Actuellement, pas une photo de mode, pas une expo, pas un article sans que le mot soit employé. Pourquoi une telle frénésie?
Le vintage ne concerne-t-il que des marques de luxe?
Porter des vêtements des années 1950 ou 1960, n'est-ce pas aussi une manière de refuser la mode du moment?
Où acheter aujourd'hui cette «contre-mode»?
Sous le marteau des commissaires-priseurs, les noms du vintage sont évidemment ceux de la couture et du prêt-à-porter de luxe: Hermès, Chanel, Yves Saint Laurent, Givenchy, Balenciaga, Christian Dior... Toutes les maisons de vente s'y sont mises, avec en coulisse et quasi monopole, le cabinet d'expertises D. Chombert et F. Sternbach. C'est grâce à l'action de Françoise Sternbach, venue du prêt-à-porter, et de Dominique Chombert, fille du grand fourreur, que le vintage a été introduit à Drouot voilà quelques années. Ce sont elles qui ont imposé les ventes à thème: bagages et accessoires signés, fourrures et cuirs griffés, bijoux de fantaisie couture, et jusqu'à la récente vente de la collection Mademoiselle Catherine Deneuve... Toutes ces pièces, des sacs aux bracelets, faisant sans exception l'objet d'une datation. Mais, entre estimations, mises à prix et adjudications, mieux vaut avoir le portefeuille bien accroché. Estimée 600 , une robe haute couture Madame Grès millésime 1970 a été récemment adjugée 1 500 . Des chemisiers Saint Laurent Rive gauche, estimés entre 50 et 80 , se sont envolés à 400.
Mais il y a aussi les puces et des boutiques spécialisées?
Le vintage est-il aussi un nouveau dandysme au masculin?
De quelle époque datent les pièces majeures?
Côté design, l'engouement est-il le même?
Les reproductions font-elles aussi partie de cet univers?
La folie touche-t-elle d'autres domaines?
Le vintage a donc de beaux jours devant lui?
par Pierre Léonforté
(1) Dictionnaire international de la mode, éd. du Regard.
L'Express du 21/02/2005
http://www.lexpress.fr/mag/tendances/dossier/mode/dossier.asp?ida=431729
L'Express du 21/02/2005
Michel Maffesoli
«Le vintage, une expression du postmodernisme?»
par Pierre Léonforté
(1) Le Rythme de la vie. La Table ronde, 220 p., 18 .
http://www.lexpress.fr/mag/tendances/dossier/mode/dossier.asp?ida=431733
L'Express du 21/02/2005
Elisabeth de Sauverzac
«Une tête chercheuse»
par Pierre Léonforté
L'Express du 21/02/2005
Nos adresses préférées
par Pierre Léonforté
Côté mode :
La Belle Epoque
Chez Mamie
Didier Ludot
Iglaïne
Quidam de Revel
Troc en ville
Wochdom
Côté déco :
La Corbeille
Dog-Dream on Gallery
Ebene
Galerie Christine Diegoni
Galerie Dansk
Galerie Vintage
Salle Raspail
Schmock Broc
Studio 19
Vingtième Siècle/Ract-Madoux
Publié par Arthole à 17:51:19 dans Paris Mode | Commentaires (25) | Permaliens
Une dizaine d'éditeurs de mobilier et d'objets associent leurs savoir-faire pour créer une "haute couture de la déco et du design".
(1) Les éditeurs de la Haute Facture contemporaine française, soutenus par le ministère de l'Industrie (PME), sont adhérents de l'Unifa (Union nationale des industries françaises de l'ameublement) et bénéficient de l'aide du Via (valorisation de l'innovation dans l'ameublement) : l'appellation «Haute Facture» revient à Gérard Laizé, directeur de cette institution.
La haute facture regroupe: Guillaume Vincent. Michael Wagner & Laurent Charles. Philippe Coudray. Christophe Delcourt. Nicolas Aubagnac. Régis Mathieu. Philippe Parent. Xavier Dohr. Sylvie Coquet. Domeau & Pérès.
Prochaine exposition au Via, en mai 2005.
29-33, avenue Daumesnil, 75012. 01 46 28 11 11.
Ronze, velours, macassar ; méthacrylate, fibre de verre, résine de synthèse... Au Salon du meuble ou à la dernière Biennale des éditeurs de la décoration, en janvier, les matériaux les plus anciens ou les plus technologiques, les formes les plus différentes cohabitaient sur le stand des éditeurs de la Haute Facture contemporaine française. C'est sous cette appellation que décorateurs, stylistes, designers, artisans et fabricants de dix petites maisons différentes ont réuni leurs forces, dans une association qui se veut la haute couture de la déco et du design. (1)
Philippe Parent, décorateur et président de ce jeune «club», depuis longtemps attaché «à la part contemporaine que l'on peut extraire de la tradition des métiers d'art», explique que «ce groupement est d'abord un stimulant économique pour les éditeurs que nous sommes, c'est-à-dire des professionnels qui vendent leurs pièces, qui ont un catalogue international et l'entreprise commerciale qui suit. Nous nous donnons de la visibilité. En aucun cas, il s'agit d'une chapelle stylistique. C'est pour créer une émulation entre nous, et des liens entre nos différents domaines». Entre mobilier, luminaires, art de la table, tissus, tapis...
Grâce à ce tremplin, le décorateur Xavier Dohr entend dépoussiérer tout ce qui, dans le vocable «savoir-faire», renvoie injustement à un artisanat désuet, aux styles (Louis XV, Empire...) si résistants en France. Avec un credo social. «Il faut sauver les ateliers d'artisans très performants, défend-t-il. Il n'y a pas que des tape-clous ! Nous regrouper, c'est défendre l'excellence de leurs mises en oeuvre, et le haut de gamme que nous pratiquons grâce à eux. Un meuble a besoin d'un concepteur, mais aussi de cinq à six artisans.»
Hors tendances, ces pièces de haute facture s'adressent bien sûr à une clientèle aisée mais que Xavier Dohr estime «rajeunie», qui en a assez du total look tout design ou pur style, tout standard ou tout copie. Et qui pratique les mélanges, attend du sur-mesure, aspire à une identité personnelle, à travers un créateur, pas forcément une signature. Du luxe, certes, mais pas tapageur, à des prix «marché» c'est-à-dire calculés par rapport aux coûts de production, contrairement à certaines «oeuvres» de design vendues en galerie. Les éditions des pièces ne sont pas limitées, si ce n'est par la demande.
La haute facture pourrait bien être un lieu de débat entre les arts décoratifs et le design, champs aux frontières incertaines, qui s'affrontent parfois stérilement. Que vont se dire par exemple les artisans-éditeurs Domeau & Pérès, fervents défricheurs du design, et Philippe Parent, détracteur d'un domaine «stérile depuis vingt ans» ? Les acteurs de ce projet collectif, alliance de carpes et de lapins de luxe, se mettent au pied du mur d'utiles redéfinitions : économiques et esthétiques.
Par Anne-Marie FEVRE
Libération.fr vendredi 11 février 2005
http://www.liberation.fr/page.php?Article=274865
«Le design arrive à sa fin»
Philippe Parent Studio, 45, rue de Bourgogne, 75 007. tél:01 45 51 15 85.
La faconde provocatrice de Philippe Parent (56 ans) est inversement proportionnelle à la force cosy-tranquille de sa galerie, rue de Bourgogne. Sa commode Rondin (1999), en chêne, éclaire bien la démarche de cet ensemblier et architecte d'intérieur: s'appuyer sur les métiers d'art pour créer un meuble à la ligne inédite, intemporelle. Mais son excitation de l'heure, ce n'est pas de vanter ses pièces. Il a plus à coeur d'expliquer son engagement pour la haute facture, regroupement qu'il attendait depuis longtemps. Il y voit «une salutaire réaction à la chapelle design créée par les médias depuis vingt ans, aux dépens des arts décoratifs. Le design de meuble et d'objets arrive à sa fin, il n'est plus que copie. Les designers d'aujourd'hui ne créent que des prototypes, ce sont des peintres du dimanche. Le design ne vise aucun confort, ne s'intéresse pas aux consommateurs. Impossible de rester assis ou allongé sur la Video Lounge de Christophe Pillet. C'est une chaise à regarder!».
C'est sans langue de bois. Seul le design industriel intégré dans l'entreprise garde un sens pour lui. Cet ancien élève de l'école Boulle, enseignant par ailleurs au Strate College, s'amuse. Il connaît bien le design, l'a apprécié et défendu dans sa jeunesse. «Le design a eu le mérite d'inventer des produits à prix abordable pour le plus grand nombre. Mais personne n'a égalé la chaise longue des Eames de 1956! Ni la Panton! Il y a vingt ans, je n'ai plus supporté, je me suis mis à détester les lampes Artémide, et toutes les épures issues du Bauhaus.» Parent a fait son retour à la tradition. Pour défendre «tous les conforts, celui de l'oeil, du corps et du toucher, et créer des luminaires doux qui n'agressent pas». Quant aux nouveaux rituels de vie, il n'y croit pas. Deux seules choses ont changé à ses yeux: la télévision, qui a modifié le rôle du salon et entraîné le canapé-vautrage, et la cuisine qui redevient la pièce à vivre. Parent a une vision cadrée, arrêtée, un peu notable. Même si un léger doute le parcourt lorsqu'il s'agit de définir le «contemporain» qu'il met en oeuvre.
Par Anne-Marie FEVRE
Liberation, vendredi 11 février 2005 http://www.liberation.fr/page.php?Article=274867
Domeau & Pérès, 21, rue Voltaire,
La Garenne-Colombes (92).
L'exposition : «10 ans de design par 12 créateurs français. 1994-2004.» Centre des arts d'Enghien-les-Bains (95), jusqu'au 3 avril. 01 30 10 85 59.
Le livre : Domeau et Pérès/Design.
Dix années de création, édition Bernard Chauveau, 39 .
En 1994, deux jeunes artisans travaillent dans la même entreprise de mobilier. Bruno Domeau (né en 1962) est sellier, Philippe Pérès (né en 1970) est tapissier et a été sept ans compagnon. Du savoir-faire, ils en regorgent. «Mais, affirment-ils, on ne se retrouve plus dans le mobilier de style, dans la reproduction du passé.» Alors, ils frappent aux portes des designers, leur proposant «une collaboration sur mesure» pour inventer ensemble des pièces nouvelles. Le premier à leur répondre, c'est Christophe Pillet, pas encore très en vue à l'époque puisqu'il sort tout juste de chez Starck. Ils se font la main ensemble dans un bar musical parisien, un hôtel particulier à Boulogne, tandis que le duo travaille à la diable dans le salon de Bruno. En 1996, ces apprentis «fabricants-éditeurs» s'installent dans un garage de 40 m2, à La Garenne-Colombes. En 1997, ils débutent au Salon du meuble où ils apparaissent comme des ovnis très remarqués. Leur première pièce emblématique, qui reste leur mascotte, c'est la Video Lounge de Pillet, chauffeuse et repose-pieds, version laine ou poulain et pieds inox. Une sculpture de luxe, mais éditée, reproductible. A un prix de marché. «Ce sont d'incroyables artisans que je découvre alors, explique Pillet, capables de toutes les performances techniques. Avec eux, je dessine, ils fabriquent, mais c'est comme si nous étions une même tête guidant de mêmes mains. Avant eux, on avait failli oublier que la haute facture pouvait servir la création contemporaine et l'innovation.»
Les Domeau & Pérès fêtent aujourd'hui leurs dix ans de création et d'édition de design. Avec un ouvrage intime et collectif où se raconte leur petite saga. Et une exposition lumineuse au Centre des arts d'Enghien-les-Bains, regroupant une partie de leur collection, riche de 40 propositions diversifiées, émanant de douze créateurs, pas des moindres en France. D'Andrée Putman aux Bouroullec. A l'actif du tandem, des «affinités électives» avant tout, des histoires humaines qui se tissent avec Matali Crasset lorsqu'ils essaient de venir à bout de son lit d'appoint Quand Jim monte à Paris, pour le mener à la perfection. Ils sortent du cuir, de la mousse, des tissus, pour explorer d'autres matériaux, le Corian très tôt pour les Bouroullec ou la résine pour Jérôme Olivet et son siège Hyperespace. Ils travaillent aussi, là en duo, pour l'aménagement luxueux de concept cars ou de petits avions. Ils occupent aujourd'hui de plus grands locaux, toujours à La Garenne-Colombes, où niche leur petite société de huit personnes, côté atelier et côté showroom. Leur passion, ils l'expriment encore comme des gamins en caressant la dernière chaise longue Enghien, que Christophe Pillet vient de concevoir en l'honneur de la ville balnéaire. Ou face au dernier siège en cuir de Martin Szekely, Domo. «Il a l'air sévère, dur, mais il faut s'asseoir, s'amusent-ils, il est très confortable.» Ce siège, «du non-design», n'a pas l'image du confort mais il l'apporte par son usage. Domeau & Pérès entendent «défendre l'innovation, de nouveaux usages, bousculant la tradition». Pour eux, la haute facture, c'est une sorte de «petite réunion à l'italienne, de ces grandes maisons comme Edra, Moroso, B & B qui savent faire masse lors du salon de Milan». En tout cas, ils ont les moyens d'en être les fers de lance.
Par Anne-Marie FEVRE
Liberation, fr vendredi 11 février 2005
http://www.liberation.fr/page.php?Article=274868
Xavier Dohr Studio, 25, rue de la Grange-aux-Belles, 75011.
01 42 01 70 00.
Senteurs, sons, quadrille de fauteuils, canapés et poufs et petit jardin intérieur. Couleurs aux dominantes marron, cuivre, gris, blanc. Xavier Dohr, 39 ans, a créé un salon très habité plutôt qu'un show room commercial. Qui doit ressembler aux nombreux intérieurs que conçoit ce designer. «Le design, ce n'est pas un style, c'est mixer la technique et la tradition. Un designer donne une réponse esthétique et technique à une problématique posée. J'enlève la déco. Je gomme, je crée des vides, des arêtes légères.» Son long et cossu canapé Nembe perd ainsi de sa massivité, grâce à cette écriture, récurrente dans les pièces de Dohr.
Le label haute facture des créations de Xavier Dohr s'exprime à travers «des objets dessinés, bien produits, parfaitement finis». Et les matériaux qu'il choisit. Ses bois rares (zébrano veiné d'Afrique, tinéo orangé du Chili, tulipier crème, chêne des marais) ne sont pas teints mais oxydés, à l'ancienne. Ses sièges sont recouverts de jersey, poils d'animal, fibres végétales ou synthétiques. Si ces matériaux ne tirent pas vers le passé, c'est qu'ils sont mis en relation avec de l'acier époxy, de l'inox, ce qui leur donne un sursaut contemporain. Le tabouret Kurdy est recouvert d'un patchwork de quatre peaux différentes. Le luxe n'est pas ostentatoire, couleurs et jeux de matières s'équilibrent, se neutralisent. Le savoir-faire des artisans auquel le créateur fait appel s'exprime par exemple à travers le cuir du tabouret Sukki, qui est traité avec toutes les finitions couture d'un bagage. Quelquefois crie le rouge, la couleur du fauteuil Touma, en peau de cheval, lumineux sursaut.
Xavier Dohr travaille seul, avec disponibilité, car «le client aime qu'on lui raconte l'histoire d'une pièce». Il gère seul aussi ses relations avec de nombreux ateliers. Dans sa collection, il peut y avoir six ans d'écart entre deux canapés : cet ancien élève de l'Ecole supérieure d'arts appliqués et textile de Roubaix, venu de la passementerie qu'il pratique toujours, ne court pas après les tendances. Il a inventé la sienne : la volupté monacale mordorée. Curieusement, son chien à poil blanc, si calme, est en complet écho avec le cadre discrètement sensuel qu'il sait mettre en scène.
Par Anne-Marie FEVRE![]()
vendredi 11 février 2005 (Liberation - 06:00)
http://www.liberation.fr/page.php?Article=274866#
Publié par Arthole à 13:47:29 dans Design & Architecture | Commentaires (0) | Permaliens
Dans son « Traité d'athéologie » (Grasset) Michel Onfray, le défenseur du matérialisme et de l'hédonisme s'en prend à ces extincteurs de vie que sont à ses yeux les religions. Un procès à charge qui réjouira ceux qui pensent vivre un retour de l'obscurantisme et agacera ceux qui croient que l'Occident est né de la rupture du Décalogue
Michel Onfray : Vous le dites vous-même, c'est au début du livre : j'ose espérer, une fois la totalité du livre lu, que vous trouverez quelques arguments en faveur de la démonstration. L'idée de l'athéisme comme croyance est, pardonnez-moi, plutôt attendue... La croyance des religions s'appuie sur des affirmations gratuites : Dieu existe, il crée le monde, Jésus meurt et ressuscite. Or il existe un autre registre intellectuel qui consiste à affirmer que Dieu est une fiction fabriquée par les hommes pour conjurer l'angoisse et la peur de la mort. Enfin, je ne m'adresse pas particulièrement aux croyants, ni à personne d'ailleurs. J'essaie de rendre possible une pensée athée franche et nette.
Je ne moralise pas ni ne méprise... Je ne hais pas les faibles ou la faiblesse, mais il y a mieux à faire que le bovarysme, le déni ou le refus pur et simple de l'évidence et de la vérité tragique du monde. La philosophie fait place à autre chose que des solutions de fuite. Quant à la finitude humaine, je l'ai ressentie, et plus souvent qu'à mon tour, mais on ne peut pas résoudre les problèmes qu'elle soulève par la pensée magique.
Je ne rêve pas d'humanité, je ne propose pas d'utopie sociale collective, communautaire, généralisée et planétaire, car cette option est devenue une fiction. Contentons-nous d'un humanisme postchrétien à l'usage de ceux qui veulent en finir avec la vie mutilée, ce ne sera déjà pas si mal.
L'athée n'est pas par définition subversif, mais, dans un monde dominé par le religieux, il le devient de fait. Je n'ai pas écrit un livre contre le pape et l'Eglise, mais sur les trois monothéismes traités à égalité ; ces trois communautés disposent aujourd'hui de moyens d'intimidation en rapport avec leur puissance. Bien sûr, on observe un déclin de la pratique de la religion chrétienne en Europe, mais c'est ce qui reste de judéo-chrétien dans les cerveaux ou dans les inconscients qui m'intéresse. Lorsque j'ai publié mon premier livre, en 1989, l'athéisme semblait acquis, il était serein. Aujourd'hui, on assiste à une montée en puissance de l'islam sur le terrain politique, la laïcité devient un enjeu de taille. Le gouvernement Raffarin, par nombre d'aspects, réactive les vieilles valeurs chrétiennes : le travail comme vertu (d'où l'abolition des 35 heures, le recul de l'âge de la retraite), la famille comme horizon indépassable (d'où le refus du mariage homosexuel). Sans parler des positions personnelles antiavortement d'un ex-ministre de la Santé...
Les traiter à égalité, oui, conclure à l'égalité de leur dangerosité, non... Quand une religion appelle au meurtre des autres qualifiés d'infidèles, si elle vise l'universel - christianisme d'hier et islam d'aujourd'hui, par exemple -, elle est politiquement plus dangereuse que quand elle se donne comme but la construction d'une religion nationale sur la terre dite des ancêtres - judaïsme d'hier et d'aujourd'hui. Fondamentalement, sur le terrain métaphysique, le mécanisme est le même. Concrètement, les effets dans l'Histoire, l'étendue des dégâts sont incomparables.
C'est vous qui poussez ce raisonnement à son terme... Je me contente, ici, de réfléchir au triangle responsabilité-choix-culpabilité. Dans la conception judéo-chrétienne du libre-arbitre, j'ai choisi d'être philosophe et Dutroux a choisi d'être pédophile. Or Marx et Freud nous montrent qu'il existe des déterminismes et qu'on ne choisit pas librement ce qu'on est. Les parents, le milieu, l'époque et bien d'autres facteurs contribuent à notre identité. Je n'oublie pas que ces déterminismes procèdent aujourd'hui du libéralisme (devenu religion d'Etat dans nombre de pays), qui génère une négativité et une frustration sexuelle, psychologique, affective dont on ne veut pas voir les conséquences. Je vous rappelle qu'il y a peu de gens diplômés de l'enseignement supérieur dans les prisons... De fait, je suis bêtement de gauche : pour moi, la prévention est préférable à la répression, et seule la pratique active de la première en amont justifie qu'on puisse recourir à la seconde.
Dans le contexte du livre, il s'agit d'interdits précis - alimentaires, rituels, sexuels, vestimentaires - et non d'interdits majeurs et nécessaires parce que fondateurs de la communauté éthique, sociale, politique. Ces derniers doivent être peu nombreux et radicaux. En revanche, dans la vie quotidienne, trop interdire empêche qu'on respecte ce qu'il faut vraiment s'empêcher de transgresser.
Faites-moi l'amitié de reconnaître que je ne dis ni n'écris, ni même ne pense, que « tous les maux viennent de Dieu » ! Je tiens l'Eglise pour coupable et responsable des horreurs de l'Histoire quand elle l'est, mais pas plus - et c'est déjà bien assez accablant pour elle... Certes, ces horreurs tiennent effectivement à la nature humaine, mais que les religions, qui se prétendent d'amour universel, de paix, de tolérance, en rajoutent sur ce terrain, cela me paraît pour le moins contradictoire et paradoxal...
Je ne fais pas de comptabilité morbide. Pas plus que je ne regarde le curriculum des victimes avant de me mettre à réfléchir. Si je reviens sur le nombre des martyrs chrétiens, c'est parce que l'Eglise, qui, sur ce point, est juge et partie, nous parle d'un martyrologe permanent, alors que l'excellent livre de Glenn Bowersock « Rome et le martyre » (Flammarion) révise considérablement à la baisse le chiffre qu'elle donne. Par ailleurs, n'oublions pas que les persécutés se sont promptement faits persécuteurs, et pas à moitié... Faisons de l'Histoire, pas de l'histoire sainte ! Bien sûr, il ne suffit pas qu'un régime soit athée pour qu'il soit innocent ! Si je suis athée, en contrepoint je suis aussi tenant, en politique, d'une gauche libertaire, et donc guère plus confiant dans les religions sociales...
Elle ne croque pas la pomme, il n'y a pas de pomme dans le texte, elle goûte du fruit de l'arbre de la connaissance... Quant à Bataille, il pense ce qu'il veut, on a les jouissances qu'on peut, les miennes ne sont pas dans cette conception très chrétienne de la jouissance dans la transgression. Par ailleurs, en appeler à tel ou tel concept de la psychanalyse n'oblige tout de même pas à souscrire à la totalité de ce que Freud a été, a écrit, a pensé ou même à ce qu'on lui fait dire depuis. L'homme freudien n'est pas biblique, mais libidinal : c'est le génie de cet homme d'avoir pensé au-delà de la théologie - en philosophe.
Il n'a pas été à l'origine, quelle idée ! L'art existe indépendamment des religions, même s'il en subit l'influence. Lascaux démontre qu'on n'a pas attendu le monothéisme pour qu'il y ait de l'art ! La religion ne génère pas l'essence de l'art, elle lui fournit des formes, il y en a d'autres. On ne peut pas non plus dresser un portrait complètement à décharge et prêter à la religion ce qui ne lui revient pas... Recenser ce qu'il faudrait porter au crédit des religions conduirait à un tout autre livre. Et, me semble-t-il, le génie du christianisme a déjà été écrit...
N'avoir jamais condamné la discrimination raciale dans le pays, pis, l'avoir pratiquée activement sur le terrain et au plus haut niveau dans les instances officielles de l'Eglise rwandaise, puis se taire alors qu'on peut et qu'on doit défendre les victimes tutsies pendant et après le génocide, enfin demander avant leur procès la clémence pour les bourreaux hutus armés avec le silence complice des autorités religieuses du pays - ce qu'a fait Jean-Paul II -, voilà qui ressemble étrangement au comportement de Pie XII avec les juifs pendant le IIIe Reich, non ? Quant aux prêtres dans les camps, ils étaient enfermés pour leur héroïsme résistant, pas à cause de leur appartenance à l'Eglise catholique : que je sache, la religion chrétienne n'était pas inquiétée officiellement dans le Reich - à la différence des témoins de Jéhovah, qui, eux, devaient arborer le triangle violet. Mais qui s'en souvient ?
Il y aura un âge postchrétien, mais il n'existera jamais de civilisation totalement délivrée de la religion. Ce n'est pas une raison pour que les philosophes ne fassent pas leur travail, qui est de contribuer autant que faire se peut au règne de la Raison. C'est pour cela qu'en philosophie comme en politique je travaille de ce côté de la barricade : à gauche, sans Dieu ni clergé. Je tiens en piètre estime les intellectuels qui professent l'athéisme et l'esprit fort pour leur caste rive gauche, mais trouvent la religion nécessaire pour tenir le peuple en laisse. Ces athées d'opérette qui pratiquent la génuflexion au Vatican avant de faire retour au Flore en évitant Billancourt ont une responsabilité considérable dans l'état de misère mentale de notre époque.
Tous les mouvements chrétiens de gauche ont été peu ou prou condamnés par l'Eglise. Pour moi, il y a une antinomie radicale entre la religion catholique apostolique et romaine et la gauche, en tout cas celle qui m'intéresse, la gauche laïque, anticléricale. Car, contrairement au chrétien, l'homme de gauche veut le paradis sur Terre.
C'est leur problème ! Ils peuvent toujours apostasier et lire les philosophes... Leur erreur est d'aspirer à la sainteté, une vue de l'esprit. Pour ma part, j'aspire à la sagesse, immanente et terrestre. Mieux vaut être un sage partiellement réussi qu'un saint franchement raté
Michel Onfray "Traité d'athéologie" (Grasset, 278 pages, 18,50 e).
Propos recueillis par Elisabeth Lévy
© Le Point,10/02/05 - N°1691 - Page 98 - 2032 mots
Reperes:
Cet adversaire des cléricalismes en tout genre n'aimerait guère être qualifié de gourou. Peut-être cet amoureux d'Epicure et de nombre d'auteurs grecs, injustement oubliés selon lui, reconnaîtra-t-il néanmoins comme ses disciples les centaines d'auditeurs qui se pressent chaque semaine au musée des Beaux-Arts de Caen où se tiennent les séances de son Université populaire. Ce « nietzschéen de gauche » qui a quitté l'Education nationale pour mettre la philosophie à portée de tous poursuit l'élaboration de ce qu'on pourrait appeler une antiphilosophie. Qu'on soit ou pas d'accord avec cette pensée libertaire qui entend libérer la sensualité de toute culpabilité, il faut admettre qu'Onfray a le mérite de la défendre avec allégresse. C'est peut-être pour cela que, dans une époque marquée par l'esprit de sérieux, la liste est longue de ceux qui semblent voir en lui une sorte de grand frère.
A lire de Michel Onfray:
« La sculpture de soi », Grasset, 1993 (prix Médicis Essai).
« Politique du rebelle », Grasset, 1997.
« Antimanuel de philosophie », Bréal, 2001.
« Féeries anatomiques , généalogie du corps faustien », Grasset, 2003.
« La communauté philosophique » (manifeste pour l'Université populaire), Galilée, 2004.
Publié par Arthole à 11:17:57 dans Vient De Sortir | Commentaires (1) | Permaliens
Chez Toni & Guy, un DJ rythme votre coupe de cheveux.
Restaurants, magasins, hôtels, gares, ont de plus en plus recours à des professionnels pour composer leur identité sonore. Enquête sur cette nouvelle forme de design.
La musique est-elle un art décoratif ? Peut-elle être utilisée au même titre qu'une paire de rideaux, un tapis, un coussin, un encorbellement, un crépit, une échauguette ? On pourrait croire que non, mais, depuis plusieurs années, la vogue du «design sonore» tend à faire de l'harmonie un artefact.
D'une certaine manière, avec opéra, ballet ou chanson, la musique devenait le faire-valoir d'une intrigue, d'un drame ou d'un texte. Mais il y avait encore égalité des chances : «Prima la musica» ou «Prima le parole» ? Dilemme ancien et jamais résolu.
Dans le cas de la musique d'ascenseur, des pianos d'hôtel, des haut-parleurs dans la rue, les grandes surfaces, sur les plages ou les pistes de ski ; dans le cas des fameuses compilations de Béatrice Ardisson et des mélodies d'aéroport, les notes de la gamme sont devenues partie intégrante de notre paysage auditif, tout comme le chant des oiseaux ou le bruit du vent.
La musique est désormais soumise aux lois de temps, du lieu, de l'humeur. Car on la compose - ou on l'arrange - pour qu'elle se modèle sur une ambiance, mais jamais ne la crée. Du paysage naît la musique, et non l'inverse. C'est le Chesterfield qui appelle le jazz étouffé, tout comme les rayonnages du Cora de Creil appellent les disques de Florent Pagny...
Paradoxalement, c'est en se démarquant - en se dépersonnalisant - que la musique devient un organe à part entière. Désormais, la musique est partout car nous l'avons rendue naturelle. Elle n'est plus luxe ni choix : elle est évidence. On ne la distingue même plus, et il faut une certaine dose de concentration pour remarquer ici un solo de guitare, là un rythme de mérengué. Nous l'avons absorbée, phagocytée, et elle fait partie de notre constitution, pour ne pas dire de notre physiologie.
C'est alors le silence qui choque et qui insulte...
"Qu'on le veuille ou non : le futur est dans le tympan. Le XXIe siècle sera celui de l'Ecoute, ou il ne sera pas !" Nicolas d'Estiennes d'Orves
Designers sonores : gourous du tympan
Fondateur de l'unité de design sonore à l'Ircam et musicien (il a notamment composé la musique du film Homo sapiens, diffusé sur France 3), Louis Dandrel présente le design sonore de la manière suivante : «C'est une profession qui consiste à concevoir des sons utiles. On pourrait la définir avec la devise d'un des pères du design, Raymond Loewy : "Form follows function" (la forme découle de la fonction). Ce qui n'exclut pas la dimension esthétique. Aujourd'hui, ce métier a de multiples applications. Architecturales : un espace "s'accorde" comme un instrument de musique. Une gare, par exemple. Le designer sonore s'applique à domestiquer tous les sons émis par les usagers, le passage des trains, les annonces vocales. Veille à ce que les bruits gênants soient absorbés - par des matériaux de construction, des doubles parois, etc. -, et les sons utiles clarifiés ou amplifiés. J'entends par "son utile" les signaux sonores. Quand j'ai créé celui de la SNCF, j'ai dû résoudre des problèmes techniques : éviter la réverbération sonore, permettre une perception nette dans toute la gare. Interviennent aussi les facteurs de fonctionnalité : pour obtenir une intelligibilité optimale, il fallait bannir la mélodie et favoriser la neutralité. Concevoir la sonnerie d'un téléphone ou le vrombissement d'un moteur participe aussi du design sonore. Enfin, le décryptage sociologique d'un son (une porte qui claque, un soupir, un bruit de pas), en est encore une autre forme. Attention aux confusions cependant. Tout d'abord avec l'art, mais aussi avec la communication et le marketing. On entre alors dans le frivole. Faire passer pour "design" un DJ dans un magasin, c'est une véritable imposture.»
Propos recueillis par Astrid Eliard
Lady Ardisong
Tout le monde en parle, de Béatrice Ardisson. Du moins, tout le monde l’écoute. Restaurants, hôtels et magasins en vue s’arrachent le logiciel de diffusion de sons design
qu’elle a créé avec un ingénieur informatique, Olivier Saunier. Le principe de ce Sound Design System : en échange du paiement d’une licence (de 3 000 € à 5 000 € en moyenne) et d’une redevance annuelle, lady Ardisong vous fournit une ambiance musicale personnalisée qu’elle confectionne elle-même à partir de reprises et de créations de DJ. Vous pouvez gérer cette bande-son à partir d’un boîtier ou bien directement sur internet. Une quinzaine d’enseignes prestigieuses diffusent déjà sa musique : les hôtels Bristol et Crillon (Paris), Métropole (Monaco), le restaurant Kong, le Groupe Barrière, les magasins Sephora, le Drugstore Publicis et Vuitton au Japon. « J’ai constitué une base de données de plus de 20 000 titres, confie Béatrice Ardisson, dont 9 000 qui tournent en sound design. Les thèmes sont très variés : cela va du black power à la sugar pop, en passant par le jazz et le swing, très à la mode en ce moment. » Parallèlement, la reine de la reprise continue à assurer l’habillage sonore de « Paris dernière », l’émission créée par son époux sur Paris Première (dont les compilations s’arrachent chez les disquaires). Et elle ne manque pas de projets : un disque pour Sephora, des musiques de films, le développement de la collection Mania chez Naïve et, peut-être avant la fin de l’année, le lancement d’un juke-box nouvelle génération.
Renseignements : contact@ardisong.com
Le marketing du son
Dans la publicité, le grand public retient plus les sons
que les images, constate Christian Blachas, producteur
de « Culture Pub » et directeur de CB News. Partant de ce principe, les marques soignent leur identité sonore. Une campagne de publicité réussie, c’est un jingle qui devient un tube. Ainsi, le petit air de « Chambourcy, oh oui ! », un des premiers succès du genre. Designer sonore à l’agence Capitaine Plouf, Guillaume Le Guen confirme la nouvelle exigence des marques en matière de son. A titre d’exemple, Peugeot travaille le bruit des portières et celui des moteurs (qui ne vrombissent pas mais soufflent). Macintosh porte le plus grand soin à ses signaux d’erreur ou d’enregistrement. S. T. Dupont surveille le « cling ! » cristallin des briquets de luxe qu’il fabrique. Au bout de la chaîne de production, des « madames Cling ! » testent le son d’ouverture des briquets. A leur tour, les grandes
enseignes succombent au marketing sonore. L’institut Lancôme a confié à l’agence Sixième Son le travail d’habillage musical de son espace. Ainsi, des créations cohérentes avec les valeurs de la marque (par exemple, la féminité, que l’on retrouve dans des musiques douces) sontelles diffusées dans la boutique, l’espace parfums
et même le spa. Au Printemps de l’Homme, l’ambiance est urbaine et la musique très différente des autres étages du magasin. Chez Toni & Guy, chacun doit se sentir chez soi.
Les coiffeurs programment donc des musiques qui varient
selon les salons : hype, lounge ou underground. On évoque là un « marketing sonore sauvage », en adéquation avec la culture de l’entreprise. Pour goûter au silence, mieux vaut rester chez soi.
Concert téléphonique
Amoins d’apprécier la version flûte de pan des Quatre Saisons ou la Lettre à Elise massacrée à l’orgue Bontempi, l’attente téléphonique est souvent synonyme de supplice. « La musique est souvent le détail qui gâche tout. Si celle-ci n’est pas appropriée, c’est l’image de toute l’entreprise qui peut en pâtir », affirme Fabrice Aristaghes
de L’Oreille Cassée *, l’une des sociétés qui a compris qu’entre deux interlocuteurs, le combiné peut susurrer bien des choses. Du sur mesure ! D’agréables mélodies
composées par de vrais musiciens, voilà ce qu’il propose. « Nous traduisons en musique les valeurs que l’entreprise désire exprimer, ce qu’elle veut montrer d’elle-même : la
jeunesse, le dynamisme, l’environnement, la famille… », explique-t-il. Son art se rapproche du graphisme, il
travaille la matière sonore pour la rendre expressive. Résultat : l’attente, par définition non désirée, devient très supportable.
La science des stimuli
Quels sons perçus à l’intérieur d’une voiture peuvent lui conférer une aura de puissance ? Quelle hauteur de notes choisir pour qu’un jingle d’aéroport soit agréable à l’oreille et parfaitement perçu malgré le brouhaha ? Quel type de sonnerie permet de localiser le plus rapidement possible un portable enfoui au fond d’un sac ? Ces questions inhérentes au design sonore ont leurs spécialistes : les psychoacousticiens. Science de la perception des sons, la psychoacoustique étudie les relations entre les stimuli sonores et les sensations qu’ils provoquent. A partir de mesures scientifiques et de tests physiques et psychologiques sur des « auditeurs », elle traque le son parfait : audible, adapté à la situation d’écoute, plaisant. Et, de façon plus enfouie, le plus proche possible de l’image mentale que l’objet est censé véhiculer.
Paris dans votre oreille
Lounge, ambiant, chill out… Autant d’appellations sibyllines pour le profane. Ces termes témoignent des diverses déclinaisons de la nouvelle musique d’ambiance. Il s’agit d’une musique électronique tranquille et soyeuse, à écouter en fond sonore pour se détendre. Les endroits chics parisiens l’ont adoptée pour son côté soft, son élégance à la mesure de leur image. Surfant sur la vague techno, beaucoup possèdent d’ailleurs leur DJ maison, ambassadeur de l’esprit du lieu. Initié par le Cafe Del Mar, du café du même nom à Ibiza (plus de 9 millions d’albums vendus), les premières compilations lounge apparaissent en 1999. Le phénomène est suivi par l’Hôtel Costes à Paris, le Buddha Bar, le Kong, les compilations Saint-Germain ou Paris Lounge, qui développent le même concept : restituer l’ambiance qui règne dans un lieu. Sur un total de sept volumes, l’Hôtel Costes s’est vendu à 1,8 million d’exemplaires, dont une grande part à l’étranger. Cet engouement exceptionnel se fonde sur la notoriété des lieux concernés. Avec son cortège de stars, l’Hôtel Costes représente une certaine image de la France glamour. La compilation véhicule alors une émotion unique, chargée de symboles et de souvenirs. Un choix inattendu face à la classique tour Eiffel porte-clefs.
Des stages pour s’initier
L’Ircam propose des stages de design sonore. Du 14 au 16 février, à destination des musiciens, compositeurs et concepteurs sonores ; et du 22 au 25 mars pour les industriels et les architectes intégrant le son dans leurs projets (1, place Igor-Stravinsky, 75004 Paris ; 01.44.78.48.43).
05 février 2005
Publié par Arthole à 22:15:18 dans Design & Architecture | Commentaires (1) | Permaliens
Les nouveaux mâles se cherchent
Bijoux, produits de beauté... Ils n'ont jamais autant pris soin de leur corps et de leur look. C'est le triomphe du «métrosexuel», cet urbain branché qui s'approprie une part de féminité.
Les «métrosexuels» sont parmi nous. Impossible de regarder une publicité, d'ouvrir un magazine, voire de suivre un match de foot à la télé sans tomber nez à nez avec cette créature. Les métrosexuels sont les cousins des bobos, cette tribu qui occupe le devant de la scène depuis deux ou trois ans, empruntant à la fois aux bourgeois et aux bohèmes. Le métrosexuel, lui, est un mélange de dandy et de gay mâtiné d'une pointe de «mac». Il se pomponne, redécouvre l'art du rasage, se met des crèmes sur le visage, se fait un regard de braise grâce à quelque khôl spécialement concocté pour lui et peut parfois se mettre un peu de vernis sur les ongles. Un sarong fuchsia ou une veste mauve des couturiers italiens Dolce & Gabbana ne l'intimident pas le moins du monde, au contraire. Mais - tout est dans ce détail - il n'est pas homosexuel. Sophistiqué, attentif à lui-même et aux autres, le métrosexuel «n'a pas peur de soigner sa personne et d'apprécier les choses raffinées», explique le site Internet BeMetro.com, feuille de route du nouveau mâle.
Icônes de cette tendance: les footballeurs David Beckham ou Djibril Cissé, le rugbyman Frédéric Michalak, les membres du groupe Kyo, révélation de l'année aux dernières Victoires de la musique, Edouard Baer ou, mieux, Ariel Wizman. Même les rappeurs, qui prônent souvent des valeurs très machos, voire homophobes, s'y mettent: gros bijoux et pantalons satinés, coupes de cheveux travaillées, corps sculpté... «Ces hommes deviennent des objets, explique Christine de Panafieu, fondatrice de Cosight, un cabinet de conseil. Chez eux, le muscle n'est pas seulement un attribut fonctionnel. Il a une valeur esthétique, comme les seins chez la femme.»
Le rôle de l'élévation du niveau de vie Frédéric Loeb, conseiller en innovation, résume: «Aujourd'hui, les épaules du métrosexuel sont l'équivalent du décolleté chez la femme.» Le néologisme est né en 1994, sous la plume de l'écrivain britannique Mark Simpson, qui ironisait sur les effets du consumérisme et des nouveaux magazines pour hommes. Mais le mot fait le tour de la planète quand il est repris, en juin 2003, par Marian Salzman, chief strategy officer à l'agence de publicité Euro RSCG Worldwide, à New York. Il désigne un trentenaire urbain (d'où «métro», pour métropolitain), branché, prenant grand soin de son corps et de tout son être. Depuis, on a vu fleurir un tas d'autres termes: hétéroflexibles, pomosexuels (comprendre «postmodernes sexuels»), voire hétérofolles. Le phénomène ne devrait pas longtemps rester urbain: TF 1 s'apprête en effet à adapter l'émission de téléréalité américaine Queer Eye For a Straight Guy, dans laquelle un groupe d'homosexuels prend en main un hétéro et se charge de le transformer en métrosexuel, le relookant et modifiant jusqu'à son appartement. L'apparition de cette tendance tient pour une grande part à l'élévation du niveau de vie, même si l'on peut dire qu'au XVIIIe siècle des aristocrates poudrés et enrubannés ont été des métrosexuels précurseurs. «Après la Seconde Guerre mondiale, explique l'historien André Rauch, qui publiera en octobre prochain L'Identité masculine ou la revanche des femmes au XXe siècle (Hachette), la bourgeoisie a pris l'habitude de se soigner, d'aller plus souvent chez le coiffeur. Cela restait limité aux classes aisées. Aujourd'hui, la consommation est soutenue par une vaste gamme de produits.» Désormais, 80% des gens ont les moyens de s'offrir ce luxe. Et ils ne s'en privent pas. Les mâles ont dépensé 50 millions d'euros en produits de beauté en 2002.
Certains bouleversements sociaux ont aussi préparé l'avènement de cet homme nouveau. «Dans notre société, il y a une survalorisation du plaisir, affirme André Rauch. Nos grands-parents pensaient qu'il y avait une vie après la mort. Aujourd'hui, cette idée est relativement absente.» S'il n'y a pas d'au-delà, autant avoir du plaisir ici-bas. Le métrosexuel est aussi l'un des symboles visibles de la disparition de la figure emblématique du père et de la fameuse crise de l'identité masculine. «Les métrosexuels sont la partie émergée de l'iceberg,», note Valérie Colin-Simard, dont l'ouvrage Nos hommes à nu (Plon) est consacré au décryptage des bouleversements du (de l'ex-?) sexe fort. Quand on n'a plus besoin de lui pour représenter l'autorité, le père peut s'épiler ou porter des bijoux. Surtout qu'il n'est plus le chef de famille. Au sein du couple, les rôles se sont équilibrés, les femmes se sont approprié ce qui, pendant des générations, relevait du rôle traditionnel de l'homme: elles travaillent, sont chefs d'entreprise, gagnent parfois plus que leur conjoint (pour 5% d'entre elles), décident quand elles veulent des enfants. Bref, dans les pays occidentaux, elles peuvent vivre sans les hommes. Alors, ceux-ci s'approprient cette part de féminité qu'elles ont laissé tomber. «Il y a en ce moment une sorte de recomposition, affirme la sociologue Christine Castelain-Meunier [La Place des hommes et les métamorphoses de la famille, PUF]. Les hommes sont en train de se remettre du coup de grisou engendré par le féminisme et de se réapproprier leur identité.»
Le métrosexuel est aussi le fils d'une société plus infantile, «adolescentrique». «Le modèle n'est plus l'adulte, mais, l'adolescent, explique Frédéric Loeb. Il n'y a qu'à regarder l'humour actuel ou l'engouement pour le foot, un truc de gosse.» La faute, selon le psychanalyste Tony Anatrella, à la génération de 68. Ce sont des adolescents qui ont élevé des enfants. Résultat, explique-t-il, à 30 ans, ce sont toujours des ados.
Le métrosexuel annonce un changement plus profond encore qui touche les hommes et les femmes. «On est au début de ce que les Américains appellent la gender flexibility (l'élasticité des genres), explique Christine de Panafieu. Jusqu'à aujourd'hui, chacun de nous était défini par son âge et son sexe. C'est ce qui structurait notre vie. Désormais, l'être humain se perçoit comme un mutant: il reste jeune plus longtemps et, grâce à la science, il modifie son corps.» Le genre devient donc accessoire. Ce qui compte, c'est le comportement. Dans ses études, Frédéric Loeb affirme avoir décelé non plus 2 sexes différents, mais 11!
Pourtant, la réaction s'organise et cette mutation pourrait n'être qu'un effet de mode. Déjà les nouveaux rebelles arrivent. «Leur modèle est le rappeur Eminem, affirme le publicitaire Nicolas Riou, auteur de Pub Fiction [éd. d'Organisation]. Eux surajoutent les signes extérieurs de virilité, ils sont agressifs avec les femmes.» Il faudra encore un peu de temps avant que l'homme soit une femme comme les autres.
Inquiets de leur virilité
par Julien Bordier
Enlarge your penis! Que l'internaute qui n'a jamais reçu de spam vantant une boîte de pilules miraculeuses lève la main! De nombreux sites Web - Penisexpert.com, Grand-penis.com, Quelpenis.com et Gros-penis.com pour les leaders - promettent monts et merveilles anatomiques, recevant jusqu'à 2 000 visiteurs par jour. La méthode, «héritée des tribus africaines» et dite «de stretching sexuel», vous coûtera entre 30 et 70 euros. Une affaire. Si ce n'est pas un marché, ça y ressemble.
On dirait que les hommes, en 2004, sont toujours obnubilés par la taille de leur service trois pièces. «Ces préoccupations sont dues à un manque de confiance en soi, explique le psychiatre-sexologue Jean-Roger Dintrans, chargé de cours à Paris V et à Paris VII. Le pénis n'est que le point de cristallisation d'une angoisse sous-jacente.» Les calibres du cinéma porno ne sont pas les seuls responsables de ce complexe. Le Dr Ronald Virag, dans Histoires de pénis (Albin Michel), rapporte le cas de ce divorcé de 39 ans démoli par la réflexion de sa nouvelle partenaire: «C'est tout ce que tu as à me montrer!»
«Tant qu'on n'enseignera pas à l'école que la longueur de la verge n'a aucun rapport avec la virilité, beaucoup continueront à se demander avec inquiétude s'ils sont normaux», souligne Florence Montreynaud, historienne et philologue, dans Appeler une chatte... Mots et plaisirs du sexe (Calmann-Lévy). Ainsi, «33% des hommes seraient prêts à bénéficier d'une augmentation du sexe,» note le Dr Sylvie Abraham, chirurgienne plasticienne à Paris, dans son livre La Chirurgie esthétique au masculin (Mazarine). Cela n'a pas toujours été le cas.
«Pour les Grecs anciens, la beauté idéale de l'homme viril se résumait à l'association d'un petit pénis et de fesses musclées. [...] volumineux [...] (il) était synonyme de débauche et de sodomie passive», racontent Marc Bonnard, psychiatre, et Michel Schouman, urologue-andrologue, dans Histoires du pénis (Le Rocher). Chez les Desana-Tukano, Indiens de Colombie, pour avoir un statut social élevé, mieux vaut posséder un pénis de la taille d'un colibri.
Les cas pathologiques de micropénis étant extrêmement rares, ces hommes en quête d'identité souffriraient plutôt de dysmorphophobie: la conviction profonde, jusqu'à l'angoisse et à la souffrance, que tout le corps, ou une partie, est anormal - en l'occurrence trop petit. Certains vont jusqu'à passer sur le billard pour se faire allonger ou épaissir le pénis. Comptez entre 2 000 et 5 000 euros. Mais qui est prêt à subir ce genre de tortures pour recouvrer sa confiance de mâle? «Des hommes de tous les horizons professionnels, entre 20 et 40 ans, répond Sylvie Abraham. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ils ont tous eu des expériences sexuelles satisfaisantes.»
Si vous préférez rester chez vous, la palette des solutions, fantaisistes ou sérieuses, est pléthorique: pilules, extenseurs, patchs, pommades, vacuum, manipulations physiques... Avis aux amateurs.
par Jean-Sébastien Stehli, Natacha Czerwinski
L'Express du 08/03/2004
http://www.lexpress.fr/info/societe/dossier/homme/dossier.asp
Publié par Arthole à 18:42:39 dans Mode de Vie | Commentaires (2) | Permaliens