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<copyright>Copyright 2008 Blogg</copyright>
<pubDate>Sat, 21 Nov 2009 22:57:59 +0100</pubDate>
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<description>Le site qui disparaît subitement à l'approche d'un supérieur hiérarchique</description>
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<title>.:*¤* OLDI LAND *¤*:.</title>
<language>fr</language>
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<title>Les tribulations de monsieur Lepetit</title>
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<description><![CDATA[<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Monsieur Lepetit s'ennuie.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Monsieur Lepetit vit dans une petite maison &agrave; la sortie de la ville. Il ne re&ccedil;oit jamais de visite. La derni&egrave;re fois qu'on avait sonn&eacute; &agrave; sa porte, c'&eacute;tait en 1992. Un inspecteur des imp&ocirc;ts. Il &eacute;tait reparti tr&egrave;s vite.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Monsieur Lepetit est seul, tout le temps. Et il aime &ccedil;a. Il hait le monde et ceux qui le peuplent. Les hommes, les femmes, les hermaphrodites, les enfants, les vieux, les grands, les petits, les m&eacute;diums, et ceux qui n'ont pas de dons de voyance. Affal&eacute; dans son fauteuil, avec pour seule compagnie un chat empaill&eacute; et ses soixante-douze ann&eacute;es, il grogne. Il se parlerait bien &agrave; lui-m&ecirc;me, mais il sait qu'il est un interlocuteur particuli&egrave;rement peu palpitant. D'ailleurs, il n'aime pas parler.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il hait tout le monde. Dans le pr&eacute;sent, dans le pass&eacute;. Sauf, &eacute;ventuellement, Gertrude. Feu Gertrude. Sa femme. Disons qu'il lui &eacute;tait arriv&eacute; d'appr&eacute;cier sa compagnie, de son vivant. Quarante ans d&eacute;j&agrave;... quarante ans qu'elle avait quitt&eacute; ce monde.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quarante ans qu'il l'avait assassin&eacute;e, en fait.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Monsieur Lepetit se souvient... un petit village, dans le Sud... un accord&eacute;on rouill&eacute;, une f&ecirc;te sans importance, et puis elle. Gertrude. Elle vient de se faire briser le coeur. Monsieur Lepetit, pendant ce temps, cherche le gros rouge sur la table du banquet. Sa main fr&ocirc;le celle de la charmante dame. Un regard. Monsieur Lepetit, saoul, grogne. Gertrude, saoule &eacute;galement, sourit. c'est le coup de foudre.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une petite &eacute;glise, quelque temps plus tard. Monsieur Lepetit et Gertrude sont &agrave; nouveau sobres, mais ils ont un brin sympathis&eacute;. De toute mani&egrave;re, ce sont des exclus de la socit&eacute;, autant qu'ils vivent ensemble. Le cur&eacute;, le maire unissent leurs existences. Ils s'installent dans une petite maisonnette. Ancr&eacute;s dans les clich&eacute;s de l'&eacute;poque, madame cuisine et fait le m&eacute;nage, monsieur travaille.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Puis, ce tragique jour, le 31 octobre 1969. Monsieur Lepetit rentre chez lui. Ses coll&egrave;gues et lui se sont enfil&eacute;s quelques bouteilles. Monsieur Lepetit a bu, &agrave; pr&eacute;sent, il veut manger. Il ouvre la porte de la salle &agrave; manger. Le repas n'est pas pr&ecirc;t. Dans un des antiques fauteuils du salon, Gertrude g&icirc;t, dans la position du penseur de Rodin. Elle a un mal de t&ecirc;te atroce, dit-elle. Monsieur Lepetit, enivr&eacute; et avin&eacute;, s'emballe. Il hurle. Il saisit un couteau, l&egrave;ve sa femme du fauteuil et la poignarde.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il observe le corps. Puis reprend ses esprits. Il va chercher son fusil dans la remise, tire dans la maison par trois fois, puis appelle la police.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Par de faux sanglots particuli&egrave;rement r&eacute;alistes, il raconte aux policiers une histoire de cambriolage ayant mal tourn&eacute;. Le malandrin aurait assassin&eacute; sa femme, qui l'avait surpris, et monsieur Lepetit, en &eacute;tat de l&eacute;gitime d&eacute;fense, avait saisi son fusil et tir&eacute; sur l'agresseur. Mais l'avait rat&eacute;, malheureusement. Le vil voleur avait embarqu&eacute; tous les bijoux de Gertrude. En fait, monsieur Lepetit les avait jou&eacute;s aux courses la veille. Les policiers du patelin, inexp&eacute;riment&eacute;s, ne poussent pas les investigations plus loin.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ca tombait bien, il y avait une vague de cambriolages dans la r&eacute;gion &agrave; cette &eacute;poque-ci. On avait arr&ecirc;t&eacute; le coupable quelques temps plus tard. Un jeunot, pas plus de 25 ans. Il avait toujours reconnu les cambriolages mais ni&eacute; le meurtre. On ne l'avait pas cru, et hop! guillotine! C'&eacute;tait le bon temps.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Monsieur Lepetit ne regrette rien. Oh! il avait bien eu quelques remords et quelques emb&ecirc;tements suite &agrave; son acte criminel; il avait, par exemple, &eacute;t&eacute; oblig&eacute; d'acheter un lave-vaisselle. Mais, ce n'&eacute;tait pas sa faute, il ne supportait pas qu'on le contrarie. D'ailleurs, il avait retenu la le&ccedil;on: il n'avait jamais renouvel&eacute; l'exp&eacute;rience de la vie en couple. Trop de soucis, &agrave; vivre &agrave; deux.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Monsieur Lepetit sourit. Il se remm&eacute;more la messe d'enterrement de sa dulcin&eacute;e. Le cur&eacute; local, qui avait vraiment une foi in&eacute;branlable comme on n'en trouve plus que chez les grassouillets &agrave; robe du Vatican, disait que le Seigneur punirait l'auteur de cet acte odieux. Monsieur Lepetit avait eu du mal &agrave; ne pas ricaner. Aujourd'hui, en 2009, aucune raison de se retenir. Monsieur Lepetit rigole. Une Justice divine! Ben voyons! Rien, aucune manifestation en 40 ans, et...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On frappe &agrave; la porte.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Monsieur Lepetit ouvre grand les yeux. Une visite, &agrave; cette heure-ci? <em>Ici?</em> C'est trop rare pour &ecirc;tre loup&eacute;, &ccedil;a... une nouvelle victime &agrave; traumatiser. Monsieur Lepetit se l&egrave;ve. R&eacute;glant son d&eacute;ambulateur sur sa vitesse maximale, il pi&eacute;tine en direction de l'entr&eacute;e. La sonnette r&eacute;sonne &agrave; nouveau: le visiteur s'impatiente. Monsieur Lepetit, lentement, parcourt le long couloir brun&acirc;tre au papier peint humide et aux tapis rapi&eacute;c&eacute;s des soldes de 1974. La porte au bois rong&eacute; se dresse devant lui. Par la vitre encrass&eacute;e, il distingue une silhouette. Il ouvre.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Horreur &eacute;pouvantable! Vision dantesque! Apparition aberrante!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Monsieur Lepetit tente de hurler, mais il n'y parvient pas! Il ne croit pas ce qu'il voit! Ses yeux sont en pi&egrave;tre &eacute;tat, mais impossible de se tromper: c'est bien sa d&eacute;funte Gertrude qui demeure l&agrave; sur le palier! Il reconna&icirc;t ses yeux pliss&eacute;s, son nez de Citro&euml;n 2CV 1949, son teint blafard! Sa robe rapi&eacute;c&eacute;e sortie d'outre-tombe vole au vent comme une nu&eacute;e de corbeaux; son traditionnel panier pour aller au march&eacute;, rempli d'une &eacute;trange manne, g&icirc;t &agrave; ses pieds! Son chapeau en pointe du dimanche semble d&eacute;signer monsieur Lepetit, l'assassin innocent&eacute;! La revenante, sans doute avide de vengeance, regarde son ex-mari et &agrave; pr&eacute;sent veuf avec ce sourire typique de ceux qui vont vous emprunter de l'argent, et pas forc&eacute;ment avec votre accord... Monsieur Lepetit hal&egrave;te! Il ne peut plus rien faire, d'une seconde &agrave; l'autre, la d&eacute;funte inf&acirc;me lui sautera au cou et emm&egrave;nera son &acirc;me fuligineuse dans les enfers flamboyants!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Devant la vision d'&eacute;pouvante, monsieur Lepetit ne subsiste gu&egrave;re. Car si ses yeux ont certes du mal &agrave; soutenir l'apparition infernale, son coeur, lui, a d&eacute;finitivement rendu les armes. Abandonnant tout espoir, il cesse ses activit&eacute;s, les ventricules se d&eacute;mantibulent, ses vaisseaux sanguins et sans perte jouent &agrave; l'aorte sauvage, le rythme d&eacute;cro&icirc;t, les art&egrave;res qui manquent de veine ne v&eacute;hiculent plus rien. L'organe palpitant tire sa r&eacute;v&eacute;rence. Monsieur Lepetit s'effondre sur le plancher.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les policiers et m&eacute;decins grouillent autour de la maison. Il n'y a plus rien &agrave; faire. Sur la pelouse de monsieur Lepetit, entre un massif d'hortensias et des nains de jardin moussus affichant des sourires inconvenants, une fillette raconte, entre deux hoquets sanglotants:<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Je... <em>(snif)</em> ...vous jure... j'&eacute;tais juste chez lui, avec mon d&eacute;guisement de sorci&egrave;re... j'ai sonn&eacute;, il a ouvert, et il... il... <em>(pleurs)</em><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Allons, allons, petite! rassure un repr&eacute;sentant de l'ordre. Tu n'as rien &agrave; te reprocher, il &eacute;tait tr&egrave;s vieux, ce monsieur! C'est la vie, on peut avoir ce genre de probl&egrave;mes, &agrave; cet &acirc;ge-l&agrave;! Et il n'avait pas l'habitude des visites... allez, on se reprend, on oublie tout &ccedil;a! Essaie de passer quand m&ecirc;me un bon Halloween!</p>
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<p>EDIT: pas de dessin pour cet article, pas le matos ni le temps... alors, pour rester dans l'ambiance Halloween, je mets une photo d'un de mes chats grignotant un potiron. L'a d'ailleurs failli s'&eacute;touffer avec, c't'andouille.</p><p class="ta_img"><img border=0 src="http://www.blogg.org/afficher_image.php?id=1189892&amp;img_x="></p>]]></description>
<category>13 - Septi&#195;&#168;me dimension</category>
<pubDate>Sat, 31 Oct 2009 15:22:01 +0000</pubDate>
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<title>Ode au pigeon de la gare de Strasbourg</title>
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<description><![CDATA[<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bonjour &agrave; tous! Texte tardif, d&ucirc; &agrave; une rentr&eacute;e tr&egrave;s charg&eacute;e, et &agrave; un appartement sans Internet, ce qui, &eacute;videmment, n'arrange pas les choses.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je pr&eacute;f&egrave;re vous pr&eacute;venir de suite, pas de nouvelle histoire en &eacute;pisodes pour le moment: c'est tr&egrave;s &eacute;prouvant &agrave; &eacute;crire! Voil&agrave;. Et donc, pour &eacute;trenner ce nouveau cycle d'articles, je vous propose ce texte, r&eacute;miniscence d'une exp&eacute;rience personnelle v&eacute;cue &agrave; la gare de Strasbourg...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il y a quelque mois, en effet, j'effectuai un stage dans cette cit&eacute;. Mon lieu de travail se trouvant &agrave; proximit&eacute; de la gare, et ne voulant pas perdre de temps dans un quelconque fast-food pour le repas de midi, je pr&eacute;f&eacute;rais la plupart du temps m'installer tranquillement sur un banc de l'&eacute;difice SNCF, sous l'immense verri&egrave;re qui fait la fiert&eacute; du b&acirc;timent et la col&egrave;re de bon nombre de riverains.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour moi, c'&eacute;tait l'endroit id&eacute;al pour se poser. Une gare est un endroit sans cesse en mouvement, en activit&eacute;... observer les gens peut sembler un loisir un brin pu&eacute;ril, mais je vous assure qu'en ce genre de lieu on peut parfois trouver le graal de l'observateur. Passons sur les classiques troupeaux de japonais photographiques, en ayant observ&eacute; une demi-douzaine, et les habituels vigiles bleut&eacute;s lorgnant les passants de haut, principalement ceux &agrave; la peau un peu trop fonc&eacute;e ou un peu trop jaune selon leurs crit&egrave;res personnels. Quelques rencontres &eacute;ph&eacute;m&egrave;res furent pour le moins divertissantes: un sosie d'Alain Delon, un autre d'Elie Kakou (au moins, pour le deuxi&egrave;me, &eacute;tais-je s&ucirc;r et certain qu'il ne pouvait pas s'agir du vrai). Une bande de jeunes abrutis shootant dans d'innocentes valises sur leur passage. De sales gosses encombrant les escalators pendant que leurs m&egrave;res parlaient chiffons. Une &eacute;quipe de tournage de cin&eacute;ma au grand complet qui encombra la gare une heure durant, deux filles aux vestes aux couleurs si criardes que, si elles passaient sur une vieille t&eacute;l&eacute;vision, elles permettraient &agrave; son propri&eacute;taire de faire le r&eacute;glage des couleurs, un vieux copain de classe qui, lui, avait une copine (pauvre con, va), un ivrogne qui hurlait &agrave; tout-va sur les passants, principalement ceux de sexe f&eacute;minin, quelques mendiants &agrave; l'accent tch&egrave;que, sans oublier deux personnes vues le m&ecirc;me jour &agrave; vingt minutes d'intervalle, qui avaient la particularit&eacute; de se promener pieds nus. Soit des victimes d'un racket de f&eacute;tichiste-de-chaussures-cleptomane, soit des descendants de hobbits, appliquant all&egrave;grement les codes vestimentaires de leurs a&iuml;eux, et peu importe qu'&agrave; la fin de la journ&eacute;e leurs pieds ressemblent &agrave; une plage bretonne apr&egrave;s la rencontre d'un p&eacute;trolier et de ses copains r&eacute;cifs.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais ce n'est pas la rencontre avec un &ecirc;tre humain qui nous int&eacute;resse ici. L'&eacute;v&egrave;nement me concernant se d&eacute;roula la veille de la mort de Michael Jackson, bien que les deux faits n'aient aucun rapport -sauf si, bien s&ucirc;r, un sp&eacute;cialiste de l'effet papillon me trouve une explication valable; dans ce cas, je m'excuse aupr&egrave;s des fans de Bambi. Finissant un sandwich &agrave; la garniture d'autant plus insignifiante que je ne m'en souviens plus, je roulai en boule le papier aluminium ayant contenu le casse-cro&ucirc;te et le fourrai dans mon sac, en attendant de trouver la force qui me permettrait de me mouvoir jusqu'&agrave; la prochaine poubelle. Histoire de passer le temps, je cherchai &eacute;galement dans mon bagage le tome des <em>Annales du Disque-monde</em> entam&eacute; la veille.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quand, soudain, il vint.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Voletant de-ci de-l&agrave;, il se posa bruyamment &agrave; un m&egrave;tre de moi. Un pigeon - <em>Columba livia</em>, pour les &eacute;rudits. Grassouillet, les plumes en d&eacute;sordre, nul doute qu'il avait d&eacute;j&agrave; vu passer un bon nombre de printemps. D'hivers, d'automnes et d'&eacute;t&eacute;s aussi, d'ailleurs. Il &eacute;tait hirsute, le plumage grisonnant et fort peu grisant, et partageait le regard de ses cong&eacute;n&egrave;res, &agrave; savoir un oeil vide de toute lueur d'&eacute;rudition derri&egrave;re lequel on devine ais&eacute;ment un ou deux neurones qui pleurent dans leur coin parce qu'ils sont tout seuls. La patte gauche de l'animal &eacute;tait recouverte d'une substance ind&eacute;finissable; seul un biologiste attitr&eacute; aurait pu dire si l'oiseau avait march&eacute; une heure durant dans les d&eacute;jections de ses cong&eacute;n&egrave;res, s'il avait d&eacute;but&eacute; avec les moyens du bord la conception d'un d&eacute;guisement de troll, ou si une blessure mal cicatris&eacute;e avait rendu le membre purulent. La derni&egrave;re proposition &eacute;tait sans doute la bonne, car la bestiole boitait, et une canne n'aurait pas &eacute;t&eacute; superflue si seulement elle avait eu le mat&eacute;riel n&eacute;cessaire pour la tenir, &agrave; savoir une main. <br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il &eacute;tait vraiment tr&egrave;s laid.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le volatile me regarda, de son regard typique de celui qui a bu une gorg&eacute;e de caf&eacute; de trop. M'ayant vu manger, nul doute qu'il &eacute;tait venu me qu&eacute;mander quelques miettes; h&eacute;las pour lui, mes casse-cro&ucirc;tes &eacute;taient d'ores et d&eacute;j&agrave; en voie de digestion et j'ai l'habitude de manger proprement, si bien qu'aucune mol&eacute;cule de pain ne jonchai le sol aux environs de mon si&egrave;ge m&eacute;tallis&eacute;. D'un r&eacute;flexe acquis durant ma prime jeunesse, et &eacute;galement durant la p&eacute;riode de la grippe aviaire, je m'avisai de chasser le piaf inesth&eacute;tique d'un coup de pied dans le vide. Mais je me ravisai. Apr&egrave;s tout, que m'avait fait ce pigeon?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ayant eu la r&eacute;v&eacute;lation de la journ&eacute;e, je me r&eacute;installai dans mon si&egrave;ge et me penchai en direction de la b&ecirc;te, histoire de l'observer de plus pr&egrave;s. Ce pigeon, finalement, &eacute;tait une victime. Car, qui aime les pigeons? Qui peut se lier d'affection pour pareille b&ecirc;te, &agrave; part les chasseurs mais pour des raisons bien &agrave; eux? Les oiseaux, en r&egrave;gle g&eacute;n&eacute;rale, sont beaux, non? Qui ne s'est jamais extasi&eacute; devant un vol de m&eacute;sanges au petit matin? Qui n'a pas trembl&eacute; en ayant la chance de voir un aigle de pr&egrave;s? Qui peut rester insensible aux charmes d'un nid de cigognes en Alsace, &agrave; part les ramoneurs? Pas grand-monde. Des cr&eacute;atures qui volent, d&eacute;j&agrave;, c'est magnifique -une merveille de conception que l'Homme a mis des mill&eacute;naires &agrave; imiter. Les plumes des oiseaux, &eacute;galement, quelle beaut&eacute;... ces becs, magnifiquement con&ccedil;us... et le regard! Un regard d'oiseau, c'est quelque chose aussi. Un petit oeil de poussin, c'est mignon! Un oeil de moineau, &eacute;galement (du moins, la plupart du temps. J'ai personnellement connu un moineau au regard de psychopathe, et je puis vous assurer que &ccedil;a vous marque &agrave; vie). Un oeil de faucon, c'est l'extase! Tant de puissance, et de gr&acirc;ce dans un simple globe color&eacute;. Et le pigeon, lui? Il n'a rien de tout &ccedil;a. Un pigeon, c'est moche. C'est b&ecirc;te. Ca roucoule comme un abruti, &ccedil;a ne connait pas les r&egrave;gles d'hygi&egrave;ne les plus &eacute;l&eacute;mentaires et &ccedil;a a un regard de coca&iuml;nomane.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais, ce n'est pas sa faute, apr&egrave;s tout.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Saviez-vous que les oiseaux &eacute;taient les descendants des dinosaures? Depuis qu'un darwinien convaincu a eu l'id&eacute;e incongrue de comparer sa collection de fossiles avec les restes de poulet de midi, le fait est av&eacute;r&eacute;. Pr&eacute;sentez face &agrave; face &agrave; un quidam quelconque les photographies de serres d'un faucon p&egrave;lerin et de pattes de v&eacute;lociraptor, et il sera bien en peine de vous dire laquelle a &eacute;t&eacute; tir&eacute;e du dernier <em>Jurassic Park</em>. Ce pigeon, qui me regardait de son oeil de cam&eacute;ra de surveillance, peut-&ecirc;tre &eacute;tait-il le descendant direct d'un tyrannosaure. Peut-&ecirc;tre son lointain anc&ecirc;tre passait-il son temps &agrave; bouffer ses semblables en leur brisant les os d'un simple mouvement de dents, achevant son repas par un cri bestial histoire de rappeler &agrave; toute la m&eacute;nagerie pr&eacute;historique qui &eacute;tait le ma&icirc;tre. Et voil&agrave; que le descendant de ce monstre &eacute;tait l&agrave;, clopinant sur le macadam, &agrave; r&eacute;clamer des miettes de pain. Lui, qui, des millions d'ann&eacute;es plus t&ocirc;t, m'aurait gob&eacute; comme une saucisse ap&eacute;ritif. <br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La question est: &agrave; quel moment l'&eacute;volution a-t'elle merd&eacute;?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Peut-&ecirc;tre s'agissait-il l&agrave; d'une fantaisie de Damoiselle Nature (oui, en passant, j'ai d&eacute;cid&eacute; de ne plus dire "Dame" Nature, car cet attribut sous-entend qu'elle est mari&eacute;e. Or, on ne parle jamais de Sieur Nature, donc il n'existe pas. Ou alors, vu que sa dame se charge de tout, c'est rien qu'un gros feignant, et il ne m&eacute;rite donc pas qu'on le cite). Les Dieux Grecs trouvaient souvent des raisons futiles pour infliger aux Hommes les pires tourments, peut-&ecirc;tre la demoiselle cr&eacute;atrice &eacute;tait-elle dans le m&ecirc;me cas. Sans doute, un jour, en &eacute;tat d'&eacute;thylisme avanc&eacute; apr&egrave;s avoir invent&eacute; la vigne et le gros rouge qui tache, Damoiselle Nature vit un troupeau de dinosaures batifolant gaiement dans les foug&egrave;res en bouffant tout sur leur passage dans des effusions de sang. Et, avec force hoqu&egrave;tements et rots odorants, elle leur dit: "Bon, messieurs les dinosaures, vous avez peupl&eacute; ce monde des millions d'ann&eacute;es durant, en d&eacute;chiquetant vos semblables avec vos poignards de dents comme des sauvages. Eh bien, voyez-vous... c'est pas bien. Je le dis: dor&eacute;navant, vous serez minuscules, des plumes grasses remplaceront vos &eacute;cailles, vous aurez un regard abruti et passerez votre vie &agrave; chier sur les monuments aux morts. Ainsi soit-il." Et alors que Damoiselle Nature, toujours un coup dans le nez, s'en allait gaiement &eacute;trenner l'ornithorynque, s'envol&egrave;rent dans le couchant les premiers pigeons de l'histoire de la Terre, allant accomplir leur mission ultime sans se douter que les premiers monuments aux morts ne seraient inaugur&eacute;s que 65 millions d'ann&eacute;es plus tard. Un fantastique g&acirc;chis.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui, cette bestiole qui me lorgnait, l&agrave;, menait une existence minable. Car, qu'est-ce qu'une vie de pigeon, apr&egrave;s tout? Batifoler dans les effluves de gasoil. Manger toutes les saloperies possibles et imaginables tra&icirc;nant sur le trottoir. Roucouler en faisant un bruit qui fait honte &agrave; la gent ail&eacute;e, repeindre les statues &eacute;questres d'une mani&egrave;re tr&egrave;s personnelle, et se livrer &agrave; une activit&eacute; que la morale r&eacute;prouve, du moins en pleine rue. Et finir sa minable et path&eacute;tique existence dans l'estomac d'un f&eacute;lin de caniveau, dans les sculptures d'un Goodyear ou au pied d'une porte vitr&eacute;e un peu trop propre. Ce pigeon, je le plaignais, et si je n'&eacute;tait pas ma&icirc;tre dans l'art de contr&ocirc;ler mes &eacute;motions, nul doute que&nbsp; j'aurais saut&eacute; sur cette pauvre b&ecirc;te et l'aurais embrass&eacute; fraternellement en essuyant une petite larme.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La b&ecirc;te me jeta un dernier regard puis, s'avisant enfin qu'insister pour de la nourriture serait inutile, s'envola par une porte de la verri&egrave;re. En traversant la rue, elle faillit s'encastrer dans le pare-brise d'une camionnette, et ne dut sa survie qu'aux excellents r&eacute;flexes du conducteur.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qu'est-ce que c'est con, un pigeon, quand m&ecirc;me.</p><p class="ta_img"><img border=0 src="http://www.blogg.org/afficher_image.php?id=1173982&amp;img_x="></p>]]></description>
<category>13 - Septi&#195;&#168;me dimension</category>
<pubDate>Sun, 20 Sep 2009 12:31:09 +0000</pubDate>
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<title>La fin</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-23624-billet-1065935.html</link>
<description><![CDATA[<p><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><strong><span style="text-decoration: underline;">RESUME DES EPISODES PRECEDENTS:</span><br /><br />Oldi et Kaito... oh, et puis zut, lisez vous-m&ecirc;me! A quoi &ccedil;a sert que je vous serve un r&eacute;sum&eacute; uniquement pour le dernier chapitre???</strong></span></p>
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<br /><br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A peine Oldi avait-il pos&eacute; les pieds sur la ga&iuml;ere que celle-ci se mit &agrave; trembler. De mani&egrave;re presque imperceptible d'abord, plus fort ensuite, elle &eacute;mettait un son crescendo ressemblant fort &agrave; celui d'une baleine bleue cyborg. Soudain, un bruit similaire &agrave; celui d'une explosion et produisant un souffle &eacute;quivalent d&eacute;sagr&eacute;gea brusquement le sommet de la st&egrave;le, annihilant la dod&eacute;capotence et rejetant violemment Oldi sur les atroces pav&eacute;s de Trouperdu. Mais aucun des habitants du village ne lui sauta dessus... bien que c'&eacute;tait la seule chose &agrave; laquelle ils pensaient pas moins de sept secondes auparavant.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le sommet d&eacute;moli de la pierre magique se mit &agrave; &eacute;mettre sans discontinuer de petites &eacute;tincelles blanches et rouges. Celles-ci jaillissaient du haut de la pierre, de plus en plus haut, et soudain les lumi&egrave;res anarchiques d&eacute;cid&egrave;rent de d&eacute;fier la gravit&eacute;. Au lieu de retomber gracieusement au sol, les &eacute;toiles brillantes s'&eacute;lev&egrave;rent dans les cieux, de plusieurs m&egrave;tres en un instant, formant un canal scintillant d'une beaut&eacute; indescriptible.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi et Kaito lev&egrave;rent la t&ecirc;te. Depuis l&agrave;-haut, depuis le ch&acirc;teau d'H&eacute;d&eacute;pargne, deux pistes &eacute;tincelantes similaires s'&eacute;levaient elles aussi vers le ciel rouge&acirc;tre qui surplombait lourdement la commune. Apr&egrave;s une dizaine de secondes, les trois routes c&eacute;lestes finirent par se rejoindre une centaine de m&egrave;tres au-dessus du sol. Aussit&ocirc;t, &agrave; l'emplacement de leur intersection une grosse boule lumineuse se mit &agrave; grossir, &agrave; grossir, masquant par sa lumi&egrave;re l'a&eacute;rolithe mena&ccedil;ant qui n'&eacute;tait d&eacute;j&agrave; plus qu'&agrave; quelques kilom&egrave;tres du sol.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et, brusquement, une colonne de lumi&egrave;re aveuglante jaillit de la sph&egrave;re coruscante, pilier flamboyant qui alla frapper l'ast&eacute;ro&iuml;de de plein fouet. Une explosion assourdissante qui fit trembler tous les murs de Trouperdu r&eacute;sonna, tandis que la lumi&egrave;re &eacute;mise par les divers ph&eacute;nom&egrave;nes c&eacute;lestes avait atteint son paroxysme. Le son et lumi&egrave;re &eacute;tait digne du Big Bang ou, plus modestement, de la f&ecirc;te nationale (si tous les feux d'artifice du pays avaient &eacute;t&eacute; tir&eacute;s du m&ecirc;me endroit).<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et, soudain, plus rien. Le ciel pourpre qui endeuillait de son ambiance inqui&eacute;tante redevint gris comme auparavant. Aucun ph&eacute;nom&egrave;ne c&eacute;leste n'&eacute;tait visible au-dessus de la cit&eacute;. Absolument aucun.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les Trouperdois et leur chef Thymmilou restaient immobiles, &eacute;bahis. Oldi et Kaito fuirent.</p>
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<p><strong>EPILOGUE - Une semaine plus tard, chez Oldi...</strong><br />
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<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Alors, dit Kaito en se servant un verre de coca, les nouvelles?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Tout va bien! articula Oldi en se laissant tomber dans un fauteuil. Je suis all&eacute; &agrave; l'observatoire et quelques autres lieux r&eacute;put&eacute;s pour leurs &eacute;rudits en astronomie pour me renseigner: aucune m&eacute;t&eacute;orite inqui&eacute;tante n'a &eacute;t&eacute; rep&eacute;r&eacute;e. La plus dangereuse n'a qu'une chance sur mille de heurter notre plan&egrave;te dans les 25000 prochaines ann&eacute;es, c'est un risque n&eacute;gligeable. Je pense que je n'aurais pas &agrave; craindre de nouvel ast&eacute;ro&iuml;de de sit&ocirc;t.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Me voil&agrave; rassur&eacute;, dit Kaito. J'avoue que &ccedil;a m'aurait emb&ecirc;t&eacute; d'avoir un tas de particules microscopiques comme ami. Cette mal&eacute;diction &eacute;tait presque aussi destructrice qu'un contingent de Trouperdois en rut... tiens, au fait, qu'est-ce qu'ils deviennent, ceux-l&agrave;? Pas vraiment qu'ils me manquent, mais on les a quitt&eacute;s un peu pr&eacute;cipitamment...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Rien ne pourrait aller mieux! Aussi incroyable que &ccedil;a puisse para&icirc;tre, le village des fous furieux s'est civilis&eacute;. Evidemment, maintenant que des morceaux de roche spatiale sont diss&eacute;min&eacute;s partout dans la r&eacute;gion, des chasseurs de m&eacute;t&eacute;orite venus des quatre coins du monde se sont donn&eacute;s rendez-vous l&agrave;-bas. Bien s&ucirc;r, au d&eacute;but, il y a eu quelques probl&egrave;mes avec les autochtones; l'afflux de touristes &eacute;tait tel que certains parlaient m&ecirc;me de monter une deuxi&egrave;me dod&eacute;capotence en plus de r&eacute;parer la premi&egrave;re... mais ils se sont vite aper&ccedil;us que s'ils utilisaient les visiteurs comme clients plut&ocirc;t que comme victimes, ce serait plus rentable! Ils ont quelque peu chang&eacute; leurs lois locales concernant les touristes, nettoy&eacute; l'auberge du <em>Poussin &eacute;visc&eacute;r&eacute;</em>, plant&eacute; des fleurs sur le socle de la dod&eacute;capotence... certains Trouperdois voient encore &ccedil;a d'un mauvais oeil, mais globalement, les choses vont bien.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Qui aurait cru que ce village de fous finirait par devenir un lieu fr&eacute;quentable? Et sinon, Thymmilou, il devient quoi? Il m'avait l'air un peu... sonn&eacute; quand on l'a quitt&eacute;.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - H&eacute; bien, il l'est toujours... le choc l'a traumatis&eacute;, apparemment. Aux derni&egrave;res nouvelles, il vit en reclus dans une yourte en Himalaya. Pris d'une violente crise morale, il a utilis&eacute; sa fortune pour renvoyer dans leurs pays respectifs tous les b&acirc;timents qu'il avait fait d&eacute;placer, vendu sa villa et distribu&eacute; les b&eacute;n&eacute;fices &agrave; une association qui apprend aux enfants &agrave; gambader. L&agrave; aussi, finalement, tout va pour le m...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une sonnerie rententit aussit&ocirc;t. La sonnerie correspondant au carillon de la porte de l'appartement d'Oldi, pour &ecirc;tre pr&eacute;cis. Les deux &eacute;bahis se regard&egrave;rent, n'attendant aucune visite. Oldi se leva, se rendit &agrave; la porte d'entr&eacute;e de son studio et ouvrit l'huis.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&agrave;, sur le palier, se tenaient, ou plut&ocirc;t se soutenaient, deux personnes hagardes. V&ecirc;tements en lambeaux, regard vague, barbe d'ermite, ils avaient l'air aussi frais que Pomp&eacute;&iuml; et tremblotaient tellement qu'ils auraient &eacute;t&eacute; incapables de discerner un marteau-piqueur en marche d'un &agrave; l'arr&ecirc;t. Ils portaient des v&ecirc;tements qui donnaient l'impression d'avoir travers&eacute; cinq corps de CRS, de couleur bleu ecchymose, incluant un couvre-chef dont la nature exacte n'&eacute;tait plus identifiable. Un l&eacute;ger filet de bave coulait de la l&egrave;vre inf&eacute;rieure du plus grand d'entre eux, tombant d'ailleurs sur le visage du plus petit qui n'avait gu&egrave;re l'air de s'en &eacute;mouvoir, sans doute trop occup&eacute; &agrave; mod&eacute;rer son asthme. Chose &eacute;trange, le baveur tenait &agrave; la main une liste sur laquelle Oldi put, malgr&eacute; les innombrables p&acirc;t&eacute;s, d&eacute;chiffrer fugitivement "Alyneha-sur-Pahragraf", "chapelle Hy&eacute;fou", "Bretagne" et "Trouperdu".<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - B... b... b&eacute;gaya un zombie.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - ...bonjour? hasarda Oldi.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Bonjour, confirma la chose. N... nous sommes les agents Marcel, Decheval et Bambois, Jean. Nous vous suivons depuis un petit moment d&eacute;j&agrave;, nous avons quelques questions &agrave; vous poser concernant un vol d'engin appartenant au corps policier...<br /><br /><strong><span style="font-size: x-large;">FIN</span></strong><br /></p>
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<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pfouuuuuuuuuuuuh!!! Pour tout dire, &ccedil;a me fait tout bizarre d'&eacute;crire ce mot... il faut dire que cette histoire est la plus longue que j'aie jamais cr&eacute;&eacute;! Je sais que l'attente pour certains chapitres a &eacute;t&eacute; difficile, mais j'esp&egrave;re que vous avez pris du plaisir &agrave; suivre cette saga!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je vous retrouve donc tr&egrave;s bient&ocirc;t pour d'autres textes stupides made in Oldi Land! Bonnes vacances &agrave; tous!</p><p class="ta_img"><img border=0 src="http://www.blogg.org/afficher_image.php?id=1157519&amp;img_x="></p>]]></description>
<category>12 - Le livre H&#195;&#169;d&#195;&#169;pargne</category>
<pubDate>Mon, 10 Aug 2009 21:26:45 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-23624-billet-1065935.html</guid>
</item>
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<title>Ultimes péripéties (seconde partie)</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-23624-billet-1059807.html</link>
<description><![CDATA[<p><span style="font-size: medium;"><span style="text-decoration: underline;"><strong>NOTE URGENTISSIME ET EXTREMIMPORTANTE:</strong></span></span></p>
<p><span style="font-size: small;"><strong>Je me suis montr&eacute; particuli&egrave;rement bavard pour cet article... &agrave; tel point que j'ai d&eacute;pass&eacute; la limite de caract&egrave;res des articles de blogg.org! (je savais m&ecirc;me pas qu'il y en avait une...) Donc, j'ai d&eacute;coup&eacute; le texte en deux. La moiti&eacute; qui suit ce paragraphe est la <span style="text-decoration: underline;">seconde</span>, la premi&egrave;re partie, c'est l'article encore <span style="text-decoration: underline;">en-dessous</span>. Capito?</strong></span></p>
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<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une masse sombre venait de surgir du couloir de sortie du souterrain... une ombre immense se dessinait sur le mur d'en face, et malheureusement, Oldi et Kaito d&eacute;couvrirent bien vite qu'il ne s'agissait aucunement d'un effet d'optique. Ils murmur&egrave;rent un juron (ce qui arrive tr&egrave;s souvent, quand on marche dans une grotte).<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un homme. Colossal. De la taille et l'odeur d'un camion poubelle et d'une largeur d'&eacute;paules &eacute;gale &agrave; sa hauteur, il venait de p&eacute;n&eacute;trer la salle souterraine. D'une laideur &agrave; affoler un compteur Geiger, le personnage n'&eacute;tait qu'un golem qu'on avait tent&eacute; de vaguement civiliser en lui faisant don de descentes de lit pour qu'il s'en fabrique des v&ecirc;tements. Le r&eacute;sultat tenait de l'attentat &agrave; l'esth&eacute;tisme; sa chemise &agrave; carreaux lui allait autant que des moufles &agrave; un hippocampe, et ses chaussures devaient probablement faire quatre pointures de plus que les plus grandes autoris&eacute;es par la convention de Gen&egrave;ve. Son visage boursoufl&eacute; avait tout du clafoutis p&eacute;rim&eacute;, une d&eacute;moniaque lueur brillait intens&eacute;ment dans ses yeux -un v&eacute;ritable phare &agrave; paupi&egrave;res- et ses cheveux visiblement coiff&eacute;s avec une branche de sapin semblaient fuir dans tous les sens la t&ecirc;te hideuse &agrave; laquelle ils &eacute;taient, h&eacute;las pour eux, fix&eacute;s.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Voyant les deux vuln&eacute;rables qu'elle avait face &agrave; lui, l'apparition retroussa les l&egrave;vres et d&eacute;voila un bataillon de poussins qui devait constituer sa dentition. Manifestement, la chose souriait, et ce n'&eacute;tait pas forc&eacute;ment un point positif.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Pien le ponchour, mechieurs, sussura le colosse.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'anthropopith&egrave;que baveux r&eacute;pondant au nom de Taba<sup>(9)</sup> avait une voix qui &eacute;voquait une porte de crypte. Une voix grave et monotone, que m&ecirc;me son accent ridicule ne parvenait pas &agrave; rendre plus pimpante. En fait, la phrase somme toute polie qu'il venait de prononcer ne s'accordait pas du tout, ni &agrave; son physique ni &agrave; son timbre vocal; un grognement rauque suivi d'un cri d&eacute;ment avec postillons en prime aurait &eacute;t&eacute; plus convenable. A moins que cela ait &eacute;t&eacute; un effet de style pour accentuer le c&ocirc;t&eacute; inqui&eacute;tant du personnage. Si c'&eacute;tait le cas, la manoeuvre avait parfaitement r&eacute;ussi.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Monchieur Thymmilou avait pr&eacute;venu que fous tenteriez te pacher par ichi, poursuivit le truc. Che chuis charch&eacute; t'emp&ecirc;cher chela: che chuis Alpert Tapa, gartien tu pachache. Ch'est pourquoi che fous prierai te faire temi-tour au plus vite, chinon ch'est moi qui fous ram&egrave;nerai au ch&acirc;teau... et malgr&eacute; mes muchcles, che ferai <em>plujieurs foyaches</em>, chi fous foyez che que che feux tire.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi et Kaito rest&egrave;rent cois, n'osant pas dire le moindre mot face au colosse. Ils avaient le choix entre d&eacute;clarer faire demi-tour, ce qui ne les arrangeait gu&egrave;re, ou signaler leur volont&eacute; de continuer, ce qui &eacute;tait &eacute;galement peu ad&eacute;quat car ce sont des personnes s&eacute;rieuses, qui ont un emploi du temps chronom&eacute;tr&eacute;, et ils n'avaient pas sp&eacute;cialement pr&eacute;vu de mourir ce jour-ci. L'Hercule, impatient, d&eacute;cida pour eux.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Pon, d&eacute;clara-t'il sur un ton &agrave; faire reculer un grizzly, che chuppoje que fous afez t&eacute;cit&eacute; te pacher, chinon fous auriez fait temi-tour... on fa tire que oui. Cha tompe pien, depuis que le fieux Adalpert a men&eacute; ches vaches &agrave; l'apatoir, che n'avais plus grand-choje chur quoi pacher mes nerfs.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Avant qu'Oldi et Kaito aient compris le rapport entre le fait de ne plus pouvoir se d&eacute;fouler et la disparition subite de vaches, Taba, gardien du passage<sup>(10)</sup>, saisit un tonneau -plein- gisant dans un coin de la pi&egrave;ce, l'arracha de son cercueil de moisissure et le jeta comme un chef d'entreprise l'aurait fait du CV d'un ex-taulard. Leur esp&eacute;rance de vie &eacute;tant tomb&eacute;e &agrave; approximativement deux secondes, Oldi et Kaito bondirent chacun de leur c&ocirc;t&eacute; pour &eacute;viter le projectile viticole. L'objet atterrit lourdement sur les rochers; les antiques planches n'ayant &eacute;videmment pas support&eacute; le choc, il explosa en projetant en tous sens un liquide pourpre et poisseux qui devait &ecirc;tre, deux ou trois si&egrave;cles auparavant, un excellent vin. A pr&eacute;sent s&eacute;par&eacute;s par un lac rouge&acirc;tre, Oldi et Kaito, chacun r&eacute;fugi&eacute;s derri&egrave;re une stalagmite, regard&egrave;rent apeur&eacute;s le colosse qui ricanait &agrave; l'autre bout de la pi&egrave;ce. Il n'y avait eu, malheureusement, aucun trucage. Taba ricanait. Un rictus effrayant d&eacute;chirait son visage, sa face velue semblait exprimer toute la rage du monde; il aurait facilement servi de mod&egrave;le &agrave; un tableau de Goya. Il semblait &eacute;vident, premi&egrave;rement que le dit Taba &eacute;tait habitu&eacute; &agrave; ce genre d'exploit, deuxi&egrave;mement que cela faisait un petit moment qu'il ne l'avait pas r&eacute;&eacute;dit&eacute;. Il y avait des muscles qui avaient un besoin urgent de se d&eacute;fouler, et on venait de leur en offrir l'opportunit&eacute;. Le Taba, m&ecirc;me passif, est un &eacute;norme danger pour la sant&eacute;.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Taba poussa un hurlement -la premi&egrave;re chose que l'on s'attendait &agrave; entendre sortant de sa bouche, en fait- et courut d'un pas &agrave; faire d&eacute;railler un train. Sa premi&egrave;re cible: Oldi. Il fon&ccedil;a en direction de la stalagmite derri&egrave;re laquelle la victime s'&eacute;tait dissimul&eacute;e, et, lan&ccedil;ant son poing tel un obus &agrave; ongles, frappa. Si Oldi n'avait pas eu le r&eacute;flexe, boost&eacute; par l'adr&eacute;naline, de sauter lat&eacute;ralement, il se serait retrouv&eacute; enfoui sous des tonnes de caillasses, puisque le golem velu, contre toute probabilit&eacute;, avait gagn&eacute; le combat contre la mati&egrave;re inerte.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi atterrit dans la mare de vin qui tapissait le sol d'une partie de la grotte. Kaito l'aida &agrave; se relever -il avait quitt&eacute; sa cachette &eacute;tant donn&eacute; que Taba venait de lui prouver qu'elle n'&eacute;tait pas vraiment s&ucirc;re- mais ils ne purent pas rester ainsi bien longtemps, puisque le colosse revint &agrave; la charge! Se secouant la main droite, puisqu'il &eacute;prouvait une l&eacute;g&egrave;re douleur suite &agrave; son coup (l&agrave; o&ugrave; tout humain normal aurait suppli&eacute; l'amputation), il d&eacute;cida de laisser reposer son membre et d'utiliser sa main gauche en int&eacute;rim... il saisit un morceau de la stalagmite qu'il venait de briser ("morceau" qui avait en passant les dimensions d'un tabouret), et le jeta hargneusement en direction du duo!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi et Kaito eurent &agrave; peine le temps de s'extraire de la flaque avant que la caillasse n'y coule, aspergeant une bonne moiti&eacute; de la grotte de son contenu poisseux. Oldi vit soudain, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de lui, une vieille bouteille de vin local dont l'&eacute;tiquette avait &eacute;t&eacute; rendue illisible par les si&egrave;cles. Oubliant tout savoir-vivre, il la saisit promptement et la jeta en plein dans la face du colosse! Mais, horreur! Le projectile semblait avoir eu autant d'effet que des chatouilles sur un calamar. Pire, Taba souriait, et le vin lui d&eacute;goulinant sur la face associ&eacute; &agrave; son rictus abominable donnait un r&eacute;sultat tellement effrayant qu'il aurait ais&eacute;ment pu &ecirc;tre embauch&eacute; par le subconscient pour servir dans les cauchemars.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et pire encore, les vapeurs alcoolis&eacute;es du vin mathusal&eacute;mique, loin d'&eacute;tourdir le colosse, augment&egrave;rent encore sa fureur en m&ecirc;me temps que son tonus musculaire! Et il prouva l'instant d'apr&egrave;s qu'il &eacute;tait aussi rapide que puissant. Imitant tel les gorilles les gestes de ses adversaires, il mitrailla en direction des deux apeur&eacute;s, en utilisant en guise de munitions des bouteilles expos&eacute;es dans une armoire derri&egrave;re lui. A une cadence efficace de 2 bouteilles &agrave; la seconde, Oldi et Kaito n'eurent d'autre choix que de fuir tandis que des bouteilles explosaient derri&egrave;re eux, histoire de leur rappeler de ne pas ralentir.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi et Kaito, r&eacute;fugi&eacute;s provisoirement derri&egrave;re un tonneau, d&eacute;cid&egrave;rent de riposter fort. Ce n'&eacute;tait pas le moment d'&ecirc;tre timor&eacute;s! Une id&eacute;e d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e leur vint: leur abri allait forc&eacute;ment &ecirc;tre d&eacute;truit, autant qu'il serve &agrave; quelque chose. Les cales de bois situ&eacute;es sous la bo&icirc;te &agrave; vin semblaient compl&egrave;tement pourries... pas &agrave; h&eacute;siter. Chacun, de leur c&ocirc;t&eacute;, ils frapp&egrave;rent dedans. Aussit&ocirc;t d&eacute;sagr&eacute;g&eacute;es, le tonneau quitta son socle (d&eacute;truisant au passage 486 ans de toiles d'araign&eacute;es) et se mit &agrave; rouler en direction de la b&ecirc;te! Taba hurla...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; H&eacute;las, tout Trouperdois le savait, il en fallait plus pour venir &agrave; bout de Taba. L'armoire &agrave; glace prit la position typique du lutteur sumo, pr&ecirc;t &agrave; accueillir le rouleau compresseur comme il se devait. Le tonneau prit de la vitesse... et stoppa brusquement. Une centaine de kilos, dont trois de graisse et le reste de muscle, venait de le stopper. Pis encore: la montagne souleva l'&eacute;norme masse comme elle l'avait fait du premier tonneau et, tout comme son compatriote au d&eacute;but du combat, le balan&ccedil;a en direction de ses victimes. A nouveau, il explosa, tapissant la partie (relativement) s&egrave;che de la cave de centaines de litres de liquide p&eacute;rim&eacute;. Partout &agrave; pr&eacute;sent gisaient bouts de bois et armatures de m&eacute;tal tortur&eacute;es, dans des flaques pourpres et poisseuses; la cave ressemblait &agrave; un champ de bataille sanglant. La seule chose qui y manquait &eacute;tait un ou deux cadavres, et Taba comptait bien arranger cet oubli.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi et Kaito, miraculeusement indemnes, mais vuln&eacute;rables et apeur&eacute;s, regard&egrave;rent &eacute;bahis le colosse invincible. Celui-ci, dans une position de mort-vivant, teint blafard et bras pendants, haletait. Les cheveux empreints de transpiration lui collant au visage, il d&eacute;gagea un oeil du revers de la main et lorgna ses cibles mouvantes d'un regard torve. Le suspense &eacute;tait &agrave; son comble. Le colosse, subjugu&eacute; par l'ing&eacute;niosit&eacute; de ses ennemis, d&eacute;sirait-il abandonner le combat? Non, impossible, cette supposition ferait mourir de rire tout Trouperdois de base. On le savait dans la bourgade, il lui en faut plus pour qu'il se barre, Taba. Ca allait fumer.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Taba &eacute;tait tr&egrave;s, tr&egrave;s &eacute;nerv&eacute;. Et le mot &eacute;tait -contrairement &agrave; lui- faible. Depuis qu'il avait &eacute;trangl&eacute; &agrave; mains nues son premier veau &agrave; l'&acirc;ge de quatre mois et pris go&ucirc;t &agrave; la violence gratuite, aucun &ecirc;tre vivant qui s'&eacute;tait oppos&eacute; &agrave; lui n'avait surv&eacute;cu plus de trois minutes quatre secondes... et ces deux salopiauds de touristes avaient pulv&eacute;ris&eacute; son record de dix-sept secondes. Ils lui avaient fait un affront, et un affront, &ccedil;a se lave... dans un bain... un bain de sang, en ce qui le concernait. Ils allaient payer. <br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De rage, Taba se mit &agrave; grogner tel un animal hyst&eacute;ricoenrag&eacute;, faisant craquer les os de ses doigts, non pas que ceux-ci soient engourdis mais afin de profiter au maximum du bruit que feront ceux de ses victimes en se brisant... Il se frappa la poitrine tel un gorille col&eacute;rique, poussa un hurlement bestial... et une &eacute;norme stalactite situ&eacute;e juste-au dessus de lui, affaiblie par les derniers &eacute;v&egrave;nements, chut. Elle se brisa pile sur la t&ecirc;te du Taba hyst&eacute;rique. Celui-ci se calma aussit&ocirc;t. Ses yeux effectu&egrave;rent des rotations peu habituelles, il pronon&ccedil;a quelques mots, ou du moins tenta dans la mesure o&ugrave; ses l&egrave;vres s'&eacute;taient amollies, puis finit par clore ses paupi&egrave;res en grommelant, un filet de bave lui humectant la poitrine. <br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans un magnifique ralenti &agrave; cinq images / seconde, le colosse tomba, inanim&eacute;, sur le sol poisseux de la cave d&eacute;vast&eacute;e.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le silence &eacute;tait &agrave; pr&eacute;sent total dans la grotte, &agrave; peine troubl&eacute; par quelques clapotis insignifiants. La chose &eacute;tait vaincue... m&ecirc;me si le combat n'&eacute;tait probablement pas la derni&egrave;re difficult&eacute; de l'aventure, une fanfare aurait &eacute;t&eacute; id&eacute;ale &agrave; ce moment. Le duo s'approcha prudemment du corps inerte du psychopathe, afin de s'assurer que tout danger &eacute;tait bien &eacute;cart&eacute;.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; S'il n'y avait plus de danger du c&ocirc;t&eacute; de Taba, il y en avait par contre au fond du couloir... &agrave; peine Oldi et Kaito avaient-ils eu le temps de souffler qu'&agrave; nouveau les ennuis se profilaient. Un bruit similaire &agrave; quatre personnes ayant des sabots aux pieds et trimbalant chacune deux ou trois outils de jardinage tranchants provenait du fond du corridor. Des lumi&egrave;res issues de flammes paysannes &eacute;clairaient peu &agrave; peu le couloir de sortie, et les h&eacute;ros eurent juste le temps de se dissimuler derri&egrave;re une armoire &agrave; bouteilles avant qu'une bande de Trouperdois arm&eacute;s d'un bataclan assassinatoire fasse irruption sur le champ de ruines.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Impochiple! dit l'un d'eux, qui semblait avoir une casserole amput&eacute;e de son manche en guise de casque (et c'&eacute;tait le cas). Ils ont eu Tapa! Ils l'ont... tu&eacute;!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Cheche te tire tes p&ecirc;tijes, echp&egrave;che d'apruti! lui r&eacute;pondit un autre Trouperdois, qui n'&eacute;tait autre que le patron du <em>Poussin &eacute;visc&eacute;r&eacute;</em>. Il en faut pluch que cha pour fenir &agrave; pout de Tapa, il est cheulement achom&eacute;. Ch'est quand m&ecirc;me lui qui a churv&eacute;cu te cha chute tu toit te l'&eacute;gliche l'an ternier, che fameux chour o&ugrave; il &eacute;tait pourr&eacute;! Il finira par che r&eacute;feiller... cha peut prentre tu temps, par contre! La terni&egrave;re fois, il est recht&eacute; groggy teux ponnes heures. N'emp&ecirc;che, che Oldi et chon copain, ils ont fait fort. Tomache qu'ils choient te loin, ils cheraient tignes t'&ecirc;tre Troupertois.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Au fait, o&ugrave; chont-ils, ches teux comiques-l&agrave;? r&eacute;pliqua un troisi&egrave;me batracien.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un silence g&ecirc;n&eacute; et quasi palpable r&eacute;pondit &agrave; cette question. Le mutisme &eacute;tait tel que le moindre bruit aurait sonn&eacute; comme un coussin p&eacute;teur dans une cath&eacute;drale.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Le pachache checret tu par! hurla le g&eacute;rant du dit "par". On est l&agrave; &agrave; che lamenter et pentant che temps, le pachache est ouvert! Retournons-y fite, et t&eacute;p&ecirc;chez-fous, pante te molluchques! Chi on les a d&eacute;pach&eacute;s en chemin chans ch'en rentre compte et qu'ils en ont profit&eacute; pour filer, cha fa &ecirc;tre notre f&ecirc;te! <br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Et Tapa?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Laichons-le ichi, il ne richque plus rien. Et puis che rappelle qu'il est touchours tr&egrave;s contrari&eacute; quand il refient &agrave; lui apr&egrave;s afoir &eacute;t&eacute; achom&eacute;, et qu'il frappe tout che qui est &agrave; cha port&eacute;e. Chi quelqu'un feut attendre qu'il che r&eacute;feille, qu'il le tije!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un silence g&eacute;n&eacute;ral compatissant r&eacute;pondit &agrave; l'affirmation, puis les gardes Trouperdois repartirent en direction du bar en brinquebalant leur attirail. La bande &eacute;loign&eacute;e, Oldi et Kaito sortirent de leur cachette.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ca sent mauvais, dit Oldi, bien que les Trouperdois aient quitt&eacute; la salle. Ces gaillards surveillent la sortie, et ils vont s&ucirc;rement avertir Thymmilou...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Pas de probl&egrave;me! dit Kaito, motiv&eacute; par sa victoire. On s'en occupe! On les rejoint, on les kungfuise, on les massacre, on les armageddonise, comme l'autre, l&agrave;, par terre, on...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Il s'est assomm&eacute; tout seul! signala Oldi. Et si tu crois que ses copains...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi, soudainement, se tut. Il cligna plusieurs fois des yeux, tout en faisant une moue contrari&eacute;e. Il avait exactement la m&ecirc;me attitude qu'un enqu&ecirc;teur ayant remarqu&eacute; un d&eacute;tail &eacute;trange susceptible de le mener &agrave; la cl&eacute; l'&eacute;nigme. Et cela pour une bonne raison: il avait, effectivement, remarqu&eacute; un d&eacute;tail &eacute;trange.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - R&eacute;fl&eacute;chis un instant... finit-il par dire &agrave; Kaito. Tu te souviens de la largeur du passage reliant cette grotte &agrave; l'auberge? Tu penses vraiment que ce gars aurait pu passer par l&agrave;?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Kaito reluqua la colline, ou plut&ocirc;t l'homme, reposant dans une flaque viticole et qui avait tent&eacute; de les massacrer quelques minutes auparavant.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Non, r&eacute;pondit-il cat&eacute;goriquement apr&egrave;s une demi seconde de r&eacute;flexion. Il n'aurait m&ecirc;me pas pu entrer dans l'auberge en la laissant intacte, il aurait fallu d&eacute;molir au moins trois murs porteurs.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Exactement! C'est que ce souterrain a au moins <em>une autre sortie</em>. Et, si &ccedil;a se trouve, Thymmilou avait une telle confiance en ce colosse que ce passage alternatif n'est pas, ou peu surveill&eacute;. D'autant plus que nous ne sommes pas cens&eacute;s conna&icirc;tre l'existence de ce passage...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ca se tient, dit Kaito. Mais comment on va faire pour trouver cette autre sortie?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi le regarda en haussant un sourcil. Attitude typique de celui qui compte faire comprendre &agrave; un ami que celui-ci vient de dire une &eacute;norme banalit&eacute;.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - D'accord, d'accord, acquies&ccedil;a Kaito, ce sera le seul tunnel de trois m&egrave;tres de diam&egrave;tre.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi hocha la t&ecirc;te en signe de compr&eacute;hension. Sur ce, les acolytes partirent &agrave; la recherche de la sortie...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pendant ce temps, dans le ch&acirc;teau du mage H&eacute;d&eacute;pargne, une grande agitation r&eacute;gnait, et elle &eacute;tait loin d'abdiquer. Cela faisait d&eacute;j&agrave; un petit moment que la populace du village fouillait la forteresse &agrave; la recherche des deux touristes ennemis, et pour l'instant, les gueux faisaient chou blanc. Augustin Thymmilou, au centre de la pelouse qui &eacute;tait autrefois une place pav&eacute;e, tapotait fr&eacute;n&eacute;tiquement du pied. Ce geste avait pour but de calmer ses nerfs, mais pour &ecirc;tre honn&ecirc;te, il aurait &eacute;t&eacute; plus efficace de le laisser &eacute;trangler quelques chatons. Et son moral n'allait pas s'am&eacute;liorer, &eacute;tant donn&eacute; que le maire de Trouperdu Ernest Sessendre vint soudain vers lui:<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Monchieur Thymmilou! Monchieur Thymmilou! cria l'&eacute;dile.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Mon<span style="text-decoration: underline;">s</span>ieur Thymmilou, r&eacute;pondit celui-ci sur un ton r&eacute;pugnant de d&eacute;dain. Qu'est-ce qu'il y a?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ch'ai... h&eacute;sita un instant le maire... puis, il se reprit. Ch'ai rechu un appel des autres, au fillache. Olti et Kaito chont... pach&eacute;s par les tunnels. Et ils ont eu Tapa. Ils chont &agrave; leur recherche, mais...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Thymmilou, enrag&eacute;, explosa.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - ABRUTI! dit-il en poussant Ernest Sessendre dans l'herbe. Vous &ecirc;tes tous des INCAPABLES! Qu'est-ce que j'ai donc fait au ciel?! Je m'en doutais! D&eacute;gagez-moi l'entr&eacute;e de ce souterrain et plus vite que &ccedil;a!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - On fait che qu'on peut, monchieur, r&eacute;pondit un Trouperdois qui avait ou&iuml; Thymmilou (en m&ecirc;me temps, il aurait fallu se trouver au moins &agrave; Naples pour ne pas l'entendre). Mais ches pierres chont fraiment tr&egrave;s, tr&egrave;s lourtes et...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Je m'en contrefiche! r&eacute;pondit le chef de chantier. R&eacute;partissez-vous les t&acirc;ches! Une moiti&eacute; reste ici et essaie de rouvrir le souterrain, une autre me suit: nous redescendons au village! S'ils sont encore dans le tunnel, il faut absolument tenter de les p&ecirc;cher &agrave; la sortie! EXECUTION! Et quand je dis "ex&eacute;cution"...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En disant cela, Thymmilou caressait pensivement une faux laiss&eacute;e l&agrave; par un des villageois. Ses ordres &eacute;taient on ne peut plus clairs. Aussit&ocirc;t, la r&eacute;partitions des Trouperdois en deux groupes commen&ccedil;a.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au m&ecirc;me moment, un Trouperdois se trouvant sur un balcon du donjon remarqua un vieux grimoire plac&eacute; dans une encoche d'une vieille st&egrave;le qui, chose &eacute;trange, semblait &eacute;mettre une l&eacute;g&egrave;re vibration. Il se dit qu'il pourrait tirer un bon prix de ce livre ancien, si seulement il arrivait &agrave; le soustraire de son socle dans lequel il &eacute;tait visiblement bloqu&eacute;. Avec un peu de chance, le retirer de cet endroit ne lui prendrait pas beaucoup de temps. Et cela n'aurait, &agrave; premi&egrave;re vue, aucune cons&eacute;quence grave...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi et Kaito, pendant ce temps, parcouraient en sens inverse et de mani&egrave;re m&eacute;thodique la seconde moiti&eacute; du souterrain. Il fallait qu'ils soient prudents: les Trouperdois de l'auberge pouvaient resurgir &agrave; n'importe quel moment... il fallait absolument trouver une autre sortie. Il y en avait <em>forc&eacute;ment</em> une.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Soudain, ils <em>la</em> virent. Dans leur course effr&eacute;n&eacute;e de la veille, ils &eacute;taient pass&eacute;s &agrave; c&ocirc;t&eacute; sans s'en rendre compte: une ouverture, dans la paroi, aussi large qu'un pilier de pont et fortifi&eacute;e &agrave; la h&acirc;te avec des bouts de bois grossi&egrave;rement taill&eacute;s. Ces poutres semblaient taill&eacute;es &agrave; la main, et vu l'homme pour qui ce souterrain avait &eacute;t&eacute; am&eacute;nag&eacute;, le contraire aurait &eacute;t&eacute; &eacute;tonnant. Oldi et Kaito se regard&egrave;rent, histoire de v&eacute;rifier que cette ouverture providentielle n'&eacute;tait pas une hallucination due aux vapeurs de vin de tant&ocirc;t, puis, s'&eacute;tant aper&ccedil;us que ce couloir &eacute;tait aussi r&eacute;el que leurs ongles de pieds, s'engouffr&egrave;rent dans le passage.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr&egrave;s une centaine de m&egrave;tres de couloir tordus probablement dessin&eacute;s par un architecte &eacute;thylique, les acolytes parvinrent devant une porte colossale. Immense, renforc&eacute;e par des barres en fer et dot&eacute;e d'une serrure comme une pelle &agrave; tarte, elle semblait infranchissable. Et, malheureument, elle l'&eacute;tait. C'est bien simple, si la Bastille avait &eacute;t&eacute; prot&eacute;g&eacute;e par une porte de ce genre, la France serait actuellement sous les ordres d'un nomm&eacute; Louis XXIV. Oldi caressa pendant un instant le doux espoir que la porte ne soit pas verrouill&eacute;e... peine perdue.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Bon, dit Kaito en caressant le bois, esp&eacute;rant qu'un m&eacute;canisme secret y soit dissimul&eacute;. Je crois que c'est loup&eacute;. On fait quoi, &agrave; pr&eacute;sent? On retourne dans le d&eacute;potoir Trouperdois nomm&eacute; "auberge" pour s'y faire d&eacute;pecer?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Il y a forc&eacute;ment un moyen d'ouvrir, dit Oldi. Une porte qui ne s'ouvre jamais, c'est idiot! Autant faire un mur. A moins que...<br /><br />Oldi examina la serrure de plus pr&egrave;s. Il y avait une ouverture. Et qui dit ouverture dans une serrure dit...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Cl&eacute;! hurla Oldi, faisant fi de toute prudence. Il nous faut la cl&eacute;!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Bravo, inspecteur Oldi, dit ironiquement Kaito en esquissant un applaudissement mou. Et on la trouve o&ugrave;, cette cl&eacute;?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - R&eacute;fl&eacute;chis, dit Oldi. Pour qui semble avoir &eacute;t&eacute; con&ccedil;u ce passage?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Kaito se tut. Il connaissait la r&eacute;ponse, mais la dire l'aurait tellement d&eacute;prim&eacute; qu'il pr&eacute;f&eacute;rait r&eacute;fl&eacute;chir &agrave; son acte. Malheureusement, pour une bonne compr&eacute;hension r&eacute;ciproque avec son ami, parler &eacute;tait indispensable.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Non, finit-il par l&acirc;cher, un sanglot dans la voix. Ne me dis pas qu'il faut aller la chercher sur le corps endormi du gros machin...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Une autre id&eacute;e? demanda Oldi. <em>Non</em>, s'autor&eacute;pondit-il. Allez, viens, il faut faire vite!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tous deux partirent &agrave; toute vitesse, faisant &agrave; l'envers tous les corridors qu'ils avaient emprunt&eacute;<sup>(11)</sup>, jusqu'&agrave; la d&eacute;pouille non mortelle de Taba le colosse. Celui-ci &eacute;tait toujours inerte. Pour preuve: il ronflait. Couch&eacute; sur le ventre, allong&eacute; dans le vin, sa respiration bruyante cr&eacute;ait &agrave; chaque expiration une dizaine de petites bulles rouge&acirc;tres. Le spectacle aurait presque &eacute;t&eacute; dr&ocirc;le si la chose n'avait pas eu tendance &agrave; devenir psychopathe une fois sortie des bras de Morph&eacute;e. Sur la poche de sa fesse droite, se d&eacute;coupait sous le tissu effiloch&eacute; une forme irr&eacute;guli&egrave;re. Celle d'une &eacute;norme cl&eacute; de m&eacute;tal.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Je ne touche PAS &agrave; <em>&ccedil;a</em>, dit Kaito avant qu'Oldi ait pu lui poser la moindre question. C'est antihygi&eacute;nique!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - J'ai une id&eacute;e! s'exclama Oldi. On fait &ccedil;a &agrave; pierre-feuille-cis...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - NON, coupa Kaito. Pile ou face. D&eacute;finitivement, pile ou face.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Kaito sortit une pi&egrave;ce d'un euro de sa poche (pi&egrave;ce qu'Oldi examina, &eacute;tant tr&egrave;s soup&ccedil;onneux), puis la posa sur son pouce, son index pr&ecirc;t &agrave; expulser la petite monnaie. Kaito choisit pile, et Oldi, pour ne pas perdre la face, la choisit. Kaito fit s'envoler la pi&egrave;ce... puis la rata au moment de la r&eacute;cup&eacute;ration. La monnaie s'enfon&ccedil;a dans le vin poisseux avec un triste "bloub".<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - D'accord, d'accord! trancha Oldi, sachant pertinemment qu'ils ne disposaient pas de beaucoup de temps et que retrouver la pi&egrave;ce dans cette mare visqueuse demanderait au moins une d&eacute;cade, j'y vais! Mais si on s'en sort, tu me le revaudras, c'est moi qui te le dis. Et &ccedil;a te co&ucirc;tera plus qu'un simple euro...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Kaito, courageusement, alla encourager son ami d'une quinzaine de m&egrave;tres plus loin. Oldi s'approcha prudemment de la montagne ronflante, marchant sur la pointe des pieds dans la flaque de vin entourant le colosse. Il se trouvait &agrave; pr&eacute;sent au niveau des troncs d'arbres couverts de tissu qu'on serait vaguement tent&eacute; d'appeler "jambes". L&agrave;, tout pr&egrave;s, la cl&eacute; lui tendait ses dents. Oldi, surmontant sa peur et son d&eacute;go&ucirc;t, tendit le bras avec la lenteur d'un a&iuml; et fourra sa main dans la poche post&eacute;rieure du machin affal&eacute;. Tentant de ne pas penser &agrave; ce qui se dissimulait sous ces quelques millim&egrave;tres de tissu fragile, il palpa de plus en plus profond... soudain, un objet froid: la cl&eacute;.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cherchant &agrave; t&acirc;tons une bonne prise sur la chose m&eacute;tallique, Oldi parvint &agrave; l'agripper de mani&egrave;re (&agrave; peu pr&egrave;s) stable. Il restait &agrave; r&eacute;cup&eacute;rer cette fameuse cl&eacute; sans que Goliath ci-g&icirc;sant ne se r&eacute;veille. La tension dans l'air &eacute;tait palpable, on aurait pu s'y cogner... avec pour seul fond sonore les ronflements du g&eacute;ant et les battements de son propre coeur, Oldi, millim&egrave;tre par millim&egrave;tre, retira avec une d&eacute;licatesse de xylophoniste l'objet tant convoint&eacute;. Plus que quelques centim&egrave;tres... un centim&egrave;tre... plus rien.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Victoire! La cl&eacute; &eacute;tait &agrave; l'air libre! Oldi brandit son troph&eacute;e en direction de Kaito avec un sourire de vendeur Darty, mais assez curieusement, son compagnon semblait ne pas partager son all&eacute;gresse. Pour tout dire, Kaito avait les yeux aussi &eacute;carquill&eacute;s que ceux d'une chouette coca&iuml;nomane, et regardait en direction d'Oldi en tremblotant.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi comprit bien vite pourquoi. Il ne percevait que les battements de son propre coeur... et plus du tout les ronflements de Tapa. Pour la simple et bonne raison que celui-ci &eacute;tait r&eacute;veill&eacute;. A moiti&eacute; dans les pommes (et le raisin), il se r&eacute;veillait n&eacute;anmoins; il tourn&eacute; sa t&ecirc;te et regardait Oldi d'un regard de tigre du Bengale. Il &eacute;mit un grognement.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Puis, sans pr&eacute;venir, il tendit le bras et tenta d'attraper Oldi! Celui-ci, par miracle, parvint &agrave; &eacute;viter le membre-pi&egrave;ge en effectuant un saut de c&ocirc;t&eacute;. Taba &eacute;tait, contre toute probabilit&eacute;, en bonne sant&eacute;, et, en accord avec toute probabilit&eacute;, tr&egrave;s en col&egrave;re. Il tenta p&eacute;niblement de se relever, mais dans cette pi&egrave;ce transform&eacute;e en piscine pour ivrogne, cela lui &eacute;tait pour le moins difficile... profitant de ce r&eacute;pit inesp&eacute;r&eacute;, Kaito et Oldi fonc&egrave;rent dans les couloirs! Pas de temps &agrave; perdre! Ils avaient vu Taba &agrave; l'oeuvre: les choses sur cette Terre capable de le stopper devaient se compter sur une main d'une de ses victimes. Il ne fallait pas tra&icirc;ner.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - GROAAAAAAAAAAAAAAAR!!! hurla Taba en furie.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il &eacute;tait indispensable &agrave; leur survie qu'Oldi et Kaito arrivent &agrave; la porte avant le g&eacute;ant. S'il les ratrappait avant... ils pr&eacute;f&eacute;raient ne m&ecirc;me pas y penser. Mais un autre probl&egrave;me attendait les comp&egrave;res: alors que, haletants avec leur pr&eacute;cieux chargement, ils venaient de rejoindre l'intersection o&ugrave; s'ouvrait le couloir menant &agrave; la fameuse porte verrouill&eacute;e...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - LES FOILA! hurla le patron du <em>Poussin &eacute;visc&eacute;r&eacute;</em>, accompagn&eacute; de ses sbires &agrave; &eacute;p&eacute;es multi. Che fous afais pien tit qu'ils &eacute;taient encore tetans!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Regartez, ils ont la cl&eacute;! cria un autre Trouperdois.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi et Kaito, paniqu&eacute;s, acc&eacute;l&eacute;r&egrave;rent encore en direction de la porte de sortie. Heureusement, g&ecirc;n&eacute;s par leur attirail, les Trouperdois se tra&icirc;naient lamentablement; mais il &eacute;tait inutile de se r&eacute;jouir pour autant car, du fond du couloir menant au ch&acirc;teau, des pas lourds &agrave; d&eacute;raciner des r&eacute;verb&egrave;res r&eacute;sonnaient: Taba s'&eacute;tait relev&eacute;, et avait visiblement repris du poil de la -c'est le cas de le dire- b&ecirc;te! Apr&egrave;s des m&egrave;tres qui leur sembl&egrave;rent des ann&eacute;es-lumi&egrave;re, le duo arriva &agrave; la porte close. La main tremblante, Oldi pla&ccedil;a la cl&eacute; dans la serrure et la tourna... elle r&eacute;sistait... ils s'y mirent &agrave; deux... miracle: la porte s'ouvrit!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais derri&egrave;re eux, une horde hyst&eacute;rique venait d'appara&icirc;tre: un groupe de Trouperdois dont la moiti&eacute; de la masse musculaire &eacute;tait r&eacute;unie dans un seul de ses membres venait de jaillir du fond du couloir, vision apocalyptique et hurlante toute droit sortie du Pand&eacute;monium! Kaito passa la porte en premier, emportant la cl&eacute; au passage, Oldi le suivit et, une fois de l'autre c&ocirc;t&eacute;, claqua la porte. Dans le tunnel, les gueux en furie ne devaient &ecirc;tre qu'&agrave; quelques m&egrave;tres de l'huis... Kaito lan&ccedil;a la cl&eacute; &agrave; son compagnon...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et, avant l'instant fatidique, Oldi cl&ocirc;t la serrure.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Contre l'huis, Taba tapa, de toutes ses forces. La porte &eacute;tait solide (&eacute;tant donn&eacute; que son propri&eacute;taire ne connaissait pas franchement la notion de douceur), mais face &agrave; une centaine de kilos de viande hyst&eacute;rique, elle ne ferait pas long feu. Oldi et Kaito souffl&egrave;rent un instant, puis, haletants et pleins de sueur, mont&egrave;rent quatre &agrave; quatre l'escalier gondol&eacute; qui s'offait &agrave; eux.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ils aboutirent dans une cabane de jardin aux dimensions d'une chambre d'ami, d'un ami tr&egrave;s cher. A l'ext&eacute;rieur, enfin, l'air libre... une petite place, recouverte de pav&eacute;s grossiers taill&eacute;s &agrave; la serpe et envahis d'herbes folles. Sur un des murs de briques cernant l'endroit, des traces rouge&acirc;tres suspectes. Le jardin de Taba, sans aucun doute. Oldi, observant le paysage r&eacute;duit qui s'offrait &agrave; lui, tiqua; quelque chose le d&eacute;rangeait. Etait-il, avec Kaito, rest&eacute; dans ces souterrains durant toute une journ&eacute;e? La place baignait dans une lueur cr&eacute;pusculaire... Oldi jeta un coup d'oeil &eacute;ph&eacute;m&egrave;re &agrave; sa montre: il n'&eacute;tait m&ecirc;me pas midi.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Lui et Kaito lev&egrave;rent lentement les yeux au ciel. La lueur de DI-NI-KET 07111988, l'ast&eacute;ro&iuml;de meurtrier, emplissait toute la r&eacute;gion de ses rayons orang&eacute;s. Le point lumineux en lui-m&ecirc;me avait tripl&eacute; de taille depuis l'aube, comme un deuxi&egrave;me soleil; tout indiquait que la collision stellaire &eacute;tait imminente. Oldi et Kaito acqui&eacute;sc&egrave;rent d'un regard: ils allaient devoir &ecirc;tre tr&egrave;s v&eacute;loces pour achever le rituel. En esp&eacute;rant que personne au ch&acirc;teau du mage H&eacute;d&eacute;pargne n'ait touch&eacute; &agrave; la potion ou au grimoire...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En se servant d'une charrue moussue comme pi&eacute;destal, les compagnons escalad&egrave;rent le mur d'enceinte de la triste cour, pour atterrir dans une des rues atrocement pav&eacute;es de Trouperdu. Il fallait dans les d&eacute;lais les plus brefs trouver la place du village o&ugrave; si&eacute;gait la dod&eacute;capotence, et donc la troisi&egrave;me ga&iuml;ere. Ils coururent.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A gauche... une autre rue. A droite! Toujours une de ces atroces et vides ruelles. Gauche? Droite? Gauche! Un passage serr&eacute;... un passage sous une arche ancienne...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et, soudain, au sortir d'une ruelle humide, un grand espace, baignant dans la lueur apocalyptique de l'ast&eacute;ro&iuml;de. A droite, l'objet tant convoit&eacute;: la dod&eacute;capotence. Et, dans la rue &agrave; l'autre extr&eacute;mit&eacute; de la place, une colonne de plus d'une centaine de Trouperdois, avec Thymmilou &agrave; sa t&ecirc;te.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - LES VOILA! hurla Thymmilou en montrant le duo d'un doigt d'inquisiteur. Attrapez-les! Et vite!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La foule de croquants poussa un hurlement collectif bestial et galopa de tous ses sabots en direction de leurs deux cibles touristesques. Oldi et Kaito utilis&egrave;rent leurs derni&egrave;res forces pour entamer cet ultime sprint en direction de l'engin de mort. Indiff&eacute;rents aux cris derri&egrave;re eux, indiff&eacute;rents &agrave; leurs muscles qui demandaient gr&acirc;ce, indiff&eacute;rents &agrave; la lueur surnaturelle qui grossissait dans le ciel, ils approchaient de la chose assassine... au fur et &agrave; mesure que la dod&eacute;capotence venait &agrave; leur rencontre, ils distinguaient plus clairement les d&eacute;tails des pierres composant sa base... l'une d'elles se diff&eacute;renciait des autres... la ga&iuml;ere. Les poursuivants &eacute;taient proches... mais c'&eacute;tait jouable.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Et si jamais, dit Kaito entre deux hal&egrave;tements, le fait de d&eacute;placer la ga&iuml;ere avait... une incidence sur le bon d&eacute;roulement du sortil&egrave;ge?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - On va le savoir tout de suite, r&eacute;torqua Oldi en essuyant la transpiration de son visage.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi jeta un dernier coup d'oeil rapide &agrave; la masse flamboyante qui empourprait le ciel, aux Trouperdois en furie &agrave; quelques m&egrave;tres, et sauta sur la st&egrave;le.<br /><br /><br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le sortil&egrave;ge fonctionnera-t'il? Oldi et Kaito arriveront-ils &agrave; s'en tirer? <em>Vous le saurez en lisant le dernier chapitre de l'histoire du livre H&eacute;d&eacute;pargne, en ligne dans une semaine sur Oldi Land! Soyez pr&ecirc;ts!</em></p>
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<p><span style="font-size: xx-small;">(9) Taba est son vrai nom, "Tapa" &eacute;tant celui-ci prononc&eacute; avec l'accent Trouperdois. Au cas o&ugrave; un doute subsisterait, et pour que vous ne manquiez pas un calembour atroce imminent.<br /><br />(10) Calembour atroce cit&eacute; dans la note pr&eacute;c&eacute;dente ("le passage &agrave; Taba", ha ha!). Euh, bon.<br /><br />(11) ce qui donne: "&eacute;tnurpme tneiava sli'uq srodirroc esl suot".</span></p><p class="ta_img"><img border=0 src="http://www.blogg.org/afficher_image.php?id=1151101&amp;img_x="></p>]]></description>
<category>12 - Le livre H&#195;&#169;d&#195;&#169;pargne</category>
<pubDate>Wed, 29 Jul 2009 21:08:50 +0000</pubDate>
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<title>Ultimes péripéties (première partie)</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-23624-billet-1059801.html</link>
<description><![CDATA[<p><strong><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><span style="text-decoration: underline;">RESUME DES EPISODES PRECEDENTS:</span><br /><br />Oldi et Kaito sont tout pr&egrave;s de mettre fin &agrave; la mal&eacute;diction qui les tient en haleine depuis un petit moment d&eacute;j&agrave;. Pour cela, il leur a toutefois fallu retourner dans l'hostile village de Trouperdu, plus pr&eacute;cis&eacute;ment dans les ruines du ch&acirc;teau du mage H&eacute;d&eacute;pargne, lieu enclin &agrave; la bonne pr&eacute;paration de la potion. Mais, h&eacute;las, s'&eacute;tant enferm&eacute;s dans le ch&acirc;teau apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; poursuivis par les populaces trouperdoises, ils doivent terminer la pr&eacute;paration de la potion en utilisant des ga&iuml;eres, st&egrave;les dot&eacute;es de pouvoirs magiques... et une de ces st&egrave;les se trouve sur la place du village, en territoire hostile, incluse dans la dod&eacute;capotence! Et, comme si ce n'&eacute;tait pas suffisant, les comp&egrave;res sont poursuivis par Augustin Thymmilou, le milliardaire psychopathe, bien d&eacute;cid&eacute; &agrave; les transformer en carpaccio. Et le dit Thymmilou, &agrave; force de belles paroles, a r&eacute;ussi &agrave; s'allier avec les Trouperdois et &agrave; les convaincre de mener une attaque contre le ch&acirc;teau...</span></strong></p>
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<p><br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Hey, Oldi! Fini le dodo! Y'a urgence! DEBOUT!!!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi, qui venait de sortir d'un r&ecirc;ve assez &eacute;trange incluant des escargots polonais et des tomates en cage, ouvrit les yeux. Il aurait bien r&eacute;clam&eacute;, pour ce faire, une paire de crics, mais la mine affol&eacute;e de Kaito qu'il devinait &agrave; travers ses pupilles enflout&eacute;es lui montrait bien que l'heure n'&eacute;tait pas au confort futile. Il l'ignorait, mais sa mine &agrave; lui n'&eacute;tait pas non plus sp&eacute;cialement encline &agrave; exprimer la joie de vivre, mais pour d'autres raisons, entre autres ses cheveux &eacute;voquant le champ de poireaux apr&egrave;s d&eacute;c&egrave;s du jardinier, et sa veste-oreiller qui lui avait dessin&eacute; la carte de New York sur le visage. Il agrippa ses binocles sacr&eacute;es qu'il posa religieusement sur son nez enrhum&eacute;, ce qui lui permit de voir sans floutage inad&eacute;quat un d&eacute;tail environnemental qui, effectivement, avait de quoi susciter l'inqui&eacute;tude.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans les trous de ce qui devait autrefois &ecirc;tre le toit de la salle o&ugrave; lui et son compagnon avaient dormi, se dessinait, &agrave; travers les nuages violac&eacute;s du ciel de l'aube montagnarde, une lueur. Une lueur vive, l&eacute;g&egrave;rement orang&eacute;e, qui ressemblait fort &agrave; une &eacute;toile. Oldi, l'esprit embrum&eacute; par son sommeil d'aust&egrave;re lit, ne comprit pas tout de suite de quoi il retournait. Dix secondes plus tard, ses neurones blafards se reconnect&egrave;rent petit &agrave; petit, et il se rem&eacute;mora qu'un astre, en g&eacute;n&eacute;ral, ne se voyait pas en plein jour &agrave; quelques exceptions pr&egrave;s. Et cinq autres secondes apr&egrave;s, il se souvint quelle &eacute;tait exactement l'exception &agrave; laquelle il &eacute;tait visiblement confront&eacute;. Il bondit.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - L'ast&eacute;ro&iuml;de! beugla-t'il, faisant pour la premi&egrave;re fois depuis fort longtemps trembler les murs du ch&acirc;teau. Il se rapproche! Et tu me laisses dormir, nididji!!! Il faut d'urgence finir notre travail!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Kaito regarda Oldi avec des yeux &eacute;bahis, d'un air hagard &agrave; mi-chemin entre la b&eacute;atitude incompr&eacute;hensible et l'incompr&eacute;hension b&eacute;ate. Il n'aurait pas fait une t&ecirc;te diff&eacute;rente si on lui avait annonc&eacute; que ses parents biologiques &eacute;taient des flamants roses. Il leva la t&ecirc;te, observa l'astre maudit &agrave; travers la charpente d&eacute;fonc&eacute;e, remit sa t&ecirc;te en position standard, lorgna Oldi &agrave; nouveau et cligna des yeux, deux fois. En fait, il venait lui-m&ecirc;me de d&eacute;couvrir la lueur c&eacute;leste; visiblement, il y avait eu confusion.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Euh, oui, aussi, acquies&ccedil;a-t'il apr&egrave;s un silence. Mais, en fait de ch&acirc;timent divin venu du haut, c'est plut&ocirc;t les humains du bas-peuple que je redoute<sup>(1)</sup>. Regarde!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Kaito saisit Oldi par le bras et l'emmena &agrave; l'ext&eacute;rieur de la pi&egrave;ce, jusqu'&agrave; une rang&eacute;e de mousse vaguement cr&eacute;nel&eacute;e. Par-del&agrave; le foss&eacute; profond entourant le ch&acirc;teau, s'alignaient sur la falaise tentes, constructions h&acirc;tives de bois, engins de si&egrave;ge (tels que des chaises), des armes diverses recouvrant deux mille ans d'Histoire en allant du gourdin primitif aux tromblons rouill&eacute;s, des outils agricoles reconvertis en armement, des feux de camps avec marmites o&ugrave; bouillonnaient des mixtures pestilentielles, et une populace vile et l'air plut&ocirc;t hargneuse. Les Trouperdois... visiblement, ils avaient envie de faire gicler le sang, de tuer hargneusement, d'h&eacute;moglobiner de riants p&acirc;turages et d'abreuver des sillons avec du sang impur. Et au vu de l'emplacement de leur attirail assassinatoire, il n'&eacute;tait "guerre" difficile de deviner leur cible. Oldi et Kaito s'abaiss&egrave;rent pour observer les meurtriers &agrave; travers une meurtri&egrave;re, sans &ecirc;tre vus dans la mesure du possible. Une grande agitation r&eacute;gnait dans ce camp nouvellement apparu; les assauts sanguinaires devaient &ecirc;tre pr&eacute;vus &agrave; une heure imminente.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Va vite chercher les jumelles, dit Oldi. J'ai ma petite id&eacute;e sur ce rassemblement...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Kaito lui ob&eacute;it, partant en trottinant dans les herbes et revenant de la m&ecirc;me d&eacute;marche quelques secondes plus tard avec l'objet optique. Oldi s'en empara et scruta la foule assi&eacute;geuse, &agrave; la recherche de celui qui devait &ecirc;tre responsable de ce brusque int&eacute;r&ecirc;t des Trouperdois pour les manoeuvres militaires. Rapidement, il trouva l'objet de son intuition: Augustin Thymmilou, au milieu des villageois affair&eacute;s, discutant ferme avec le maire Ernest Sessendre. Ne sachant pas lire sur les l&egrave;vres, Oldi ne put pas suivre leur conversation, ce qui n'&eacute;tait pas un mal en soi puisque celle-ci ne lui aurait probablement pas remont&eacute; le moral.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Une heure?!? rugit le milliardaire. Mais enfin, c'est d&eacute;ment! Ne me dites pas qu'il faut encore tout ce temps pour construire un b&ecirc;te pont mobile!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - On fait che qu'on peut, monchieur Thymmilou, r&eacute;pondit Ernest, apeur&eacute; et compl&egrave;tement &agrave; la botte de l'hyst&eacute;rique. On n'a qu'un cheul frai menuichier tans le fillache, alors cha prend tu temps, &eacute;fitemment. T&eacute;ch&agrave; que nous afons t&ucirc; t&eacute;truire pluchieurs te nos capanes te chartin pour les poutres, ainchi que le garache tu fieux Alphonche, et les apris au pord tu lac Apoulquaud, et...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Je m'en moque de vos probl&egrave;mes d'abris c&ocirc;tiers<sup>(2)</sup>! postillonna Thymmilou. Nous aurions d&ucirc; attaquer avant le lever du soleil, votre inefficacit&eacute; m&egrave;ne mon... notre plan &agrave; la ruine! Nous perdons l'avantage strat&eacute;gique!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - L'afantache chtrat&eacute;chique? r&eacute;p&eacute;ta Ernest Sessendre en se grattant la t&ecirc;te au grand dam de sa faune capillaire. Mais ils ne chont que teux cheunes, qui...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - ...sont capables de tout, compl&eacute;ta Thymmilou. Pour le pont mobile, je vous donne trente minutes, pr&eacute;cis&eacute;ment. Au-del&agrave;, je ne tol&egrave;rerai plus le moindre coup de marteau, except&eacute; dans les parties g&eacute;nitales de nos adversaires. Et si je vois quelqu'un durant ce d&eacute;lai faire quelque chose ne concernant pas le montage de nos engins de si&egrave;ge, il aura affaire &agrave; moi, et en ce qui concerne la s&eacute;v&eacute;rit&eacute; de mes punitions, je me contenterai de dire que je n'ai jamais pleur&eacute; devant <em>Bambi</em>... je veux, que dis-je? J'exige que pas un de vos abrutis de citoyens n'aille au toilettes sans emporter avec lui trois planches et une scie sauteuse, et qu'importent les blessures douloureuses car, je le dis tout net, je m'en ficherai comme de ma premi&egrave;re gastro-ent&eacute;rite<sup>(3)</sup>! Compris?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ernest Sessendre baissa les yeux tel un gamin pris en flagrant d&eacute;lit de vol de confitures, puis retourna vaquer &agrave; ses occupations. Thymmilou resta sur place, se pin&ccedil;ant l'ar&ecirc;te du nez (pour se concentrer ou pour &eacute;viter les effluves trouperdoises, difficile &agrave; dire), puis s'engouffra dans une tente afin de m&eacute;diter.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est bien ce qu'il me semblait... Augustin Thymmilou en personne! expliqua Oldi &agrave; Kaito. Ce qu'on pouvait craindre de pire est arriv&eacute;: il s'est alli&eacute; avec les Trouperdois. <br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est pas la joie, conclut Kaito d'un ton las. Qu'est-ce qu'on fait? On ne peut pas se battre contre tout un village! Les scriptophages, d'accord, les chapelles high-tech, d'accord, les filles de riche pourries g&acirc;t&eacute;es, passe encore, mais des centaines de paysans arm&eacute;s des sabots aux rouflaquettes, non!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi acquies&ccedil;a en silence. Apr&egrave;s un bref instant de r&eacute;flexion, il sugg&eacute;ra de voir exactement &agrave; quelle arm&eacute;e les compagnons avaient affaire. Histoire de voir s'ils avaient une chance de s'en tirer avec plus de la moiti&eacute; de leurs organes encore fonctionnels.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Afin de juger de la situation, Oldi et Kaito mont&egrave;rent au sommet du donjon poussi&eacute;reux dominant le ch&acirc;teau, un endroit strat&eacute;gique qu'eussent acclam&eacute; les plus grands archers, tels que Guillaume Tell, Robin des Bois ou Jacques Crozemarie<sup>(4)</sup>. En effet, depuis cet endroit, ils pouvaient avoir une vue d'ensemble du ch&acirc;teau et de ses alentours. Et le spectacle n'&eacute;tait pas vraiment r&eacute;jouissant: les Trouperdois &eacute;taient plus nombreux que pr&eacute;vu. Le village, en bas de la vall&eacute;e, devait &ecirc;tre quasiment vide. La forteresse &eacute;tait entour&eacute;e de tous c&ocirc;t&eacute;s par les engins de guerre les plus vari&eacute;s, du fusil au b&eacute;lier (une arme de l&eacute;gionnaire), et par un nombre de personnes largement suffisant pour les manipuler. Ils &eacute;taient cern&eacute;s.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Pas terrible... vraiment pas terrible, minimisa Kaito. Regarde, l&agrave;, en bas: ils construisent un pont mobile pour pouvoir entrer. S'ils nous rejoignaient, ce serait...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il se tut. Un mot venait de lui venir &agrave; l'esprit, idem pour Oldi: "trappe".<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi et Kaito descendirent en quatri&egrave;me vitesse les escaliers moussus, au risque de se casser une jambe toutes les marches et demi. Ils constat&egrave;rent avec soulagement, arriv&eacute;s en bas, que la trappe par laquelle ils avaient p&eacute;n&eacute;tr&eacute; dans la citadelle &eacute;tait toujours l&agrave;, intacte. Mais certaines des pierres que les compagnons avaient plac&eacute;es la veille pour condamner le passage avaient l&eacute;g&egrave;rement boug&eacute;, signe que quelqu'un avait vainement tent&eacute; de soulever la masse par le dessous.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est bon! soupira Oldi. Visiblement, ils ont essay&eacute; de passer, mais ils ont vite l&acirc;ch&eacute; l'affaire. Aucun risque qu'ils n'entrent par l&agrave;. Mais ils en ont sans doute profit&eacute; pour poster des sentinelles au cas o&ugrave; ont voudrait filer &agrave; l'anglaise...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Oui, donc nous sommes bloqu&eacute;s. Comment ressortir, si ce n'est pas la passerelle qu'ils vont mettre en place? Tu nous vois, empruntant ce pont avec en face des centaines de personnes qui ne veulent pas que tu l'empruntes -m&ecirc;me si tu jures de le rendre?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Euh... j'admets que &ccedil;a pose probl&egrave;me. A moins que... euh, non. Euh, attends...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Visiblement, Oldi cogitait dur. Il tournait en rond comme poss&eacute;d&eacute; par l'esprit d'un derviche, se tapotant le front pour activer les neurones amorphes qui logeaient au-dessous.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - JE SAIS! cria-t'il, tout fr&eacute;n&eacute;tique. Ecoute: on est assi&eacute;g&eacute;s, d'accord? Thymmilou nous veut, c'est un fait, les Trouperdois aussi, eux et l'abominable se sont donc alli&eacute;s, ils ont voulu entrer dans le ch&acirc;teau par le passage souterrain, &ccedil;a n'a pas march&eacute;, alors ils nous sortent le grand jeu, ils construisent une passerelle, et d&egrave;s qu'elle sera finie ils attaqueront le ch&acirc;teau, on pourrait d&eacute;gager l'entr&eacute;e du souterrain et partir par l&agrave;, mais comme je l'ai dit avant, ils ont sans doute mis une surveillance en place, mais la surveillance, c'est si on veut partir en douce uniquement, donc voil&agrave; mon id&eacute;e: on fait croire aux Trouperdois qu'on ne veut pas fuir, mais se battre contre eux, avant qu'ils ne m&egrave;nent leur assaut, nous, depuis notre ch&acirc;teau, on les harc&egrave;le, on les nargue, on leur bazarde tout ce qu'on a sous la main avec de la haine dans les yeux pour faire plus vrai et on leur dit que nous ne sortirons que par la volont&eacute; du bas-peuple ou la force des ba&iuml;onnettes, ils se f&acirc;chent, ils s'y mettent tous pour nous taper dessus, par cons&eacute;quent la surveillance du souterrain se rel&acirc;che, et quand l'assaut est men&eacute; on en profite pour filer en douce avant qu'ils aient compris. Voil&agrave;. Voil&agrave;! Voil&agrave;...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi respira. Enfin. Kaito, qui &eacute;tait parvenu par miracle &agrave; comprendre l'explication malgr&eacute; sa syntaxe affreuse qui n'&eacute;tait vraiment pas caract&eacute;ristique de son ami, haussa un sourcil sceptique et finit par l&acirc;cher platement:<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Sans vouloir te vexer... j'y crois pas trop.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Je te ferai remarquer, dit Oldi avec un zeste de vexation dans la voix, que c'est le seul plan qu'on a. Comme toujours, finalement. Mais il faut bien le mettre en oeuvre si on veut avoir une chance de r&eacute;ussir. Laisse-moi r&eacute;fl&eacute;chir...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi monta sur un proche muret, du haut duquel il avait une vue d'ensemble de la cour du ch&acirc;teau. D'un regard de cam&eacute;ra de surveillance, balayant toute la construction, il pensait. Sa mati&egrave;re grise venait d'atteindre un niveau d'agitation que l'on ne croise plus gu&egrave;re que chez les b&eacute;b&eacute;s secou&eacute;s, tentant d'am&eacute;liorer un plan d&eacute;j&agrave; d&eacute;sesp&eacute;r&eacute; &agrave; l'origine. Oldi resta l&agrave;, statue cogitante sur son pi&eacute;destal effrit&eacute;, puis, soudain, il bondit sur le sol en ordonnant m&eacute;thodiquement:<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Okay, je vois le topo! Kaito, tu vois la herse, l&agrave;-bas? Tu la fermes, et bien!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Mais, &ccedil;a ne les bloquera pas, ils pourront passer &agrave; c&ocirc;t...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Tu la fermes<sup>(5)</sup>! Et il y a une autre herse, l&agrave;-bas, tu fais pareil. Moi, je me charge du reste.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi alla examiner l'entr&eacute;e du souterrain, plus pr&eacute;cis&eacute;ment un reste de colonnette &agrave; proximit&eacute; de la dite entr&eacute;e. Il essaya de d&eacute;gager des pierres de la structure: celle-ci, peu solide et visiblement construite &agrave; la va-vite, n'&eacute;tait gu&egrave;re r&eacute;sistante. D&eacute;gageant m&eacute;thodiquement quelques caillasses, il mit celles-ci de c&ocirc;t&eacute;, en tant que r&eacute;serve de munitions. Kaito, ob&eacute;issant aux ordres de son compagnon, abaissa les herses que son ami lui avait d&eacute;sign&eacute;es, sans comprendre toutefois o&ugrave; il voulait en venir... mais Oldi &eacute;tait si fr&eacute;n&eacute;tique que la moindre question l'aurait mis en rogne.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le maudit, sans mot dire, prit le grand sac de toile que lui et son compagnon avaient amen&eacute;, et en d&eacute;chira une large bande, qu'il noua au pied du piler qu'il avait amput&eacute; &agrave; l'instant de plusieurs de ses briques. Enfin, toujours dans un silence digne d'un moine, il observa la place que lui et son compagnon avaient "arrang&eacute;" selon un sch&eacute;ma inconnu &agrave; part de lui seul. Puis il monta sur un des murs cernant la forteresse, face au camp des Trouperdois, et expulsa de sa bouche les paroles qu'il avait &eacute;conomis&eacute;es en un seul cri, bref mais venant du fond du coeur: <br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - HEY, BANDE DE BLATTES!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tous les Trouperdois &agrave; port&eacute;e de voix d'Oldi regard&egrave;rent en direction de la tour d'o&ugrave; provenait l'insulte. Insulte dans laquelle ils s'&eacute;taient tous identifi&eacute;s, soit dit en passant. Thymmilou et Ernest, qui devisaient sur l'avanc&eacute;e des op&eacute;rations, entendirent eux aussi le beuglement vulgaire et inattendu; le milliardaire r&eacute;prima difficilement un juron similaire.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est pas pour dire, continua Oldi sur le ton de l'ironie, mais moi et mon pote on aimerait bien sortir de ce ch&acirc;teau, on s'ennuie un peu. Mais c'est franchement dur de trouver un passage praticable: pas glorieux, les ponts et chauss&eacute;es de la r&eacute;gion! Pour tout dire, on voulait se fabriquer un pont, mais vous nous facilitez le boulot! Quand vous aurez fini, mettez-le en place et laissez-nous sortir, okay? Mais n'oubliez pas de le d&eacute;sinfecter avant.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les quelques Trouperdois qui connaissaient le mot "d&eacute;sinfecter" grogn&egrave;rent.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Nan, s&eacute;rieusement, continua Oldi (tandis que, derri&egrave;re lui, Kaito sanglotait). Je pense que vous ne nous laisserez pas sortir en paix, n'est-ce pas?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En guise de r&eacute;ponse, trente-deux fourches, sept r&acirc;teaux et quatorze serpes se dress&egrave;rent. Un synonyme complexe de "baston" en langage des signes.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est bien ce qu'il me semblait. Dans ce cas, j'ai l'honneur de vous annoncer que mon ami et moi nous engageons le combat.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi saisit une des caillasses qu'il avait soigneusement mises de c&ocirc;t&eacute; lors de sa liposuccion de colonnette, et le bazarda en direction des populaces assassinatoires. Le parpaing, lanc&eacute; avec pr&eacute;cision, fit un vol plan&eacute; nanti de sept saltos arri&egrave;re au-dessus du ravin cernant le ch&acirc;teau, et atterrit dans l'herbe avec un plof moelleux. Il n'atteignit aucune cible particuli&egrave;re, mais symboliquement, inaugurait la guerre Oldi-Kaito/Trouperdois-Thymmilou. Les villageois &eacute;taient, depuis quelques heures, abrutis par les ordres du dit Thymmilou, et certains commen&ccedil;aient &agrave; se demander s&eacute;rieusement &agrave; quoi rimait tout le travail qu'ils avaient effectu&eacute; avec tant de sueur. Mais cette brique insultante avait raviv&eacute; en eux cette fameuse haine des touristes typique du Trouperdois moyen, et ils ne d&eacute;siraient plus qu'une chose: discutailler avec leurs cibles &agrave; coups de gourdin et d'outils de jardinage.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - H&eacute; bien, ch'est clair, dit Ernest Sessendre en avalant une gorg&eacute;e de salive. Ils che f**tent te nous, ches chales mioches! Ils l'auront foulu! Mais... monchieur Thymmilou... fous n'afiez pas tit qu'ils echaieraient ch&ucirc;rement te ch'enfuir par le chouterrain?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est ce que je croyais, avoua Thymmilou. Ils ont peut-&ecirc;tre essay&eacute; mais fait demi-tour... non, c'est grandement improbable. Avec la surveillance que j'ai mise dans le souterrain, ils se seraient fait attraper, et nous en aurions &eacute;t&eacute; inform&eacute;s. Car vous &ecirc;tes en communication avec les gardes, je crois, mon cher Ernest?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - En effet... che peux les appeler pour f&eacute;rifier, chi fous foulez.<br />&nbsp;<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ernest Sessendre prit un talkie-walkie, mod&egrave;le abandonn&eacute; par feu un touriste de nombreuses ann&eacute;es auparavant, et appela un de ses compagnons, plus pr&eacute;cis&eacute;ment le barman du <em>Poussin &eacute;visc&eacute;r&eacute;</em>:<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Hey, p'tite t&ecirc;te? Ch'est Ernecht. Tis-moi, est-che que quelqu'un a echay&eacute; te pacher tans le chouterrain?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Pas le moins tu monte, che fiens de foir Tapa, il n'a rien remarqu&eacute; te chuchpect. Et il a l'ou&iuml;e fine, Tapa! Chi quelqu'un n'avait fait qu'oufrir la trappe tu ch&acirc;teau, il l'aurait chu tout te chuite. <br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - T'accord... merchi pour l'info.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - A ton cherfiche. Tis, on ch'ennuie, ichi, tu chais. On pourrait pas fous rechointre, fous autres au ch&acirc;teau? Un peu te t&eacute;foulement nous ferait tu pien.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Euh... on ferra, on te recontacte ch'il y a tu neuf.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ernest d&eacute;sactiva son gr&eacute;sillant engin. Thymmilou, qui avait suivi la conversation, se mit &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est &eacute;tonnant... pourquoi n'ont-ils pas au moins essay&eacute; de passer? C'est leur seule issue.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Peut-&ecirc;tre, hasarda Ernest Sessendre, que le pachache est fraiment pouch&eacute;; le ch&acirc;teau est chi fieux, quelque choje a tr&egrave;s pien pu ch'&eacute;crouler chur la trappe.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ou bien ils se sont dout&eacute;s de quelque chose! En tout cas, m&ecirc;me si vos compagnons ont le d&eacute;sir primaire de se d&eacute;fouler, qu'ils ne bougent pas de leur poste, d'accord? <br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - M&ecirc;me pas le parman et ches copains? hasarda Ernest. Fous chavez, Tapa est tr&egrave;s efficache...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Je n'en doute pas.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - ...fous ne penchez pas qu'il cherait chuffijant pour churfeiller le chouterrain? Il prend cha michion au ch&eacute;rieux et...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - J'ai dit: NON. Ils restent TOUS l&agrave;, en bas. C'est clair?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ernest comprit qu'insister serait inutile. C'&eacute;tait officiel: l'assaut serait men&eacute; sur le ch&acirc;teau d'H&eacute;d&eacute;pargne.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est officiel, l'assaut va &ecirc;tre men&eacute; sur le ch&acirc;teau d'H&eacute;d&eacute;pargne! jouissait Oldi. Je suis assez content de moi. Beau discours, non? Il n'y a plus qu'&agrave; passer le temps en attendant l'attaque. Autant &ecirc;tre productifs et leur bazarder ces pierres que j'ai judicieusement mises de c&ocirc;t&eacute;, non?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Kaito ne r&eacute;pondit pas. Non pas qu'il n'ait pas eu envie de parler, c'&eacute;tait m&ecirc;me plut&ocirc;t le contraire. Ayant b&eacute;n&eacute;fici&eacute; durant sa jeunesse d'une &eacute;ducation exemplaire dont la rectitude pourrait servir de fil &agrave; plomb, il cherchait en fait le moyen d'exprimer ses pens&eacute;es &agrave; Oldi sans mots vulgaires et sans attaque physique. Apr&egrave;s un silence de quatre secondes -d&eacute;lai durant lequel il s'imaginait &eacute;crabouillant des escargots, histoire de se calmer les nerfs- il parvint &agrave; articuler d'une langue tremblotante:<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - De quoi passer le temps? Mais mais mais, j'ai une id&eacute;e... n'avait-on pas une potion &agrave; pr&eacute;parer?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi &eacute;carquilla les yeux. Histoire d'enfoncer le couteau dans la plaie, Kaito rajouta:<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Monsieur Oldi, le grand strat&egrave;ge, avait-il pr&eacute;vu dans son plan un d&eacute;lai suffisant pour pr&eacute;parer la fameuse potion, avant d'exciter les sanguinaires d'en face?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi expulsa un juron que la loi de septembre 1946 nous interdit de reproduire ici, puis il courut sans piper mot en direction du sac de toile contenant toutes les affaires du duo. Kaito le suivit en tra&icirc;nant les pieds, arrachant quelques mottes d'herbe pour expulser l'&eacute;nervement qui bouillonnait encore en lui.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Quel abruti, quel abruti, quel abruti! r&eacute;p&eacute;ta Oldi tel un gramophone bloqu&eacute; tout en d&eacute;ballant sur l'herbe le contenu du sac. J'avais oubli&eacute; &ccedil;a... d&eacute;cid&eacute;ment, je fais n'importe quoi quand je crois avoir une bonne id&eacute;e! Kaito, trouve-moi le grimoire et lis-moi la recette pendant que je pr&eacute;pare le mat&eacute;riel et les ingr&eacute;dients...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - J'esp&egrave;re, sinc&egrave;rement, qu'on aura le temps de tout faire. Toi qui as d&eacute;j&agrave; lu attentivement la recette, tu estimes qu'il faudrait combien de temps pour la faire?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Je dirais... une vingtaine de minutes, environ.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Alors, mes braves! Je venais aux nouvelles. Le travail, &ccedil;a avance?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Chuper, monchieur Thymmilou. T'ichi un quart t'heure, on aura fini.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Inutile de dire que l'agitation avait atteint son apog&eacute;e dans les deux camps. D'un c&ocirc;t&eacute;, on aiguisait des fourches, on rabotait des gourdins, on v&eacute;rifiait l'&eacute;tat de ses couteaux de cuisine et on s'envoyait un peu de gn&ocirc;le derri&egrave;re le foulard histoire de se donner chaud aux organes internes; de l'autre, on jetait dans une marmite remplie d'eau ti&eacute;dasse en voie de r&eacute;chauffement des ingr&eacute;dients vari&eacute;s. Fruits, l&eacute;gumes, herbes diverses, sans oublier les trois fameux ingr&eacute;dients qui avaient valu &agrave; Oldi et Kaito tant de p&eacute;rils: bolet Rodravel, poudre d'os de bo&icirc;te cr&acirc;nienne de cyclope m&eacute;diterran&eacute;en, et rubis. A l'ajout du premier de ces trois ingr&eacute;dients, la mixture devint pourpre. Pour le second, jaune &agrave; reflets mordor&eacute;s. Enfin, &agrave; l'ajout du rubis, elle arbora toutes les couleurs du spectre chromatique, jusqu'&agrave; ce qu'Oldi la touille avec une barre d'argent (indiqu&eacute;e par le grimoire) et qu'elle affiche &agrave; la suite de cela une uniforme couleur rouge sang.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est bon, soupira Kaito, la couleur correspond. Et on a fini en avance. Bien, suite des op&eacute;rations?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Il faut placer les ingr&eacute;dients sur les ga&iuml;eres, commen&ccedil;a Oldi. La potion dans celle sur la muraille, l&agrave;-bas, et le livre H&eacute;d&eacute;pargne sur celle du balcon du donjon. La troisi&egrave;me, on verra &ccedil;a plus tard... bon, il est temps que je t'explique ce qu'on a fait avant, avec les herses, et tout &ccedil;a... pour &ecirc;tre s&ucirc;rs que les Trouperdois attaquent, on va continuer de les narguer jusqu'&agrave; ce qu'ils entrent dans le ch&acirc;teau. En fermant les herses, on leur a allong&eacute; le chemin entre l'entr&eacute;e de la forteresse et celle du souterrain. Donc, une fois qu'ils auront p&eacute;n&eacute;tr&eacute; dans la cour, on partira dans le passage secret, et on le condamnera! Tu vois la corde que j'ai fix&eacute;e au pilier? Je l'attacherai &agrave; la trappe quand celle-ci sera ouverte, et en la refermant, la colonnette s'effondrera dessus en condamnant l'entr&eacute;e! R&eacute;sultat: les Trouperdois nous verront encore les humilier lorsqu'ils entreront dans le ch&acirc;teau, et une fois &agrave; l'int&eacute;rieur: personne! J'imagine leurs t&ecirc;tes, surtout celle de ce cher Thymmilou! Le temps qu'ils comprennent qu'on a pris le souterrain, on aura, j'esp&egrave;re, eu le temps d'atteindre la troisi&egrave;me ga&iuml;ere. Je suis impatient de revoir la dod&eacute;capotence! <em>(un silence)</em> ...je ne pensais pas dire &ccedil;a un jour. Bon, allons placer les ingr&eacute;dients! Ne perdons pas de temps! Charge-toi du livre H&eacute;d&eacute;pargne, moi, je transporte la potion magique.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi et Kaito prirent chacun leur objet f&eacute;tiche, et ils partirent chacun de leur c&ocirc;t&eacute;. Oldi alla verser la potion dans la ga&iuml;ere de la muraille, et Kaito monta les escaliers en direction du balcon du donjon. Mais, l&agrave;, une vision terrible l'attendait. Il disposait, de cet endroit, d'une magnifique vue plongeante sur le campement des Trouperdois, et le pont mobile que ceux-ci &eacute;taient auparavant en train de monter &eacute;tait en place, et pr&ecirc;t &agrave; &ecirc;tre ad&eacute;quatement positionn&eacute;. Un simple ordre de Thymmilou et l'attaque du ch&acirc;teau aurait lieu dans la minute.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le livre magique plac&eacute;, Kaito redescendit les escaliers quatre &agrave; quatre pour avertir son compagnon. La phase suivante du plan allait devoir &ecirc;tre avanc&eacute;e.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Oldi! cria-t'il, trois fois de suite histoire d'&ecirc;tre certain d'avoir affaire au bon interlocuteur. Ils sont pr&ecirc;ts &agrave; attaquer!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - D&eacute;j&agrave;? demanda celui-ci en jetant au loin sa marmite vide. Ils sont plus rapides pour faire ce genre de choses que pour &eacute;voluer intellectuellement... remarque, avec un chef comme Thymmilou, on devait s'attendre &agrave; tout. Bon, allons les narguer une derni&egrave;re fois, histoire de leur montrer qu'on est toujours l&agrave; et qu'on ne les a pas oubli&eacute;s. J'esp&egrave;re qu'ils ne nous en voudront pas pour notre absence.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - J'approuve, mon cher. J'approuve...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans le campement, la tension &eacute;tait &agrave; son comble. Tous les Trouperdois attendaient l'ordre de Sessendre ou de Thymmilou qui leur permettait de r&eacute;aliser leur r&ecirc;ve secret: mener un assaut sanguinaire en toute l&eacute;galit&eacute;.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ch'echp&egrave;re qu'ils chont touchours l&agrave;, dit Ernest en tripatouillant un de ses boutons de manchette.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ils le sont, r&eacute;torqua Thymmilou. Vous avez vu cette fum&eacute;e? Je ne sais pas ce qu'ils cuisent, mais &ccedil;a m'&eacute;tonnerait qu'ils l'aient laiss&eacute; sans surveillance.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - En tout cas, che...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Joli pont, n'est-ce pas? dit soudainement une voix.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cinquante-sept yeux se tourn&egrave;rent en direction du ch&acirc;teau d'H&eacute;d&eacute;pargne<sup>(6)</sup>. L&agrave;, accoud&eacute;s mollement &agrave; une muraille, flemmardaient Oldi et Kaito -les touristes traqu&eacute;s, la cible de tout un village- aussi discrets qu'une crise de rire pendant une oraison fun&egrave;bre. Apparemment indiff&eacute;rents &agrave; l'hyst&eacute;rie locale qui pourtant les concernait, ils lorgnaient le paysage d'un oeil quasi-amorphe. Ils auraient regard&eacute; passer des canetons au bord d'un lac qu'ils n'auraient pas eu une attitude diff&eacute;rente.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Quoi, cette passerelle? r&eacute;pondit Oldi &agrave; son ami Kaito en d&eacute;signant du doigt le fatras de planches informes. Oui, pas mal. Assez primaire, je dois dire, mais &eacute;videmment, &ccedil;a a son charme.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Dites, demanda Kaito, votre attaque, l&agrave;, &ccedil;a vient? Pas qu'on s'impatiente, mais...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - On arrife! hurla un Trouperdois, une bouteille &agrave; la main. Et fous feriez mieux te fous planquer, chinon cha fa chier pour fous!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - <em>Ca va scier?</em> feignit Oldi. On veut nous tuer avec une scie? Vu la bouteille que tu tiens &agrave; la main, ce sera pas la scie rouge de sang mais plut&ocirc;t la scie rose du foie, mon poivrot ami... ah non, pardon, ajouta Oldi apr&egrave;s pseudo-explication de Kaito, c'est pas "scier"! C'est pas scier-vident, votre accent, il faut dire...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'&eacute;nervement chez les Trouperdois avait atteint son paroxysme. Une des meilleures mani&egrave;res pour un touriste d'&eacute;nerver un Trouperdois, juste apr&egrave;s lui dire que l'on refuse ses propositions de mariage, est de faire des commentaires sur l'accent local. Cette fois, les habitants de la bourgade allaient oublier toute notion d'&eacute;thique et laisser rugir la b&ecirc;te velue qui se dissimulait en chacun d'eux, pas bien loin sous la surface, il faut le dire.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est pas tout &ccedil;a, mais on aimerait bien que l'attaque commence, histoire de tester notre arme secr&egrave;te... d&eacute;clama Kaito d'un ton mi-impatient, mi-st&eacute;rieux.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un murmure d'inqui&eacute;tude parcourut la populace paysanne. Une arme secr&egrave;te? Il fallait s'attendre &agrave; tout... et les volutes de fum&eacute;e aux couleurs changeantes qui avaient &eacute;man&eacute; de la forteresse durant le quart d'heure pr&eacute;c&eacute;dent n'auguraient rien de bon. Arme chimique extraterrestre? Souvenirs du KGB? Gastronomie anglo-saxonne? Un Trouperdois un peu plus hardi que ses compatriotes hasarda:<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Une arme checr&egrave;te? Quelle arme checr&egrave;te?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ah&acirc;&acirc;&acirc;&acirc;&acirc;! r&eacute;pondit Kaito d'un ton enfantin en agitant l'index. Si on le dit, ce ne sera plus un secret, petit fripon!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Voyons, mon ami, soyons fair-play! dit Oldi avec une moue r&eacute;pugnante. Nous nous faisons la guerre comme au Moyen-&Acirc;ge, et &agrave; cette &eacute;poque, on avait encore la notion d'Honneur, avec un grand H, pr&eacute;cisa Oldi pour les nombreux Trouperdois croyant que le mot s'&eacute;crivait auneur (ils pensaient maintenant &agrave; <em>hauneur</em>). Tu sais, messieurs-les-Anglais-tirez-les-premiers, tout &ccedil;a. Je pense que nous pouvons leur faire part de la nature exacte de notre petit armement de derri&egrave;re les fagots, non?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Certes mon ami, certes. Soyons courtois. Notre arme secr&egrave;te, c'est...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les Trouperdois rest&egrave;rent silencieux, guettant la fin de la phrase ennemie...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - du SAVON! hurl&egrave;rent les comp&egrave;res, faisant suivre leur phrase d'un rire gras et d'un double topons-l&agrave;. Ils ramass&egrave;rent ensuite quelques pierres, qu'ils jet&egrave;rent en direction des Trouperdois outr&eacute;s &agrave; grands renforts de grimaces visqueuses. Aucun de leurs projectiles ne parvint &agrave; destination, les comp&egrave;res visant volontairement le fond du ravin cernant le ch&acirc;teau, mais l'intention &eacute;tait l&agrave;. Attitude peu fair-play, certes, mais lorsque l'on se trouve face &agrave; un paquet de personnes dont le principal but est de nous &eacute;visc&eacute;rer, on finit par oublier les r&egrave;gles de courtoisie les plus &eacute;l&eacute;mentaires.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tous les regards Trouperdois se tourn&egrave;rent vers le duo Thymmilou/Sessendre, les gueux n'attendant qu'un petit signe qui marquerait le d&eacute;but officiel des hostilit&eacute;s sanglantes. Les g&eacute;n&eacute;raux de guerre, qui avaient autant dig&eacute;r&eacute; les paroles du duo que des hu&icirc;tres au chocolat, firent comprendre par un simple hochement de t&ecirc;te bien senti que les guerres Trouperdoises venaient de commencer. Une acclamation hyst&eacute;rique applaudit leur d&eacute;cision, en m&ecirc;me temps que quatre-cent-soixante-dix-sept outils coupants se dress&egrave;rent d'un seul mouvement comme pour d&eacute;clarer la guerre aux cieux. Les cieux, justement, viraient lentement &agrave; l'orang&eacute; du fait de l'approche imminente d'un caillou c&eacute;leste &agrave; la recherche d'une cible.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La passerelle fut mise en place, et enfin, pour la premi&egrave;re fois depuis des si&egrave;cles et des si&egrave;cles (amen), le ch&acirc;teau du mage H&eacute;d&eacute;pargne fut accessible par une voie digne de ce nom! Aussit&ocirc;t, des r&eacute;giments de croquants arm&eacute;s de la t&ecirc;te aux pieds s'engouffr&egrave;rent dans le passage, &agrave; approximativement cinq cents contre deux, une attaque peu &eacute;quitable, voire franchement l&acirc;che que n'oserait qu'une copieuse bande de patates (car les tubercules osent). Oldi et Kaito, eux continuaient &agrave; jeter des pierres dans tous les sens... du moins, jusqu'&agrave; l'entr&eacute;e des premiers sanguinaires dans le ch&acirc;teau. <br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sit&ocirc;t que les premiers assassins &agrave; fourches avaient p&eacute;n&eacute;tr&eacute; la cour int&eacute;rieure, les compagnons abandonn&egrave;rent courageusement leur poste en direction de l'entr&eacute;e du souterrain, &agrave; cinq m&egrave;tres de l&agrave;. Comme Oldi l'avait pr&eacute;vu, les herses closes judicieusement positionn&eacute;es avaient grandement allong&eacute; le chemin entre l'entr&eacute;e de la citadelle et celle du passage minier. Ils avaient juste le temps de fuir sans &ecirc;tre vus... Oldi ouvrit la trappe non sans avoir d&eacute;gag&eacute; les rochers vaguement taill&eacute;s que lui et son compagnon avaient plac&eacute; la veille, puis, la construction de planches ouvertes, il y noua dans une anfractuosit&eacute; le bout de ficelle qu'il avait improvis&eacute;. Kaito s'engouffra dans le passage, tandis que la rumeur de l'assaut paysan grondait de plus en plus fort. Oldi se rendit &agrave; son tour dans le souterrain, et abaissa la trappe.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Du moins, il essaya. Il avait sous-estim&eacute; la r&eacute;sistance du reste de colonne...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il appela &eacute;videmment son compagnon &agrave; l'aide! Les deux fugitifs attrap&egrave;rent chacun un c&ocirc;t&eacute; de la trappe, alors que les cris des Trouperdois en furie devenaient de plus en plus distincts, et autant dire que les mots que les gueux hurlaient n'&eacute;taient pas sp&eacute;cialement rassurants! Moins d'une vingtaine de secondes et ils seraient &agrave; port&eacute;e de fourches! R&eacute;unissant leurs capacit&eacute;s musculaires les plus insoup&ccedil;onn&eacute;es, avec la force de forceps, ils tir&egrave;rent la trappe de bois vers le bas, action ardue &agrave; laquelle m&ecirc;me la force de gravit&eacute; terrestre semblait ne pas vouloir prendre part! Plus qu'une dizaine de secondes avant l'arriv&eacute;e de la horde.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un craquement se fit entendre...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Aussit&ocirc;t, la colonnette de pierre s'effondra sur la trappe, condamnant le passage. Les Trouperdois, assourdis par le bruit caus&eacute; par leurs centaines de jambes, ne remarqu&egrave;rent pas cette destruction architecturale et, arrivant sur place, ne virent qu'un endroit vide. Ne pensant pas au souterrain au premier abord, ils d&eacute;cid&egrave;rent alors de fouiller le reste du ch&acirc;teau, offrant ainsi aux deux compagnons un d&eacute;lai salutaire.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Du moins, si la surveillance du passage secret avait &eacute;t&eacute; rel&acirc;ch&eacute;e. Ce qui n'&eacute;tait, comme ils allaient bient&ocirc;t le d&eacute;couvrir, pas le cas.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi et Kaito, provisoirement heureux dans l'ignorance, se prenaient une petite pause, juste au-dessous de la trappe qu'ils venaient de condamner. Haletants, ils entendaient un &eacute;tage au-dessus les gueux sanguinaires ordonner une fouille compl&egrave;te du ch&acirc;teau.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Bien, c'est parfait, chuchota Oldi afin de ne pas &ecirc;tre entendu, bien que les d&eacute;cibels &eacute;mis par les voisins du dessus aient facilement &eacute;touff&eacute; un quatuor d'organistes. Ils croient toujours qu'on est dans le ch&acirc;teau. Le temps qu'il comprennent qu'on a pris le souterrain et qu'ils en d&eacute;gagent l'entr&eacute;e, on a un petit moment devant nous. J'esp&egrave;re en tous cas que, s'il y avait des gardes dans le souterrain, ceux-ci se sont absent&eacute;s.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Honn&ecirc;tement, je l'esp&egrave;re aussi, dit Kaito en essuyant de la poussi&egrave;re de son &eacute;paule gauche. D'autant plus que maintenant, on ne peut plus faire demi-tour. Franchement, ton plan parfait n'est pas si parfait que &ccedil;a...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - D&eacute;sol&eacute;, mais prendre des d&eacute;cisions relevant de la strat&eacute;gie militaire dix minutes apr&egrave;s mon r&eacute;veil ne fait pas partie de mes attributions! insista Oldi.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Navr&eacute;, je ne voulais pas te vexer, r&eacute;pondit Kaito en essuyant son &eacute;paule droite. Il est bien, ton plan! En passant... comment tu as su comment "arranger" le pilier pour qu'il s'&eacute;croule juste au bon endroit?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Trois g&eacute;n&eacute;rations d'architectes dans la famille, l&acirc;cha simplement Oldi.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - D'architectes ou de d&eacute;molisseurs? ironisa Kaito.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Un peu des deux, je crois, murmura tristement Oldi. Bien! Fini la pause, on a une place de village &agrave; atteindre.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi se leva, et songea int&eacute;rieurement: "pour que le sortil&egrave;ge soit efficace, ils faut que les trois &eacute;l&eacute;ments soient sur les ga&iuml;eres en m&ecirc;me temps... j'esp&egrave;re sinc&egrave;rement qu'aucun des abrutis l&agrave;-haut ne profitera de notre absence pour d&eacute;placer le grimoire ou la potion..."<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tandis qu'au-dessus, l'agitation r&eacute;gnait toujours, Oldi et Kaito descendirent l'escalier en colima&ccedil;on les menant dans les entrailles secr&egrave;tes de Trouperdu. En sens inverse, ils parcoururent &agrave; nouveau les anciennes salles troglodytes qu'ils avaient franchi la veille. Arriv&eacute;s &agrave; mi-parcours, dans une salle ayant visiblement servi de cave &agrave; vin -quelques bouteilles mathusal&eacute;miques et tonneaux du m&ecirc;me m&eacute;tal y reposaient encore religieusement- ils finirent par s'interroger.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Aucun garde, conclut Oldi. Pas le moindre, pourtant on a fait la moiti&eacute; du chemin. M&ecirc;me si ceux qui &eacute;taient ici avaient eu envie de partir au ch&acirc;teau, je m'attendais au moins &agrave; quelques personnes, quatre ou cinq qui seraient rest&eacute;es...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; H&eacute;las, Oldi n'avait pas retenu la le&ccedil;on: lorsque, par miracle, les choses vont bien, se plaindre est la pire chose &agrave; faire. Comme pour r&eacute;tablir le quota de poisse de l'histoire, un bruit sourd<sup>(7)</sup> r&eacute;sonna alors depuis le couloir de sortie de la cave &agrave; vin. Les comp&egrave;res auraient pu esp&eacute;rer un ennui de second ordre, comme un &eacute;boulement ou un b&ecirc;te s&eacute;isme, mais lorsqu'ils s'aper&ccedil;urent que le son de tant&ocirc;t avait la m&ecirc;me fr&eacute;quence que des pas humains, ils comprirent que ce que le pire craignait de pire &eacute;tait &agrave; craindre, voire pire<sup>(8)</sup>. <br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Pour la surveillance du passage, je crains, dit Kaito, qu'ils aient mis&eacute; sur la qualit&eacute; plut&ocirc;t que sur la quantit&eacute;...</p>
<p>&nbsp;</p>
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<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-size: xx-small;">(1) Avec tous les ennuis qu'ils ont depuis le d&eacute;but de cette histoire, ils pourraient faire un catalogue de ce qu'on redoute...<br /><br />(2) D'accord, ce jeu de mots d'arbre fruitier est un peu l&eacute;ger. Mais n'oublions pas que pour les calembours foireux, je suis pommier toutes cat&eacute;gories...<br /><br />(3) Gastro-ent&eacute;rite: commun&eacute;ment appel&eacute;e gastro, maladie ex&eacute;crable caract&eacute;ris&eacute;e par une expulsion r&eacute;guli&egrave;re de mati&egrave;res corporelles inutiles. M&eacute;thode efficace pour perdre du poids, mais n&eacute;anmoins d&eacute;conseill&eacute;e par les nutritionnistes car peu rago&ucirc;tante et ne leur apportant aucun apport financier. Elle revient tous les ans &agrave; la m&ecirc;me p&eacute;riode, d'o&ugrave; son surnom de "fid&egrave;le gastro".<br /><br />(4) Jacques Crozemarie tirait beaucoup &agrave; l'ARC.<br /><br />(5) Libre &agrave; vous de savoir de quoi il parlait.<br /><br />(6) Il y a un borgne &agrave; Trouperdu, Jean Marilepaine, gaillard blond au physique typique, disposant des solides jambes locales, du torse r&eacute;gional et du front national.<br /><br />(7) Assez &eacute;trange finalement, &eacute;tant donn&eacute; qu'un bruit sourd, par d&eacute;finition, on peut pas l'entendre...<br /><br />(8) Relisez, &ccedil;a va venir.</span></p><p class="ta_img"><img border=0 src="http://www.blogg.org/afficher_image.php?id=1151094&amp;img_x="></p>]]></description>
<category>12 - Le livre H&#195;&#169;d&#195;&#169;pargne</category>
<pubDate>Wed, 29 Jul 2009 21:03:40 +0000</pubDate>
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<item>
<title>...article à venir bientôt!</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-23624-billet-1048692.html</link>
<description><![CDATA[<p>...</p>]]></description>
<category>12 - Le livre H&#195;&#169;d&#195;&#169;pargne</category>
<pubDate>Tue, 30 Jun 2009 20:32:23 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-23624-billet-1048692.html</guid>
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<title>Réunion aux bas-fonds</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-23624-billet-1031025.html</link>
<description><![CDATA[<p><strong><span style="text-decoration: underline;"><span style="font-family: book antiqua,palatino;">RESUME DES EPISODES PRECEDENTS:</span></span></strong></p>
<p><strong><span style="font-family: book antiqua,palatino;">Oldi et Kaito sont &agrave; Trouperdu pour pr&eacute;parer la potion qui d&eacute;livrerait ce premier de sa mal&eacute;diction. Mais ils sont bloqu&eacute;s au ch&acirc;teau, et en bas, au village, Augustin Thymmilou r&ocirc;de...</span></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<hr />
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un vent bruyant et d&eacute;sagr&eacute;able soufflait sur le village de Trouperdu. De violentes bourrasques venues d'une zone inconnue des cieux ennuag&eacute;s s'engouffraient dans les ruelles pestilentielles de la cit&eacute;, chassant de leurs bras &eacute;th&eacute;r&eacute;s toutes sortes d'objets et de d&eacute;bris.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C'&eacute;tait une de ces ambiances lourdes et pesantes, o&ugrave; ombres et lumi&egrave;res &eacute;taient indiscernables. O&ugrave; les nuages semblaient se d&eacute;placer en acc&eacute;l&eacute;r&eacute;. O&ugrave; l'on avait l'impression qu'une catastrophe &eacute;tait imminente. Un simple sapin brinquebal&eacute; par les courants &eacute;oliens &eacute;veillait les soup&ccedil;ons d'une terrible temp&ecirc;te... un boeing 747 en flammes sombrant du haut des cieux n'aurait pas jur&eacute; dans le d&eacute;cor. Et tout habitant de Trouperdu qui aurait eu l'id&eacute;e de lever les yeux en direction du ch&acirc;teau d'H&eacute;d&eacute;pargne s'imaginerait vite que les ruines de la b&acirc;tisse allaient se dresser sur deux jambes titanesques, et &eacute;crabouiller la bourgade comme le mioche mal &eacute;lev&eacute; l'innocente fourmili&egrave;re.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais il n'y avait aucun Trouperdois dans les rues du hameau. Tous les notables de la ville - notables, c'est-&agrave;-dire tout le monde, sauf les enfants, &agrave; cette heure-ci endormis &agrave; coups de vieille gn&ocirc;le, et les seniors, qui roupillaient en bavant dans leur chaise habituelle, celle-ci ayant &eacute;t&eacute; plac&eacute;e en g&eacute;n&eacute;ral devant une porte pour &eacute;viter les courants d'air- tous les notables, donc, &eacute;taient r&eacute;unis exceptionnellement dans la grande salle de la mairie du village. <br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il y avait &eacute;galement, fait rarissime, trois personnes dans la zone trouperdoise qui n'&eacute;taient pas originaires de la bourgade (ce qui est un fait rarissime uniquement parce que les &eacute;trangers n'en restent gu&egrave;re tr&egrave;s longtemps, s'installant bien vite et pour longtemps dans l'ossuaire local). Deux de ces personnes, r&eacute;pondant aux noms d'Oldi et Kaito except&eacute; quand il s'agissait de contribuer aux t&acirc;ches domestiques, somnolaient dans une des salles glac&eacute;es du ch&acirc;teau du mage H&eacute;d&eacute;pargne. Recroquevill&eacute;s dans leurs vestes, ils dormaient &agrave; poings ferm&eacute;s tout en esp&eacute;rant secr&egrave;tement qu'un quelconque r&ecirc;ve bien inspir&eacute; leur indique la solution &agrave; leur probl&egrave;me de mat&eacute;riel anti-mal&eacute;diction. Le troisi&egrave;me quidam touriste &eacute;tait un milliardaire peu scrupuleux, &eacute;gocentrique et manipulateur, j'ai nomm&eacute; Augustin Thymmilou. Rappelons que le dit Augustin, peu enclin &agrave; se renseigner sur les coutumes locales, &eacute;tait pass&eacute; directement par la case dod&eacute;capotence, jusqu'&agrave; ce que, ironie! ses voleurs Oldi et Kaito le lib&egrave;rent. Il s'&eacute;tait fait ensuite recapturer, mais ses paroles durant sa br&egrave;ve p&eacute;riode de libert&eacute; avaient agit&eacute; les trois neurones de la dizaine de Trouperdois pr&eacute;sents &agrave; ce moment. Et cela avait davantage d'effets que ce qu'il aurait cru...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ernest Sessendre, maire de Trouperdu depuis plus de trente ans (faute d'adversaires aux &eacute;lections), monta sur l'estrade brinquebalante de la salle poussi&eacute;reuse. Des dizaines de paires d'yeux bouffis &eacute;taient braqu&eacute;s sur son orifice buccal, guettant les paroles qui pourraient les convaincre de savoir comment ils &eacute;taient arriv&eacute;s &agrave; cette r&eacute;union. Ce genre de fait d&eacute;mocratique &eacute;tait rarissime.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Mes fr&egrave;res, commen&ccedil;a Ernest en levant les bras comme s'il voulait se d&eacute;guiser en lettre "Y", chi che fous ai r&eacute;unis che choir, ch'est pour une ponne raichon. Ch'ai... enfin, nous afons tes r&eacute;f&eacute;lachions &agrave; fous faire. Che vous demande t'applautir... (bref instant de suspense, indispensable dans ce genre de moment) ...Auguchtin Marchel Yves Ropert Thymmilou!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Augustin Thymmilou sortit de derri&egrave;re un rideau, souriant comme un gagnant du loto, envoyant de petits signes de main aux gueux bineuronaux. La pluie d'applaudissements esp&eacute;r&eacute;e par le maire &eacute;tait plus que mitig&eacute;e... une br&egrave;ve averse, tout au plus, un arrosage de jardin. Un pipi de m&eacute;sange sur la dalle en b&eacute;ton de l'indiff&eacute;rence. Seul le premier rang, qui avait eu le privil&egrave;ge de se faire embobiner tant&ocirc;t par ce m&ecirc;me Thymmilou, clappait fr&eacute;n&eacute;tiquement. Deux ou trois autres p&eacute;quenauds, plus polis que la moyenne des Trouperdois, tapotaient pour le principe leurs paumes au rythme d'un coeur d'a&iuml;. Les soixante personnes composant le reste de l'assembl&eacute;e se tenaient plus immobiles que jamais, bougeant moins qu'une hu&icirc;tre sous lexomil: les bruits &eacute;mis par la majorit&eacute; de la salle se r&eacute;sumaient &agrave; un enrhum&eacute; et trois p&eacute;tomanes.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Thymmilou s'installa sur l'estrade et observa attentivement son auditoire, un tas de croquants dont les odeurs corporelles leurs garantissaient &agrave; coup s&ucirc;r des places assises dans le bus. Inutile de dire qu'il allait devoir mettre le paquet. Il avait visiblement devant lui des personnes qui &eacute;taient difficiles &agrave; convaincre, et ce m&ecirc;me si la valeur de leur QI ne devait gu&egrave;re d&eacute;passer celle de leur pointure de chaussures. Pour la moiti&eacute; des villageois, on avait tendance &agrave; s'imaginer, en les voyant, s'amusant &agrave; &eacute;trangler des porcs &agrave; mains nues pour occuper leurs longues soir&eacute;es d'hiver... et pour l'autre moiti&eacute;, il &eacute;tait inutile de se l'imaginer car c'&eacute;tait effectivement ce qu'ils faisaient. Augustin Thymmilou avait face &agrave; lui un auditoire aussi expressif qu'une bo&icirc;te de raviolis, compos&eacute; d'une pl&eacute;iade de gueux qui le lorgnaient on ne peut moins lourdement: leurs regards auraient fait couler une plate-forme p&eacute;troli&egrave;re.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais Augustin Thymmilou n'&eacute;tait pas de ceux qui se laissaient impressionner. Loin de l&agrave;! Non seulement il &eacute;tait tr&egrave;s dou&eacute; pour s'adapter &agrave; n'importe quelle situation, mais en plus, il parlait bien. <em>Tr&egrave;s</em> bien. C'&eacute;tait un orateur n&eacute;, un de ceux dont le timbre de voix pouvait faire vibrer les foules, dont les discours &eacute;chauffaient tellement les salles que des &eacute;conomies de chauffage &eacute;taient r&eacute;alisables simplement en pla&ccedil;ant le bonhomme face &agrave; un micro. C'est d'ailleurs gr&acirc;ce &agrave; ce don pour convaincre que Thymmilou avait gagn&eacute; le proc&egrave;s lui attribuant les droits de la roue; et s'il n'avait pas d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; riche comme le roi Salomon, il se serait lanc&eacute; dans la politique. C'&eacute;tait un de ces hommes qui pourraient convaincre Arlette Laguiller de prendre sa carte de l'UMP, Beno&icirc;t XVI de faire la promotion de Durex, Arielle Dombasle qu'elle est belle<sup>(1)</sup>.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le milliardaire inspira avant de commencer son allocution. Il le savait, pour convaincre les foules, il faut leur dire les choses les plus stupides et les plus crues<sup>(2)</sup>... mais cela faisait des ann&eacute;es qu'il n'avait plus eu l'occasion de jouir de ses talents de conf&eacute;rencier. L'occasion &eacute;tait venue de rattraper le temps perdu. L'adr&eacute;naline glouglouta dans ses organes, son coeur acc&eacute;l&eacute;ra, et enfin, apoth&eacute;ose corporelle, ses cordes vocales directement reli&eacute;es &agrave; la partie la plus abjecte de son cortex se mirent en marche.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Bien le bonsoir, mes fr&egrave;res! finit-il par lancer, avec sur la face le sourire typique du moine d&eacute;couvrant les plaisirs de la chair. Merci d'&ecirc;tre venus si nombreux. Pour ceux qui ne me conna&icirc;traient pas, je suis Augustin Thymmilou, milliardaire de son &eacute;tat, vivant actuellement en Bretagne, et qui...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - ...et qui est tonc un <em>tourichte</em>, compl&eacute;ta un paysan du premier rang dont la moustache remuante sugg&eacute;rait qu'on trouvait, quelque part dessous, une bouche.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Des murmures parcoururent l'assistance. Augustin Thymmilou comprit que nier serait inutile; mais d&eacute;tourner les pens&eacute;es des gueux de ce petit d&eacute;tail &eacute;tait largement plus ais&eacute;. Il fallait en venir tr&egrave;s vite au principal.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - ...et, oui, touriste, effectivement, dit-il en d&eacute;signant de la paume de la main le trouble-f&ecirc;te. Mais, bien que votre r&eacute;gion soit fort attirante -je le dis, je le maintiens, je le pense-, ce n'est, h&eacute;las! pas le but de mon voyage. Je pourrais profiter de vos paysages, de votre accueil, de la... charmante gente f&eacute;minine locale...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il accompagna ses paroles en d&eacute;signant de la main une demoiselle du troisi&egrave;me rang. Celle-ci faisait partie de ces femmes qui ne se regardaient que dans du m&eacute;tal poli car le verre &eacute;claterait. Non pas que les demoiselles Trouperdoises soient plus disgracieuses que celles du reste du pays, mais leur ignorance compl&egrave;te des mesures d'hygi&egrave;ne les plus &eacute;l&eacute;mentaires ainsi que les abus de sp&eacute;cialit&eacute;s gastronomiques locales avaient tendance &agrave; les enlaidir fortement avant m&ecirc;me leur dixi&egrave;me printemps.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Non, continua Thymmilou, s'effor&ccedil;ant d'ignorer le signe de la main que la c&eacute;libataire de nagu&egrave;re lui avait adress&eacute;, non, mes amis! Si je suis ici, c'est &agrave; cause d'un monstre, de deux m&ecirc;me, les &ecirc;tres abominables qui se dissimulent l&acirc;chement sous des pseudonymes grotesques, j'ai nomm&eacute; Oldi et Kaito!!!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'assembl&eacute; remua. La salle commen&ccedil;ait &agrave; se r&eacute;chauffer; ce n'&eacute;tait surtout pas le moment pour stopper le chauffage verbal.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Oui, Oldi, avec lequel, m'a-t'on racont&eacute;, vous avez d&eacute;j&agrave; eu des ennuis, s'&eacute;tant enfui l&acirc;chement de votre charmante bourgade! Mais maintenant, il est all&eacute; encore plus loin! Avec un de ses compagnons, qu'il a visiblement contamin&eacute;, il est pass&eacute; de la simple l&acirc;chet&eacute; &agrave; la pure m&eacute;chancet&eacute;, &agrave; la d&eacute;linquance! Cet &ecirc;tre abject s'est en effet, il y a peu, introduit dans ma modeste villa... il y a sem&eacute; la d&eacute;solation la plus totale! Je l'avoue, j'adore les objets anciens, et je poss&egrave;de une modique collection de pi&egrave;ces rares... h&eacute; bien, mes amis, ce Oldi, fou furieux, malade mental, que sais-je? a tout ravag&eacute; sur son passage! Pour son simple plaisir! Des pi&egrave;ces irrempla&ccedil;ables, que les mus&eacute;es du monde entier m'empruntaient r&eacute;guli&egrave;rement, r&eacute;duites en poussi&egrave;re! Et les rares &eacute;l&eacute;ments ayant surv&eacute;cu aux attaques de ces hyst&eacute;riques m'ont &eacute;t&eacute; vol&eacute;s, oui, messieurs-dames, vol&eacute;s! Depuis, et face &agrave; l'inaction incompr&eacute;hensible de la Justice de ce pays, j'ai d&eacute;cid&eacute; de retrouver mes voleurs par mes propres moyens. Voici des jours et des jours que je les traque, et voil&agrave; o&ugrave; j'en suis arriv&eacute;! Je ne sais ce que ce Oldi compte faire avec les pi&egrave;ces qu'il m'a d&eacute;rob&eacute;es, mais rendez-vous compte: il vous nargue en revenant dans votre village, &agrave; votre nez et votre barbe! Qui sait s'il n'a pas l'intention de... d&eacute;truire ce village! Oui, messieurs-dames! Je l'ai vu &agrave; l'oeuvre dans ma villa: aussi destructeur qu'un bazooka! Qui sait ce qu'il pourrait faire!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tous les Trouperdois &eacute;taient suspendus aux l&egrave;vres de Thymmilou... et quasiment tous approuvaient. Des cris extatiques et r&eacute;volutionnaires jaillissaient d&eacute;j&agrave; de-ci de-l&agrave;.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est pourquoi, Trouperdois, Trouperdoises, nous devons agir! La France nous abandonne, Trouperdu r&eacute;agira! Seuls, d&eacute;barrassons-nous de ce Oldi et de son compagnon!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Thymmilou voulut continuer, mais, &eacute;trangement, le silence s'&eacute;tait fait. Tous les regards &eacute;taient tourn&eacute;s vers un vieillard du fond qui, d'un geste de la main, qu&eacute;mandait le droit de parole. Qu'il avait visiblement obtenu.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il s'agissait du vieil Aristide, connu sous le surnom de "le b&acirc;ton" (Aucun rapport avec sa virilit&eacute;. Le vieil Aristide &eacute;tait n&eacute; de parents inconnus, et &eacute;tait st&eacute;rile: "le b&acirc;ton" d&eacute;signait la forme de son arbre g&eacute;n&eacute;alogique). Il &eacute;tait c&eacute;l&egrave;bre &agrave; Trouperdu pour &ecirc;tre le plus grognon des habitants de la bourgade. T&ecirc;tu comme une mule, plus incr&eacute;dule que Saint Thomas, il &eacute;tait rarissime qu'il soit d'accord avec les autres... d'ailleurs, depuis trente ans, il &eacute;tait le seul &agrave; voter blanc aux &eacute;lections locales, alors que les autres Trouperdois avaient pris l'habitude de donner automatiquement leur voix &agrave; Ernest Sessendre. Augustin Thymmilou l'ignorait, mais la persuasion totale de son auditoire ne serait possible qu'apr&egrave;s l'abdication du dit Aristide. Et c'&eacute;tait visiblement mal parti, puisque celui-ci avait quelque chose &agrave; dire.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ch'est bien choli, mais qu'est-che que cha nous apporterait te faire la guerre avec ches teux imp&eacute;chiles? Laichons-les crefer de faim tans leur ch&acirc;teau! Et fous, che rappelle que fous n'afez touchours pas rechpect&eacute; nos coutumes!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est exact, vieil homme, r&eacute;torqua Thymmilou. Mais... r&eacute;fl&eacute;chissez un brin. Ces deux personnages machiav&eacute;liques seraient bien capable d'ourdir quelque complot leur permettant de s'&eacute;chapper. Sinon, pourquoi se seraient-ils enferm&eacute;s dans ces ruines? Quand &agrave; moi, cela ne vous arrangerait &agrave; rien de me pendre. Car je peux vous aider bien plus que vous ne le pensez!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ah oui? Et comment?<sup>(3)</sup><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est simple, je suis riche. Et puissant. Je peux non seulement vous aider pour punir Oldi et ce&nbsp; Kaito, mais &eacute;galement pour tout le reste. Votre &eacute;conomie locale est bas&eacute;e sur le tourisme, non? Pourtant les &eacute;trangers ne se pressent pas! Avouez.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les trois quarts des Trouperdois de la salle d&eacute;couvrirent soudain un int&eacute;r&ecirc;t certain pour leurs chaussures.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est pourquoi, continua l'orateur, je vous aiderai. Je peux mettre en place des campagnes de publicit&eacute; pour votre village! Des d&eacute;pliants! Des flyers! Des spots t&eacute;l&eacute;vis&eacute;s! Apr&egrave;s mes actions marketing, la moindre agence de voyages proposera &agrave; bas prix des randonn&eacute;es pour Trouperdu! Je ferai conna&icirc;tre votre village au monde entier! Les touristes se presseront, vous pourrez r&eacute;aliser de formidables b&eacute;n&eacute;fices! La moindre de vos boutiques quintuplera son chiffre d'affaires! Vos bas de laines seront ventripotents et vos filles trouveront enfin l'&acirc;me soeur!!!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Mouais, ronchonna le vieil Aristide. Et qui nous tit que cha marchera, hein? Et che rappelle que fous &ecirc;tes touchours un tourichte qui a refuj&eacute; nos propojichions, et la coutume est chtricte!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Vous pouvez me faire confiance, reprit Thymmilou. Nous sommes tr&egrave;s proches, vous et moi. Attis&eacute;s par la m&ecirc;me haine d'Oldi et le m&ecirc;me amour de cette bourgade. Quand &agrave; la coutume... cela fait des si&egrave;cles qu'elle existe. Mais vous avez besoin de moi, vous pouvez donc tr&egrave;s bien m'&eacute;pargner... je pense que nous pouvons faire une exception sans que le monde ne s'&eacute;croule l&agrave;, sous nos yeux?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le vieil Aristide se tut et s'assit. Pour la premi&egrave;re fois depuis des dizaines d'ann&eacute;es, il avait &eacute;t&eacute; convaincu<sup>(4)</sup>.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Mes amis, mes compagnons, reprit Thymmilou, plus extatique que jamais, occupons-nous de ce Oldi! An&eacute;antissons-le, r&eacute;duisons-le au silence! Et que lui et son compagnon br&ucirc;lent dans les flammes de l'enfer! Demain, d&egrave;s l'aube, nous agirons! POUR LA GLOIRE DE TROUPERDU!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un tonnerre d'applaudissements et de cris satisfaits r&eacute;sonna dans tout le village. <br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C'&eacute;tait une de ces pluies d'applaudissements que l'Histoire ne conna&icirc;t que trop bien: celle qui est pr&eacute;c&eacute;d&eacute;e par un discours et qui est suivie par un bain de sang.<br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><span style="font-size: xx-small;">(1) Ah? On me signale que c'est effectivement ce qu'elle croit. Elle a d&ucirc; le rencontrer.<br /><br />(2) Cette phrase est tir&eacute;e de "Mein Kampf". C'est juste pour vous donner une id&eacute;e des lectures de chevet du personnage. Au cas o&ugrave; vous auriez loup&eacute; quatre ou cinq articles et que vous le trouviez vaguement sympathique...<br /><br />(3) Phrase non affect&eacute;e par l'horrible accent trouperdois. Profitez-en.<br /><br />(4) La fois pr&eacute;c&eacute;dente &eacute;tait le 5 mai 1967. Il s'&eacute;tait disput&eacute; avec son voisin, qui affirmait contrairement &agrave; lui que le Lombric-Bleu, fromage local, &eacute;tait mauvais pour la sant&eacute; et r&eacute;duisait consid&eacute;rablement la long&eacute;vit&eacute;. Aristide, de rage, avait alors catapult&eacute; sur le cr&acirc;ne de son voisin un &eacute;chantillon de 5 kilos du dit fromage et, voyant de la cervelle se r&eacute;pandre dans le potager mitoyen, avait finalement reconnu que feu son voisin avait raison.</span></p>
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<p><span style="font-size: x-small;">Oh, et avant que j'oublie: petite mise &agrave; jour du <a href="http://eluna.o-n.fr">site d'Eluna!</a></span></p><p class="ta_img"><img border=0 src="http://www.blogg.org/afficher_image.php?id=1129295&amp;img_x="></p>]]></description>
<category>12 - Le livre H&#195;&#169;d&#195;&#169;pargne</category>
<pubDate>Thu, 28 May 2009 21:53:46 +0000</pubDate>
<guid>http://www.blogg.org/blog-23624-billet-1031025.html</guid>
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<title>Retour à Trouperdu</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-23624-billet-1011305.html</link>
<description><![CDATA[<p><strong><span style="font-family: book antiqua,palatino;"><span style="text-decoration: underline;">RESUME DES EPISODES PRECEDENTS:</span><br /><br />Ca y est! Oldi et Kaito ont tous les ingr&eacute;dients. Reste plus qu'&agrave; se rendre au ch&acirc;teau du mage H&eacute;d&eacute;pargne pour y pr&eacute;parer la potion. Mais... o&ugrave; se trouve donc ce ch&acirc;teau?</span></strong></p>
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<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <span style="font-family: georgia,palatino;">TROUPERDU.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Petit village pittoresque, situ&eacute; au centre de la zone triangulaire que forment les hameaux de Diablevauvert, Boudumonde et Trifouillis-les-oies. Bien que m&eacute;connu, Trouperdu n'en reste pas moins une charmante bourgade m&eacute;ritant largement d'&ecirc;tre connue du grand public. En effet, comment ne pas fondre pour ses maisons m&eacute;di&eacute;vales typiques, son climat voluptueux et ses habitants sympathiques? Venez &agrave; Trouperdu, vous ne le regretterez pas!</span><br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Kaito referma son guide touristique.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - H&eacute; bien, dit-il, ce petit village de rien du tout ne m'a pas l'air si dangereux que &ccedil;a... malgr&eacute; ce que tu as pu raconter. Tu sais, quand on &eacute;crit un blog, on exag&egrave;re beaucoup...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Tu crois que je mens, c'est &ccedil;a? r&eacute;pondit Oldi avec une intonation de voix qui en disait long sur son &eacute;tat d'esprit.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le dit Oldi regarda dans les yeux son compagnon d'un air de reproche tr&egrave;s marqu&eacute;, poussa un soupir et saisit la paire de jumelles qui, depuis un moment d&eacute;j&agrave;, tr&ocirc;nait sur un bloc granitique &agrave; port&eacute;e de son bras. Voil&agrave; une petite heure que les comp&egrave;res avaient &eacute;lu domicile entre deux buissons, cinq arbres et quelques ex-poteaux de cl&ocirc;ture moussus, au sommet d'une colline &agrave; proximit&eacute; du village qu'Oldi ne connaissait que trop bien... en face de lui, tout en bas, tr&ocirc;nait l'abominable bourgade, et, tr&egrave;s loin, perch&eacute; au sommet d'un sinistre piton, se d&eacute;coupait sur le ciel ennuag&eacute; la silhouette du castel du mage H&eacute;d&eacute;pargne - la destination finale de leur aventure. <br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Je te signale quand m&ecirc;me, reprit Oldi en minaudant, qu'en bas de ton fameux guide touristique, il est &eacute;crit que cet article a &eacute;t&eacute; &eacute;crit par le maire du village lui-m&ecirc;me! Quelle objectivit&eacute;! Si tu veux, je te fais l'article en version corrig&eacute;e: <em>Trouperdu est un bled abominable, qui est certes relativement agr&eacute;able &agrave; l'oeil au niveau architectural, mais qui souffre de la pr&eacute;sence permanente d'une populace abrutie. Venez d&eacute;couvrir la seule ville du pays o&ugrave; s'applique encore la peine de mort, du fait que tous les &eacute;missaires gouvernementaux ayant tent&eacute; de raisonner les riverains ont fini renvoy&eacute;s &agrave; la capitale par petits colis! Appr&eacute;ciez nos traditions, comme celle de pendre les touristes! Venez &agrave; Trouperdu, vous ne le regretterez pas... apr&egrave;s.</em> Tiens, je vois que tu es dubitatif, alors prends-moi &ccedil;a et lorgne un peu la place du village.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Kaito happa la paire de jumelles tendue par Oldi et s'ex&eacute;cuta. Bien qu'&eacute;loign&eacute;, il &eacute;tait impossible de se tromper quand &agrave; l'exacte nature de l'&eacute;trange objet si&eacute;geant au centre de l'esplanade: la dod&eacute;capotence<sup>(1)</sup>.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Un endroit horrible, reprit Oldi, histoire que son maigre auditoire finisse par &ecirc;tre convaincu par l'atrocit&eacute; du lieu. Un village peupl&eacute; par des habitants si primitifs que si Darwin en avait eu connaissance, il aurait h&eacute;sit&eacute; longtemps avant de parler d'"&eacute;volution"... des moeurs de sauvages obscurantistes qui n'ont pas progress&eacute; d'un orteil&nbsp; depuis une douzaine de si&egrave;cles, des coutumes idiotes r&eacute;gies par les plus primaires des pulsions humaines! Et, pour parfaire le tableau de ces habitants, ajoutons &agrave; cela un physique ingrat, un sens de l'hygi&egrave;ne douteux et un accent plus caricatural que les intonations germaniques de <em>Papy fait de la r&eacute;sistance...</em> accent que, par ailleurs, nous devrons parfaitement imiter au cas o&ugrave; un funeste destin nous obligerait &agrave; nouer la conversation avec des autochtones!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Mais, contesta Kaito avec un certain bon sens, pourquoi se fatiguer? On ne pourrait pas simplement le contourner, ce vil village?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - H&eacute;las! Non. Vois-tu, expliqua Oldi en montrant du doigt la forteresse m&eacute;di&eacute;vale, l&agrave;-bas, c'est le ch&acirc;teau du mage H&eacute;d&eacute;pargne, auteur du livre du m&ecirc;me nom, l'endroit o&ugrave; on doit pr&eacute;parer notre potion. Comme beaucoup de ch&acirc;teaux de cette &eacute;poque, il a fini par &ecirc;tre abandonn&eacute; et les populations locales en ont r&eacute;cup&eacute;r&eacute; les briques, histoire de construire leurs petites maisonnettes... sauf qu'ici, les habitants du village de Trouperdu &eacute;tant d&eacute;j&agrave;, &agrave; l'&eacute;poque, compl&egrave;tement cr&eacute;tins, les premiers &eacute;l&eacute;ments de construction qu'ils ont r&eacute;cup&eacute;r&eacute; &eacute;taient... ceux du pont d'acc&egrave;s! R&eacute;sultat: ils ne pouvaient plus acc&eacute;der au reste du ch&acirc;teau, et comme celui-ci &eacute;tait prot&eacute;g&eacute; par une falaise &agrave; pic, il est rest&eacute; tel quel depuis. La bonne nouvelle, c'est que, comme cette forteresse est en relativement bon &eacute;tat, on n'aura pas trop de mal &agrave; accomplir le rituel une fois l&agrave;-bas.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Si on y arrive! r&eacute;pliqua Kaito, qui lorgnait une fois de plus vers la dod&eacute;capotence. Quelque chose le turlupinait, mais la distance l'emp&ecirc;chait de voir quel &eacute;tait ce petit d&eacute;tail anormal qui l'enquiquinait malgr&eacute; lui...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Oui, on y arrivera! r&eacute;pliqua s&egrave;chement Oldi. Tu ne m'as pas laiss&eacute; finir... quelques ann&eacute;es plus tard, l'aubergiste de la pire taverne du village mourut tragiquement, agress&eacute; par un client acari&acirc;tre auquel il avait servi une bi&egrave;re &agrave; la composition douteuse. Avant de passer l'arme &agrave; gauche &agrave; la suite de ses blessures, il &eacute;crivit un testament dans lequel il r&eacute;v&eacute;lait qu'il existait un passage secret reliant la cave de son auberge et le ch&acirc;teau d'H&eacute;d&eacute;pargne. Ce passage avait &eacute;t&eacute; construit par le mage lui-m&ecirc;me, estimant &agrave; juste titre que c'&eacute;tait une excellente cachette: en effet, l'auberge &eacute;tant immonde, personne ne songerait &agrave; s'y attarder... bref, gr&acirc;ce aux indications du testament, ce passage a fini par &ecirc;tre d&eacute;couvert, et il est encore utilis&eacute;, par les... hum, couples de Trouperdois d&eacute;sirant un rien d'intimit&eacute;. Mais c'est un passage tranquille, peu fr&eacute;quent&eacute; par les touristes qui, de toute mani&egrave;re, finissent &agrave; l'&eacute;chafaud avant de pouvoir commander ne serait-ce qu'un gla&ccedil;on de coca-cola. C'est par l&agrave; qu'on doit passer! Bon, tout est pr&ecirc;t?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Kaito approuva d'un signe de t&ecirc;te. Dans un gros sac en toile qu'il venait de hisser sur son dos se trouvaient, bien prot&eacute;g&eacute;s: le grimoire maudit responsable de la damnation m&eacute;t&eacute;oritique, le second ouvrage r&eacute;cup&eacute;r&eacute; &agrave; Alyneha-sur-Pahragraf, le bolet Rodravel, la poudre d'os de bo&icirc;te cr&acirc;nienne de cyclope m&eacute;diterran&eacute;en, les autres ingr&eacute;dients n&eacute;cessaires &agrave; la potion, ainsi qu'une petite marmite et divers ustensiles de cuisine pour la pr&eacute;paration du breuvage. De la main gauche, Kaito ajusta le bagage sur son &eacute;paule, tandis que de la droite, il colla sous son appendice nasal une des fausses moustaches que lui et son compagnon avaient acquis tant&ocirc;t dans une boutique de la bourgade voisine de Diablevauvert.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - C'est vraiment n&eacute;cessaire, ces moustaches?! demanda Kaito dont l'artifice poilu sub-nasal lui donnait fortement envie d'exp&eacute;dier illico presto ses morves alentours. Ca me chatouille!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Pas le choix, lui attesta Oldi, qui venait lui aussi d'enfiler son d&eacute;guisement raffin&eacute;. Encore, toi, c'est pas grave, mais imagine qu'ils me reconnaissent, moi! Ils m'ex&eacute;cuteraient avec des raffinements de cruaut&eacute;! Malheureusement, nous n'avons plus beaucoup de temps, nous ne pouvons pas nous permettre de chercher plus sophistiqu&eacute;; il n'y a qu'&agrave; esp&eacute;rer que cette fausse pillosit&eacute; et la diff&eacute;rence d'&acirc;ge depuis ma derni&egrave;re visite suffiront &agrave; les induire en erreur. Pourvu que ces Trouperdois ne soient pas physionomistes! Enfin, voyons les choses du bon c&ocirc;t&eacute;: la derni&egrave;re fois, ils m'ont, heu... surtout vu de dos. Ah, oui, et n'oublie pas l'accent!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Che fais echayer te faire tout mon pochible, r&eacute;torqua Kaito en tordant la bouche au risque de faire tomber sa moustache et en remuant les &eacute;paules comme un halt&eacute;rophile, attitude clownesque destin&eacute;e &agrave; d&eacute;tendre quelque peu l'atmosph&egrave;re.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi esquissa un sourire dessous sa demi-lune velue, puis se retourna pour observer le village cauchemardesque. Il prit une grande inspiration, s'imaginant vieillard devant un g&acirc;teau plant&eacute; de quatre-vingt bougies, puis s'engagea sur le petit sentier menant &agrave; la bourgade, suivi de son compagnon ballot<sup>(2)</sup>.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le village de Trouperdu n'ayant gu&egrave;re, architecturalement et moralement, &eacute;volu&eacute; au cours des derniers lustres<sup>(3)</sup>, inutile de dire que les rues du village &eacute;taient identiques aux souvenirs d'Oldi, qui d'ailleurs revoyait ces all&eacute;es dans tous ses cauchemars depuis une semaine environ. Seule modification: le temps gris&acirc;tre rendait la bourgade plus inqui&eacute;tante que jamais. Les avenues pav&eacute;es du lieu, entrecrois&eacute;es anarchiquement, &eacute;taient quasiment vides de toute pr&eacute;sence (in)humaine; seules quelques ombres spectrales d&eacute;ambulaient silencieusement dans les rues, arborant un air abruti &agrave; mi-chemin entre le gueux analphab&egrave;te natif du Texas et le lobotomis&eacute; fra&icirc;chement sorti de la clinique. Le duo travesti marchait silencieusement, surveillant le plus insignifiant de leurs spasmes musculaires, guettant de pr&egrave;s le moindre courant d'air impromptu susceptible d'envoyer choir leur postiche facial, et &eacute;piant discr&egrave;tement les rares badauds, &agrave; la recherche du plus anodin mouvement &eacute;trange qui serait synonyme pour eux de retraite anticip&eacute;e. Heureusement, le moral min&eacute; par le climat maussade, les riverains neurasth&eacute;niques ne leur accordaient gu&egrave;re d'attention; pour tout dire, nos deux h&eacute;ros et les populaces locales s'ignoraient encore plus qu'un maghr&eacute;bin et Jean-Marie le Pen se soulageant c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te dans un urinoir public. Les compagnons purent alors adopter une d&eacute;marche plus d&eacute;tendue, d&eacute;marche qui s'acc&eacute;l&eacute;ra toutefois lorsqu'ils pass&egrave;rent &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la dod&eacute;capotence, engin barbare et r&eacute;trograde auquel ils n'accord&egrave;rent pas le moindre mouvement oculaire pour des raisons ais&eacute;ment compr&eacute;hensibles. Traversant la place principale du village, ils prirent une derni&egrave;re fois leur inspiration avant d'entrer dans l'auberge convoit&eacute;e, <em>Au poussin &eacute;visc&eacute;r&eacute;</em>.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Epouvantable monstruosit&eacute;. L'int&eacute;rieur de l'auberge &eacute;tait si incroyablement r&eacute;pugnant qu'Oldi et Kaito en vinrent presque &agrave; regretter le wagon priv&eacute; de London Mercury. Nul doute que l'inf&acirc;me gargote tenait &agrave; sa r&eacute;putation! D'un int&eacute;rieur cra-cra aux nuances oscillant avec peu d'all&eacute;gresse entre le brun bouseux et le vert waffen ss, la pi&egrave;ce principale baignait dans un brouillard gris&acirc;tre aux relents douteux, brume qui, h&eacute;las! malgr&eacute; son opacit&eacute;, ne masquait gu&egrave;re les d&eacute;tails de la salle. R&eacute;parties anarchiquement et faisant fi de tout sens de l'esth&eacute;tisme, de tristes tables encrass&eacute;es se r&eacute;partissaient dans l'antichambre, si us&eacute;es et ab&icirc;m&eacute;es que m&ecirc;me un menuisier expert serait bien en peine de d&eacute;terminer leur forme d'origine. Chacune de ces tables crasseuses &eacute;tait entour&eacute;e par un quatuor de chaises assorties, et orn&eacute;e d'un petit vase ocre rempli de fleurs depuis longtemps d&eacute;c&eacute;d&eacute;es. Chaque pas d'un des touristes d&eacute;guis&eacute;s soulevait un nuage de poussi&egrave;res, qui lui-m&ecirc;me soulevait le coeur... sur les murs nus pullulaient des moisissures suspectes, et des colonies de bact&eacute;ries en tous genres, si anciennes que certaines donnaient l'impression de bient&ocirc;t inventer la roue et, entre des poutres du plafond, se r&eacute;partissaient quelques nids d'hirondelles masochistes, anosmiques ou tr&eacute;pass&eacute;es. Enfin, d&eacute;tail science-fictionnesque, des humains, ou du moins ce qui s'en rapprochait vaguement, occupaient le lieu. Une petite demi-douzaine, attabl&eacute;s aux diff&eacute;rents meubles, et lorgnant le duo du regard torve du membre du Ku-Klux-Klan devant Obama en meeting, rev&ecirc;tus de loques s'accordant on ne peut mieux &agrave; l'ambiance du lieu, et tenant dans leurs mains, probablement collantes, des chopes in&eacute;l&eacute;gantes au contenu douteux. Au fond de la pi&egrave;ce, mollement accoud&eacute; &agrave; une masse maronn&acirc;tre et chuintante s'apparentant confus&eacute;ment &agrave; un comptoir, un homme que son tablier trou&eacute; permettait d'identifier comme &eacute;tant le g&eacute;rant de la gargote. Ressemblant vaguement &agrave; Monsieur Propre si celui-ci s'&eacute;tait mis &agrave; boire, mais nanti d'une moustache &agrave; faire d&eacute;faillir toutes les soupes du monde, le barman d&eacute;gageait de loin une odeur pestilentielle, m&eacute;lange peu rago&ucirc;tant d'alcools divers, de transpiration et d'autres &eacute;manations corporelles sur lesquelles il serait naus&eacute;eux de s'attarder; une puanteur telle que l'on puisse s'&eacute;tonner que l'individu n'ait pas d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; incarc&eacute;r&eacute; pour fragrant d&eacute;lit. Surmontant leur r&eacute;pulsion fort compr&eacute;hensible, Oldi et Kaito se dirg&egrave;rent d'un pas assur&eacute; vers le f&eacute;tide commer&ccedil;ant.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ponchour, mon fieux! cria joyeusement Oldi, ma&icirc;trisant fort bien l'abominable accent local. Teux pi&egrave;res!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Te la Troupertu chp&eacute;chiale, che chuppoche? r&eacute;torqua le barman d'un air l&eacute;g&egrave;rement hautain.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il renifla bruyamment, se retourna, saisit deux chopes qu'il avait dissimul&eacute;es sous un torchon sale, et les pla&ccedil;a sous une machine aux formes indistinctes. Il pressa un levier rouill&eacute;, et du liquide genre douteux en jaillit pour aller se nicher dans les chopes avec force &eacute;claboussures. La couleur du breuvage ne manqua pas d'inqui&eacute;ter fortement le duo, s'imaginant d&eacute;j&agrave; avec leurs intestins r&eacute;visant les noeuds marins.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Et foil&agrave;! dit le barman en posant virilement le duo de chopes devant les compagnons. <br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Des bulles verd&acirc;tres s'&eacute;chapp&egrave;rent de la surface du breuvage. Une des bulles &eacute;clata au visage d'Oldi et lui &eacute;pila le sourcil droit.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Merc... chi, r&eacute;pondit Oldi, si pris dans ses d&eacute;sagr&eacute;ables pens&eacute;es culinaires qu'il en oublia un instant son accent.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Kaito tiqua... le barman &eacute;galement.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Moui, finit-il par l&acirc;cher platement. Tites-moi... che ne fous ai pas fus choufent, fous? Qui &ecirc;tes-fous?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Nous chommes... les enfants tu fieux Fictor, improvisa Oldi, esp&eacute;rant qu'il existe un Victor dans ce village.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Heureusement, cela semblait &ecirc;tre le cas. Il continua donc:<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - On &eacute;tait partis en foyache, foir le rechte tu monte... on fient te refenir... alors, &eacute;fitemment, les hapitutes...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ah, t'accord, r&eacute;pondit le g&eacute;rant. Puis, changeant de sujet: Pufez tonc, foyons! Elles font che r&eacute;chauffer!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Incapables de faire marche arri&egrave;re, les compagnons port&egrave;rent les chopes &agrave; leur orifice buccal et, ne voulant faire mauvaise figure, y d&eacute;vers&egrave;rent son contenu pestilentiel. Regrettable erreur. Ils eurent aussit&ocirc;t l'impression qu'un combat de bulldozers avait commenc&eacute; sur leur langue... effroyable boisson que m&ecirc;me les pires usines chinoises refuseraient de fabriquer pour non-respect des mesures d'hygi&egrave;ne. Haletant comme une paire de chevaux apr&egrave;s une course hippique, les survivants repos&egrave;rent leurs chopes brusquement sur le comptoir, n'ayant qu'une id&eacute;e en t&ecirc;te: se placer d'eux-m&ecirc;mes sur l'estrade de la dod&eacute;capotence pour abr&eacute;ger le supplice.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ha, ha! rit le barman. Ch'est ch&ucirc;r, ch'est pas te la petite pi&egrave;re! A la capitale, ils n'en font pas te pareilles, hein? Ho ho ho! Et rappelez-fous! La coutume feut qu'on poife toute sa chope en teux gorch&eacute;es cheulement!<sup>(4)</sup><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Chertes, dit Oldi que son cerveau, en accord avec son tube digestif, sugg&eacute;rait de passer directement &agrave; l'essentiel. Tites-moi, dit-il entre deux hal&egrave;tements, nous afons rentez-fous... fous me comprenez! Nous foutrions foir le pachache checret entre l'auperche et le ch&acirc;teau!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - H&eacute;, pas fous teux, quand m&ecirc;me! Pas te cochonneries ichi!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Barbares, r&eacute;trogrades, et maintenant homophobes: les habitants de ce village avaient d&eacute;cid&eacute;ment bien besoin d'une ou deux torgnoles p&eacute;destres dans l'amour-propre.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Notons au passage que Kaito avait profit&eacute; de cette conversation pour r&eacute;pandre discr&egrave;tement le contenu de sa chope sur le sol. Une colonie de bact&eacute;ries qui venait d'inventer le principe de l'agriculture fut d&eacute;cim&eacute;e en une fraction de seconde.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Noooon, r&eacute;pliqua le dit Kaito qui venait de r&eacute;cup&eacute;rer l'usage de ses cordes vocales. Elles arriferont plus tard... mais on v... foudrait tout pr&eacute;parer pour leur fenue! La pr&eacute;jentachion, ch'est e-chen-chiel! T&eacute;corachions et tout le tralala, dit-il en montrant l'imposant sac de toile qu'il avait d&eacute;pos&eacute; derri&egrave;re lui. Hichtoire te mettre te l'ampianche! Ch'est in-dich-pen-chaple pour nouer une ponne relachion!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - L&agrave;, t'accord, acquies&ccedil;a le barman. Che feux bien, mais che tois retroufer la cl&eacute; tu pachache. Ch'est la porte, l&agrave;, dit-il en montrant de son doigt bouffi une anfractuosit&eacute; de l'arri&egrave;re-salle. Cha fa &ecirc;tre coton! Che fous temanterai chuchte teux ou trois minutes... en attentant, cha fera quinje euros. Chacun... les prix ont mont&eacute; tepuis la terni&egrave;re fois. Ch'est la crije!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; N'ayant gu&egrave;re le temps de protester contre ce prix prohibitif, les compagnons mirent la main &agrave; la poche. Kaito, ayant pris l'habitude parano&iuml;aque de se retourner chaque fois qu'il d&eacute;sirait payer quelque chose histoire de rep&eacute;rer un &eacute;ventuel voleur, fit demi-tour un bref instant. Il stoppa. A travers les carreaux de l'auberge recouverts d'une peu rago&ucirc;tante couche de chiures de mouches, il venait de d&eacute;couvrir ce qui le g&ecirc;nait dans la dod&eacute;capotence pr&eacute;c&eacute;demment entraper&ccedil;ue.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un homme y &eacute;tait attach&eacute;.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Kaito donna un coup de coude &agrave; son compagnon qui, voyant &agrave; son tour la victime des villageois barbares, &eacute;carquilla les yeux d'&eacute;pouvante. Donnant ses gages au barman, il lui posa la question qui s'imposait...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Qui est-che? Che monchieur, l&agrave;, attach&eacute; &agrave; la tot&eacute;capotenche...<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Oh, lui? Ch'est notre dernier tourichte! Comme les autres, il n'a pas foulu che plier aux coutumes locales... tant pis pour lui! Cha pentaijon aura lieu che choir, pour notre f&ecirc;te annuelle te l'agneau t&eacute;puchel&eacute;. Fous fientrez, ch'echp&egrave;re? Ichi, on aime le rechpect tes coutumes!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ducon, marmonna Oldi. Puis, d'une mani&egrave;re plus audible: On echayera! Chi on a fini nos pr&eacute;paratifs!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - A la ponne heure! chantonna le barman. Pon, ch'est pas tout, che tois troufer ma cl&eacute;... che refiens tans chinq minutes!<br /><br />Une fois le g&eacute;rant disparu dans les miasmes de l'arri&egrave;re-boutique, Kaito agrippa Oldi pour lui parler (sans accent si possible) &agrave; l'abri des oreilles indiscr&egrave;tes.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Il faut le sauver!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - T'es malade! r&eacute;torqua Oldi. C'est pas le moment! Si on nous voit en train de lib&eacute;rer le prisonnier, on sera rep&eacute;r&eacute;s sur-le-champ et on aura nous aussi droit &agrave; un collier en chanvre! On le r&eacute;cup&egrave;rera plus tard!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Quand? C'est ce soir qu'on lui passe la cordelette au gosier! Profitons-en tant que le temps est encore moche et que personne ne tra&icirc;ne dans les rues! Et puis, le barman nous laisse un r&eacute;pit de par son absence. Tu as bien vu, cette auberge, c'est un d&eacute;potoir innommable, que Dieu me tripote s'il arrive &agrave; retrouver sa fichue cl&eacute; dans le quart d'heure!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi grogna, puis, baissant la t&ecirc;te en soupirant, finit par acquiescer, sa bonne conscience et son &eacute;ducation exemplaire ayant eu raison de la plus &eacute;l&eacute;mentaire prudence. Les d&eacute;guis&eacute;s sortirent de l'auberge en courant, se dirigeant vers l'atroce engin, puis agripp&egrave;rent le pauvre homme victime de l'obscurantisme; il ne bougeait gu&egrave;re, et avait les cheveux coll&eacute;s sur le visage par la sueur, visiblement &eacute;puis&eacute; par une longue lutte.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Pas un mot! dit Oldi alors que la loque humaine levait p&eacute;niblement la t&ecirc;te, apparamment surprise par cette aide impromptue. On va vous lib&eacute;rer, pr&eacute;cisa-t'il, voyant avec soulagement que la corde retenant le malheureux touriste captif &eacute;tait facilement d&eacute;nouable.<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - D&egrave;s que vous serez libre, continua Kaito, taillez-vous! Partez le plus vite possible, sans poser de questions!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr&egrave;s quinze secondes de lutte &agrave; peine acharn&eacute;e, la ficelle artisanale se d&eacute;noua et le prisonnier, libre, se releva de tout son long. D'un geste &eacute;trange, similaire &agrave; ceux de la fillette du <em>Cercle</em>, il r&eacute;arrangea la masse de cheveux qui lui masquait le visage, histoire d'y voir un peu plus clair. Oldi, curieusement, eut l'impression d'avoir d&eacute;j&agrave; vu cet homme...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Des mots, en flashs d&eacute;sordonn&eacute;s, lui revinrent &agrave; l'esprit. Nuit... nuit sombre. Mus&eacute;e. Maison? Mer. Bazooka.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bazooka?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Oh non, dirent en choeur Oldi et Kaito.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - VOUS! hurla Augustin Thymmilou (car, oui, c'&eacute;tait lui), revigor&eacute; par une brusque mont&eacute;e d'adr&eacute;naline. JE LE SAVAIS! MES RENSEIGNEMENTS ETAIENT JUSTES!!!! Voleurs! A pr&eacute;sent, rendez-les moi! RENDEZ-MOI MES OBJETS D'ART!!! beugla fr&eacute;n&eacute;tiquement le milliardaire, saisissant la corde qui avait servi &agrave; le tenir captif, avec l'&eacute;vidente intention de pratiquer la strangulation sur ses sauveurs inesp&eacute;r&eacute;s!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il se jeta sur eux avec la bave aux l&egrave;vres mais, ces derni&egrave;res heures de captivit&eacute; l'ayant fortement &eacute;puis&eacute;, ses jambes tremblotantes vacill&egrave;rent et il finit par choir de tout son long sur les pav&eacute;s chuintants du village... profitant de ce r&eacute;pit inesp&eacute;r&eacute;, Oldi et Kaito firent demi-tour sans se poser de questions et fonc&egrave;rent en direction du bar, bient&ocirc;t poursuivis par le milliardaire hyst&eacute;rique!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ah, la poisse! Pas le choix, dit Oldi rentrant comme une furie dans le bar poisseux, ce n'est pas tr&egrave;s noble mais bon... ALERTE ROUCHE! cria-t'il aux populaces alcooliques de la taverne, LE TOURICHTE CH'EST ECHAPPE!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les loques humaines sortirent brutalement de leur amorphisme &eacute;th&eacute;r&eacute; pour foncer dehors rattraper leur proie! Celle-ci, fort peu encline &agrave; mener un nouvel assaut physique, fut ma&icirc;tris&eacute;e par trois hommes seulement et en quelques secondes, &agrave; la grande d&eacute;ception des gueux n'ayant &eacute;t&eacute; assez v&eacute;loces pour participer &agrave; la r&eacute;cup&eacute;ration. D&eacute;cid&eacute;ment, les touristes semblaient &ecirc;tre rares ici... on se demande pourquoi.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - MAIS NON, BANDE D'ABRUTIS! fulmina Augustin Thymmilou, alors tra&icirc;n&eacute; comme un sac de patates en direction de la dod&eacute;capotence qu'il venait &agrave; peine de quitter. Ce sont EUX que vous devez capturer! Oldi et Kaito! Ce sont des voleurs!<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Oldi?! dit le barman qui venait de ressortir de l'arri&egrave;re-boutique, une cl&eacute; de bronze &agrave; la main. Ch'ai t&eacute;ch&agrave; ententu che nom!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi, comprit vite que s'attarder &eacute;tait une tr&egrave;s, tr&egrave;s mauvaise id&eacute;e... Sans laisser plus de temps pour cogiter au tavernier hygi&eacute;niquement incorrect, il lui bondit dessus et lui arracha la cl&eacute; des mains! Courant vers l'arri&egrave;re-boutique avec son pr&eacute;cieux objet, suivi de Kaito et son bagage, il se dirigea droit vers la petite porte que le g&eacute;rant de la taverne lui avait pr&eacute;c&eacute;demment d&eacute;sign&eacute;e. Les populaces restantes, regaillardies et ayant compris qu'il y avait anguille sous roche, se mirent &agrave; poursuivre les fugitifs &agrave; pr&eacute;sent d&eacute;masqu&eacute;s!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi s'engouffra dans l'anfractuosit&eacute;; apr&egrave;s un virage &eacute;troit se d&eacute;coupait une porte de ch&ecirc;ne ant&eacute;diluvienne, &agrave; moiti&eacute; recouverte de champignons divers et vari&eacute;s. Y fourrant la cl&eacute; en quatri&egrave;me vitesse, il d&eacute;verrouilla l'huis et s'engouffra dans le souterrain, suivi de pr&egrave;s par Kaito... il eut tout juste le temps de claquer la porte au nez des gueux hurlants, et de la verrouiller solidement. Inutile de dire que, de l'autre c&ocirc;t&eacute;, les pouilleux fulminaient! D&eacute;cidant de ne pas s'attarder, le duo s'engouffra dans les souterrains champignonneux, dans lesquels une &acirc;me intelligente avait heureusement install&eacute; l'&eacute;lectricit&eacute;<sup>(5)</sup>.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apr&egrave;s avoir travers&eacute; dans une obscurit&eacute; n&eacute;onn&eacute;e diverses salles &agrave; l'architecture aust&egrave;re mais solide, aux relents de moisissure et d'humidit&eacute;, ils parvinrent finalement &agrave; un escalier en spirale. Une construction d'un &acirc;ge ind&eacute;itermin&eacute;, d'une hauteur difficile &agrave; d&eacute;finir, aux marches raides et rendues l&eacute;g&egrave;rement glissantes par des si&egrave;cles d'infiltrations<sup>(6)</sup>. Puis, apr&egrave;s leur interminable ascension, ils acc&eacute;d&egrave;rent &agrave; une trappe horizontale, l'ouvrirent et, enfin, entr&egrave;rent triomphalement dans l'enceinte du ch&acirc;teau.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tout comme ils l'avaient entendu dire, le castel &eacute;tait, malgr&eacute; son &acirc;ge acceptable, en fort bon &eacute;tat. Mis &agrave; part la v&eacute;g&eacute;tation particuli&egrave;rement pr&eacute;sente, il semblait presque habitable, et seule l'absence marquante de toits, rambardes et autres &eacute;l&eacute;ments de bois trahissait l'&acirc;ge v&eacute;n&eacute;rable des lieux. Oldi et Kaito se regard&egrave;rent. Pas de doute, ils y &eacute;taient. <br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'&eacute;tape finale de leur aventure.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ils condamn&egrave;rent l'entr&eacute;e de la trappe, disposant en vrac quelques lourdes caillasses sur ses v&eacute;n&eacute;rables planches, et s'accord&egrave;rent une pause de dix minutes, &eacute;tendus sur l'herbe, leur fausse moustache &agrave; pr&eacute;sent inutile emport&eacute;e par le vent.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Regardant ce ciel, qui, bient&ocirc;t, ne serait plus un danger.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Bien, dit Oldi, se relevant. Ne perdons plus de temps, et levons cette mal&eacute;diction une fois pour toutes! D'apr&egrave;s le grimoire, nous devons en premier lieu rep&eacute;rer les trois "ga&iuml;eres"; ce sont des sortes de... st&egrave;les magiques, con&ccedil;ues par feu H&eacute;d&eacute;pargne pour sublimer l'effet de ses sortil&egrave;ges. La premi&egrave;re est con&ccedil;ue pour y verser la potion, la deuxi&egrave;me pour accueillir le livre H&eacute;d&eacute;pargne que nous devrons placer dans un logement pr&eacute;vu &agrave; cet effet<sup>(7)</sup>, et la troisi&egrave;me, est faite pour... moi. Je devrai me mettre debout dessus, et une fois ces trois &eacute;l&eacute;ments mis en place, la mal&eacute;diction sera lev&eacute;e! Premi&egrave;re chose &agrave; faire: retrouver ces st&egrave;les, dispos&eacute;es dans le ch&acirc;teau. Elles ressemblent, euh... comment dire?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Ce ne serait pas &ccedil;a? dit Kaito, d&eacute;signant du doigt une des murailles du fort.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sur la dite muraille tr&ocirc;nait, entre deux cr&eacute;neaux, un parpaing qui se diff&eacute;renciait des autres de par ses riches d&eacute;corations. Son sommet, creux, &eacute;tait sans doute aucun destin&eacute; &agrave; recevoir la potion.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Bien vu, dit avec admiration Oldi. Comment tu as devin&eacute;?<br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - Je ne sais pas, r&eacute;pondit Kaito... une intuition. Bon, recherchons les deux autres!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les compagnons se s&eacute;par&egrave;rent. Dix minutes plus tard, Oldi trouva le second, destin&eacute; au livre H&eacute;d&eacute;pargne, sur un balcon &agrave; moiti&eacute; d&eacute;moli du donjon. Mais, h&eacute;las! Une heure plus tard, apr&egrave;s avoir explor&eacute; la b&acirc;tisse de fond en combles, il durent se rendre &agrave; l'&eacute;vidence: la troisi&egrave;me ga&iuml;ere &eacute;tait introuvable!<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oldi, soupirant sans retenue, s'assit sur un muret, compl&egrave;tement d&eacute;sempar&eacute;... aussi d&eacute;sempar&eacute; que Jules C&eacute;sar voyant son fils lui planter un poignard dans la cage thoracique... que Lionel Jospin en 2002... aussi d&eacute;sempar&eacute; que l'aurait &eacute;t&eacute; Adam s'il avait d&eacute;couvert sa st&eacute;rilit&eacute; et donc son incapacit&eacute; totale &agrave; fonder <em>the Adam's family</em>! La quasi-loque humaine fut bient&ocirc;t rejointe par Kaito. Le dit Kaito, lui aussi, &eacute;tait turlupin&eacute;... mais pour une autre raison. Une question le taaraudait depuis tant&ocirc;t: comment avait-il reconnu si vite la ga&iuml;ere? En avait-il... d&eacute;j&agrave; vu quelque part?<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Soudain, l'illumination. Il se leva brusquement.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - JE SAIS OU ELLE EST! cria-t'il, tel Archim&egrave;de dans son bain. <br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Puis, se tournant vers Oldi:<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - ...mais, &ccedil;a ne va pas te plaire. Je l'ai rep&eacute;r&eacute;e avant...<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Instant de suspense.<br /><br />&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; - ...elle est sur la place du village, elle est incluse dans les pierres qui forment la base de la dod&eacute;capotence.</p>
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<p><span style="font-size: xx-small;">(1) Dod&eacute;capotence: invent&eacute;e dans les environs de 1372 par un seigneur particuli&egrave;rement cruel, cet engin permet de pendre douze personnes en m&ecirc;me temps. Tomb&eacute; en d&eacute;su&eacute;tude d&egrave;s la Renaissance, il n'existe aujourd'hui qu'une dizaine de dod&eacute;capotences dans le monde; la plupart tr&ocirc;nent dans des mus&eacute;es, seule celle de Trouperdu est encore utilis&eacute;e, &agrave; la grande fiert&eacute; des gueux autochtones.<br /><br />(2) Ballot dans le sens o&ugrave; il se chargeait des bagages. Quoique...<br /><br />(3) ...lustres pour habitants bas de plafond.<br /><br />(4) car, comme le dit un proverbe local: "Il faut faire t'une pi&egrave;re teux glous"<br /><br />(5) Une id&eacute;e lumineuse.</span></p>
<p><span style="font-size: xx-small;">(6) C'est un passage secret o&ugrave; il y a eu beaucoup de fuites.<br /><br />(7) C'est le livre H&eacute;d&eacute;pargne-logement...</span></p>
<p>&nbsp;</p><p class="ta_img"><img border=0 src="http://www.blogg.org/afficher_image.php?id=1105296&amp;img_x="></p>]]></description>
<category>12 - Le livre H&#195;&#169;d&#195;&#169;pargne</category>
<pubDate>Wed, 15 Apr 2009 23:27:14 +0000</pubDate>
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</item>
<item>
<title>Fermeture définitive...</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-23624-billet-1003972.html</link>
<description><![CDATA[<p>Bon,</p>
<p>pour parler honn&ecirc;tement, j'en ai marre de ce blog... peu d'articles, tant de travail pour un tel r&eacute;sultat...</p>
<p>...je m'arr&ecirc;te donc l&agrave;.</p>
<p>Ainsi, j'aurai plus de temps sans ces futilit&eacute;s et je pourrai me consacrer pleinement &agrave; mes &eacute;tudes pour devenir huissier de justice.</p>
<p>Adieu donc.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>PS: je suis pas vache, je vous livre l'ach&egrave;vement de l'histoire du livre H&eacute;d&eacute;pargne:</p>
<p>&agrave; la fin, tout le monde meurt.</p>]]></description>
<category>12 - Le livre H&#195;&#169;d&#195;&#169;pargne</category>
<pubDate>Wed, 01 Apr 2009 08:58:11 +0000</pubDate>
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</item>
<item>
<title>Pfrout...</title>
<link>http://www.blogg.org/blog-23624-billet-1003790.html</link>
<description><![CDATA[<p>&ccedil;a vient, &ccedil;a vient... la fin de mes &eacute;tudes charg&eacute;es arrive, c'est donc s&ucirc;r cette fois! Rassurez-vous, cet article devrait bien vous plaire!</p>]]></description>
<category>12 - Le livre H&#195;&#169;d&#195;&#169;pargne</category>
<pubDate>Tue, 31 Mar 2009 20:32:46 +0000</pubDate>
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