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<copyright>Copyright 2008 Blogg</copyright>
<pubDate>Wed, 25 Nov 2009 16:28:04 +0100</pubDate>
<lastBuildDate>Wed, 25 Nov 2009 16:28:04 +0100</lastBuildDate>
<docs>http://www.blogg.org/blog-43996.html</docs>
<description>Collectif Pensée-Critique</description>
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<title>esprit-critique-révolutionnaire</title>
<language>fr</language>
<category>Blogg</category>
<ttl>60</ttl>
<item>
<title>commentaires au sujet du "communiqué du NPA 86 sur les faits du samedi Octobre à Poitiers"</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1095139.html</link>
<description><![CDATA[<p style="text-align: justify;">voici le communiques avec entre <strong>[ ]</strong> nos remarques:<br /> <br /> &nbsp;"La manifestation contre la prison de Vivonne, contre le syst&egrave;me carc&eacute;ral, contre les structures r&eacute;pressives &eacute;tait justifi&eacute;e. Plus personne n&rsquo;ignore l&rsquo;&eacute;tat ignoble de nos prisons d&eacute;nonc&eacute; par des rapports parlementaires nationaux et par des &eacute;tudes europ&eacute;ennes<strong>.<br /> <em>[parce qu'il faut que ce soit les institution l&eacute;gitimes de l'ordre dominant qui l'admettent pour que cel&agrave; soit vrai?]</em></strong><br /> <br /> Une partie des manifestants, visiblement venus &agrave; Poitiers pour en d&eacute;coudre, ont cass&eacute; des vitrines de banques et de magasins et ont tagu&eacute; des slogans anti-syst&egrave;me.<br /> &nbsp;<strong><em>[que l'on peut aussi interpr&eacute;ter ainsi: un groupe d&eacute;termin&eacute; &agrave; d&eacute;truire la manifestation incarn&eacute;e de la destruction, que repr&eacute;sente la civilisation occidentale capitaliste, est venu &agrave; poitiers pour en d&eacute;coudre avec la soci&eacute;t&eacute; capitaliste marchande et l'obscurantisme puritain que repr&eacute;sente la religion chr&eacute;tienne]</em></strong><br /> <br /> &nbsp;Le NPA86 condamne sans r&eacute;serve ce vandalisme et les violences physiques commises, en plus en plein milieu de la foule venue au festival &laquo; des Expressifs &raquo;. La port&eacute;e politique nous &eacute;chappe. Cette violence nous inqui&egrave;te. Elle est le sympt&ocirc;me d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; bloqu&eacute;e, qui n&rsquo;offre aucun espoir.<br /> <strong><em>[bien vu pour une fois, comme quoi la port&eacute;e politique ne vous &eacute;chappe pas tant que &ccedil;a!!]</em></strong><br /> <br /> Comment en est-on arriv&eacute; &agrave; ce qu&rsquo;une partie de la jeunesse ne voie plus que la violence comme mode d&rsquo;action politique ?<br /> &nbsp;<strong><em>[on en est arriv&eacute; l&agrave; parce que les pr&eacute;tendus partis d'opposition se sont concentr&eacute;s sur le citoyennisme, la lutte "d&eacute;mocratique", la d&eacute;magogie populiste, et parfois le r&eacute;formisme social lib&eacute;ral, et n'ont eu de cesse d'&eacute;vincer et de mettre &agrave; la marge toute radicalit&eacute;, toute tentative de d&eacute;veloppement d'un mouvement v&eacute;ritablement r&eacute;volutionnaire, notamment en reproduisant dans ses d&eacute;clarations les sch&eacute;mas et cat&eacute;gories de pens&eacute;e de l'id&eacute;ologie dominante. Aujourd'hui, cette radicalit&eacute; diffuse commence &agrave; se propager et &agrave; s'organiser en force politique, et bien qu'elle en soit encore &agrave; un stade embryonnaire, et en pleine maturation th&eacute;orique, elle constitue peut &ecirc;tre la nouvelle force politique de gauche avec laquelle il faudra compter &agrave; l'avenir ]<br /></em></strong><br /> Les actes de samenedi soir <strong><em>[&ccedil;a s'est d&eacute;roul&eacute; dans l'apr&egrave;s-midi, non?]</em></strong> ne changeront rien, ni au syst&egrave;me capitaliste ni au sort des prisonniers. Il sont dangereux et ont emp&ecirc;ch&eacute; les poitevins de faire la f&ecirc;te en ville.<br /> <strong>[ah ah ah, ils les ont emp&ecirc;ch&eacute; de s'&eacute;vader dans les d&eacute;combres de la soci&eacute;t&eacute; spectaculaire marchande ali&eacute;nante]<br /></strong> <br /> La r&eacute;volte ne doit pas aller dans des voies sans issue.<br /> <strong>[sans doute qu'elle doit alors s'exprimer dans les urnes!]</strong><br /> <br /> Le NPA86 continue de penser que la seule force pour lutter contre le syst&egrave;me capitaliste, c&rsquo;est le nombre, pas la violence minoritaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>[mieux vaut 5 lions que 50 moutons, mieux vaut une force consistante et bien organiser qu'un gigantesque r&eacute;seau vaste et lache, disposer &agrave; la trahison pour les jouissances imm&eacute;diates d'un r&eacute;formisme capitaliste marchand. Si le nombre est important, il ne faut pas le chercher chez le Bloom, le citoyen, le bon sujet biopolitique surpacifi&eacute;, ou l'ouvrier travers&eacute; surd&eacute;termin&eacute; par l'ahbitus petit-bourgeois, aux relants nationalistes (on pense par exemple ici aux gr&egrave;ves ouvri&eacute;ristes nationalistes soutenues en angletterre par une organisation soeur de la GR (courant gauche r&eacute;volutionnaire du NPA). le nombre n'est pas l&agrave; aujourd'hui, il ne le sera pas tant que les classes domin&eacute;es investiront encore leurs esp&eacute;rances dans le capitalisme avanc&eacute;e, le r&eacute;formisme bourgeois, et les mouvements citoyens. En attendant, une fraction de plus en plus importante de la jeunesse, qui comprend certainement des personnes parmi les plus lucides et d&eacute;sillusionn&eacute;s quant &agrave; l'ordre capitaliste n'en peut plus d'attendre le r&eacute;veil et la maturation tant attendue du mouvement ouvrier. Quitte &agrave; creuver dans ce syst&egrave;me sans que celui-ci ne change, autant lui cracher sa merde &agrave; la gueule! nihiliste et sans perspective nous direz-vous ?<br /> Certes au point de vu ultra limit&eacute; d'un NPA (que nous connaissons bien pour s'y &ecirc;tre int&eacute;ress&eacute;s un temps), compos&eacute; de nombreux militant incapables de s'abstraire de leurs postures morales et normes sociales surint&eacute;gr&eacute;es, n'adoptant un point de vue compr&eacute;hensif que pour justifier la tendance au r&eacute;formisme du (pseudo-)mouvement ouvrier, mais jamais pour d&eacute;fendre les mouvements offensifs d&eacute;sireux d'en d&eacute;coudre avec l'ordre dominant. Ce que vous concevez comme un mouvement nihiliste repr&eacute;sente bien plus pour nous un mouvement vitaliste, d&eacute;sireux de d&eacute;truire l'immense machine de destruction du vivant que repr&eacute;sente le capitaliste avanc&eacute; de la civilisation occidentale.]<br /></strong> <br /> Nous demandons que la justice n&rsquo;utilisent pas ces faits pour condamner au hasard des jeunes militants qui ne partagent pas ces m&eacute;thodes injustifiables.<br /> <strong>[ bref &agrave; l'instar du citoyennisme et du n&eacute;grisme vous pratiquez la moralisation, la dissociation, et la distinction entre bon et mauvais manifestants, distinction qui n'est que le reflet de la pens&eacute;e dominante de l'ordre capitaliste bourgeois]<br /></strong> <br /> <strong>[ Nous entendons bien que la mise en place d'une subjectivit&eacute; r&eacute;volutionnaire ad&eacute;quate au sein de la classe ouvri&egrave;re, appui n&eacute;cessaire au processus r&eacute;volutionnaire, est bien difficile a constituer, et qu'il ne se d&eacute;bloque g&eacute;n&eacute;ralement qu'en p&eacute;riode de crise profonde du syst&egrave;me. Mais en attendant, est il possible de condamner une jeunesse qui ne veut plus attendre, qui ne peut plus attendre. nous voyons dans cette impatience et cette mont&eacute;e de radicalit&eacute; le symptome d'une crise en cours, qui va de pair avec le renforcement de la violence et du contr&ocirc;le capitaliste. Les perspectives d'avenir dans une telle civilisation c'est la pr&eacute;carit&eacute;, la maladie, l'osbcurantisme intellcetuel, la servitude, la guerre, la destruction et la mort. l'offensive contre la civilisation c'est la r&eacute;appropriation de la vie, de la joie, de la sant&eacute;, de l'intelligence. Le r&ocirc;le du NPA et des partis communistes depuis plus de 60 ans : diff&eacute;rer continuellement l'instant de la propagation de la vie, couper le mouvement ouvrier des forces radicales, et s'appuyer sur l'id&eacute;ologie petite-bourgeoise de masse, pour en garder le contr&ocirc;le et l'instrumentaliser, au lieu d'assumer pleinement une radicalit&eacute; critique, qui ne pr&eacute;figure que dans les textes d'id&eacute;ologues ne vivant la r&eacute;volution qu'en fantasme id&eacute;aliste et de jeunes militants illusionn&eacute;s, et instrumentalis&eacute;s pour faire le sale boulot. Il y a finalement une diff&eacute;rence tr&egrave;s nette entre avoir la masse prol&eacute;taire de son cot&eacute;, et se ranger par opportuniste du cot&eacute; de la masse prol&eacute;taire int&eacute;gr&eacute;e objectivement et subjectivement au capitalisme. la premi&egrave;re situation est communiste r&eacute;volutionnaire, la seconde est sociale d&eacute;mocrate r&eacute;formiste. Vous pouvez nous sortir toutes les excuses que vous voudrez, pour justifier marxistement et trotrskystement vos strat&eacute;gies, lorsqu'une personne ou une organisation adopte un double discours, le v&eacute;ritable discours est toujours le plus &agrave; droite. Bref, avouez le, vous n'&ecirc;tes pas r&eacute;volutionnaires!</strong>]</p>]]></description>
<category>actu</category>
<pubDate>Fri, 16 Oct 2009 07:24:13 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1095139.html</guid>
</item>
<item>
<title>Au sujet de la manifestation anti-carcérale du 10/10/09 à Poitiers /suivi de Civilisation et destructivité</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1093966.html</link>
<description><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Tout d&rsquo;abord nous allons revenir sur les d&eacute;clarations de la majorit&eacute; des m&eacute;dias, avant de discuter v&eacute;ritablement du sujet &agrave; proprement parler. Le discours de ces m&eacute;dias se compose des &eacute;l&eacute;ments suivants:</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: left;">Manifestations anti-carc&eacute;rale/Environ 250 manifestants/Destructions de biens marchands/d&eacute;gradation de monuments religieux/Ultra Gauche/Anarcho Autonomes/Organis&eacute;s/Arm&eacute;s/Dangereux</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">G&eacute;n&eacute;ralement, les articles s&rsquo;accompagnent des pleurnicheries du Maire sur la mauvaise image donn&eacute;e &agrave; Poitiers et le co&ucirc;t des r&eacute;parations. Bref, c&rsquo;est assez maigre. Peut-on se pr&eacute;tendre inform&eacute; ? Cela d&eacute;pend de ce qu&rsquo;on appelle une information.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Si &ecirc;tre inform&eacute; consiste &agrave; :</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">1/ ne pas parler de la cause de ce rassemblement, c'est-&agrave;-dire la question anti-carc&eacute;rale, mais se limiter &agrave; parler des &laquo; d&eacute;bordements &raquo;, des &laquo; casseurs &raquo;, des &laquo; d&eacute;gradations &raquo;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">2/ ne pas faire d&rsquo;analyse sur les acteurs en pr&eacute;sence et en faire une totalisation que l&rsquo;on regroupera sous la d&eacute;signation : &laquo; anarcho autonome d&rsquo;ultra gauche &raquo;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">3/ ne pas faire de lien entre la question de la prison et les questions de soci&eacute;t&eacute;, la question du capital, la question de la morale jud&eacute;o-chr&eacute;tienne.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">4/ recueillir les propos du maire, c'est-&agrave;-dire d&rsquo;une seule des parties, qui pose d&rsquo;embl&eacute;e des jugements moraux pr&eacute; admis sur les &eacute;v&eacute;nements, notamment en employant des termes comme &laquo; grave &raquo;, &laquo; dangereux &raquo;.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">5/ pr&eacute;tendre que les manifestants sont venus arm&eacute;s, et ne pas faire de diff&eacute;rence entre un fumig&egrave;ne et un explosif, qu&rsquo;ils sont &laquo; tr&egrave;s bien organis&eacute;s &raquo;, (face &agrave; un dispositif de police ultra minime au d&eacute;part, et donc facile &agrave; d&eacute;border, m&ecirc;me s&rsquo;il s&rsquo;&eacute;tait agit d&rsquo;une manif de 30 grand m&egrave;res) alors que tous pr&eacute;tendent que c&rsquo;&eacute;tait le bordel, et que tout s&rsquo;est fait de mani&egrave;re spontan&eacute;e.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">6/ se faire son jugement dans son canap&eacute; sans avoir pris part &agrave; la situation, sans conna&icirc;tre les acteurs, leurs histoire, leurs objectifs, et en ayant subit depuis l&rsquo;enfance une propagande unilat&eacute;rale qui vend les m&eacute;rites du capitalisme, du lib&eacute;ralisme, du christianisme, et du consum&eacute;risme</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Alors vous regardez TF1 !</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Sinon, vous pouvez &eacute;galement pr&ecirc;ter attention &agrave; ce qui suit: Vers une analyse compr&eacute;hensive de la situation</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;"><strong>Civilisation et Destructivit&eacute;</strong></p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Il n&rsquo;est pas possible de comprendre les actes des dits &laquo; black blocks anarcho autonomes d&rsquo;ultra gauche &raquo;, comme bien d&rsquo;autres &eacute;v&eacute;nements similaires, sans prendre en compte la structure sociale et la dynamique de la civilisation dans lesquelles ils s&rsquo;expriment. Cette analyse est bien connue et tient son point de d&eacute;part dans la <em>M&eacute;tapsychologie Freudienne, </em>et son d&eacute;veloppement dans l&rsquo;analyse Marcusienne de la civilisation (<em>Eros et Civilisation</em>). La r&eacute;volte, la violence, la destructivit&eacute;, les psychopathologies qui s&rsquo;expriment dans, par et contre la civilisation ne sont ni des &eacute;l&eacute;ments qui lui sont exog&egrave;nes, ni des anomalies, elles sont le reflet des traits fondamentaux de la civilisation elle-m&ecirc;me, de sa dynamique propre, de sa dialectique. Les individus r&eacute;volt&eacute;s, violents, destructeurs ou psychopathes sont <em>positifs</em> au sens o&ugrave; ils adoptent une r&eacute;ponse conforme &agrave; leurs conditions objectives d&rsquo;existence, qui sont le produit de la civilisation et de l&rsquo;organisation capitaliste de la soci&eacute;t&eacute;. Ils sont positifs dans leur antagonisme, dans leur <em>n&eacute;gation d&eacute;termin&eacute;e</em> de l&rsquo;ordre dominant. La civilisation occidentale capitaliste &agrave; pour r&eacute;flexe de traiter ces &ecirc;tres comme des anomalies qu&rsquo;il faut neutraliser pour perp&eacute;tuer son existence. Son r&eacute;flexe n&rsquo;est donc pas l&rsquo;autocritique, la remise en question de son fonctionnement, de ses r&eacute;alisations, la r&eacute;flexion sur ses potentialit&eacute;s, mais bien plut&ocirc;t l&rsquo;&eacute;limination pure et simple du probl&egrave;me. L&rsquo;&eacute;limination prend des formes diverses suivant la p&eacute;riode historique et le degr&eacute; de nuisance du probl&egrave;me en question, et va de l&rsquo;&eacute;limination directe de la vie, &agrave; des formes disciplinaires de redressement moral et physique, &agrave; l&rsquo;enfermement et &agrave; la surveillance.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">La civilisation occidentale se base sur le <em>principe de rendement </em>comme <em>principe de r&eacute;alit&eacute;</em>. Ce <em>principe de r&eacute;alit&eacute;</em> est constitutif du capitalisme, de la course &agrave; l&rsquo;accroissement du taux de profit. Il est le <em>principe de r&eacute;alit&eacute;</em> des classes dominantes capitalistes, au niveau national comme mondial, introject&eacute; par une s&eacute;rie d&rsquo;institutions qui s&rsquo;inter-d&eacute;terminent : la Famille, l&rsquo;Ecole, la T&eacute;l&eacute;vision, la Publicit&eacute;, le Travail, l&rsquo;Eglise.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Le <em>principe de r&eacute;alit&eacute;</em> consiste en un report constant du <em>principe de plaisir</em>, c'est-&agrave;-dire sur une r&eacute;pression de l&rsquo;<em>instinct de vie </em>(<em>Eros</em>). Si le report de la satisfaction imm&eacute;diate du d&eacute;sir consiste en un <em>instinct de conservation</em> de l&rsquo;Humain, permettant le d&eacute;veloppement de formes de <em>sublimation</em>, de d&eacute;tournement des pulsion et de r&eacute;investissement de celles-ci dans des activit&eacute;s permettant la transformation du monde objet, de la r&eacute;alit&eacute; mat&eacute;rielle, dans le sens de l&rsquo;apaisement de la <em>lutte constante pour l&rsquo;existence</em>, cet affaiblissement d&rsquo;<em>Eros</em> provoque de mani&egrave;re cons&eacute;quentielle un d&eacute;s&eacute;quilibre entre l&rsquo;<em>instinct de</em> <em>vie</em> et l&rsquo;<em>instinct</em> <em>de mort</em> (<em>Thanatos</em>). Le progr&egrave;s de la civilisation est ainsi surinvesti par l&rsquo;<em>&rsquo;instinct de mort</em>, qui est <em>sublim&eacute;</em> en <em>instinct de destruction</em>. L&rsquo;<em>instinct de</em> <em>destruction</em> est alors parti prenante des r&eacute;alisations humaines, de sa transformation du monde objet. Il s&rsquo;ins&egrave;re dans l&rsquo;appareil productif sous la forme de <em>destructivit&eacute; m&eacute;thodiquement organis&eacute;e</em>. Il se manifeste dans les activit&eacute;s destructrices de l&rsquo;homme, c'est-&agrave;-dire d&rsquo;une part la destruction et le pillage de la nature, et d&rsquo;autre part dans la guerre et la r&eacute;pression Etatique. Il s&rsquo;incarne de la mani&egrave;re la plus flagrante dans les fonctions polici&egrave;res et militaires.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">En tant que <em>surd&eacute;termination</em> de l&rsquo;&ecirc;tre par le social, par la classe dominante, ses normes, ses valeurs, ses affects, son &eacute;thique projet&eacute;e dans l&rsquo;universel, &eacute;rig&eacute;e en morale, le <em>principe de</em> <em>rendement</em> consiste en une restriction du principe de r&eacute;alit&eacute;, et s&rsquo;appuie sur la r&eacute;ification, c'est-&agrave;-dire une conception du monde objet qui fait abstraction de ses d&eacute;termination, de ses processus constituant, de sa dynamique interne et de ses antagonismes.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Le capitalisme avanc&eacute; est <em>totalitaire</em> au sens o&ugrave; il est en capacit&eacute; d&rsquo;absorber les instincts de destruction et les instincts de vie, d&rsquo;administrer Eros et Thanatos dans la dynamique du syst&egrave;me productif. Les instincts de vie non satisfaits et r&eacute;prim&eacute;s par l&rsquo;imp&eacute;ratif de rendement son d&rsquo;une part d&eacute;tourn&eacute;s de leur objet dans des activit&eacute; compensatrices, sublimatoires tels que l&rsquo;art, la science, ou bien dans des activit&eacute;s d&eacute;sublim&eacute;es telles que la consommation de produits de luxe investis des valeurs joyeuses, prestigieuses, valorisantes, glorifiantes du syst&egrave;me lui-m&ecirc;me. C&rsquo;est ce que Marx appelait le <em>f&eacute;tichisme de la marchandise</em>. Dans le capitalisme avanc&eacute; et sa tendance &agrave; la d&eacute;mat&eacute;rialisation, la consommation porte autant sur des productions mat&eacute;rielles que sur des productions immat&eacute;rielles. La soci&eacute;t&eacute; capitaliste avanc&eacute;e devient alors <em>Spectaculaire Marchande</em>, et pose alors un voile id&eacute;ologique sur une r&eacute;alit&eacute; f&eacute;tichis&eacute;e. La r&eacute;pression des instincts de vie entra&icirc;ne d&rsquo;autre part un d&eacute;s&eacute;quilibre exaltant la destructivit&eacute;. Cette destructivit&eacute; est &eacute;galement canalis&eacute;e dans des activit&eacute;s compensatrices de plusieurs ordres. D&rsquo;une part, il s&rsquo;agit des activit&eacute;s de r&eacute;pression physiques, polici&egrave;res et militaires. D&rsquo;autre part, cette <em>destructivit&eacute; productive</em> est r&eacute;investie dans des activit&eacute;s comp&eacute;titives, c'est-&agrave;-dire concurrence scolaire, &eacute;conomique, sport, jeux de soci&eacute;t&eacute;. Tandis que les activit&eacute;s professionnelles, et celles de s&eacute;lection sociale, mettent en jeu la comp&eacute;tition dans le cadre d&rsquo;enjeux r&eacute;els, c'est-&agrave;-dire qui concernent des situations mat&eacute;rielles d&rsquo;existence ; la comp&eacute;tition ludique dans le cadre de sports amateurs et de jeux de soci&eacute;t&eacute; fait office de d&eacute;fouloirs, elles permettent la d&eacute;charge de pulsion agressives dans le cadre virtuel de la destruction simul&eacute;e. Eros et Thanatos ainsi pris au pi&egrave;ge de la machine capitaliste contribuent alors au d&eacute;veloppement et &agrave; l&rsquo;&eacute;quilibre de l&rsquo;appareil productif.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">L&rsquo;appareil productif ne peut int&eacute;grer l&rsquo;ensemble de la population, et d&rsquo;ailleurs les capitalistes n&rsquo;en ont pas besoin, bien au contraire : au niveau &eacute;conomique, le maintient d&rsquo;une population non int&eacute;gr&eacute;e permet la perp&eacute;tuation et l&rsquo;exaltation du principe de rendement, puisqu&rsquo;il contraint les salari&eacute;s &agrave; se conformer aux normes de ce principe, et d&rsquo;accepter n&rsquo;importe quelle contrainte de travail, au risque de mettre en p&eacute;ril leurs conditions mat&eacute;rielles d&rsquo;existence, et qu&rsquo;il maintient une partie de la population dans la p&eacute;nurie, ce qui permet en cas de crises, de gr&egrave;ves, de se d&eacute;barrasser des premier salari&eacute;s, et de puiser dans ce vivier potentiellement pr&ecirc;t &agrave; accepter n&rsquo;importe quel travail, dans n&rsquo;importe quelle condition, afin de reconstituer ses effectifs n&eacute;cessaires, et m&ecirc;me d&rsquo;accro&icirc;tre la puissance num&eacute;rique de l&rsquo;Etat protecteur du Capital au niveau policier et militaire. C&rsquo;est en quelque ligne l&rsquo;analyse marxiste sur la fonction sociale du <em>lumpenprol&eacute;tariat </em>pour<em> </em>la bourgeoisie dans l&rsquo;&eacute;conomie capitaliste. Ainsi, ma&icirc;triser les conditions d&rsquo;int&eacute;gration totale de la population au sein du syst&egrave;me productif constituerait pour ses acteurs un effort consid&eacute;rable et superflu de contr&ocirc;le des d&eacute;terminations, des conditions sp&eacute;cifiques d&rsquo;existence qui constituent chaque corps. De plus le d&eacute;veloppement d&rsquo;une population non int&eacute;gr&eacute;e &agrave; l&rsquo;ordre dominant permet &agrave; la domination de disposer d&rsquo;un vivier constant de boucs &eacute;missaires, dont la fonction consiste alors dans l&rsquo;attribution du port de la responsabilit&eacute; des disfonctionnements du syst&egrave;me. Ces populations constituent alors la figure de l&rsquo;antisocial, et subissent des formes de d&eacute;signation stigmatisantes, les constituant alors comme l&rsquo;<em>Ennemi</em> commun &agrave; abattre, ce qui permet alors au groupe dominant de d&eacute;tourner l&rsquo;attention de l&rsquo;opinion publique, quant &agrave; sa responsabilit&eacute; relative aux diff&eacute;rentes crises du syst&egrave;me. Si ce processus se manifeste de mani&egrave;re parfaitement involontaire et m&eacute;canique chez de nombreux politiciens et id&eacute;ologues, d&rsquo;autres son plus avertis de ce fait, et en usent tr&egrave;s habilement pour d&eacute;fendre leurs int&eacute;r&ecirc;ts et leur position sociale.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Ce m&eacute;canisme de d&eacute;signation de l&rsquo;<em>Ennemi</em>, qui r&eacute;pand la peur chez les sujets de l&rsquo;<em>Empire</em> et les rend ainsi docile et mall&eacute;ables, les dispose &agrave; la servitude est bien ant&eacute;rieur &agrave; l&rsquo;av&egrave;nement du la soci&eacute;t&eacute; capitaliste. Il &eacute;tait d&eacute;j&agrave; pr&eacute;sent dans la Rome Antique, avec l&rsquo;opposition entre Barbares et Civilisation. Il repose sur le mythe du chaos et de la destruction relatif aux invasions barbares, qui serait la fin de la civilisation. Ce m&eacute;canisme s&rsquo;est &eacute;galement perp&eacute;tu&eacute; sous des formes plus mystiques avec la religion chr&eacute;tienne. L&rsquo;<em>Ennemi</em> est alors constitu&eacute; par la repr&eacute;sentation du Diable, Satan, Lucifer, l&rsquo;invasion barbare par le mythe de l&rsquo;Apocalypse, et du r&egrave;gne de l&rsquo;Ant&eacute;christ. La figure de Dieu repr&eacute;sente l&rsquo;ordre, l&rsquo;<em>Empire</em>. Le chr&eacute;tien est alors le sujet servile de cet ordre, qui est l&rsquo;expression de la volont&eacute; divine, mais qui est en r&eacute;alit&eacute; celle de la classe dominante, du clerg&eacute; et de la noblesse. Cette structure de la soumission s&rsquo;incarne dans les diff&eacute;rentes institutions que sont la Famille, l&rsquo;Ecole, l&rsquo;Entreprise, l&rsquo;Etat. Dieu est le p&egrave;re, le ma&icirc;tre, le patron, le pr&eacute;sident, bref, la figure de l&rsquo;autorit&eacute;. Tout ce qui n&rsquo;est pas conforme &agrave; la volont&eacute; de Dieu est l&rsquo;expression du Diable, ainsi, toute r&eacute;volte contre une autorit&eacute; injuste est consid&eacute;r&eacute;e comme d&eacute;fi lanc&eacute; &agrave; Dieu, et comme manifestation du D&eacute;mon. Servir Dieu conduit &agrave; la f&eacute;licit&eacute;, d&eacute;sob&eacute;ir &agrave; Dieu conduit &agrave; la damnation. La religion chr&eacute;tienne se base &eacute;galement sur le principe de culpabilit&eacute; : l&rsquo;Homme porte la culpabilit&eacute; du p&eacute;ch&eacute; originel et Dieu donna en sacrifice sont fils le Christ pour racheter ce p&ecirc;ch&eacute;. L&rsquo;Homme, responsable de ce sacrifice devant Dieu lui doit ainsi ob&eacute;issance, sous peine de damnation. Voici en quelques lignes comment la religion construisit et instrumentalisa la peur et disposa l&rsquo;&ecirc;tre &agrave; la culpabilit&eacute; et la soumission, et par cons&eacute;quent comment elle occupa la fonction sociale de contr&ocirc;le id&eacute;ologique de la population, r&eacute;pandant la tristesse et emp&ecirc;chant le d&eacute;veloppement vital d&rsquo;une Humanit&eacute; joyeuse.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Si la religion &agrave; perdu de son influence face &agrave; la pouss&eacute;e scientifique et positiviste, qui s&rsquo;est accompagn&eacute;e de nombreuses remises en question philosophiques, &eacute;conomiques et sociales, elle &agrave; &eacute;t&eacute; d&rsquo;une part r&eacute;int&eacute;gr&eacute;e au syst&egrave;me capitaliste, &agrave; l&rsquo;&eacute;tat de patrimoine, et par cons&eacute;quent de marchandise, et d&rsquo;autre part &agrave; l&rsquo;&eacute;tat de moralit&eacute; abstraite et surimpos&eacute;e par la classe dominante, qui avait alors pour justificatif le monde objet qu&rsquo;elle avait pr&eacute;alablement &eacute;tablit. Cependant, la crise de l&eacute;gitimit&eacute; des sciences et techniques, pr&eacute;c&eacute;demment &eacute;rig&eacute;es en croyances transcendantales contre la religion, a rouvert une br&egrave;che au sein de la modernit&eacute; permettant une r&eacute;surgence du christianisme, notamment aux Etats-Unis. Les Etats-Unis ayant bien souvent &eacute;t&eacute; pr&eacute;curseurs de tendances fondamentales dans le d&eacute;veloppement de la civilisation depuis leur av&egrave;nement en tant que puissance dominante au niveau mondial, il est n&eacute;cessaire d&rsquo;y constater un sympt&ocirc;me potentiel de basculement du monde vers l&rsquo;obscurantisme religieux, et d&rsquo;affronter la religion au moment ou elle n&rsquo;a pas totalement recouvr&eacute; sa puissance. Ce dont il s&rsquo;agit ici n&rsquo;est pas tant de croire ou ne pas croire en Dieu, mais de dissocier la question de Dieu de celle du Politique, la question de la croyance de la question morale, et ainsi de d&eacute;pouiller la religion de ces fonction de dispositif de contr&ocirc;le social &agrave; la solde de l&rsquo;ordre &eacute;tablit. En effet, la morale religieuse &agrave; encore r&eacute;cemment fait office de pr&eacute;texte pour contribuer &agrave; la justification de la guerre imp&eacute;rialiste, et au massacre de populations civiles dans le but de d&rsquo;accaparer les ressources naturelles d&rsquo;un territoire et d&rsquo;y implanter de nouveaux march&eacute;s.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">La civilisation occidentale capitaliste, jud&eacute;o-chr&eacute;tienne, spectaculaire marchande, imp&eacute;rialiste et r&eacute;pressive ainsi d&eacute;masqu&eacute;e, que repr&eacute;sente alors la destruction de quelques vitrines de boutiques, de quelques biens marchands, et la d&eacute;gradation de quelques monuments religieux face &agrave; la r&eacute;pression de la vie caract&eacute;ristique de l&rsquo;ordre dominant, face &agrave; la morale chr&eacute;tienne qui an&eacute;antit de nombreuses vies durant divers croisades, qui maintint la population durant des si&egrave;cles dans la peur, la culpabilit&eacute;, la mis&egrave;re et l&rsquo;ignorance ; face au syst&egrave;me de production capitaliste qui d&eacute;truit progressivement l&rsquo;ensemble de l&rsquo;&eacute;cosyst&egrave;me et les ressources du milieux naturel, qui maintient objectivement une majeure partie de la population dans la frustration psychique, la souffrance physique, l&rsquo;impuissance, la p&eacute;nurie, et la haine ; face &agrave; l&rsquo;imp&eacute;rialisme qui d&eacute;termine des populations enti&egrave;res &agrave; la guerre pour des int&eacute;r&ecirc;ts qui leurs sont &eacute;trangers ; face au protectionnisme national qui expulse des millions de sans papiers, les condamnant ainsi &agrave; la mis&egrave;re et souvent &agrave; la mort ? Que cela repr&eacute;sente-t-il, sinon la manifestation de la r&eacute;volte d&rsquo;<em>Eros</em>, puissance anim&eacute;e par la volont&eacute; de r&eacute;pandre la vie et la joie, contre ce qui tend &agrave; sa d&eacute;composition ? Ce que l&rsquo;Etat d&eacute;signe par &laquo; black blocks anarcho autonomes &raquo; et &laquo; cellule d&rsquo;ultra gauche &agrave; vocation terroriste&raquo;, c&rsquo;est en r&eacute;alit&eacute; cela. C&rsquo;est un ensemble d&rsquo;&ecirc;tres sensibles d&eacute;sillusionn&eacute;s des mystifications et obscurantismes de l&rsquo;id&eacute;ologie dominante, et anim&eacute;s par un d&eacute;sir de r&eacute;pandre la vie et la joie dans et contre une civilisation qui r&eacute;pand peur et terreur, qui est anim&eacute;e par l&rsquo;instinct de mort et qui tend vers sa propre destruction ; un mouvement d&eacute;termin&eacute; par la civilisation destructrice &agrave; d&eacute;truire la destruction elle-m&ecirc;me, pour la sauvegarde et le d&eacute;veloppement d&rsquo;<em>Eros</em>.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm;" align="justify">&nbsp;</p>]]></description>
<category>actu</category>
<pubDate>Tue, 13 Oct 2009 13:09:52 +0000</pubDate>
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<title>Les Médias et les limites de lanalyse journalistique</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1093597.html</link>
<description><![CDATA[<p style="margin-left: 0.64cm; margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">1/ Les limites de l&rsquo;objectivit&eacute; : la r&eacute;ception subjective</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Une information objective consisterait &agrave; produire un r&eacute;cit des faits sans y glisser de jugement de valeur ni d&rsquo;&eacute;l&eacute;ment interpr&eacute;tatif. Cependant, la r&eacute;alit&eacute; de l&rsquo;entendement humain &eacute;tant essentiellement subjectif, bien qu&rsquo;interagissant avec le monde objet dont l&rsquo;homme se sert comme support pour exister, il ne peut y avoir de r&eacute;ception objective, neutre des faits. L&rsquo;&ecirc;tre recevant l&rsquo;information est ainsi affect&eacute; par celle-ci et se construit alors des repr&eacute;sentations en fonction de cette affection. Or g&eacute;n&eacute;ralement, cet entendement est limit&eacute;, puis que le sujet r&eacute;ceptif est passif. L&rsquo;Homme face &agrave; son poste t&eacute;l&eacute;, radio, sur Internet, ne peut appr&eacute;hender les affections que du point de vue d&rsquo;une rationalit&eacute; limit&eacute;e : la combinaison particuli&egrave;re des &eacute;l&eacute;ment constituant son exp&eacute;rience singuli&egrave;re, son histoire, c'est-&agrave;-dire son processus de socialisation. Or si l&rsquo;on consid&egrave;re que ce processus est d&eacute;termin&eacute; par la vie dans la famille, &agrave; l&rsquo;&eacute;cole, par les &eacute;missions de t&eacute;l&eacute;vision, la publicit&eacute;, force est d&rsquo;admettre que l&rsquo;entendement de chacun est en partie ou totalement d&eacute;termin&eacute;, de mani&egrave;re m&eacute;diatis&eacute;e, par l&rsquo;Etat et le Capital. En ce sens nos affections sont, dans le cas d&rsquo;une attitude de positivit&eacute; parfaite vis-&agrave;-vis de cette d&eacute;termination, celles que l&rsquo;Etat et le Capital attendent de nous. Ainsi l&rsquo;objectivit&eacute; du journalisme, m&ecirc;me si elle se contente d&rsquo;une description pure, se rallie toujours au parti de l&rsquo;Etat et du Capital, puisqu&rsquo;elle ne s&rsquo;oppose pas aux processus sociaux de construction des subjectivit&eacute;s, qui d&eacute;terminent l&rsquo;<em>a priori</em> de la r&eacute;ception de l&rsquo;information.</p>
<p style="margin-left: 0.64cm; margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-left: 0.64cm; margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">2/ Id&eacute;ologie et r&eacute;ception de l&rsquo;information : critique de la r&eacute;ification comme autol&eacute;gitimation</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">L&rsquo;activit&eacute; journalistique institu&eacute;e, en ne traitant que des faits, et par cons&eacute;quent en &eacute;ludant les processus d&eacute;terminants, produit g&eacute;n&eacute;ralement une analyse r&eacute;ifi&eacute;e, chosifi&eacute;e. Elle r&eacute;v&egrave;le plus la fixit&eacute; de la situation que sa dynamique propre, et par cons&eacute;quent proc&egrave;de de l&rsquo;inversion entre l&rsquo;effet et la cause. Elle part de la r&eacute;alit&eacute; &eacute;tablie sans en expliciter les m&eacute;canismes, et se fait organe de l&eacute;gitimation et de diffusion des normes, des valeurs, de la morale (de la classe) dominante. En cela, les m&eacute;dias constituent un des dispositifs de reproduction de l&rsquo;ordre &eacute;tablit. Cependant, cette erreur m&eacute;thodologique n&rsquo;est pas volontaire, elle n&rsquo;est pas la manifestation d&rsquo;un m&eacute;gacomplot visant l&rsquo;asservissement de la population. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une conjonction d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments et de processus plus complexes : le processus de socialisation de l&rsquo;individu, et les processus de s&eacute;lection inh&eacute;rents &agrave; l&rsquo;activit&eacute; journalistique. En ce qui concerne le premier processus, nous naissons tous dans un monde pr&eacute;&eacute;tablit, qui nous pr&eacute;existe. Nous sommes initialement tous soumis &agrave; la d&eacute;termination de ce monde, et cette d&eacute;termination initiale se combine &agrave; un ensemble de d&eacute;terminations h&eacute;t&eacute;rog&egrave;nes et constantes qui composent progressivement notre mani&egrave;re d&rsquo;&ecirc;tre affect&eacute;e, de nous repr&eacute;senter le monde, l&rsquo;existence, la vie, ainsi que, de mani&egrave;re cons&eacute;quentielle, notre mani&egrave;re d&rsquo;agir, notre orientation politique et notre prise de parti dans l&rsquo;action. Sur ce point, le manifestant, le flic, le journaliste, le politicien, l&rsquo;ouvrier, et l&rsquo;entrepreneur capitaliste ne diff&egrave;rent pas. Ils diff&egrave;rent au niveau qualitatif, c'est-&agrave;-dire que les exp&eacute;riences qui composent leurs d&eacute;terminations ne sont pas semblables, elles ne partent ni n&rsquo;aboutissent aux m&ecirc;mes positions dans la soci&eacute;t&eacute;. Le Capitaliste, en tant qu&rsquo;appartenant au groupe social dominant ayant r&eacute;alis&eacute;, mat&eacute;rialis&eacute; sa propre Utopie, ayant transform&eacute; le monde &agrave; l&rsquo;image de sa propre id&eacute;ologie, de ses d&eacute;sirs et de ses int&eacute;r&ecirc;ts, et ainsi produit une unit&eacute; entre subjectivit&eacute; et objectivit&eacute;, a la r&eacute;alit&eacute; pour lui. Il n&rsquo;a point besoin de justification, car le monde existant, fruit de sa domination, expression de sa volont&eacute;, fait office pour lui de justification, d&rsquo;o&ugrave; la r&eacute;currence dans le discours de la droite de l&rsquo;expression &laquo; r&eacute;alit&eacute; objective &raquo;. En ce qui concerne le journalisme, le processus d&rsquo;entr&eacute;e dans la profession est &agrave; la fois un apprentissage de m&eacute;thodes, de comp&eacute;tences, et un processus de normalisation. C'est-&agrave;-dire que le journaliste apprend les m&eacute;thodes, les comp&eacute;tences, et les normes de la profession, puis lorsqu&rsquo;il se pr&eacute;sente pour une embauche, se trouve face &agrave; face avec une ligne &eacute;ditoriale avec laquelle il doit partager une certaine repr&eacute;sentation du monde, pens&eacute;e par les employeurs comme &eacute;tant objective, et qui est le fruit du fa&ccedil;onnement du monde par la classe dominante. En cela, le journaliste anim&eacute; par une disposition positive &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de l&rsquo;id&eacute;ologie dominante et du monde pr&eacute;&eacute;tablit ne subit pas de pressions et se sent totalement libre dans sa profession. Simplement, s&rsquo;il n&rsquo;est pas contraint dans l&rsquo;exercice de sa profession, il n&rsquo;en est pas moins libre pour autant. Il est seulement d&eacute;termin&eacute; positivement dans une posture sp&eacute;cifique qui lui conf&egrave;re sa place, et dont il ne peut se d&eacute;faire. Il est libre de suivre, mais pas de s&rsquo;&eacute;carter, car dans cas, il se ferait renvoyer et devrait changer de journal, ou pointer &agrave; l&rsquo;ANPE. En ce sens, sa libert&eacute; n&rsquo;est qu&rsquo;un subterfuge.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-left: 0.64cm; margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">3/ Projection de repr&eacute;sentations dans le traitement de l&rsquo;information : le r&eacute;f&eacute;rentiel connot&eacute; des journalistes</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Partant de ce qui pr&eacute;c&egrave;de, tout journaliste pense qu&rsquo;en relatant les faits, il r&eacute;v&egrave;le la r&eacute;alit&eacute; et la v&eacute;rit&eacute;, et que tout ce qui le contredit n&rsquo;est qu&rsquo;id&eacute;ologie. En ignorant sa propre subjectivit&eacute;, le journaliste r&eacute;injecte dans sa retranscription des fais des jugements qui sont ceux de l&rsquo;id&eacute;ologie dominante. Il s&rsquo;appuie de plus sur un ensemble de repr&eacute;sentations et de cat&eacute;gorisations pr&eacute;&eacute;tablies, qu&rsquo;il estime neutres, mais qui ne le sont pas, et agissent de mani&egrave;re performative sur les repr&eacute;sentations des r&eacute;cepteurs de l&rsquo;information. Ces repr&eacute;sentations et concepts sont en fait la production intellectuelle des id&eacute;ologues pass&eacute;s et pr&eacute;sents de la domination, qui font de ce fait office d&rsquo;autorit&eacute;, et contribuent &agrave; l&rsquo;&eacute;tablissement du <em>statu quo</em>. S&rsquo;ils ont pour but de produire des repr&eacute;sentations ad&eacute;quates &agrave; l&rsquo;appr&eacute;hension du monde objet, ils ont bien davantage pour effet de produire un masquage de cette r&eacute;alit&eacute; objective, sous forme de moralit&eacute; ou de spectacle, et par ce biais, une disposition non &eacute;thique de la population administr&eacute;e &agrave; la servitude. Ces intellectuels pr&eacute;d&eacute;termin&eacute;s par les normes et valeurs de la domination, contribuent ainsi &agrave; sa d&eacute;fense et &agrave; sa reproduction. Le journaliste adoptant ces concepts et repr&eacute;sentations pour tenter de d&eacute;crire le r&eacute;el perd ainsi sa neutralit&eacute; et se fait alors malgr&eacute; lui le m&eacute;diateur de normes et valeurs dominantes. C&rsquo;est un entrepreneur de morale qui s&rsquo;ignore. Pour se sortir de cette posture, et ainsi justifier sa pr&eacute;tention &agrave; la v&eacute;rit&eacute;, le journalisme devrait alors se soumettre &agrave; une profonde autocritique, &agrave; une remise en question radicale de ses pr&eacute;suppos&eacute;s moraux et intellectuels h&eacute;rit&eacute;s de la civilisation occidentale, ainsi que de sa m&eacute;thodologie positiviste au caract&egrave;re profond&eacute;ment r&eacute;ifiant.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-left: 0.64cm; margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">4/ Le journalisme contre le positivisme et l&rsquo;id&eacute;alisme bourgeois : vers l&rsquo;Intersubjectivit&eacute; et l&rsquo;Analyse Compr&eacute;hensive</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">A partir de l&agrave;, il s&rsquo;av&egrave;re impossible et illusoire de produire une information neutre et objective. Le nihilisme et le relativisme absolu que l&rsquo;on pourrait &ecirc;tre tent&eacute; de revendiquer afin d&rsquo;obtenir une information de qualit&eacute; se r&eacute;v&egrave;lent alors sous leur jour le plus chim&eacute;rique puisqu&rsquo;ils demeurent impuissant face au syst&egrave;me de repr&eacute;sentation et d&rsquo;affectation du r&eacute;cepteur. En effet, celui-ci, pr&eacute;d&eacute;termin&eacute;, y projettera alors ses normes et valeurs et ne d&eacute;passera alors pas sont degr&eacute; d&rsquo;entendement limit&eacute;. Si le discours journalistique &agrave; pu pr&eacute;tendre relater une v&eacute;rit&eacute; et une r&eacute;alit&eacute; objective, en ignorant l&rsquo;effet que cette information pouvait produire sur le r&eacute;cepteur, c&rsquo;est parce que l&rsquo;&eacute;pist&eacute;mologie journalistique s&rsquo;est bas&eacute; sur deux postulats erron&eacute;s : le premier r&eacute;side dans l&rsquo;illusion de produire de l&rsquo;objectivit&eacute; &agrave; travers la simple description des faits, sans n&eacute;cessairement s&rsquo;int&eacute;resser aux causes, aux subjectivit&eacute;s ou du moins de mani&egrave;re limit&eacute;e et superficielle : erreur caract&eacute;ristique du positivisme et de l&rsquo;empirisme, car aboutissant &agrave; la r&eacute;ification. Le second postulat concerne la conception lib&eacute;rale de l&rsquo;individu libre et autonome dans sa pens&eacute;e. Cela supposerait un individu non d&eacute;termin&eacute; au niveau social, politique, intellectuel et moral, c'est-&agrave;-dire qui n&rsquo;appartiendrait et n&rsquo;aurait jamais appartenu &agrave; aucune famille, &agrave; aucune classe sociale, qui n&rsquo;aurait jamais entendu parler de citoyennet&eacute;, de r&eacute;publique, de d&eacute;mocratie, de bien, de mal, et qui se serait construit son jugement dans une exp&eacute;rience directe et imm&eacute;diate au monde, en en comprenant les relation de causalit&eacute;, les processus et les modes de d&eacute;termination. C'est-&agrave;-dire que cette posture n&eacute;cessiterait &agrave; la fois le sujet Ethique de Spinoza, ainsi que le sujet a-classiste de l&rsquo;Utopie Communiste de Marx. Or, dans la r&eacute;alit&eacute; effective, on est tr&egrave;s loin d&rsquo;un tel sujet Utopique. Le sujet dont on parle est un sujet surd&eacute;termin&eacute; au plan intellectuel et affectif. Son affectivit&eacute; et sa morale sont celles de l&rsquo;ordre &eacute;tablit, de la classe dominante, elles lui sont introject&eacute;e, par le m&eacute;dium de structures institutionnelles telles que la famille, la t&eacute;l&eacute;vision, l&rsquo;&eacute;cole, le travail. A partir de cela l&rsquo;Utopie objectiviste de l&rsquo;activit&eacute; journalistique devient instrument de domination &agrave; la solde de la civilisation occidentale capitaliste, puisqu&rsquo;elle se base sur les fondations de l&rsquo;id&eacute;alisme abstrait et ne tient pour le coup plus compte de la r&eacute;alit&eacute; mat&eacute;rielle et effective. Pour r&eacute;aliser pleinement et v&eacute;ritablement sa pr&eacute;tention &agrave; la neutralit&eacute;, le journalisme doit disposer de r&eacute;cepteurs non surd&eacute;termin&eacute;s, et doit par cons&eacute;quent contribuer &agrave; l&rsquo;av&egrave;nement d&rsquo;un tel sujet. En cela, le journalisme v&eacute;ritable sous-tendrait une d&eacute;marche profond&eacute;ment r&eacute;volutionnaire. Cependant, les journalistes sont g&eacute;n&eacute;ralement tr&egrave;s bien int&eacute;gr&eacute;s &agrave; la soci&eacute;t&eacute;, au capitalisme, &agrave; l&rsquo;ordre &eacute;tablit, et n&rsquo;ont dans la majeure partie des cas pas int&eacute;r&ecirc;t &agrave; un basculement r&eacute;volutionnaire qui pourrait modifier leur situation de classe privil&eacute;gi&eacute;e. Cela signifie alors que leur Utopie de neutralit&eacute; et d&rsquo;objectivit&eacute; n&rsquo;est pas tenable dans la situation pr&eacute;sente et qu&rsquo;elle doit &ecirc;tre abandonn&eacute;e. Ainsi, le journalisme, au lieu de fuir &eacute;ternellement une subjectivit&eacute; et une id&eacute;ologie dont il ne peut se d&eacute;faire, devrait bien plus remettre en cause sa propre m&eacute;thodologie, et se concentrer sur l&rsquo;&eacute;thos, l&rsquo;intersubjectivit&eacute;, les processus et les d&eacute;terminations des sujets, plut&ocirc;t que sur la morale, l&rsquo;objectivit&eacute;, les faits et les effets. Il devrait abandonner le positivisme et l&rsquo;empirisme, et proposer des analyses compr&eacute;hensives approfondies sur les groupes et les m&eacute;canismes sociaux, afin de d&eacute;velopper un niveau d&rsquo;entendement sup&eacute;rieur &agrave; l&rsquo;id&eacute;alisme obscurantiste et p&eacute;rim&eacute; de la philosophie humaniste des lumi&egrave;res. Pour cela il faudrait alors que les journalistes soient pr&eacute;alablement initi&eacute;s aux bases indispensables des sciences humaines et sociales, au mat&eacute;rialisme et &agrave; l&rsquo;&eacute;thologie. Dans ce cas, le journalisme deviendrait une institution profond&eacute;ment diff&eacute;rente, critique et pertinente, qu&rsquo;il serait difficile d&rsquo;instrumentaliser. Ce ne serait plus un dispositif de fa&ccedil;onnement des subjectivit&eacute;s, de contr&ocirc;le de la pens&eacute;e et des affections, mais un v&eacute;ritable outil d&rsquo;ouverture vers un niveau d&rsquo;entendement sup&eacute;rieur. Ainsi distanci&eacute; de ses fonctions de contr&ocirc;le social, il constituerait le plan fixe d&rsquo;affrontement de l&rsquo;intersubjectivit&eacute;, et deviendrait potentiellement un des m&eacute;diums d&rsquo;une remise en question fondamentale de la civilisation.</p>]]></description>
<category>actu</category>
<pubDate>Mon, 12 Oct 2009 13:38:54 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1093597.html</guid>
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<item>
<title>L'Extrême Gauche détruit-elle l'Université ?</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1092188.html</link>
<description><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Selon une affiche de l'UNI r&eacute;cemment coll&eacute; sur les murs des campus, il para&icirc;trait que l'Extr&ecirc;me Gauche d&eacute;truit l'Universit&eacute;. C'est pour r&eacute;pondre &agrave; cette d&eacute;claration fallacieuse que nous avons d&eacute;cid&eacute; de r&eacute;diger cet article. En effet, il nous para&icirc;t &eacute;vident qu'affirmer que l'Extr&ecirc;me Gauche d&eacute;truit la Fac rel&egrave;ve soit de la b&ecirc;tise, de l&rsquo;insuffisance intellectuelle, de l'inculture et de la d&eacute;ficience mentale de l'UNI en terme d'analyse et de r&eacute;flexion sur l'humain et les processus sociaux, soit de la mauvaise fois partisane, caract&eacute;ristique des pseudo id&eacute;ologues de ce syndicat &eacute;tudiant acoquin&eacute; aux jeunesses de l'UMP. Dans tout les cas, cette propagande id&eacute;ologique, qu'elle soit directement manipulatrice, ou qu'elle soit le reflet d'une repr&eacute;sentation du monde erron&eacute;e car trop autocentr&eacute;e, constitue un moyen de d&eacute;tourner l'attention qui pourrait &ecirc;tre port&eacute;e aux acteurs et aux processus r&eacute;els qui d&eacute;truisent v&eacute;ritablement l'Universit&eacute;.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Dans un premier temps, il convient de s'entendre sur ce qu'est fondamentalement l'Universit&eacute;, sur le r&ocirc;le et la fonction inh&eacute;rente &agrave; cette institution vis-&agrave;-vis de la soci&eacute;t&eacute;. A la base, l'Universit&eacute; est une institution dont le but est essentiellement scientifique. C'est un centre de production de connaissances, de recherches et de d&eacute;couvertes, sans autre motif ni fonction que l'exploration des m&eacute;canismes de la nature, de la vie, de l&rsquo;humain et de la soci&eacute;t&eacute;. L'Universit&eacute; en tant que telle doit disposer d'un statut d'ind&eacute;pendance intellectuelle totale envers tout &eacute;l&eacute;ment pouvant parasiter cette production d'une connaissance v&eacute;ritable. C'est &agrave; dire qu'elle ne doit &ecirc;tre soumise &agrave; aucune contrainte  extrascientifique, qu'elle soit &eacute;conomique ou id&eacute;ologique. Ensuite, la connaissance produite au sein de l'Universit&eacute; entre en interaction avec le reste du corps social. De ce fait, elle peut entra&icirc;ner un ensemble de transformations soci&eacute;tales d&rsquo;ordres techniques, culturelles, sociales, &eacute;conomiques, ou politiques. A partir de cette r&eacute;flexion, deux positions peuvent alors &ecirc;tre identifi&eacute;es. La premi&egrave;re consiste &agrave; concevoir l'Universit&eacute; comme une institution charg&eacute;e de r&eacute;pondre aux besoins de la soci&eacute;t&eacute; &agrave; travers l'accompagnement du d&eacute;veloppement du syst&egrave;me en place. L'Universit&eacute; constitue ici une instance de professionnalisation, en charge de la formation de sp&eacute;cialistes pour r&eacute;pondre aux besoins sociaux de renouvellement professionnel. Dit autrement, c'est une usine &agrave; cadres au service d'un appareil technobureaucratique, dont la fonction consiste en la reproduction de l'ordre social &eacute;tablit. C'est, &agrave; peu de choses pr&egrave;s, la conception qu'a l'UNI de l'Universit&eacute;. La seconde position consid&egrave;re l'Universit&eacute; comme une institution qui a pour but de d&eacute;velopper une connaissance vraie. Cet imp&eacute;ratif suppose par cons&eacute;quent, comme il a &eacute;t&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment expliqu&eacute;, une ind&eacute;pendance totale de la recherche et de l'enseignement.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Depuis plus de 30 ans, les gouvernements s'acharnent inlassablement &agrave; d&eacute;truire ce statut d'ind&eacute;pendance intellectuelle de l'Universit&eacute;, en la subordonnant de plus en plus aux contraintes de l'&eacute;conomie de march&eacute;. Les pr&eacute;textes que l'Etat avance pour justifier sa politique sont en g&eacute;n&eacute;ral un ensemble d'arguments pompeux tels que: le d&eacute;ficit budg&eacute;taire, la r&eacute;cession &eacute;conomique, la crise, la r&eacute;alit&eacute; du march&eacute;. Or, quand on r&eacute;fl&eacute;chit sur les d&eacute;penses &eacute;tatiques en ce qui concerne, par exemple, la multiplication des dispositifs de polices, de r&eacute;pression et de surveillance g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e, on comprend qu'il ne s'agit pas tant de d&eacute;ficit mais bien plus de priorit&eacute;s d&rsquo;ordres politiques. La r&eacute;cession ou la crise ne sont utilis&eacute;es qu&rsquo;&agrave; titre de pr&eacute;textes, pour appuyer une politique de cr&eacute;tinisation et de r&eacute;pression. Loin de contribuer &agrave; la mise en place d&rsquo;un r&eacute;el statut d&rsquo;autonomie, ces r&eacute;formes marquent de plus en plus la soumission du savant au politique, de la connaissance &agrave; l&rsquo;id&eacute;ologie. Il n&rsquo;est ainsi pas anodin de constater l&rsquo;activit&eacute; de tendances politiques subversives, oppos&eacute;es &agrave; l&rsquo;id&eacute;ologie des groupes sociopolitiques dominants, lorsque ceux-ci tentent de s&rsquo;approprier le monopole de la production du &laquo; savoir l&eacute;gitime &raquo;. Ces mouvements tentent de d&eacute;fendre une dimension &eacute;minemment critique de la connaissance Universitaire contre son asservissement au projet de soci&eacute;t&eacute; d&eacute;finit par l'&eacute;lite dominante. La subordination de l&rsquo;Universit&eacute; &agrave; l&rsquo;id&eacute;ologie politique de la domination et &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie de march&eacute; est directement g&eacute;n&eacute;ratrice de formes de r&eacute;sistances, et entra&icirc;ne de mani&egrave;re logique le r&eacute;veil des tendances politiques antagonistes &agrave; l&rsquo;ordre &eacute;tablit. A la fin des ann&eacute;es 60, Herbert Marcuse soutenait d&eacute;j&agrave; ce propos :</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-left: 1.25cm; margin-right: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; text-align: justify;"><em>&laquo; Ce qui appara&icirc;t aujourd&rsquo;hui comme une &laquo; politisation &raquo; externe de l&rsquo;Universit&eacute; par des &eacute;l&eacute;ments radicaux rel&egrave;ve, en r&eacute;alit&eacute; &ndash; comme si souvent dans le pass&eacute; &ndash; de la dynamique interne, &laquo; logique &raquo;, de l&rsquo;enseignement : la connaissance se traduit en r&eacute;alit&eacute;s, les valeurs humanistes en conditions humaines d&rsquo;existence. (&hellip;) Par le refus de la libert&eacute; d&rsquo;action politique &agrave; l&rsquo;Universit&eacute;, on perp&eacute;tue la coupure entre raison th&eacute;orique et raison pratique, on restreint l&rsquo;efficacit&eacute; et le champ d&rsquo;action de l&rsquo;intelligence. &raquo;</em></p>
<p style="margin-left: 1.25cm; margin-right: 1.5cm; margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">(Herbert Marcuse, <em>Vers la Lib&eacute;ration</em>, 1969)</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Par cons&eacute;quent, la destruction de l&rsquo;Universit&eacute; ne peut &ecirc;tre le fait de groupes subversifs tentant de sauvegarder, et d&eacute;sirant diffuser plus largement, la connaissance critique produite en son sein depuis plusieurs si&egrave;cles d&eacute;j&agrave;. Ces groupes ont en effet tout int&eacute;r&ecirc;t &agrave; ce que le savoir critique continue d&rsquo;&ecirc;tre transmis, afin d&rsquo;assurer la reproduction sociale d&rsquo;intellectuels critiques, plus enclins &agrave; la d&eacute;fense et la justification rationnelle de leur orientation politique. Cette destruction ne peut alors qu&rsquo;&ecirc;tre le fait d&rsquo;acteurs sociaux pour lesquels la production d&rsquo;un savoir v&eacute;ritable, c'est-&agrave;-dire critique, constitue une nuisance, un danger, parce qu&rsquo;elle contient en son sein le potentiel d&rsquo;an&eacute;antissement de leur monopole id&eacute;ologique, de leur emprise sur le corps social. En effet, la connaissance critique fournit &agrave; ceux qui l&rsquo;acqui&egrave;rent l&rsquo;intelligence de se d&eacute;faire des perceptions r&eacute;ifi&eacute;es, des r&eacute;miniscences obscurantistes du discours dominant, afin de concevoir &agrave; la fois la possibilit&eacute; de l&rsquo;alt&eacute;rit&eacute;, et la contingence de la r&eacute;alit&eacute; pr&eacute;sente.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="margin-bottom: 0cm; text-align: justify;">Pour conclure, ce que l&rsquo;UNI entend par &laquo; l&rsquo;Extr&ecirc;me Gauche d&eacute;truit l&rsquo;Universit&eacute; &raquo; signifie r&eacute;sistance de l&rsquo;extr&ecirc;me gauche au processus de subordination de l&rsquo;Universit&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;conomie de march&eacute;. C'est-&agrave;-dire que l&rsquo;extr&ecirc;me gauche lutte en quelque sorte pour que l&rsquo;Universit&eacute; remplisse sa mission de productrice de savoir v&eacute;ritable, objectif et critique, qui devient de moins en moins effective, du fait de la subordination id&eacute;ologique &agrave; la fois externe, c&rsquo;est &agrave; dire la relation client&eacute;liste, et interne, du fait des facteurs sociaux, &eacute;conomiques et culturels inh&eacute;rents aux processus de s&eacute;lection au sein du corps enseignant. En effet, l&rsquo;Universit&eacute;, malgr&eacute; une p&eacute;riode de &laquo; d&eacute;mocratisation &raquo; durant les 30 glorieuses, permettant l&rsquo;acc&egrave;s  aux enfants des classes ouvri&egrave;res aux &eacute;tudes sup&eacute;rieures, &agrave; toujours &eacute;t&eacute; une institution qui, sur le plan socio&eacute;conomique, &eacute;tait r&eacute;serv&eacute; aux enfants des classes sup&eacute;rieures, du fait, d&rsquo;une part, de la n&eacute;cessit&eacute; de financement des &eacute;tudes n&eacute;cessitant un certain capital financier, et d&rsquo;autre part, de la proximit&eacute; socioculturelle de l&rsquo;institution avec les milieux sociaux ais&eacute;s. De ce fait, l&rsquo;effet du processus de &laquo; d&eacute;mocratisation &raquo; ne fut que limit&eacute;, les &eacute;tudiants de milieux modestes, m&ecirc;me s&rsquo;ils disposaient de bourses d&rsquo;&eacute;tudes, se voyant bien souvent dans la n&eacute;cessit&eacute; de travailler en parall&egrave;le de leurs &eacute;tudes, surtout dans le cadre d&rsquo;&eacute;tudes &agrave; long terme, pour s&rsquo;autofinancer. De plus, moins bien dot&eacute;s en capital culturel, ils partent &agrave; la base avec diff&eacute;rence qualitative au niveau de l'&eacute;ducation, qui ne favorise pas leur r&eacute;ussite face aux enfants de milieux ais&eacute;s. Les r&eacute;formes de l&rsquo;Universit&eacute; s&rsquo;ins&egrave;rent alors, non dans une logique progressiste en terme d&rsquo;&eacute;galit&eacute;, mais dans une logique de reproduction socio&eacute;conomique des &eacute;lites intellectuelles, techniques et politiques. Elles visent ainsi, que ce soit par le durcissement des processus de reproduction de classe sociale &agrave; l&rsquo;Universit&eacute;, o&ugrave; par la subordination client&eacute;liste, &agrave; garantir le monopole id&eacute;ologique des classes dominantes en ce qui concerne la production d&rsquo;un savoir &laquo; l&eacute;gitime &raquo; &agrave; caract&egrave;re unidimensionnel. Elles signent ainsi la renonciation officieuse de l&rsquo;Universit&eacute; &agrave; toute pr&eacute;tention de v&eacute;rit&eacute;, bien que les &eacute;lites des groupes dominantes pr&eacute;tendront la garantir officiellement, afin de maintenir une forme de contr&ocirc;le id&eacute;ologique sur les groupes domin&eacute;s. Si cela advient, l&rsquo;Universit&eacute; aura trahi ses objectifs fondamentaux, &agrave; savoir, produire une connaissance critique v&eacute;ritable, et constituera alors d&eacute;finitivement, en tant qu&rsquo;instance de l&eacute;gitimation de l&rsquo;ordre &eacute;tablit, un dispositif et de contr&ocirc;le social et de r&eacute;pression de l&rsquo;intelligence. A ce moment l&agrave;, effectivement, l&rsquo;Extr&ecirc;me Gauche se devra de d&eacute;truire l'universit&eacute;. Si tant est que l'on puisse encore l'appeler ainsi.</p>]]></description>
<category>actu</category>
<pubDate>Fri, 09 Oct 2009 08:50:12 +0000</pubDate>
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<title>Capitalisme et Intégration</title>
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<description><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">Le capitalisme ne s&rsquo;est toujours pas effondr&eacute; du fait de sa capacit&eacute; de mutation et d&rsquo;int&eacute;gration. Ce fait d&eacute;coule en partie de la capacit&eacute; du groupe dominant &agrave; mobiliser les capitaux n&eacute;cessaires et de l&rsquo;habilet&eacute; de ses r&eacute;formateurs &agrave; modifier et &agrave; adapter la structure &eacute;conomique, sociale, psychologique et id&eacute;ologique de la soci&eacute;t&eacute; afin de stabiliser l&rsquo;ordre &eacute;tablit&nbsp;: il s&rsquo;agit de modifier un ensemble de conditions qui n&rsquo;affectent en rien la structure fondamentale de l&rsquo;&eacute;difice, mais transforme un ensemble de composantes de celui-ci.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">Les processus de modification et d&rsquo;int&eacute;gration sont en partie li&eacute;s. Le syst&egrave;me tol&egrave;re l&rsquo;ouverture en acceptant de reconna&icirc;tre, sous certaines conditions, un ensemble d&rsquo;interlocuteurs privil&eacute;gi&eacute;s, qui deviennent dans le cadre de la n&eacute;gociation, co-gestionnaires de l&rsquo;ordre &eacute;tablit. Ce ph&eacute;nom&egrave;ne se constate dans les mod&egrave;les de n&eacute;gociation syndicale entre patronat et ouvriers, mais &eacute;galement dans l&rsquo;acceptation de certains partis politiques &agrave; la base anticapitalistes dans l&rsquo;ar&egrave;ne politique de la d&eacute;mocratie, sous condition d&rsquo;en accepter les r&egrave;gles de fonctionnement.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">L&rsquo;opposition est absorb&eacute;e sous certaines condition dans la structure de l&rsquo;ordre &eacute;tabli, pour devenir partie de celui-ci et contribuer, intentionnellement ou non, &agrave; sa p&eacute;rennit&eacute;. Pour se faire, l&rsquo;opposition doit accepter un ensemble de r&egrave;gles &eacute;dict&eacute;es par l&rsquo;ordre &eacute;tablit, et renoncer, en partie ou totalement, &agrave; son radicalisme, afin de se poser en tant qu&rsquo;institution repr&eacute;sentative d&rsquo;une fraction ou de l&rsquo;ensemble des domin&eacute;s, et donc en tant qu&rsquo;interlocuteur privil&eacute;gi&eacute; du groupe dominant. La tol&eacute;rance du radicalisme par le groupe dirigeant ne tient qu&rsquo;&agrave; s capacit&eacute; de mobilisation de capitaux (&eacute;conomiques, humains, mat&eacute;riels et intellectuels) contre l&rsquo;&eacute;ventuel triomphe de ce groupe antagoniste, sans quoi, il n&rsquo;h&eacute;siterait pas &agrave; le d&eacute;truire. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">On distingue plusieurs formes d&rsquo;int&eacute;gration, que l&rsquo;on peut regrouper en deux cat&eacute;gories&nbsp;: int&eacute;gration &eacute;conomique, et int&eacute;gration id&eacute;ologique, qui se recoupent mais peuvent &eacute;galement se dissocier. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">Les trente glorieuses furent la p&eacute;riode phare de l&rsquo;int&eacute;gration &eacute;conomique. De mani&egrave;re strat&eacute;gique, le groupe dirigeant conc&eacute;da &agrave; la classe ouvri&egrave;re une partie des avantages mat&eacute;riels et culturels issus des progr&egrave;s techniques et d&rsquo;organisation en terme de productivit&eacute;. Cette concession avait en partie pour but de limiter, voire de briser l&rsquo;influence des partis communistes sur le prol&eacute;tariat, et &agrave;, en effet, permit la d&eacute;mobilisation g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e de la classe ouvri&egrave;re, la dissolution du mouvement ouvrier, et favorisa la mont&eacute;e de l&rsquo;individualisme et de l&rsquo;atomisation.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">L&rsquo;int&eacute;gration id&eacute;ologique, ensuite, consiste en l&rsquo;adh&eacute;sion des domin&eacute;s &agrave; la cause des dominants. Elle se construit par l&rsquo;emprise constante d&rsquo;un ensemble d&rsquo;institutions charg&eacute;es des fonctions de contr&ocirc;le et de reproduction de l&rsquo;ordre social. Ces institutions sont, en g&eacute;n&eacute;ral la Famille, l&rsquo;Ecole, le Travail, (jadis l&rsquo;Eglise et l&rsquo;Arm&eacute;e, parfois le Parti et le Syndicat), bien qu&rsquo;il puisse y avoir un ensemble d&rsquo;&eacute;l&eacute;ments subversifs ayant &eacute;chapp&eacute; &agrave; ce conditionnement et au contr&ocirc;le institutionnel dans les structures pr&eacute;-cit&eacute;es. Ces institutions on en g&eacute;n&eacute;ral la charge de construire la servitude volontaire, c'est-&agrave;-dire l&rsquo;int&eacute;riorisation des normes et valeurs &eacute;manant du groupe dirigeant par le sujet, et la d&eacute;fense de celle-ci contre toute atteinte &agrave; l&rsquo;ordre &eacute;tablit. Il s&rsquo;agit ainsi de construire la mobilisation du sujet, des sujets, de la soci&eacute;t&eacute; dans son ensemble, contre sa lib&eacute;ration.<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp; </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">L&rsquo;intensit&eacute; de l&rsquo;adh&eacute;sion &agrave; l&rsquo;ordre &eacute;tablit n&rsquo;est pas la m&ecirc;me chez les diff&eacute;rents sujets. Elle va de la simple conviction &agrave; l&rsquo;engagement pour sa d&eacute;fense et sa promotion&nbsp;: c&rsquo;est le cas des mouvances citoyennistes, mais aussi fascistes.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">Une crise profonde mettant en jeu la stabilit&eacute; du syst&egrave;me et sa capacit&eacute; d&rsquo;int&eacute;gration (&eacute;conomique et sociale) peut briser cette adh&eacute;sion chez de nombreux sujet constatant que ce syst&egrave;me n&rsquo;est plus en mesure de garantir les conditions d&rsquo;un bonheur minimal. Cependant, pour &eacute;viter cela, outre la manipulation id&eacute;ologique, il existe un certain nombre d&rsquo;institutions et de dispositifs techniques de coercition et d&rsquo;intimidation dont la fonction est de disposer le sujet &agrave; la servitude, contre sa volont&eacute;. C&rsquo;est &agrave; se moment que le capitalisme finit d&rsquo;op&eacute;rer son glissement vers le fascisme.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Les intentions philanthropes de certains policiers ne doivent ainsi pas nous berner en ce qui concerne la fonction r&eacute;elle de la police dans la soci&eacute;t&eacute; capitaliste.</span><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;"> Cette fonction se r&eacute;v&egrave;le davantage lorsqu&rsquo;elle est d&eacute;personnalis&eacute;e, lorsqu&rsquo;elle est confi&eacute;e des syst&egrave;mes automatis&eacute;s. La fonction principale de la police est de garantir la p&eacute;rennit&eacute; du processus d&rsquo;appropriation, d&rsquo;accumulation, de conservation et de redistribution du capital, suivant les r&egrave;gles &eacute;dict&eacute;es par l&rsquo;ordre &eacute;tablit, la classe dirigeante. La protection des &ecirc;tres n&rsquo;intervient, dans la fonction de police, que dans la mesure o&ugrave; ceux-ci ne nuisent pas &agrave; ce processus. La police, dans le capitalisme, constitue</span><span style="font-size: small; font-family: Times New Roman;"> </span><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">ainsi le dernier rempart du groupe dirigeant contre sa destruction, mais ne peut suffire &agrave; elle seule &agrave; emp&ecirc;cher cette destruction, d&rsquo;o&ugrave; la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;int&eacute;gration id&eacute;ologique et mat&eacute;rielle d&rsquo;une importante part de la population dans l&rsquo;&eacute;conomie capitaliste.</span><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;"></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>]]></description>
<category>analyses et essais politiques</category>
<pubDate>Wed, 17 Jun 2009 15:37:51 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1042109.html</guid>
</item>
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<title>Retour sur les élections Européennes</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1038947.html</link>
<description><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Peut on r&eacute;ellement d&rsquo;une &eacute;lection d&eacute;mocratique<strong></strong></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Taux d&rsquo;abstention</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Un taux d&rsquo;abstention de pr&egrave;s de 60 %, voil&agrave; qui devrait remette fondamentalement en cause la validit&eacute; de ces &eacute;lections, cependant il n&rsquo;en est rien, et tout ce passe comme si la d&eacute;mocratie avait encore une fois triomph&eacute;e. Un tel d&eacute;sint&eacute;ressement politique devrait cependant nous questionner. C&rsquo;est en effet le r&eacute;sultat le plus int&eacute;ressant de ces &eacute;lections. Devant le peu d&rsquo;attention port&eacute; &agrave; ce r&eacute;sultat, voire l&rsquo;hypocrite effarement et la crainte simul&eacute;e de certains de ces chers politiciens, auquel ils r&eacute;pondent en s&rsquo;interrogeant sur la mani&egrave;re dont ils vont pouvoir nous endoctriner, dont ils vont pouvoir, une fois de plus, nous berner, nous pouvons voir dans cette abstention massive un sympt&ocirc;me. Celui d&rsquo;une perte de cr&eacute;dibilit&eacute; croissante du syst&egrave;me politique, d&rsquo;une obsolescence avanc&eacute;e de celui-ci. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Cette abstention est le symbole du ridicule de la d&eacute;mocratie aujourd&rsquo;hui, du ridicule de l&rsquo;Europe, du ridicule de la politique classique, et de son spectacle m&eacute;diatique, du ridicule de ses candidats. Il est ainsi bien &eacute;vident que si elle &eacute;tait prise au s&eacute;rieux, la d&eacute;mocratie aurait &laquo;&nbsp;fonctionn&eacute;e&nbsp;&raquo;, on se serait d&eacute;plac&eacute; aux bureaux de vote. Encore faudrait il qu&rsquo;elle soit. Cette abstention massive est le reflet de la blague politique et d&eacute;mocratique, elle est un rejet de la repr&eacute;sentativit&eacute; dans son ensemble&nbsp;: elle dit&nbsp;: &laquo;&nbsp;Rien dans la distribution des identit&eacute;s politiques connues n&rsquo;est &agrave; m&ecirc;me de r&eacute;pondre &agrave; l&rsquo;urgence de la situation&nbsp;&raquo;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">On sait depuis longtemps que l&rsquo;implication politique est directement li&eacute;e au niveau intellectuel et culturel, et par cons&eacute;quent, dans de nombreux cas, au niveau de salaire&nbsp;: ainsi, on peut consid&eacute;rer que tous les plus riches de France et d&rsquo;Europe ont vot&eacute;, et que les plus pauvres ont &eacute;t&eacute; tenus &eacute;loign&eacute;s des urnes, ce qui remet fortement en cause le score de la droite.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">La droite, repr&eacute;sentant officiel des riches, y trouve bien son compte&nbsp;et par l&agrave; une nouvelle occasion de renforcer sa domination : d&rsquo;une part, il est &eacute;vident que cette d&eacute;politisation engendr&eacute;e par l&rsquo;organisation de l&rsquo;existence, du travail et de la soci&eacute;t&eacute; marchande lui garanti la main mise sur le capital (sous toutes ses formes), et assure ainsi la p&eacute;rennit&eacute; de sa domination sociale. Les plus riches d&eacute;veloppement une forte conscience de classe, et sont ainsi fortement mobilis&eacute;s politiquement, tandis que les plus pauvres sont mis &agrave; la marge du savoir et du pouvoir, et rel&eacute;gu&eacute;e aux simples fonction sociale de travailleur servile et de consommateur docile.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">D&rsquo;autre part, cette abstention, qui l&rsquo;arrange bien, constitue une nouvelle opportunit&eacute; de renforcer le contr&ocirc;le social, et la mise en avant de l&rsquo;id&eacute;ologie dominante. &laquo;&nbsp;Si les gens ne votent pas, c&rsquo;est parce q&rsquo;ils ne sont pas assez int&eacute;gr&eacute;s, et donc, il faut favoriser l&rsquo;int&eacute;gration et promouvoir les valeurs de la r&eacute;publique&nbsp;&raquo;. Implicitement cela signifie&nbsp;: ils &eacute;chappent de plus en plus a notre contr&ocirc;le et finiront par devenir dangereux pour nous, il est ainsi n&eacute;cessaire de leur mettre davantage dans le cr&acirc;ne notre id&eacute;ologie, afin qu&rsquo;ils ne se r&eacute;voltent jamais, qu&rsquo;ils culpabilisent de ne pas avoir r&eacute;ussi dans une soci&eacute;t&eacute; qui (ne) garanti (absolument pas) l&rsquo;&eacute;galit&eacute; des chances.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Mais ce fort taux d&rsquo;abstention tient &eacute;galement au d&eacute;roulement de la campagne&nbsp;: Affiches et programmes qui arrivent &agrave; la derni&egrave;re minute, pas le temps de r&eacute;fl&eacute;chir, d&rsquo;en discuter, de se faire un avis. Quelle diff&eacute;rence entre NPA et Front de Gauche, entre les deux listes &eacute;cologistes, entre lepen, devilliers et dupont aignan. Beaucoup de votes au pif, de d&eacute;cisions prises au hasard dans l&rsquo;isoloir. Voila qui remet s&eacute;v&egrave;rement en cause le s&eacute;rieux des votes, et la cr&eacute;dibilit&eacute; de cette repr&eacute;sentativit&eacute;.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Cette &eacute;lection constitue bien plus </span></strong><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">La Victoire</span></strong><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;"> des machines a fric.</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Il n&rsquo;y a pour cela qu&rsquo;&agrave; regarder l&rsquo;ordre du classement&nbsp;: </span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">La droite &laquo;&nbsp;lib&eacute;rale&nbsp;&raquo; se retrouve bien &eacute;videmment majoritaire, puis vient la gauche molle, les &eacute;cologistes, les nationalistes conservateurs, puis la gauche radicale. </span></strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Cette &eacute;lection refl&egrave;te ainsi davantage la taille du porte monnaie des diff&eacute;rents partis que l&rsquo;expression d&rsquo;une position et d&rsquo;une r&eacute;flexion construite de mani&egrave;re personnelle et autonome. Cette &eacute;lection n&rsquo;est que le reflet de la puissance num&eacute;rique et financi&egrave;re des grosses machineries politiques, relative &agrave; leur capacit&eacute; de mobilisation partisane et d&rsquo;endoctrinement.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Les partis populaires, dont l&rsquo;UMP,</span></strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;"> jubilent et d&eacute;duisent des conclusions compl&egrave;tement hypocrites de leur victoire. Ils font comme si l&rsquo;ensemble de la population avait particip&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;lection et en d&eacute;duisent une adh&eacute;sion forte &agrave; leur orientation politique. Derri&egrave;re leur ironie mensong&egrave;re se dissimule, comme pr&eacute;cis&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment un message qu&rsquo;ils n&rsquo;ignorent pas&nbsp;: la perte de cr&eacute;dit de la d&eacute;mocratie repr&eacute;sentative lib&eacute;rale bourgeoise. Mais l&rsquo;ironie est le fort de ces parties de droite. Leur appellation est en elle-m&ecirc;me une v&eacute;ritable moquerie&nbsp;: partis populaires&nbsp;: comme si ces partis favorisant ouvertement les riches repr&eacute;sentaient avec leurs 20% de 40% le &laquo;&nbsp;peuple&nbsp;&raquo;. Bref ils construisent leur Europe Capitaliste avec une infime minorit&eacute; de la population, celle qui la dirige effectivement. Il n&rsquo;est point question de confiance envers une politique efficace &agrave; pallier la crise, simplement d&rsquo;une classe continuellement consciente de ses int&eacute;r&ecirc;ts et mobilis&eacute;e pour les garantir, disposant de tous les outils financier, de communication, de coercition et de manipulation pour garantir sa victoire. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Le PS </span></strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">ne cesse de produire des analyses bidons de sa d&eacute;faite, mais ne s&rsquo;interroge pas sur les points essentiels&nbsp;: le tournant social lib&eacute;ral, une opposition peu flagrante au r&eacute;formes en cours, voir un soutient &agrave; la politique de la droite, le passage de nombreux cadres &agrave; l&rsquo;UMP, au gouvernement Sarkozy, et de l&rsquo;autre cot&eacute;, un opportunisme politique av&eacute;r&eacute; que ce soit en ce qui concerne son durcissement &agrave; gauche auquel personne ne croit plus d&eacute;sormais, ou sont activit&eacute; de terrain qui se limite &agrave; une pr&eacute;sence massive &agrave; banderole d&eacute;ploy&eacute;e dans les cort&egrave;ges de manifestation, bien qu&rsquo;ils soient totalement absents des mouvement sociaux, sont autant de sympt&ocirc;mes de sa d&eacute;confiture, de son manque de cr&eacute;dibilit&eacute;. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Les &eacute;cologistes, </span></strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">avec &agrave; leur t&ecirc;te Danny le Rouge, ex- leader 68ard opportuniste,&nbsp; adepte du lib&eacute;ralisme existentiel et du&nbsp; libertarisme r&eacute;formiste, qui depuis des ann&eacute;es &agrave; retourn&eacute; sa veste et s&rsquo;est mis au vert, qui a d&eacute;clar&eacute; que l&rsquo;&eacute;cologie avait fait beaucoup plus de progr&egrave;s sous le gouvernement sarkozy que sous n&rsquo;importe quel gouvernement de gauche. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Requ&eacute;rant une adh&eacute;sion toujours assez faible au niveau national, il semble que les partis &eacute;cologistes recueillent un nombre de voies plus importantes au niveau transnational. En effet, le cadre de l&rsquo;Europe semble plus adapt&eacute; &agrave; une mise en &oelig;uvre de mesures &eacute;cologiques, qui ne peuvent se faire r&eacute;ellement qu&rsquo;a &eacute;chelles globales. Les &eacute;cologistes cherchent ainsi &agrave; r&eacute;cup&eacute;rer une partie de l&rsquo;&eacute;lectorat PS, les bobos radicalosceptiques conscients qu&rsquo;il est n&eacute;cessaire de changer l&rsquo;orientation de cette soci&eacute;t&eacute;, mais d&eacute;sirant un changement pacifique et concert&eacute; entre les classes sociales antagonistes.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Le Front de gauche, </span></strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">c'est-&agrave;-dire le PCF et le parti de gauche. Une campagne importante et bien men&eacute;e en terme de visibilit&eacute;, de nombreuses affiches et flyers coll&eacute;s quelques mois avant les europ&eacute;ennes, voil&agrave; de quoi incruster le front de gauche dans les esprits. Outres les fid&egrave;les du PCF qui constituent un &eacute;lectorat &agrave; peu pr&egrave;s stable, le front de gauche b&eacute;n&eacute;ficie dans son r&eacute;sultat de l&rsquo;apport du PG, parti de racollage actifs des d&eacute;&ccedil;us du PS. Dans un contexte d&rsquo;&eacute;largissement constant des in&eacute;galit&eacute;s sociales, ou la partie faible de ce que l&rsquo;on appelle &laquo;&nbsp;la classe moyennes&nbsp;&raquo; ne cesse de constater son d&eacute;classement, sans pour autant prendre la mesure de la situation, le PG maintient l&rsquo;illusion d&rsquo;un changement pacifique par la r&eacute;forme, et attire les d&eacute;&ccedil;us du PS, na&iuml;fs adeptes de l&rsquo;assistanat politique jugeant le NPA trop radical, et incomp&eacute;tent &agrave; gouverner. Le PG joue ainsi sur l&rsquo;immaturit&eacute; politique de la population (immaturit&eacute; construite par l&rsquo;organisation quotidienne de l&rsquo;existence et de la soci&eacute;t&eacute; marchande) pour creuser son espace politique propre, apportant une touche de modernisme &agrave; un PCF devenu ringard aujourd&rsquo;hui. Le Front de Gauche ne se d&eacute;marque ainsi pas du dirigisme r&eacute;publicain caract&eacute;ristique de la longe tradition des partis socialistes bureaucratiques et autoritaires.<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;&nbsp; </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Du stalinisme au citoyennisme, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un pas. Le PCF n&rsquo;a jamais cess&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre un parti de cadres bureaucrates visant &agrave; devenir le monarque &agrave; la place du monarque, &agrave; malgr&eacute; son tournant opportunistes face au d&eacute;clin du bloc de l&rsquo;est, continu&eacute; sa d&eacute;confiture, et ne cesse de plonger, malgr&eacute; un racolage actif de la jeunesse par des militants pseudo progressistes, magouilleurs, hypocrites, aux forts relents conservateurs, mais heureusement pas tr&egrave;s intelligents.<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp; </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Le Parti de Gauche de M&eacute;lenchon&nbsp;? Que dire d&rsquo;un parti fond&eacute; en un mois, et compos&eacute; exclusivement de bureaucrates et d&rsquo;apprentis bureaucrates issues de classes moyennes et sup&eacute;rieures, hypocritement philanthropes. Fond&eacute; &agrave; la va vite par ses cadres, ce parti laisse pr&eacute;sager imm&eacute;diatement ses bases technocratiques et autoritaires, tout vient du haut, la base ex&eacute;cute, point. Heureusement, les militants de base ne sont pas non plus tr&egrave;s intelligents.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Il s&rsquo;agit la de bases extr&ecirc;mement malsaines pour un projet qui se veut socialiste et d&eacute;mocratique. On comprend &agrave; travers cet &eacute;litisme paragestionnaire de l&rsquo;ordre &eacute;tabli pourquoi le NPA refusa toute alliance avec genre d&rsquo;&eacute;nergum&egrave;nes.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">Le NPA, </span></strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">tr&egrave;s pr&eacute;sent sur le terrain et &agrave; </span><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">la TV</span><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">, est certainement encore un parti trop jeune pour pr&eacute;tendre &agrave; mieux. Trop impr&eacute;gn&eacute; des r&eacute;flexes de </span><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">la LCR</span><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">, le NPA &eacute;prouve des difficult&eacute;s &agrave; s&rsquo;&eacute;manciper du trotskisme pur, de la politique classique, et du spectacle m&eacute;diatique. Pi&eacute;g&eacute; entre le radicalisme souhait&eacute; surtout &agrave; sa base et son int&eacute;gration &agrave; l&rsquo;ar&egrave;ne de la d&eacute;mocratie institutionnelle, Le NPA se retrouve souvent dans une situation d&eacute;licate, il gagne la cr&eacute;dibilit&eacute; des uns en perdant celle des autres. Cette difficult&eacute; de choix, cette h&eacute;sitation entre le radicalisme et la d&eacute;magogie populiste constitue la base instable sur laquelle s&rsquo;est lanc&eacute;e un NPA qui gagne progressivement en nombre, mais qui risque au tournant la crise interne&nbsp;: de scissionner ou de se dissoudre dans des forces politiques limitrophes, &agrave; sa gauche comme &agrave; sa droite. Ayant quelque peu m&ucirc;ri en ce qui concerne les questions environnementales et le contr&ocirc;le social, le NPA reste malgr&eacute; tout 60 ans &agrave; la tra&icirc;ne sur la critique radicale du capitalisme, se limitant trop souvent &agrave; ses seuls aspects socio &eacute;conomiques. Le NPA ne parvient toujours pas a se sortir du Mythe du Sauveur issu de la m&eacute;taphysique jud&eacute;ochr&eacute;tienne, aussi parient ils beaucoup trop sur J&eacute;sus Besancenot pour apporter la bonne parole partout ou il passe, que ce soit &agrave; la sortie de l&rsquo;usine Renault ou chez Drucker. Le probl&egrave;me de la strat&eacute;gie &eacute;lectorale est alors le suivant&nbsp;: tr&egrave;s pr&eacute;sent sur le terrain, travail dont on ne peut que les f&eacute;liciter, les militants de base sont inconnus hors de leur ville. Hors la reconnaissance faciale est un aspect important en mati&egrave;re de cr&eacute;dit de confiance. Le probl&egrave;me qui s&rsquo;est alors pos&eacute; est que l&rsquo;on ne conna&icirc;t quasiment pas les t&ecirc;tes de listes NPA, ce qui amoindrit potentiellement leur score &eacute;lectoral. Dommage, en effet, si le NPA disposait de plus de puissance, il serait &agrave; m&ecirc;me, &agrave; d&eacute;faut de r&eacute;former l&rsquo;Europe, de saboter le parlement, de bloquer un maximum les avanc&eacute;es du lib&eacute;ralisme &eacute;conomique et du conservatisme s&eacute;curitaire.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></p>
<p><strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma; mso-fareast-font-family: SimSun; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: ZH-CN; mso-bidi-language: AR-SA;">Le FN</span></strong><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma; mso-fareast-font-family: SimSun; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: ZH-CN; mso-bidi-language: AR-SA;">, pour finir, conserve une certaine stabilit&eacute; &eacute;lectorale, voire monte quelque peu en puissance du fait du contexte de crise et des relents nationalistes qui se manifeste face &agrave; la concurrence internationale accrue. R&eacute;cemment plus visibles, les fascistes repointent le bout de leur nez, collent en ville et en campagne, tabassent &eacute;trangers et gauchistes. Une ligne politique qui ne mise surtout pas sur l&rsquo;intelligence, mais au contraire instrumentalise l&rsquo;inculture. Tentant de r&eacute;animer la flamme de l&rsquo;identit&eacute; nationale dans une soci&eacute;t&eacute; sans coh&eacute;rence, o&ugrave; il y a clairement plus de diff&eacute;rence en terme de mode de vie entre le pauvre et le riche qu&rsquo;entre le fran&ccedil;ais et le maghr&eacute;bin, le FN parie sur l&rsquo;affectif, la col&egrave;re, et se donne une image de protestataire, et op&egrave;re un transfert de l&rsquo;affect brut, en rationalisant celui-ci dans le sens de l&rsquo;id&eacute;ologie. Il tente de faire revivre un mythe balay&eacute; par plus d&rsquo;un si&egrave;cle d&rsquo;avanc&eacute;es scientifiques et philosophiques, et s&rsquo;appuie logiquement sur les diff&eacute;rences sociales construites par l&rsquo;organisation de la soci&eacute;t&eacute; en classes, dans laquelle la classe dominante s&rsquo;octroie le monopole de la connaissance et de la production intellectuelle au d&eacute;triment des plus pauvres. Il est &eacute;vidente, comme le soulignent leurs th&eacute;oriciens de r&eacute;f&eacute;rence (par exemple Carl Schmitt), que la construction et la d&eacute;signation de l&rsquo;ennemi constitue le monopole de l&rsquo;Etat, qui en contexte de crise, se reporte sur des minorit&eacute;s, boucs &eacute;missaires d&eacute;sign&eacute;s pour canaliser la haine, la d&eacute;tourner des responsables politiques et la transf&eacute;rer sur ces premier afin de garantir la coh&eacute;sion nationale, mais pas de r&eacute;soudre la crise. L&rsquo;extr&ecirc;me droite joue sur l&rsquo;isolement, l&rsquo;affaiblissement individuelle, la peur et le d&eacute;sir de protection, de s&eacute;curit&eacute; pour mettre en place un ordre sociale qui ne r&eacute;sout ni la peur, ni la mis&egrave;re, ni l&rsquo;isolement, et mets tout le monde sous soup&ccedil;on, donc ne s&eacute;curise pas. Leur force r&eacute;side bien plus dans un travail de longue haleine de manipulation affective, de p&eacute;n&eacute;trance id&eacute;ologique des consciences individuelles et d&rsquo;influence diffuse sur les orientations du syst&egrave;me politique, vers plus de morale, de contr&ocirc;le et de s&eacute;curit&eacute;.&nbsp;<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;</span></span></p>]]></description>
<category>actu</category>
<pubDate>Tue, 09 Jun 2009 11:51:30 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1038947.html</guid>
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<item>
<title>Nouvelle acharnement du pouvoir contre la "mouvance anarcho-autonome d'ultra gauche"</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1025790.html</link>
<description><![CDATA[<p>Nouvelle acharnement du pouvoir contre la "mouvance anarcho-autonome d'ultra gauche"</p>
<p>Le pouvoir n'en finit plus de se tourner en ridicule...</p>
<p>Lundi matin &agrave; l'aube, trois autres jeunes de Rouen ont &eacute;t&eacute; interpell&eacute;s par la section (anti)-terroriste. Suite&nbsp;&agrave; la s&eacute;rie d'interpellations en novembre dernier, dont la plupart des victimes ont &eacute;t&eacute; relach&eacute;es pour faute de preuve, &agrave; l'exception de&nbsp;Julien Coupat, (bien que m&ecirc;me le FBI n'ait rien trouv&eacute; non plus (!?!)), le pouvoir&nbsp;qui se trouvait visiblement d&eacute;cr&eacute;dibilis&eacute; chercher encore une fois a se rattraper, sans&nbsp;&ecirc;tre cr&eacute;dible pour autant.</p>
<p>Il est vrai en effet qu'organiser des&nbsp;voyages en hollande et en angleterre, des tournois de foot, des repas collectifs et des th&eacute; dansants repr&eacute;sente une r&eacute;elle menace terroriste!</p>
<p>Selon la presse la raison de ces interpellations seraient la diffusion d'un tract r&eacute;v&eacute;lant l'adresse de la r&eacute;sidence secondaire (s'il vous plait!) de Bernard&nbsp;Squarcini, creuvure de directeur&nbsp;central du renseignement int&eacute;rieur. (et dire que l'on se plaint du manque de logement en France)</p>
<p>La&nbsp;raison de cet acharnement est la volont&eacute; de l'Etat, dans&nbsp;cette p&eacute;riode de crise sociale, de faire la d&eacute;monstration de sa puissance afin de maintenir l'ordre &eacute;tabli par l'intimidation. Puisque le "NPA chez Drucker", trop politiquement correct et d&eacute;mago&nbsp;ne&nbsp;constitue le bouc &eacute;missaire id&eacute;al sur lequel s'acharner de mani&egrave;re l&eacute;gitime, la machine politico m&eacute;diatique &agrave; engendr&eacute; un nouveau produit, en prenant quelques &eacute;l&eacute;ments r&eacute;el, en les d&eacute;formant, en construisant une image,&nbsp;un s&eacute;nario et surtout un nom qui fait peur : "l'anarcho-autonome d'ultra gauche". Voici donc la machine lanc&eacute;e pour une situation permettant la d&eacute;monstation de puissance et l'exercice de la terreur l&eacute;gitime d'Etat. &nbsp;&nbsp;</p>
<p>Nous nous positionnons clairement contre ces s&eacute;ries d'arrestations et nous en appelons&nbsp;a s'organiser contre la r&eacute;pression et&nbsp;la Terreur d'Etat, ainsi qu'&agrave; rejoindre les comit&eacute;s de soutient aux inculp&eacute;s de l'affaire Tarnac.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>]]></description>
<category>actu</category>
<pubDate>Wed, 20 May 2009 15:04:54 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1025790.html</guid>
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<item>
<title>Herbert Marcuse - Une période de transition pour les forces subversives</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1020570.html</link>
<description><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="color: gray; mso-color-alt: red; text-effect: emboss;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;">Herbert Marcuse, <em>Vers la lib&eacute;ration&nbsp;: au-del&agrave; de l&rsquo;homme unidimensionnel, </em>1969</span></span></span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: small; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><strong><span style="text-shadow: auto;">III Une p&eacute;riode de transition pour les forces subversives</span></strong></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>&laquo;&nbsp;La notion de &laquo;&nbsp;forme esth&eacute;tique&nbsp;&raquo; comme Forme d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; libre implique certainement que le d&eacute;veloppement du socialisme soit invers&eacute;, et dirig&eacute; de la science vers l&rsquo;utopie&nbsp;; &agrave; mois cependant que nous puissions indiquer, dans l&rsquo;infrastructure de la soci&eacute;t&eacute; industrielle avanc&eacute;e, des tendances propres &agrave; fournir &agrave; cette notion un contenu r&eacute;aliste. Nous avons &agrave; plusieurs reprises signal&eacute; l&rsquo;existence de telles tendances&nbsp;: avant tout, l&rsquo;emprise croissante de la technologie sur le processus de production entra&icirc;ne une r&eacute;duction de l&rsquo;&eacute;nergie physique n&eacute;cessaire, et son remplacement par l&rsquo;&eacute;nergie mentale &ndash; soit une d&eacute;mat&eacute;rialisation du travail. En m&ecirc;me temps, l&rsquo;automatisation croissante des machines, et leur utilisation &agrave; d&rsquo;autres fins que celles de l&rsquo;exploitation, permettrait cette &laquo;&nbsp;distanciation&nbsp;&raquo; du travailleur par rapport aux moyens de production dont Marx avait pr&eacute;vu qu&rsquo;elle marquerait la fin du capitalisme&nbsp;: les ouvriers cesseraient d&rsquo;&ecirc;tre les &laquo;&nbsp;principaux agents&nbsp;&raquo; de la production mat&eacute;rielle, pour seulement &laquo;&nbsp;la surveiller et la r&eacute;gler&nbsp;&raquo; - d&rsquo;o&ugrave; l&rsquo;apparition d&rsquo;un sujet libre &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du r&egrave;gne de la n&eacute;cessit&eacute;. D&egrave;s aujourd&rsquo;hui, les r&eacute;alisations de la science et de la technologie rendent possibles le jeu de l&rsquo;imagination productive, l&rsquo;exp&eacute;rimentation sur des possibilit&eacute;s de la forme et de la mati&egrave;re qui, jusque-l&agrave;, restaient enferm&eacute;es dans l&rsquo;opacit&eacute; d&rsquo;une nature indompt&eacute;e&nbsp;; la transformation de la nature par la technique tend &agrave; rendre les choses plus l&eacute;g&egrave;res, plus ais&eacute;es, plus jolies &ndash; elle tend &agrave; mettre fin &agrave; la r&eacute;ification. La mati&egrave;re est de plus en plus ouverte, voire soumise, aux formes esth&eacute;tiques, ce qui augmente sa valeur d&rsquo;&eacute;change (voyez, par exemple, la d&eacute;coration artistique moderniste des banques, des b&acirc;timents d&rsquo;affaire, des cuisines, des magasins &ndash; et des vendeurs, etc.). Dans le cadre du capitalisme, la croissance prodigieuse de la productivit&eacute; du travail a pour effet la production de plus en plus massive d&rsquo;&nbsp;&laquo;&nbsp;objets de luxe&nbsp;&raquo;, c'est-&agrave;-dire le gaspillage, tel qu&rsquo;on peut l&rsquo;observer dans l&rsquo;industrie militaire, ou encore dans la commercialisation de toute sorte de gadgets, d&rsquo;appareils, d&rsquo;ornements, de symboles de prestige. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Cette m&ecirc;me tendance, dans la production et la consommation, qui donne au capitalisme avanc&eacute; son aspect riche et s&eacute;duisant, contribue aussi &agrave; perp&eacute;tuer la lutte pour l&rsquo;existence, et &agrave; renforcer la n&eacute;cessit&eacute; de produire et de consommer des objets parfaitement superflus&nbsp;: l&rsquo;importance prise aux Etats-Unis par ce qu&rsquo;on appelle le &laquo;&nbsp;cr&eacute;dit illimit&eacute;&nbsp;&raquo; r&eacute;v&egrave;le bien &agrave; quel point les revenus des gens sont employ&eacute;s &agrave; tout autre chose qu&rsquo;a satisfaire des &laquo;&nbsp;besoins fondamentaux&nbsp;&raquo;. Ce qui &eacute;tait un luxe devient un besoin fondamental&nbsp;: &eacute;volution normale, mais qui, dans le capitalisme des monopoles, &eacute;tend la comp&eacute;tition et le commerce aux besoins et aux satisfactions ainsi cr&eacute;es. Le d&eacute;bit fantastique de toute sorte d&rsquo;objets<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp; </span>et de services d&eacute;fie l&rsquo;imagination, et en m&ecirc;me temps, lui infligent une limitation et une d&eacute;formation, en s&rsquo;en servant dans la forme marchande pour accro&icirc;tre l&rsquo;emprise de la production capitaliste sur l&rsquo;existence des hommes. Toutefois, de cette extension de la forme marchande r&eacute;sulte aussi un affaiblissement de la moralit&eacute; sociale r&eacute;pressive sur laquelle le syst&egrave;me s&rsquo;appuie. Il y a une contradiction flagrante entre, d&rsquo;une part, la transformation technologique du monde, qui rend possible la lib&eacute;ration, l&rsquo;av&egrave;nement d&rsquo;une existence libre et gaie, et d&rsquo;autre part, l&rsquo;intensification de la lutte pour l&rsquo;existence&nbsp;; cette contradiction engendre, chez les opprim&eacute;s, une agressivit&eacute; diffuse qui, &agrave; mois qu&rsquo;on ne la d&eacute;tourne sur un pr&eacute;tendu ennemi national qu&rsquo;elle pourra ha&iuml;r et combattre, s&rsquo;attaquera &agrave; n&rsquo;importe quelle cible&nbsp;: blanc ou noir, autochtone ou &eacute;tranger, juif ou chr&eacute;tien, riche ou pauvre. Cette agressivit&eacute; correspond &agrave; l&rsquo;exp&eacute;rience mutil&eacute;e, &agrave; la fausse conscience, aux faux besoins, qui sont ceux des victimes de la r&eacute;pression, dont la vie d&eacute;pend de la soci&eacute;t&eacute; r&eacute;pressive et qui ne peuvent que rejeter toute nouveaut&eacute;. Leur violence est celle de l&rsquo;ordre &eacute;tabli, et elle s&rsquo;en prend a tous ceux qui, &agrave; tord ou a raison, lui apparaissent comme diff&eacute;rents.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span><span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;</span>Ainsi, autant ceux qui organisent la r&eacute;pression que les consommateurs qui lui sont soumis rejettent l&rsquo;id&eacute;e odieuse du potentiel lib&eacute;rateur que renferme la soci&eacute;t&eacute; industrielle avanc&eacute;e&nbsp;; mais c&rsquo;est &eacute;galement cette id&eacute;e qui inspire l&rsquo;opposition radicale, et c&rsquo;est d&rsquo;elle qu&rsquo;elle tire son curieux caract&egrave;re d&rsquo;inorthodoxie. Tr&egrave;s diff&eacute;rente des r&eacute;volutions qui ont eu lieu &agrave; des stades ant&eacute;rieurs, cette opposition s&rsquo;attaque &agrave; l&rsquo;ensemble d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; prosp&egrave;re et qui fonctionne bien &ndash; protestant contre sa Forme&nbsp;; l&rsquo;opposition conteste la forme marchande qui est impos&eacute;e aux hommes et aux choses, et les fausses valeurs, la fausse moralit&eacute;, de cette soci&eacute;t&eacute;. Du fait de cette conscience nouvelle et de cette r&eacute;volte instinctuelle, une telle opposition est coup&eacute;e des masses et des organisations ouvri&egrave;res, qui sont int&eacute;gr&eacute;es &agrave; la soci&eacute;t&eacute;&nbsp;; elle tend &agrave; concentrer toute l&rsquo;action politique radicale dans ces minorit&eacute;s actives, essentiellement issues de la jeune intelligentsia des classes moyennes, et de la population des ghettos. Ind&eacute;pendamment de toute strat&eacute;gie et de toute organisation politique, la lib&eacute;ration devient un besoin vital, &laquo;&nbsp;biologique&nbsp;&raquo;. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Il est &eacute;videmment aberrant de pr&eacute;tendre que l&rsquo;opposition des classes moyennes est en train de remplacer le prol&eacute;tariat dans sa fonction de classe r&eacute;volutionnaire, et que le <em>lumpenprol&eacute;tariat </em>devient une force politique radicale. En r&eacute;alit&eacute;, on assiste &agrave; la constitution de groupes, encore relativement restreins et faiblement (souvent m&ecirc;me pas du tout) organis&eacute;s, dont la conscience et les besoins servent de catalyseurs &agrave; la r&eacute;volte, &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur des majorit&eacute;s auxquels ces groupes appartiennent par leur origine de classe. En ce sens, l&rsquo;intelligentsia militante est &eacute;videmment coup&eacute;e des classes moyennes, comme la population des ghettos est coup&eacute;e des organisations ouvri&egrave;res. Mais leur pens&eacute;e et leur action ne fonctionnent pas pour autant &agrave; vide&nbsp;: dans leur conscience et dans leurs buts, Ils repr&eacute;sentent quelque chose de tr&egrave;s r&eacute;el, l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t commun de tous les opprim&eacute;s. Face aux lois de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de classe et de l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t national, qui obscurcissent cet int&eacute;r&ecirc;t commun, la r&eacute;volte contre les vieilles soci&eacute;t&eacute;s signifie v&eacute;ritablement l&rsquo;apparition, &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle mondiale, d&rsquo;une nouvelle solidarit&eacute; spontan&eacute;e. Ce combat est un &eacute;cho lointain de l&rsquo;id&eacute;al de l&rsquo;humanisme et de l&rsquo;<em>humanitas</em>&nbsp;; c&rsquo;est la lutte pour l&rsquo;existence &ndash; la lutte pour exister non plus comme ma&icirc;tres ou esclaves, mais comme des hommes et des femmes. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Pour la th&eacute;orie marxiste, la localisation &ndash; ou plut&ocirc;t la concentration &ndash; de l&rsquo;opposition dans certaines couches moyennes et dans la population des ghettos appara&icirc;t comme une intol&eacute;rable d&eacute;viation&nbsp;; de m&ecirc;me que l&rsquo;accent qui mis sur les besoins biologiques et esth&eacute;tiques, et o&ugrave; l&rsquo;on croit voire un<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp; </span>retour &agrave; l&rsquo;id&eacute;ologie bourgeoise, ou m&ecirc;me, pis encore, &agrave; l&rsquo;id&eacute;ologie f&eacute;odale. Pourtant, dans les pays avanc&eacute;s ou r&egrave;gne le capitalisme des monopoles, ce d&eacute;placement de l&rsquo;opposition, ce transfert du r&ocirc;le des organisations ouvri&egrave;res &agrave; des minorit&eacute;s militantes est l&rsquo;effet du d&eacute;veloppement interne de la soci&eacute;t&eacute;, et de la pr&eacute;tendue d&eacute;viation th&eacute;orique ne fait que refl&eacute;ter ce d&eacute;veloppement. Ce qui semble un simple ph&eacute;nom&egrave;ne de surface indique en r&eacute;alit&eacute; des tendances fondamentales, par lesquelles le changement se d&eacute;couvre non seulement des perspectives nouvelles mais aussi une ampleur et une profondeur qui exc&egrave;dent largement les pr&eacute;visions de la th&eacute;orie socialiste traditionnelle (dans les couches opprim&eacute;es), loin de signifier que l&rsquo;opposition r&eacute;siste mal &agrave; la capacit&eacute; d&rsquo;int&eacute;gration du capitalisme avanc&eacute;, exprime peut-&ecirc;tre qu&rsquo;une base nouvelle se constitue peu &agrave; peu, faisant appara&icirc;tre le nouveau Sujet historique du changement, dont les besoins et les aspirations, dans leur diff&eacute;rence qualitative, r&eacute;pondent aux nouvelles conditions objectives. A partir de cette base &ndash; qui n&rsquo;est sans doute qu&rsquo;une transition et un point de d&eacute;part &ndash; prennent forme des objectifs et des strat&eacute;gies qui remettent en question les concepts de la transformation, dans sa conception d&eacute;mocratique et parlementaire autant que dans sa conception r&eacute;volutionnaire.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Les modifications dans la structure du capitalisme entra&icirc;nent un changement de la base sur laquelle pourront se d&eacute;velopper et s&rsquo;organiser les forces r&eacute;volutionnaires virtuelles. L&agrave; ou la classe ouvri&egrave;re traditionnelle cesse d&rsquo;&ecirc;tre le &laquo;&nbsp;fossoyeur&nbsp;&raquo; du capitalisme, cette fonction reste pour ainsi dire en suspens&nbsp;: toute force politique qui s&rsquo;efforce vers le changement n&rsquo;est plus alors qu&rsquo;un &laquo;&nbsp;essai&nbsp;&raquo;, un pr&eacute;alable &ndash; au sens temporel, mais aussi du point de vue structural. Cela veut dire que l&rsquo;action, aussi bien quant &agrave; ses &laquo;&nbsp;destinataires&nbsp;&raquo; que dans ses occasions et ses buts, sera plus command&eacute;e par la situation, sans cesse changeante, que par une strat&eacute;gie &eacute;labor&eacute;e et th&eacute;oriquement fond&eacute;e. Cette d&eacute;termination, qui r&eacute;sulte directement de la force du syst&egrave;me et du caract&egrave;re diffus de l&rsquo;opposition, implique aussi un changement d&rsquo;accentuation en ce qui concerne les facteurs &laquo;&nbsp;subjectifs&nbsp;&raquo;&nbsp;: il devient primordial de d&eacute;velopper la conscience et les besoins de l&rsquo;individu. L&rsquo;administration totale du capitalisme, et l&rsquo;introjection qu&rsquo;elle provoque, soumettant la conscience &agrave; une d&eacute;termination sociale &agrave; peu pr&egrave;s totale et imm&eacute;diate, elles la fondent directement. Dans ces conditions, le changement radical de la conscience devient le d&eacute;but, le premier pas vers le changement de l&rsquo;existence sociale &ndash; vers l&rsquo;apparition d&rsquo;un nouveau Sujet. Du point de vue historique, nous nous trouvons dans une nouvelle &laquo;&nbsp;p&eacute;riode de lumi&egrave;res&nbsp;&raquo;, qui pr&eacute;c&egrave;de un changement historique&nbsp;; p&eacute;riode de formation, mais ou cette formation se traduit en une praxis&nbsp;: manifestations, affrontements, r&eacute;bellion. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>La transformation radicale d&rsquo;un syst&egrave;me social d&eacute;pend, aujourd&rsquo;hui encore, de la classe qui constitue la base humaine du processus de production&nbsp;; c'est-&agrave;-dire, dans les pays capitalistes avanc&eacute;s, de la classe ouvri&egrave;re. La composition de cette classe, ainsi que son degr&eacute; d&rsquo;int&eacute;gration au syst&egrave;me, ont subi un changement qui modifie, sinon son r&ocirc;le virtuel, du moins son r&ocirc;le politique imm&eacute;diat. Classe r&eacute;volutionnaire &laquo;&nbsp;en soi&nbsp;&raquo;, mais non &laquo;&nbsp;pour soi&nbsp;&raquo;, objectivement, mais pas subjectivement, sa radicalisation d&eacute;pendra de catalyseurs &laquo;&nbsp;ext&eacute;rieurs&nbsp;&raquo; &agrave; elle. Le d&eacute;veloppement d&rsquo;une conscience politique radicale dans les masses n&rsquo;est concevable que li&eacute; &agrave; un affaiblissement de la stabilit&eacute; &eacute;conomique et de la coh&eacute;sion du syst&egrave;me. Tel &eacute;tait le r&ocirc;le traditionnel du parti marxiste-l&eacute;niniste&nbsp;: pr&eacute;parer le terrain &agrave; ce d&eacute;veloppement. La capacit&eacute; de stabilisation et d&rsquo;int&eacute;gration du capitalisme avanc&eacute;, et les imp&eacute;ratifs de la &laquo;&nbsp;coexistence pacifique&nbsp;&raquo;, ont contraint ce parti &agrave; se &laquo;&nbsp;parlementariser&nbsp;&raquo;, &agrave; s&rsquo;int&eacute;grer au processus d&eacute;mocratique bourgeois. A se concentrer sur des revendications de nature &eacute;conomique, de sorte que, loin de promouvoir la croissance d&rsquo;une conscience politique radicale, il contribue bien plut&ocirc;t &agrave; l&rsquo;inhiber. L&agrave; o&ugrave; est apparu une telle conscience &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du parti et des syndicats, c&rsquo;a &eacute;t&eacute; le fait de forces &laquo;&nbsp;ext&eacute;rieures&nbsp;&raquo;, issues principalement de l&rsquo;intelligentsia&nbsp;; l&rsquo;appareil n&rsquo;a suivi le mouvement que lorsqu&rsquo;il commen&ccedil;ait &agrave; acqu&eacute;rir de la vitesse, et dans l&rsquo;unique dessin d&rsquo;en reprendre le contr&ocirc;le. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Sans doute cette strat&eacute;gie est elle rationnelle, sans doute est il judicieux de tout faire pour m&eacute;nager ses forces, face au pouvoir renforc&eacute; du capitalisme des monopoles&nbsp;: cette strat&eacute;gie n&rsquo;en t&eacute;moigne pas moins de la &laquo;&nbsp;passivit&eacute;&nbsp;&raquo; des classes laborieuses industrielles, du degr&eacute; de leur int&eacute;gration, c'est-&agrave;-dire de faits que la th&eacute;orie officielle d&eacute;ment avec la plus grande v&eacute;h&eacute;mence. L&rsquo;int&eacute;gration cr&eacute;e des conditions telles que le besoin vital d&rsquo;un changement radical ne donne naissance &agrave; une nouvelle conscience politique que dans des groupes sociaux qui, pour des raisons objectives, sont (relativement) libres par rapport aux aspirations et aux int&eacute;r&ecirc;ts conservateurs sur lesquels repose l&rsquo;int&eacute;gration&nbsp;: libres de proc&eacute;der &agrave; une transmutation radicale des valeurs. La classe ouvri&egrave;re n&rsquo;a pas perdu son r&ocirc;le historique, elle est toujours le principal moteur de la transformation&nbsp;; mais elle assume, en cette p&eacute;riode de stabilisation, une fonction stabilisatrice et conservatrice, et les catalyseurs de la transformation doivent agir &laquo;&nbsp;de l&rsquo;ext&eacute;rieur&nbsp;&raquo;.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Cette tendance est renforc&eacute;e par les modifications qui affectent la composition de la classe ouvri&egrave;re. Tandis que la proportion des &laquo;&nbsp;cols bleus&nbsp;&raquo; diminue constamment, les &laquo;&nbsp;cols blancs&nbsp;&raquo; (employ&eacute;s, techniciens, ing&eacute;nieurs et sp&eacute;cialistes) gagnent sans cesse en nombre et en importance&nbsp;; il se cr&eacute;e par l&agrave; des divisions internes dans la classe ouvri&egrave;re. Ainsi les couches de la classe ouvri&egrave;re qui ont subi de la fa&ccedil;on la plus directe &ndash; et subissent toujours &ndash; la brutalit&eacute; de l&rsquo;exploitation, sont justement celles dont la fonction dans le processus de production devient aujourd&rsquo;hui moins capitale&nbsp;; au contraire, l&rsquo;intelligentsia joue dans ce processus un r&ocirc;le de plus en plus d&eacute;cisif &ndash; intelligentsia instrumentaliste, mais intelligentsia tout de m&ecirc;me. Gr&acirc;ce &agrave; sa position, il serait possible &agrave; cette &laquo;&nbsp;nouvelle classe ouvri&egrave;re&nbsp;&raquo; de bouleverser le mode de production et les rapports de production, de les r&eacute;organiser et de leur donner une orientation nouvelle. Mais elle n&rsquo;a pas int&eacute;r&ecirc;t &agrave; le faire, et n&rsquo;en ressent pas le besoin de fa&ccedil;on vitale&nbsp;: elle est tr&egrave;s bien r&eacute;mun&eacute;r&eacute;e et tr&egrave;s int&eacute;gr&eacute;e au syst&egrave;me. Certes, la concurrence entre les trusts et la course &agrave; la productivit&eacute; du travail engendrent des changements technologiques qui sont susceptibles, entrant en conflit avec les formes et les buts qui caract&eacute;risent aujourd&rsquo;hui encore l&rsquo;entreprise capitaliste priv&eacute;e, d&rsquo;amener une r&eacute;organisation technocratique dans de larges secteurs de la soci&eacute;t&eacute; &ndash; y compris dans sa culture et dans son id&eacute;ologie. Mais on ne voit pas pourquoi ces changements aboliraient le syst&egrave;me capitaliste, et mettraient fin &agrave; la domination des couches opprim&eacute;es par un appareil de production soumis &agrave; des int&eacute;r&ecirc;ts particuliers. Pour qu&rsquo;un tel changement qualitatif puisse avoir lieu, il faudrait que les groupes qui contr&ocirc;lent et orientent le processus de production aient des besoins et des buts tr&egrave;s diff&eacute;rents de ceux des technocrates. La technocratie, si &laquo;&nbsp;pure&nbsp;&raquo; soit-elle, ne fait que soutenir et am&eacute;liorer le syst&egrave;me de domination seule pourrait briser ce lien fatal une r&eacute;volution qui subordonnerait la technique et la technologie aux besoins et aux buts d&rsquo;hommes libres&nbsp;; en ce sens, il s&rsquo;agirait d&rsquo;une r&eacute;volution contre les technocrates. <span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;</span></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Ne cherchez pas cette r&eacute;volution dans le calendrier. Dans la zone capitaliste, les deux facteurs historiques de la transformation, le facteur objectif et le facteur subjectif ne co&iuml;ncident pas&nbsp;: ils s&rsquo;incarnent dans des groupes sociaux diff&eacute;rents, voire antagonistes. Le facteur objectif, c'est-&agrave;-dire la base humaine du processus de production par lequel se perp&eacute;tue la soci&eacute;t&eacute; &eacute;tablie, appara&icirc;t dans la classe ouvri&egrave;re industrielle, source et r&eacute;servoir de l&rsquo;exploitation&nbsp;; et le facteur subjectif, c'est-&agrave;-dire la conscience politique, dans la jeune intelligentsia non-conformiste&nbsp;; enfin, le besoin de changement comme besoin vital constitue l&rsquo;existence m&ecirc;me de la population des ghettos &ndash; et aussi, dans les pays capitalistes peu avanc&eacute;s, des fractions&nbsp;&laquo;&nbsp;sous-privil&eacute;gi&eacute;es&nbsp;&raquo; de la classe ouvri&egrave;re. Par contre, ces deux facteurs historiques co&iuml;ncident effectivement dans de larges zones du Tiers Monde&nbsp;: les Fronts nationaux de lib&eacute;ration et les gu&eacute;rilleros luttent avec le soutien et la participation de la classe sur laquelle repose le processus de production, c'est-&agrave;-dire essentiellement le prol&eacute;tariat rural, et aussi le prol&eacute;tariat industriel naissant.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>La constellation qui pr&eacute;vaut dans les m&eacute;tropoles capitalistes &ndash; n&eacute;cessit&eacute; objective d&rsquo;un changement radical, et paralysie des masses &ndash; semblent caract&eacute;ristique d&rsquo;une situation non pas r&eacute;volutionnaire, mais pr&eacute;r&eacute;volutionnaire. Pour que la situation puisse devenir r&eacute;volutionnaire, il faudrait que l&rsquo;&eacute;conomie capitaliste mondiale vienne &agrave; s&rsquo;affaiblir de fa&ccedil;on critique, et que l&rsquo;agitation politique gagne en extension et en intensit&eacute;&nbsp;; alors, tout serait clair. C&rsquo;est pr&eacute;cis&eacute;ment de son r&ocirc;le pr&eacute;paratoire que l&rsquo;agitation politique tire sa signification historique&nbsp;: celle-ci consiste &agrave; d&eacute;velopper chez les exploit&eacute;s la connaissance (consciente autant qu&rsquo;inconsciente) gr&acirc;ce &agrave; laquelle leur existence pourrait s&rsquo;affranchir des besoins asservissants qui perp&eacute;tuent leur d&eacute;pendance &agrave; l&rsquo;&eacute;gard du syst&egrave;me d&rsquo;exploitation. A d&eacute;faut de cette rupture, qui ne peut &ecirc;tre l&rsquo;effet que d&rsquo;une formation politique fond&eacute;e sur l&rsquo;action, les forces de r&eacute;bellion, si &eacute;l&eacute;mentaires et imm&eacute;diates soient-elles, risquent d&rsquo;&ecirc;tre &eacute;cras&eacute;es et de devenir l&rsquo;appui de masse de la contre-r&eacute;volution.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Aux Etats-Unis, la population des ghettos repr&eacute;sente une semblable force de r&eacute;bellion. Qu&rsquo;elle soit condamn&eacute;e &agrave; vivre et &agrave; mourir sur des surfaces exigu&euml;s la rend plus facile &agrave; organiser et &agrave; diriger&nbsp;; en outre, la situation g&eacute;ographique des ghettos, qui se trouvent dans les grandes villes du pays, les constitue naturellement en centres strat&eacute;giques si la lutte doit s&rsquo;attaquer &agrave; des cibles d&rsquo;une importance politique et &eacute;conomique vitale&nbsp;; &agrave; cet &eacute;gard, les ghettos sont comparables aux faubourgs parisiens du XVIII<sup>e </sup><span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;</span>si&egrave;cle, et se pr&ecirc;tent &agrave; des soul&egrave;vements &eacute;tendus et &laquo;&nbsp;contagieux&nbsp;&raquo;. Bien que le caract&egrave;re cruel et indiff&eacute;rent de la privation se heurte &agrave; une r&eacute;sistance de plus en plus grande, la r&eacute;pression et la diversion sont facilit&eacute;es par le fait que cette privation n&rsquo;appara&icirc;t pas encore comme totalement politique. Entre les ghettos et leurs alli&eacute;s ext&eacute;rieurs s&rsquo;interpose encore le conflit racial. Il est vrai, certes, que l&rsquo;homme blanc est coupable, mais il est aussi vrai que certains Blancs ont une attitude de r&eacute;volte radicale. De fait, l&rsquo;imp&eacute;rialisme des monopoles justifie les th&egrave;ses racistes lorsque par ses bombes, ses poisons, son argent, il accro&icirc;t sans cesse la pression, sur les populations non blanches, de sa puissance et de sa brutalit&eacute;&nbsp;: par l&agrave; il fait de toutes les populations blanches, m&ecirc;me celles qui dans les m&eacute;tropoles sont &eacute;galement victimes de l&rsquo;exploitation, les complices et les b&eacute;n&eacute;ficiaires de ce crime plan&eacute;taire. De plus en plus, les conflits de classes sont supplant&eacute;s ou dissimul&eacute;s par les conflits raciaux&nbsp;: l&rsquo;appartenance raciale devient une r&eacute;alit&eacute; &eacute;conomique et politique&nbsp;; cette &eacute;volution r&eacute;sulte de la dynamique de l&rsquo;imp&eacute;rialisme moderne, qui le pousse &agrave; rechercher de nouvelles m&eacute;thodes de colonisation, &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur comme &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span><span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;</span>L&rsquo;efficacit&eacute; &agrave; long terme de la r&eacute;volte noire est &eacute;galement par la profonde division interne de cette classe &ndash; suite de la naissance d&rsquo;une bourgeoisie noire &ndash; et par sa fonction sociale marginale &ndash; du point de vue du syst&egrave;me capitaliste. Dans l&rsquo;ensemble, la population noire n&rsquo;occupe pas une situation centrale dans le processus de production, et on ne peut pas accuser les organisations ouvri&egrave;res blanches de faire quoi que ce soit pour modifier cet &eacute;tat de choses.<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp; </span>Suivant les termes cyniques du syst&egrave;me, une grande partie de cette population est &laquo;&nbsp;surnum&eacute;raire&nbsp;&raquo;, c'est-&agrave;-dire qu&rsquo;elle ne contribue pas de fa&ccedil;on essentielle &agrave; la productivit&eacute; du syst&egrave;me. En cons&eacute;quence, le pouvoir n&rsquo;h&eacute;sitera pas &agrave; appliquer des mesures extr&ecirc;mes de r&eacute;pression si le mouvement devient dangereux pour lui. Et il est certain que la population noire<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp; </span>repr&eacute;sente actuellement aux Etats-Unis la force de r&eacute;bellion la plus &laquo;&nbsp;naturelle&nbsp;&raquo;.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Entre la population noire et la jeune intelligentsia issue des classes moyennes, la distance appara&icirc;t, &agrave; tous les &eacute;gards, immense. Leur fondement commun (le rejet absolu de la soci&eacute;t&eacute; existante et de tout son syst&egrave;me de valeurs) est masqu&eacute; par l&rsquo;&eacute;vidente diff&eacute;rence de classe &ndash; exactement de la m&ecirc;me fa&ccedil;on qu&rsquo;au sein de la population blanche les conflits de classes corrompent la communaut&eacute; d&rsquo; &laquo;&nbsp;int&eacute;r&ecirc;ts r&eacute;els&nbsp;&raquo; entre les &eacute;tudiants et les ouvriers. Celle-ci s&rsquo;est pourtant r&eacute;alis&eacute;e en une action politique d&rsquo;une amplitude non n&eacute;gligeable, pendant la r&eacute;volte de mai en France &ndash; et ce, contre les consignes implicites du parti communiste et de la C.G.T.&nbsp;; ce sont les &eacute;tudiants, et non les ouvriers, qui sont &agrave; l&rsquo;origine de cette action commune. Les conflits de classes n&rsquo;en sont pas pour autant abolis, mais effac&eacute;s et d&eacute;pass&eacute;s, ce qui r&eacute;v&egrave;le la profondeur de l&rsquo;opposition. Du point de vue du mouvement &eacute;tudiant, cette tendance au d&eacute;veloppement progressif d&rsquo;une telle communaut&eacute; d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts s&rsquo;appuie sur une &eacute;volution fondamentale, inscrite dans la structure m&ecirc;me de la soci&eacute;t&eacute; industrielle avanc&eacute;e. A long terme, le dur labeur physique se voit remplacer, dans de larges secteurs de la production mat&eacute;rielle, par de l&rsquo;&eacute;nergie technique et mentale&nbsp;: ce processus accro&icirc;t les besoins de la soci&eacute;t&eacute; en travailleurs intelligents et munis d&rsquo;une culture scientifique&nbsp;; une fraction consid&eacute;rable de la population &eacute;tudiante appartient en puissance &agrave; la classe ouvri&egrave;re &ndash; &agrave; la &laquo;&nbsp;nouvelle classe ouvri&egrave;re&nbsp;&raquo;, qui non seulement n&rsquo;est pas &laquo;&nbsp;surnum&eacute;raire&nbsp;&raquo;, mais encore rev&ecirc;t une importance primordiale pour la croissance de la soci&eacute;t&eacute; existante. La r&eacute;volte &eacute;tudiante frappe la soci&eacute;t&eacute; &agrave; un endroit sensible&nbsp;: d&rsquo;o&ugrave; la violence et la brutalit&eacute; de la r&eacute;action.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>&laquo;&nbsp; Le mouvement &eacute;tudiant&nbsp;&raquo; &ndash;<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp; </span>ce terme est d&eacute;j&agrave; en lui-m&ecirc;me id&eacute;ologique et d&eacute;rogatoire&nbsp;: il dissimule le fait que le mouvement est activement appuy&eacute; par de nombreux membres plus &acirc;g&eacute;s de l&rsquo;intelligentsia, et par d&rsquo;importantes fractions de la population non &eacute;tudiante. De plus, ce terme sugg&egrave;re des aspirations et des buts tr&egrave;s diff&eacute;rents de la r&eacute;alit&eacute;&nbsp;; les revendications g&eacute;n&eacute;rales pour une r&eacute;forme du syst&egrave;me d&rsquo;enseignement ne font qu&rsquo;exprimer des objectifs plus vastes et plus essentiels. La diff&eacute;rence la plus d&eacute;cisive est celle qui s&eacute;pare l&rsquo;opposition dans les pays socialistes et l&rsquo;opposition dans les pays socialistes. Dans les pays socialistes, l&rsquo;opposition accepte la structure socialiste de la soci&eacute;t&eacute; mais s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve contre les r&eacute;gimes autoritaires et r&eacute;pressifs qui reposent sur la bureaucratisation de l&rsquo;Etat et du parti&nbsp;; tandis que, dans les pays capitalistes, la fraction militante du mouvement, qui semble cro&icirc;tre sans cesse, est anticapitaliste&nbsp;: socialiste ou anarchiste. Il y a aussi, &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de la zone capitaliste, une diff&eacute;rence dans la strat&eacute;gie et dans les buts, suivant que la r&eacute;volte s&rsquo;attaque &agrave; des dictatures fascistes et militaires &ndash; comme en Espagne ou en Am&eacute;rique latine &ndash; ou &agrave; des r&eacute;gimes d&eacute;mocratiques. Et il ne faut jamais perdre de vue qu&rsquo;une r&eacute;volte &eacute;tudiante a pu contribuer &agrave; la perp&eacute;tration d&rsquo;un crime collectif le plus vile de toute l&rsquo;histoire contemporaine&nbsp;: le massacre de milliers de &laquo;&nbsp;communistes&nbsp;&raquo; indon&eacute;siens. Ce crime n&rsquo;a toujours pas &eacute;t&eacute; veng&eacute;&nbsp;; c&rsquo;est l&rsquo;unique exception &ndash; horrible &ndash; &agrave; la fonction lib&eacute;ratrice et libertaire de l&rsquo;activisme &eacute;tudiant. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Dans les pays fascistes et semi-fascistes, les militants &eacute;tudiants &ndash; qui sont partout une minorit&eacute; &ndash; trouvent un appui dans le prol&eacute;tariat rural et industriel&nbsp;; en France et en Italie, ils ont r&eacute;ussi &agrave; obtenir une aide incertaine (et passag&egrave;re&nbsp;!) des partis et unions d&rsquo;une gauche puissante&nbsp;; en Allemagne de l&rsquo;Ouest et aux Etats-Unis, ils se heurtent &agrave; l&rsquo;hostilit&eacute; v&eacute;h&eacute;mente et souvent violente des &laquo;&nbsp;gens&nbsp;&raquo; et des organisations ouvri&egrave;res. R&eacute;volutionnaire par sa th&eacute;orie, par ses instincts, par les buts derniers qu&rsquo;il propose, le mouvement &eacute;tudiant n&rsquo;est pas une force r&eacute;volutionnaire, ni peut-&ecirc;tre une avant-garde aussi longtemps qu&rsquo;il n&rsquo;aura pas de masses capables et d&eacute;sireuses de le suivre&nbsp;; mais il est le ferment de l&rsquo;espoir, face &agrave; la toute-puissance du capitalisme et &agrave; l&rsquo;ambiance &eacute;touffante qui r&egrave;gne dans les m&eacute;tropoles capitalistes&nbsp;: il t&eacute;moigne de la r&eacute;alit&eacute; de l&rsquo;alternative &ndash; il d&eacute;montre que l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; libre r&eacute;pond &agrave; un besoin r&eacute;el et &agrave; une possibilit&eacute; r&eacute;elle. Certes, il y a aussi ceux qui ne s&rsquo;engagent pas et ceux qui fuient le r&eacute;el, ceux qui s&rsquo;&eacute;chappent vers des mysticismes en tout genre, et ceux qui se fichent de ce qui se passe&nbsp;; et les happenings, les manifestation d&rsquo;anticonformisme, peuvent aussi bien &ecirc;tre authentiques que mont&eacute;es de toute pi&egrave;ces.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Evidemment, le march&eacute; s&rsquo;est empar&eacute; de cette r&eacute;volte, et l&rsquo;a int&eacute;gr&eacute;e au monde des affaires&nbsp;; mais ce sont quand m&ecirc;me des affaires s&eacute;rieuses. Ce qui compte, ce n&rsquo;est pas la psychologie, plus ou moins int&eacute;ressante, de ceux qui participent au mouvement, ni les formes souvent &eacute;tranges que rev&ecirc;t la contestation &ndash; formes qui souvent r&eacute;v&egrave;lent, mieux que ne pourraient le faire des arguments s&eacute;rieux, la nature absurdement raisonnable de l&rsquo;ordre &eacute;tabli, et les figures antih&eacute;ro&iuml;ques et sensuelles de la r&eacute;volte &ndash;, mais bien ce contre quoi l&rsquo;opposition se dresse. Les revendications pour une r&eacute;forme structurale du syst&egrave;me d&rsquo;enseignement (suffisamment urgentes en elles-m&ecirc;mes&nbsp;; nous y reviendrons) cherchent &agrave; contrebalancer l&rsquo;influence d&rsquo;un enseignement dont la neutralit&eacute; est toujours d&eacute;cevante, et qui prend m&ecirc;me parfois ouvertement la d&eacute;fense de l&rsquo;ordre &eacute;tabli&nbsp;; et elles doivent fournir aux &eacute;tudiants les instruments conceptuels dont ils auront besoin pour d&eacute;velopper une critique solide et approfondie de la culture mat&eacute;rielle et intellectuelle. En m&ecirc;me temps, elles doivent abolir le caract&egrave;re de classes de l&rsquo;enseignement. Ces changements permettraient de s&rsquo;&eacute;tendre et de s&rsquo;amplifier &agrave; une conscience capable de r&eacute;v&eacute;ler les traits hideux de la soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;abondance, en d&eacute;chirant le masque technologique et id&eacute;ologique qui les masque. L&rsquo;Universit&eacute; a toujours eu pour fonction de d&eacute;velopper une conscience vraie. D&egrave;s lors, on ne doit pas s&rsquo;&eacute;tonner que l&rsquo;opposition &eacute;tudiante soit l&rsquo;objet d&rsquo;une haine quasiment pathologique de la part de la pr&eacute;tendue &laquo;&nbsp;communaut&eacute;&nbsp;&raquo;, de la part notamment d&rsquo;une importante fraction des organisations ouvri&egrave;res. Dans la mesure ou l&rsquo;Universit&eacute; d&eacute;pend de plus en plus &eacute;troitement, sur le plan financier comme sur le plan politique, du bon vouloir de la communaut&eacute; et du gouvernement, la lutte pour obtenir un enseignement libre et critique, devient un aspect essentiel de l&rsquo;ensemble du combat. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Ce qui appara&icirc;t aujourd&rsquo;hui comme une &laquo;&nbsp;politisation&nbsp;&raquo; externe de l&rsquo;Universit&eacute; par des &eacute;l&eacute;ments radicaux rel&egrave;ve, en r&eacute;alit&eacute; &ndash; comme si souvent dans le pass&eacute; &ndash; de la dynamique interne, &laquo;&nbsp;logique&nbsp;&raquo;, de l&rsquo;enseignement&nbsp;: la connaissance se traduit en r&eacute;alit&eacute;s, les valeurs humanistes en conditions humaines d&rsquo;existence. Cette dynamique, bloqu&eacute;e par la pr&eacute;tendue neutralit&eacute; de l&rsquo;acad&eacute;mie, serait r&eacute;tablie si, par exemple, on incorporait au programme des cours<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp; </span>qui &eacute;tudieraient de fa&ccedil;on pertinente les grands courants non-conformistes de notre civilisation et l&rsquo;analyse critique des soci&eacute;t&eacute;s contemporaines. Le pont qu&rsquo;il nous faut construire entre le droit et le fait, entre la th&eacute;orie et la pratique, trouve ses fondements dans la th&eacute;orie elle-m&ecirc;me. Le savoir n&rsquo;est pas seulement transcendant (vis-&agrave;-vis du monde objectif, de la r&eacute;alit&eacute;) en un sens &eacute;pist&eacute;mologique&nbsp;: en tant qu&rsquo;il s&rsquo;oppose aux formes r&eacute;pressives de l&rsquo;existence, il est politique.<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp; </span>Par le refus de la libert&eacute; d&rsquo;action politique &agrave; l&rsquo;Universit&eacute;, on perp&eacute;tue la coupure entre raison th&eacute;orique et raison pratique, on restreint l&rsquo;efficacit&eacute; et le champ d&rsquo;action de l&rsquo;intelligence. Ainsi, les revendications universitaires entra&icirc;nent le mouvement au del&agrave; de l&rsquo;Universit&eacute;&nbsp;: vers les rues, les bidonvilles, la &laquo;&nbsp;communaut&eacute;&nbsp;&raquo;. Et le moteur du mouvement, c&rsquo;est le refus de devenir &laquo;&nbsp;m&ucirc;r&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;adulte&nbsp;&raquo;, le refus d&rsquo;adopter un comportement efficace et &laquo;&nbsp;normal&nbsp;&raquo; dans une soci&eacute;t&eacute; qui&nbsp;: </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt 0pt 0pt 54pt; text-indent: -18pt; text-align: justify; mso-list: l0 level1 lfo1; tab-stops: list 54.0pt;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="font-size: 10pt; mso-fareast-font-family: 'Times New Roman';"><span style="mso-list: Ignore;">&ndash;<span style="font: 7pt ">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span></span></span><span dir="ltr"><span style="font-size: 10pt;">contraint la grande majorit&eacute; de la population &agrave; &laquo;&nbsp;gagner sa vie&nbsp;&raquo; par des travaux stupides, inhumains et inutiles,</span></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt 0pt 0pt 54pt; text-indent: -18pt; text-align: justify; mso-list: l0 level1 lfo1; tab-stops: list 54.0pt;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="font-size: 10pt; mso-fareast-font-family: 'Times New Roman';"><span style="mso-list: Ignore;">&ndash;<span style="font: 7pt ">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span></span></span><span dir="ltr"><span style="font-size: 10pt;">fait prosp&eacute;rer ses affaires sur le dos des ghettos et des bidonvilles, et par son colonialisme int&eacute;rieur et ext&eacute;rieur,</span></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt 0pt 0pt 54pt; text-indent: -18pt; text-align: justify; mso-list: l0 level1 lfo1; tab-stops: list 54.0pt;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="font-size: 10pt; mso-fareast-font-family: 'Times New Roman';"><span style="mso-list: Ignore;">&ndash;<span style="font: 7pt ">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span></span></span><span dir="ltr"><span style="font-size: 10pt;">infest&eacute;e par la violence et la r&eacute;pression, exige des victimes de cette violence et de cette r&eacute;pression soumission et ob&eacute;issance,</span></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt 0pt 0pt 54pt; text-indent: -18pt; text-align: justify; mso-list: l0 level1 lfo1; tab-stops: list 54.0pt;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="font-size: 10pt; mso-fareast-font-family: 'Times New Roman';"><span style="mso-list: Ignore;">&ndash;<span style="font: 7pt ">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span></span></span><span dir="ltr"><span style="font-size: 10pt;">pour maintenir la productivit&eacute; rentable sur laquelle repose sa hi&eacute;rarchie, dissipe ses puissantes ressources dans le gaspillage et la destruction, ou dans la cr&eacute;ation de plus en plus syst&eacute;matique de besoins et de satisfaction conformistes.<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp; </span></span></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; tab-stops: 120.75pt;"><span style="font-size: 10pt;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Pour autant que la r&eacute;volte est dirig&eacute;e contre une soci&eacute;t&eacute; qui fonctionne effectivement, une soci&eacute;t&eacute; prosp&egrave;re et &laquo;&nbsp;d&eacute;mocratique&nbsp;&raquo;, il s&rsquo;agit d&rsquo;une r&eacute;bellion <em>morale</em>, qui vise l&rsquo;hypocrisie, l&rsquo;agressivit&eacute;, des valeurs et des buts de cette soci&eacute;t&eacute;, sa religion blasph&eacute;matoire, tout ce qu&rsquo;elle prend au s&eacute;rieux, tous les principes qu&rsquo;elle pr&eacute;tend respecter et qu&rsquo;elle enfreint constamment. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span><span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;</span>Cette opposition est d&eacute;munie du fondement de classe traditionnel, et elle appara&icirc;t &agrave; la fois comme r&eacute;bellion politique, instinctuelle, et morale&nbsp;: traits &laquo;&nbsp;inorthodoxes&nbsp;&raquo;, qui conditionnent sa strat&eacute;gie et son champ d&rsquo;action&nbsp;; l&rsquo;opposition n&rsquo;&eacute;pargne pas la d&eacute;mocratie lib&eacute;rale et parlementaire existante, elle s&rsquo;attaque &agrave; l&rsquo;ensemble de son organisation. La Nouvelle Gauche est empreinte d&rsquo;une forte r&eacute;pulsion envers la politique traditionnelle&nbsp;: envers tout le syst&egrave;me des partis, comit&eacute;s, groupes de pression de tous niveaux, envers la participation &agrave; ce syst&egrave;me et &agrave; ces m&eacute;thodes. Cette sph&egrave;re ou atmosph&egrave;re politique, si puissante qu&rsquo;elle soit, est enti&egrave;rement remise en cause&nbsp;: rien de ce que peuvent d&eacute;clarer ces politiciens, repr&eacute;sentants, candidats, n&rsquo;a de valeur pour les r&eacute;volt&eacute;s&nbsp;; il leur est impossible de les prendre au s&eacute;rieux, quoiqu&rsquo;ils sachent tr&egrave;s bien qu&rsquo;ils risquent par l&agrave; d&rsquo;&ecirc;tre maltrait&eacute;s, de faire de la prison, de perdre leur travail. N&rsquo;&eacute;tant pas des martyrs professionnels, ils pr&eacute;f&egrave;reraient sans doute ne pas &ecirc;tre maltrait&eacute;s, ni faire de la prison, ni perdre leur travail. Mais il ne s&rsquo;agit pas pour eux d&rsquo;un choix&nbsp;: leur refus, leur protestation, se sont incorpor&eacute;s dans leur m&eacute;tabolisme, et concernent la structure de pouvoir dans son ensemble. La structure de pouvoir a mis sur pied un processus d&eacute;mocratique, mais il est &agrave; tel point discr&eacute;dit&eacute; qu&rsquo;on ne peut en extraire un seul &eacute;l&eacute;ment qui ne soit contamin&eacute;. En outre, gaspiller ses efforts &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de ce processus serait se condamner &agrave; un rythme de tortue. Par exemple, il faudrait une bonne centaine d&rsquo;ann&eacute;es pour que le seul jeu &eacute;lectoral puisse amener une modification sensible dans la composition du Congr&egrave;s des Etats-Unis, &agrave; en juger par le taux actuel de progression &ndash; et encore, &agrave; condition que l&rsquo;effort de radicalisation politique ne soit pas mis en &eacute;chec. Et les agissements des tribunaux, de la base au sommet de l&rsquo;&eacute;chelle, ne sont pas faits pour redonner confiance dans les institutions d&eacute;mocratiques &eacute;tablies. Dans cette situation, travailler &agrave; l&rsquo;am&eacute;lioration de la d&eacute;mocratie existante revient manifestement &agrave; reporter ind&eacute;finiment la date ou pourra appara&icirc;tre une soci&eacute;t&eacute; libre.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Ainsi, la protestation radicale tend &agrave; prendre, dans certains secteurs de l&rsquo;opposition, des formes purement n&eacute;gatives, des formes anarchistes et m&ecirc;me apolitiques. C&rsquo;est une des raisons pour lesquelles la r&eacute;bellion donne souvent lieu &agrave; ces manifestations &eacute;tranges et bouffonnes qui agacent tant l&rsquo;ordre &eacute;tabli. Face au s&eacute;rieux macabre de la politique institutionnalis&eacute;e, l&rsquo;ironie, la satire et la provocation rieuse constituent une dimension n&eacute;cessaire &agrave; la politique nouvelle. Dans le m&eacute;pris du mortel &laquo;&nbsp;esprit de s&eacute;rieux&nbsp;&raquo;dont sont emprunts les discours et les actes des politiciens professionnels ou semi-professionnels, se fait jouer le m&eacute;pris des valeurs que ces politiciens professent et en m&ecirc;me temps disqualifient.<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp; </span>Les r&eacute;volt&eacute;s font revivre le rire d&eacute;sesp&eacute;r&eacute; et le d&eacute;fi cynique des bouffons&nbsp;: c&rsquo;est pour d&eacute;masquer les agissements dans gens s&eacute;rieux dont tout d&eacute;pend.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Cette d&eacute;saffection de l&rsquo;opposition radicale pour le processus d&eacute;mocratique existant et pour ses institutions invite &agrave; r&eacute;examiner en profondeur la d&eacute;mocratie (la d&eacute;mocratie &laquo;&nbsp;bourgeoise&nbsp;&raquo;, le gouvernement repr&eacute;sentatif) et son r&ocirc;le dans la transition du capitalisme au socialisme ou, plus g&eacute;n&eacute;ralement, dans la transition d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; asservie &agrave; une soci&eacute;t&eacute; libre. Dans l&rsquo;ensemble, la th&eacute;orie marxiste lui accorde un r&ocirc;le positif dans cette transition &ndash; jusqu&rsquo;au moment de la r&eacute;volution elle-m&ecirc;me&nbsp;: engag&eacute;e (si limit&eacute; que soit, dans la pratique, cet engagement) &agrave; respecter les libert&eacute;s et les droits civils, la d&eacute;mocratie bourgeoise fournirait un fondement tout &agrave; fait favorable au d&eacute;veloppement et &agrave; l&rsquo;organisation d&rsquo;un mouvement de dissidence. Cela reste vrai, mais il est des forces, &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur m&ecirc;me du cadre d&eacute;mocratique, qui d&eacute;naturent les traits &laquo;&nbsp;protecteurs&nbsp;&raquo; de la d&eacute;mocratie&nbsp;; et nous assistons actuellement &agrave; leur renforcement constant. La d&eacute;mocratie de masse, telle que l&rsquo;a d&eacute;velopp&eacute; le capitalisme des monopoles, a engendr&eacute; des droits et des libert&eacute;s qui sont conformes aux int&eacute;r&ecirc;ts capitalistes&nbsp;; la majorit&eacute; n&rsquo;est q&rsquo;une majorit&eacute; de domination&nbsp;; les d&eacute;viations sont ais&eacute;ment &laquo;&nbsp;endigu&eacute;es&nbsp;&raquo;&nbsp;; et un pouvoir fortement concentr&eacute; peut se permettre de tol&eacute;rer &ndash; voire de soutenir &ndash; un mouvement de dissidence radicale, dans la mesure ou il se plie aux r&egrave;gles et aux m&oelig;urs &eacute;tablies &ndash; et m&ecirc;me un peu au-del&agrave; de cette mesure. Ainsi, les m&ecirc;mes m&eacute;canismes qui permettent &agrave; l&rsquo;opposition de se d&eacute;velopper et de s&rsquo;organiser l&rsquo;int&egrave;grent &agrave; l&rsquo;univers auquel elle s&rsquo;oppose&nbsp;; et une opposition qui ne dispose pas d&rsquo;un appui dans les masses ne peut parvenir &agrave; s&rsquo;en constituer un. Dans une telle situation, travailler conform&eacute;ment aux r&egrave;gles, <span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;</span>et aux m&eacute;thodes de la l&eacute;galit&eacute; d&eacute;mocratique revient &agrave; capituler devant la structure du pouvoir existant. Et cependant, il serait fatal de renoncer &agrave; la d&eacute;fense des droits civils et des libert&eacute;s &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du cadre &eacute;tabli. Mais, comme le capitalisme des monopoles est contraint d&rsquo;&eacute;tendre et de renforcer sa domination int&eacute;rieure et ext&eacute;rieure, le combat pour la d&eacute;fense de la d&eacute;mocratie se heurtera de plus en plus aux institutions d&eacute;mocratiques existantes, aux obstacles qui sont inscrites en elle, &agrave; leur dynamique conservatrice. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Les m&eacute;thodes semi-d&eacute;mocratiques travaillent n&eacute;cessairement contre le changement radical, car elles contribuent &agrave; cr&eacute;er et &agrave; perp&eacute;tuer une majorit&eacute; populaire dont l&rsquo;opinion se r&egrave;gle sur les int&eacute;r&ecirc;ts qui pr&eacute;valent dans le <em>statu quo</em>. Tant que cette situation subsistera, il sera raisonnable de dire que la volont&eacute; g&eacute;n&eacute;rale est toujours mauvaise, pour autant qu&rsquo;elle s&rsquo;oppose objectivement &agrave; la transformation possible de la soci&eacute;t&eacute; et &agrave; l&rsquo;apparition de modes d&rsquo;existence plus humains. Certes les minorit&eacute;s peuvent toujours avoir recours aux m&eacute;thodes de persuasion, mais &agrave; une &eacute;chelle limit&eacute;e&nbsp;: la minorit&eacute; de gauche ne dispose pas de ressources financi&egrave;res suffisantes pour acc&eacute;der de fa&ccedil;on &eacute;quitable &agrave; l&rsquo;usage des communications de masse, qui parlent jour et nuit dans le sens des int&eacute;r&ecirc;ts dominants &ndash; si ce n&rsquo;est au cours des interm&egrave;des salubres que l&rsquo;on consacre &agrave; l&rsquo;opposition, et qui se donnent illusoirement pour des signes d&rsquo;&eacute;quit&eacute; et de justice. Il n&rsquo;emp&ecirc;che que, sans un effort continuel pour r&eacute;duire la majorit&eacute; hostile en persuadant individuellement chacun de ses membres, les perspectives de l&rsquo;opposition apparaissent encore plus sombres qu&rsquo;elles ne sont.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Dialectique de la d&eacute;mocratie&nbsp;: si par d&eacute;mocratie on entend que des individus libres se gouvernent eux-m&ecirc;mes et ont &eacute;galement acc&egrave;s &agrave; la justice, alors la r&eacute;alisation de la d&eacute;mocratie passe par l&rsquo;abolition de la pseudo-d&eacute;mocratie existante. Dans la dynamique du capitalisme des monopoles, la lutte pour la d&eacute;fense de la d&eacute;mocratie tend ainsi &agrave; prendre des formes antid&eacute;mocratiques&nbsp;; et pour autant que les d&eacute;cisions d&eacute;mocratiques sont prises, &agrave; tous les niveaux, dans des &laquo;&nbsp;parlements&nbsp;&raquo;, l&rsquo;opposition tendra a devenir extra-parlementaire. Tout mouvement qui visera &agrave; introduire dans la vie quotidienne des minorit&eacute;s opprim&eacute;es des droits et des libert&eacute;s que d&eacute;finissent les constitutions, ou m&ecirc;me seulement &agrave; prot&eacute;ger les droits et les libert&eacute;s existants, deviendra &laquo;&nbsp;subversif&nbsp;&raquo;, car la majorit&eacute; opposera une r&eacute;sistance toujours plus forte &agrave; cette interpr&eacute;tation et &agrave; cette application &laquo;&nbsp;excessive&nbsp;&raquo; des notions d&rsquo;&eacute;galit&eacute; et de justice.<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;&nbsp; </span></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Une opposition qui s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve, non contre telle forme particuli&egrave;re de gouvernement ou telle situation particuli&egrave;re &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de la soci&eacute;t&eacute;, mais bien contre un syst&egrave;me social dans son ensemble, ne saurait demeurer l&eacute;gale et autoris&eacute;e&nbsp;: c&rsquo;est pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; la l&eacute;galit&eacute; &eacute;tablie, &agrave; la juridiction &eacute;tablie, qu&rsquo;elle s&rsquo;oppose. Le fait que le processus d&eacute;mocratique s&rsquo;occupe de r&eacute;parer les injustices et d&rsquo;op&eacute;rer toute sorte de changement l&eacute;gaux et autoris&eacute;s n&rsquo;enl&egrave;ve pas &agrave; cette opposition son caract&egrave;re d&rsquo;ill&eacute;galit&eacute;, aussi longtemps que la d&eacute;mocratie institutionnalis&eacute;e interdit au processus de changement de d&eacute;passer le point ou le syst&egrave;me actuel serait menac&eacute;. Gr&acirc;ce &agrave; ce dispositif stabilisateur, &agrave; ce &laquo;&nbsp;r&eacute;gulateur&nbsp;&raquo;, la d&eacute;mocratie capitaliste de masse est peut-&ecirc;tre plus apte &agrave; se perp&eacute;tuer qu&rsquo;aucune autre forme de gouvernement ou de soci&eacute;t&eacute;&nbsp;; et au fur et &agrave; mesure que cela devient plus vrai, elle devient capable de s&rsquo;appuyer, non sur la terreur et la p&eacute;nurie, mais sur l&rsquo;opulence et l&rsquo;efficacit&eacute;, et sur la volont&eacute; g&eacute;n&eacute;rale d&rsquo;une population opprim&eacute;e et administr&eacute;e. Cette situation nouvelle est en lien direct avec la vieille question du droit de r&eacute;sistance. Est-il l&eacute;gitime de dire que c&rsquo;est le syst&egrave;me &eacute;tabli qui &agrave; besoin d&rsquo;&ecirc;tre justifi&eacute;, et non la r&eacute;sistance qui s&rsquo;oppose &agrave; lui&nbsp;? C&rsquo;est ce que semblent impliquer les th&eacute;ories du contrat social, qui tiennent la soci&eacute;t&eacute; civile pour dissoute lorsque, dans sa forme effective, elle ne remplie plus les fonctions pour lesquelles on l&rsquo;avait institu&eacute;e &ndash; c'est-&agrave;-dire lorsque la r&eacute;pression qu&rsquo;elle exerce n&rsquo;est plus productive ni socialement n&eacute;cessaire. Th&eacute;oriquement, ce sont les philosophes qui ont d&eacute;termin&eacute;s ces fonctions&nbsp;: les r&eacute;alistes d&eacute;finissaient la &laquo;&nbsp;fin du gouvernement&nbsp;&raquo; comme la protection de la propri&eacute;t&eacute;, des affaires et du commerce&nbsp;; les id&eacute;alistes parlaient de r&eacute;alisation de la Raison, de la Justice, de la Libert&eacute; &ndash; sans pour autant n&eacute;gliger certains aspects &eacute;conomiques plus terre &agrave; terre. Dans une &eacute;cole comme dans l&rsquo;autre, la question est de savoir si un gouvernement remplissait effectivement ces &laquo;&nbsp;fins&nbsp;&raquo;, et les crit&egrave;res pour en juger, &eacute;taient g&eacute;n&eacute;ralement restreints au cadre de l&rsquo;Etat national particulier (ou du mod&egrave;le d&rsquo;Etat national) que ces philosophes avaient en t&ecirc;te&nbsp;: que cet Etat puisse en menacer, en opprimer ou en d&eacute;truire d&rsquo;autres, ne mettait pas en cause sa d&eacute;finition, pas plus qu&rsquo;un gouvernement &eacute;tabli ne perdait son droit d&rsquo;&ecirc;tre ob&eacute;i sou pr&eacute;texte que, de la protection de la propri&eacute;t&eacute;, ou de la r&eacute;alisation de la Raison, r&eacute;sultaient pour une grande partie de la population de la pauvret&eacute; et l&rsquo;esclavage.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>De nos jours, les questions qui se rapportent &agrave; la &laquo;&nbsp;fin du gouvernement&nbsp;&raquo; sont tenues pour subsidiaires. Il semble que le fonctionnement ininterrompu de la soci&eacute;t&eacute; justifie suffisamment sa l&eacute;galit&eacute; et sa pr&eacute;tention &agrave; &ecirc;tre ob&eacute;ie&nbsp;; et ce fonctionnement lui-m&ecirc;me parait se d&eacute;finir en termes n&eacute;gatifs, comme l&rsquo;absence de guerre civile, de d&eacute;sordre g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;, ou de catastrophe &eacute;conomique. Autrement, tout est permis&nbsp;: la dictature militaire, la ploutocratie, l&rsquo;exercice du gouvernement par des cliques de bandits ou de voleurs. G&eacute;nocides, crimes de guerre, crimes contre l&rsquo;humanit&eacute;&nbsp;: ce ne sont pas l&agrave; des arguments suffisants contre un gouvernement qui sur son territoire prot&egrave;ge la propri&eacute;t&eacute;, les affaires, le commerce, si destructrice que soit par ailleurs sa politique ext&eacute;rieure. Et, de fait, il n&rsquo;est aucune loi qui ait valeur ex&eacute;cutoire pour &ocirc;ter &agrave; un tel gouvernement sa l&eacute;gitimit&eacute; et sa l&eacute;galit&eacute;&nbsp;; mais cela signifie simplement que toute loi (ex&eacute;cutoire) est au service du <em>statu quo</em>, et qu&rsquo;a contester cette subordination on se situe <em>eo ipso</em> hors du domaine de la l&eacute;galit&eacute;, avant m&ecirc;me de se trouver en conflit ouvert avec sa loi.</span></span></p>]]></description>
<category>auteurs critiques</category>
<pubDate>Thu, 07 May 2009 09:26:02 +0000</pubDate>
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<title>Herbert Marcuse - Une période de transition pour les forces subversives (suite)</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1020569.html</link>
<description><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="color: gray; mso-color-alt: red; text-effect: emboss;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;">Herbert Marcuse, <em>Vers la lib&eacute;ration&nbsp;: au-del&agrave; de l&rsquo;homme unidimensionnel, </em>1969</span></span></span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><strong><span style="font-size: small; font-family: Times New Roman;">&nbsp;</span></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><strong><span style="text-shadow: auto;">III Une p&eacute;riode de transition pour les forces subversives</span></strong></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><span style="font-family: Times New Roman;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</span></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;">Situation absurde&nbsp;: la d&eacute;mocratie &eacute;tablie reste le seul cadre possible du changement, et comme telle il faut la d&eacute;fendre contre toutes les tentatives de la droite et du centre pour restreindre ce cadre&nbsp;; mais la perp&eacute;tuation de la d&eacute;mocratie &eacute;tablie prot&egrave;ge aussi le <em>statu quo</em>, et par &agrave; s&rsquo;oppose au changement. autre aspect de cette ambigu&iuml;t&eacute;&nbsp;: le changement radical devra s&rsquo;appuyer sur les masses, mais chaque pas vers le changement radical contribue &agrave; isoler l&rsquo;opposition par rapport aux masses, &agrave; intensifier la r&eacute;pression, &agrave; mobiliser contre l&rsquo;opposition la violence institutionnalis&eacute;e, et ainsi &agrave; r&eacute;duire les perspectives du changement radical. Apr&egrave;s les &eacute;lections fran&ccedil;aises qui ont suivi la r&eacute;volte &eacute;tudiante, et ou la gauche &agrave; &eacute;t&eacute; &eacute;cras&eacute;e par la r&eacute;action, <em>L&rsquo;Humanit&eacute;</em> &eacute;crivait (cit&eacute; par <em>The Los Angeles Times</em>, 25 juin 1968)&nbsp;: &laquo;&nbsp;Chaque barricade, chaque voiture incendi&eacute;e, a fourni au parti gaulliste des dizaines de milliers de voix.&nbsp;&raquo; Cet &eacute;nonc&eacute; est parfaitement exact &ndash; tout autant que la proposition corollaire&nbsp;: sans les barricades, sans les voitures incendi&eacute;es, le pouvoir n&rsquo;aurait rien perdu de son assurance ni de sa force, et l&rsquo;opposition, absorb&eacute;e et enferm&eacute;e dans le jeu parlementaire, continuerait de pacifier et d&rsquo;&eacute;masculer les masses dont seules peut na&icirc;tre le changement. Que faut-il en conclure&nbsp;? L&rsquo;opposition radicale se heurte in&eacute;vitablement &agrave; la d&eacute;faite de son action directe et extra-parlementaire, de sa d&eacute;sob&eacute;issance civile&nbsp;; mais dans certaines situations, elle doit prendre le risque de cette d&eacute;faite, si cela doit consolider sa force et d&eacute;montrer la nature destructrice de l&rsquo;ob&eacute;issance civile &agrave; un r&eacute;gime r&eacute;actionnaire.</p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Car telle est pr&eacute;cis&eacute;ment la fonction historique objective du syst&egrave;me d&eacute;mocratique, d&rsquo;utiliser la Loi et l&rsquo;Ordre du lib&eacute;ralisme bourgeois comme des forces contre-r&eacute;volutionnaires, contraignant par l&agrave; l&rsquo;opposition radicale &agrave; l&rsquo;action directe et &agrave; la d&eacute;sob&eacute;issance civile, et la confrontant en m&ecirc;me temps &agrave; une puissance bien sup&eacute;rieure &agrave; la sienne. Dans cette situation, l&rsquo;action directe et la d&eacute;sob&eacute;issance civile sont indispensables si l&rsquo;on veut transformer la d&eacute;mocratie indirecte du capitalisme des monopoles en une d&eacute;mocratie directe qui ne mettrait plus les &eacute;lections et le syst&egrave;me de repr&eacute;sentation au service de la domination. <span style="font-size: 10pt;">[Dans nos soci&eacute;t&eacute;s de masse, aucune forme de d&eacute;mocratie n&rsquo;est concevable sans un quelconque syst&egrave;me repr&eacute;sentatif. La d&eacute;mocratie directe, ce serait, &agrave; tous les niveaux, la possibilit&eacute; de choisir et d&rsquo;&eacute;lire des candidats de fa&ccedil;on vraiment libre, et de les r&eacute;voquer &agrave; tout moment gr&acirc;ce &agrave; une formation et &agrave; une information libre de toute censure. Cette d&eacute;mocratie suppose que chaque citoyen ait fait &eacute;galement l&rsquo;apprentissage de l&rsquo;autonomie.]</span> En tant qu&rsquo;elle est dirig&eacute;e contre la domination, l&rsquo;action directe devient un moyen de d&eacute;mocratisation et de changement, m&ecirc;me &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du syst&egrave;me &eacute;tabli. Malgr&eacute; toute sa puissance, celui-ci est incapable de supprimer l&rsquo;opposition &eacute;tudiante (pourtant plus faible et plus diffuse que n&rsquo;importe quelle opposition dans l&rsquo;histoire)&nbsp;; et il est de bonnes raisons de penser que le changement de l&rsquo;attitude gouvernementale aux Etats-Unis &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de la guerre du Vietnam doit moins aux scrutins parlementaires ou aux sondages Gallup qu&rsquo;aux &eacute;meutes des universit&eacute;s et des ghettos. En France, la m&eacute;moire historique des organisations ouvri&egrave;res avait &eacute;t&eacute; totalement r&eacute;prim&eacute;e&nbsp;; c&rsquo;est par leur d&eacute;sob&eacute;issance civile que les &eacute;tudiants parisiens ont pu forcer cette r&eacute;pression, et faire revivre, pendant une tr&egrave;s br&egrave;ve p&eacute;riode, le pouvoir de la gr&egrave;ve g&eacute;n&eacute;rale et des occupations d&rsquo;usines, du drapeau rouge et de l&rsquo;Internationale.</p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Il ne s&rsquo;agit pas de choisir entre une &eacute;volution d&eacute;mocratique et une action radicale, mais bien entre la rationalisation du <em>statu quo</em> et le changement. Aussi longtemps qu&rsquo;un syst&egrave;me social reproduit par l&rsquo;endoctrinement et l&rsquo;int&eacute;gration, une majorit&eacute; conservatrice apte &agrave; se perp&eacute;tuer, cette majorit&eacute; reproduit le syst&egrave;me &ndash; et les seuls changements possibles sont ceux qui restent dans le cadre institutionnel. En cons&eacute;quence, toute lutte pour obtenir des changements profonds est vou&eacute;e, par sa dynamique propre, &agrave; devenir non d&eacute;mocratique par rapports aux crit&egrave;res du syst&egrave;me&nbsp;; cette dynamique suppose d&rsquo;embl&eacute;e une r&eacute;ponse violente. De la sorte, toute opposition radicale est coupable, soit de capituler devant le pouvoir du <em>statu quo</em>, soit de contrevenir &agrave; sa Loi et &agrave; son Ordre.</p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Cependant, mis &agrave; part les repr&eacute;sentants et les interm&eacute;diaires l&eacute;gaux de la majorit&eacute;, quelqu&rsquo;un a-t-il le droit de s&rsquo;&eacute;riger en juge de la soci&eacute;t&eacute; &eacute;tablie&nbsp;? Il ne pourrait s&rsquo;agir que d&rsquo;une &eacute;lite qui se d&eacute;signerait elle-m&ecirc;me, ou de meneurs qui s&rsquo;arrogeraient seuls le droit de porter ce jugement. Certes, entre la d&eacute;mocratie et une dictature &ndash; si &laquo;&nbsp;bienveillante&nbsp;&raquo; soit elle &ndash;, il faudrait sans conteste opter pour la d&eacute;mocratie. Mais il se trouve que cette d&eacute;mocratie n&rsquo;existe pas, et qu&rsquo;en fait, le gouvernement est exerc&eacute; par un syst&egrave;me de groupes de pression, d&rsquo;&nbsp;&laquo;&nbsp;appareils&nbsp;&raquo;, d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;tablis, syst&egrave;me repr&eacute;sent&eacute; par des institutions d&eacute;mocratiques qui ne sont rien d&rsquo;autre que l&rsquo;objet et le moyen de ces agissements. Ces institution ne sont pas l&rsquo;&oelig;uvre d&rsquo;un peuple souverain&nbsp;; la repr&eacute;sentation ne repr&eacute;sente rien, sinon une volont&eacute; que les minorit&eacute;s dirigeantes ont fabriqu&eacute; de toute pi&egrave;ces. Par cons&eacute;quent, si m&ecirc;me les r&eacute;volt&eacute;s ne voulaient qu&rsquo;accorder le pouvoir &agrave; une &eacute;lite, il ne s&rsquo;agirait jamais du remplacement d&rsquo;une &eacute;lite par une autre&nbsp;; et si celle-ci devait &ecirc;tre cette&nbsp;&eacute;lite intellectuelle que l&rsquo;on redoute tant, sans doute serait elle aussi qualifi&eacute;e et mena&ccedil;ante que la pr&eacute;c&eacute;dente. Il est vrai que ce gouvernement ne recueillerait pas, au d&eacute;but, l&rsquo;adh&eacute;sion de la majorit&eacute; qu&rsquo;il aurait &laquo;&nbsp;h&eacute;rit&eacute;e&nbsp;&raquo; du gouvernement pr&eacute;c&eacute;dent&nbsp;; mais, d&rsquo;un autre cot&eacute;, une fois rompue la cha&icirc;ne des gouvernements pr&eacute;c&eacute;dents, on aurait une majorit&eacute; extr&ecirc;mement fluctuante, qui &eacute;tant affranchie de son organisation ant&eacute;rieure, serait libre de juger du nouveau gouvernement en fonction d&rsquo;un nouvel int&eacute;r&ecirc;t commun. Certes aucune r&eacute;volution ne s&rsquo;est jamais d&eacute;roul&eacute;e ainsi&nbsp;; mais jamais non plus les r&eacute;volutions n&rsquo;ont dispos&eacute;e des r&eacute;alisations actuelles de la productivit&eacute; et du progr&egrave;s technique. Celles-ci<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp; </span>peuvent en effet servir &agrave; imposer un nouveau syst&egrave;me de contraintes r&eacute;pressives, mais tout notre d&eacute;bat repose sur l&rsquo;hypoth&egrave;se qu&rsquo;une r&eacute;volution ne pourrait &ecirc;tre lib&eacute;ratrice qu&rsquo;a condition d&rsquo;&ecirc;tre port&eacute;e par des forces non r&eacute;pressives dont nous constatons l&rsquo;activit&eacute; dans la soci&eacute;t&eacute; existante. Cette hypoth&egrave;se n&rsquo;est ni plus ni moins qu&rsquo;un espoir&nbsp;; tant qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas r&eacute;alis&eacute;e, seuls &eacute;videmment l&rsquo;individu, les individus, peuvent en juger, sans autre garantie que leur sentiment et leur conscience. Mais ces individus sont plus, sont autre chose que des personnes priv&eacute;es dont les pr&eacute;f&eacute;rences et les int&eacute;r&ecirc;ts seraient purement contingents. Leur jugement transcende leur subjectivit&eacute;, pour autant qu&rsquo;il se fonde sur une information et une r&eacute;flexion ind&eacute;pendantes, sur une analyse et une &eacute;valuation rationnelles de la soci&eacute;t&eacute;. Qu&rsquo;il existe une majorit&eacute; d&rsquo;individus capables d&rsquo;une telle rationalit&eacute;, c&rsquo;est le postulat de la th&eacute;orie d&eacute;mocratique. Si la majorit&eacute; existante n&rsquo;est pas form&eacute;e de tels individus, alors sa pens&eacute;e, sa volont&eacute; et son action ne sont pas celles du peuple souverain.</p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>C&rsquo;est la vieille histoire&nbsp;: le droit s&rsquo;oppose au droit&nbsp;; le droit positif, codifi&eacute;, ex&eacute;cutoire, de la soci&eacute;t&eacute; existante s&rsquo;oppose au droit n&eacute;gatif, non ex&eacute;cutoire, de la transcendance&nbsp;; celui-ci appartient &agrave; l&rsquo;existence m&ecirc;me de l&rsquo;homme dans l&rsquo;histoire&nbsp;: c&rsquo;est le droit &agrave; r&eacute;clamer pour l&rsquo;humanit&eacute; moins de compromissions, moins de culpabilit&eacute;, moins d&rsquo;exploitation. De l&rsquo;opposition de ces deux droits r&eacute;sultera n&eacute;cessairement un conflit violent, aussi longtemps que le fonctionnement de la soci&eacute;t&eacute; &eacute;tablie, reposera sur l&rsquo;exploitation et sur le sentiment de culpabilit&eacute;. L&rsquo;opposition ne peut pas, de toute &eacute;vidence, pour modifier cet &eacute;tat de choses, se servir de moyens qui ne font que le prot&eacute;ger et le maintenir. A passer outre, elle ne trouve que l&rsquo;id&eacute;al et le d&eacute;lit&nbsp;; et ceux qui pour leur action d&eacute;lictueuse font appel au droit doivent r&eacute;pondre de leur action devant le tribunal de la soci&eacute;t&eacute; &eacute;tablie. Car ni la conscience intime, ni la soumission &agrave; un id&eacute;al ne peuvent rendre l&eacute;gale la subversion d&rsquo;un ordre &eacute;tabli qui d&eacute;finit la notion m&ecirc;me de l&rsquo;ordre, ni m&ecirc;me l&eacute;gitimer que soit troubl&eacute;e une paix qui est celle de l&rsquo;ordre &eacute;tabli. C&rsquo;est &agrave; ce dernier, et &agrave; lui seul, qu&rsquo;appartient l&eacute;galement d&rsquo;abolir la paix, d&rsquo;organiser le massacre et la brutalit&eacute;. Dans le vocabulaire &eacute;tabli, le terme de &laquo;&nbsp;violence&nbsp;&raquo; ne saurait s&rsquo;appliquer &agrave; l&rsquo;action de la police, de la garde nationale, des &laquo;&nbsp;sheriffs&nbsp;&raquo;, des <em>marines</em> ou des bombardiers.<span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp; </span>Les &laquo;&nbsp;mauvais&nbsp;&raquo; mots sont <em>a priori</em> r&eacute;serv&eacute;s &agrave; l&rsquo;Ennemi, et leur signification n&rsquo;est d&eacute;finie et sanctionn&eacute;e que par les actions de cet Ennemi, quels que soient ses motivations et ses buts. Peu importe que la fin soit &laquo;&nbsp;bonne&nbsp;&raquo;, elle ne justifie pas des moyens ill&eacute;gaux.</p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>La proposition &laquo;&nbsp;la fin justifie les moyens&nbsp;&raquo; est certainement intol&eacute;rable si on la pose comme &eacute;nonc&eacute; g&eacute;n&eacute;ral &ndash; mais il en va de m&ecirc;me de sa contradictoire. Dans la pratique politique radicale, les fins rel&egrave;vent d&rsquo;un monde diff&eacute;rent, voire antagoniste, de l&rsquo;univers &eacute;tablit du discours et du comportement. Mais les moyens, eux, appartiennent &agrave; cet univers, et c&rsquo;est lui qui les juge suivant ses propres crit&egrave;res mis en cause par les fins de ces moyens. Supposons par exemple une action qui vise &agrave; mettre fin aux crimes contre l&rsquo;humanit&eacute; que l&rsquo;on commet au nom d&rsquo;un pr&eacute;tendu int&eacute;r&ecirc;t national, et dont les moyens sont des actions de d&eacute;sob&eacute;issance civile organis&eacute;e. Suivant la loi et l&rsquo;ordre &eacute;tablis, ce ne sont pas les crimes concern&eacute;s qui seront punis et condamn&eacute;s comme crimes, mais au contraire la tentative d&rsquo;y mettre un terme&nbsp;; cette tentative est ainsi jug&eacute;e selon les crit&egrave;res m&ecirc;mes qu&rsquo;elle met en cause. La soci&eacute;t&eacute; existante d&eacute;finit toute action transcendante selon ses propres termes&nbsp;: proc&egrave;s d&rsquo;autovalidation, parfaitement l&eacute;gitime, et m&ecirc;me indispensable &agrave; cette soci&eacute;t&eacute;&nbsp;: c&rsquo;est l&rsquo;un des droits les plus importants du souverain que d&rsquo;&eacute;tablir pour chaque mot la d&eacute;finition qui lui sera appliqu&eacute;e.</p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>La linguistique politique&nbsp;: c&rsquo;est la cuirasse de l&rsquo;ordre &eacute;tabli. En d&eacute;veloppant son langage propre, l&rsquo;opposition radicale proteste, de fa&ccedil;on spontan&eacute;e et inconsciente, contre l&rsquo;une des plus efficaces &laquo;&nbsp;armes secr&egrave;tes&nbsp;&raquo; de domination et de diffamation. Le langage de la Loi et de l&rsquo;Ordre &eacute;tablis, qui est celui des tribunaux et de la police, n&rsquo;est pas une simple expression de la r&eacute;pression, mais bien cette r&eacute;pression en personne. Ce langage, loin de se borner &agrave; d&eacute;finir l&rsquo;Ennemi et &agrave; le condamner, le <em>constitue</em>, et l&rsquo;Ennemi ainsi cr&eacute;e n&rsquo;appara&icirc;t pas tel qu&rsquo;il est en r&eacute;alit&eacute;, mais tel qu&rsquo;il faudrait qu&rsquo;il soit pour pouvoir remplir la fonction que lui attribue l&rsquo;ordre &eacute;tabli. Ici, la fin justifie les moyens, les crimes cessent d&rsquo;&ecirc;tre des crimes s&rsquo;ils servent &agrave; la protection et &agrave; l&rsquo;extension du &laquo;&nbsp;monde libre&nbsp;&raquo;. Cette diffamation linguistique a priori frappe d&rsquo;abord l&rsquo;Ennemi ext&eacute;rieur&nbsp;: d&eacute;fendre son pays, sa maison, ou seulement sa vie&nbsp;; devient un crime, le crime supr&ecirc;me qui m&eacute;rite le ch&acirc;timent supr&ecirc;me. Bine avant que les forces sp&eacute;ciales &ndash; ou moins sp&eacute;ciales &ndash; soient physiquement entra&icirc;n&eacute;es &agrave; tuer, &agrave; incendier ou &agrave; torturer, leurs corps, leurs esprits sont d&eacute;sensibilis&eacute;s et ne voient, n&rsquo;entendent, ne sentent plus d&eacute;sormais en l&rsquo;Autre un &ecirc;tre humain, mais une b&ecirc;te &ndash; une b&ecirc;te pourtant qui m&eacute;rite une punition absolue. Ce m&eacute;canisme linguistique se r&eacute;p&egrave;te constamment&nbsp;: chacun sait qu&rsquo;au Vietnam sont perp&eacute;tr&eacute;s des &laquo;&nbsp;crimes typiques de la violence communiste&nbsp;&raquo; contre les &laquo;&nbsp;op&eacute;rations strat&eacute;giques&nbsp;&raquo; am&eacute;ricaines&nbsp;; les Rouges ont l&rsquo;audace de &laquo;&nbsp;d&eacute;clencher une attaque par surprise&nbsp;&raquo; (sans doute sont ils cens&eacute;s l&rsquo;annoncer pr&eacute;alablement et agir &agrave; d&eacute;couvert), ou celle de &laquo;&nbsp;se d&eacute;gager d&rsquo;une sourici&egrave;re fatale&nbsp;&raquo; (dans laquelle sans doute ils auraient d&ucirc; rester). Le Vietcong attaque les cantonnements am&eacute;ricains &laquo;&nbsp;en pleine nuit&nbsp;&raquo; et tue des &laquo;&nbsp;gar&ccedil;ons am&eacute;ricains&nbsp;&raquo; (apparemment, les Am&eacute;ricains n&rsquo;attaquent qu&rsquo;au grand jour, respectent le sommeil de l&rsquo;ennemi, et se gardent bien de tuer des gar&ccedil;ons vietnamiens). Le massacre, en Indon&eacute;sie, de centaines de milliers de communistes, &eacute;tait &laquo;&nbsp;impressionnant&nbsp;&raquo;. Un &laquo;&nbsp;taux de massacres&nbsp;&raquo; identique, mais en sens inverse, n&rsquo;aurait probablement pas &eacute;t&eacute; qualifi&eacute; du m&ecirc;me terme. La pr&eacute;sence des troupes am&eacute;ricaines en Asie du Sud-Est repr&eacute;sente pour les Chinois une menace &laquo;&nbsp;id&eacute;ologique&nbsp;&raquo;, mais il va sans dire que la pr&eacute;sence de troupes chinoises en Am&eacute;rique centrale ou en Am&eacute;rique du Sud serait une menace r&eacute;elle, et pas seulement id&eacute;ologique, pour les Etats-Unis.</p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Cet univers qui int&egrave;gre l&rsquo;Ennemi (&hellip;) &agrave; la routine du discours quotidien, seule l&rsquo;action peut le transcender. Car la violence est inscrite dans la structure m&ecirc;me de notre soci&eacute;t&eacute;&nbsp;: c&rsquo;est elle qui appara&icirc;t dans l&rsquo;agressivit&eacute; accumul&eacute;e qui pr&eacute;side a toutes les activit&eacute;s du capitalisme des monopoles, dans l&rsquo;agression l&eacute;gale qui &agrave; lieu sur nos grandes routes, dans notre agression nationale, d&rsquo;autant plus brutale apparemment qu&rsquo;elle choisit comme victimes les damn&eacute;s de la terre &ndash; c'est-&agrave;-dire ceux qui n&rsquo;ont pas encore &eacute;t&eacute; civilis&eacute;s par le monde libre et le capital. La mobilisation de cette agressivit&eacute; ranime les forces psychiques archa&iuml;ques, pour les mettre au service des besoins &eacute;conomico-politiques du syst&egrave;me&nbsp;: l&rsquo;Ennemi, ce sont tous les gens sales et infest&eacute;s de vermine, qui sont mois des hommes que des b&ecirc;tes, et dont l&rsquo;&eacute;tat contagieux (&ccedil;a ne vas pas plus loin que la th&eacute;orie des dominos&nbsp;!) repr&eacute;sente une menace pour le monde libre, pour sa propret&eacute; anesth&eacute;si&eacute;e et sa sant&eacute;. Il faut absolument les liquider, les enfumer, les livrer aux flammes, comme des animaux venimeux&nbsp;; leurs jungles infest&eacute;es, elles aussi, doivent &ecirc;tre br&ucirc;l&eacute;es et d&eacute;frich&eacute;es, pour faire place &agrave; la libert&eacute; et la d&eacute;mocratie. L&rsquo;Ennemi dispose aussi d&rsquo;une cinqui&egrave;me colonne dans le monde de la propret&eacute;&nbsp;: les <em>commies </em>et les hippies, et tous ceux qui ressemblent, par leurs cheveux sales et longs, leurs barbes, leurs pantalons sales &ndash; tous ceux qui m&egrave;nent une vie trouble, et se laissent aller &agrave; des choses que rejettent tous les gens propres et ordonn&eacute;s, qui restent toujours propres et ordonn&eacute;s, m&ecirc;me lorsqu&rsquo;ils massacrent, incendient ou bombardent. Jamais peut-&ecirc;tre depuis le Moyen Age on n&rsquo;a assist&eacute; &agrave; un tel retour du refoul&eacute;, qui prenne la forme d&rsquo;une agression organis&eacute;e, &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle mondiale, contre tous ceux qui sont ext&eacute;rieurs au syst&egrave;me de r&eacute;pression&nbsp;: les &laquo;&nbsp;marginaux&nbsp;&raquo; du dehors et du dedans.</p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>Face &agrave; l&rsquo;ampleur et &agrave; l&rsquo;intensit&eacute; de cette agression autoris&eacute;e, la traditionnelle distinction entre violence l&eacute;gitime et violence ill&eacute;gitime devient probl&eacute;matique. Si l&rsquo;on range dans la violence l&eacute;gitime tout ce que comporte la routine quotidienne des &laquo;&nbsp;pacificateurs&nbsp;&raquo; et des &laquo;&nbsp;lib&eacute;rateurs&nbsp;&raquo;, &agrave; savoir l&rsquo;exercice massif de l&rsquo;incendie, de l&rsquo;intoxication et des bombardements, alors il est difficile de d&eacute;signer comme violence l&rsquo;action de l&rsquo;opposition radicale, si peu l&eacute;gitime qu&rsquo;elle apparaisse. Les actes ill&eacute;gaux que commettent les rebelles &ndash; dans les ghettos, dans les campus, dans les rues des villes &ndash; ont-ils quelque commune mesure, par leur ampleur ou leur atrocit&eacute;, avec les crimes perp&eacute;tr&eacute;s par les forces de l&rsquo;ordre au Vietnam, en Bolivie, en Indon&eacute;sie, au Guatemala&nbsp;? Peut-on raisonnablement traiter de criminelle l&rsquo;action de manifestants qui interrompent l&rsquo;activit&eacute; des universit&eacute;s, des conseils de r&eacute;vision, des supermarch&eacute;s, ou qui bloquent la circulation automobile, pour protester contre les forces arm&eacute;es de la Loi de l&rsquo;Ordre, lesquelles interrompent de fa&ccedil;on bien plus efficace, un nombre immense d&rsquo;existences humaines&nbsp;? Ici encore, la brutalit&eacute; de la r&eacute;alit&eacute; impose que l&rsquo;on red&eacute;finisse les termes&nbsp;: le vocabulaire &eacute;tabli exerce une discrimination <em>a priori</em> au pr&eacute;judice de l&rsquo;opposition &ndash; il prot&egrave;ge l&rsquo;ordre &eacute;tabli.</p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;"><span style="mso-tab-count: 1;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; </span>&laquo;&nbsp;La Loi et l&rsquo;Ordre&nbsp;&raquo;&nbsp;: ces mots ont toujours eu une r&eacute;sonance sinistre&nbsp;; tout ce qui dans la force l&eacute;gitime est &agrave; la fois horrible et n&eacute;cessaire s&rsquo;y exprime et y trouve cons&eacute;cration. Aucune association humaine n&rsquo;est possible sans une loi et un ordre, mais les associations humaines comportent des degr&eacute;s de bien et de mal, qui se mesurent &agrave; la quantit&eacute; de violence l&eacute;gitime et organis&eacute;e dont la soci&eacute;t&eacute; &agrave; besoin pour se prot&eacute;ger des pauvres, des opprim&eacute;s et des fous&nbsp;: des victimes de son bien-&ecirc;tre. Par-del&agrave; leur l&eacute;gitimit&eacute; constitutionnelle, la mesure dans laquelle la Loi et L&rsquo;Ordre peuvent l&eacute;gitimement demander &ndash; et commander &ndash; ob&eacute;issance et soumission d&eacute;pend largement de la mesure dans laquelle eux-m&ecirc;mes ob&eacute;issent et se soumettent aux valeurs qui sont les leurs. Peut-&ecirc;tre ces derni&egrave;res sont elles avant tout id&eacute;ologiques (ainsi les id&eacute;es de libert&eacute;, d&rsquo;&eacute;galit&eacute; et de fraternit&eacute;, que mettait en avant la bourgeoisie r&eacute;volutionnaire), mais l&rsquo;id&eacute;ologie peut devenir une force politique mat&eacute;rielle et une arme pour l&rsquo;opposition s&rsquo;il advient que dans la r&eacute;alit&eacute; sociale ces valeurs sont trahies, compromises et ni&eacute;es. Les promesses ainsi trahies sont alors pour ainsi dire &laquo;&nbsp;reprises&nbsp;&raquo; par l&rsquo;opposition, et c&rsquo;est elle d&egrave;s lors qui revendique la l&eacute;gitimit&eacute;. Dans cette situation, la Loi et l&rsquo;Ordre se d&eacute;finissent comme ce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;&eacute;tablir <em>contre</em> la Loi et l&rsquo;Ordre &eacute;tablis&nbsp;: la soci&eacute;t&eacute; existante est devenue ill&eacute;gitime, ill&eacute;gale&nbsp;: elle a enfreint sa propre loi. Telle &agrave; &eacute;t&eacute; la dynamique de toutes les r&eacute;volutions de l&rsquo;histoire&nbsp;: on voit mal comment il serait possible maintenant de l&rsquo;arr&ecirc;ter &agrave; jamais.&nbsp;&raquo;</p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt;">&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify;">&nbsp;</p>]]></description>
<category>auteurs critiques</category>
<pubDate>Thu, 07 May 2009 09:23:03 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1020569.html</guid>
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<title>Herbert Marcuse - La fin de lUtopie</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-43996-billet-1020228.html</link>
<description><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: left; mso-layout-grid-align: none;">&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: Tahoma;">Nous partirons ici d'une banalit&eacute;: toute forme du monde </span><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">(<em>Lebenswelt</em>), toute transformation du milieu technique et du milieu naturel est une possibilit&eacute; r&eacute;elle qui a sa place, son <em>topos</em>, dans l&rsquo;histoire. Nous pouvons aujourd&rsquo;hui faire du monde un enfer &ndash; et nous en prenons le chemin. Nous pouvons aussi le transformer dans la direction oppos&eacute;e. Cette fin de l&rsquo;utopie, c&rsquo;est-&agrave;-dire cette r&eacute;cusation des id&eacute;es et des th&eacute;ories qui, dans l&rsquo;histoire, se sont servies de l&rsquo;utopie pour d&eacute;noncer certaines possibilit&eacute;s historico-sociales, peut &ecirc;tre comprise encore comme &laquo; fin de l&rsquo;histoire &raquo;, en ce sens tr&egrave;s pr&eacute;cis que les nouvelles possibilit&eacute;s d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; humaine et de son milieu ne peuvent plus &ecirc;tre con&ccedil;ues comme le prolongement des anciennes, comme leur suite au sein de la m&ecirc;me continuit&eacute; historique : ces nouvelles possibilit&eacute;s supposent au contraire une rupture de la continuit&eacute; historique, &agrave; savoir une diff&eacute;rence <em>qualitative </em>entre la soci&eacute;t&eacute; libre et les soci&eacute;t&eacute;s asservies, diff&eacute;rence qui permet, d&rsquo;apr&egrave;s Marx, de consid&eacute;rer toute l&rsquo;histoire advenue &agrave; ce jour comme la pr&eacute;histoire de l&rsquo;humanit&eacute;.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Toutefois, je crois que Marx lui-m&ecirc;me &eacute;tait encore trop fix&eacute; &agrave; l&rsquo;id&eacute;e de la continuit&eacute; du progr&egrave;s, et que sa conception du socialisme aussi ne repr&eacute;sente peut-&ecirc;tre pas encore &ndash; ou ne repr&eacute;sente plus &ndash; cette &laquo; n&eacute;gation d&eacute;termin&eacute;e &raquo; du capitalisme qu&rsquo;elle devrait constituer. Aussi bien, l&rsquo;id&eacute;e de la <em>fin de l&rsquo;utopie </em>implique la n&eacute;cessit&eacute; de mettre en discussion une nouvelle d&eacute;finition du socialisme, en demandant d&rsquo;abord si la th&eacute;orie marxiste du socialisme n&rsquo;appartient pas &agrave; un stade de d&eacute;veloppement des forces productives d&eacute;sormais d&eacute;pass&eacute;. Cela appara&icirc;t clairement, &agrave; mon avis, dans la fameuse distinction &eacute;tablie entre le r&egrave;gne de la libert&eacute; et le r&egrave;gne de la n&eacute;cessit&eacute;. Du moment que le r&egrave;gne de la libert&eacute; ne peut &ecirc;tre pens&eacute; et ne peut exister qu&rsquo;au-del&agrave; du r&egrave;gne de la n&eacute;cessit&eacute;, cela implique que le r&egrave;gne de la n&eacute;cessit&eacute; demeure le r&egrave;gne de la n&eacute;cessit&eacute;, au sens du travail ali&eacute;n&eacute;. Par cons&eacute;quent, Marx le dit lui-m&ecirc;me, tout ce qui peut intervenir dans ce domaine &ndash; rationalisation, r&eacute;duction du travail &ndash; reste travail non libre &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du r&egrave;gne de la n&eacute;cessit&eacute; qu&rsquo;il contribue &agrave; prolonger. Je crois pour ma part qu&rsquo;une des possibilit&eacute;s nouvelles signalant la diff&eacute;rence qualitative entre la soci&eacute;t&eacute; libre et la soci&eacute;t&eacute; non libre consiste pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; laisser affleurer le r&egrave;gne de la libert&eacute; dans le r&egrave;gne de la n&eacute;cessit&eacute;, &agrave; le manifester dans le travail et pas seulement au-del&agrave; du travail (n&eacute;cessaire). Pour formuler de fa&ccedil;on provocante cette id&eacute;e sp&eacute;culative, je dirai qu&rsquo;il faut envisager le chemin du socialisme allant de la science &agrave; l&rsquo;utopie et non seulement, comme le pensait Engels, de l&rsquo;utopie &agrave; la science.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">L&rsquo;utopie est un concept historique. Elle qualifie des projets de transformation sociale qu&rsquo;on tient pour impossibles. Impossibles pour quelles raisons ? G&eacute;n&eacute;ralement, quand on parle d&rsquo;utopie, on entend l&rsquo;impossibilit&eacute; de r&eacute;aliser le projet d&rsquo;une nouvelle soci&eacute;t&eacute;, parce que les facteurs subjectifs et objectifs d&rsquo;une situation sociale donn&eacute;e s&rsquo;opposent &agrave; sa modification &ndash; on dit alors que la situation n&rsquo;est pas m&ucirc;re. Exemples : les projets communistes pendant la R&eacute;volution fran&ccedil;aise. Ou peut-&ecirc;tre aujourd&rsquo;hui : le socialisme dans les pays capitalistes avanc&eacute;s. Ce sont l&agrave; deux exemples d&rsquo;une absence r&eacute;elle ou suppos&eacute;e des facteurs subjectifs et objectifs qui rend impossible la r&eacute;alisation du projet.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">On peut &eacute;galement tenir pour irr&eacute;alisable le projet d&rsquo;une transformation sociale quand il contredit certaines lois scientifiques, des lois biologiques, physiques, etc. ; par exemple l&rsquo;id&eacute;e tr&egrave;s ancienne d&rsquo;une &eacute;ternelle jeunesse ou l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;un retour &agrave; un &acirc;ge d&rsquo;or suppos&eacute;. Je crois qu&rsquo;on ne peut proprement parler d&rsquo;utopie que dans ce sens, c&rsquo;est-&agrave;-dire quand un projet de transformation sociale contredit des lois scientifiques r&eacute;ellement constat&eacute;es et constatables. Seul un tel projet est utopique au sens strict, c&rsquo;est-&agrave;-dire extra-historique, encore que cet &laquo; extra- historique &raquo; ait sa limite historique.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Les projets du premier groupe (ceux pour lesquels on dit que les facteurs subjectifs et objectifs font d&eacute;faut) ne peuvent &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;s comme irr&eacute;alisables que provisoirement. Pour d&eacute;finir dans quelle mesure ils le sont, les crit&egrave;res de Karl Mannheim par exemple sont insuffisants<a style="mso-footnote-id: ftn1;" name="_ftnref1" href="http://file.blog-24.com/util/#_ftn1"><span class="MsoFootnoteReference"><span style="mso-special-character: footnote;"><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman'; mso-fareast-font-family: 'Times New Roman'; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: FR; mso-bidi-language: AR-SA;">[1]</span></span></span></span></a>, ne serait-ce que pour la simple raison qu&rsquo;ils peuvent seulement s&rsquo;appliquer <em>a posteriori </em>; en fait il n&rsquo;est pas tr&egrave;s &eacute;tonnant qu&rsquo;un projet de transformation sociale puisse &ecirc;tre d&eacute;fini irr&eacute;alisable parce qu&rsquo;il ne s&rsquo;est pas r&eacute;alis&eacute; dans l&rsquo;histoire. Les crit&egrave;res d&rsquo;irr&eacute;alisabilit&eacute; avanc&eacute;s par Mannheim sont &eacute;galement insuffisants parce qu&rsquo;il se peut tr&egrave;s bien que la r&eacute;alisation d&rsquo;un projet r&eacute;volutionnaire paraisse entrav&eacute;e par des r&eacute;actions et des oppositions qui peuvent &ecirc;tre &ndash; et qui seront &ndash; surmont&eacute;es pr&eacute;cis&eacute;ment au cours de la r&eacute;volution. Aussi bien est-il contestable d&rsquo;opposer rigidement &agrave; la r&eacute;alisation de la transformation l&rsquo;absence de certains facteurs subjectifs et objectifs. En particulier &ndash; c&rsquo;est l&agrave; la question qui nous occupe aujourd&rsquo;hui &ndash; l&rsquo;impossibilit&eacute; de d&eacute;finir une classe r&eacute;volutionnaire dans les pays capitalistes avanc&eacute;s ne signifie pas que le marxisme soit devenu une utopie. Les agents sociaux de la transformation &ndash; et c&rsquo;est du Marx orthodoxe &ndash; se forment seulement dans le processus m&ecirc;me de transformation, et l&rsquo;on ne peut pas toujours compter avec une situation dans laquelle ces forces r&eacute;volutionnaires sont pour ainsi dire sous la main quand le mouvement r&eacute;volutionnaire commence. Il existe en revanche, &agrave; mon avis, un crit&egrave;re valable : c&rsquo;est quand les forces mat&eacute;rielles et intellectuelles capables de r&eacute;aliser la transformation sont techniquement pr&eacute;sentes, bien que leur utilisation rationnelle soit emp&ecirc;ch&eacute;e par l&rsquo;organisation existante des forces productives. C&rsquo;est dans ce sens, je crois, qu&rsquo;on peut r&eacute;ellement parler aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une fin de l&rsquo;utopie.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Toutes les forces mat&eacute;rielles et intellectuelles qui peuvent contribuer &agrave; r&eacute;aliser une soci&eacute;t&eacute; libre sont en effet pr&eacute;sentes. Si elles n&rsquo;agissent pas, c&rsquo;est &agrave; cause de la mobilisation totale de la soci&eacute;t&eacute; &eacute;tablie contre la possibilit&eacute; de sa propre lib&eacute;ration. Mais une telle situation ne suffit pas &agrave; faire une utopie du projet de transformation. Il est possible, dans le sens indiqu&eacute;, de supprimer la pauvret&eacute; et la d&eacute;tresse, il est possible de supprimer le travail ali&eacute;n&eacute;, il est possible de supprimer ce que j&rsquo;ai appel&eacute; la sur-r&eacute;pression<a style="mso-footnote-id: ftn2;" name="_ftnref2" href="http://file.blog-24.com/util/#_ftn2"><span class="MsoFootnoteReference"><span style="mso-special-character: footnote;"><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman'; mso-fareast-font-family: 'Times New Roman'; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: FR; mso-bidi-language: AR-SA;">[2]</span></span></span></span></a>. Je crois que sur ce point nous sommes relativement d&rsquo;accord, et, pire encore, que m&ecirc;me nos adversaires sont d&rsquo;accord aujourd&rsquo;hui avec nous. Il n&rsquo;y a gu&egrave;re, m&ecirc;me parmi les &eacute;conomistes bourgeois, un savant s&eacute;rieux pour nier qu&rsquo;il soit possible, au moyen des forces actuelles de production, tant mat&eacute;rielles qu&rsquo;intellectuelles, de supprimer la faim et la mis&egrave;re, et que l&rsquo;&eacute;tat pr&eacute;sent des choses soit d&ucirc; &agrave; l&rsquo;organisation socio-politique du monde. Mais bien que nous soyons tous d&rsquo;accord &agrave; ce sujet, nous ne voyons pas encore assez clairement ce qu&rsquo;implique cette suppression techniquement possible de la pauvret&eacute;, de la mis&egrave;re et du travail ali&eacute;n&eacute; : en fait, ces possibilit&eacute;s historiques doivent &ecirc;tre pens&eacute;es selon des formes qui mettent l&rsquo;accent sur la rupture plut&ocirc;t que sur la continuit&eacute; avec l&rsquo;histoire pass&eacute;e, sur la n&eacute;gation plut&ocirc;t que sur le positif, sur la diff&eacute;rence plut&ocirc;t que sur le progr&egrave;s. C&rsquo;est, en d&rsquo;autres termes, l&rsquo;activation, la transformation, la lib&eacute;ration d&rsquo;une dimension de l&rsquo;existence humaine non situ&eacute;e au-del&agrave; de la base mat&eacute;rielle. C&rsquo;est l&rsquo;activation d&rsquo;une dimension &laquo; biologique &raquo; de l&rsquo;existence humaine, la transformation des besoins.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Ce qui est en jeu, c&rsquo;est l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;une nouvelle <em>anthropologie, </em>non seulement comme th&eacute;orie mais comme mode de vie ; c&rsquo;est l&rsquo;apparition et le d&eacute;veloppement d&rsquo;un besoin vital de libert&eacute; et des besoins vitaux attach&eacute;s &agrave; la libert&eacute;. D&rsquo;une libert&eacute; qui ne soit plus fond&eacute;e sur (ni limit&eacute;e par) le travail ali&eacute;n&eacute; dans la m&eacute;diocrit&eacute; et la n&eacute;cessit&eacute;. Il est n&eacute;cessaire de d&eacute;velopper des besoins humains qualitativement nouveaux, des besoins entendus en un sens tr&egrave;s biologique. Car le besoin de libert&eacute; n&rsquo;est pas ou n&rsquo;est plus une n&eacute;cessit&eacute; vitale pour la plus grande partie de la population align&eacute;e des pays d&eacute;velopp&eacute;s du capitalisme. Par rapport &agrave; ces besoins vitaux la nouvelle anthropologie implique aussi la naissance d&rsquo;une nouvelle morale qui soit l&rsquo;h&eacute;riti&egrave;re et la n&eacute;gation de la morale jud&eacute;o-chr&eacute;tienne, laquelle a marqu&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; ce jour pour une grande part l&rsquo;histoire de la civilisation occidentale. Car c&rsquo;est avant tout la continuit&eacute; des besoins d&eacute;velopp&eacute;s et satisfaits dans une soci&eacute;t&eacute; r&eacute;pressive qui reproduit toujours &agrave; nouveau la soci&eacute;t&eacute; r&eacute;pressive dans les individus eux-m&ecirc;mes. Les individus reproduisent dans leurs propres besoins la soci&eacute;t&eacute; r&eacute;pressive, m&ecirc;me &agrave; travers la r&eacute;volution, et c&rsquo;est pr&eacute;cis&eacute;ment cette continuit&eacute; des besoins r&eacute;pressifs qui a emp&ecirc;ch&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; maintenant le saut de la quantit&eacute; &agrave; la qualit&eacute; propre &agrave; l&rsquo;av&egrave;nement d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; libre.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Cette id&eacute;e sous-entend que les besoins humains ont un caract&egrave;re historique. Au-del&agrave; de l&rsquo;animalit&eacute;, tous les besoins humains, y compris la sexualit&eacute;, sont conditionn&eacute;s historiquement, et modifiables historiquement. La rupture avec la continuit&eacute; des besoins qui contiennent d&eacute;j&agrave; en eux-m&ecirc;mes la r&eacute;pression, et le saut dans la diff&eacute;rence qualitative, ne sont pas de la fiction ; ils sont impliqu&eacute;s dans le d&eacute;veloppement des forces de production. Ce d&eacute;veloppement des forces productives a atteint aujourd&rsquo;hui un niveau qui exige l&rsquo;&eacute;veil de nouveaux besoins vitaux pour qu&rsquo;elles soient &agrave; la hauteur de leurs propres possibilit&eacute;s.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Quelle est cette tendance inh&eacute;rente au d&eacute;veloppement actuel des forces de production et qui permet ce saut de la quantit&eacute; &agrave; la qualit&eacute; ? Avant tout la technicisation de la domination qui sape le fondement m&ecirc;me de la domination. La r&eacute;duction progressive de la force de travail physique dans le processus de production &ndash; dans le processus mat&eacute;riel de production, le travail physique &eacute;tant remplac&eacute; par un travail mental &ndash; concentre progressivement le travail socialement n&eacute;cessaire dans la classe des techniciens, des scientifiques, des ing&eacute;nieurs, etc. Vous voyez qu&rsquo;il s&rsquo;agit l&agrave; bien s&ucirc;r de tendances, mais de tendances qui en sont seulement &agrave; leur d&eacute;but et continueront &agrave; se d&eacute;velopper, et qui, je le crois, doivent continuer &agrave; se d&eacute;velopper, pr&eacute;cis&eacute;ment</span><span style="font-size: 7.5pt; font-family: Verdana;"> </span><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">parce qu&rsquo;elles sont n&eacute;cessaires au maintien de la soci&eacute;t&eacute; capitaliste.</span><span style="font-size: 7.5pt; font-family: Verdana;"> </span><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Si le capitalisme ne r&eacute;ussit pas &agrave; utiliser ces nouvelles possibilit&eacute;s</span><span style="font-size: 7.5pt; font-family: Verdana;"> </span><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">des forces de production et de leur organisation, la productivit&eacute; du</span><span style="font-size: 7.5pt; font-family: Verdana;"> </span><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">travail se trouvera en-dessous du niveau requis par le taux de profit ;</span><span style="font-size: 7.5pt; font-family: Verdana;"> </span><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">il ne pourra par ailleurs soutenir &agrave; la longue la concurrence des soci&eacute;t&eacute;s</span><span style="font-size: 7.5pt; font-family: Verdana;"> </span><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">dans lesquelles le d&eacute;veloppement, notamment sous la forme de</span><span style="font-size: 7.5pt; font-family: Verdana;"> </span><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">l&rsquo;automation, n&rsquo;est pas entrav&eacute; par les n&eacute;cessit&eacute;s du profit et d&rsquo;autres</span><span style="font-size: 7.5pt; font-family: Verdana;"> </span><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">conditions du m&ecirc;me genre.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Toutefois il faut imm&eacute;diatement ajouter que s&rsquo;il ob&eacute;it &agrave; cet imp&eacute;ratif, c&rsquo;est-&agrave;-dire s&rsquo;il poursuit sans restriction l&rsquo;accomplissement de l&rsquo;automation, le capitalisme se heurte ici &eacute;galement &agrave; sa limite : les sources de la plus-value assurant le maintien de la soci&eacute;t&eacute; mercantile (<em>Tauschgesellschaft</em>) tarissent. Comme Marx l&rsquo;avait d&eacute;j&agrave; montr&eacute; dans les <em>Fondements de la critique de l&rsquo;&eacute;conomie politique, </em>l&rsquo;automation compl&egrave;te du travail socialement n&eacute;cessaire est incompatible avec le maintien du capitalisme. L&rsquo;&laquo; automation &raquo; d&eacute;signe d&rsquo;une mani&egrave;re abr&eacute;g&eacute;e la tendance qui vise &agrave; exclure toujours plus le travail physique, le travail ali&eacute;n&eacute;, du processus mat&eacute;riel de production. Cette tendance conduit &ndash; et l&agrave;, j&rsquo;en viens &agrave; des possibilit&eacute;s &laquo;utopiques &raquo;, mais nous devons leur faire face pour voir ce qui est r&eacute;ellement en jeu &ndash; &agrave; une &laquo; exp&eacute;rimentation &raquo; int&eacute;grale au niveau de la soci&eacute;t&eacute; tout enti&egrave;re. Supprimant radicalement la pauvret&eacute;, cette tendance d&eacute;boucherait sur le jeu, elle inviterait &agrave; jouer avec les possibilit&eacute;s de la nature humaine et extra-humaine pour en faire le contenu du travail social, &agrave; faire de l&rsquo;imagination cr&eacute;atrice une force productive, &agrave; appliquer l&rsquo;imagination m&eacute;thodiquement entra&icirc;n&eacute;e, &agrave; d&eacute;velopper librement les possibilit&eacute;s d&rsquo;une existence humaine libre, sur la base des possibilit&eacute;s correspondantes du d&eacute;veloppement des forces de production. Mais pour que ces possibilit&eacute;s techniques ne servent pas &agrave; leur tour la r&eacute;pression, pour qu&rsquo;elles puissent remplir leur fonction de lib&eacute;ration et de pacification, il faut qu&rsquo;elles soient soutenues et obtenues par des besoins eux-m&ecirc;mes lib&eacute;rateurs et pacifiants.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Si le besoin vital de supprimer le travail (ali&eacute;n&eacute;) n&rsquo;existe pas, si au contraire subsiste le besoin de continuer &agrave; travailler, m&ecirc;me alors que cela n&rsquo;est plus n&eacute;cessaire socialement ; si le besoin vital de joie, de bonheur go&ucirc;t&eacute; en toute bonne conscience fait d&eacute;faut, et qu&rsquo;il est remplac&eacute; par le besoin de tout devoir gagner dans une vie aussi &eacute;triqu&eacute;e que possible, lorsque ces besoins vitaux sont &eacute;limin&eacute;s ou &eacute;touff&eacute;s par les besoins <em>r&eacute;pressifs, </em>alors il faut s&rsquo;attendre simplement &agrave; ce que les nouvelles possibilit&eacute;s techniques deviennent &agrave; nouveau des possibilit&eacute;s de r&eacute;pression.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">On sait quelle contribution la cybern&eacute;tique et les ordinateurs peuvent apporter aujourd&rsquo;hui au contr&ocirc;le total de l&rsquo;existence humaine. Les nouveaux besoins, qui seraient v&eacute;ritablement la &laquo; n&eacute;gation d&eacute;termin&eacute;e &raquo; des besoins &eacute;tablis, se d&eacute;finissent tout d&rsquo;abord comme la n&eacute;gation des besoins qui supportent l&rsquo;actuel syst&egrave;me de domination ainsi que des valeurs qui les portent : par exemple, ils sont la n&eacute;gation du besoin de lutter pour vivre<a style="mso-footnote-id: ftn3;" name="_ftnref3" href="http://file.blog-24.com/util/#_ftn3"><span class="MsoFootnoteReference"><span style="mso-special-character: footnote;"><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman'; mso-fareast-font-family: 'Times New Roman'; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: FR; mso-bidi-language: AR-SA;">[3]</span></span></span></span></a>; ils sont la n&eacute;gation du besoin de &laquo; gagner sa vie &raquo;, la n&eacute;gation du &laquo; <em>struggle for life </em>&raquo;, la n&eacute;gation du principe de rendement, la n&eacute;gation de la comp&eacute;tition, la n&eacute;gation du besoin de conformit&eacute; (si incroyablement fort aujourd&rsquo;hui), le besoin de ne pas d&eacute;tonner, de ne pas faire cavalier seul ; ils sont la n&eacute;gation du besoin d&rsquo;une productivit&eacute; gaspilleuse et solidaire de la destruction, la n&eacute;gation enfin du besoin vital de r&eacute;pression mensong&egrave;re des instincts. Ces besoins seraient ni&eacute;s dans le besoin vital, biologique, de paix, qui aujourd&rsquo;hui n&rsquo;est pas le besoin vital de la majorit&eacute; ; dans le besoin de tranquillit&eacute;, le besoin d&rsquo;&ecirc;tre seul (avec soi-m&ecirc;me ou ceux qu&rsquo;on a soi-m&ecirc;me choisis), le besoin de disposer d&rsquo;une sph&egrave;re priv&eacute;e (ce qui, les biologistes nous le rappellent, constitue un besoin n&eacute;cessaire de l&rsquo;organisme), le besoin de beaut&eacute;, le besoin de bonheur gratuit, &laquo; non gagn&eacute; &raquo; &ndash; tout cela n&rsquo;&eacute;tant pas compris seulement comme besoin individuel, mais comme force de production sociale, comme besoin <em>social </em>agissant qui doit d&eacute;terminer l&rsquo;organisation et la direction imprim&eacute;es aux forces de production.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Ces nouveaux besoins vitaux rendraient alors possible, en tant que force de production sociale, une transformation technique totale du monde v&eacute;cu, et je crois que ce n&rsquo;est que dans des conditions de vie ainsi transform&eacute;es que de nombreux rapports, de nouvelles relations entre les hommes seront possibles. Une conversion technique : je parle une fois de plus des pays capitalistes techniquement avanc&eacute;s, o&ugrave; une telle transformation signifierait la suppression des laideurs de l&rsquo;industrialisation et de la commercialisation capitalistes, la reconstruction des villes et la reconstitution de la nature apr&egrave;s avoir &eacute;limin&eacute; la l&egrave;pre de l&rsquo;industrialisation. J&rsquo;esp&egrave;re n&rsquo;avoir pas besoin de pr&eacute;ciser qu&rsquo;en parlant d&rsquo;&eacute;carter les horreurs de l&rsquo;industrialisation capitaliste, je n&rsquo;envisage pas une r&eacute;gression romantique en de&ccedil;&agrave; de la technique : je crois au contraire que les possibilit&eacute;s lib&eacute;ratrices et les bienfaits de la technique et de l&rsquo;industrialisation ne pourront &ecirc;tre visibles et r&eacute;els que lorsque l&rsquo;industrialisation et la technique capitalistes auront &eacute;t&eacute; &eacute;limin&eacute;es.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Les nouvelles qualit&eacute;s de libert&eacute; auxquelles j&rsquo;ai fait allusion n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; selon moi suffisamment exprim&eacute;es dans la r&eacute;flexion d&eacute;velopp&eacute;e jusqu&rsquo;ici sur le concept de socialisme &ndash; et je reviens ainsi &agrave; ce que j&rsquo;ai dit au d&eacute;but. L&rsquo;id&eacute;e de socialisme est encore envisag&eacute;e trop souvent, m&ecirc;me parmi nous, dans le cadre du d&eacute;veloppement des forces productives, de l&rsquo;augmentation de la productivit&eacute; du travail. Ceci &eacute;tait non seulement justifi&eacute;, mais encore n&eacute;cessaire au niveau de productivit&eacute; &agrave; partir duquel l&rsquo;id&eacute;e du socialisme scientifique fut avanc&eacute;e ; aujourd&rsquo;hui, en revanche, cela doit &ecirc;tre pour le moins soumis &agrave; discussion. Nous devons aujourd&rsquo;hui accepter le risque de discuter et de d&eacute;terminer sans aucune g&ecirc;ne, sans inhibition, m&ecirc;me si cela para&icirc;t ridicule, la diff&eacute;rence qualitative qui s&eacute;pare la soci&eacute;t&eacute; socialiste &ndash; soci&eacute;t&eacute; de la libert&eacute; &ndash; des soci&eacute;t&eacute;s existantes. Et c&rsquo;est pr&eacute;cis&eacute;ment si nous cherchons &agrave; formuler globalement les nouvelles qualit&eacute;s de la soci&eacute;t&eacute; socialiste que la notion qui vient spontan&eacute;ment &agrave; l&rsquo;esprit est celle de dimension esth&eacute;tico-&eacute;rotique. Pr&eacute;cis&eacute;ment dans cette double notion o&ugrave; le concept d&rsquo;esth&eacute;tique est pris dans son sens originel de d&eacute;veloppement de la sensibilit&eacute;, de forme d&rsquo;existence. Dans cette double notion r&eacute;side peut-&ecirc;tre la diff&eacute;rence qualitative d&eacute;finissant la soci&eacute;t&eacute; libre &ndash; et voil&agrave; qui sugg&egrave;re &agrave; nouveau la convergence de la technique et de l&rsquo;art, et la convergence du travail et du jeu. Ce n&rsquo;est pas par hasard que l&rsquo;oeuvre de Fourier redevient actuelle dans l&rsquo;avant-garde de gauche et qu&rsquo;il est paru tout r&eacute;cemment une nouvelle &eacute;dition de ses oeuvres compl&egrave;tes. C&rsquo;est Fourier seul &ndash; Marx et Engels l&rsquo;ont eux-m&ecirc;mes reconnu &ndash; qui a fait voir le premier la diff&eacute;rence qualitative qu&rsquo;il y a entre la soci&eacute;t&eacute; libre et la soci&eacute;t&eacute; non libre, et qui n&rsquo;a pas eu crainte &ndash; alors que Marx l&rsquo;a eue en partie &ndash; de parler d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; possible dans laquelle le travail deviendrait jeu. Une soci&eacute;t&eacute; dans laquelle le travail &ndash; m&ecirc;me le travail socialement n&eacute;cessaire &ndash; s&rsquo;organiserait en accord avec les aspirations lib&eacute;r&eacute;es, les besoins instinctifs, les inclinations spontan&eacute;es de l&rsquo;homme. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-indent: 35.4pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">Permettez-moi de faire en terminant une derni&egrave;re remarque. J&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; signal&eacute; que la th&eacute;orie critique &ndash; que je persiste aujourd&rsquo;hui encore &agrave; rattacher au marxisme &ndash; doit recueillir les possibilit&eacute;s extr&ecirc;mes de la libert&eacute; que j&rsquo;ai tr&egrave;s sommairement esquiss&eacute;es, admettre le scandale de la diff&eacute;rence qualitative, si cette th&eacute;orie ne veut pas en rester &agrave; l&rsquo;am&eacute;lioration du mauvais ordre existant. Le marxisme doit prendre le risque de red&eacute;finir la libert&eacute; de telle mani&egrave;re qu&rsquo;on ne puisse la confondre avec rien de ce qui a eu cours &agrave; ce jour. Et justement parce que les possibilit&eacute;s pr&eacute;tendument utopiques ne sont pas du tout utopiques, mais constituent la n&eacute;gation historico-sociale d&eacute;termin&eacute;e de l&rsquo;ordre en place, la prise de conscience de ces possibilit&eacute;s, la prise de conscience aussi des forces qui l&rsquo;emp&ecirc;chent et qui la nient, exigent de nous une opposition tr&egrave;s r&eacute;aliste, tr&egrave;s pragmatique. Une opposition libre aussi de tout d&eacute;faitisme, car le d&eacute;faitisme, par sa seule existence, est une trahison des possibilit&eacute;s de la libert&eacute; en pr&eacute;sence de l&rsquo;ordre r&eacute;gnant.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">H</span><span style="font-size: 7.5pt; font-family: Verdana;">ERBERT </span><span style="font-size: 10pt; font-family: Verdana;">M</span><span style="font-size: 7.5pt; font-family: Verdana;">ARCUSE</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 9pt; font-family: Verdana;">Traduit de l&rsquo;allemand par Liliane Roskopf &amp; Luc Weibel</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><span style="font-size: 9pt; font-family: Verdana;">Ce texte introduit les d&eacute;bats organis&eacute;s par le Comit&eacute; des &eacute;tudiants de l&rsquo;Universit&eacute; libre de Berlin-Ouest du 10 au 13 juillet 1967 &copy; &Eacute;ditions Delachaux &amp; Niestl&eacute;, 1968</span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt;"><span style="font-family: Verdana;"><span style="font-size: small;">&nbsp;</span></span></p>
<div style="mso-element: footnote-list;"><br /><span style="font-size: small;">
<hr size="1" />
</span>
<div id="ftn1" style="mso-element: footnote;">
<p class="MsoFootnoteText" style="margin: 0pt;"><a style="mso-footnote-id: ftn1;" name="_ftn1" href="http://file.blog-24.com/util/#_ftnref1"><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-family: Tahoma;"><span style="mso-special-character: footnote;"><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma; mso-fareast-font-family: 'Times New Roman'; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: FR; mso-bidi-language: AR-SA;">[1]</span></span></span></span></span></a><span style="font-family: Tahoma;"> </span><em><span style="font-size: 9pt; font-family: Tahoma;">Ideologie und Utopie</span></em><span style="font-size: 9pt; font-family: Tahoma;">, 1929.</span></p>
</div>
<div id="ftn2" style="mso-element: footnote;">
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><a style="mso-footnote-id: ftn2;" name="_ftn2" href="http://file.blog-24.com/util/#_ftnref2"><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-family: Tahoma;"><span style="mso-special-character: footnote;"><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-family: Tahoma; mso-fareast-font-family: 'Times New Roman'; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: FR; mso-bidi-language: AR-SA;"><span style="font-size: x-small;">[2]</span></span></span></span></span></span></a><span style="font-family: Tahoma;"><span style="font-size: small;"> </span></span><span style="font-size: 9pt; font-family: Tahoma;"><span style="mso-spacerun: yes;">&nbsp;</span>&laquo; La sur-r&eacute;pression, ce sont les restrictions rendues n&eacute;cessaires par la domination sociale. Il faut la distinguer de la r&eacute;pression fondamentale, c&rsquo;est-&agrave;-dire des &ldquo;modifications&rdquo; des instincts qui sont n&eacute;cessaires pour que la race humaine survive dans la civilisation &raquo;, <em>Eros et civilisation</em>, Minuit, 1963, p. 42.</span></p>
<p class="MsoFootnoteText" style="margin: 0pt;"><span style="font-family: Tahoma;">&nbsp;</span></p>
</div>
<div id="ftn3" style="mso-element: footnote;">
<p class="MsoNormal" style="margin: 0pt; text-align: justify; mso-layout-grid-align: none;"><a style="mso-footnote-id: ftn3;" name="_ftn3" href="http://file.blog-24.com/util/#_ftnref3"><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;"><span style="mso-special-character: footnote;"><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma; mso-fareast-font-family: 'Times New Roman'; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: FR; mso-bidi-language: AR-SA;">[3]</span></span></span></span></span></a><span style="font-size: 10pt; font-family: Tahoma;"> Cette lutte est soi-disant n&eacute;cessaire, et toutes les id&eacute;es et sp&eacute;culations qui parlent de supprimer le &laquo; <em>struggle for life </em>&raquo; contredisent soi-disant les conditions naturelles et sociales de l&rsquo;existence humaine.</span></p>
</div>
</div>]]></description>
<category>auteurs critiques</category>
<pubDate>Wed, 06 May 2009 09:41:03 +0000</pubDate>
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