VISION PARTICULIERE DU POETE - 1 -
Le poète est celui qui est toujours prioritairement solitaire, habitant d'un no man's land. S'il en sort parfois, c'est pour être moins seul que l'ermite, il n'est ni en religion, ni en exclusion. Sa quête est sans définitions, sans démonstrations, sans conclusions, elle est dans l'ouverture de portes paradoxales, de ses impressions à la refondation des choses de la vie dont aucune pour lui n'est banale.
Parfois il a des messages à délivrer, secrets, regrets trop lourds à porter seul à cœur ouvert, à cœur souffrant, attraits, extraits de vie trop beaux pour les conserver égoïstement. S'il se confie, c'est d'abord au soleil levant, au soleil couchant, à l'étoile, à la mer, et le plus souvent, le plus volontiers au vent. Et c'est une partie de lui qui parle à une autre.
Il espère au mieux que quelqu'un au passage saisisse ses invitations de voyages, ou vienne en voisin, en curieux, en ami, sur ces chemins, en ses jardins sans savoir si quelqu'un le comprendra vraiment. Toujours question de mots insuffisants, traîtres innocents, d'effets parasitant ou contrariant ? Bien sûr, c'est évident ... Mais c'est surtout qu'il faudra du temps, et du temps, et du temps ... Tout ce temps qui le dépasse certainement, au-delà de son maigre temps qui à son terme fait vieux tout enfant, et l'homme debout vivant, tout d'un coup pauvre corps gisant ...
Qu'importe ! Il est déjà parti, loin, depuis longtemps ... Non pas qu'il soit misanthrope, mais parce qu'il est difficile de rester héliotrope et jusqu'au bout enfant, au milieu du monde des tracas, des cris, des fracas, des peurs, des déchirements ...
Et puis peut être qu'il est finalement meilleur poète quand il se tait, se plait de contemplations, et d'interrogations. Il se sait toujours en retrait de ses visions, de ses émotions quand il veut les exprimer ...
Et puis peut être qu'il est poète vainement dans un monde qui sans lui tourne, et tourne, et se fiche souverainement de sa vision des événements ...
Qu'importe ! Le poète sait qu'il n'éclaire que des énigmes, c'est ça qui fait la poésie comme la vie. Il est instrument de survie, d'embellie et de rêve de paradis, comme tout être qui son grand chemin suit, qui son destin accomplit ...
Qui veut et peut le suivre sera et vainqueur et vaincu, car telle est la balance de qui peut dire j'ai tant vécu.
VOUS M'AVEZ DIT