"L'arbre jaune" (89 x 116 cm)http://www.artabus.com/lamiral
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Philippe Lamiral travaille longtemps par couches successives sur une même toile et fait apparaître l'expression de la peinture ; il opère une transformation de la matière par l'énergie et par la volonté d'aller plus loin. Il peint non plus le sujet mais la « peinture » et s'intéresse de plus en plus à la couleur ! Les paysages archétypes ou les figures qu'on reconnaît sous l'épaisse matière, dans la tradition classique des thèmes de la Peinture lui permettent désormais de peindre sans souci de signification...
Son oeuvre est cotée sur artnet et dans le Guide Meyer.
Philippe Lamiral works for a long time by successive coats on the same painting and creates the expression of the painting; he operates a transformation of the material by the energy and by the will to go farther. He paints either the subject but the "painting" and is interested more and more in the color! The landscapes archetypes or the figures which we recognize under the thick material, in the classic tradition of the subjects of the Painting allow him henceforth to paint carefree of meaning... His work is quoted on artnet and in the Guide Meyer.
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"Mobile home" 2006, Duncan Wylie, huile sur toile, 53 x 74 cm
Duncan Wylie entreprend une recherche picturale sur le thème de l'architecture et plus précisément des architectures. Plus tard, il développe son travail en explorant les effets du temps, mais aussi de l'homme sur ces constructions devenues déconstructions. Ruines, bâtiments éventrés, murs effondrés révèlent un univers de destruction, un monde en ruine et en proie au chaos.
Néanmoins, Duncan Wylie, loin de sacrifier à une forme de mélancolie, investit ses tableaux d'une énergie forte et toujours renouvelée. Cette puissance est le résultat d'une peinture franche et directe dont le raffinement et la subtilité exaltent les vertus de la picturalité.
La diversité des gammes chromatiques et les effets de brosses se jouent alors avec finesse de l'indécision entre figuration et abstraction contribuant à l'énigme des images comme au mystère de leur apparition.
Publié par philippelamiral à 07:03:31 dans EXPOSITIONS | Commentaires (1) | Permaliens
"Le Guitariste" été 1910, Pablo Picasso
Huile sur toile, 100 x 73 cm, centre Georges Pompidou, Paris
"De nos jours, l'on ne va plus à l'asile, on fonde le cubisme."
Pablo Picasso
Pablo Ruiz Picasso, né à Málaga, Espagne, le 25 octobre 1881 et mort le 8 avril 1973 à Mougins, France, était un peintre, dessinateur et sculpteur espagnol. Fondateur du cubisme avec Georges Braque, compagnon d'art du surréalisme, il fut l'un des artistes majeurs du XXe siècle.
La période de Picasso sous influence africaine (1907-1909) est marquée au début par les deux figures du côté droit des Demoiselles d'Avignon, qui ont été inspirées par les masques africains que Picasso possédait.

"Les Demoiselles d’Avignon" 1907, Pablo Picasso
Huile sur toile, 243,9 x 233,7 cm, Museum of Modern Art, New York
Les Demoiselles d’Avignon, l’une des œuvres les plus célèbres de Picasso, constitue à la fois une synthèse du XIXe (l’Olympia de Manet, les scènes de harem composées par Ingres et Delacroix) et une ouverture vigoureuse vers l’art du XXe.siècle. Picasso s’approprie pour les dépasser les innovations de Cézanne et des Fauves. Cette œuvre, qui suscita des réactions passionnées, est le point de départ du cubisme, caractérisé par un langage géométrique et une multiplicité des points de vue.
Picasso représente l’intérieur d’un bordel, inspiré d’une maison close barcelonaise, située dans la carrer Avinyò, qui donne son nom à la toile. Des centaines de travaux préliminaires ont préparé la réalisation presque secrète de cette œuvre. Les genres, nu féminin et portrait de groupe, ne sont pas en eux-mêmes innovants. Ce classicisme des genres rend la rupture formelle plus éclatante. L’espace, meublé par des draperies, est déconstruit, la perspective brisée, voire inexistante. L’accent est mis sur la verticalité. Même la nature morte, au premier plan, semble chuter vers le spectateur.
La provocation est moins dans le thème choisi que dans son traitement. L’absence totale de pudeur des cinq femmes, leurs regards braqués sur le spectateur, sans communication entre elles, obligent celui-ci au voyeurisme, tandis qu’il est lui-même dévisagé. En cela, Picasso est un héritier de l’Olympia de Manet, qui met déjà en scène une prostituée au regard impudique.
Picasso fait fi des canons esthétiques qui président traditionnellement à la représentation du nu féminin. Les corps sont déformés. La femme assise présente à la fois son dos et son visage. L’influence de l’art africain, qui se substitue à celle de l’orientalisme du XIXe siècle, est très nette dans les visages des deux prostituées de droite.
La palette de couleur est assez restreinte. Les couleurs chaudes, du rose pâle à l’ocre rouge, dominent, notamment dans les corps des femmes. Cependant, des couleurs froides, blancs, gris, bleus, qui composent l’essentiel des draperies, offrent un violent contraste. Les formes sont fréquemment soulignées par des contours blancs ou noirs qui accentuent leur déstructuration.
Par leur force et leur nouveauté, les Demoiselles d’Avignon constituent donc une œuvre clé de l’art du XXe siècle.

Publié par philippelamiral à 07:12:48 dans PAROLES DE PEINTRES | Commentaires (1) | Permaliens
"Primrose Hill: High Summer" 1959, Frank Auerbach
Huile sur bois, 91,50 x 122 cm, National Gallery of Modern Art Scotland
Les paysages d'Auerbach sont principalement du secteur nord de Londres qui inclut Primrose Hill, Mornington le Croissant et la Ville Camden, l'emplacement de son atelier. Cette peinture est un du tout premier d'une série des travaux qui dépeignent Primrose Hill. Il a été peint pendant un été long, chaud - les couleurs brillantes et les ombres suggèrent au premier plan les effets de lumière du soleil éblouissant. Après la fabrication de dessins sur l'emplacement, Auerbach élabore les peintures dans son atelier. Un long processus de peinture et ensuite le grattement des couches de peinture pour lui permettre de recommencer, a signifié qu'Auerbach achèverait en moyenne seulement deux ou trois de ces grandes peintures par an.

Frank Auerbach dans son atelier
Frank Auerbach est un peintre anglais né le 29 avril 1931 à Berlin. Son travail est constitué essentiellement de portraits de femmes, de groupes et de paysages urbains autour de son atelier londonien situé à Camden Town. Né dans une famille juive de Berlin, Frank Auerbach est envoyé en Angleterre par ses parents pour échapper aux déportations où ses parents périront. Il quitte l’Allemagne le 7 avril 1939, un mois avant son 8e anniversaire. Il est accueilli à Bunce Court, une école primaire pour réfugiés prés de Faversham dans le Kent ou il est protégé par l’écrivain Iris M. Origo. Il ne reverra jamais ces parents son père Max Auerbach était avocat et sa mère Charlotte Nora Burchardt avait étudié l’Art.
On le remarque alors pour ses dons artistiques dans un style expressionniste et pour ses qualités d’acteur. Il devient citoyen britannique en 1947, étudie l’art à le St Martin’s School of Art à Londres et plus tard au Royal College of Art. Il est profondément influencé par l’attitude de David Bomberg dont il suit les cours à la Borough Polytechnic qui l’encourage à prendre modèle sur Cézanne. Il encourage alors Leon Kossoff son camarade de la St Martin’s à suivre les cours de Bomberg. En 1954 il reprend l’atelier de Leon Kossoff à Camden Town où il travaille toujours aujourd’hui.
Publié par philippelamiral à 06:52:01 dans AUERBACH Frank (école de Londres) | Commentaires (1) | Permaliens
"A-1204" 1989, Maurice Estève
Dessin, Aquarelle sur papier, 43.8 x 55.2 cm
En 1986, la Poste reproduit, sur un timbre, "Skibet", une des oeuvres de Maurice Estève.

Skibet est une ville du Danemark.
"Je ne me sers jamais d'esquisse, je peins directement sur la toile, sans dessin préalable. La couleur s'organise en même temps que les formes. Tout se cherche dans le format en chantier... Chaque œuvre est une suite de métamorphoses... En vérité une toile est pour moi une somme de reprises incessantes qui dure jusqu'à ce que je me trouve devant un organisme que je sens vivant (...) Il n'y a pas chez moi d'image préalable; pas de forme que je souhaite a priori sur une toile. Au moment même où je peins, il s'opère un échange, une conversation s'établit entre moi et le tableau au fur et à mesure que celui-ci s'organise."
Estève, in Estève, Zodiaque, avril 1979
Maurice Estève est élevé par ses grands-parents en pleine campagne berrichonne et acquiert, très jeune, la fibre artistique. Dès 8 ans, il dessine, préférant s'enfermer que de jouer avec ses camarades. A l'occasion d'un séjour à Paris, il visite le musée du Louvre, y rencontre les oeuvres de Chardin, Corot et Courbet, et y découvre sa vocation. A 19 ans, il part en Espagne, pour se libérer de la pression de son père, ouvrier syndicaliste, qui veut faire de lui un typographe.
De retour en France, il vit, pendant près de 20 ans, de petits boulots et se forge sa propre culture artistique. Après avoir subi toutes les influences artistiques majeures de la première moitié du vingtième siècle, parmi lesquelles le surréalisme et le cubisme, l'autodidacte trouve son propre style. Et laisse parler son imagination, à travers ses peintures, mais aussi ses aquarelles, ses dessins et ses papiers collés. Ses oeuvres, entre abstraction et figuration, ont souvent en commun de jouer sur les contrastes, par le choix de couleurs souvent chaudes et vives. En 1970, il reçoit le Grand Prix National des Arts. En 1986, une exposition lui est consacrée au Grand Palais. Et en 1987, il voit s'ouvrir, à Bourges, un musée à son nom.

Maurice Estève en 1960 dans son atelier
Publié par philippelamiral à 08:54:26 dans PAROLES DE PEINTRES | Commentaires (3) | Permaliens
"Le rideau Jaune" 1915, Henri Matisse, huile sur toile, 146 cm × 97 cm
Museum of Modern Art (MOMA), New York
Ils ont regardé Matisse / Une réception abstraite
États-Unis / Europe 1948-1968
15 mars - 14 juin 2009
Musée départemental Matisse
Le Cateau-Cambrésis
Ils ont regardé Matisse met en relation pour la première fois des oeuvres de Matisse avec celles des artistes abstraits de l’après-guerre aux Etats-Unis et en Europe.
À partir de prêts exceptionnels provenant de collections publiques et privées, l’exposition montre l’assimilation du travail de Matisse par les abstraits américains, et comment en retour, à partir des années 60, elle entrera en résonance avec les recherches des artistes européens et américains.
L’exposition analyse comment certaines avancées et problématiques développées par Matisse ont été assimilées dans les œuvres des expressionnistes abstraits américains, permettant ainsi aux deux générations suivantes, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe de les utiliser et de les intégrer dans leurs propres démarches. L’un des aspects les plus fascinants de cette aventure est la façon dont ces générations ont principalement compris et lu Matisse à travers une interprétation abstraite de son œuvre, en ignorant presque totalement son utilisation de la figuration, tout en donnant un nouveau sens à la notion « décoratif » que leurs prédécesseurs avaient généralement rejetée.
L’exposition met en relation étroite un corpus d’œuvres significatif de Matisse (peintures, gouaches découpées, sculptures) et des œuvres précises d’artistes américains et européens réalisées entre 1948 et 1968.
Scandé par quinze oeuvres emblématiques de Matisse (peintures, gouaches découpées, sculptures, oeuvres raphiques), le parcours de l’exposition est composé d’une cinquantaine d’oeuvres réalisées entre 1948 et 1968. Certaines avancées et problématiques développées par Matisse ont été assimilées dans les oeuvres des expressionnistes abstraits américains, permettant ainsi aux deux générations suivantes, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe de les utiliser et de les intégrer dans leurs propres démarches. L’un des aspects les plus fascinants de cette aventure est la façon dont ces générations ont compris et lu Matisse à travers une interprétation abstraite de son oeuvre, en ignorant presque totalement son utilisation la figuration, tout en donnant un nouveau sens à la notion du décoratif que leurs prédécesseurs avaient généralement rejetée et que nombre d’entre eux porteront au-delà du tableau traditionnel. Daniel Buren, Ellsworth Kelly, François Rouan, Frank Stella, Claude Viallat et Jacques Villeglé se sont impliqués dans le projet, tant dans la sélection de leurs propres oeuvres (dont de nombreuses oeuvres inédites provenant de leurs ateliers) que dans celles de Matisse avec lesquelles elles dialogueront. Les collections du musée sont également valorisées, certaines oeuvres étant directement intégrées au parcours de l’exposition, comme Rue du soleil à Collioure qui sera mise en relation avec un grand tableau de Morris Louis ou encore la maquette du vitrail Vigne avec des oeuvres de Viallat et de Rouan.
Scandé par quinze oeuvres emblématiques de Matisse, le parcours de l’exposition est composé d’une cinquantaine d’oeuvres de
Les œuvres proviennent de collections publiques majeures européennes et américaines. Des musées prestigieux comme le Musée National d’Art Moderne, le Metropolitan Museum de New York, le Louisiana de Humlebaek, la Staatsgalerie de Stuttgart, la National Gallery de Washington accordent des prêts d’œuvres exceptionnelles (Rothko, Pollock, Newman, Morris Louis…) qui attestent de la position nationale et internationale du musée départemental Matisse..
Comme un clin d'oeil, l'exposition s'ouvre par un tableau de Matisse "Porte-fenêtre à Collioure" de 1914, qui a tout à fait l'allure d'un tableau abstrait.
"Porte-fenêtre à Collioure" 1914, Henri matisse, Huile sur toile, 116,5 x 88 cm
Musée national d'art moderne de Paris
C'est avec les expressionnistes abstraits Jackson Pollock, Mark Rothko et Barnett Newman que l'apport de Matisse pour le travail direct de la couleur sans intervention du dessin est le plus évident.
Dans une salle, les trois tableaux "Harmonie", ocre, bleue, grise de Matisse sur la danse. A côté, comme un prolongement évident, le "Hors de la toile, numéro 7", une oeuvre monumentale de Pollock où le découpage d'une partie de la toile révèle le support d'aggloméré en suggérant des mouvements de danse.
Pour Rothko - qui a toujours proclamé sa "dette" envers Matisse - la similitude est plutôt à rechercher dans la construction de l'espace.
Selon le commissaire scientifique de l'exposition Eric de Chassey, certains comme Barnett Newman n'ont jamais fait référence à Matisse mais ont "pu s'inspirer de ses avancées alors qu'en retour leur travail a permis une plus grande compréhension des tableaux les moins figuratifs du maître français".
Du côté français, les "nouveaux réalistes" Raymond Hains et Jacques Villeglé se sont réappropriés les gouaches découpées de Matisse dans leur film inachevé "Pénélope" avec losanges et triangles animés.
Le Français d'origine hongroise Simon Hantaï et ses pliages de "Mariales", revient à Matisse par le biais de ses références à Pollock. Ellsworth Kelly retient le pouvoir de fragmenter un ensemble, développé par Matisse dans la version V de la sculpture "Jeannette".
La palette de tons purs avec une structure diagonale encadrant une scène centrale d'"Omega IV" de Morris Louis fait écho aux paysage de Collioure de Matisse. La référence de Claude Viallat à Matisse va jusqu'à la reprise d'un même titre "La vague", qui renvoie aux papiers découpés du maître.
"Matisse a déshinibé beaucoup d'artistes en utilisant les matériaux d'une façon totalement libre", souligne Emilie Ovaere, conservatrice adjointe du musée.
Le rapport avec Daniel Buren - qui affiche une détestation de certains tableaux de Matisse - est moins évident, mais Mme Ovaere retient "l'abolition de la distinction entre couleur et dessin et le goût du travail dans l'espace réel". AFP
À sa mort en 1954, Henri Matisse est unanimement reconnu comme l’un des géants du vingtième siècle. Mais tandis qu’en France il est considéré comme dépassé, loin de la vitalité juvénile du fauvisme, il est perçu aux États-Unis comme un acteur essentiel de l’art le plus récent. Le titre d’un article d'Art News de 1948 – « Henri Matisse. Est-il le plus grand ? » – a d’ailleurs inspiré celui qui, dans les pages du fameux magazine Life de 1949, annonçait pour la première fois publiquement le « triomphe » de la peinture américaine : « Jackson Pollock : est-il le plus grand peintre vivant aux États-Unis ? ».
Ils ont regardé Matisse met en relation pour la première fois des oeuvres de Matisse avec celles des artistes abstraits de l’après-guerre aux Etats-Unis et en Europe. L’exposition montre l’assimilation du travail de Matisse par les abstraits américains, et comment en retour, à partir des années 60, elle entrera en résonance avec les recherches des artistes européens et américains. Scandé par quinze oeuvres emblématiques de Matisse (peintures, gouaches découpées, sculptures, oeuvres graphiques), le parcours de l’exposition est composé d’une cinquantaine d’oeuvres réalisées entre 1948 et 1968.
Certaines avancées et problématiques développées par Matisse ont été assimilées dans les oeuvres des expressionnistes abstraits américains, permettant ainsi aux deux générations suivantes, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe de les utiliser et de les intégrer dans leurs propres démarches. L’un des aspects les plus fascinants de cette aventure est la façon dont ces générations ont compris et lu Matisse à travers une
interprétation abstraite de son oeuvre, en ignorant presque totalement son utilisation de la figuration, tout en donnant un nouveau sens à la notion du décoratif que leurs prédécesseurs avaient généralement rejetée et que nombre d’entre eux porteront au-delà du tableau traditionnel.
Daniel Buren, Ellsworth Kelly, François Rouan, Frank Stella, Claude Viallat et Jacques Villeglé se sont impliqués dans le projet, tant dans la sélection de leurs propres oeuvres (dont de nombreuses oeuvres inédites provenant de leurs ateliers) que dans celles de Matisse avec lesquelles elles dialogueront. Les collections du musée sont également valorisées, certaines oeuvres étant directement intégrées au parcours de l’exposition, comme Rue du soleil à Collioure qui sera mise en relation avec un grand tableau de Morris Louis ou encore la maquette du vitrail Vigne avec des oeuvres de Viallat et de Rouan.
Présentation détaillée de l’exposition
À sa mort en 1954, Henri Matisse est unanimement reconnu comme l’un des géants du vingtième siècle. Mais tandis qu’en France il est considéré comme dépassé, loin de la vitalité juvénile du fauvisme, il est perçu aux États-Unis comme un acteur essentiel de l’art le plus récent. Le titre d’un article d’Art News de 1948 – « Henri Matisse. Est-il le plus grand ? » – a d’ailleurs inspiré celui qui, dans les pages du fameux magazine Life de 1949, annonçait pour la première fois publiquement le « triomphe » de la peinture américaine : « Jackson Pollock : est-il le plus grand peintre vivant aux États-
Unis ? ».
I. Jackson Pollock, Mark Rothko, Barnett Newman:
L’expressionnisme abstrait et l’oeuvre de Matisse
L’exposition Ils ont regardé Matisse présente tout d’abord les aspects matissiens négligés ou oubliés de l’expressionnisme abstrait en se focalisant sur les oeuvres de trois figures majeures de ce mouvement : Jackson Pollock (américain, 1912-1956), Mark Rothko (américain né en Russie, 1903-1970) et Barnett Newman (américain, 1905-1970). Les oeuvres de ces peintres sont fondées sur le libre dialogue du dessin et de la couleur, l’espace « ouvert », l’importance de l’échelle et de la surface (all-over), la capacité de créer un rapport physique direct entre l’oeuvre, le spectateur et le peintre. Ces caractéristiques peuvent être mieux comprises à la
lumière des tableaux et dessins de Matisse. Trois traits matissiens y sont particulièrement prégnants.
La palpitation expansive de l’espace, dont Matisse a notamment fait son sujet dans ses différentes versions de La Danse, revient chez Pollock comme un rythme global, résultat d’une danse littérale au dessus de la toile, qui met fin à ce que Matisse appelait « l’éternel conflit du dessin et de la couleur ». Dans une série méconnue de tableaux dont Out of the Web (Hors de la toile) est l’aboutissement, l’artiste américain va jusqu’à reprendre le principe du découpage de la
surface, faisant couler ses réseaux de peinture sur un fond dont il enlève des parties, vides devenus actifs.
Dans les oeuvres de la maturité, entreprises à partir de 1949 et jusqu’au milieu des années 1950, Rothko vise à créer une surface qui soit comme une respiration. Les rectangles de couleurs superposés y organisent l’échange entre un ailleurs métaphysique et l’espace concret où se trouve le spectateur. En cela, ses compositions, préparées par la série des Multiforms (Multiformes) de 1946-1948, revisitent le motif de la fenêtre abordé par Matisse dans l’ensemble de son oeuvre.
La réduction formelle et la capacité à situer le spectateur dans une relation concrète avec l’espace où il se tient, opérées par Newman à partir de la fin 1948, dans ses tableaux où un « zip » vient « déclarer l’espace », sont synthétisées dans le titre manifeste d’un tableau de 1962 – Not There, Here (Pas là, ici). Elles rejoignent les expérimentations menées par Matisse notamment dans ses oeuvres des années 1910. Elles manifestent une compréhension profonde du projet
matissien, qui a en retour permis que les tableaux les moins explicitement figuratifs du peintre français puissent être considérés comme des chefs-d’oeuvre de l’art occidental.
II. Raymond Hains, Jacques Villeglé, Simon Hantaï, Ellsworth Kelly, Sam Francis,
Morris Louis, Frank Stella : Une réception active
Dans un deuxième temps, l’exposition regroupe des artistes dont les débuts de l’oeuvre se situent à la fin des années 1940, à New York, San Francisco, Washington ou Paris : Raymond Hains (français, 1926-2005), Jacques Villeglé (français, né en 1926), Simon Hantaï (français né en Hongrie, 1922-2008), Ellsworth Kelly (américain, né en 1923), Sam Francis (américain, 1923-1994), Morris Louis (américain, 1912-1962) et Frank Stella (américain, né en 1936). Leur
intérêt pour l’oeuvre de Matisse leur a permis de transcender la transformation de l’expressionnisme abstrait en académisme. Raymond Hains est surtout connu pour avoir posé les prémices de ce qui allait devenir le Nouveau réalisme, quand avec Jacques Villeglé, à partir de 1949, il prélève des affiches lacérées
et déchirées dans la rue pour en faire sans autre transformation des tableaux. Une série d’affiches lacérées de 1957-1958 peut être comprise comme la réappropriation paradoxale des gouaches découpées de Matisse, revues à l’aune du ready-made. En 1950 déjà, le film Pénélope, réalisé en commun par les deux artistes, prenait appui sur des images de Matisse pour les déformer et les transformer en purs rythmes de couleurs.
À la fin des années 1950, Simon Hantaï s’affranchit de l’esthétique surréaliste puis gestuelle qui domine son oeuvre depuis son départ de Hongrie en 1947. Les historiens de l’art se sont généralement accordés pour penser que cette évolution n’avait intégré un rapport renouvelé aux gouaches découpées de Matisse et aux peintures « coulées » de Pollock qu’à la fin des années 1960. Un exceptionnel ensemble de Mariales de 1960-1963, premières oeuvres dans lesquelles
Hantaï a recours au pliage comme méthode exclusive de réalisation du tableau, montre que ce tournant dans son travail s’est opéré plus tôt.
Ellsworth Kelly quitte Boston pour Paris en 1948 où il restera jusqu’en 1954. C’est là qu’il met au point sa méthode artistique fondée sur la création de formes abstraites par prélèvement et transfert de la réalité. Son usage de la forme et de la couleur est lié aux oeuvres tardives de Matisse qu’il découvre et apprécie dès la fin des années 1940. Au tournant des années 1950-1960, il réalise des compositions faites de bandes de couleurs superposées ou d’aplats juxtaposés, ainsi
que des sculptures fondées sur une réduction du même principe, qui manifestent tout particulièrement son intérêt pour les pouvoirs de la fragmentation qu’il admire chez Matisse.
Après avoir été inspiré par Rothko, Sam Francis arrive à Paris en 1950 pour enrichir sa connaissance des artistes français qu’il admire et s’imprégner de l’ambiance des lieux où ils avaient vécu. Il va rapidement faire partie du groupe réuni autour du gendre de Matisse, Georges Duthuit, et être ainsi aux premières loges pour comprendre tous les aspects de l’oeuvre matissien. Ses séries de Peintures bleues [Blue paintings] de 1957-1961 témoignent tout particulièrement de ce
lien. Les formes abstraites, nées de gestes dont les giclures zèbrent la surface, y acquièrent une présence corporelle au vitalisme expansif qui est au coeur de l’esthétique matissienne.
La peinture de Morris Louis a été affectée par sa découverte de celle de Jackson Pollock au début des années 1950. Elle lui permet de dépasser et de transformer ce qu’il avait appris des oeuvres de Matisse qu’il pouvait voir à Washington où il vivait. La série des Unfurleds (Déployées) ainsi que les oeuvres plus hétérogènes qui s’y apparentent, montrent de profondes affinités avec les aspects fauves de l’oeuvre de Matisse, tant par la distribution des couleurs qui laisse la toile
vierge jouer un rôle actif que par la capacité à créer un espace centrifuge.
Lorsque, en 1959, le public new-yorkais découvre les oeuvres du tout jeune Frank Stella, celles-ci ne peuvent apparaître, dans la mesure où elles se composent exclusivement de bandes concentriques noires, que comme un rejet de tout ce qui a précédé, revendiquant l’absence de sentiment et de signification. Mais les oeuvres qui avaient immédiatement précédé, faites d’aplats de couleurs vives, alliaient une touche expressionniste à une ambiance décorative. Cette dernière
se retrouve encore accentuée dans les séries peintes à partir du milieu des années 1960, systèmes dynamiques de bandes aux couleurs acides, en particulier celles dont les titres renvoient au Maroc et évoquent ainsi le séjour marocain de Matisse. S’y affirme la volonté, exprimée par l’artiste lui-même d’utiliser une ligne « vivante et souple » associée à un champ coloré uniforme, de « combiner l’abandon et l’indulgence de Matisse […] avec la force et la pureté de son invention
formelle ».
III. Viallat, Rouan, Tuttle, Palermo et Buren :
Au-delà de la surface
A la fin des années 1960, des artistes comme Daniel Buren (français, né en 1938), Blinky Palermo (allemand, 1943-1977), François Rouan (français, né en 1943), Richard Tuttle (américain, né en 1941) et Claude Viallat (français, né en 1936) portent un regard neuf sur Matisse : se fondant sur les réalisations des années 1940 et 1950, ils sont prêts à mettre en oeuvre les leçons matissiennes au delà de la surface plane du tableau. En France, la galerie Jean Fournier jouera un rôle essentiel dans ce ricochet d’influences : c’est là que Daniel Buren exposera ses premières toiles à rayures en 1966 et que Claude Viallat montrera en 1968 ses toiles non tendues couvertes d’une forme répétée. Ces « motifs-signatures » vont leur permettre d’utiliser de multiples supports et techniques, d’explorer la richesse de la
couleur et de déconstruire l’espace réel comme Matisse l’a fait avec l’espace du tableau.
Vers 1965 Daniel Buren emploie des tissus rayés de couleurs vives qu’il recouvre de peinture ou d’autres matériaux pour dessiner des formes qui ne sont pas sans rappeler celles des grandes gouaches découpées de Matisse. Lorsqu’il abandonne cette méthode pour exposer seulement des morceaux rectangulaires de tissu à bandes dont les deux extrémités ont été peintes, il met en place une logique de l’in-situ qu’il n’a pas cessé d’explorer depuis et dont l’insistance sur
l’importance de l’espace où les oeuvres et les spectateurs cohabitent opère un renouvellement de la notion de décoratif.
Pour réaliser ses premiers hommages à Matisse en 1965, Claude Viallat se tourne lui aussi vers les papiers découpés, et tout particulièrement La Vague de 1952. Il s’agit de toiles tendues sur châssis, rares dans l’oeuvre de l’artiste qui privilégie depuis 1968 la toile – et toutes sortes de tissus – non tendue. Viallat est l’un de ceux dans les années 1960 qui, de ce geste simple - découper à vif dans la couleur - tire les leçons les plus immédiates : le rapport au matériau et le
plaisir de faire. Dans les premières grandes toiles non tendues de 1968 qu’il considère aussi comme des hommages, Viallat combine l’effet plastique du grand format, la répétition all over du motif et la couleur contrastée. Il y transcende la majesté matissienne teintée d’une liberté très proche de Pollock. Si chez Viallat, les hommages à Matisse sont réguliers, ils ne sont pas tous créés avec sérieux et grandiloquence et certains peuvent être proches de la parodie et du détournement.
Ces oeuvres sont une tentative – réussie – de démystification de la notion d’hommage.
C’est le tableau lui-même, la surface plane, que déconstruit François Rouan. A partir de 1965, il réalise des collages de papiers colorés inspirés des gouaches découpés de Matisse et de Josef Albers. Ses oeuvres associent le collage et la peinture mais tendent aussi le tressage. Attaché à la notion de travail et de work in progress, François Rouan montre comment se fait l’oeuvre. Sa réflexion sur la déconstruction de la surface va l’amener à la technique du tressage de toiles entre
elles. Il réalisera une série de toiles tressées de grand format qui marquent une relation sensuelle à la couleur et à l’espace et dans lesquelles on retrouve ce même plaisir de faire, cette liberté face au matériau commune aux artistes qui ont à la fois assimilé Matisse et la peinture américaine.
Au même moment, aux États-Unis, Richard Tuttle conçoit ses monochromes avec une sensibilité toute matissienne, une subjectivité dans les couleurs et dans les formes qui définit un « post-minimalisme sensuel » très proche également de l’univers poétique de Kelly. Dans ses reliefs en bois peint ou dans ses oeuvres en tissu teint, il reprend lui aussi des formes observées et prélevées dans son environnement qu’il « décante ». En nommant explicitement leurs oeuvres,
Kelly et Tuttle transforment de façon poétique la réalité, comme le faisait Matisse dans ses papiers découpés si bien nommés, danseuses, lyre, vigne, vague…
À Düsseldorf, Blinky Palermo est doucement touché par la peinture américaine de l’après guerre, qui lui permet de revisiter profondément l’ensemble de la tradition abstraite. Dans ses Stoffbildern (Tableaux de toile) de 1966-1970, la peinture est littéralement absente puisqu’ils sont faits de l’assemblage de fins morceaux de tissus aux tonalités très délicates, échos des compositions rectangulaires de Rothko et des peintures faites de plusieurs panneaux d’Ellsworth
Kelly. Avec cette série, il rejoint et déplace la manière dont Matisse avait ouvert la couleur en l’allégeant, notamment dans ses intérieurs habités par des tissus et par des figures féminines.
Patricia Prevost
Publié par philippelamiral à 11:42:56 dans EXPOSITIONS | Commentaires (4) | Permaliens
Lena Gieseke Lena,une artiste allemande a réalisé un modèle 3D à partir du tableau de Picasso.
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