Petite Souris !
Comment as-tu vécu ta vie d'orpheline,
là-bas, quelque part en Indochine,
dans ce pays ravagé par la guerre et la famine ?
1940, année de ma naissance est marquée par l'ampleur du désastre mondial, plongeant les cinq continents dans un climat de guerre, avec l'Occupation de l'Europe par les Allemands, dont la France, de l'Asie et du Pacifique par les Japonais, menant inexorablement à un conflit tragique et sanglant, à la plus Grande Guerre de l'Histoire : la Seconde Guerre mondiale. C'est dans cette atmosphère d'hostilité, de terreurs et de carnages que je suis née un matin de novembre quelque part dans un pays du sud-est de l'Asie: le Vietnam près de Hoa Lu.
Hoa Lu, berceau de notre famille, est un site touristique très visité de nos jours, surnommé Along terrestre, Ha Long actuel (ne pas confondre avec la baie d'Ha Long), où j'ai eu l'occasion de revenir en touriste soixante ans plus tard, fut la capitale du Vietnam antique sous les règnes des dynasties Đinh, Lê, Lý.
Pour bien visiter et apprécier le site, il est recommandé de louer les petites barques afin de traverser cours d'eau et marécages, tout en admirant le superbe paysage digne d'une aquarelle de maître, avec ses monticules de rochers drapés pudiquement d'un voile de brume, comme pour cacher cette nudité naturelle et sauvage. Après cette belle promenade au milieu des jacinthes d'eau, des roseaux, des oiseaux et des canards sauvages, vous empruntez un chemin escarpé pour atteindre les grottes de Bích Dông et Tam Côc. De là, vous pouvez contempler cette beauté si pure, si naturelle et si paisible que vous ne verrez nulle part ailleurs.



1945 annonçait aussi la fin de la guerre. L'Europe euphorique fêtait la victoire et la paix retrouvée, mais le malheur continuait à frapper nos villages et ma famille. Il y avait encore partout la terrifiante présence des Japonais... Ils pillaient nos maisons, nous terrorisaient, nous chassaient.
Notre maison était assiégée par un commando de fuyards chinois (Tầu ô) affamés. Ils étaient tous atteints du béribéri caractérisé par le renflement des jambes dû à leur façon de consommer le riz. En effet, lorsqu'ils faisaient cuire le riz, ils mettaient beaucoup d'eau et lorsque le riz était cuit, ils jetaient l'eau de la cuisson. Nous leur demandions alors à récupérer cette eau, nous y ajoutions du sel, du nuoc mam, un peu de ciboulette, et nous obtenions une excellente bouillie bourrée de vitamines.
La meilleure façon de préparer un bon riz est pourtant très simple. On met le riz lavé dans un ustensile avec environ à deux centimètres d'eau au dessus de la surface du riz, puis on le met sur feu moyen en le couvrant jusqu'à l'ébullition. Pour que l'eau ne déborde pas, on enlève le couvercle pendant l'ébullition (pas nécessaire de remuer) et dès que l'eau s'est complètement évaporée, on le recouvre en laissant le riz finir sa cuisson sur feu doux.
Nous avions dû quitter notre demeure pour nous réfugier dans les villages voisins car ces fuyards étaient très sales, ils ne se lavaient pratiquement jamais et comme ils avaient peur de sortir dehors, ils faisaient leurs besoins un peu partout dans la maison.
Depuis, je ne voyais plus ma famille. J'étais placée un peu partout : un jour chez une tante, un autre chez un oncle ou chez d'autres personnes que je ne connaissais pas.... Nous vivions le plus souvent dans les tranchées pour être à l'abri des bombardements quasi quotidiens, signalés par une sirène. Pour moi, c'était plutôt amusant, je ne connaissais pas la peur. Dans la tranchée, je voyais les autres enfants effrayés se pelotonner dans les bras de leurs parents, moi je ne savais vers qui aller ; alors, je restais blottie dans un coin, et dès que j'entendais un sifflement au dessus de ma tête, aussitôt je bouchais mes oreilles pour ne pas entendre les assourdissants « Boum...! Boum...! ». Cela durait parfois très longtemps avant que la sirène retentisse à nouveau pour nous permettre de rentrer chez nous.

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1945 était aussi l'année où la famine ravageait la région. Les causes de ce fléau sont multiples. À commencer par une période de sècheresse couplée à des parasites faisant diminuer de 20% la moisson de l'hiver-printemps 1944. Puis s'en suivait une inondation pendant la saison des moissons entraînant une pénurie. Des gens mettent la famine sur le compte des troupes japonaises qui, en accaparant les produits alimentaires des paysans et en les forçant à cultiver le jute au lieu du riz, les privant ainsi de la nourriture nécessaire. De ce fait, ils ont diminué la surface vitale réservée aux cultures vivrières essentielles telles que le maïs et les pommes de terre pour faire place au coton, au jute, et autres plantes à usage industrielles.
En raison de la diminution de la surface disponible pour la culture, les récoltes alimentaires s'amenuisent considérablement. En plus, pendant les années d'occupation, la population vivait dans la terreur de la guerre, les routes étaient souvent bombardées par les alliés, rendant le transport du riz du sud vers le nord extrêmement difficile. Tandis que la France et le Japon réquisitionnaient la nourriture des fermiers pour l'alimentation de leurs troupes. L'administration française désorganisée ne pouvait pas fournir et distribuer la nourriture. De ce fait, les approvisionnements alimentaires insuffisants causèrent la famine dès le début de 1944.
Depuis, la population était contrainte de vivre au jour le jour sur leurs maigres récoltes, et les perpétuels exodes, ne leur permettaient pas non plus de s'occuper durablement et sérieusement de la culture et de l'élevage. Et lorsque l'ennemi se retirait, il repartait avec les réserves laissant derrière lui une population démunie, miséreuse et affamée. Il ne restait plus rien à manger et c'était le début d'une terrible pénurie. Innéluctablement, Le Nord Vietnam sombra alors dans une effroyable famine tuant près de deux millions de personnes.
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Il n'y avait ni viande, ni poisson aux repas. Pour nous aider à avaler le riz, on y ajoutait du sucre, de la banane, et en guise de bouillon, une simple infusion de boutons de thé (vối) ; pour augmenter la quantité de nourriture, on faisait cuire le riz avec de la patate douce ou du maïs.
Les gens mangeaient tout ce qu'ils trouvaient, presque tout ce qui pousse : tubercules, taros, patates, maïs ; ainsi que tout ce qui bouge : serpents, rats, chiens, moineaux... En ce temps-là, on attrapait les oiseaux sans carabine ni chevrotines, uniquement à l'aide d'une grande corbeille, un bâtonnet, une longue ficelle et une poignée de graines. La méthode est simple : on place dans la cour la corbeille renversée maintenue entrouverte d'un côté par le bâtonnet auquel est attachée la ficelle allant jusqu'à la cachette du chasseur, puis sous la corbeille, on éparpille quelques graines. Le piège ainsi posé, le chasseur n'a plus qu'à attendre dans sa cachette. Lorsque les oiseaux entrent dans le piège, il suffit de tirer un coup sec sur la ficelle, la corbeille retombe et le tour est joué. Voilà de la viande fraîche tombée du ciel pour ce patient et habile chasseur ainsi que sa famille.
Il y avait des morts partout, dans les champs et au bord des routes. Ils étaient tous très maigres avec la bouche ouverte comme pour réclamer à manger. Il y avait aussi des scènes pathétiques, comme ce bébé qui pleurait en cherchant à téter les seins atrophiés de sa mère morte ou cette petite fille pleurant, errant cherchant désespérément ses parents parmi les cadavres.
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Le fait de voir les morts gisant à chaque coin de rue, sans savoir ni comment ni pourquoi, je finissais par devenir insensible à la vue des cadavres. Depuis, j'ai rarement l'occasion de voir des morts, mais lorsqu'il m'arrive d'en voir un, j'ai plutôt une curieuse tendance à me réjouir pour lui, considérant la mort non pas comme une fatalité, mais comme une opportunité pour certains de se délivrer de leur misérable existence, de passer à l'état de paix et de sérénité, peut-être même de lui permettre de renaître dans une vie meilleure ou, au pire, retourner à l'état « néant ».
La famine est un événement tragique certes, mais elle fait partie de notre vie constituée de périodes d'abondance et de pénurie. Ce sont des épreuves permettant aux uns, de se surpasser pour subsister et transmettre cette résistance, cette force, à leurs descendants, aux autres, par leur destinée, d'être rappelés à Dieu. C'est une sélection naturelle pour former un monde de plus en plus fort afin de faire face aux exigences dues aux progrès. C'est pourquoi, Dieu provoque aussi de temps en temps des fléaux tels que maladies, tremblements de terre ou autres catastrophes naturelles pour rappeler à lui les faibles et ceux qu'il juge être une menace pour l'humanité. Tandis que les survivants, les sélectionnés, continueront à peupler la terre pour sa gloire. À l'instar du cultivateur qui, afin de voir sa culture saine et productive, doit sans cesse biner, éclaircir, détruire les parasites, ôter les mauvaises herbes, les plantes rebelles, gourmandes, faibles, malades ou stériles. Un monde peuplé ou surpeuplé de faibles, de malades et d'incapables ou de génies de malfaisance est un monde condamné à la décadence, voire à la disparition. L'œuvre que Dieu a créée n'aurait plus de raison d'être.
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Souvent, nous nous posons la question : Pourquoi Dieu, qui est Tout-Puissant, permet-il cela ?
Dieu n'est pas à blâmer. Avons-nous déjà interrogé les défunts sur ce qu'ils pensent de leur mort ? Dans l'ignorance, faisons confiance à celui qui nous a créés, c'est son œuvre, il sait ce qu'il fait. Il nous a créés à son image, à l'état brut, tous dotés de la même force et de la même liberté à la naissance. C'est à nous de choisir notre destin et d'aider nos descendants à faire le bon choix afin de ne pas sombrer dans la misère ou d'être rongés par la maladie.
Pour Dieu, la mort n'est pas une tragédie, mais une renaissance à la vie, la vraie, dans la lumière ou dans les ténèbres, selon celle qu'on a menée sur la Terre. Notre passage ici-bas est un stade de sélection. Ceux qui acceptent d'y passer les épreuves connaîtront la Vie Éternelle et découvriront, peut-être, l'univers et ses secrets...
La mort est aussi un moyen pour régénérer la terre. Notre globe terrestre est un élément vivant, il vit par ses mouvements sismiques (air, terre, mer, feu.) et se fertilise des substances organiques de la décomposition d'humains, d'animaux, de végétaux, formant un cycle nourricier pour que la chaîne de vie puisse continuer. Notre mort est utile, acceptons-la comme une fin et non comme une fatalité. Certes, elle est une perte douloureuse pour les proches ; mais pour les défunts, c'est une délivrance.
La « mort » faisant partie de notre vie n'est qu'un triste mot pour désigner la fin de l'existence. Pour aider certaines personnes à l'accepter avec plus de résignation, plus de sérénité, pourquoi ne pas le remplacer par « délivrance » ?
Telle est ma conviction profonde sur la Vie et la Mort.
La mort est notre destination.
C'est la manière de mourir qui est à craindre.
(M.L.)
À tout bon voyageur le monde appartient.
À tout bon explorateur l'univers appartient.
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C'est pourquoi nous avons besoin de cette force, d'abord pour faire face à la dégradation de la planète due à la pollution, aux éventuelles manifestations ou invasions venant d'ailleurs, puis pour nous préparer à la conquête de l'univers. Peut être pas sous notre condition actuelle mais, après mutations, sous d'autres apparences pour nous adapter à ce monde nouveau. C'est lorsque nous parviendrons à nous extraire de la pesanteur de ce globe, lieu transitoire, terre de sélection qui nous aspire, nous retient, que nous pourrons un jour, peut-être, atteindre l'Infini, la Perfection, la Vie Éternelle, sans passer par la mort.
Est-ce là l'objectif auquel Dieu veut aboutir ?
En attendant, acceptons cette unique possibilité d'extraction qui s'offre à nous : la mort.
En ce qui me concerne, j'aime la vie, mais je ne crains pas la mort. Si un jour, je devais me trouver entre les deux, je demanderais que l'on n'essaye pas de me ramener à la vie, mais seulement de soulager ma souffrance et de me laisser entre les mains de Dieu.
Lui seul décidera si je dois vivre ou être « libérée ».
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Publié par Mai Ling à 22:09:10 dans ♣ Chapitre I | Commentaires (0) | Permaliens
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