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Pourrait-on imaginer la remise, lors des prochaines messes aux récompenses, de deux
distinctions au lieu d’une, rayon meilleur acteur?
Car la performance de Benoit Poelvoorde et Albert Dupontel dans «Le Grand Soir»
nécessiterait une telle entorse au règlement! Un peu comme lorsque deux skieurs alpins
réalisent le même meilleur temps à la descente olympique: on leur remet deux médailles d’or!
Au-delà de la fable présentée par le duo de metteurs en scène formé par
Benoit Delépine et Gustave Kervern (ils mériteraient aussi une double récompense),
les deux punks héros à la fois joyeux, énervants, mais surtout malheureux, de ce film
sont parvenus à une grande perfection. Ils suscitent tous deux l’émotion et la révolte.
On se marre donc beaucoup dans ce film mais il convient aussi de comprendre
que cette histoire illustre la grande détresse dont la vie moderne est hélas nourrie. Entre deux
fous rires, j’ai pris conscience que ces deux lascars, on les rencontre
quotidiennement dans nos rues de Lausanne, Genève ou ailleurs. A chaque fois,
le «Marginal» embarrasse ou fait peur. En restant une heure à proximité d’un
punk, cannette de bière en main, légèrement mendiant et souvent franchement
bourré, j’ai constaté que les passants restent de marbre. Ils passent leur
chemin, comme on dit… Rares sont ceux qui leur parlent ou glissent une pièce!
Ceux qui auront vu «Le Grand Soir» ne pourront plus, je l’espère, regarder un «Marginal» avec les
mêmes yeux. Pour cela, le cinéma trouve une vraie vocation sociale.
Publié par chrischlatter à 09:54:13 dans Christian Schlatter | Commentaires (0) | Permaliens
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