Tout d'abord, laissez-moi vous remercier de visiter ce blog, qui que vous soyez. Habitués, badauds, égarés ? Peu importe. Je désire juste poser ici quelques précisions. Comme ça, en guise de civilités. Ou par angoisse. Peu importe, oui, peu importe.
Les textes présents ici-même sont une simple émanation de mon désir d'écriture. Je dois avouer que j'en suis plutôt fier, même s'ils ne reflètent pas tous le résultat que j'escomptais initialement produire. Cependant, que j'en sois fier ne signifie nullement arguer d'un talent littéraire et des prétentions d'écrivain qui l'accompagnent. C'est dans cette optique que je suis disposé à recevoir toute critique structurée, à répondre à toutes les questions que vous, éventuel lecteur, puissiez-vous poser.
Il n'y a donc pas d'hésitation à avoir.
Sur ce, je vous souhaite une agréable visite, et une non moins agréable journée.
Corentin.
Un bruit sourd provenant du palier me tire de mon sommeil. Réveil douloureux, les yeux collent et la bouche pâteuse. Mon haleine refoule à des atomes à la ronde, je la ravale donc avec dégoût. Ayant effectué deux ou trois vérifications physiques d'usage, je me mets en quête quant à la raison du choc m'ayant extirpé des limbes. Je m'avance d'un pas décidé vers la grande porte d'entrée, celle qui grince affreusement sur ses gonds, celle qui avertit que l'on quitte un monde connu et que l'on va pénétrer violemment dans la réalité, d'un coup, d'un seul. La porte si menaçante se dresse devant moi, fière et moqueuse, me mettant au défi d'affronter la première surprise de la journée. Sans même me formaliser du soufflet qu'elle me lance, je débarre déjà d'une main le massif loquet de laiton, caressant de l'autre la poignée montée à l'envers. Et dans un baîllement chélonien, la porte malicieuse dévoile son étrange inconnu.
C'est un vieil homme qui se tient devant moi. Ce n'est ni son aspect physique décharné, son teint hâve, ses joues creusées à l'extrême, ses touffes de cheveux qui parsèment grotesquement son crâne, qui me choquent le plus. Ce n'est pas non plus son port laborieux, comme sculpté par des décennies de labeurs paysans, et ce n'est pas non plus la cagnosité des genoux que complètent de frêles jambes qui me figent sur place. Pas d'avantage que ce croassement rugueux qui se forme lentement entre des gencives aux dents absentes, ce râle poussé vers l'extérieur par de fragiles lèvres craquelées. Rien de ce corps chancreux ne me révulse autant que ce que je devine à présent.
Fébrile, je me résous à m'avancer à la rencontre de cet être que le temps semble avoir vandalisé. Je vois bien que les années ont creusé la chair de l'homme en d'innombrables sillons, en passages balisés pour de futurs saccages. Mais son apparente altération n'a rien à voir avec la déchéance physique du vieillard. Elle pue au contraire la maladie mentale, la torture psychique, le tourment incessant et l'angoisse suintante. Une aliénation quasi-palpable qui m'enserre de ses griffes, me suffoque, me fait perdre pied. Je me plonge dans un délire rampant lorsque je fixe ce regard malade, je suis porté dans un monde inconsistant peuplé de cauchemards éveillés. C'est la folie pure qui ronge l'enveloppe charnelle parcheminée. J'essaye de m'agripper au malade mental pour l'écarter de moi, pour que son magnétisme infecté n'interfère plus avec le mien.
C'est alors que mes mains, en un tremblement, se heurtent à celles du veillard. C'est un geste synchrone, étrangement mimétique, et au contact, je peux ressentir un froid étrange qu'accompagne un "toc" léger. Là, je vois l'étranger se décaler, son visage n'est plus qu'un profil de face. Un jeune homme remplace la momie démente, et d'une voix suave, de ce ton complice qu'arborent les représentants, décline son identité :
"Bonjour, Monsieur M. Je n'ai pas pû m'empêcher de remarquer que notre miroir Reflex vous avait laissé sans voix. Vous êtes un jeune homme aux goûts prononcés, à ce que je vois. Puis-je entrer un instant ?"
Publié par Zombeer à 10:48:36 dans Anankastie, ou les cris impulsés. | Commentaires (0) | Permaliens
Les dents de mon piano se déchaussent.
Quelle heure éthyle ?
Des pans d'encéphal s'effondrent et s'abattent sur ses habitants. Ici c'est le Tiers-Monde.
Priape dans une joute effrénée, crampe.
La raison fuit, le lavabo et l'eau croupie.
Main courante sur la moquette, que font les autorités ?
L'aspirateur au sac manquant se penche sur un rail de coke.
L'industrie martiale ne cesse de produire ses sujets inquiétants;
Steel band chez les corons.
Défi du désespoir au crétinisme, anti-dépresseurs impactés.
Je. Evasion. Esprit. Dissociation.
Intégrer la société. Ingérer l'associé. Le bang s'est obligatoirement produit avant le bing. Clap.
Publié par Zombeer à 16:12:23 dans Anankastie, ou les cris impulsés. | Commentaires (0) | Permaliens
Un vent glacial habite désormais mon esprit. Mes neurones ne sont plus que des congères, tâchant de préserver ce moment liminal, et mes synapses véhiculent la neige qui renforcera cet état de grâce lorsqu'elle se déposera sur les innombrables dendrites gêlées. Ma volonté est stupéfiée; les processus physiologiques ont déclarés leur indépendance. Elle a été le vent catabatique responsable de ma condition.
Tout a commencé lorsque je l'ai aperçue. Elle contemplait, patiemment assise à une table, les flots de jazz manouche qui s'enroulaient le long de son corps frêle. Des langues acoustiques léchaient ses joues pleines et ses pommettes hautes, soulevaient parfois ses cheveux bruns lors d'un farouche jeu musical. Et elle riait, réjouie par la présence de ces petits démons sonores, et eux fuyaient à la suite de ses éclats cristallins, honteux de ne pas sonner aussi bien. Déjà, le givre se déposait lentement le long de ma colonne vertébrale.
Obnubilé, je ne remarquais pas immédiatement le changement de température lorsque je m'approchais d'elle, bien que les effluves maltées que laissait échapper mon souffle se changeaient immédiatement en glaçons, lesquels rebondissaient dans mon verre et m'offraient ainsi une nouvelle tournée. Elle dû percevoir une fluctuation dans l'atmosphère, qu'un élément perturbateur s'approchait d'une démarche hésitante, car elle levait alors deux immenses stalactites dans ma direction. Elles me transpercèrent sur le champ, et dès lors, le froid prît possession de ma chair. Ma peau, mes dents, mes yeux; toute mon enveloppe charnelle fût arrachée par le blizzard. Ne restait plus que ma conscience gisante, en une immortalité cryogène.
Mon assassin, sûrement pris d'un élan de pitié, entrouvrit ses lèvres, et dans un claquement de langue, m'enlevait à la réalité. Désorientés, mes flux de conscience tentaient de se révolter en s'accrochant vainement aux parois d'un monde en train de s'évanouir. Entité, je m'élançais dans une pantomime grotesque de pensées, dans une danse dont l'exécution des gestes ne m'appartenait déjà plus. J'étais irrésistiblement transporté dans une mer vierge de toute altération, où le temps et l'espace n'avaient aucune prise, où les concepts n'avaient pas cours. Alors, m'accrochant à un rêve en bois flotté, je vis l'amante en suspens, satisfaite de me voir en naufragé nu, riant de m'avoir dépouillé de toute condition.
Publié par Zombeer à 17:29:18 dans Anankastie, ou les cris impulsés. | Commentaires (0) | Permaliens

Vacances. L'étranger repose sa clope, reprends une rasade de houblon. Il se donne bonne conscience : "J'ai une carrence en potassium, c'est conseillé". Il est comme mon frère, mais est au final mon fantôme. L'inconnu engloutit l'amer breuvage, ne le laissant pas toucher sa bouche. Et enchaîne les litres. Il rit et crie fort, use d'un langage obséquieux un moment, et s'adonne aux obscénités l'instant d'après. Il débat sur l'éthique et la morale, avec d'autres inconnus.
"La morale intègre l'éthique", prétend-il.
Il me laisse sans voix. Je le sens qui s'inquiète, se perd dans un dédale de considérations, dont il est le seul sujet. Il se dit allocentriste, je le vois Narcisse à tendances paranoïaques. L'olibrius nous fait part de son avis sur le sexe. Il traverse une crise existencialiste, nous confie-t'il. Du genre, entubage psychopathologique, une crise monumentale de flop. Nous rions.
Teints hâves devant écran pâle, injections éthyliques quotidiennes, pompeuses de Nicot. Désagrégement de l'intellect programmé.
Tchao, poltergeist.
Publié par Zombeer à 16:28:39 dans Anankastie, ou les cris impulsés. | Commentaires (0) | Permaliens
La jeune fille au monocle s'extirpe de sa gouttière, et à l'aide de deux moignons boueux, se hisse et jette un regard torve alentours. Elle n'ira pas plus loin : elle n'a plus de jambes. Mais elle n'est qu'un ersatz de phocomèle, une handicapée manquée, ne provoquant pas autant l'effroi chez le badaud qu'elle l'aurait souhaité. Pétrie de honte, elle laisse son organisme incomplet enfoui à l'intérieur du tunnel crasseux, balayant de ses yeux le monde extérieur. La poussière s'envole.
Mon attention se porte sur son ventre nu, au-dessous duquel s'écoule une matière noirâtre, visqueuse. Une impression de néant évoluant calmement, un rien fatal et inexorable se repaissant de tout bruit et de toute vie me frappe subitement, me jetant violemment à terre. La cigarette que je tenais à la bouche s'échappe, et, ratrappée par la gravité, se brise sur le trottoir dans un éclat cristallin.
Dès lors avertie de ma présence, la fille me toise d'un unique oeil, et jette un froid duquel se crée une banquise. Je frissonne, toujours allongé, désormais étendu sur le permafrost. Dans ce silence hivernal, je prends une pause à l'aide de mes mains. J'inspire. Je suis prêt.
Tâchant de me relever tant bien que mal, déployant tout mes efforts pour ne pas glisser, j'adopte un air de défi à l'intention de la malformation. Dans un caquètement poussif, elle tend son moignon dégoulinant de néant. Elle m'invite à la rejoindre. Je m'avance donc vers elle, puis m'assieds, son corps désormais tendu au-dessus du mien. Par un ultime regard, je suis convié à épouser sa condition. D'un coup de langue sur son ventre, je laisse le Vide me dévorer.
Publié par Zombeer à 16:19:58 dans Anankastie, ou les cris impulsés. | Commentaires (0) | Permaliens
Expression libre