LES ELECTIONS EUROPEENNES DU 4 AU 7 JUIN 2009
De la séparation durable des politiques et des citoyens
Une mise en scène dans le désolant
. Le soir du scrutin du 7 juin 2009, sur les chaînes de télévision française, on donne le spectacle habituel et navrant des soirées électorales, des politiques de tous bords qui se flanquent à la figure leurs analyses, en oubliant totalement les réalités et jusqu'au sens même des mots. Ce ne sont pas des clowns, car ce serait faire injure aux artistes et au grand art qu'est le cirque. Ce sont des personnes qu'on pourrait croire adultes, mûres, instruites, mais qui voudraient nous faire adhérer à leur jeu infantile, où ceux qui disent avoir gagné se moquent avec jouissance de ceux qui ont perdu. Gagné, perdu, quelle triste conception de la politique chez la plupart de ceux qui en font un métier, une carrière ! Ce ne serait pas grave si ces personnes ne prétendaient en rien avoir les ambitions et les compétences de nous gouverner, à droite, à gauche, au centre c'est selon, mais toujours sur le refrain du changement pour demain qu'ils ne feront pas car il y a toujours des espaces immenses entre leurs discours et leurs actes. Ajoutons à cela, le bilan d'auto-satisfaction des instituts de sondages qui se défendent comme de coutume d'avoir manipulé l'opinion, et le tableau est complet dans le désolant de la mise en scène.
La première observation majeure qu'on peut faire, c'est que tout ce débat télévisé totalement stérile se passe dans un espace strictement national car la dimension européenne n'hésite même pas sur le plan médiatique, plus de cinquante ans après le traité de Rome.
La seconde observation est le manque total d'humilité allant jusqu'à l'indécence des prétendus vainqueurs du scrutin, applaudis par les plus zélés, les meilleurs serviteurs, et les opportunistes qui ont changé de camp, tandis que certains sont prêts à sabrer leurs dernières ambitions, et à quitter les navires en perdition.
La tromperie évidente sur les résultats
Avant tout propos sur ce sujet, notons que l'Europe a été incapable de proposer un scrutin le même jour partout et selon un mode unique. Notons qu'en France, on a même inventé des circonscriptions qui ne correspondent à aucune entité géographique, économique, administrative, de notre République, tout ça pour fausser la loi de la proportionnelle au profit des principaux partis. Notons que le nombre de députés au total et pour chaque pays ne cesse de varier et devrait encore changer si on applique le traité de Lisbonne.
Puisqu'il s'agit d'une élection européenne, d'un parlement européen, les seuls résultats qui ont une valeur sont européens. Mais il faut dire qu'on les a savamment ignorés pendant la plus grande partie de la soirée.
Le premier résultat et peut être le seul digne d'intérêt, c'est le taux européen de participation qui s'établirait à 43,5%, un score faible, si on considère de plus qu'il est quelque peu gonflé par les participations dans les pays où le vote est obligatoire. Le taux de l'abstention à 56,5% est ainsi un mauvais record. C'est la sanction la plus évidente pour l'Europe dans son état actuel, pour ses partisans vrais ou supposés. Pourtant, la question du pourquoi de cette abstention massive a été évacuée bien vite par les politiques de notre pays, alors que l'abstention est en France de 59,35 %, plus importante que la moyenne. Ils l'ont évacué avec le cliché habituel du message on vous comprend ... Mais tout de même ... Et on a pu à peine échappé aux allusions et autres clichés de l'abstentionniste mauvais citoyen, mauvais européen, égoïste dans son coin, bête, stupide au point de ne rien comprendre des enjeux européens. C'est quoi alors un abstentionniste ? Un pêcheur à la ligne, un promeneur qui prend la clef des champs, un qui préfère les joies de la famille et de la fête des mères, un qui vole dans sa montgolfière, un qui s'occupe de ses affaires, et des autres n'en a que faire, ou un assisté, un blasé, un petit voyou de quartier, ... ? Le fait est que l'abstentionniste n'est pas un émigré, un sans papier, qu'on ne peut si facilement mépriser. Il n'est pas un marginal, un béni oui oui dans la fidélité d'un parti. Il n'a peut être plus envie de cautionner quoique ce soit de ces jeux de montées et de descentes des escaliers, de ces tapis rouges pour personnalités, de ces sommets de montagnes d'hypocrisie, et des rêves toujours interdits par pensée unique établie entre deux menus, pour les uns, caviar, photo dans les canards et démagogie, pour les autres, chômage en avatar, factures jamais en retard, et queues de pissenlits. Mais il n'y avait aucun représentant de ce parti là pour qu'ait lieu le vrai débat. Il n'y avait pas non plus de représentant des abstentionnistes démonstratifs, entendez par là les personnes qui se sont déplacés dont les bulletins sont classés avec une touche de mépris parmi les bulletins blancs et surtout nuls. Ce sont en Europe plusieurs millions de personnes, et en France près de 800 000 personnes. Du débat désolant était de fait exclu plus de 60 % des Français et l'ensemble des autres pays européens, tout ça pour dire que l'Europe avait gagné.
Les piètres scores des grands partis français
Inscrits : 44 282 679
Votants : 18 000 454 / 46,5 %
Exprimés : 17 218 974 / 38,88 %
Blancs et nuls : 781 480
UMP et alliés : 4 798 921 / 10,83 %
Parti Socialiste : 2 837 674 / 6,40 %
Europe Ecologie : 2 802 950 / 6,32 %
MODEM : 1 455 225 / 3,28 %
Front de gauche : 1 114 872 / 2,51%
Front national : 1 091 681 / 2,46%
Nouveau parti anticapitaliste : 840 713 / 1,89%
Libertas : 826 269 / 1,86%
Alliance écologiste indépendante : 625 220 / 1,41%
Debout la République : 304 769 / 0,68 %
Lutte ouvrière : 206 119 / 0,46%
Autres : 314 561
A propos des prétendus vainqueurs
Monsieur Xavier Bertrand est quasiment hilare quand il annonce la première place de l'UMP, encouragé par la claque bien orchestrée des militants. Notons qu'on ne laisse à cet instant aucune place aux candidats élus pour la déclaration télévisée. Mais passons. Monsieur Xavier Bertrand exulte avec moins de 5 millions de voix et 11% des votants. Il n'est pas possible qu'il ait oublié qu'il est du parti du président qui avait eu plus de 11 millions de voix au premier tour, et plus de 18 millions au second tour des présidentielles en 2007. Si on ne peut comparer des élections aussi différentes, on ne peut négliger que c'est autour de Monsieur Nicolas Sarkozy comme chef de parti que l'UMP a essayé de rassembler ses partisans avec des thèmes bien connus comme la sécurité, et d'autres étrangers aux questions européennes. Quoiqu'en dise l'UMP, son résultat n'est pas bon, d'autant qu'il lui a mobilisé toute la droite, et qu'il a fallu compter sur des renforts hors de l'UMP, sur des ralliements, des transfuges réalisés ou murmurés fortement pour réaliser ce score. Monsieur Xavier Bertrand parle de victoire, il aimerait bien prouver que c'est une victoire de l'Europe, et du président mais ce n'est ni l'un ni l'autre. En fait, c'est la défaite du Parti socialiste et à un degré moindre celle du Modem qui le rend de cette humeur joyeuse.
. Le second vainqueur proclamé est Europe écologie, présentée dès lors comme une force nouvelle dans le paysage politique. Il est vrai que l'écologie, c'est très à la mode et que tout le monde politique s'en empare plus ou moins au niveau des discours. Mais quant aux actes, c'est autre chose, d'autant qu'on ne voit venir aucun changement dans les processus économiques ni en France, ni en Europe, ni dans le monde, aucun changement notable, radical non plus dans les comportements de chacun. Europe écologie n'est pas un parti, ce serait un formidable rassemblement. Il ne faut pas regarder dans le rétro nous dit Monsieur Cohn-Bendit mais il est vrai qu'on a du mal à s'en empêcher. Il est vrai qu'on a du mal à croire à un changement de cap unitaire chez les écologistes, à l'avenir d'un rassemblement où se retrouvent le temps d'une élection des fervents défenseurs d'une Europe libérale et des militants totalement hostiles à la mondialisation et à cette même Europe difficile. ? On ne peut nier que Monsieur Cohn-Bendit a bien mené sa campagne et a bénéficié d'un grand appui médiatique. Europe écologie est déjà très courtisée à droite et à gauche. Saura-t-il en mesure d'imposer l'écologie comme une ligne directrice d'une gouvernance nationale et européenne ? Nous en sommes bien loin au risque de décevoir les écologistes convaincus.
A propos des grands vaincus
Le Parti socialiste a enregistré un piètre score. Il paie pour l'essentiel ses divisions constamment remises à l'ordre du jour par l'UMP et les médias. Il paie son absence pendant une longue période aux côtés de ceux qu'il prétendait défendre. Il paie aussi ses incohérences sur les questions européennes. Il paie d'autant plus tout ça qu'il n'a pu jouer cette fois dans ce type de scrutin à la proportionnelle de l'argument du vote utile à gauche et parce que son score était constamment gonflé dans tous les sondages à plus de 20 %. Madame Martine Aubry a assumé, et c'est peut être la seule qui a eu à mesurer toute l'ampleur d'une élection démocratique ratée qui livre le parlement européen plus que jamais aux forces conservatrices.
Le Modem n'arrive pas à se faire la place qu'il voudrait. Mais le peut-il en gardant cette conception du centre qui est d'aller tantôt à droite, tantôt à gauche, selon les circonstances, selon les régions. Son score a été constamment gonflé dans les sondages, et sa défaite apparaît d'autant plus lourde mais il a payé l'abandon des centristes qui ont rejoint l'UMP et le gouvernement de Monsieur Sarkozy. Monsieur Beyrou est apparu sans doute comme quelqu'un se trompant d'élection, bien malgré lui. Les démêlés verbaux de Monsieur Beyrou avec Monsieur Cohn-Bendit étaient sans intérêt. L'image donnée par les politiques n'a rien gagné, au contraire, mais y a-t-il eu finalement dans cette campagne un débat digne de ce nom ?
A suivre ...
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