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Lumière des jours

le blog de Jacques Ancet

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Courbe du temps | 12 février 2007

Courbe du temps (1971-1972)   

souvenons-nous toujours de la lumière
sur les fleurs roses du pêcher
de la lenteur des gestes
une main sur un front
de la lenteur des choses
cette lenteur terrible de la vie
comme une boucle qu'on dénoue

 * 

ce jardin où croissait l'anémone
transpercé de silence
nous l'habitons toujours
et chacun de nos gestes devient
un peu plus lent comme l'image
qui s'efface d'un geste ancien
inachevé 

* 

crois-tu que le bonheur habite le sourire
toi qu'un souffle bascule
en deçà de toi-même
tu n'entends pas le bruit que fait la pluie
ni l'appel jaune du coucou après l'orage
en toi les signes se dispersent
lueurs d'une eau qui s'évapore  

* 

écorce et sable le temps crisse
sur la mousse bleue d'un visage
qui écoute bouger les heures
dans un feuillage sans mémoire
la demi sonne au clocher mince
un homme incliné sur les blés
ne voit pas l'ombre remonter
des racines vers le feuillage
un très lent éclair le transperce
dont n'apparaît nulle blessure 

* 

quand le regard devient regard
la main s'arrête un peu
comme pour écouter
la lumière à quatre heures
est l'or déclinant d'un fruit
le ciel plus pur encore
que celui de l'enfance cachée
dans le vert tremblement des poires
sous l'arbre s'incline une tête
selon la courbe de sa vie
vivre vivre blessure lente comme neige 

Publié par Tecna à 10:37:24 dans Livres épuisés | Commentaires (0) |

Le songe et la blessure | 08 février 2007

 Le songe et la blessure (1969-1970)

 

(Nocturne inachevé)

Aujourd'hui le temps saigne sur la vitre.
Un vent d'absence y vient mêler les cendres
d'on ne sait quel feu mort. Un volet grince
et claque par moment. On guette encore
cette rumeur de vie sous les échos
et la rumeur des jours, comme une eau lisse
où vient sauter la pierre. Mais on sait bien
qu'on ne pourra jamais l'entendre.
On reste là quand même, et l'on attend:
peu à peu le soir glisse sur la page,
couvrant les mots et la main qui les trace.

La lampe qu'on allume elle aussi saigne
et les mots s'illuminent un instant.
Puis tout s'éteint. Que crois-tu donc, poète,
qu'une lampe suffit à éclairer
la nuit têtue de l'encre et du destin?
Car tout retombe au centre de la page,
tout se brise toujours, telle la pluie
qui s'est mise à tomber contre la vitre.
On écoute pourtant: le long des murs
le temps suinte et coule; on se regarde
dans le reflet étrange d'un regard.

La nuit est une eau noire où flottent des
lambeaux d'espoirs, des lueurs, des regrets,
des voix perdues, des mains, un froissement
trouble et très lent d'images déchirées,
une lente agonie de chaque chose
en chaque chose et de l'homme en lui-même.
Une porte se ferme. Une fenêtre.
Dans le silence effrayant des paupières,
au bord du puits obscur de la mémoire
dont nul ne sait s'il pourra revenir,
tous se cachent pour perdre leur visage.

La nuit. Le lieu de l'impossible amour
où chaque fois nous nous brûlons en vain.
Tu me souris, mais tu es trop fragile
pour que sans te briser ma main te touche,
ô toi si proche, si lointaine, seule
à l'orée de ce songe où tu m'attends:
un jour de ciel, un silence d'oiseaux,
un champ de terre rouge et un cyprès
dressé contre le mur d'une maison de pierre,
un lent chemin que frôlent nos deux ombres
au cercle d'or d'un éternel été.

 


Mais on vieillit et le songe s'éloigne,
tel un écho de pas dans la rue vide,
léger mais persistant. La main se pose
sur la page inutile où çà et là
sont échoués les mots. Les yeux se ferment.
Il n'y a plus qu'à écouter encore
sous le silence et la cendre des heures
éparpillées, ce feu de la mémoire
craquant très loin, voix de flamme et de braise,
voix d'enfance et de mort. Le vent s'est tu,
la pluie aussi: il faut attendre l'aube.

Publié par Tecna à 10:15:50 dans Livres épuisés | Commentaires (0) |

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