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Georges Cloneygneugneu | 03 décembre 2005

Les spots, la presse, les caméras. Je ne connais pas bien sûr, mais je songe que cela ne nous apporte pas, à nous citoyens, de bonnes choses. J'entends : que sarko ou vilpo passent leur temps en maillot de bain devant les photographes, même si leur maman leur a tricoté ledit maillot, ou avec des speakerines alléchantes de l'ORTF,  pourrait causer quelque emballement préjudiciable à tous.

Je transpose : moi, dans ma clinique, là bas, petit chirurgien, tout ça...

Tout à coup, la télévision débarque. Me voila Georges Cloneygneugneu dans « urgences ». Je ne vois plus les évènements de la même manière, ma vue s'embrouille. Je suis dans l'histrionisme, l'agitation fébrile, le dérisoire paraître et somme toute la légèreté. Pas le réel en tous cas.

Une infirmière à la frimousse coquine, jeune et belle à croquer, entre brutalement dans l'office. Je suis là, assis, nonchalant, les pieds sur le bureau, en train de lire un chef d'œuvre de la bibliothèque verte.

« Docteur, vite, je crois que le cinq a des hémorroïdes.

« Bon dieu, sursautais je, doux jésus, vite : un doigtier. »

Je me rue dans la chambre tel sarko dans la banlieue.

Quelques minutes plus tard, j'expose aux journalistes la situation :

« Hémorroïdes externes, à 0 heure et midi. Je pense qu'il faut passer tous les trous du cul au karcher. »

Bien sûr, jamais je n'aurais oser prononcer telle phrase sans cet emballement médiatique. Je m'écoute, on boit mes paroles.

A cet instant même, la petite infirmière, cette ingénue friponne,  hurle haletante :

« Docteur, vite, je crois que le cinq saigne.

« Oh sort funeste, oh noire fatalité : vite, le bloc, la boite vasculaire, les clamps...

« Toujours les hémorroïdes..

« Ah, merde. Soyez courageuse, mon enfant, comprimez d'un doigt ferme. Je crois qu'il s'agit d'une crise et je dois prendre des mesures, éviter l'endémie, la pandémie, la fièvre hémorroïdale cholérique aviaire ou porcine. J'appelle le président qu'il gagne son abri anti-atomique. Vite, je ressens moi même une douleur. Pourriez m'aider, belle enfant ....

Elle court, elle se dérobe :

« Je file au cinq, docteur. »

L'ingrate...

Enfin, à huit heures, les caméras ne sont plus là. Un infirmier hirsute me tape sur l'épaule, m'arrachant à une douce somnolence.

« Docteur, je crois que le cinq fait un infarctus.

« ..... je vous rappelle mon bon»

« Docteur, me dit alors une aide soignante, je crois que le cinq a chié au lit..

« Laissez, ça séchera. Les caméras sont parties.»

Ouf...

Pardon, je m'éparpille, comme toujours. Vous avez senti la teneur de mon propos, vous en avez extrait la substantifique moelle : toute cette agitation ne sert pas la cause de nos patients, comme le maillot de vilpo et son torse velu ne firent en rien baisser nos impôts, nos dettes et notre chômage. La société du spectacle me donne des aigreurs.

Heureusement, dans mon coin là bas boudu, nous sommes en paix, au bord du Mirail, près d'AZF et des voitures qui brûlent. Nous sommes de modestes travailleurs qui oeuvrons dans la discrétion, de petits tacherons attachés à soigner la maladie plus que nos ego démesurés.

 

Si vous avez une caméra, vous pouvez venir vérifier.

Publié par drddupuy à 14:21:24 dans liberagneugneu | Commentaires (2) |

04-12-2005  12:41  04-12-2005 12:41
superbe  De  denis  Sujet:  superbe
site, witko
03-12-2005  14:44  03-12-2005 14:44
erf  De  witko identité certifiée Sujet:  erf Url: [Liens]
mdrrrr!

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