S’il est une donnée fondamentale de mon être, c’est bien l’attachement viscéral que j’éprouve à l’égard de ma langue, de ma terre et de ma culture. Charles Bertin
Un petit coin pour venir vous jaser de lectures, d'auteurs, de musique, bref, de ce qui me passionne. Entre les lignes, au coeur des mots, les vôtres, les miens tout simplement. Bonne visite.
Merci à Allie pour le bouton Blogue québécois.
<< La Colline aux gentianes | Violon | Oblomov de Ivan Gontcharov >>
J'avais déjà déposé dans mon ancien petit coin cet extrait que j'adore... (Un petit clin d'oeil à tous les amoureux/amoureuses de cet instrument et de la musique).
Revoici:
Violon
[...] Cette métaphore : corps-violon est belle, même si, comparé au corps, le violon est lui-même mille fois simplifié, il reste quand même, dans l’ordre de l’harmonie poétique, une équivalence. Tous deux, violon et corps, sont conducteurs de musique. Tous deux sont en somme ces purs passages : « Ce n’est que corde sèche, bois sec, peau sèche, mais il en sort la voix du bien-aimé ».
La construction d’un instrument comme le violon ne peut se réaliser que par la convergence d’un savoir multiple. D’abord le bois. Le choix du bois. Le choix de l’arbre. Ce sera, m’a dit un luthier, un arbre qui poussera dans un vallon afin que son bois n’ait pas eu trop à lutter avec les vents et la tempête, juste ce qu’il faut d’oscillement, de balancement pour que sa fibre soit souple, délicate, mais point trop. Puis les doigts du luthier vont en palper la qualité, en choisir un fragment. En permanence, tout ce qui va aboutir à cet objet, ce violon, va être à la fois de l’ordre du réel et de l’irréel, du savoir et de l’intuition, de la précision extrême et du somnambulisme.
Déterminantes vont être les fibres dont seront formées les ouïes, les éclisses, le manche, la lame qui va soutenir la table supérieure et, lorsque enfin les cordes vont être tendues, il suffirait que le chevalet qui les supporte ait été déplacé d’un dixième de millimètre pour que le son en soit gâché. Du resserrement ou d’un desserrement minimal des chevilles qui tendent ces cordes va dépendre la qualité. Et tout cela qui pourrait se décrire indéfiniment, toute cette kyrielle de gestes, de détails infimes qui aboutissent à l’œuvre « violon », qui pourrait encore être de l’ordre de la matière, la déborde de toute part.
Viennent maintenant l’archet et la main qui le guide vers la musique qui va jaillir. Tout cela n’est jusqu’à présent que prolégomènes de l’entrée en jeu : la main, le bras, l’épaule. N’est-ce pas plutôt l’oreille qui va faire jaillir la musique ? L’appel de l’oreille, la nostalgie de l’oreille à la percevoir ? Que dire alors des longues années d’apprentissage ? Ce n’est pas encore cela. Plutôt la présence, l’inspiration de celui qui se tient là : qui va du forestier à l’ébéniste, de l’ébéniste au luthier, du luthier au professeur de violon, du professeur à l’élève doué, de l’élève doué au maître qui le guide, puis, un pas plus loin, au maître intérieur, au maître qui l’habite. Et tout cela à l’infini.
Cheminement infini jusqu’à l’absence suprême, jusqu’à l’absence d’où va naître la musique qui va nous hanter, où tout va être aboli : tout ce qui a précédé l’instant où naîtra la vraie musique, cette musique qui ne va plus dès lors se jouer sur les cordes du violon, mais sur les fibres mêmes de notre être et de notre cœur ; cette longue chaîne phénoménale qui va aboutir à l’absence de tout phénomène et s’amenuiser jusqu’à n’être plus que l’absence lumineuse de toute écoute, de tout jeu, à la limite de toute musique.
Albin Michel 200
Toile: Michel Jean: http://www.micheljeanpeintre.com/collection2.htm
Publié par Suzan à 21:07:01 dans Balades en mots et images | Commentaires (7) | Permaliens
07-11-2009 21:38
De Suzan
Sujet:
@ Emily Url: [Liens]
07-11-2009 21:37
De Suzan
Sujet:
@ Allie Url: [Liens]
Merci pour vos mots