Avenue de France - Paris 13ème.
L'avenue de France qui traverse le secteur désormais remis à neuf du quartier de la Gare, n'est qu'un alignement glacial d'immeubles de bureaux et de logements.
Ça et là, de trop rares cafés et aucun resto véritablement digne de ce nom … car, dans ce quartier administratif c’est la grande réunion des restaurants industriels et le point central de la mal bouffe: salades à la sauce industrielle, lasagnes réchauffées au micro ondes (au fait, à la viande de quel animal … ?), … le tout à des prix excessifs.
Une fausse bonne ambiance règne dans ces établissements, finalement à l’image de ce quartier sinistre et sans âme. Ce décalage viendrait-il de la topographie des lieux ? Peut-être, car l'avenue est bancale. Sur la moitié de son parcours, elle longe en les surplombant les voies ferrées de la gare d'Austerlitz et de là-haut, le panorama ferroviaire ne fait pas rêver.
Si les anciens bâtiments des Grands Moulins et sa Halle aux farines ont été reconvertis assez harmonieusement en campus universitaire, la balafre des voies ferrées fait décidément désordre. Il aurait fallu repenser la séparation de cet ensemble totalement coupé de la ville, à l'opposé des campus américains; dépourvu de vie propre et de la moindre pousse d'herbe, à l'opposé des campus chinois.
Arpentant cette avenue dont on ne voit jamais la fin … j'aurais aimé percevoir l'esquisse d'un sourire ou le début d'une contrariété sur un visage, bref que le monde me parle … mais les individus que l'on croise sur l'avenue de France sont aussi froids et rigides que le tracé de cette artère.
>> L'ennui naquit un jour de l'uniformité ...
>> Désertiques dorsales ...
Publié par barreteau à 09:24:52 dans 75013 | Commentaires (1) | Permaliens
Regards de gaz. Fond de l'impasse Poule - Paris 20ème. (1997)
Le secret de ces petits regards, parfois cachés sous d'anciennes boiseries qui s'ouvrent et se referment mal, s'est perdu. Ils portent souvent un petit monogramme caduc, en fer, où l'on peut lire selon les cas: EAU, GAZ, ou PTT.
Au fond de l'impasse Poule, dans le secteur des impasses de la rue des Haies, après le portail du serrurier, je découvre ces deux regards jumeaux au nom de la "Société du Gaz de Paris".
Ils doivent être là depuis près d'un siècle car La Société du Gaz de Paris n'existe plus depuis 1937, date à laquelle, elle a changée sa dénomination en "Compagnie du Gaz de Paris, Régie intéressée", avant finalement de prendre, en 1946, une raison sociale qui nous est plus familière: "Gaz de France".
A cette époque maintenant lointaine, ces petits regards devaient encore fermer à clé. Leur matricule est resté surchargé de craie blanche pour que les chiffres se détachent de la fonte grise dans laquelle ils sont moulés et qu'ainsi l'employé de l'administration qui effectue les relevés, sache à qui il a à faire.
Aujourd'hui, tout ce secteur du 20ème arrondissement a été rénové, aussi dans l'impasse Poule, ne cherchez pas les regards de gaz … ils n'ont bien évidemment pas été sauvegardés …
>> Le secteur des impasses de la rue des Haies, déjà dans Parisperdu.
Publié par barreteau à 09:20:53 dans 75020 | Commentaires (1) | Permaliens
Au milieu du terre-plein qui sépare la rue des Trois-couronnes de la rue Jean-Pierre Timbaud, presqu'au niveau de la mosquée de la rue Morand, que l'on ne remarque que par quelques détails: ses quatre ouvertures d'un genre mozarabe et de pauvres paires de souliers quittés par des fidèles, je suis abordé par un jeune homme.
Il est grand, barbu et sans conteste de type nord-africain. Il se dit intéressé par mon appareil photo, qu'il veut examiner sous toutes les coutures. Serait-il prêt à me l'acheter, qu'il ne s'y prendrait pas autrement ! Je tiens toutefois le reflex fermement par sa courroie car je n'ai aucune confiance en cet inconnu et en ses airs soupçonneux.
Finalement, il m'avoue pourquoi il m'a abordé. Il ne veut pas que je photographie la sortie des fidèles de la mosquée, en ce vendredi, jour de prières. Je lui dis que je ne suis pas ici pour cela et que mon propos est simplement d'arpenter les quartiers Est de la capitale et de prendre les clichés que le hasard de la balade peut m'offrir.
- "Ok - me dit-il - mais pas la mosquée".
- "Pourquoi pas la mosquée ?"
C'est la question de trop. Le voilà lancé dans une logorrhée, déversant des flots de paroles, des arguments plus ou moins étayés sur l'impérialisme américain, les martyrs de la Palestine, les juifs qui dominent le monde, les français tous racistes, etc. … et il conclut :
- "Donc, mon ami, pas la mosquée."
Mettant fin à cette conversation avec "mon ami", et sans réfuter ses propos, ni accepter sa demande, je passerai devant le lieu de culte en shootant à la volée une rafale de trois images.
Je vous offre ici la mieux cadrée, au nom de la liberté de circuler dans mon pays: démocratique et laïque!
>> Voir aussi sur Parisperdu: " Paris-Dakar"
Publié par barreteau à 09:49:03 dans 75011 | Commentaires (1) | Permaliens
Angle de la rue Emile Lacoste et de la Villa Jean Godart- Paris 12ème. (1996)
Près de la Porte Dorée, un vestige du monde faubourien bas et populo s'accroche encore au coin de la rue Emile Lacoste et de la villa Jean Godart: une droguerie-bazar.
Droguerie-bazar, avouez que l'appellation est exotique. En tout cas, moi elle m'a toujours fait rêver. Et, pour faire encore plus joli, on y accolait parfois le terme "couleurs" : droguerie-bazar-couleurs. Voilà qui a plus d'allure que le nom des grandes surfaces qui ont tué ces petits commerces, je veux parler des Bricorama, Castorama, Décorama … tous affublés du pompeux suffixe grec "orama" laissant penser qu'on pourrait "tout y voir", comme face à un "panorama".
Dans nos droguerie-bazar aussi, on pouvait tout y voir … à condition bien sûr de savoir ce qu'on venait y chercher ! Mes parent venaient-là s'approvisionner en perborate de sodium, un substitut aux détergents et lessives, bien moins onéreux que les Bonux ou les Ariel de l'époque et avec de surcroît, un bien meilleur pouvoir de blanchiment. Mais, depuis déjà plusieurs années, la droguerie-bazar du coin de la rue Emile Lacoste et de la villa Jean Godart n'a pas résisté aux grandes surfaces de la toute proche avenue Daumesnil, et ce … malgré les 1500 couleurs de peintures qu'elle promettait à ses clients !
>> Autre petit commerce, sur Parisperdu.
Publié par barreteau à 15:21:51 dans 75012 | Commentaires (2) | Permaliens
Atelier de Découpe/Emboutissage J. Boquet au 6-10 rue des Lyanes Paris 20ème (juin 1995)
Je parcours un coin particulièrement reculé de la capitale: rue des Prairies, rue Leuck-Mathieu, rue de la Cour-des-Noues …
Aucune lueur ne filtre des parpaings mal joints qui murent toutes les ouvertures des dernières maisons individuelles de ces rues. On bouche la bouche et les yeux des maisons avant de les tuer.
Au 6-10 rue des Lyanes, et aussi Villa de Lyanes, dans une succession de cours encore à demi rustiques, bordées de vieux appentis en bois, on s'affaire à récupérer outils et outillages, à démonter quelques éléments des façades des ateliers dans l'optique plus que probable de leur prochaine démolition.
Déjà, au bout de la rue, c'est toute une partie du quartier qui a été reconstruit, conçu par des urbanistes pour leur honte et l'exécration de leur mémoire …!
>> Voir aussi sur Parisperdu: "Des fenêtres semblables à des yeux sans pensée".
>> Ce monde n'a pas totalement disparu …
Publié par barreteau à 14:57:42 dans 75020 | Commentaires (2) | Permaliens
ParisPerdu aurait pu s'appeler ParisVolé car s'il est désormais souvent impossible de porter "ce certain regard" sur l'Est de Paris , c'est que ce Paris a été dérobé par toutes les "avancées de la modernité".
Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée. La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.
Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...
"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant."
Pier Paolo Pasolini
Parisperdu: en savoir +
Toutes les photos sont de l'auteur :
© Pierre Barreteau,
sauf mention particulière.
Vignette d'accueil:
Photo André Kertész © Claude Eveno
Sauf mention contraire,
le contenu de ce blog
est sous contrat:
Creative Commons![]()
Territoires arpentés: ![]()

Les Lieux retrouvés de Parisperdu:
Services partenaires:![]()
Autre Blog:
PertiNantes
Retrouvez Parisperdu sur:
![]()

Parisperdu recommandé par:

blogs à part

![]()
![]()
Une sélection "Photo" de
Sélection: Le top des blogs parisiens
![]()

Coup de coeur de:
NetKulture
"un monde à part... surprenant ... insolite... un autre regard"
Elu
Le Site du Jour
"Un Blog nostalgique, très élégant, et parfois acide qui donne à voir la transformation de Paris"

Classé "TOP" par la rédaction

Depuis le 14-11-2005 :
5266937 visiteurs
Depuis le début du mois :
43651 visiteurs
Billets :
583 billets
Vous avez dit ...