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trimardeur

écriture

Cavale | 23 novembre 2009

 

La difficulté tient à l’urgence. Pourtant, rien ne l’oblige. Lui seul a fixé les règles, imposé les contraintes, poursuivi inlassablement le tempo. Jusqu’à cet instant où, dans sa tête, tout s’est arrêté.

Pourquoi ?

En apparence rien n’avait changé. Il s’était bien demandé s’il était logique, s’il était raisonnable de continuer de cette manière, de s’enfoncer d’avantage dans une sorte de paradis artificiel qu’il avait créé de toutes pièces et auquel il ne comprenait plus rien. Mais ce n’était pas la première fois et toujours, après une bonne nuit de sommeil, il repartait le lendemain oubliant tout ce qu’il s’était promis de changer, d’améliorer.

Pas cette fois-ci.

 

Il était en voyage lorsque les vieilles questions avaient repris leur martellement dans sa tête. Dans une autre ambiance, face à d’autres paysages, immergé pour quelques jours dans une autre manière de vivre, de tirer profit de tous les instants de la journée, de ne pas faire le bilan chaque soir de ce qui avait marché comme prévu et de ce qui n’avait pas marché du tout.

Et il avait fait comme eux, comme ceux qu’il côtoyait. Il avait cesse d’être un étranger pour se fondre dans les pratiques et les formes dans lesquelles tous les autres baignaient.

Et il s’y était trouvé bien.

Il a senti revenir à lui des souvenirs d’enfance, d’avant la rupture. Il a vu au fond de lui comme dans une image la tête hirsute et belle qu’il avait gamin. Il a entendu au plus profond de son crâne ce rire bruyant qui ne l’abandonnait jamais.

 

Le lendemain, en descendant de l’avion il s’est tenu droit et sobre jusqu’au passage de la douane. Puis il a posé sa valise sur un banc de l’aéroport. S’il l’abandonnait là elle serait détruite, explosée. C’était la règle.

Il est sorti de l’aérogare et, à pied, a pris au hasard une des routes qui se présentaient à lui, les mains dans les poches, sans rien d’autre que ce qu’il avait sur lui et plus il avançait, plus il riait, fort, fort. Il a entendu l’explosion, sans doute possible, celle de sa valise. Il était sûr qu’on voyait monter une petite fumée à la place où il l’avait laissée. C’était la vie d’avant, la vie de quelqu’un d’autre qui montait vers les nuages.

Toujours en riant, il a poursuivi sa marche jusqu’à ce que la petite fumée qui montait vers les nuages le perde de vue, lui soit réellement étrangère.


 

Publié par tamanaco à 19:27:21 dans Fantasmagories | Commentaires (0) |

Sort | 22 novembre 2009

 

Le papier s’est envolé porté par une petite brise qui soufflait depuis la mer. Il s’est élancé pour attraper ce petit messager, convaincu que les mots qui y étaient écrits déchiffraient son sort à venir.

C’était un vol de papillons, tournant sans but apparent, dansant parmi les arbres et les massifs fleuris.

Un filet guidé par une main habile a décrit une fine courbe et attrapé le carré de papier et son message.

Il a eu beau parlementer, expliquer qu’il courrait derrière depuis un moment, qu’il l’avait vu le premier, qu’il y allait de quelque chose de fondamental, de personnel, la main qui tenait le filet refermé n’entendait pas lâcher sa proie.

Au contraire, lentement elle l’a mené vers sa sœur gauchère ou droitière, peu importe et l’une maintenant ouvert le filet, l’autre entrant suavement dedans, se sont approprié du bout de papier

Deux yeux comme ceux d’un chat ont projeté leur lumière verte sur les mots griffonnés. Une bouche a sourit sans bruit. Les mains ont chiffonné le bout de papier et mis dans un sac transparent, plein à ras bord de petites boules de papier fripé de toutes les couleurs.

Une voix au timbre grave a dit lentement : Aujourd’hui ce n’est pas votre tour, vous pouvez aller en mer, parcourir tous les jardins, vous asseoir sur les pierres humides au bord de l’eau, elle vous regardera de loin, avec envie, en silence, mais ne viendra pas.

Moi je dois continuer ma recherche de l’âme perdue qui viendra s’allonger ce soir dans mon jardin.

 

©Jorcas

 

 

Publié par tamanaco à 07:24:17 dans Fantasmagories | Commentaires (0) |

Porte-lunette | 21 novembre 2009

 

Mon petit bonhomme en bois me regarde en souriant. C’est un porte-lunette qui n’en porte aucune.

Mais il fait bien son travail de figurine d’accompagnement.

Il ne sait pas la responsabilité qui lui incombe : C’est un cadeau de ma Mie!
Sa bouche est une entaille fine et assez profonde. Son nez une protubérance ronde sans grand style. Si c’était un nez pour de vrai, il serait laid, mais là, cela n’a pas d’importance.

Sa tête est déformée par la fonction : Porte-lunettes c’est un tout petit métier, mais qui vous coupe le crane en deux d’une grande faille pour poser l’objet auquel il est dédié. C’est d’un vache !

L’avantage de ma figurine est qu’elle reste au chaud et que mes lunettes tiennent sur ma tête au lieu d’encombrer la sienne. 

 

Je sais que je fais peur : Il ne va pas se mettre à l’animer ? Il ne va pas prétendre que d’un coup d’un seul, elle se met à lui parler ?

N’ayez crainte, elle sourit, mais ne parle pas.

Mais ce ne serait pas une mauvaise idée commerciale: Vous proposons figurine de compagnie, porte-lunettes qui n’en porte pas, mais sait vous raconter des histoires.

Large choix de textes :

Mais oui, gros bêta, je t’aime !

Touche ma tête, tu sentiras la chaleur de mon bois (Allégorique)

Ne fais pas cette tête, la mienne suffit.

 

Je pourrais aussi composer des textes à la demande : Qui vous appelle par votre prénom ; qui vous susurre votre berceuse préférée, lorsque vous suciez votre pouce sans vous cacher ; qui vous prédit un bel avenir. Une variante pourrait être ornée du drapeau national, spéciale pour possibles sauveurs de la Patrie, par exemple. Bien sûr, à la fin de la berceuse elle dirait : Tu restes le meilleur, le plus beau !

 

Mon idée est-elle vraiment farfelue ?

Peut être, mais, ne suis-je pas un diseur de bonne aventure ? Alors, la réalité, la seule qui compte est celle que je fais de mes doigts. Il suffit d’y croire pour en être imprégné, grisé, emporté dans une bulle qui navigue au gré de la pensée qui l’habite.

Même que mon petit compagnon est d’accord avec moi : Regardez son air épanoui !

 

© Jorcas

 

Publié par tamanaco à 08:21:04 dans Fantasmagories | Commentaires (0) |

Monsieur Foucade | 20 novembre 2009

 

J’avais prévu depuis mes toutes jeunes années ce qu’il faudrait faire pour me lancer un jour dans l’odyssée cosmique et  planté en conséquence tout autour de mon jardin des grands arbres qui en cachaient la vue aux indiscrets. Au fond, j’ai construit un hangar avec une apparence aussi ordinaire que possible. Rien d’attrayant.

Et une aire de départ et de retour pour l’engin de transport.

Un ami m’avait fait parvenir une copie des plans de Tentative. C’est le nom de code que nous nous sommes donnés pour désigner l’engin, facile à retenir. Et tout le monde ne connaît pas la traduction d’Endeavour.

 

Au  premier voyage, j’ai été détecté par un radar puis un quelconque télescope m’a suivi pendant que je m’efforçais de faire entrer ma belle dans le grand filet que j’avais tissé à cet effet avec des roseaux cueillis le long de la rivière qui traverse ma propriété. Cela n’a pas été facile d’attraper la première. Une Naine. 

Quel tintamarre autour de ma belle pêche !

Que vas-tu en faire ? La vendre ? L’exposer au musée ?

 

C’était mal me connaître. Ma prouesse n’était  qu’une mise en bouche, une péripétie dans l’aventure que je m’étais promis de vivre. Et bien entendu, le résultat serait pour ma propre joie.

Contempler à mon gré mes belles captives, les observer dans tous les sens, les étudier aussi. Je deviendrai un expert à force de tournoyer autour d’elles.

On est amoureux ou on ne l’est pas. Il ne faut pas faire les choses à moitié.

 

Après mon premier exploit, avec beaucoup de discrétion, j’ai repris mes chasses. Mon hangar brillait de toutes ces lumières sagement étendues dans leurs filets de roseaux : Pentacle, Filante, Céphéide, Polaire même.

J’étais heureux

 

J’ai tenté le plus beau coup, sans compter que je commençais à être connu. Qu’on me voyait venir.  Le manque de patience, l’excès de joie m’ont fait commettre une erreur fatale.

Je suis parvenu près d’elle avec un magnifique filet, fait des plus beaux roseaux que j’avais pu cueillir, que j’avais gardé pour ce moment.

Je l’ai entouré avec douceur, avec amour.
Elle était la reine

Venus

La plus belle étoile.
Elle a eu une sorte de rire, s’est mise à danser, a déchiré mes roseaux, s’est envolé et m’a planté là, en plein Ether !

 

Lorsque je suis descendu sur terre, toutes mes belles étaient parties. Dans ma précipitation j’avais laissée ouverte la porte du hangar.

Je n’ai plus eu d’autre ressource que de regarder le ciel, les nuits claires, et les voir passer là-haut sans même se soucier de moi !

 

© Jorcas

 

 

Publié par tamanaco à 07:21:51 dans Fantasmagories | Commentaires (0) |

Rêverie | 18 novembre 2009

 

Elle traverse les passages étroits en chantant. Quelle importance, tout cela ?

Un mot rauque sort de sa bouche comme une volute de fumée. Il enfle en montant dans l’air. On croirait une mauvaise rumeur courant le long des rues.

Lorsqu’elle ira à la rivière, cet après midi, se promener à son gré sur les berges sauvages, elle criera son nom, fort, fort, comme si elle voulait être entendue de tous.
Elle voudrait être entendue de tous.

Elle voudrait que tous sachent, ne pas avoir peur de le dire clairement, une fois pour toutes : Elle, la laide, la pauvre, avait un amoureux. Et il s’appelait…..

Il valait mieux le crier pour les canards et les poules d’eau seulement. Pour le moment.
Plus tard, si elle avait un enfant, qui serait beau, très beau, il serait bien temps de le dire.
Les autres ne pourraient plus la croiser faisant semblant de ne pas la voir. Pas avec un enfant. Ce serait sa joie, de dire à tous : Il s’appelle comme lui, comme mon amoureux.

Il reviendra à la fin de l’été, si l’enfant est né, pour le voir, pour le prendre dans ses bras.

Après il retournera au port, il reprendra la mer, mais nous resteront ensemble, mon petit et moi. Nous pourrons l’attendre serrés l’un contre l’autre. Nous nous tiendrons chaud.

Et je serais la plus belle femme du village.

Pour mon enfant.

 

 

Publié par tamanaco à 11:34:08 dans Fantasmagories | Commentaires (0) |

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