moi j'm' en fous
j ai du poil aux pattes
quand j'm emmerde
moi j en fais des nattes
Ayant bu le café, nous primes quelque digestif. Une eau de vie, suivie d'un cognac et de quelques armagnacs. La fatigue et la souffrance accumulées depuis la veille au soir n'avaient fait qu'accentuer ma migraine. J'y voyais l'effet d'un verre d'eau glacée trop rapidement ingéré. A moins qu'il n'eut s'agit de quelque soporifique insidieusement versé en un breuvage gazeux. Un gentilhomme ne saurait se satisfaire de boissons gazeuses, dont le seul agrément est de provoquer de formidables éructations.
La vieille fit justement son rot et devant mes deux amis somnolents, fut prise d'une transe. Ses yeux roulaient dans leurs orbites. Sa langue claquait, son dentier tremblotait. Elle bavait légèrement. Un filet se formait à la commissure de ses lèvres, qu'elle avala bruyamment.
Mes deux amis tentaient d'ouvrir une paupière ce qui n'était pas tâche facile.
Elle se mit soudain à jargonaphaser, je ne vois en tous cas pas d'autre terme :
« Arbouk, felatio mortibus shrizzinpnel... »
J'ai oublié les termes exacts qu'elle employa par la suite.
« Serait ce une langue agglutinante. Il semblerait qu'elle s'exprime en ouralo-altaïque mêlé de cafre... comme c'est étrange, déclara Tronglofouille en essuyant ses lèvres souillées d'époisses.
« Je songerais plus à une forme de syriaque modifié, un peu à la façon du verlan., ajouta LJ, en écrasant sa cigarette dans un reste d'iguane au vinaigre.
« Le verlan ??? Mon ami, vous déraisonnez. Pourquoi pas du louchebem annamite ? Du javanais prâkrit ? Ah parfois, vous me semblez, comment dire, un peu léger. »
LJ se leva, outré par cette blessante remarque. Ne trouvant pas son gant, il recueillit dans une assiette de la cervelle de veau à la sauce de groseille.
« Retirez monsieur, ce que vous venez de dire. Je le veux et l'exige icéans. Faute de quoi vous recevrez mes témoins »
Ce disant, il barbouilla le visage de Tronglofouille de cette purée déplaisante.
« Allons cher ami, auriez vous perdu votre sens de l'humour, fit le policier en léchant le doigt avec lequel il s'était essuyé le visage. »
Tout cela ne servait guère notre cause et je décidais de mettre bon ordre :
« Allons mes amis, regardez le résultat fâcheux de vos petites querelles : la vieille ronfle maintenant, et jamais je ne saurai ce qu'il advint de ma belle. »
La décrépie ronflait maintenant fort bruyamment et il ne s'agissait pas là d'une forme de forme de copte ou d'hottentot mais bien du langage universel du dormeur. Nous n'en tirerions plus rien. Je désespérais. Je commandais un alcool de poire, n'ayant plus rien à perdre.
« Attendez, dit Tronglofouille. Regardez. »
Il retira de la main de l'ancêtre une petite carte de visite.
Il lut :
« Chère Hysztrdbklsch, retrouvons nous où tu sais ce soir à 8 heures. Signé Lul.. »
« ah, putain, fit LJ, cela ne nous aide que peu. Tout de même, il doit bien exister un moyen scientifique, quelque empreinte génétique ou je ne sais quelle analyse de sécrétion visqueuse et gluante. Allons, Tronglofouille, aidez ce pauvre bougre que vos disputes ont mis dans l'embarras. »
Fort marri, Tronglofouille plongea en lui même. Nous nous regardâmes, inquiets, LJ et moi même. Tout à coup, il se leva :
« Je sais, j'ai une idée. »
Chacun, dans l'établissement, se figea, la fourchette au bord des lèvres. Une mouche eut l'idée de passer mais fit discrètement demi tour. Tous les regards se portèrent sur Tronglofouille :
« Allons faire une sieste, proposa t il enfin.»
La suggestion nous plut, nous n'en discutâmes pas même. Comme je vous l'ai déjà dit, et il serait temps d'écouter, un je ne sais quoi m'avait un peu fatigué.
Qu'est ce qui a bien pu ainsi fatiguer Gneugneu ? Lulu avait elle été enlevée par les Massagètes ? Schopenhauer a t il raison de dire que la vie oscille comme un pendule , de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui ?
Vous le saurez peut être un jour..Publié par drddupuy à 18:29:33 dans Liberagneugneu : LE livre | Commentaires (0) | Permaliens
Où nos trois amis rencontrent Hysztrdbklsch, la voyante.
Nous fumes ainsi trois à dîner. Plus désireux que jamais d'oublier un instant le mal qui me rongeait, je commandais un litre de whiskey que je bus avec peine. Ma gorge était positivement nouée d'angoisse. Ah dieu tout plein de grâce, s'eut il pu que vous eussiez conçu tel malheur. Ne s'agirait il plutôt là de l'œuvre du malin. Qu'est il de plus cruel qu'être éloigné de l'unique être ? Comment concevoir se passer un jour de ses rires d'enfant, de ses yeux, de son teint et de ses mains agiles ? Où reposer sa tête ailleurs que sur son ventre ? Et quelle femme au monde lui comparer, en terme de grâce, de fraîcheur, de poésie et d'amygdales ? Je me laissais aller et commandais un deuxième litre. Le malheur mène à l'excès, l'excès à la mort et je commençais d'espérer son glacial souffle.
Mes nouveaux amis, me voyant en peine, tentèrent bien de me rassurer, de me choyer. Mais bière, vodka, valium ou héroïne : aucun de ces emplâtres grossier ne fit le moindre effet.
Je terminais péniblement mon cassoulet quand une vieille femme, plus ridée qu'un anus de babouin, se présenta à notre table. Une véritable gitane, fière et belle, issue de l'origine des peuples Rom et de la caravane Sterckeman. Elle agitait tout en parlant ses mains sous nos narines. Nous lui fîmes cadeau d'un peu de pain, de quelques sous, d'un litre de rhum et d'un vieux préservatif dont LJ se défit avec tristesse.
« Quel dommage, tout de même, qu'elle ne m'ait donné aucun prénom, aucun numéro de téléphone
« Je peux t'aider, gadjio, fit la vieille, un regard mystérieux, inquiétant, un regard bien étrange sur les lèvres. Je sais les moyens de lire dans le futur.»
Je frémis en l'instant, stupéfait.
Elle se saisit de la main de Tronglefouille, qui sommeillait, abruti par je ne sais quel excès.
« Ah hurla t il »
Son chien cessa de ses lécher. L'intelligence animale...
« Ah... » fit de nouveau Tronglefouille, alors que la pauvre bête reprenait son labeur. Le vocabulaire de l'agent s'était avec l'émotion ratatiné comme verge en eau glacée.
« Je te connais, sorcière.. Tu es »
Il se gratta le crane. Une pluie de particules blanchâtres tomba en avalanche dans sa choucroute au camembert.
« Tu es...
« ....
« ....
« Jeanne Calment ? demanda LJ
« Non, fit Tronglefouille. Tu as les traits de cette femme que j'ai arrêtée en 74, au 27 de la Rue du Sinistre. Tu es apparentée à Roland Culé le bestial. Tu es la belle sœur du génial Alonzo Balmaské...
« Point du tout monsieur, vous méprenez.
« Je sais alors, le grand frère de Jeff Ekaka ? L'arrière tante de d'Odile Atmoilanus ??
« Point vous dis je
« Tu es Agathe Zepower, je te reconnais, verrue, peste choléra...
« Point du tout monsieur, le curé »
S'ensuivit échange verbal dont je vous ferai grace.
Rien ne fit craquer la ridée. Jusqu'à ce qu'enfin, par une illumination que seule la puissance de l'amour pourrait expliquer, je la mette enfin à jour.
« Vous n'auriez pas cette nuit échangé de l'urine avec un vieillard chauve atteint du psoriasis ? »
Elle se figea :
« Exact, touché, coulé, bingo, carton plein. Du café, mon bon, cet homme mérite de connaître la vérité. Tu recherches une Lulu n'est ce pas ? »
Incroyable, impensable, inouï, in peto.
« Vous allez lire dans le mark de café ? lui demandai je
« Non mon petit, je vais m'en boire un grand, parce ce que j'ai indiscutablement la tète dans le cul. Après, mon petit, si tu es sage avec mémé, tu sauras où, comment pourquoi et pour combien s'en est allée ta belle. »
Mais vous, vous ne saurez pas, pas avant en tous cas le prochain épisode dont mon éditeur m'a demandé par contrat de ne rien vous dire, sinon qu'il y aura de la passion de l'exaltation, du sentiment, de la poésie et du cul, du cul bien fendu.
Publié par drddupuy à 14:17:54 dans Liberagneugneu : LE livre | Commentaires (0) | Permaliens