«Les poètes tentent de greffer aux hommes d'autres yeux et de transformer ainsi le réel. Aussi sont-ils des éléments dangereux pour l'Etat, puisqu'ils veulent transformer. Or l'Etat et ses dévoués serviteurs n'aspirent, eux, qu'à durer.»
Franz Kafka
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1999, quelque part en Corée, Kim Yong-ho, un homme au demeurant ordinaire, décide de se donner la mort en passant sous un train. Tout commence aussi brutalement que cela, par le suicide du protagoniste principal. Puis Lee Chan-Dong, cinéaste désormais majeur du nouveau cinéma coréen, ose nous emmener en voyage. Un voyage à rebours, étalé sur plus de 20 ans: 20 années à travers l'histoire récente et violente d'une Corée insaisissable, traumatisée à jamais par la dictature et qui, s'érigeant contre vents et marrées en jeune démocratie libre, peine à trouver ses marques, entre relents autoritaristes au début des années 80 et essor économique à tout va dans les années 90. Kim Yong-ho, lui, aura tout traversé, tout enduré, tout vécu de l'intérieur. Et à Lee Chang-Dong, en faiseur de miracles, de tirer de ce scénario casse-gueule une oeuvre d'une impressionnante force dramatique. Au travers de la petite lorgnette, l'histoire d'un homme ordinaire se confond à la grande Histoire de la Corée, véritable rouleau compresseur qui ne compte plus ses martyrs et au nom de quoi ? Cette Grande histoire, totalement déconstruite via ce procédé narratif à rebrousse temps, semble nous amener lentement mais sûrement vers la cause (ou non) du suicide de Kim Yong-ho, interprété au-delà de toute décence psychologique, par le talentueux Sol Kyung-gu, poussé ici au-delà de ses limites pour incarner ce personnage sacrifié à l'aura quasi-symbolique.
Il est impossible de ressortir indemne de ce voyage là. Voilà ce qu'on appelle une œuvre majeure.
Publié par Kurt fan à 12:28:56 dans Sanctuaire des oeuvres filmiques | Commentaires (0) | Permaliens
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