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Ma vie
Un jour que je disais à mon fils sa mollesse, il me rétorqua :
« Je ne veux à aucun prix avoir une vie comme la tienne. »
Je ne répondis pas, car sur le moment, la surprise de ce jugement me saisit.
Souvent par la suite, je me demandai effectivement si ma vie,
largement derrière moi, pouvait inspirer l’envie, ou le respect,
avait été honorable, digne, valeureuse, ou insipide et sans brillant.
Alors je me suis regardé avec distance, je me suis observé au présent.
D’abord dans mes réactions, et même dans mes sentiments intimes,
pour savoir si j’étais pusillanime ou ordinaire.
J’ai remonté les années, scrutant mes chemins, les actions décisives,
les choix déterminants, qui font la structure d’une existence terrestre.
Souvent dans ma jeunesse, je répétais la maxime « ni regret ni remords ».
Aussi m’étais-je donné comme règles de m’efforcer d’éviter - si faire se pouvait !
la fuite morale, courageuse ou non, les actes malveillants,
d’infliger aux proches des peines d’amertume.
D’assumer personnellement tous les efforts nécessaires
afin d’ être en accord avec une certaine pureté innocente,
qui firent souffrir certainement mes familiers, davantage qu’une saine hypocrisie.
Cette fermeté douloureuse, le plus souvent tournée contre moi-même,
je la traînais jusqu'à hier. Elle m’obligea à un intégrisme, à un ascétisme rébarbatifs,
qui ont certainement motivé la remarque de mon fils.
Ce courage, car souvent la fuite ou l’esquive aurait demandé moins d’effort,
me mena à des combats futiles ou conséquents, à des conflits de principe,
à des reproches exprimés ou tus avec peine, qui peut-être m’ont isolé.
M’ont coupé de la légèreté, de la facilité orientale,
du plaisir immédiat et inconséquent,
en opposition avec une analyse constante du bien et du mal.
Mes actions, relativement à ces penchants ruineux,
avaient-elles été de nature à provoquer aussi sa condamnation ?
Qu’ai je fait qui le détourne ?
Travailleur assidu, esclave du travail,
ambitieux toujours plus, acharné jusqu’au bout.
Parti de pas grand-chose,aujourd'hui mes enfants pourraient vivre en farniente.
Déjà lotis, ils doivent travailler (à la mode 68) mais me le reprochent,
et ne comprennent pas qu’un troisième âge garde encore la barre
dont ils ne veulent pas.
Griffé par la guerre et la nation, j’ai oublié l’insulte.
Frappé à vie par la mort du jeune frère,
à mon aurore j’ai baissé la flamme de vie.
Soldat en Algérie, à la fin j’ai sauvé dangereusement ma famille.
Fidèle à l’amour, j’ai défendu mon alliance jusqu'à l’exil.
Bon époux, bon père, au travers des épreuves j’ai connu et donné une affection sans faille.
Contribuable honnête, édile, j’ai participé à la vie sociale,
mais ai dû combattre douze ans (avec une entière victoire)
un monstrueux abus fiscal qui m’a rongé et a jeté une crainte mortelle sur ma famille.
Artiste et poète, mes créations admirées dans ma rue gisent silencieuses,
poussiéreuses en réserve d’un monde aveugle ou distrait.
Dois-je avoir honte, éprouver regrets ou remords de ma condition ?
Ai-je failli une fois ? Mes valeurs n’ont plus cours.
Prévenu de la vanité des choses humaines, sans l’appui de la foi,
je suis cramponné à mon balai.
Je m’active encore à nettoyer le devant de ma porte,
passif aux piqûres, aux temps qui changent, aux jeunes printemps,
heureux du babillage des enfants.

Publié par emiliousollies à 12:25:32 dans Moi | Commentaires (0) | Permaliens
Haiko

L'hiver
Un rai de blême lumière glisse
Sur la statue de pierre mélancolique,
Caresse les fleurs pâles, s'en va.
L'envers
Glisse, de lumière blême, un rai.
Mélancolique pierre, sur la statue
S'en va, Les pâles fleurs caresse.
Publié par emiliousollies à 18:46:38 dans Poësies | Commentaires (0) | Permaliens
ORAN - ALGER
AMOURS DE JEUNESSE
Roman rédigé en 1989
Première Partie : Oran 1924 - 1954
Chapitre 1 : Des Origines.
Chapitre 2 : Passé simple.
Chapitre 3 : Enfance et jeunesse d'un pied noir.
Chapitre 4 : Vingt ans.
Deuxième Partie : 1955 - 1957
Chapitre 5 : Piège.
Chapitre 6 : Kader et la décolonisation.
Chapitre 7 : Crise de foi à Paris.
Chapitre 8 : Remède à Nice : un amour naît.
Chapitre 9 : Sidi Bel Abbés, la solitude.
Chapitre 10 : Service Militaire, l'Allemagne.
Troisième Partie : Alger 1958
Chapitre 11 : Baroud et objection de conscience.
Chapitre 12 : Au feu.
Chapitre 13 : Dans la tourmente : Alger.
Chapitre 14 : Mon Général, où est l'honneur ?
Quatrième partie : Oran 1959
Chapitre 15 : Oran : Retour aux sources.
Chapitre 16 : Une jeune fille d'Oran. 13 mai 1958 : Vive De Gaule !?
Chapitre 17 : Un amour hasardeux.
Chapitre 18 : Victoires !
Chapitre 19 : Ruptures.
Chapitre 20 : Jalousies.
Chapitre 21 : Horreurs du terrorisme.
Cinquième partie : 1960 / 1961
Chapitre 22 : Douleurs, Douceurs du mariage.
Chapitre 23 : Kader / Gilbert : l'affrontement.
Chapitre 24 : Pauvre Paul.
Chapitre 25 : Un accouchement difficile.
Chapitre 26 : C'est la guerre !
Chapitre 27 : Chacun chez soi, de son côté.
Chapitre 28 : La souffrance de Paul.
Chapitre 29 : C'est l'enfer !
Sixième partie : Oran juillet 1962
Chapitre 30 : Apocalypse now !
Chapitre 31 : Premiers jours de l'Algérie Algérienne.
Chapitre 32 : Ne me quitte pas...
PROLOGUE
La population "française" méritait-elle de rester en Algérie après 1962 ?
Certes, nous avons apporté beaucoup à la terre algérienne ; nous en avons fait, en un siècle, un pays européen
moderne, mais la population musulmane a-t-elle eu sa juste part ? Du seul fait de son enracinement dans le pays,
de son existence sur le sol, sans même prendre en compte ses qualités, la communauté arabe aurait dû être mieux
associée au développement du pays nouveau. Depuis 1924, des signes nombreux montraient que les Algériens
n'étaient pas dupes et que la leçon d'égalité, de fraternité ne pouvait souffrir d'exception. L'instruction,
le progrès, le confort ne pouvaient n'être réservés qu'aux possédants. Il fallait admettre que la règle du jeu ne
pouvait être qu'unitaire. Les gros propriétaires, les gros colons, les grosses sociétés d'Algérie ont précipité
sa perte par leur refus d'assimilation à la population musulmane. C'était l'envers de la médaille, le profit
économique devait s'accompagner de l'égalité des chances. Truquer les cartes par peur de l'évolution
démographique ou de l'exclusive religieuse de l'Islam, revenait à refouler le problème, à le comprimer jusqu'à
l'explosion fatale, finalement à le précipiter d'une manière violente.
On savait bien qu'au niveau individuel, à l'échelle du bas peuple, la coexistence pacifique et amicale existait.
Au niveau supérieur des grands intérêts privés, l'intolérance devenait égoïsme criminel à courte vue.
On peut dire que de nombreux gouvernements, à toutes les époques, en admettant ou en appliquant la politique
ségrégationniste d'un quarteron de personnalités "représentatives" extrémistes, ont contribué à la chute
au suicide provoquées de l'Algérie co-française. La population ordinaire cosmopolite et déjà immergée se serait
faite à la fusion. Le seul problème réel était celui de la nationalité française.
La métropole pouvait-elle digérer les millions d'Algériens ? Les « vrais » Français pouvaient-ils admettre une
totale égalité avec les "Bicots" et les "Pieds-noirs" ? Non, c'était impossible et c'est cette éventualité qui a fait
reculer tant de fois les gouvernements.
Il fallait alors aller jusqu'à l'extrême de la logique et créer un dominion, une nouvelle nationalité qui ne fut pas
exactement française, mais étroitement associée et non confuse et la faire admettre le plus tôt possible, dès
après la fin de la guerre en 1945. Cela aurait été une nouvelle aventure, une autre voie, insondable.
Ceci n'est malheureusement maintenant qu'un jeu de l'esprit, un scénario qui permet une sorte d'espérance ou
d'apaisement comme devant les morts tués : « Si seulement il avait tourné à droite au lieu de prendre à gauche,
il serait encore vivant ! » On sait que l'inéluctable est arrivé, mais l'esprit, l'affection ne peuvent se détacher
de la tentation de prêter encore une vie à l'absent : on ne peut s'empêcher de revenir toujours sur les derniers
instants avant le déchirement fatal.
Il y a les choses qu'on pardonne, et celles que seule la mort arrache du cœur et arrive à faire glisser dans
l'oubli. Dans les soubresauts de l'Histoire comme on dit, dans les bourrasques des revendications des peuples, en
descendant au plus bas de l'échelon on trouve des individus, femmes et hommes simples, qui ne demandent qu'à
vivre en paix.
Il y a aussi les autres, les insatisfaits beaucoup moins nombreux, mais dont la détermination au sacrifice de
l'essentiel, leur vie, donne une force qui déplace les montagnes et transforme l'ordre établi.
Tous se débattent dans l'inconnu, l'inconnu noir du futur.
Comme dans un cornet à dés qui une fois jetés scellent les destins, à la vie, à la mort. Mektoub.
... mortes amours, ne me quittez...
Il y a le cosmos et son vide sidéral parsemé de millions de galaxies et leurs milliards de planètes, noyées
dans le temps. Plutôt petite, s'y trouve celle qu'on nomme la Planète Bleue, la Terre, sur laquelle
se reproduisent en ce siècle quelques milliards d'hommes. Ils s'abandonnent sur cinq continents à leurs
éternels combats.
Une petite mer baigne Europe et Afrique habitées par différentes populations, se livrant tour à tour à
d'éphémères conquêtes.
Récemment au nord de l'Afrique, dans une cité dénommée Oran, au bord de la Méditerranée, une famille a compté
quatre fils. Nous les trouvons dans leur adolescence, juste avant qu'un conflit n'emporte le plus jeune.
Publié par emiliousollies à 12:22:44 dans 0 ROMAN " Mortes amours, ne me quittez... " Prologue | Commentaires (0) | Permaliens
De profundis
Toute jouissance va, tout va, de même le délire des fièvres.
De quoi n'ai-je pas été le témoin !
Quelle brillante renommée ne fut la mienne aux jours de ma gloire!
Quelle capitale ne connut le bruit du sabot de mon cheval ?
Plus vite que le simoun, que de villes n'ai-je pas détruites ?
Quelle grandeur plus grande que moi ? Quelle loi qui ne fut mienne?
Et voici ! Toute jouissance va, tout va de même le délire des fièvres
Sans laisser plus de trace que l'écume sur le sable.
Et la mort est venue sans que personne ne la puisse arrêter.
Mes armées, mes courtisans, ni ceux-là, ni d'autres.
Ecoute la parole qui ne passa jamais mes lèvres:
Aie soin de ton âme ! Jouis en paix au calme de la vie !
Profite en sage de toutes les beautés du monde.
Demain la mort t'enlèvera !
Demain, la terre répondra à ceux qui t'appelleront :
Il n'est plus ! Il est dans mon sein pour l’éternité !

Je croyais éternelles ma puissance et mon âme
Quand soudain se fit entendre la voix de celle qui ne meurt pas.
Alors je réfléchis sur ma destinée, je rassemblai les miens,
Tous sans excepter un seul et je leur dis :
Voyez mes cassettes, mes coffres, toutes ces richesses.
Je vous les donne si vous prolongez d'un jour seulement ma vie sur la terre.
Mais ils tinrent les yeux baissés et gardèrent le silence,
Et moi je mourus ; mon palais devint l'asile de la mort.
0 fils des hommes ! Pourquoi conçois-tu tes ténèbres ?
Pourquoi places-tu ta confiance dans un monde vain ?
Ne sais-tu pas que finalement il ne reste rien !
Ou sont-ils les conquérants, les bâtisseurs ?
D'eux à peine un peu de poudre, plus légère que le souvenir !
0 fils des hommes tu cèdes aux plaisirs faciles et la mort
Cramponnée à tes épaules rit plus fort que toi !
D’après Les mille et une nuits.
Publié par emiliousollies à 11:17:29 dans POLYGAMIE AVEC LES MUSES | Commentaires (0) | Permaliens
Je vous pardonne
Vous qui m’avez chassé de l’école
Qui m’avez insulté pour mon nom
Qui m’avez cru menteur alors que je disais vrai.
Je pardonne
A ceux qui m’ont trompé par égoïsme
Aux militaires qui m’ont emprisonné pour un salut oublié
A ceux qui m’ont visé sans m’atteindre
A la patrie qui a coupé mes racines.
Je pardonne aussi
Aux enfants méchants par innocence
Aux proches qui m’ont abandonné dans le besoin
A ceux qui m’ont imputé sa mort alors que je l’aimais
Et qui ont privé ma famille de leur affection
A ceux qui sont morts en me blessant.
Mon pardon aussi aux fonctionnaires
Qui pendant onze ans m’ont vainement torturé pour fraude
A ceux qui m’ont volé dans ma confiance
A la nature aveugle qui des ans m’accable
Même à Dieu qui est tout le temps absent.
Et ceux-là qui m’ont méconnu
Et qui n’ont pas reconnu mon art
A vous qui ne m’avez pas encore pardonné mes erreurs.
Peut-être à moi pour ce que je n’ai pas atteint.
Mais Pardon et Merci à vous qui m’avez mis au monde.

Publié par emiliousollies à 10:46:36 dans Poësies | Commentaires (0) | Permaliens
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