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Publié par stockholmbynight à 20:57:51 dans Stockholm by night | Commentaires (19) | Permaliens
Publié par stockholmbynight à 06:16:52 dans Stockholm by night | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par stockholmbynight à 16:13:16 dans Stockholm by night | Commentaires (9) | Permaliens
Publié par stockholmbynight à 20:27:28 dans Stockholm by night | Commentaires (3) | Permaliens
Réveil à 16 heures. Je ne suis pas mort. J'ai seulement des difficultés à respirer.
La dizaine de somnifères que j'ai avalés hier avec quelques litres de bière m'ont fait dormir
pendant dix-huit heures. Ce coup d'oeil sur le réveil me ravit, j'ai été épargné
de vivre plusieurs heures dans un état éveillé, et me dis que j'arriverais
peut-être à mettre à profit le peu d'heures qu'il me reste aujourd'hui. Je
descends dans le métro après une rapide douche. J'essaie de me concentrer sur
mon livre, Last exit to Brooklyn de Hubert Selby Jr, pour ne pas avoir à me
sentir observé, je lève les yeux de temps en temps pour ne pas faire de faux
pas, puis replonge dans le livre. Selby parle du métro de New York, putes, macques
et gangs, bagarres, dope et sexe. Je croise un homme en congé paternité ramenant
ses enfants de l'école.
J'entre dans la bibliothèque, je m'assois à une table à côté d'une étudiante en échange portant un t-shirt « Soldado de Jesus ». J'ouvre mon livre de statistiques appliquées à l'économie, parviens à lire un paragraphe avant d'être rattrapé par mes pensées. A quoi cela me mène-t-il au fond ? Devenir un directeur des achats d'une multinationale pour la région de Stockholm, rouler en Volvo et habiter une villa ? Ou au mieux devenir trader pour une banque d'investissement à la City de Londres ou à Wall Street, voyager en classe affaire et travailler 90 heures par semaine ? Est-ce que c'est être dépressif que de ne pas trouver ces perspectives réjouissantes ?
Je ferme mon livre, passe dans une supérette acheter un paquet de chips avant de rentrer
chez moi. Les Tindersticks chantent « Sometimes It hurts », je suis couché sur mon lit et me demande si je réussirais jamais à m'en relever. Je peux bien mourir maintenant, après avoir écouté cette chanson, qu'est-ce qu'il me reste ? Je me demande qui trouverait mon cadavre, la porte est ouverte, il n'y aura pas besoin de passer par la police, qui se préoccupera de moi ? La réponse est terrifiante : personne. Personne à part mes parents, mais ils habitent loin, cela prendra au moins une semaine avant qu'ils s'inquiètent et envoient quelqu'un. A moins que mes voisins ne soient alertés par l'odeur. Un corps en décomposition à température ambiante dégage-t-il une forte odeur, susceptible de déranger quelqu'un au-delà d'une porte ? Si oui, au bout de combien de jours ?
Après un petit somme, je m'assois devant l'ordinateur, je croque quelques aspirines en buvant de la bière à 3,5%, l'Etat paternaliste suédois interdisant aux moins de 20 ans d'acheter de l'alcool à plus de 3,5%. Je bois deux litres sans arriver à me sentir ivre.
Je consulte les doses mortelles pour les médicaments courants, liste publiée par le centre anti-poison, qui dans un élan de générosité a l'air de vouloir aider les gens à se suicider. Pour l'aspirine il faut en prendre 200. Triste vie. J'accroche une ceinture au-dessus de la porte, l'étudiant hollandais qui habite dans la chambre d'à côté me jette un regard inquiet. Je souris et referme la porte. Je prends un rasoir jetable et commence à me faire des marques sur le bras gauche, de toutes petites marques, cela ne fait pas mal, mais le résultat est assez spectaculaire.
Je me branche sur Caramail et raconte à qui veut l'entendre que je vais me suicider, la plupart s'en foutent, certains viennent me dire d'arrêter ça, que je suis stupide de vouloir me tuer. Je leur demande de venir assister à mon suicide en direct sur ma webcam, quelques uns acceptent. Je commence par leur montrer mes marques rouges, je passe le rasoir sur le bras en faisant semblant de me tordre de douleur. Mais ce n'est pas assez spectaculaire, je n'ai droit qu'à des « arrête ça » ou « fais pas le con », tout ça n'est pas très convaincant. Je monte sur la chaise et passe la ceinture autour du cou, les gens commencent à s'animer un peu mais la plupart croient encore que je bluffe. C'est alors que je fais semblant de tomber de la chaise. Les fenêtres se mettent à clignoter sur mon ordinateur et je souris intérieurement. En fait je suis maintenant debout, légèrement incliné, sur une chaise plus basse que j'avais disposé à côté, je fais le mort. Deux minutes après je me lève, j'accours vers l'ordinateur. Les gens me traitent de tous les noms, je leur ai vraiment fait peur. Je fais semblant d'avoir mal au cou, je dis que je souffre atrocement. Une personne me dit d'appeler les urgences. J'appelle le 112, vingt secondes après mon appel aboutit, je raccroche. J'éteins l'ordinateur et m'allonge sur mon lit. Je m'endors je ne sais trop comment. Triste vie.
Publié par stockholmbynight à 15:43:55 dans Stockholm by night | Commentaires (1) | Permaliens
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