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Le classique hors des sentiers battus...

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The Immortal Hour de Rutland BOUGHTON | 27 novembre 2009

Etonnant phénomène que la mémoire esthétique... The Immortal Hour connut juste avant la Première Guerre Mondiale un extraordinaire et immédiat succès. Elgar lui-même considéra cet opéra comme un authentique chef-d'oeuvre. Les guerres, les avant-gardes artistiques, le fait que Boughton ne put s'imposer comme le nouveau Wagner, les raisons sont nombreuses à expliquer le fait que cet opéra soit tombé dans l'oubli. Pourtant, croyez-moi, il vaut le coup et nous avons la chance de pouvoir l'entendre dans la seule version disponible sur le marché, chez l'excellent Hypérion, très bien chantée et très bien jouée. Si vous aimez les brumes celtiques, les bruissements orchestraux, les mélodies charmantes et inoubliables, vous ne pourrez qu'être étonnés de voir que cet opéra n'est plus joué aujourd'hui. Il faudrait militer pour le voir de nouveau au répertoire.

Quant à Rutland Boughton, nous fêterons l'an prochain les 50 ans de sa disparition. Il faudra surveiller les concerts outre-Manche et guetter ses symphonies ou son concerto pour hautbois, d'autres oeuvres absolument méconnues du public même mélomane.

Alors n'attendez pas, rejoignez Eochaidh, le roi, Dalua, seigneur de l'ombre, et Etain, "fille de roi et étoile parmi les rêves que sont la vie et l'âme". Vous sortirez enchanté par la puissance mystérieuse de cet opéra scandaleusement retombé dans l'oubli. Vous vivrez plus d'une heure immortelle !

The Immortal Hour, opera
Composé par
Rutland Boughton
Joué par
English Chamber Orchestra
avec
David Wilson-Johnson, Patricia Taylor, Maldwyn Davies, Roger Bryson, Roderick Kennedy, Anne Dawson
Dirigé par
Alan Melville

 

Publié par ALTERCLASSICA à 13:32:18 dans ALTERCLASSICA | Commentaires (0) |

Vincent d'Indy, le mal aimé | 19 novembre 2009

 Aujourd'hui, je réécoute la version nerveuse et puissante dirigée par le génial Charles MUNCH, de la Symphonie dite "cévenole" de Vincent d'Indy, un de nos grands compositeurs.

 J'ai toujours été frappé par la méconnaissance et le peu d'estime que nous autres Français avions à l'égard de notre répertoire. Pourquoi faut-il attendre que Sir Colin Davis se fasse le champion de Berlioz outre-Manche ? Pourquoi faut-il que chez Chandos, ce soit l'orchestre national d'Islande sous la baguette de Rumon Gamba qui entreprenne l'intégrale des oeuvres orchestrales de Vincent d'Indy (le deuxième volume représente la tour Eiffel, le mythe français !!) ?

Les Français n'aiment pas leur musique c'est désormais un cliché. Ou alors ils daignent en concert se contenter du Boléro, de La Mer ou de la Symphonie fantastique... Ravel, Debussy, Debussy, Ravel, jusqu'à plus soif ! Je fustige ici la tiédeur des programmations sans audace ni imagination des salles de concert ! Qui osera défendre Florent Schmitt, Charles Koechlin, Gabriel Pierné ou Vincent d'Indy ? La musique française se réduit pour beaucoup, et même pour des mélomanes qui se disent mélomanes, à un aimable divertissement clair et raffiné, une musique passe-temps, sans profondeur ni force ! On est à l'opposé de la seule musique qui vaille, la musique allemande, bien entendu !

Une fois de plus, et inlassablement, je pense qu'on ne peut tout simplement pas se dire mélomane si l'on ose caricaturer de la sorte les musiques autres que germaniques ! Parler de LA musique française comme si c'était une école unique, parler de la musique anglaise, comme si elle se réduisait à quelques caractéristiques (donc, quelques stéréotypes), c'est faire preuve d'un solide manque de jugement et, j'allais dire, au risque de choquer, de BETISE. La bêtise, disait Flaubert, consiste à "vouloir conclure". Alors on n'écoute pas, on conclut.

Et pour d'Indy, c'est vite conclu : nationaliste (quelle horreur ! en France, dès qu'on parle de nation ou d'identité nationale on sort son fusil !), conservateur (moue de dégoût : quoi ? il n'a pas inventé la musique intello, il n'a pas écrit de partition expérimentale, atonale, sans mélodie, destinée aux 3 ou 4 mathématiciens mélomanes qui se délectent de 4 sons cacophoniques dans une salle subventionnée ?), d'Indy a mauvaise presse. Et pourtant, et il faut le dire, les revues ne cessent de s'étonner, de plus en plus, mais sans que cela soit relayé dans les salles, de la qualité de sa musique. Je me souviens d'un numéro de "Classica" qui évoquait chez d'Indy des audaces qui le feraient passer pour un Berg (sa musique pour piano). Il ne faut pas exagérer.

Toujours est-il que d'Indy est un immense compositeur. Ecoutez donc sa 2e symphonie, éclipsée par la fameuse Cévenole. Vous y trouverez une symphonie aux immenses proportions, qui ne sonne pas "français". Rendons hommage justement à l'excellent orchestre national d'Islande qui défend et aime cette musique. D'Indy regardait aussi beaucoup vers l'Allemagne et sa musique peut apparaître comme germanique. Mais écoutez les premières mesures de cette symphonie cévenole : la cor anglais joue une mélodie pastorale qui ressemble à s'y méprendre au 2e mouvement de... la Symphonie du Nouveau Monde de DVORAK !!! Le reste de sa production  est tout aussi séduisant : poèmes symphoniques enchantés, univers de forêts et de montagnes... D'Indy crée son univers. Et cet univers est loin de celui de Ravel et de Debussy, que je vois comme des compositeurs de la mer (pensez à La Barque sur l'océan ou à la Cathédrale engloutie). D'Indy est terrestre, tellurique, plus sombre.

Alors, si vous avez encore des a priori sur la musique d'indyenne, précipitez-vous acheter les albums magnifiques (déjà 2 volumes chez Chandos) dirigés par R. Gamba, sans oublier non plus le beau disque d'Emmanuel Krivine comprenant les dernières oeuvres de d'Indy sur la Méditerranée, oeuvres lumineuses et d'une clarté nouvelle, qui viendront donc faire mentir les propos déjà caricaturaux que je tenais quelques lignes plus haut ! D'Indy ce n'est donc pas que la montagne et le terroir avec la terre sous les chaussures, c'est aussi la musique solaire ! 

Tout compositeur explore une multitude d'univers sonores !

 

Publié par ALTERCLASSICA à 08:19:00 dans ALTERCLASSICA | Commentaires (0) |

Nielsen | 13 novembre 2009

Carl NIELSEN (1865-1931) est nettement moins joué et connu en France que Sibelius (mais Sibelius est-il joué en France, d'ailleurs ?). Mais il serait bien dommage de l'aborder en le comparant sans cesse au célèbre compositeur finlandais. Nielsen a son langage personnel, en constante évolution. 6 symphonies dont les deux dernières sont considérées comme des chefs-d'ouvre absolus de la musique du XXe siècle. Pour s'en convaincre, il faudrait faire une écoute en aveugle : bien vite, on entendrait dans sa 5e des accents de Chostakovitch ! C'est grinçant, ironique, reflétant bien l'angoisse qui fut celle de nombreux compositeurs après la Première Guerre Mondiale.

 

 

Chez Nielsen, aucune admiration pour la nature, aucun panthéisme, aucun lyrisme tchaïkovskien, qui est la marque d'un Sibelius. Tout est plus distancié, plus retenu, malgré les deux premières symphonies très accessibles. Nielsen se réclame plus de Brahms. Mais il faudrait nuancer ce propos, adapté aux symphonies, et écouter deux petits chefs-d'oeuvre : l'ouverture Helios, qui évoque un coucher de soleil sur l'Adriatique, dans une ambiance aux frontières du silence au début et à la fin de l'oeuvre, dans un pointillisme et un chatoiement orchestral qui peut faire songer à un Strauss allégé, et Sagadrom, un poème symphonique qui reprend une légende islandaise et évoque la manière dont le cauchemar d'un homme se réalise, à travers une instrumentation sobre et inquiétante. Ces deux pièces gagneraient à être jouées car elles rencontreraient un large public.

Au total, ce compositeur danois, qui jouit d'une belle popularité dans son pays et qui a profondément marqué la vie de son pays, au risque de faire sombrer dans l'oubli d'autres compositeurs de qualité tel que Langgaard, mérite une considération à la huteur de son talent. Et pour prouver que je ne fais pas l'éloge d'un "petit maître", signalons les grandes versions des symphonies de Nielsen que je recommanderais pour une première approche : Karajan a fait une très belle 4e symphonie, Bernstein a enregistré presque toutes les symphonies, sauf la encore très sage 1e (même si je le trouve plus convaincant dans Sibelius). Bref, de grands noms de la baguette ! Le chef absolu pour Nielsen : P. BERGLUND, très idiomatique, et pour Helios et Sagadrom, je conseille H. Blomstedt, très honnête.

Publié par ALTERCLASSICA à 08:22:12 dans ALTERCLASSICA | Commentaires (0) |

La Sea Symphony de VAUGHAN WILLIAMS | 11 novembre 2009

VAUGHAN WILLIAMS, voilà un nom qui dit vaguement quelque chose. Il peut faire songer à John Williams, le compositeur attitré des films de Spielberg, qui n'a d'ailleurs pas hésité à s'inspirer de bien des compositeurs classiques, comme Dvorak ou Vaughan Williams justement.

Pourtant, il reste méconnu, jamais joué en France. Un comble : pour entendre du VW il fallait aller au printemps dernier à Glasgow et suivre le Scottish Royal Orchestra sous la baguette... du Français Stéphane Denève ! Ce soir-là, le chef d'orchestre choisissait d'orienter la Sea Symphony, première symphonie de Ralph Vaughan Williams (1872-1958), dans le sillage de Ravel, qui donna des cours au compositeur britannique.

La Sea Symphony (jouée en 1910) est une oeuvre étonnante, souvent exaltante, parfois un peu boursouflée, mais d'une grande profondeur. Il est difficile de résister à l'ampleur des choeurs qui ouvrent la partition d'une manière magistrale. On entend ça et là des réminisciences de Parry et de Stanford, autres compositeurs anglais presque inconnus chez nous. Là, on entend un chant de marin, ailleurs, une envolée cuivrée nous fait faire le tour du monde des océans. La fin de cette symphonie est particulièrement remarquable. Comme souvent chez Vaughan Williams, c'est le calme, une musique au bord du silence qui se fait entendre. L'homme face à l'éternité et face à l'angoisse d'espaces inconnus, voilà ce que semble représenter Vaughan Williams. Il reprendra cette thématique dans sa Sinfonia Antartica (la 7e). Le compositeur a mis en musique des mots de Walt Whitman. Nous sommes à l'époque de la 8e de Mahler, et à bien des égards, les deux oeuvres peuvent se ressembler. Pourtant, avec la Sea Symphony, Vaughan Williams ancre définitivement la musique anglaise dans une tradition solidement idiomatique, il devient le Purcell du XXe siècle, tout en restant largement européen par son ampleur et ses vastes architectures qui peuvent le rattacher à... Bruckner (c'est d'ailleurs la lecture qu'en fait Bernard Haitink dans un très beau coffret EMI à recommander).

Autant commencer l'exploration du domaine classique méconnu par cette oeuvre revigorante et iodée, à l'écoute souvent passionnante. Je recommande la version de Sir Adrian Boult, la 2e, en stéreo, celle qu'il fit pour EMI. Mais Haitink a aussi ses partisans (j'en suis pour la 2e et la 7e, dont je reparlerai plus loin).

Je signale qu'il existe une Vaughan Williams Society, très active outre-Manche, à laquelle j'appartiens !

http://www.rvwsociety.com/

Il était donc naturel que j'inaugure mon blog par l'évocation de ce compositeur génial. Je n'hésite pas à considérer sa 6e symphonie comme l'une des plus grandes symphonies de tous les temps. Mais qui jouera du Vaughan Williams en France ? Il y a quelque temps, un ami me disait, méprisant : "c'est du sous Sibelius". Mais, comme tout jugement hâtif, il était dans l'erreur. Sibelius était admiré par Vaughan Williams, d'ailleurs, la 5e symphonie est sous-titrée "To Jean Sibelius without permission", mais le style de Vaughan Williams n'est pas celui de Sibelius, plus sauvage, plus âpre. D'ailleurs, Vaughan Williams n'a cessé d'évoluer dans sa musique. Mais encore faut-il accepter de l'écouter pour faire changer les jugements à l'emporte-pièce...

Publié par ALTERCLASSICA à 17:53:18 dans ALTERCLASSICA | Commentaires (0) |

Bienvenue | 09 novembre 2009

Amis mélomanes,

Si, comme moi, vous en avez assez du conformisme musical qui , en dehors de Mozart, Bach, Beethoven, Mahler et Chostakovitch, ignore ou dénigre tous les autres compositeurs... Si vous en avez assez d'entendre un mépris systématique dirigé à l'encontre de la musique anglaise... Si vous devinez qu'en dehors de Grieg et de Sibelius, d'autres compositeurs ont eu de l'importance en Europe nordique... Bienvenue sur ce blog !

Je vous ferai partager ma passion pour un répertoire classique trop rare et inouï dans nos salles de concert.

Alors, préparez-vous à redécouvrir ou à découvrir un répertoire hors des sentiers battus...

Certes, et comprenons-nous bien, je ne vais pas dénigrer les grandes gloires établies ! Mais il s'agit de respirer un peu et de proposer d'autres voies musicales ! Et au passage, j'essaierai aussi de montrer que nos goûts musicaux restent largement tributaires d'une mode par définition irrationnelle... mais aussi d'une volonté bien consciente que je pourrais nommer parfois "terrorisme esthétique"... Si par exemple vous commencez à émettre des doutes sur la Seconde Ecole de Vienne, un mélomane qui se prétend "authentique" vous regardera de travers... C'est qu'en France, depuis les années 50-60, certains ont porté aux nues la sérialisme pur et dur afin de mieux condamner tout retour au bon vieux système tonal. Dire que l'on aime le "post-romantisme" (beurk) c'est s'exposer aux sarcasmes et aux quolibets ("faute de goût", "ignorance", mais surtout "conservateur", "réac", et je passe sur les insultes ou les moues de dédain).

Ce que j'affirme et que je revendique, c'est que l'on peut A LA FOIS aimer Schonberg et Webern, et être OUVERT, simplement CURIEUX, face à des musiques qui n'ont pas suivi le chemin étroit et périlleux des sérialistes dodécaphoniques.

Après tout, la musique doit rassembler, donner du plaisir, et non diviser ou créer des "chapelles", non ?

 Faisons tomber le mur des certitudes et des habitudes mélo-maniaques. Acceptons l'altérité. Et sachons aussi, avec prudence, car il faut être modeste et tout ne relève pas du génie non plus dans le répertoire parallèle que j'aime, reconnaître le talent de compositeurs que nous avons, nous Français, trop longtemps négligés pour des raisons obscures, mais largement liées à des attitudes héritées de la grande Histoire... Je songe en particulier à la musique britannique.

Alors, osons dire au terme de ce petit mot de bienvenue : vivent Vaughan Williams, Alfven, Bax, Atterberg, Bantock ! Mais aussi vivent les Français méconnus, tels que Koechlin, Schmitt, Dukas !

Ouvrons-nous !

L'altermélomane

Publié par ALTERCLASSICA à 20:32:11 dans ALTERCLASSICA | Commentaires (0) |

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