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Zébus | 05 septembre 2008

Le plus jeune, le brun, est agressif, m'a-t-on dit. Il charge souvent : qui l'approche, qui le regarde. Les gardiens du troupeau sont partis il y a des années, et à présent les bêtes viennent dans le village chaque soir. Les gardiens devaient les en empêcher, mais ils sont partis : le troupeau reste formé, et il n'y a pas de lion sur l'île. Ils ont dit que leur présence est inutile.
Mais deux fois par semaine, le sol du village entier, jonché d'excréments, doit être balayé, et le crottin brûlé. Cela représente beaucoup de travail. Et le jeune mâle est agressif. Il charge souvent.
Je me suis toujours tenu à l'écart de ce zébu. Si je voulais m'en approcher, un villageois toujours m'en dissuadait. Alors je regardais les enfants qui le coursaient en riant.


 

Publié par merlenvol à 18:34:20 dans Sénégal | Commentaires (0) |

Mangrove | 01 septembre 2008

 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié par merlenvol à 15:42:52 dans Sénégal | Commentaires (0) |

Les fagots | 17 août 2008

"Je lutte puis je sommeille au pays de Senghor
Lorsque la nuit se fait sur les berges du fleuve
où nous voyons glisser la pirogue des poètes
et qu'une main se pose sur l'épaule du temps"
Bruno Doucet


Le soleil couchant lançait avidement des lames dorées entre les bras torsadés des épineux. Assis sur le sol, rêveur, le laissais mes mains fouiller la paille déjà fraîche et mes yeux frayer entre les rais de lumière et les colonnes d'ombre.
"Toubab, toubab !" Les enfants annonçaient la présence de l'homme blanc que je suis. Le me levai, allai à leur rencontre. Bientôt, ils dansaient autour de fagots de bois qu'Alama alignait. Longtemps, elle n'a pas voulu que je l'aide à les porter jusqu'au village. Tous me regardaient, incrédules : les branches sèches et dures, rassemblées en faisceaux incertains, entameraient ma peau de toubab. Comme je ne cédais pas, en riant aux éclats mon escorte se résolut à danser encore.
Dans la cour, Alama a placé un fagot entier sous le grand chaudron et m'a invité d'un geste désinvolte à jeter les autres sur un maigre tas, contre le mur de terre. Alors elle dut préparer le riz et le poisson, le tiéboudien. Alors je dus partir.

Publié par merlenvol à 18:44:45 dans Sénégal | Commentaires (1) |

L'école de Fambine | 29 juillet 2008

 

 

 

Publié par merlenvol à 10:55:16 dans Sénégal | Commentaires (1) |

Objets du quotidien | 08 juillet 2008

                                                               LA TOUPIE

L'enfant marche, les pieds nus, sur le sable chaud. Son pas est lent, indécis, sa direction changeante. Son regard se porte sur l'horizon ocre des terres ou sur celui argenté du fleuve. D'un geste rapide, il tire une ficelle d'une petite bouteille de plastique étêtée. Alors s'anime à l'intérieur une toupie, un noyau de mangue transpercé d'une baguette de bois. C'est là le seul jouet de l'enfant. Et il répète son geste, mécaniquement, cent fois sûrement.  

 

                       LA BRINDILLE

Omar est rentré de la pêche. Il a mangé, bu le thé. Maintenant,  il est assis et regarde distraitement son père qui répare le filet abîmé. D'une brindille écorcée, il polit ses dents, patiemment, avec soin. Plus tard, il ira chez un cousin, ou voir le chantier naval, ou quelque arrivage ; il ira ailleurs. Mais jusqu'au soir, il usera cette brindille sur ses dents déjà lisses et blanches.

 

                                                          L'ARDOISE

Dans un cartable à peine usé, l'écolier porte son ardoise. Elle est son cahier, elle est son brouillon, elle est le petit papier pour faire rire le voisin, et la toile du dessin qui le fait s'évader. Dans l'unique cartable de bien des années, l'écolier garde son ardoise.  


l'école de fambine

                                                                                          LE BATON

« Nous tous, on est passés par le bâton. C'est un peu notre tradition. » Dans les campagnes, c'est au bâton que l'on élève les petits. Il est dans la maison, il est sur les chantiers et dans les champs, il est sur les charrettes, il est aussi dans la salle de classe, « même si on est désolé quand on le fait. » Bien sûr, le bâton qui s'abat fait mal, bien sûr. Mais il ne fait pas pleurer comme le font les cris de la mère, ni désespérer comme le font les absences des parents de l'Occident. Parfois même, l'enfant le prend et assène l'âne de coups, par jeu.

Un jour, l'enfant sera trop grand pour recevoir les coups. Alors il sera fier d'être « passé par le bâton », fier d'être devenu un homme, un homme droit. Un jour, il dit : « C'est le bâton qui m'a fait ! »

 

                                                          LES BIDONS

Une guirlande de bidons longe les murs de la cuisine. Deux fois dans la semaine, elle s'étire au dehors, elle égaie le chemin de ses couleurs vives, et chante jusqu'aux robinets, devant le dispensaire et devant la boutique. Elle promet l'eau pour le riz, pour le thé, pour la douche tiède et la lessive. Elle s'égare parfois sur un ponton, puis dans une pirogue, se rassemble sur quelques charrettes, et longe enfin les murs de quelque cuisine.   

 

Publié par merlenvol à 12:53:44 dans Sénégal | Commentaires (0) |

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