moi j'm' en fous
j ai du poil aux pattes
quand j'm emmerde
moi j en fais des nattes
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De 20 à 30 ans, j'avais un pote vraiment à coté du lot. Un authentique original. Il s'appelait Frédéric Mircotte de Quavieres. Je déforme à peine son nom. C'était un véritable aristocrate, au départ pour le moins. Il avait une manie. Certains ne peuvent s'empêcher de piquer dans les supermarchés, d'autres sont aimantés par le salace. Lui, sa lubie, c'était de mentir. A outrance, sans s'interrompre jamais. Un véritable mythomane pathologique. Même à nous, ses amis proches, il mentait à l'envi. On l'écoutait on se marrait on lui disait de ne pas nous la faire mais ça ne le gênait pas. Il venait toujours de croiser machin, l'acteur ou de faire la fête avec je ne sais quel musicien improbable. En général, il annonçait sa venue en poussant des hurlements suraigus. C'était sa signature. A la première vocalise, que l'on se trouva dans un bar sur la plage du Ferret ou de Biarritz ou dans quelque fête glauque, on reconnaissait Mircotte à son yodle inimitable. Il avait souvent des idées originales pour rehausser le niveau culturel et détendre l'ambiance des soirées. Ainsi, alors que vous discutiez avec lui, vous aperceviez vous un peu tard que tout en parlant, il avait pissé contre le bar ou sur vos chaussures. Parfois, avec lui, ça finissait en pugilat. Plus souvent, son hurlement mettait un terme aux discussions. Fallait voir...
Passé vingt ans, Mircotte, il a touché la dope, comme beaucoup dans les années 80. Et puis il a du faire je crois quelques mois de ballon, un an peut être. J'ai quitté Bordeaux, on ne s'est pas revus. Je sais qu'il bossait dans l'Ouest, qu'il avait été marié, qu'il avait une fille de onze ans.
J'aurais aimé le croiser, ce babouin, parler comme un vieux con des années de jeunesse, vider un bon pichet et pisser avec lui contre un bar avant de ramasser une bonne peignée. J'aurais aimé le croiser dans 20 ans, rigoler avec lui de nos querelles d'antan, regarder avec l'assurance des anciens ce qui nous terrifiait hier et vomir avec mon vieux pote menteur sur les errances pitoyables de la planète des singes.
Mais voilà, le sida l'a emporté. Dimanche dernier. Le voilà allongé entre sa mère et sa sœur. Elle ont pas fini d'entendre des conneries...
Adieu Frédéric, mon ami....
Publié par drddupuy à 11:20:51 dans liberagneugneu | Commentaires (0) | Permaliens