Je suis vieux. Tant mieux. J'attends encore un peu. Pas obliger de me
lever. Je n'ai plus l'age de prendre une fessé. Je ne suis pas pressé.
Pas stressé. Ce matin je crois que je ne vais pas me laver. Trembler et
Baver dans mon café. Parkinson. Pas de réveil qui sonne. Il ne fait pas
beau et il est trop tôt. Je m'ennuie, je n'arrive pas à finir ma nuit.
Sortir du lit. Impossible de dormir. Allumé la lumière. Je prends mes
dents dans le verre, posé à coté des somnifères sur la table de chevet.
Se gratter entre les pieds cornés avant de chausser ses pantoufles. Un
grand souffle et se redresser, se diriger voir le miroir. Pour voir.
Pour rassurer. Je suis encore bien conservé. J'ai pris du bide.
Quelques rides. Mais j'ai encore mes cheveux. Retirer son pyjama, pour
enfiler mon pantalon en velours vert offert par mes petits enfants pour
mes soixante trois ans. Petit déjeuner. A neuf heures terminé. Se
dépêcher de manger, car après il faut ranger. J'ai rien à branler de la
journée, mais rien à changer.
Je suis vieux. Trop pour continuer à exercer mon métier. J'étais
pourtant qualifié. Départ anticiper, ils ont décidé de restructurer. Je
n'ai plus l'age de prendre une fessé. Je ne suis pas pressé. Pas
stressé. La dernière, pour le pot de départ. Une soirée en or.
Clairette et olive noire. La secrétaire, des collègues avares. Pas très
bavard, j'ai évité le discours avant de partir. Avant de dire ce que je
pense réellement. Complaisant. Je suis content, ou je fais semblant.
J'ai le temps, pour faire ce que je veux. Du bricolage ou du jardinage.
Je n'ai plus l'age de prendre une fessé. Je ne suis pas pressé. Pas
stressé. La retraite. Attendre simplement que l'assiette de blettes
soit prête. Que la chambre soit faite. Et d'avoir le droit aux
cigarettes. Fumer à ma fenêtre, comme à quinze ans, quand maman ne
voulait pas que je fume sous son toit. Laissez moi avec mon cancer, en
tirer une dernière. Je ne fais pas le fier, mais mourir pour mourir,
souffrir pour souffrir, ne m'enlever pas ce plaisir. Trachéotomie comme
sodomie, j'aime le goût du tabac, laissez moi juste ça. J'ai arrêté
l'alcool, à cause de mon taux de cholestérol. Je suis vieux. J'ai le
droit de doubler les gens dans la file d'attente avant la caisse des
supermarchés. Fatiguant d'aller au marché. Je n'ai plus l'age de
prendre une fessé. Je ne suis pas pressé. Pas stressé. Les jambes
lourdes, Je ne peux pas marcher trop longtemps. Mais maintenant que je
vis à l'hospice je ne fais plus mes commissions. Une information, n'est
pas allée dans la bonne direction. Se tromper de route à la première
intersection. Se retrouver dans un cul de sac. J'ai fait ce qu'ils
appellent une attaque. Je ne sais pas vraiment ce que c'est, ce que les
médecins ont voulu dire, mais c'est ce que j'ai fait, soit disant cela
aurait pu être pire.
Je suis vieux. Je marche dans le couloir qui rejoint le réfectoire. Me
tenant a la balustrade. En ballade. S'enfuir. Je n'ai plus l'age de
prendre une fessé. Je ne suis pas pressé. Pas stressé. Si je prends le
train, je demanderai au jeune employé de le SNCF, d'apporter mes
bagages, et de pousser mon fauteuil roulant jusqu'au wagon. Vieux con,
qu'il le veuille ou non, service promis par la compagnie. De me porter
jusqu'à mon place. Voiture 7, siège n°64, dans le sens de la marche,
coté vitre. Faire le voyage sans pouvoir se lever, ni pour aller
pisser, ni pour aller me chercher un café. J'ai droit aux places
réservées dans le bus. Un avantage en plus. Je suis vieux. Le respect
m'est du, et j'espère d'une part rester encore un peu, et d'autre part
pas trop longtemps non plus. Je ne sors plus qu'une fois par an. Je ne
lis plus ce qui est écrit en petit. Je ne bande plus tellement. Et je
n'ai pas souscrit d'assurance vie.