiot, mais je n'ai pas osé lui demander de remonter la clim'. J'ai froid, mais la question mérite pourtant qu'on s'y attarde.<br>  <br>  Au-delà des histoires de chapelles pour puristes, n'a-t-il pas raison ? Maurice n'a jamais renié ses inspirations SF. On l'accuse souvent de piquer tout à tout le monde, mais je suis convaincu qu'il n'en est rien. Certain que le bonhomme est trop sincère dans sa démarche pour se livrer à ce genre d'enfantillages. Il lui arrive parfois de réinventer la roue en cours de route, mais quel auteur ne le fait pas ? Alors c'est quoi le problème ? Il fait une SF de droite ? Mmoui, bon... Barjavel en son temps en a fait une lui aussi, et autrement plus nauséabonde si vous voulez mon avis. Il est chrétien ? Bon, d'accord, mais prenez Orson Scott Card. Il est mormon, et sa foi imprègne la moindre de ses lignes sans qu'on songe pour autant à lui refuser notre considération distinguée. Ah, Dantec, est un peu arrogant ? Oui. Ce n'est pas faux. Mais comparé à Harlan Ellison, il frôle l'autisme. Il choisi mal ses amis ? Si on veut... mais pas plus que Van Vogt. Alors il est où le problème ? On le dit cryptique, mais il ne l'est pas autant que Ballard, verbeux, mais il l'est bien moins que Gibson, recycleur, tout comme bien d'autres avant lui. Est-ce qu'au final on ne lui reprocherait pas d'avoir une véritable ambition littéraire ? C'est étrange dans ce cas, parce que la manière dont il vient de me décrire son rapport à l'écriture me semble au contraire pleine d'humilité : "...je reste persuadé qu'un roman ça ne correspond pas exactement à l'auteur. Grande Jonction ou Les Racines du mal, je serais incapable de dire d'où c'est sorti. Mes histoires j'attends qu'elles arrivent. Comme un tsunami. J'attends que la plage soit vide et je regarde arriver la vague." Le refrain est familier, mais pas affecté. D'autres auteurs - la plupart en fait - travaillent dans la Révélation. Alors quoi ? Il écrit mal ? On n'a pas la place d'argumenter ici, mais non, Maurice G.Dantec n'écrit pas mal. Et si on lui reprochait tout simplement sa vision d'un monde à venir ? Mauvais procès. Il n'est pas le seul à jouer les Cassandre, et si la perspective de vivre dans Grande Jonction ne m'allèche guère, celle de vivre dans La Schismatrice de Sterling non plus.<br>  <br>  Je persiste donc à ne pas comprendre, et à voir en Maurice G.Dantec un excellent auteur. J'assume. En discutant avec un autre de ses lecteurs assidus j'en étais arrivé à me dire qu'entre deux bouquins il tendait à m'agacer, mais que dès qu'il était au coeur de son métier - le roman - il me refascinait à chaque fois. C'est ça aussi finalement, avoir du talent.<br>  <br>  Je pense à tout ça alors que Maurice s'éclipse, le temps qu'on lui présente un confrère de passage. Je profite de son absence pour remonter discrètement la clim' de 19 à 24 degrés. Mais c'est trop tard. Le mal est fait. Il revient, et on se quitte, plutôt content de cette interview, sur une nouvelle poignée de main.<br>  <br>  Dans le métro, je commence à ressentir les premiers effets du rhume que le froid polaire artificiel va m'occasionner. Nouvelle tentative de la machine de m'abattre ?<br>  <br>  De retour à la maison, je branche PMD 660 à mon PC et entame la procédure de transfert. S'affiche alors un vague message d'erreur. Le fichier est endommagé. Peste ! Fuck, comme on dit chez Maurice ! La machine ne veut pas désécrire ce qu'elle volé/échangé à l'homme. La machine veut faire taire Maurice G.Dantec. Mais PMD 660, tu ne  gagneras pas. Six unités - six chiffres - te séparent du nombre de la Bête, tu n'es donc qu'une approximation. Tu ne peux pas gagner !<br>  <br>  Ce sera le lendemain, au boulot, la gorge en feu et la goutte au nez, que la dernière bataille de bibi vs PMD 660 s'achèvera par un K.O machinique total. Trahi par une de ses semblables (un PC en bout de course à la logique sans doute rendue assez floue pour ne pas remarquer le hiatus binaire qui interdisait le transfert de données), PMD-660-La-Machine rendra les armes et le fichier perdu, le temps que je le grave en audio. En musique pour ainsi dire. Cette musique électrique, salvatrice, qui inonde toutes les pages de Grande Jonction. Cette fois encore, j'ai arraché un sursis à la machine. Elle n'a pas gagné, et l'homme est encore le maître.<br>  <br>  Mais pour combien de temps encore ?</div><br><br><br><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><font face="Verdana" size="2">  <font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><font face="Verdana" size="2"> </font> </font></font></font><div align="justify"><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><font face="Verdana" size="2"><b>Archives</b> </font></font></div><div align="justify"><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><font face="Verdana" size="2"> </font></font></div><font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><font face="Verdana" size="2"><br><img src="http://static.flickr.com/137/325391389_fb62692f1b.jpg"  alt="medium_EricH copie.png" style="border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left;"> <br> </font></font></div>]]></description>
<category>Articles</category>
<pubDate>Fri, 03 Nov 2006 10:38:14 +0000</pubDate>
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<title>Killing Me Softly...</title>
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<description><![CDATA[<h3 style="margin-left: 4.3pt; text-indent: 0cm;"><span dir="ltr"><span style=""><b><b>L'entreprise et le monde feutré de l'infra-violence</b></b></span></span></h3><h3 style="margin-left: 4.3pt; text-indent: 0cm;">   <span dir="ltr"><span style=""></span></span><img src="http://static.flickr.com/94/272112709_eedd0d88f6_m.jpg"  align="right"></h3> <div align="justify"><span style="">  Le viatique indispensable du cadre efficace ne peut plus se concevoir, aujourd'hui, sans une édition poche de <i>L'Art de guerre</i> de Sun Tzu. Voilà bien qui est symptomatique de cette culture qu'on dit <i>"d'entreprise"</i>. Oxymore ultime, car s'il est bien un monde où la culture est bel et bien bannie, c'est celui de l'entreprise.</span><br><span style=""></span><br><span style="">  Il n'en reste pas moins, que depuis qu'un jour un abruti quelconque, dans une école de management américaine, s'est mis en tête que le commerce c'était la guerre, les préceptes - possiblement apocryphes et vieux de 2000 ans - d'un général chinois sont d'un seul coup redevenus d'actualité. Ce contemporain de Confucius se serait arrogé le privilège douteux d'établir les bases de la guerre moderne, alors que nos propres ancêtres en étaient encore à s'étriper avec un enthousiasme brouillon. Grâce donc lui en soit rendue.</span><br><span style=""></span><br><span style="">  Cela dit, il n'aura échappé à personne que les plaines boueuses du Yang-Tsé et les plateaux des Montagnes Pourpres qui bordent Nankin - où Sun Tzu conduisit jadis ses campagnes - constituent un théâtre des opérations qui diffère sensiblement de l'atmosphère feutrée des couloirs des grandes officines du commerce international. Même l'effervescence hystérique d'une salle de marché, ne pourrait être comparée au chaos d'un champ de bataille résonnant des cris de douleur et de peur des soldats et du choc mou du métal éventrant la chair. Le complet de marque sied mal à l'engagement physique, et l'attaché case, s'il est possible d'admettre sa nature potentiellement contondante, a un coefficient létal passablement insignifiant.</span><br><span style=""></span></div><div align="justify"> </div><div align="justify"><b><i>Réaction en chaîne</i></b> </div><div align="justify"> </div><div align="justify"><span style="">  Toutefois, faire entrer des références guerrières dans le monde de l'entreprise est assez révélateur des pressions contradictoires que la violence exerce, plus que jamais, sur notre société. Mais pire encore, c'est enclencher une réaction en chaîne qui ne peut qu'échapper à tout contrôle.</span><br><span style=""></span><br><span style="">  Il est communément admis que c'est sa capacité à juguler la violence inhérente à l'homme qui détermine aujourd'hui le degré de civilisation d'une société. Et dans notre monde occidental - j'entends par là la frange de l'humanité qui est globalement du bon côté de la balance des comptes - en traquer et en éliminer les symptômes les plus évidents est devenu la norme. En témoigne les nombreuses mesures législatives appliquées aux programmes de télévision ou aux jeux vidéo. Témoin encore, ce désemparement du corps social face aux destructions et aux émeutes des banlieues en novembre 2005.</span><br><span style=""></span><br><span style="">            En revanche, lorsque le monde des affaires coopte des valeurs ouvertement guerrières, personne vraiment ne s'en inquiète. Mieux même : par quelque improbable <i>twist</i> sémantique, cette valorisation du culte combattant est facilement admise, et ceux qui abordent le marché avec une attitude de général en campagne sont souvent perçus comme des personnalités véhiculant des valeurs positives. Ils sont dynamiques, volontaires, efficaces. Ce sont des <i>"tueurs"</i>.</span><br><span style=""></span><br><img src="http://static.flickr.com/79/272116961_8844bd0dfe.jpg"  align="left"><span style="">  Cette dichotomie dans la perception de la violence s'explique largement par l'illusion de civilisation dont elle s'affuble dès lors qu'elle franchit les limites des quartiers des affaires. Mais ce n'est pas la seule transformation qu'elle ait alors à subir. Car cette glorification du guerrier dans le cadre policé de l'entreprise, débouche sur un paradoxe dangereux.</span><br><span style=""></span><br><span style="">  En intégrant à son corpus idéologique une magnification de la violence, l'entreprise, figure ultra-civilisée &#339;uvrant sur un marché prétendument autorégulé - donc un écosystème stable -, place ceux qui y travaillent sous une double contrainte qui ne peut trouver sa résolution que dans une inversion de cette violence. Là où Sun Tzu enseignait à la projeter vers l'extérieur, l'entreprise va, elle, n'avoir d'autre choix que de la retourner contre ses forces vives.</span><br><span style=""></span><br><span style="">  Ce ridicule culte de la soldatesque est un greffon stérile, et en transformant bureaux et sièges sociaux en casernes et en PC de campagne, en forçant ses employés à adhérer à cette idéologie combattante, les entrepreneurs instillent dans les rapports une hystérie morbide qui ne fait que dégrader un peu plus les rapports humains et contraint leurs salariés à une vision de plus en plus militaire de leur hiérarchie.</span><br><span style=""></span><br><span style="">  Alors bien-sûr, il s'agit d'une violence feutrée. Civilisée. Les armes sont les mots, les rapports de service, les évaluations annuelles, les appendices aux règlements intérieurs, les petites réflexions anodines, qui vous travaillent au corps, comme ces petites séries de crochets au foie qu'on vous enseigne à la boxe. Indolores sur le coup, mais qui vous amènent à la victoire plus sûrement qu'un K.O. C'est aussi parfois les hallalis discrets en salle de réunion. Véritables baisers de la mort, qui portent comme ces coups au Kung Fu, ne laissent pas de trace mais vous tuent deux jours plus tard. Et s'il est vrai que plus on monte dans la hiérarchie, et plus la brutalité des rapports devient visible, il n'en est pas moins vrai que cette violence qui s'initie au plus haut niveau de la chaîne de commandement déborde largement, pour cascader sur les étages inférieurs de la pyramide et se diluer en une infra-violence, certes diffuse, certes d'apparence anodine, mais tout aussi corrosive et sauvage.</span><br><span style=""></span></div><div align="justify"> </div><div align="justify"><i><b>De la résignation au mercenariat </b></i></div><div align="justify"> </div><div align="justify"><span style=""> <img src="http://static.flickr.com/101/272112726_3bb6a81881_m.jpg"  align="right">           La subir au quotidien conduit à une résignation malsaine, où finalement personne - ni employés, ni patrons - ne va trouver son compte. Cette violence réfrénée, ce passage à tabac de la dignité humaine qui se pratique à coup de chaussettes remplies de sable, ne laisse en apparence pas plus d'ecchymoses qu'elle ne laisse de choix. Être chair à canon ou sniper, fantassin ou commando, bref garder son éthique et être sacrifiable ou au contraire l'abdiquer et devenir une machine pour cette guerre sans autre cause qu'une course éperdue aux profits. C'est à dire une guerre de survie. Une guerre d'expansion en somme, mais qui se conduit de l'intérieur, et contre un ennemi désincarné, dont l'omniprésente menace fait planer sur tous un stress mortifère qui ne se résoudra que dans une violence inutile. Cela ne laisse au salarié pour seule solution de repli qu'une défensive résignée. Puisque cette inutile violence se redistribue en interne, on s'interdit tout esprit de corps, et chaque individu n'&#339;uvrera par conséquent qu'à sa propre survie, et exclusivement à elle. Et si on lui demande de se battre, il ne le fera pas pour l'entreprise, par pour le marché, pas pour la hiérarchie. Non ! Il le fera pour garder sa place. Retour de flamme insolite - mais logique - de cette passion guerrière du monde du management : l'esprit mercenaire.</span><br><span style=""></span><br><span style="">  Entre les codes ultra civilisés du monde des affaires et sa brutalité ouatée, l'individu se trouve au c&#339;ur d'une double contrainte à laquelle il échappera de la seule manière possible : par l'investissement minimum. C'est ainsi que les grandes entreprises férues de stratégie militaire se privent de toute initiative personnelle, de toute implication désintéressée dans la vie de la société, de toute créativité, de toute imagination.</span><br><span style=""></span><br><span style="">  Mais c'est là, bien-sûr, une conclusion qui n'est guère inattendue. La guerre, après tout, n'est pas un lieu de grande création. Il  faut donc trouver d'autres modèles, basés sur la coopération, plus que sur la compétition.</span><br><span style=""></span><b><i><br><span style=""></span></i></b></div><div align="justify"><b><i>Peace, love and making money</i></b> </div><div align="justify"> </div><div align="justify"><span style="">        Si l'ennemi est partout, cela revient à dire qu'il n'est nulle part. Un syllogisme dont la mise en &#339;uvre demande bien plus de pragmatisme que son apparente évidence semblerait le laisser suggérer. Effectivement, toute entreprise est à la merci d'un rachat intempestif, d'une OPA hostile, d'un changement d'actionnaires. C'est aujourd'hui une donnée structurelle, mais surévaluée par sa nature imprévisible. La menace est là, mais tellement là qu'il est tout juste utile de s'en préoccuper. Plutôt que mobiliser toutes les énergies de son personnel à endiguer un danger qui, peut-être, ne se matérialisera jamais, et qui, si il le fait, ne vous laissera vraisemblablement aucune chance, pourquoi ne pas essayer de redistribuer ses forces pour développer des modèles alternatifs ? Pourquoi ne pas laisser enfin Sun Tzu reposer en paix, déposer les armes, et se rappeler que le commerce, c'est avant tout l'échange. Induire dans les rapports au sein de l'entreprise une dynamique de coopération, d'écoute, lui redonner une dimension humaine me semblerait être une attitude autrement plus constructive. Etant donné le temps considérable qu'y passent ses salariés, il est vital qu'ils s'y sentent bien, qu'ils s'y sentent en sécurité, et surtout considérés comme des êtres humains. C'est ce qu'on déjà compris certaines compagnies, dont l'exemple le plus connu est Google. Son <i>"Googleplex"</i> rassemble salles de repos, de sport ou de jeux, restaurants, cafétérias, autant d'endroits favorisant une propagation transversale de l'information. S'y nouent des relations imprévues, des connexions aléatoires, avant tout favorisées par la convivialité et les affinités humaines. Y naissent au final des idées qui viendront enrichir le capital intellectuel de la compagnie. Plutôt qu'une rationalisation à tout crin, Google a choisi d'instiller un peu de chaos dans l'ordre, d'accepter le risque de ne pas tout contrôler, pour finalement en tirer profit.</span><br><span style=""></span><br><span style="">    <img src="http://static.flickr.com/121/272112699_07a5858450_m.jpg"  align="left">Ils ne sont pas les seuls, mais il est vrai que beaucoup d'entrepreneurs de la Silicon Valley sont très au fait des pensées contre-culturelles et alternatives, qui sont très tôt venues à la rencontre des nouvelles technologies. Evidemment, le management à l'américaine s'assure au final que cette apparente bonhommie reste rentable, voire très rentable. Mais il est frappant de constater que lorsqu'il touche nos côtes ce même <i>"management à l'américaine"</i> est débarrassé de tout ce qu'il peut avoir d'intéressant et de novateur, pour ne conserver que ces aspects les plus désagréablement dépassés, et s'inscrire dans cette vieille tradition d'exploitation du libéralisme le plus sauvage. Pire encore, cette spirale de la morosité, qui débouche sur une gestion suicidaire de l'humain en entreprise, et aboutit, en fin de compte à un constat d'échec, c'est sur les épaules des salariés qu'on va la faire reposer toute entière. <i>"Les gens ne veulent plus travailler !"</i>, refrain connu entonné régulièrement par le MEDEF, qui en retour propose d'y remédier par une discipline de fer et le retour de la trique.  <br></span><br><span style=""> Il n'en reste pas moins que la solution, est effectivement entre les mains des décideurs, et pas entre celles de cette soldatesque dont ils ont voulu se doter. En France, l'employé n'est plus le collaborateur. D'ailleurs l'a-t-il jamais été ? Etrange lecture sélective des modèles, mais qui a au moins le mérite du confort, puisqu'il pérennise une tradition féodale du monde du travail, qui permet aux grands patrons de trouver des boucs émissaires commodes à leurs échecs. </span></div><div align="justify"> </div><div align="justify"><b>Inédit</b> </div><div align="justify"> </div><br><img src="http://static.flickr.com/137/325391389_fb62692f1b.jpg"  style="border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left;"> <br>]]></description>
<category>Cogito ergo blabla</category>
<pubDate>Mon, 16 Oct 2006 22:22:50 +0000</pubDate>
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<title>Pas de marbre...</title>
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<description><![CDATA[<h2 style="text-align: justify;"> <strong>La Trilogie de béton</strong> </h2> <h3 style="text-align: justify;"> <strong>de J.G Ballard</strong> </h3> <div style="text-align: justify;"> <br /> <br /> <br /><br /><p> <font face="Verdana, Arial, Helvetica, sans-serif" size="2"><font face="Verdana" size="2"><span style="font-size: 10pt;"><img src="http://www.actusf.com/images/Ballard/Ballard03.jpg" alt="medium_vint.jpg" style="border-width: 0pt; margin: 0.2em 0pt 1.4em 0.7em; float: right;"></span></font></font>Parce qu'il est un auteur à multiples facettes, J.G Ballard est réputé difficile. Donc respectable. C'est-à-dire digne d'échapper à l'infâmante estampille science fiction  qu'il n'a pourtant jamais reniée. Voilà ce qui a sans doute motivé cette vilaine réédition dans une collection fourre-tout de chez Denoël : Des Heures Durant. Une voie de dégagement qui abrite des auteurs aussi différents et inclassables qu'Antoine Volodine, Bruno Schultz ou Malcolm Lowry, et à qui on a, soit voulu épargner une étiquette de genre, soit été infoutu d'en trouver une. Photo granuleuse, barrée d'un "ballard" tout en minuscules oranges pour faire mode, et en dessous duquel s'alignent, en mesquines capitales blanches, les titres des romans de la trilogie. Ajoutons-y une quatrième de couv' en ton sur ton de gris tout à fait hideux, et pour terminer, un papier de si piètre qualité qu'il en rend la tenue du bouquin inconfortable et malaisée. Le tout pour 25 euros. La passion pour l'auteur devra donc être la plus forte.</p><br /><p>Et ce n'est pas mon cas. <br /></p><br />Car je ne me suis jamais senti à l'aise avec les romans de Ballard. Il m'intimide un peu je crois. Sans doute un effet collatéral de sa flatteuse réputation d'auteur culte. C'est pourquoi, la préface de la présente édition, signée par Xavier Mauméjean, rassure-t-elle un peu. Du coup on se retrouve en terrain familier. Il y rappelle que Ballard s'est toujours un peu considéré comme une pythie. Inlassable observateur de ses contemporains, et de la manière dont ce monde mutant influe sur leurs comportements. La Trilogie de béton est un cliché de la société moderne, prit sous trois angles différents.<br /> <br />Avec Crash c'est le rapport de l'homme et la machine qui intéresse Ballard, et qu'il décide de mettre en scène sous l'insolite forme d'un roman pornographique. Après un accident de la route qui a coûté la vie d'un homme, un producteur de télévision fait la connaissance de Vaughan, un ancien informaticien, devenu réalisateur. Plusieurs années auparavant, il a lui-même été victime d'un grave accident de moto qui a réveillé en lui une sexualité morbide, toute entière centrée sur les morts et les blessés de la route. Fasciné par Vaughan, le héros  qui s'appelle lui-aussi James Ballard  va se laisser entraîner dans une spirale névrotique qui ne peut aboutir, il le sait, qu'à une fin funeste.<br /> <br />Des trois romans de la trilogie, Crash est indéniablement le plus ambitieux et le plus réussi. Tout d'abord par la lascivité clinique de son style, maîtrisé de bout en bout. C'est aussi le plus ouvertement SF. D'une part dans le rapport qu'entretiennent les personnages avec la violence. Fortement érotisée, omniprésente, elle symbolise la distanciation de l'homme par rapport à ses sentiments. La perte de sa compassion, et quelque part, de son humanité.<br /></div> <br />SF aussi parce qu'il se propose de consommer une union contre-nature entre hommes et machines. Une union toujours destructrice, où les pénétrations sont des perforations, les étreintes des écrasements et les orgasmes des explosions. Partant du simple constat de cette folie quotidienne qui consiste à se lancer à 100 km/h sur des langues de béton, avec pour simple protection l'habitacle tout entier contondant d'un véhicule, Ballard extrapole une topographie dérangeante de fantasmes malsains. <div align="justify"> </div> <br />C'est aussi la route qui sert de prémisses à L'Île de béton. Alors qu'il rentrait chez lui, la Jaguar de Robert Maitland  architecte en vue  quitte l'autoroute et dévale le remblai jusqu'au fond d'un terrain vague couvert de hautes herbes, que délimitent les trois portions d'un échangeur. Blessé, coincé dans cette île triangulaire, incapable d'escalader les talus, il va devoir survivre là plusieurs jours durant, avant de découvrir qu'il n'est pas le seul habitant des lieux.<br /><br /><p>Intéressant dans la thématique, mais moins dominé que Crash dans l'écriture, L'île de béton poursuit la métaphore sexuelle, mais de manière plus symbolique que pornographique. Comme la littérature de Ballard est avant tout cérébrale, il ne fait aucun doute que dans son esprit, le long triangle de cette île herbue est d'abord un pubis que Maitland va devoir conquérir, puis un vagin qu'il pénétrera, lorsqu'il en découvrira les habitants souterrains, et enfin une matrice dont il devra renaître. Ballard est un grand admirateur de Dali et l'imagerie du peintre catalan se retrouve dans la géographie de ce bout de terrain oublié par le monde en marche. En l'arpentant Maitland y découvre les vestiges de vies enterrées qui témoignent du passé du lieu. Mais c'est du sien dont il va devoir apprendre à faire le deuil. Précipité hors du temps par le modernisme, il va devoir laisser mourir l'homme civilisé, pour apprendre à survivre aujourd'hui, mais aussi demain. Un message étrangement flou, brouillé encore par l'apparition de Proctor et Jane, les deux autres occupants de "l'île". Commencé comme une introspection dangereuse, L'Île de béton évolue vers un vaudeville détraqué, où le traditionnel triangle amoureux se redistribue dans une exploitation de l'un par l'autre. Finalement, le bourgeois reste le dictateur ordinaire, alors que les pauvres abdiquent facilement leur libre arbitre. Etrangement frustrant.<br /> <br />I.G.H  pour Immeuble de Grande Hauteur  clôt cette trilogie, et est certainement le plus faible des trois romans. Les milles habitants d'une immense tour de quarante étages - projet grandiose du modernisme conquérant  vont peu à peu sombrer dans la folie barbare, et les différents niveaux de l'immeuble vont se transformer en théâtre d'une guerre de classes confidentielle, mais d'une rare violence.<br /></p><br /><p>En choisissant de s'ancrer plus fortement dans le réel que pour ses deux premiers opus, Ballard fragilise son propos, au point même de frôler de justesse l'invalidation. Bien que se donnant un vernis de crédibilité sociologique, il choisit de ne pas décrire d'incident déclencheur franc pour initier cette dérive sauvage. Et voulant ainsi plaider la cause du naturel, il entre presque dans le surnaturel. Alors qu'on sent que tout son effort se porte sur la démonstration que cette bestialité est inhérente à la nature humaine, il ne parvient qu'à personnifier sa tour, au point presque d'en faire une entité qui distillerait chez ses occupants les germes de la folie. Un grand écart malencontreux, qui laisse le lecteur perplexe. D'autant plus perplexe que sa "prophétie" s'est largement invalidée depuis. On sait maintenant que c'est moins la vie dans des cages à poules que la ghettoïsation des grands ensembles qui est source d'aliénation.<br /></p><br /><p>A bien des égards La Trilogie de béton est une &#339;uvre importante dans la carrière de Ballard, parce que c'est sa première tentative aboutie d'une science fiction tournée vers l'humain. Cette SF qu'il appelait de ses v&#339;ux dès 1962 dans les colonnes de New Worlds, et qu'il s'est finalement résolu à écrire lui-même, comme il l'avait promis. Il n'appartient, évidemment pas, à ce genre de chronique de dire de tels romans s'ils sont bons, ou pas. Mais elle se doit en revanche de mesurer le temps écoulé depuis leurs parutions. Et force est de constater que ces visions d'un futur gris béton se sont teintées depuis d'une esthétique de pattes d'eph' en tergal et de sous-pulls en acrylique. <br /> <br />Alors qu'il ne professe pas une misanthropie à tout crin, il est pourtant évident que Ballard n'a pas de ses semblables une vision bien reluisante. L'homme est, non pas mauvais, mais un animal grégaire, dénaturé par ses rapports à la modernité. Son repli sur le matérialisme a désintégré les fondements de sa sociabilité, à savoir sa capacité de compassion, de solidarité et d'amour. Mais la démonstration manque de force parce qu'il généralise en partant de cette petite bourgeoisie sur-éduquée qu'il connaît bien, puisqu'il en fait partie. Son monde tout entier semble fait de riches médecins, d'écrivains, de producteurs de télévision, de professions libérales, bref d'autant d'acteurs minimaux de la réalité sociale.<br /></p><br /><div align="justify">Il semble n'avoir qu'une très vague idée de ce qu'est vraiment la rue et ce prolétariat qu'il tente d'inclure dans son univers, mais dont il fait l'économie d'une véritable approche. De ce fait, ce que lui voit comme étrangement prophétique peut aussi nous apparaître comme parfaitement solipsiste.<br /><br /> Tout comme Priest, Ballard produit une littérature de l'ennui. Une approche de l'écriture qui réclame une adhésion sans faille de la part de ses lecteurs. Mais là où le premier décrit le rien avec une passion froide, le second le fait en vidant sa prose de tout affect. Il choisi de rester glacialement clinique sur l'observation des représentants d'une classe moyenne à la rencontre desquels, étant l'un d'eux, il n'a même pas à partir. Alors soit on se satisfait de cette conquête a minima des possibilités littéraires, soit on n'y voit qu'un exercice auto complaisant et finalement très petit bourgeois. <br />  </div><div style="text-align: justify;"> <br /> <strong>Archives</strong><br /> <br /> <img src="http://static.flickr.com/137/325391389_fb62692f1b.jpg" alt="" style="border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left;"> </div><div style="text-align: justify;"> </div><div style="text-align: justify;"> </div><br />]]></description>
<category>Livres</category>
<pubDate>Thu, 14 Sep 2006 21:00:08 +0000</pubDate>
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