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De l'écrou n° 95/528050 | 18 juillet 2009

Ma mère en prison pour un assassinat? On aurait pu en sourire si on l’en avait crue capable. Le soir où nous apprîmes son incarcération, Tom avait déserté l’appartement et mon père et moi nous retrouvions comme deux cons. Écrasés par le poids de la nouvelle, nos regards en disaient long sur les pensées qui nous animaient sur l’instant. C’est-à-dire absolument aucune car nos regards ne disaient rien. Nous étions vidés de notre substance et toute parole était frappée de stérilité ; parler serait revenu à réitérer la sempiternelle “putain, où est-ce qu’elle est encore allée fourrer son cul?”, autrement dit à se poser une question intelligible à propos d’une situation qui échappait à l’entendement. Cette question avait même perdu son pouvoir exutoire : rien ne pouvait plus nous sortir de notre hébétude, pas même l’extrême extravagance de cette conclusion inattendue. Tout paraissait maintenant tellement vain, et vide, et foutu. Ma mère venait de nous démontrer qu’elle n’avait pas fini de nous pourrir la vie, et qu’elle aurait toujours assez de ressources pour aller à rebours des leçons qu’on tire en général de ses propres erreurs. Au fond il fallait la comprendre : elle n’avait encore jamais expérimenté le meurtre! Comment tirer les leçons d’une expérience qu’on n’a jamais vécue?

La première visite que nous rendîmes à l’écrou n° 95/528050 se devait, comme la tradition familiale l’exige, de revêtir les qualités d’un bon mélo ; ou d’un mauvais, si l’on s’en fie au style dans lequel excelle ma mère. Les circonstances lui donnaient certes un sérieux coup de main, mais on ne peut reprocher à un artiste de vouloir imprimer sa touche sur tout ce qu’il fait! Tom, une fois de plus, s’était exclu des festivités. Nos permis de visite en poche, mon père et moi nous présentâmes à la porte métallique de la prison, pleins d’une nerveuse appréhension que trahissait le léger tremblement de nos cartes d’indentité tandis que nous les présentions au gardien chargé de nous les confisquer jusqu’à la sortie. Mon père développa lui aussi un style particulier de visiteur de prison qu’il s’acharnera à garder jusqu’au bout. Dès la toute première visite, et malgré l’angoisse qui accompagne les premiers pas que l’on fait en prison (visiteurs et détenus confondus), il mit en exercice une forme toute particulière de résistance – qui entre nous était bien inutile et ne pouvait que le desservir – qui consistait à garder systématiquement dans ses poches des objets métalliques destinés à faire sonner les portiques de détection. Et ça ne manquait jamais : le portique sonnait, le gardien lui demandait de vider ses poches, mon père s’exécutait en râlant et repassait le portique, lequel sonnait à nouveau, le gardien insistait pour qu’il vide ses poches, et la scène se répétait ainsi jusqu’à ce que le gardien émette des signes d’impatience. Mon père râlait systématiquement à chaque nouvelle demande du gardien, mais je crois qu’il aimait ça. Je pense qu’il ne le fit pas exprès les premières fois, mais pour les suivantes il connaissait le règlement et n’avait plus aucune excuse. Il prenait en réalité un malin plaisir à râler et à faire suer le gardien ; ce devait être pour lui une façon de se lâcher nerveusement avant d’affronter l’attente, les lourdes portes qui claquent et finalement ma mère.

Une fois installés dans l’insalubrité de l’étroit parloir dans lequel nous devions retrouver ma mère, le gardien ferma à clé la porte par laquelle nous étions entrés et son collègue vint ouvrir celle par laquelle se glisserait ma mère quelques dix minutes plus tard. Il y avait là une table sale et grignotée par l’usure, sous laquelle des tonnes de chewing gum s’étaient accumulés, et trois chaises d’écolier dont l’assise d’une grinçait sans même qu’on n’eût besoin de faire le moindre mouvement. Je me demandais comment cette chaise était encore en état de servir lorsque je vit apparaître derrière le plexiglas déformant de la porte du parloir le visage tordu de ma mère. Ce fut un choc de la voir là, debout derrière cette porte qui ne s’ouvrirait plus qu’à la faveur d’un geôlier. Sa perte de liberté me frappa à cet instant. C’est donc ça la privation de liberté : on ne peut même plus ouvrir une porte soi-même, on ne peut plus effectuer le moindre de ces mouvements qui nous sont si naturels quand on est libre. Je mesurais à ce moment précis ce que signifiait le coup de fil de l’inspecteur de la brigade criminelle la semaine précédente.

Ma mère entra lentement dans le parloir, se tenant aux deux murs qui se faisaient face et l’entourraient de leur exiguïté. Elle tomba presque littéralement dans mes bras et je tentai de la soutenir du mieux que je pus pour enfin la relâcher sur la chaise vide qui l’attendait. Le gardien alerté par le bruit que fit l’effondrement de ma mère se précipita, mais lorqu’elle comprit qu’on la ramènerait en cellule, elle se sentit subitement déjà mieux. Mon père l’embrassa alors à son tour et elle demeura silencieuse. Personne n’osait prendre la parole le premier. Nous avions tout à dire et tout à demander, mais nous n’osions pas la bousculer au-delà de ce qu’elle venait de vivre. Nous espérions qu’elle se livrerait d’elle-même, qu’au moins elle nous donne la raison de sa présence en prison, et qu’au passage elle reconnaisse notre propre présence en ces lieux insolites. Mais rien, il ne fallait rien attendre d’elle. Nous devions le savoir depuis le temps! J’hasardai alors un timide “Que s’est-il passé?” qui reçut pour toute réponse un torrent de larmes interdisant toute autre tentative de questionnement. Il fallait de toute évidence s’y prendre autrement, et c’est mon père qui – peut-être plus habitué que moi à négocier ses paroles – trouva la façon de l’aborder. Il fallait en réalité parler d’elle et pour elle et, de toute évidence, la décharger de toute suspicion. C’est le seul moyen que mon père trouva pour communiquer avec elle et c’est aussi la forme de communication qui prévaudra à jamais dans leur relation. Ma mère ne supporte pas d’être confrontée à ses erreurs et fuit les reproches comme on fuit la peste. Ce mode de communication, elle l’attendra désormais de chacun d’entre nous vis-à-vis d’elle.

Une très mauvaise idée, papa, malgré une intention louable!

Ainsi mon père, plutôt que lui demander de lui exposer les faits et les mobiles, lui expliqua que ce qui était à l’origine de cette situation était la secte qu’il s’acharnait à démasquer depuis maintenant presque un an. Il lui fournissait malgré lui, et presque malgré elle, un mobile bien que ne pouvant rien pour elle quant aux faits, car il allait de soi qu’elle seule était en mesure d’expliquer sa présence en prison et par conséquent son lien avec le meurtre. Et ce ne fut qu’après un certain nombre de visites et l’insistance devenue dérangeante de mon père qu’elle nous confia avoir reconnu sa complicité lors de sa garde à vue. Nous fûmes saisis : de quelle complicité parlait-elle?

Ma mère est quelqu’un avec qui il faut user de patience et de détours pour la faire cracher. La police y parvint somme toute assez rapidement – mais n’est-ce pas son métier? - et il nous fallut plus d’une visite pour y parvenir nous-mêmes. A ce stade-là, nous n’avions pas encore rencontré son avocat. Ainsi, chaque visite ne durant jamais plus de trente minutes, et le travail de mise en condition de la parole étant chaque fois à refaire, pas moins d’une dizaine de visites hebdomadaires (soit plus de trois mois!) nous furent nécessaires pour qu’elle nous annonce par un samedi de novembre qu’elle avait suggéré à son altruiste visiteur de l’hôpital comment se débarrasser de son violent légionnaire, n’apportant pour l’heure aucun élément sur l’intérêt que cet homme pouvait avoir au meurtre.

Alain, l’assassin, celui qui avait tiré sur le légionnaire, fût arrêté plus tôt au cours de cette première journée d’investigation où nous fûmes tous entendus par la police. Il reconnut immédiatement le meurtre, la police ayant trouvé dès leur arrivée son fusil dans l’entrée de sa maison, la cartouche percutée encore fumante. Comprenant au bout de quelques heures de garde à vue qu’une responsabilité partagée lui coûterait moins cher qu’une responsabilité assumée seul, il désigna ma mère comme l’instigatrice de l’assassinat et la boucle était bouclée.

Sauf pour mon père. A l’énnoncé de ces faits, il remit aussitôt en balance la thèse de la secte. Ma mère ne niant rien à ce sujet mais n’enchérissant pas pour autant, il interpréta ses nouveaux silences comme une tentative de protéger la secte et imagina ma mère manipulée et menacée si elle en évoquait l’existence et donc la très possible responsabilité. L’attitude de ma mère me paraissait suspecte à cet égard. Pourquoi n’en parlait-elle pas d’elle-même si c’était le cas? Qu’avait-elle à en craindre maintenant qu’elle était en prison? Quelque chose de pire pouvait-il encore arriver? Mais mes doutes ne freinèrent pas mon père dans sa démarche qui visait à faire porter le chapeau à la secte. Ce qui m’attristait n’était pas sa volonté de venir en aide à ma mère, mais son obstination à vouloir imposer cette thèse en dépit du bon sens qui, s'il n'était chez lui embrumé, lui aurait laissé entrevoir l'apparente indifférence de son ex-femme.

Quoiqu’il en soit de la vérité, la planche de salut était trop belle pour ma mère : “Oui, c’est vrai, tu as raison! Il y a bien une secte dans cette histoire... celle dont tu parles”.

Et pour la première fois depuis trop longtemps le regard de mon père s’illumina. Le bonheur vint, pour un instant de grâce, faire briller le coin de ses yeux d’un éclat rare. Je regardais mon père avec une triste admiration. Dans cet instant hors du temps j’avais bien cru voir sa folie disparaître, et pour ce seul mais si précieux instant j’étais prête à me rallier à toutes les thèses qu’il voulait!

Cet éclat, il l’entretint jusqu’au procès, fort de ses convictions et des empilements de preuves qu’il amassait sur la table d’une salle à manger devenue bureau privé d’investigation. Mais, pour mon grand malheur, cet éclat s’éteindrait pour de bon par une soirée ensoleillée et sordide du mois de mai 1998.

Publié par mariedeschaux à 15:28:23 dans Facts and non fiction | Commentaires (0) |

Paintings... | 15 juillet 2009

Après réflexion et constatant que je n'ai pas beaucoup écrit ces temps-ci, je vous fais partager ici ce qui m'occupe par ailleurs.

Non, mon autre occupation (et qui est la première chronologiquement) n'est pas de chercher d’autres façons de traduire la bêtise de ma mère... à moins que vous en trouviez une expression dans ma peinture!

Voici un lien vers mon travail :

http://www.saatchi-gallery.co.uk/yourgallery/artist_profile/Marlin+D-chaux/11650.html

(pour préciser, la première image n’est pas un tableau !!!)

Prenez soin de vous!

Marie

Publié par mariedeschaux à 19:10:19 dans Extras sporadiques | Commentaires (0) |

La fêlure | 21 juin 2009

Mon père et moi tournions en rond dans la chambre d’hôpital où nous venions d’apprendre la mort violente du légionnaire. Les policiers n’avaient pas bougé et gardaient toujours la porte de la chambre. Nous nous sentions prisonniers en dépit de notre innocence, et ma mère se maintenait dans son état semi-végétatif que venait troubler par moments une certaine agitation.

Mon père se tenait le plus clair du temps près de la porte gardée par les policiers. Il voulait tout savoir, connaître les détails du meurtre, bien que frappé d’incrédulité face au caractère extraordinaire de la situation. Les policiers ne semblaient pas savoir grand chose, et une enquête étant ouverte, il ne leur était de toute évidence pas permis de parler. Qui sait à qui ils pourraient révéler des éléments clefs de l’affaire? On n’avait trouvé le mort que quelques heures plus tôt, son corps n’était peut-être pas encore tout à fait froid, mais il fallait déjà s’atteler à retrouver le coupable.

Pour ma part, je continuais de rassurer ma mère qui ne cessait de ressasser les mêmes inepties. Bien entendu qu’elle ne serait pas inquiétée par la justice! Quelle idée? Comment pouvait-elle tuer son mari de son lit d’hôpital? Le personnel témoignerait sans difficulté qu’elle n’a pas quitté sa chambre depuis plusieurs jours. Il était d’ailleurs rassurant de penser que pour une fois ma mère n’était pas à l’origine d’un malheur!

Nous usions le linoléum depuis une bonne heure quand un troisième policier, que nous avions croisé à notre arrivée à l’hôpital, entra dans la chambre et nous informa mon père et moi que la police judiciaire souhaitait nous interroger dans le cadre de l’affaire et que nous devrions le suivre au poste de police. Nous n’étions pas tellement surpris au fond, car après tout l’un comme l’autre pouvions être de potentiels suspects : mon père aurait pu tuer par jalousie, et j’aurais pu le faire sous le coup du désespoir de voir ma mère souffrir. Nous avions tous les deux un mobile plausible pour le meurtre.

Nous suivîmes donc les policiers hors de l’hôpital et montâmes à bord de deux voitures différentes. Je me souviens être passée à coté de la voiture vide de mon père avec en tête le moment où nous sommes sortis de celle-ci avant de gagner l’hôpital. J’aurais tout donné pour revenir à cet instant où nous ne savions encore rien du meurtre, où il ne s’agissait que de rendre visite à ma mère malade. Arrivés au poste de police, je ne recroiserai pas mon père ; on avait pris soin de nous garder dans des pièces séparées. L’inspecteur qui prît mes déclarations et m’interrogea notamment sur mon emploi du temps de la veille fût plutôt sympathique avec moi. J’étais assez à l’aise pour exposer mon alibi : je savais que dans une autre pièce mon père était en train de relater la même journée et la même soirée que moi puisque nous les avions passées ensemble à la maison.

Les sentiments qui me traversèrent au long de cette journée d’un siècle furent très ambigus. Je ressentis d’abord un certain soulagement à l’idée que ma mère ne serait plus victime de la folie du légionnaire. Puis mes sentiments évoluèrent au fil du temps vers quelque chose qui pesait de plus en plus, une lourdeur qui m’écrasait, une inquiétude grandissante, le sentiment que la fin d’une souffrance allait laisser place à une autre. Pire que la précédente. Je crois que je me suis justifiée cela sur le moment par le fait que je me trouvais dans une situation tout à fait hors du commun et que mes perceptions et mes affects me jouaient des tours.

La crainte que j’alimentais malgré moi ne me concernait pas. Je m’inquiétais plutôt pour mon père. Et si, pour une obscure raison, il ne sortait pas du poste de police? Étant la seule personne avec Tom à pouvoir attester de son emploi du temps de la veille, nous aurions pu nous entendre sur une version qui nous donnerait un alibi, ce qui me rendrait complice de mon père dans le meurtre... Je me disais aussi que les erreurs judiciaires existent et que nos comportements, quels qu’ils soient, peuvent braquer les soupçons sur soi. Je réfléchissais beaucoup à ce qui pouvait, chez mon père, attirer l’attention et le rendre suspect. Je pensais à sa manie de poser plus de question qu’il ne donne de réponse, ce qui peut devenir passablement agaçant. Mais je pensais surtout à sa paranoïa et j’imaginais mille conséquences à des débordements incontrôlés. Il pourrait très bien soupçonner l’inspecteur d’avoir tué le légionnaire sans que cela ne soulève de réaction de surprise de ma part! Je craignais tout simplement que son comportement lors de son audition ne le desserve.

Deux ou trois heures plus tard – je ne me souviens plus exactement car le temps semblait s’éterniser – j’étais de retour à l’hôpital escortée par deux policiers. Je priais pour retrouver mon père dans la chambre, et mon coeur d’arrêta de battre pour un instant quand je vis que ma mère était seule. “Ton père n’est pas avec toi?” Non. Ma mère ne paraissait pas inquiète pour lui. Elle n’aurait jamais pu imaginer mon père capable de cela. Moi, je crevais littéralement d’inquiétude, même si je savais aussi qu’il n’avait tué personne.

“Ils ne veulent pas me laisser descendre fumer une cigarette! Pourquoi?” Ces paroles de ma mère ne firent qu’augmenter mon inquiétude. Tout prenait un tour tragique, tout devenait matière à interprétation : pourquoi ne peut-elle pas sortir fumer? Pourquoi ne veut-on rien nous dire? Tout cela entrait certainement dans le schéma d’une procédure visant à maintenir les gens à vue pour faciliter l’enquête, mais sur l’instant tout sentait trop fort le soupçon. Il fallait comprendre cela, et je le comprenais quand je regagnais ma lucidité.

Cette journée, je l’ai vécue comme un très mauvais rêve et il m’arrive encore aujourd’hui de douter qu’elle ait eu lieu. Sur le vif, je réalisais que ma famille se trouvait sous le coup d’un soupçon de meurtre et cela suffisait à me faire divaguer. Mon corps m’envoyait des signes de relâchement, mes jambes tremblaient, mes mains étaient moites et mes larmes glissaient à l’intérieur de moi. Mes émotions n’avaient jamais connu une telle situation où le poids est tel qu’elles se trouvent écrasées et attendent une issue, une fêlure dans l’opacité de l’irraisonné pour s’y engouffrer et s’exprimer enfin.

Pour l’heure, ma mère répétait sans cesse qu’elle n’avait pas quitté l’hôpital et je lui répondais invariablement qu’elle n’avait pas à s’inquiéter. J’avais fini par même être agacée par tant d’insistance. On avait bien compris qu’elle n’y était pour rien! Pouvait-on maintenant penser à autre chose? Cherchait-elle une fois de plus à attirer l’attention sur elle? Être suspectée de meurtre serait-il à la mesure de son importance? Mon père n’était toujours pas revenu et l’après-midi touchait à sa fin. Il y avait quelque chose d’anormal à se trouver dans cette chambre à cette heure-là, après que l’heure des visites autorisées soit passée. L’hôpital était horriblement calme et on entendait maintenant les oiseaux chanter dans la fraîcheur du début de soirée.

Enfin, vers 20h je crois, je crus entendre la voix de mon père résonner dans le long couloir de l’hôpital. Un moment j’ai douté de ce que j’avais entendu tellement je guettais son arrivée. Puis je le vis apparaître derrière les deux policiers postés à la porte. Quel soulagement! Il était de retour, il était libre! Nous étions finalement tous mis hors de cause! La paranoïa de mon père ne l’avait donc pas rendu suspect! Malgré ce trait nouveau ayant fait irruption dans sa personnalité, il semblerait que son bon sens légendaire ait bien travaillé pour lui. Maintenant le meurtre se devait d’être résolu, mais je n’y accordais plus qu’une espèce de curiosité. Nous n’étions plus directement concernés et je me prenais déjà à rêver que nous allions pouvoir passer à autre chose...

Mais l’autre chose en question serait bien loin de celle escomptée. Mon père ne nous avait rejoint que depuis quelques minutes, quand les deux policiers qui avaient passé la journée à surveiller la chambre de ma mère entrèrent franchement et s’adressèrent à elle. “Madame, habillez-vous! Vous devez nous suivre. Vous êtes placée en garde à vue à compter de maintenant”. La panique se lisait dans ses yeux. Mon père et moi fûmes surpris par cette décision mais nous comprîmes que ma mère aussi devait être entendue. Elle était tout de même légalement la femme du mort et avait sans doute beaucoup de choses à dire sur la personnalité du légionnaire. Les policiers nous demandèrent alors de rentrer chez nous ; nous n’avions plus rien à faire à l’hôpital. Nous embrassâmes ma mère pour tenter de la rassurer, priant pour qu’elle ne s’embourbe pas dans des considérations qui pourraient se retourner contre elle. Elle a toujours eu un système de morale à part et complètement inapproprié pour la société, et je savais qu’elle serait capable de dire des choses terribles pensant bien dire. Nous lui fîmes la promesse de revenir la visiter le lendemain puis la vîmes monter dans la voiture au gyrophare qui s’éloigna à vive allure.

Nous fûmes de retour à la maison dans la soirée. Il faisait presque nuit noire. Tom ne crût pas un mot de l’épopée que fût notre journée. Il prît tout de plein fouet : l’annonce du meurtre, celle des gardes à vue simultanées de sa soeur et de son père, puis celle de sa mère hospitalisée. Mon pauvre Tom n’était encore une fois pas épargné par les événements familiaux et sortit fêter cela à sa manière. Mon père et moi attendîmes ce soir-là l’appel de ma mère qui nous annoncerait son retour à l’hôpital. Après l’appel, nous pourrions alors tous gagner nos lits et nous endormir à la bonne grâce sédative du relâchement de la pression. Le lendemain, nous lui rendrions visite et envisagerions une façon de reprendre le cours de nos vies sur un mode plus serein. Car malgré une issue et des circonstances exceptionnelles et tristes, cette possibilité nous était enfin offerte.

Mon père et moi restions assis dans le salon et regardions distraitement la télé. Chacun était plongé dans ses rêves que nous gardions pour nous-mêmes de peur que la poisse ne surgisse d’une énonciation trop prématurée.

Driiiiiing! Le téléphone sonne enfin! Maman est rentrée dans sa chambre! Ce ne pouvait être qu’elle! Personne n’appelle jamais à la maison aux alentours de minuit! Elle nous savait en souci et va enfin nous apporter le soulagement que nous réclamons depuis si longtemps... Mon père décrocha le combiné, le visage illuminé comme jamais.

“Monsieur Deschaux? Inspecteur X de la police judiciaire. Je viens vous annoncer que votre ex-femme est mise en examen pour complicité dans le meurtre de son mari. Elle va être transférée en maison d’arrêt. [...] Oui, bien sûr vous pourrez lui rendre visite. Vous pouvez en faire la demande dès lundi auprès du juge d’instruction. Voici le numéro du tribunal où on vous expliquera la marche à suivre...”

Plus tard dans la nuit, qui fût pour toute la famille aussi blanche que l’aspirine que je buvais pour tenter d’arrêter le marteau qui me fendait le crâne, je repensais à ce que ma mère m’avait demandé tout au long de cette journée : “Je ne vais pas aller en prison, hein ma fille?”

Si maman, tu y vas, mais faudra me dire un jour pourquoi!

Publié par mariedeschaux à 19:24:41 dans Facts and non fiction | Commentaires (0) |

"Vous êtes dangereux" | 21 juin 2009

Une passionnante exposition qui a lieu en ce moment a rappelé à mon bon souvenir un auteur qui pour moi a joué (et joue encore et pour longtemps) un rôle essentiel, tant d’un point de vue personnel que du point de vue plus vaste des idées.

Michel Foucault, l’auteur qui a renversé la proposition de Clausewitz pour dire que la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens, et qui a mis en pratique l’idée majeure qu’il faut rendre la parole aux plus fragiles et aux plus anonymes en publiant Moi, Pierre Rivière..., remettant en lumière le mémoire d’un cas de parricide au XIXème siècle, a écrit un article publié dans Libération en 1983 sur le rôle de la prison et des institutions en général. Vous trouverez ci-dessous un texte d’une grande force et d’une grande actualité, et dont l’intérêt réside entre autres choses dans le fait essentiel de rappeler qu’une société n’avance que si elle questionne ses pratiques. Autant dire qu’on n’est pas rendus !

Michel Foucault « Vous êtes dangereux » *

POUR ÊTRE SURPRIS, j'ai été surpris. Non par ce qui s'est passé, mais par les réactions, et la physionomie qu'elles ont donnée à l'événement.

Ce qui s'est passé ? Un homme est condamné à quinze ans de prison pour un hold-up. Neuf ans après, la cour d'assises de Rouen déclare que la condamnation de Knobelspiess est manifestement exagérée. Libéré, il vient d'être inculpé à nouveau pour d'autres faits. Et voilà que toute la presse crie à l'erreur, à la duperie, à l'intoxication. Et elle crie contre qui ? Contre ceux qui avaient demandé une justice mieux mesurée, contre ceux qui avaient affirmé que la prison n'était pas de nature à transformer un condamné.

Posons quelques questions simples :

1) Où est l'erreur ? Ceux qui ont essayé de poser sérieusement le problème de la prison le disent depuis des années : la prison a été instaurée pour punir et amender. Elle punit ? Peut-être. Elle amende ? Certainement pas. Ni réinsertion ni formation, mais constitution et renforcement d'un « milieu délinquant ». Qui entre en prison pour vol de quelques milliers de francs a bien plus de chances d'en sortir gangster qu'honnête homme. Le livre de Knobelspiess le montrait bien : prison à l'intérieur de la prison, les quartiers de haute sécurité risquaient de faire des enragés. Knobelspiess l'a dit, nous l'avons dit et il fallait que ce soit connu. Les faits, autant que nous pouvons le savoir, risquent de le confirmer.

2) Qui a été dupé ? Ceux évidemment auxquels on a voulu faire croire qu'un bon séjour en prison pouvait toujours être utile pour redresser un garçon dangereux ou empêcher la récidive d'un délinquant primaire. Ceux également a qui l'on a voulu faire croire que quinze ans de prison infligés à Knobelspiess pour un fait mal établi pourraient être du plus grand profit pour lui et pour les autres. Les gens n'ont pas été dupés par ceux qui veulent qu'une justice soit aussi scrupuleuse que possible, mais par ceux qui promettent que des punitions mal réfléchies assureront la sécurité.

3) Où est l'intoxication ? Soljenitsyne a une phrase superbe et dure : « On aurait dû, dit-il, se méfier de ces leaders politiques qui ont l'habitude d'héroïser leurs prisons. » Il y a toute une littérature de pacotille et un journalisme plat qui pratiquent à la fois l'amour des délinquants et la peur panique de la délinquance. Le truand héros, l'ennemi public, le rebelle indomptable, les anges noirs... On publie sous le nom de grands tueurs ou de gangsters célèbres des livres rewrités – ou plutôt writés – par des éditeurs : et les médias s'en enchantent. La réalité est tout autre : l'univers de la délinquance et de la prison est dur, mesquin, avilissant. L'intoxication ne consiste pas à le dire. Elle consiste à draper cette réalité sous des oripeaux dérisoires. Ces héroïsations ambiguës sont dangereuses, car une société a besoin non pas d'aimer ou de haïr ses criminels, mais de savoir aussi exactement que possible qui elle punit, pourquoi elle punit, comment elle punit et avec quels effets. Elles sont dangereuses aussi car rien n'est plus facile que d'alimenter par ces exaltations troubles un climat de peur et d'insécurité où les violences s'exaspèrent d'un côté comme de l'autre.

4) Où est le courage ? Il est dans le sérieux qu'on apporte à poser et à reposer sans cesse ces problèmes qui sont parmi les plus vieux du monde : ceux de la justice et de la punition. Une justice ne doit jamais oublier combien il est difficile d'être juste et facile d'être injuste, quel travail demande la découverte d'un atome de vérité et combien serait périlleux l'abus de son pouvoir. Ce fut la grandeur des sociétés comme les nôtres : depuis des siècles, à travers discussions, polémiques, erreurs aussi, elles se sont interrogées sur la manière dont la justice doit être dite, c'est-à-dire pratiquée. La justice – je parle là de l'institution – finit par servir le despotisme si ceux qui l'exercent et ceux-là même qu'elle protège n'ont pas le courage de la problématiser. Le travail de l'actuel garde des Sceaux [Robert Badinter] pour repenser le système pénal plus largement qu'il ne l'avait été jusqu'ici est, de ce point de vue, important. En tout cas, les magistrats et les jurés de Rouen ont été fidèles à cette tradition et à cette nécessité lorsqu'ils ont déclaré démesurée la peine infligée à Knobelspiess. Démesurée, donc mauvaise pour tout le monde.

5) Où sont les dangers ? Les dangers sont dans la délinquance. Les dangers sont dans les abus de pouvoir. Et ils sont dans la spirale qui les lie entre eux. Il faut s'en prendre à tout ce qui peut renforcer la délinquance. S'en prendre aussi à tout ce qui, dans la manière de la punir, risque de la renforcer.

Quant à vous, pour qui un crime d'aujourd'hui justifierait une punition d'hier, vous ne savez pas raisonner. Mais pis, vous êtes dangereux pour nous et pour vous-même, si du moins, comme nous, vous ne voulez pas vous trouver un jour sous le coup d'une justice endormie sous ses arbitraires. Vous êtes aussi un danger historique. Car une justice doit toujours s'interroger sur elle-même tout comme une société ne peut vivre que du travail qu'elle exerce sur elle - même et sur ses institutions.

Michel Foucault


* Libération, n° 639, 10 juin 1983, p. 20. Republié dans Michel Foucault, Dits et écrits. 1954-1988. Tome IV : 1980-1988, Paris, Éditions Gallimard, p. 522-524, avec la présentation suivante :
« Emprisonné pour un vol de huit cent francs, qu'il niait, Roger Knobelspiess bénéficie d'une libération conditionnelle. Arrêté de nouveau pour vol, il est placé dans un quartier de haute sécurité, dont il entreprend la dénonciation. Son combat le rend populaire auprès de journalistes, d'intellectuels et d'artistes. Un comité, dont M. Foucault ne fit pas partie, se constitue pour que son procès soit révisé et demande à M. Foucault de préfacer son livre Q.H.S. : quartier de haute sécurité (Paris, Stock, 1980). Lorsque la gauche arrive au pouvoir, Roger Knobelspiess est rejugé et libéré. Arrêté peu après à l'occasion d'un hold-up, celui qui avait été le symbole de l'iniquité de la justice devient alors la représentation du laxisme de la gauche et de l'irresponsabilité des intellectuels. M. Foucault répond ici à cette campagne. »

Publié par mariedeschaux à 19:09:36 dans Extras sporadiques | Commentaires (0) |

La chute | 21 mai 2009

Notre visite aux jeunes mariés laissa la famille sur sa faim et nous plongea dans une impuissance qui ne se contentait pas d’être un vague sentiment. Nous ne savions pas encore que peu de temps serait nécessaire pour que d’eux-mêmes les masques tombent et révèlent ce qui maintenait la situation dans une sorte de substitut de réalité carnavalesque. On arriverait presque à ne plus en rire du tout.

Un appel de ma mère nous apprît qu’elle était hospitalisée depuis la veille, pour des problèmes gynécologiques engendrés par des activités que nous ne préférions pas connaître dans les détails. C’était plutôt laid et, tenant à préserver à l’égard de ma mère une saine distance quand il s’agit de sexualité, je ne pouvais entendre ce qu’elle avait subi, quand bien même elle n’avait pas choisi. En dépit des raisons qui la conduisaient à l’hôpital, nous ressentîmes alors une forme de soulagement car nous pourrions enfin lui rendre visite en dehors de la présence de son légionnaire. C’est ce que nous fîmes dès le samedi suivant.

Ma mère nous avait assuré que son mari ne viendrait pas à l’hôpital avant la fin de l’après-midi, ce qui nous permettrait de passer quelques heures auprès d’elle dès la sortie de déjeuner. Lorsque nous arrivâmes, un homme se trouvait à son chevet. Un autre homme! Rien à voir avec le légionnaire, si l’on ose une comparaison des corpulences. Rien qui ne fasse vraiment peur. Ça ira. Au contraire de la brute qui servait de nouveau mari à ma mère, l’homme qui nous fût présenté était très chaleureux et sortit de la chambre pour nous laisser avec ma mère. Tom était là aussi, plutôt silencieux et distant. Quelque soit la difficulté dans laquelle se trouvait notre mère actuellement, il n’encaissait pas son départ. Je crois surtout que le fait que notre mère le rende responsable de cela, de ce qui a initié son départ, ne jouait pas en faveur d’une réconciliation. Tom portait sur les épaules une culpabilité injuste et bien trop lourde pour lui, compte tenu des conséquences. Il était de toute évidence ému de revoir sa mère après plusieurs mois de séparation, mais gardait pour lui les élans d’amour filial dont son jeune âge avait besoin pour se construire. Dans d’autres circonstances, il lui aurait sûrement tenu la main. Ma mère n’osait pas non plus le lui demander ; elle devait savoir au fond d’elle qu’elle n’en avait plus la légitimité.

Mon père et moi, après une bonne heure de visite, sortîmes fumer une cigarette. C’était le temps où nous mangions peu et fumions beaucoup. Mon père avait chopé des habitudes de fumeur incurable et ne tenait pas plus d’une heure sans fumer. A la maison, c’est à peine s’il n’allumait pas une cigarette avec le mégot fumant de la précédente...

Arrivés au bas de l’hôpital, nous fûmes surpris de retrouver là l’homme qui nous avait accueilli dans la chambre de ma mère. Était-il dépêché par le légionnaire pour la surveiller? Tout ce qu’elle nous a dit de lui, au fond, quand il eut quitté la chambre, c’est qu’il était un “copain de pêche” de son mari, et qu’ils avaient sympathisé. Mais cela ne nous disait rien de ses intentions, ni de la raison de sa présence à l’hôpital. Après quelques banalités échangées pour la forme, il prît de lui-même l’initiative de nous expliquer qu’il n’était là que pour venir en aide à ma mère qu’il pensait menacée par son mari. Mon père, par réflexe paranoïaque, mis en doute cette déclaration en le bombardant de questions. L’homme y répondit avec une telle aisance qu’il n’en fallut pas davantage pour rassurer mon père. Il gardera tout de même une méfiance toute naturelle à l’égard de quiconque entrera dans notre histoire.

L’homme nous expliqua qu’il était de notre côté et qu’il aiderait notre mère à se sortir de là. Il nous dit avoir passé pas mal de temps à discuter avec elle au bord de l’eau, tandis que le légionnaire faisait un sort aux poissons de la rivière. C’est là, selon lui, que ma mère lui confiait son malheur et qu’ils discutaient ensemble des possibilités de la sortir de cette situation. Cet homme inspirait étrangement confiance ; non pas que ce qu’il disait était toujours digne d’être reçu sans questionnement, mais se dégageait de lui une sorte de candeur proche de la bêtise, et qui laissait présager que nous n’aurions jamais rien à craindre de lui. Il semblait juste vouloir aider, et cela suffisait.

Nous rendîmes visite deux autres fois à ma mère, dans les mêmes conditions. Tom était déçu de sa première visite et je n’ai pas le souvenir qu’il nous ait accompagné une autre fois. Je ne me souviens plus. Ce qu’il me reste est la déception qu’il éprouva au retour de notre première visite. J’ignore ce qu’il attendait de celle-ci, peut-être des excuses de notre mère qui ne viendraient jamais. Il était évident qu’elle se considérait uniquement comme une victime, de bout en bout de notre histoire. Toujours est-il qu’aux visites suivantes, l’homme était encore là, et nous parlait encore et toujours des problèmes de ma mère. Il réitérait aussi l’expression de sa volonté de lui venir en aide, sans développer sur les moyens qu’il pensait pouvoir mettre en oeuvre. Pour notre part, nous comptions sur ma mère pour déposer une plainte contre son mari et demander le divorce, quitte à demander aussi une protection judiciaire qui pourrait maintenir son mari à distance.

Lors de ces visites, nous fûmes une fois confrontés à l’arrivée du légionnaire. Nous n’avions pas vu le temps passer, ou bien était-il en avance sur l’heure habituelle de ses visites, mais lorsque nous le vîmes apparaître dans l’encart de la porte, nos souffles furent coupés net et il flottait dans l’air de la chambre une sensation proche de ce que l’on ressent à l’abord d’une chute. En dehors de mon père qui était toujours prêt à accuser un nouveau coup, personne n’insista dans la discussion et nous quittâmes la chambre comme les perdants d’avance d’une bagarre qui ne doit pas avoir lieu.

Ce samedi-là ne devait être qu’un nouveau samedi de visite ; c’était un samedi de début août, quand la chaleur écrase tout dès les premières heures du jour et que chaque effort physique est assez calculé pour économiser l’eau de nos corps. La voiture de mon père était restée en plein soleil toute la matinée et le soleil de midi avait fini par la rendre impraticable. Les sièges étaient brûlants et la chaleur à l’intérieur suffocante. De la sueur perlait immédiatement sur nos tempes lorsque nous y entrions et mon père risquait la brûlure au troisième degré au moindre contact avec le volant. Mais il fallait partir. Nous n’étions que lui et moi. Fenêtres grand ouvertes, le vent venait frapper mon visage ; j’avais quitté mes chaussures et installé mes pieds sur la plage avant de l’habitacle. Je m’endormis ainsi et le trajet parut moins long. Quand la voiture quitta l’autoroute et commença à prendre des virages plus serrés, j’ouvris les yeux. Mes pieds surchauffaient désagréablement et avaient rougi. Mais qu’importe, j’étais détendue, j’allais retrouver ma mère.

A l’arrivée devant l’hôpital, cependant, une étrange sensation s’empara de moi. Il y avait quelque chose qui clochait, quelque chose d’inhabituel, quelque chose qui tournait encore moins rond que les autres fois. Cette sensation m’était-elle inspirée par la présence d’un policier à l’entrée de l’hôpital? Ce n’est peut-être que cela, puisque la présence de la police dans mon champ de vision avait toujours eu tendance à me mettre mal à l’aise. Nous entrâmes dans l’hôpital, mon père et moi, montâmes les marches qui menaient au deuxième étage, puis allions entamer le long couloir qui menait, au bout, à la chambre de ma mère, lorsque nous vîmes deux policiers sortir d’une chambre du fond du couloir. Mon père et moi eûmes un regard l’un vers l’autre, avec l’intime pressentiment qu’ils sortaient de la chambre de ma mère. Nos pas accélérèrent jusqu’à la chambre et furent stoppés net par un policier qui nous demanda qui nous étions. Après une présentation sommaire, on nous laissa entrer sans autre explication de leur présence. Ma mère était là, dans son lit, l’air abasourdi. A l’extérieur, deux policiers discutaient de la possibilité de nous laisser seuls avec elle. Nous n’en savions pas plus... Pourquoi la police est-elle ici? “Je ne sais pas! Ils disent qu’ils ont retrouvé mon mari mort!” Mon père alla de suite trouver les policiers qui ne démentirent pas mais ajoutèrent qu’ils ne pouvaient en dire plus à ce stade de l’enquête. Une enquête? Mais qu’est-il arrivé?

Ma mère avait avalé une dose de calmants qui ne lui permettait pas d’avoir une vision bien claire de la situation présente. Mon père restait près des policiers, il voulait en savoir davantage. Je restais près de ma mère, inquiète. Ma mère m’apprit, en même temps que les policiers l’apprirent à mon père, que le légionnaire avait été tué par balles la veille au soir et qu’il avait été retrouvé tôt ce matin-là par un promeneur, le long d’une petite rivière. Personne ne parla plus après cela, tant nous étions choqués par la nouvelle. Je tenais la main tremblante de ma mère qui ne disait pas grand-chose. Que va-t-il se passer maintenant? “Ma fille, j’vais pas aller en prison, hein? J’ai rien fait moi, j’étais ici à l’hôpital!

- Mais non maman, dis pas de bêtises! Comment pourrais-tu aller en prison si t’as rien fait de mal?

Publié par mariedeschaux à 15:14:15 dans Facts and non fiction | Commentaires (0) |

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Présentation

 


Je suis née en 77 en Bourgogne, là d'où n'est pas originaire le punk.


Ce qui suit sont des émanations d'une mémoire parcellaire et sélective, comme le sont toutes les mémoires. Il s'agit d'un regard subjectif porté sur des événements passés, tels que je les ai vécus. Il suffira de se souvenir que notre réalité en tant qu'individu n'est pas la réalité, mais qu'elle n'en est pas moins ce qui nous fait tenir debout. Mon récit ne suit aucune chronologie et respecte en cela le temps de la conscience.


Pour les grandes lignes de mon histoire : divorce de mes parents, alcoolisme et bisexualité de ma mère, condamnation de ma mère à 15 ans de prison, fac, rockn'roll, toxicomanie de mon frère, dealer, puis sa presque logique incarcération, rencontre d'un british qui deviendra mon mari, et qui m'avouera qu'il est lui aussi héroïnomane, que sa mère est une crack addict et que son père s'est fait découper par Dennis Nilsen, le serial killer de North London.

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