La mémoire de la nouveauté. | 10 octobre 2008
Avenue de France, novembre 2003.
Paul Valéry affirmait que "la mémoire est l'avenir du passé".
Pour prolonger la réflexion du poète-écrivain, on pourrait prétendre que lors de l'édification d'un nouveau quartier sur les ruines d'un ancien secteur, il y a, pour nos architectes et urbanistes, un certain "Devoir de mémoire". Ne conviendrait-il pas de conserver des traces du passé, traces qui seraient comme la "mémoire de la nouveauté"
Dans le 13e arrondissement de Paris, lors de la création de l'avenue de France, il faut bien constater qu'une telle approche a été totalement bafouée.
Avec ses 40 mètres de large, l'avenue de France est la principale artère du nouveau quartier Paris-Rive Gauche. C'est une avenue triste, laide, froide et bordée d'immenses immeubles "verre-béton", des bureaux pour la plupart. Il y manque de la verdure, des commerces, des bars, des restaurants, ... de la vie quoi !
Empruntez l'avenue de France, le soir ou la nuit, ... c'est un désert et, on ne peut pas dire que l'on s'y sente particulièrement en sécurité.
Un grand pôle universitaire termine son implantation, tout près d'ici, espérons que les étudiants sauront lui apporter ce qui lui manque, c'est-à-dire ... à peu près tout.
>> Voir aussi sur Parisperdu: "Des étudiants dans la farine ... ?"
Publié par à 10:38:48 dans 75013
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Permaliens
Notre-Dame ... la médiocre. | 06 octobre 2008
47 rue de la rue de la Roquette - Paris 11ème.
Rue de la Roquette, on créa en 1911, une chapelle. Celle-ci sera agrandie entre 1926 et 1928, et prendra alors le statut d'église paroissiale du quartier Bastille. Cette construction - de piètre qualité et mal entretenue - était, dès les années 60, dans un tel état de délabrement, qu'elle fut alors fermée au public.
Progressivement l'édifice tomba en ruine, mais au lieu de restaurer l'église de la rue de la Roquette, l'archevêché de Paris en ordonne sa destruction en 1992. La disparition d'un édifice religieux est toujours quelque chose de dérangeant ... C'est une partie de notre patrimoine mais aussi une partie de nos souvenirs qui disparaissent alors ...
Sur le même site, sera finalement construite la "médiocre" Notre-Dame d'Espérance. Les architectes ont voulu faire le pari que la nouvelle église donne finalement l'impression d'avoir toujours été là.
Ce pari était risqué et loin d'être gagné d'avance car en réalité, seules ... les deux cloches provenant de l'ancienne église ... ont toujours été là ...
Bernanos ne disait-il pas: "L'espérance est un risque à courir"...
>> Notre-Dame d'Espérance, vue générale.
>> Paris, d'église en église ...
>> Et ... Notre-Dame des Champs... Elysées.
Publié par à 10:49:49 dans 75011
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Permaliens
"On dirait le Sud ..." | 01 octobre 2008
Laverie Teinturerie Pujol - octobre 1995
Nous sommes rue Villiers de l'Isle Adam, dans un environnement urbain sans grand charme, cernés de toute part par des immeubles de standing moyen. Mais lorsque l'on arrive devant le numéro 38, instantanément on se sent plus léger, car là, on peut se croire face à un petit commerce de province. Les jours d'été, avec le soleil dans la vitrine, on se croirait ... dans le Sud. Et cette impression se trouve confortée lorsque l'on découvre le nom du propriétaire sur le fronton de la boutique: PUJOL !
La "Laverie Teinturerie" Pujol travaillait à l'ancienne, avec des techniques aujourd'hui définitivement perdues : marquage des pièces à l'encre de chine, détachage personnalisé, repassage au fer plat, empesage des cols et application d'une touche d'eau de lavande sur "le blanc" ... Ici, on était à mille lieues des pressings automatisés.
Il y a encore peu, dans ce coin du 20ème arrondissement, la maison Pujol faisait de la résistance face aux nouveaux pressings : les "5 à Sec", les "Clean City" ou les "Euro Pressing". Mais chez ceux-là, aucun conseil de nettoyage, aucune convivialité : vous dialoguez uniquement avec l'automate de manutention de vos vêtements ... sans parler des résultats qui sont bien en deçà de ceux que vous fournissait Madame Pujol.
Pourtant, face au raz de marée des pressings franchisés, les Pujol ont dû fermer boutique, ... on appelle cela la nouvelle économie ou encore ... le nivellement par le bas.
>> Pressing: les réseaux franchisés étendent leur implantation.
Publié par à 09:06:52 dans Hommes et Métiers
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Permaliens
Origines contrôlées ... | 27 septembre 2008
C'est à l'angle de la rue Julien Lacroix et de la rue du Sénégal, que je fais la rencontre de Fari et d'Aduna, sa petite fille.
Fari est arrivée à Paris dans les années 80. Son père Mamadou, qui avait travaillé près de 20 ans à l'usine Renault de Flins, bénéficia alors des lois sur le regroupement familial et pu ainsi faire venir en France sa femme et Fari, leur fille cadette. Leurs deux autres enfants resteront chez un oncle à Dakar. Sa femme ne s'acclimatera jamais à la vie européenne. Rapidement elle tombe malade et meurt moins de 10 mois après son arrivée à Paris.
Aujourd'hui, Fari est mariée à un malien et Aduna est leur fille de 4 ans. Fari et son mari travaillent dans une entreprise de services en "entretien et propreté", tous deux sont des "immigrés réguliers".
Pourtant, souvent Fari s'interroge sur la place réelle des immigrés dans la cité ? Car si au regard du logement, du travail, de la scolarisation des enfants et aussi en matière de santé, les textes applicables sont les mêmes pour tous, ces textes ne suffisent pas toujours à éliminer nombre de pratiques discriminatoires dans l'accès au travail et au logement social.
Et là, à l'angle de la rue Julien Lacroix et de la rue du Sénégal (une rue où pourtant elle pourrait se sentir un peu chez elle !) Fari nous confie les difficultés qu'elle a eu pour trouver un emploi stable ... Mais si, elle et son mari y sont enfin parvenus, ils leur restent aujourd'hui à franchir l'obstacle du logement.
L'appartement de la rue de la Mare où loge la famille est insalubre et le loyer exorbitant. Fari a appris que ce coin de Belleville va être entièrement reconstruit et que des logements sociaux y sont prévus en grande quantité. Alors, accompagnée d'Aduna, elle vient, ici, faire le tour des bureaux de vente, juste pour voir, juste pour rêver un peu devant les cuisines toutes équipées et les salles de bain luxueuses des appartements-témoins ...
Mais, même si Fari signifie "la reine" (en wolof), ces futurs appartements "royaux" ne seront pas pour elle ...
Heureusement, elle a la vie "devant elle", et même plus exactement "avec elle", ... puisqu'en wolof le prénom de sa fille Aduna, signifie "la vie"!
>> Egalement sur Parisperdu: "Passage Goix : une voie sordide" ou la vie à Paris d'une autre famille sénégalaise.
>> Voir aussi sur Parisperdu : "Apartheid résidentiel"
Publié par à 09:35:49 dans Portraits Incertains
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Permaliens
"Mieux avant ou ... mieux après" ? | 23 septembre 2008
Quartier Masséna,
aux confins de la Seine, des voies ferrées d'Austerlitz et du boulevard périphérique Est: dans un no-man land, la dernière maison encore debout.
Dans un 13ème arrondissement autrefois sinistré, et aujourd'hui souvent sinistre, que va devenir le quartier Masséna ?
Espérons que pour une fois, les architectes feront preuve d'humilité et de modestie, au lieu de nous exposer leurs délires qui - à coup sûr - déstructurent le tissu social et maltraitent la vie locale.
En entourant leurs projets d'un écran de fumée verbeux, tels que: "îlot ouvert, bocage urbain, magie architecturale, vision contemporaine" (sic): c'est tout un langage creux et prétentieux qui est souvent mis en avant pour "vendre" le projet !
Ils se prennent pour des démiurges, et toute critique est perçue comme rétrograde et passéiste, selon un discours terroriste maintenant bien rodé. Mais jamais ils n'iront vivre ni travailler là où ils ont créé ...
Les premières esquisses du futur quartier Masséna font, en effet, craindre le pire. En faisant fi de l'esprit du lieu, du caractère spécifique de son tissu urbain, de ses infrastructures, de son rôle charnière avec le vieux 13ème (quartier Chevaleret), il n'est pas du tout sûr que "Ce sera mieux après" !
Quand on voit le désastre de la bibliothèque François Mitterrand - une architecture glaciale, où les livres sont au grenier, les lecteurs à la cave, et le jardin derrière des barreaux ... et avec tout près, la fameuse avenue de France, organisée sans queue ni tête (au propre comme au figuré) et surchargée en bureaux aux dimensions brutales ... on peut redouter que le désastre ne se répète pour le quartier Masséna.
Alors faut-il prôner un retour au modèle haussmannien de Paris ?
Cela relève sans doute pour certains d'un "obscurantisme grincheux" dénoncé par le fameux: "C'était mieux avant". Acceptons l'injure et constatons simplement que les tissus urbains qui fonctionnent bien (avec des transports, des services publics, des commerces, etc.) et où l'on se sent bien (Paris, Rome, certains quartiers de Londres, Washington ...) correspondent grosso modo à ce modèle: même aspect des rues avec des immeubles de 6 à 8 étages, un COS de 3 à 4, un "mix" d'habitat et de commerces. Le rejeter, c'est refuser la réalité.
Aussi, faudra-t-il qu'un jour, les urbanistes et les sociologues prennent le pas sur les architectes et leur montrent que le développement urbain doit apporter du sens à notre société ... et qu'on ne dessine pas notre cadre vie comme une robe de haute couture !!!
On va finir par regretter le sordide 13ème d'il y a 20 ans...
>> Le projet de l'architecte Demians pour le quartier Masséna, dans le XIIIe arrondissement. (Photo: ©Mairie de Paris)
Publié par à 09:11:50 dans 75013
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Permaliens
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