Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Commentaire | 02 février 2009

 

 

 

 
Commentaires des lecteurs

Henri FRANCQ - Professeur d'histoire et géographie au Vietnam (1970-1974)
     Voici un livre comme on n'a guère l'occasion d'en lire.
Mai Ling, petite fille du Nord Viêt Nam, se trouve plongée dès la petite enfance dans l'histoire mouvementée de son pays : occupation étrangère, révolution, famine, troubles de la guerre civile, vraiment de quoi tremper le caractère d'une fillette. Et elle va en avoir besoin, car sa vie est un vrai roman, et pas un roman à l'eau de rose...
     Réfugiée dans le Sud avec sa famille, encore adolescente elle est envoyée en France où c'est désormais une vie d'exilée qui l'attend. C'est alors qu'il lui faut se reconstruire un pays, une famille, une situation. Fiancée, épouse, mère de famille, amante, elle doit lutter sans cesse ni relâche contre une accumulation, une avalanche de coups du sort, mais aussi de trahisons et d'avaries de toutes sortes, auxquels elle fait face, avec la gentillesse, la naïveté bienveillante d'une personne qui pense que ses semblables lui ressemblent. Mai Ling nous raconte cette errance tant sentimentale, familiale, que professionnelle avec une sincérité étonnante chez une asiatique, portée habituellement, par sa tradition, à taire ce qu'il y a de plus intime. Eternelle jeune femme, telle une petite souris trottant de ci de là, d'un bord à l'autre, d'un obstacle à l'autre, elle franchit ou contourne les obstacles, sans jamais se décourager. Comment expliquer qu'elle ait pu s'en sortir, sinon indemne, du moins toujours confiante en la vie, si ce n'est parce qu'elle est habitée depuis son enfance par une foi profonde en Dieu, d'où elle puise un instinct de survie inébranlable. Et cette foi aussi en ce "sixième sens", qui lui permet sans cesse de rebondir après chaque avatar, la vie étant pour elle comme la marche sous le fléau du balancier que petite fille elle savait manœuvrer, ce fléau dont l'effet de ressort permet aux femmes si frêles de son pays de progresser avec des charges démesurées.
     L'histoire de Mai Ling, une belle leçon d'espérance, de courage et de foi.


Jean-Marie PELLERIN
- Aulnay-sous-bois -
fnac.com ♥♥♥♥♥
Un récit spontané et touchant.
     C'est le récit d'une vie mouvementée, partagée entre le Viêt-Nam colonial, le Viêt-Nam sous les bombes, l'arrivée en France et les situations difficiles, parfois dramatiques, qu'y rencontrera la "Petite Souris". Elle fait toujours face aux situations les plus injustes pour elle. Elle agit naturellement et spontanément, pensant toujours qu'en face d'elle se trouve un être humain aussi généreux et sincère ; certains, certaines, profiteront sournoisement ou directement de sa gentillesse pour la spolier ou l'humilier. Elle tourne à chaque fois la page et continue sa route, avec vaillance. Bon nombre de lectrices et de lecteurs pourront se dire, en terminant le livre, que leur vie était, est ou sera sans doute, par comparaison, un long fleuve tranquille.

Madeleine GAUTIER
Rédactrice de la revue POLITIQUE magazine - Paris
     Pour son premier roman Le sixième sens, l'auteur Mai Ling déploie un talent prometteur. Son ouvrage qui refuse de s'éclipser en est à sa deuxième édition.
Son prénom Mai Ling résonne comme le cristal et sa vie ressemble à une herbe folle et fragile soufflée par le vent de la destinée. Dans un style sans fioriture, l'auteur nous livre les secrets les plus intimes qui ont tissé sa vie. Mariée pour se libérer... Puis, privée de ses trois enfants, elle devra affronter les affres d'une existence qu'elle subit plus qu'elle ne vit. L'expérience de l'amour comme de l'amitié lui laissera le goût amer de la trahison. Dépouillée de tout et pourtant si pleine du désir d'aimer et d'être aimée Mai Ling puisera dans le « Sixième Sens » les raisons de survivre. Il sera l'oasis dont elle s'abreuvera pour se régénérer... Dans cette quête effrénée du bonheur, le repos lui sera rarement accordé. Trouvera-t-elle la sérénité ? De souffrance en errance, Mai Ling du fond de sa détresse, guidée par une foi sans faille, finira par trouver cette petite lumière appelée espoir. L'auteur vient d'un passé violent que d'aucuns auraient, à sa place, effacé. Elle, a choisi de le raviver. À travers son regard, c'est aussi tout un pan d'une société vietnamienne qui s'offre aux couleurs de ses traditions, de ses croyances, prises dans les convulsions d'une guerre. Ce roman, émouvant par sa force, relate destin sans fard qui nous rappelle combien la vie, plus que la mort, est effrayante.


Christian MENARD - Charenton,
fnac.com ♥♥♥♥♥
     Une grande recherche de qualité dans ce récit époustouflant Voici un témoignage si fort, à la limite, si incroyable, que cette lecture emplis tous les interstices de ma vie. A chaque instant, il faut se dire, qu'il n'est pas question d'une fiction mais bien d'une dure réalité.

VAN Duc Tri - Créteil
     J'ai eu l'occasion de lire ton livre « Le Sixième Sens de la Petite Souris » édition 24.9.2008, pour mieux te connaître. Je l'ai dévoré en 3 jours avec beaucoup d'intérêt et d'émotion. Je ne vais pas en faire une critique littéraire ni un jugement moral. Je voudrais seulement te dire qu'une femme qui a traversé toutes ces épreuves et qui a su conserver son humanité et sa joie de vivre mérite le respect...


Nicole MAINDRAULT - Strasbourg
     J'ai commencé à lire le 6ème sens de la petite souris et c'est très intéressant ! Je vais l'emporter dans le train entre Paris et Strasbourg et tu vas donc me tenir compagnie pour ce voyage ...
     Je suis contente d'avoir fait la connaissance de ce livre qui me semble passionnant.


Mộng Thu - Paris
     C'est tellement bien écrit, avec une écriture simple, divinement bien écrit avec son coeur, avec sa mémoire étonnante et bien vivante des faits marqués très forts par le destin... que je n'osais faire le moindre commentaire. Il est vrai que les mots me manquent...


VOVAN - Maisons Alfort
     Ton livre et surtout ta jeunesse malheureuse m'ont absolument plu. Cette souffrance du passé t'a forgée heureusement une solide connaissance de la vie sur cette Terre où la méchanceté est chose courante. Maintenant tu es déjà presque au seuil d'une vie Eternelle, garde la dignité et marche la tête haute.


Robert Sĩ - Briis sous Forges -fnac.com ♥♥♥♥♥
     Mai Ling, l'auteur du Sixième Sens de la « Petite Souris », en tout simplicité nous dévoile sans réserve, l'histoire de sa vie depuis le Vietnam sous les bombes françaises (1945) en passant par l'Europe dont la France, à nos jours. Une histoire époustouflante, parsemée de péripéties, de rebondissements et de surprises.
Un récit émouvant, bouleversant dans un style nouveau, fluide et agréable à lire.
Une touche de philosophie pour nous aider à garder le sourire devant toute adversité...

Jean-Claude Santerre - 34 Sète
15.08.09  
Cosette : rebondissements... elle a connu Folcoche, Mme Thénardier était sa soeur...
     La marâtre de Maï Ling, la Cosette vietnamienne, se montre pire que Folcoche, " l'héroïne " de Vipère au poing (Hervé Bazin).
Son père profite de l'exode qui suit la défaite française au Vietnam pour la soustraire de cette condition en la confiant à sa soeur qui part s'exiler en France.
Sa soeur va se révéler être une Madame Thénardier bis...
Une histoire vraie où Cosette ne trouvera jamais son Jean Valjean.

Patrick VIAL - IDF - fnac.com ♥♥♥♥
17.08.09
     "Il faut beaucoup de courage et un brin d'inconscience maîtrisée par le coeur, pour écrire une autobiographie certainement unique... l'auteur sans précaution littéraire nous livre les secrets de sa vie, son intimité la plus profonde... une écriture sans fioriture, directe et instinctive... l'amour et la confiance naïve des personnes et des hommes qui ont jalonnés sa vie, l'ont conduit comme victime expiatoire d'un destin qui n'était en rien écrit...."

JCM. Le Pec - 06.10.2009
     Le SIXIEME SENS - Mai Ling a écrit, peut-être sans s'en douter, un véritable chef-d'oeuvre. En effet, non seulement elle narre, avec une extrème simplicité, en toute sincérité et sans tabou, l'exacte histoire de sa vie, mais aussi, et surtout, elle révèle ce concept passé sous silence depuis toujours, même par les plus grandes civilisations, l'existence d'un "SIXIEME SENS" qui doit figurer au 1er rang, devant la vue, l'ouïe, le toucher, le goût et l'odorat.
     Le "SIXIEME SENS" n'est autre que l'Amour sous tous ses aspects, sexualité comprise. L'humain, à travers le monde et à toutes les époques, lors d'une naissance, n'a-t-il pas qu'une seule préoccupation; de quel sexe est-il, ce nouveau né? La naissance est la preuve par neuf du "SIXIEME SENS"; instant d'Amour, s'il en est (l'amour maternel pour le moins), et découverte du sexe.
     Elevons l'Amour au titre de SENS, corrigeons cet oubli ancestral (que quelques tentatives avaient pourtant tenté de combler -mais sans le qualifier de "sens", tel le fameux "faisons l'amour, pas la guerre"), c'est là l'invitation de Mai Ling !!!
Ainsi, tout sera dans le bon ordre, c'est une question de bon sens.

 

 

 

Publié par Mai Ling à 08:26:33 dans COMMENTAIRES DES LECTEURS | Commentaires (0) |

Lời giới thiệu | 01 février 2009

 

 
 MAI LING
 
Xin hân hạnh giới thiệu
 

Le Sixième Sens de la « Petite Souris »

Giác quan Thứ Sáu của Tí Bé

Nhà xuất bản Beaurepaire
 
      Một phụ nữ Việt nam tại Pháp - cô Ngọc Lan - người chưa hề viết một dòng thơ, một bài văn, một truyện ngắn nào, người chưa hề giao du, tiếp xúc với văn, thi đàn, đã bất ngờ ấn hành một tác phẩm, khiến độc giả Pháp à Việt nam tại Pháp hoan nghênh, đánh giá là "một năng tài đầy triển vọng" (un talent prometteur - lời nhận định của Bà Madeleine GAUTIER, biên tập viên tạp chí 'POLITIQUE magazine tại Paris).
     Tác phẩm đầu tay của nhà văn nữ này là một Hồi Ký thuật lại cuộc sống thảm thương qua từng giai đoạn, từ năm sinh ra 1940 đến 2005, từ miền Bắc đến miền Nam rồi qua Pháp, với tất cả mọi sự kiện của mình không dấu diếm bất cứ điều gì.
     Qua tác phẩm ta biết rõ xã hội Việt Nam qua bao chế độ : Pháp thuộc, Nhật thuộc, Việt Minh thời chống Pháp, Thời Việt nam cộng hoà ; và cuộc sống lao đao của người Việt tị nạn nơi đất Pháp. Sự thật, việc thật, người thật, xã hội thật của Việt nam và Pháp được phản ảnh qua tâm trạng của Mai Ling đã khám phá được Giác Quan thứ Sáu nơi mình. Chính Giác quan thứ Sáu này vừa là sức mạnh vừa là lý tưởng giúp Mai Ling phấn đấu cho một lẽ sống cao đẹp, vượt qua được những gian nan trôi nổi của định mệnh trong nụ cười yêu đời.
     Đọc « Le Sixième Sens de la ‘'Petite Souris'' » không chỉ để tán thưởng một tài năng phái nữ Việt nam tại Pháp mà chính là để mỗi chúng ta khám phá được cái Giác quan thứ Sáu của mình hầu lạc quan trong cuộc sống được thêm ý nghĩa cao đẹp.
 
     Người viết đọc lướt qua tập sách theo thói quen thường ngày nhưng rồi, không cầm nổi nỗi xúc động, mặc dầu tiếng Pháp không bao nhiêu, đã đọc suốt bốn ngày, nhận ra nhiều điều xuất sắc của tác phẩm...  
Nguyễn Thùy
 
Những trang đầy cảm xúc và náo động...
Một triết lý đặc điểm giúp ta giữ vững tinh thần và nụ cười yêu đời trước mọi ngịch cảnh...

Robert Sĩ
 
----------------------------------------------------------
 
 



   

 
 
 



Thư quan trọng gửi cho cộng đồng Việt Nam về Cúm Heo
VietCatholic News (30 Apr 2009 04:33)

 

Tôi vừa có một cuộc họp quan trọng với WHO (Tổ chức y tế thế giới) về tình trạng cúm heo.
Tôi xin thông báo với cộng đồng với tư cách cá nhân và xin quí vị hãy xem đây là thư riêng cho quí vị.

Tình trạng cúm heo A(H1N1) nguy hiểm và nguy hiểm hơn những gì quí vị đọc trên những bản tin trên các báo chí. Theo riêng cá nhân tôi tìm hiểu thì nước Mỹ đã có 91 trường hợp và một tử vong, con số chính thức có thể cao hơn vì nhiều trường hợp chưa phát hiện, trong khi đó dịch ở Mexico có thể cao hơn nhiều so với con số mà chính phủ Mexico đưa ra. Theo ước đoán của tôi có thể trên 50,000 người bị dịch và có thể cao hơn. WHO hiện đang họp để nâng báo động lên cấp 5 trong nay mai và có thể lên 6 là cao nhất. Khi báo động cấp 6 tức là đóng cửa biên giới các nước lây nhiễm kể cả những chuyến bay và lưu thông nhất là tới Hoa Kỳ và Canada. Tôi hy vọng không có trường hợp nầy xảy ra.

Theo các khoa học gia cho biết là loại gen mới nầy do phối hợp của gen cúm gia cầm, cúm heo và cúm người. Nhiều bác sĩ chuyên môn ngành Genetics mà tôi tiếp xúc có ý nghi ngờ loại Virus nầy do người làm ra chứ không phải do tự nhiên. Nếu trường hợp nghi ngờ nầy là sự thật thì đây có thể là việc làm có chủ tâm và tại sao phải làm vậy thì chưa có câu trả lời.

Như quí vị biết là công việc làm ra một loại vi trùng mới như loại siêu vi trùng cúm heo A(H1N1) không phải là chuyện khó trong xã hội hôm nay. Chuyện cộng đồng chúng ta phải làm gì để giúp đồng hương VN tránh được thảm họa nầy mang đến cho gia đình chúng ta là việc quan trọng trong lúc nầy.

Tôi gửi khẩn cấp lá thư nầy đến cho quí đồng hương là hết sức cẩn thận, đừng xem thường nạn dịch nầy. Tôi mong quí đồng hương chúng ta là trong lúc nầy nên tránh các sinh hoạt chổ đông người. Khi đi shopping hay những nơi đông người thì xin quí vị rửa tay nhiều lần vì khi chúng ta đụng vào các nấm cửa, quần áo, đồ vật mà mình không biết có dính Virus hay không.

Nếu quí vị làm việc cần phải tiếp xúc với khách thì lúc nói chuyện, tìm cách đừng để mặt quá gần. Nếu sau khi tiếp xúc với người mà mình nghi có bệnh thì hãy vào rửa tay trước và rửa mặt liền sau đó. Nên mua loại napkins ướt có chất alcohol bán rất nhiều ở các cửa tiệm. Dùng loại nầy để lau tay, lau mặt thường nếu không có cơ hội rửa tay, rửa mặt.

Khi con em mình bị ho, bị sổ mũi chảy nước hãy liên lạc ngay với bác sĩ để khám. Theo tôi biết hiện nay chưa có Vaccine để chủng loại Virus mới nầy và các nhà thuốc cần thời gian 4-5 tháng để hoàn tất nhưng quí vị có thể chích ngừa loại Vaccine Flu hiện có để tránh loại Flu thông thường.

Thuốc Tamiflu rất hiệu quả cho loại Virus mới nầy, một vài nơi ở các nước Á Châu có thể mua không cần toa bác sĩ, nhất là mua online. Ở Mỹ & Canada và một số nước châu âu thì phải cần toa mới mua được Tamiflu và thuốc nầy rất mắt tiền nên có thể nhiều đồng hương chúng ta không có khả năng để mua thuốc. Nếu quí vị có bảo hiểm y tế thì khi thấy có triệu chứng đầu tiên của bệnh nầy là ho và sổ mũi nước thì xin gặp bác sĩ hay đi bệnh viện khám, nếu có bệnh, họ sẽ cho uống liền Tamiflu hay loại thuốc tương tự.

Xin quí đồng hương hãy chuẩn bị sẵn một ít đồ hộp, gạo, nước uống để ăn trong vòng một tháng cho gia đình mình. Nếu trường hợp WHO báo động tới level 6 thì trường học, công sở có thể bị buộc đóng cửa. Lúc đó thức ăn, đồ uống giá thành có thể cao hơn nhiều vì nhiều cơ sở hoạt động bị ngưng. Hiện nay WHO đang chuẩn bị nâng báo động lên level 5 trong vòng vài ngày tới.

Chúng ta nên chuẩn bị sớm thì đở hơn là lúc xảy ra nạn dịch toàn cầu, biên giới, cơ sở, trường học đóng cửa, đồ ăn thức uống giá thành cao thì sẽ khó khăn hơn nhiều vì sự thiếu hụt.

Mong quí vị phổ biến tin nầy qua email cho bạn bè, thân hữu.

Trân Trọng
Bs Nguyễn Thùy Trang M.D Genetics


------------------------------------------------------------------------------------
 
SAIGON có gì lạ không em ?



Mưa Saigon, Mưa ...Mưa
Sàigon sáng mưa chiều mưa
Về nhà ...giông bão, gió vừa cấp năm!
"Bà" đánh không tránh bữa ăn
Thân quen ê ẩm cứ ...nhâm nhi trà!
Ngày nào không nổi phong ba
Cái thân lại nhớ, chung trà ...mất thơm!
                                                                         (Nghiêu Minh)





Mưa giăng phố cũ ngày xưa,
Em đi không nói cho vừa lòng nhau,
Chiều nay ngồi với nỗi sầu,
Mênh mang vương vấn đậm mầu đắng cay;
Chút thương còn lại nơi đây,
Những mong em nhớ những ngày bên nhau,
Thời gian sẽ trải qua mau,
Mộng đầu chớ ướp tình sầu chớ mang,
Duyên tình thôi đã sang trang,
Để riêng anh giữ mối ngang trái lòng.



Phong cảnh mắt thấy tai nghe
Mưa như tháp đổ ngập đường em đi

Lễ Phục Sinh 12/4/2009


(Ảnh Tho Van/Yahoogroups)

------------------------------------------------------------------------------

 

Đời anh xe ôm


      Đó là một nghề không cần đào tạo, bất cứ ai cũng có thể hành nghề, từ thất nghiệp cho đến anh sinh viên, công chức, giáo chức... Nhưng đó là một nghề nguy hiểm mà có đến 10% các vụ trấn cướp đều là án mạng.
      Có sống nhiều ngày trong cái nghiệp lam lũ này Phóng Viên Thanh Niên nhận ra đằng sau gió bụi đường phố là những câu chuyện đầy nước mắt... Chỉ cần khoác lên người bộ quần áo cũ, chiếc mũ bảo hiểm, đôi dép nhựa là tôi có thể lên đường hành nghề xe ôm. Vậy mà mọi chuyện không hề đơn giản, nghề nào cũng có quy luật của nó, cho dù đó là nghề hạ bạc nhất.
Lòng vòng qua nhiều nẻo đường, tôi quyết định tấp xe vào lề đường Kinh Dương Vương, cạnh bến xe miền Tây, TP HCM. Còn đang xớ rớ chưa tìm được chỗ đậu thì có một người phụ nữ lớn tuổi từ bến xe đi ra :
      - Về Lăng Cha Cả bao nhiêu tiền vậy chú ?
      Tôi ngần ngừ, nói đại.
      - Dạ... cho con... 20.000 đồng...
      Bà khách còn chưa kịp mặc cả thì "bốp !...", một cú tát như trời giáng vào giữa mặt :
      - Đ.M, ở đâu tới đây mà giựt mối vậy mày ?
      Một anh chàng cao to đen thui chỉ vào mặt tôi.
      - Dạ, em xin lỗi... em không cố ý....
      - Cố ý cái gì, Đ.M tao đập chết mẹ, qua đây làm việc coi !
      Lúc này tôi mới định thần nhìn về bên góc đường đối diện, thì ra có một "bến" xe ôm, ba bốn người nhìn về phía tôi như sẵn sàng ăn tươi nuốt sống. Tôi dắt xe đi lại phía họ, ấp úng mở lời:
      - Em mới từ dưới quê lên, chưa kiếm được việc làm. Mấy anh thương cho em vào bến kiếm sống với...
      Một người đàn ông trạc 40 tuổi, có vết thẹo trên má trái, hất hàm nói :
      -Mày tìm chỗ khác đi, bến này khách ít, nhiều tài, làm gì tới mày". Tôi lí nhí định tháo lui thì người đàn ông lớn tuổi nhất trong nhóm lên tiếng: "Thôi, cho thằng nhỏ nhập bến đi, nhưng tối nhớ chào sân mấy anh nghen mày...
      Ngày đầu tiên "vào bến" từ 12h trưa chờ đến gần 3h chiều mới đến lượt "tài" của mình. Cuốc đầu đưa khách về bùng binh Cây Gõ, tôi được 10.000 đồng. Chập tối, vừa định mua một ổ bánh mì gặm cho đỡ đói thì có khách. Một người đàn ông vừa từ Rạch Giá lên gọi đi quận 9, các "đại ca" đã đi hết, tôi chưa ước tính được độ xa của quãng đường thì người đàn ông cất tiếng:
      - Ba chục đi hông ?
      Tôi gật đầu khi nghĩ quận 9 là ở xa lộ Hà Nội, vậy mà khi tới Long Trường, gần chợ Nhỏ, quận 9, ông khách vẫn khăng khăng chưa tới, hóa ra còn phải đi thêm gần chục cây số nữa, vòng vèo qua hàng chục con hẻm ổ voi ổ gà mới đến nơi. Một cuốc xe 30.000 đồng tôi đi gần hai tiếng đồng hồ.
      Cả nhóm "đại ca" xe ôm đã tề tựu chờ "tân binh". Chúng tôi kéo ra quán cóc làm lễ chào sân với rượu đế, hột vịt lộn ngay bên hông bến xe. Những con người bặm trợn vậy mà chỉ mới có hai xị đã trở nên thân thiện. Anh Nguyễn Văn Hùng, người đàn ông tốt bụng đã nhận tôi vào bến, chạy xe ôm chuyên nghiệp để nuôi vợ bị bại liệt và hai con nhỏ, hỏi cuốc xe tôi vừa đi về kiếm được bao nhiêu.
      Nghe tôi nói ba chục, anh chửi lớn :
      - Đ.M, mày chạy kiểu này có nước bán xe ôm mà chạy xích lô quá, xăng lên ào ào, đi quận 9 ít nhất cũng phải bốn chục. Mày phá giá kiểu này anh em chịu sao thấu! Đời tụi mình cực như phu xe ngày trước, phải tính toán ghê lắm mới sống được.
      Còn người thanh niên đã đánh tôi lúc sáng lại có cái tên phúc hậu - Huỳnh Đức Thành, là người có học vấn cao nhất trong "bến".
Thành có bằng cử nhân quản trị kinh doanh, từng làm cho một công ty TNHH ở quận Bình Tân nhưng rồi công ty giải thể, hùn hạp làm ăn thì thua lỗ, nợ nần ngập đầu, gia tài chỉ còn có mỗi chiếc xe Trung Quốc để chạy xe ôm nuôi mẹ già trong một căn nhà trọ bên phường An Lạc. Thành đưa ly rượu và vỗ vai tôi: "
      - Đừng buồn nghe. Quy luật ở đây là vậy, tao mà rề qua bến khác cũng bị ăn "đục" như thường.
Thành kể ba năm làm phu xe anh đã phải "đụng độ" gần 20 trận, có trận đánh người ta mà cũng có trận bị người ta đánh mềm xương và có lần phải vào bệnh viện nằm hơn hai tuần lễ.
      Bài học đầu tiên mà tôi được những "đại ca" xe ôm tập huấn là "luật"... xe ôm ! Tôi thuộc dạng xe ôm "quốc tế". có nghĩa xe ôm không ai quản lý, nhưng "luật lệ" lại vô cùng khắc nghiệt: không xâm phạm "bờ cõi" của nhau, nếu xảy ra phải chấp nhận... đổ máu. Đậu xe ở "bến" nào chỉ được đón khách ở bến đó.
      Chẳng hạn trên cùng một đoạn đường Kinh Dương Vương có tới hàng chục bến, khi khách không đồng ý giá, bỏ đi, phu xe không được rề theo chèo kéo vì coi chừng lấn sang lãnh địa bến khác. Khu vực bến xe miền Tây với lực lượng chạy xe ôm hùng hậu do bến xe quản lý, đồng phục xanh lơ gồm ba đội với tổng số trên dưới 200 người. Trong đó đội 1 được gọi là "nhà vua" có trên 100 người, được đón khách trong phạm vi xe khách đỗ, còn đội 2 là "cận thần" gần 50 người, chỉ được đón khách trong phạm vi từ khu vực cửa vào bến. Riêng đội 3 có quân số gần 50 người, chỉ hoạt động từ 17h hôm trước đến 5h sáng hôm sau. Lằn ranh để phân biệt giữa đội "cận thần" và "nhà vua" là thanh chắn đặt ngay cổng với luật hẳn hòi : "khi khách không đi xe của "nhà vua" thì mới đến lượt, "cận thần" mời chào, và với quy luật "lọt sàng xuống nia", khi khách bỏ qua bên kia đường thì mới đến lượt dân "quốc tế" như tôi. Thật khó mà chen chân vào giới "nhà vua" và "cận thần" vì họ đã đi vào nề nếp, số lượng ổn định, ít khi nhận thêm người".
      Dân chạy xe "quốc tế" cũng có quy luật riêng, với một thành viên mới gia nhập như tôi, ngoài việc "chào sân" một chầu nhậu thì tùy theo vị trí "bến" có khách nhiều hay ít mà phải chung chi số tiền từ vài trăm đến vài triệu đồng. Anh Hùng nói : "nếu "bến" ở các khu công viên, các chợ, bến xe thì "phí" nhập "bến" ít nhất cũng phải 2-3 triệu đồng và phải có người giới thiệu, bảo lãnh. Số tiền này chia cho "chủ bến" một phần ba, số còn lại chia cho các anh em trong "bến" gọi là quỹ phòng khi hữu sự đau ốm có cái mà chăm lo. Sang trọng và dữ dằn nhất là loại xe ôm "quý tộc" chuyên chở "em út" cho các nhà hàng, khách sạn ở các khu trung tâm. Muốn vào giới này thì "phí" ít nhất cũng 5-10 triệu đồng". Nhưng theo anh Hùng thì không nên dây dưa với bọn xe ôm "quý tộc" vì thực chất chạy xe ôm là phụ, cái chính là bảo kê, chăn dắt gái gú, thậm chí kiêm luôn trấn lột mấy ông khách hảo ngọt.
      Tưởng cái nghề bèo bọt này ai làm cũng được, chỉ mới năm ngày ra ngồi ở "bến" dưới trời khi nắng chang chang, khi mưa như trút nước mà tôi đã sạm người đến queo quắt, miệng, mũi, mắt lúc nào cũng lợn cợn cát bụi. Không có khách thì buồn, nhưng có khách là mấy chị buôn gà vịt từ quê lên lại sợ, chiếc cần xé to đùng vậy mà bắt phải để phía trước, phân vịt, gà tung khắp cả người. Có hôm một chị còn kêu chở gần chục chú heo mọi, đám heo nhà quê thấy phố xá đông đúc nên quậy phát mệt, phân heo trây trét đầy người từ đầu đến chân mãi ba ngày sau vẫn còn nặng mùi. Vậy mà một "đại ca" bảo : Nghề này là vậy, tao còn chở cả xác chết nữa kìa...
      Cái oi nồng mấy hôm nay bỗng dưng bị xua tan bởi cơn dông gió giật, mưa bắt đầu rơi lất phất. Hai người đàn ông xuất hiện cạnh tôi và nói lạnh lùng : Ê xe ôm, đi quận 7 bao nhiêu ? Nhìn hai người khách nón che khuất gương mặt, trên cánh tay phải của gã cao to có hình xăm con rắn hổ, tôi chợt rùng mình nhớ lời anh Hùng căn dặn : Dạo này cướp xe ôm dữ lắm, thấy an toàn hãy đi, đừng tiếc mấy chục ngàn mà toi mạng, đừng đi khách lạ, nhất là những đoạn đường vắng như khu đô thị mới quận 7... Tôi ra giá như lời từ chối: "Bảy chục!". Không nói không rằng hai gã đàn ông leo ngay lên xe và ôm cứng lấy tôi. Bủn rủn cả tay chân, nhưng cọp đã leo lên lưng rồi làm sao đây? Tôi rú ga phóng đi trong cơn mưa đêm...



(Ngoi Sao)

Đ.M. = Chửi thề

________________________________________________________________

Áo tặng quí khách mua cuốn

Le Sixième Sens de la Petite Souris

Có 2 cỡ, L và XL

Publié par Mai Ling à 21:05:22 dans LỜI GIỚI THIỆU | Commentaires (0) |

Chap.III | 21 janvier 2009

 

III
1949-1951

Insouciance

     Je crois que mes études ont été interrompues parce que mon papa n'avait plus d'argent. Il n'avait pas de travail, il était même obligé de faire le métier de tisserand. Je le voyais tous les jours rentrer, avec sur le dos, un gros sac rempli de coton cardé. Puis, à l'aide d'un appareil semblable à celui utilisé pour extraire le fil de soie, il le tissait. Nous l'aidions ensuite à faire des pelotes qu'il vendait. Il en donnait aussi à mes soeurs pour tricoter des chaussettes et des pulls.
     Contrairement au sud du Vietnam où il fait chaud toute l'année, le nord du Vietnam bénéficie d'un climat tempéré et jouit, comme en Europe, de quatre saisons : printemps, été, automne et hiver.

     Le printemps frais est souvent accompagné de crachin. Une superstition ancestrale dit que s'il ne tombe pas de crachin le jour du Têt, c'est le présage d'une année de grandes catastrophes (ce qui s'est révélé juste en 1954 par l'événement qui a causé tant de morts et la division du pays en deux). Il débute avec la floraison des pruniers et l'euphorie des préparatifs du Nouvel An vietnamien : le Têt. Cette fête, haute en couleurs par le décor des boutiques et l'étalage de fleurs débordant des marchés, nous permet de faire éclater les pétards, d'avoir un habit neuf et de recevoir de nos aînés, en étrennes, une pochette rouge contenant un billet neuf et, surtout, d'assister à la traditionnelle danse du dragon : l'émerveillement de tous les enfants.

22

     Lorsque l'on voit un attroupement devant une boutique avec le rythme endiablé des tambours, suivi d'assourdissants bruits de pétard, c'est qu'un spectacle de danse du dragon, sur l'invitation d'un propriétaire, va avoir lieu. Pour que le dragon puisse voir le signal de loin, il doit planter au-dessus de sa boutique - parfois très haut - une perche (cây neo) et avoir attaché à son extrémité, une laitue, une pochette contenant de l'argent et un chapelet de pétards. On assiste alors à un véritable spectacle de danses et d'acrobaties exécuté par deux ou par trois hommes portant la parure façonnée à l'aspect d'un dragon. On fait d'abord éclater les pétards, puis la danse commence en suivant un guide « ông d.a » portant le masque du génie de Terre. Pour atteindre l'offrande, le dragon doit escalader en grimpant sur n'importe quoi,parfois sur les épaules de ses compagnons. Pour corser le spectacle, ils inventent parfois des acrobaties inattendues. Et, lorsqu'il a récupéré la récompense et mangé la laitue, il entre dans la boutique pour chasser les mauvais esprits et y apporter richesse et prospérité, puis se retire à reculons en faisant des révérences pour remercier le chef des lieux.

23

     Le Têt est l'événement le plus important de l'année au coeur de tous les Vietnamiens, et surtout pour les croyants bouddhistes. C'est pour eux l'occasion de tout remettre en question, de prendre des décisions et des résolutions pour l'année à venir. On peut voir dans les temples les fervents qui s'entassent par centaines, et qui se prosternent avec des baguettes d'encens devant l'autel d'adoration. Même si on n'est pas croyant, on ne peut rester insensible à ce climat solennel de prières. Tandis qu'à l'extérieur, autour du temple, les non-fervents, les curieux viennent aussi pour un tas de raisons : faire des rencontres, recevoir les voeux des uns et des autres, se faire lire l'horoscope chinois, se faire prédire l'avenir par des diseuses de bonne aventure ou des patriarches - à chacun son outil - les uns par des cartes ou des anciennes pièces de monnaie en bronze, mais le plus courant est le « quẻ ». Contre une pièce de monnaie, le patriarche vous donne un tronc rempli de tiges de bambou plates sur lesquelles sont inscrits les idéogrammes « chữ nho », vous agitez : avant, arrière... avant, arrière... jusqu'à ce qu'une tige en ressorte et tombe à terre. Les indications qui y sont inscrites servent de références au patriarche pour trouver la page de son grimoire, dans laquelle votre destin ou votre avenir est décrit.
     Tout autour du temple, on peut aussi voir toutes sortes de commerces qui proposent une grande diversité de produits allant des cacahouètes aux bibelots chatoyants.

24

     Dans cette euphorie de foire et de fête, on remarque aussi l'image typique d'un patriarche (ông địa)à la moustache et barbichette blanches, portant tunique et toque noire, accroupi en train de calligraphier à l'encre de chine avec son pinceau des poèmes sur tenture de soie en caractères «nho». La souplesse et la légèreté de ses gestes sont comparables à la danse du phénix et au vol du dragon « Phương múa rồng bay ».


     Dans ce foisonnement de monde, de voix, de fleurs, de lampions et de pétards, il y a aussi ceux qui ne s'intéressent ni aux divinités, ni au destin, ni à l'avenir : ils viennent pour le traditionnel tripot - un jeu de hasard qui n'est autorisé qu'à cette occasion ; le « bầu, cua, cá, cọp » (courge, crabe, poisson, tigre). Ce jeu consiste à faire des mises dans les cases imprimées sur un tapis. Chaque case représente un des symboles ci-dessus et qui sont aussi gravés sur quatre faces de trois dés (les deux autres faces sont des faces perdantes). Le croupier, un vieux renard aux yeux vifs, assis les jambes croisées devant le tapis, secoue l'assiette avec le bol retourné enfermant les dés, puis il attend. Lorsque tout le monde a fini de miser, il retire le bol, et si les dés ouverts représentent les images des cases misées, le parieur gagne une, deux, ou trois fois sa mise ; et ce, durant trois jours et trois nuits.

25

     Les superstitieux pensent que ce qui va se produire durant les trois jours du Têt aura de l'influence faste ou néfaste sur toute l'année. La première personne qui entre dans la maison a une importance déterminante. On choisit en général un vertueux ou un riche parmi les membres de la famille ou les amis. Il vaut mieux ne pas être le premier à entrer chez quelqu'un le jour de l'An sans y être invité, car il peut vous rendre responsable des malheurs qui surviennent dans l'année. Il est aussi important de ne pas effectuer de tâches ménagères, telles que lessive, nettoyage, balayage (car on risque de chasser les chances pour l'année) et surtout de ne pas cuisiner pendant ces trois jours. C'est pourquoi, la tradition veut que la brioche « bánh chung » ou « bánh tét », consistante, riche et nourrissante, faite à base de riz gluant, fourrée de soja et viande de porc, et enveloppée de feuilles de maranta, soit l'aliment national et traditionnel du Nouvel An vietnamien. Comme sa cuisson demande huit à dix heures, elle doit être préparée la veille. Là aussi, c'était une occasion pour réveillonner en famille, en attendant minuit sonnant, afin d'être les premiers à présenter les voeux et retirer les brioches de leur marmite géante...


26

     L'été est chaud, humide, mais ne manque pas de charme. L'image des jeunes filles aux longs cheveux noirs, marchant, courant, dans leur tunique aux deux pans flottant comme des papillons, sous les flamboyants en fleurs, émeut les âmes les plus insensibles.

     L'automne est agréable et suave, c'est la saison du moissonnage, emblème de la richesse et source d'inspiration de nos poètes. Beaucoup de nos chansons évoquent cette période romantique où les feuilles jaunissent, tombent et s'envolent au gré du premier coup de vent frais annonçant l'approche de l'hiver.
L'hiver est froid, un froid qui descend rarement en dessous de 5 °C, mais un froid humide qui transperce notre corps, aspire toute notre chaleur pour venir glacer nos os. Quand ce froid nous effleure, nos mains tremblent tellement que nous avons du mal parfois à tenir le crayon ou les baguettes.
Par ce froid, les soldats français ont besoin de chaussettes en coton, et mes soeurs leur en fournissent en échange d'argent ou de cantines contenant toutes sortes de produits alimentaires : conserves, chocolats, biscuits, boissons, lait en poudre, etc. Une de mes soeurs m'apprit à tricoter. J'appris très vite et commençais à tricoter pour elle. Ainsi, pour chaque paire de chaussettes finie, elle me donnait du chocolat ou quelques pièces de monnaie. 

27

     Je ne m'ennuyais jamais, mon passe-temps favori était d'aller dans les hameaux voisins regarder moissonner le riz paddy ou tisser des nattes. Le travail des nattes était simple et lucratif pour moi, car il me permettait de gagner un peu d'argent. J'aidais ces artisans à arracher les tiges des cypéracées : genre de papyrus qui pousse dans les marécages. Puis, je les observais travailler ; c'est très facile : ils commencent par fendre le pied de ces tiges en deux, par quatre ou cinq alignées côte à côte, d'une longueur de dix centimètres,puis ils insèrent l'index, protégé par un protège-doigt dans la fente et le font glisser jusqu'au bout. Ces tiges ainsi fendues sont séchées au soleil dans la grande cour sur une nappe de paille. On doit les ramasser le soir avant le coucher du soleil ou lorsqu'apparaissent les nuages noirs à l'est annonçant la pluie. Après chaque grand ramassage, je m'appliquais à glaner les tiges restantes, les rassembler en petites bottes pour les échanger contre quelques sous. Les grandes personnes m'autorisaient à le faire, sachant que j'étais une pauvre fille démunie qui ne demandait rien si ce n'était qu'à gagner un peu d'argent. Ces tiges sont ensuite tissées en nattes avec du fil fait avec l'écorce d'une plante « cây day » dont les feuilles comestibles, cuites avec quelques rondelles de courgette et la chair de petits crabes écrasés, constituent un délicieux potage à la fois fin et digeste. Cette écorce très résistante, on l'utilise aussi pour en faire des cordes.

28

   Je ne me souviens pas d'avoir partagé de repas avec la famille. Il n'y avait ni table ni chaise. Pour les familles aisées, le repas se prend sur une natte autour d'un grand plateau en cuivre sur lequel sont disposés les plats. Pour les moins aisées, les plats sont posés sur une natte ou à même le sol, chacun se sert en « piquant » au fur et à mesure qu'il mange dans les plats avec ses baguettes.
   Le soir, nous dormions sur des nattes dans la véranda, sans aucune protection. Comme compagnons nocturnes, nous avions les lucioles avec leur lumière clignotante, les moustiques dont la présence nous faisait parfois passer des nuits blanches, les inoffensifs cafards gros comme des hannetons, les geckos, les lézards, les araignées, ainsi que les mille-pattes qui nous montaient parfois sur le corps et qui nous faisaient sursauter de terreur. Une nuit, je fus réveillée par un chatouillement dans les cheveux. Instinctivement, je me grattai et mes doigts touchèrent quelque chose de rigide, rugueux, mais qui remuait. Assaillie de frayeur, je hurlai en m'agitant :
   - Aïe ! Maman ! C'est un mille-pattes !
   Le cri avait réveillé tout le monde, mais on avait vite compris que ma terreur était justifiée, car une morsure de cette petite bête rougeâtre, venimeuse peut donner une forte fièvre et l'on peut en mourir. Depuis, j'avais le droit de dormir dans un hamac.
   Quelque temps après, mon père nous fit installer à Thai Binh, où il trouva un poste d'enseignant. Une petite ville pas très peuplée où nous n'étions pas restés longtemps. C'est là que je commençais à faire les courses pour ma belle-mère qui attendait une deuxième naissance. Avec son gros ventre, elle se déplaçait peu. C'était atroce, je perdais souvent l'argent confié pour les courses ou j'oubliais parfois de reprendre la monnaie.

29

Abnégation

   Je me rappelle un jour, je rentrai avec les commissions, mais sans la monnaie. Ma belle-mère me regardant de haut, dédaigneuse, du coin de l'oeil en mastiquant le bétel avec ses dents noires et sa bouche rouge, puis expulsant (avec dextérité) le crachat rouge droit dans le crachoir en cuivre. Ce « vampire » me terrorisait. Ce qui voulait dire qu'il fallait absolument que je retourne reprendre la monnaie. Comment faire ? La commerçante ne me la rendra jamais. Une idée me passa par la tête : c'est mieux que d'être grondée... Avec abnégation et un gros effort sur moi-même, je pris la décision d'aller mendier devant l'église. Débraillée comme j'étais, je n'eus aucun mal à me faire passer pour une mendiante. Ce fut merveilleux ! Au bout d'un moment, j'avais récolté une petite poignée de pièces. Fièrement, je les remettais dans la paume de la main que ma belle-mère avait tendue avant même que j'eusse le temps de retirer les pièces de ma poche.
   Une autre fois, j'amenai de la viande avariée et elle m'imposa de retourner l'échanger. J'avais peur, j'avais peur de me faire disputer par la commerçante qui me dirait que ce n'était pas la sienne. Que faire ? Je tournais en rond dans ce maudit marché avec le paquet de viande dans la main à chercher une solution. Un chien galeux ayant senti l'odeur fétide de la viande que j'avais en main me suivait de très près en guignant le paquet et en se demandant, lui aussi, ce que j'allais en faire. Il me regardait, je le regardais... le pauvre, c'est parce qu'il était galeux qu'il était encore en vie. Dans un pays où la viande de chien est appréciée des fins gourmets du Nord Vietnam, les chiens en bonne santé ont tout intérêt à ne pas mettre le museau dehors.
Finalement, j'ouvris le paquet et le posai par terre. Sans plus attendre, d'un coup de gueule, il l'emporta en courant pour se perdre dans les étalages du marché. À nouveau, je revins à la porte de l'église implorer Dieu de m'aider et aux fidèles de me donner quelques pièces. C'est merveilleux ! Mon voeu fut exaucé, à la sortie de la messe, miracle !... une foule de personnes charitables me donna suffisamment pour acheter la viande fraîche pour ma belle-mère.

30

Notre maison était près du pont « Cầu bo » : un endroit absolument typique mais très sale, car lorsque les gens mangent, ils jettent les déchets et les détritus par terre. C’est d'ailleurs pourquoi, chez nous, on a une expression pour désigner les cheveux sales qui dit : sa tête est sale comme la tête d’un pont. Mais, malgré tout, ce pont reste « l’aire de la bouffe » où les gens mangent de tout et toute la journée. Ils s’agglutinent autour des commerçants ambulants avec les paniers remplis de bonnes choses, des colporteurs avec leur grosse marmite de soupe ou leur barbecue au charbon de bois avec des brochettes dégageant de la fumée et de bonnes odeurs de grillade : Humm... C’est bien bon tout ça, mais ce n’est pas pour moi. Je m’y baladais souvent quand je ne savais pas quoi faire, et pour ne pas m’arrêter sur ces bonnes choses, je me contentais d’observer par-dessus des barres métalliques les touffes de jacinthes flottantes, ondulantes, suivant le mouvement des vagues provoquées par le passage des barques.

 De cette petite ville je ne me souviens que de quatre « monuments » : ma belle-mère avec son regard dédaigneux et sévère, l’église où je faisais la manche, le pont où l’on vend de bonnes choses, le marché... ma douleur ! L’école, je ne sais pas où elle se trouvait.

Après la naissance de mon demi-frère, mon père fut appelé, enfin, à occuper un poste important à l’Éducation nationale à Hanoi. Il devint proviseur d’une grande école publique.

 

31

Vagabondage

     Hanoi, avec ses « trente-six rues et avenues » (spécifique à un quatier), est actuellement la capitale administrative du Vietnam. Son Lac de la Restitution de l'Épée, sa pagode au pilier unique, sa cathédrale, ses vestiges historiques et architecturaux en font l'une des plus belles villes du pays, malgré les incessants bombardements de l'aviation américaine pendant la dernière guerre.

 


    

     Notre maison de deux étages se dressait dans une impasse. À sa gauche, la belle villa de la propriétaire, à sa droite, mitoyenne à la nôtre, la maison de sa fille. Cette dernière avait trois enfants : un garçon et deux filles, l'une à peu près de mon âge, l'autre plus petite. Quant au garçon, je ne le voyais pratiquement jamais, car on n'avait pas le droit de jouer avec les garçons.
     La grande fille fréquentait l'école des soeurs Sainte-Marie. Son train de vie était nettement supérieur au mien. Tous les jours après la classe, elle ne faisait que jouer, à toutes sortes de jeux : à cache-cache, à la marelle, à colin maillard, au saut à la corde. Une fille bien née, propre, vêtue à l'européenne, toujours d'une robe en tissu imprimé en semaine et d'une robe blanche le dimanche. La riche propriétaire, grand-mère de ma petite voisine, vendait du thé au lotus. Pour parfumer ce thé, elle faisait livrer une fois par semaine des cageots de fleurs de lotus et faisait appel à des enfants dont je faisais partie pour effectuer ce plaisant travail qui consiste à ôter les pétales pour ne garder que les pistils puis, elle les mélangeait ensuite au thé de qualité courante. Pour nous récompenser, elle nous offrait un goûter avec ce thé et des biscuits. Elle m'autorisait aussi à aller puiser l'eau de son puits. C'est pour cette raison que ma belle-mère ne voyait pas d'un mauvais oeil mon absence hebdomadaire.

32

     Face à notre maison, séparé par une muraille, il y avait un bidonville. Là s'entassaient les familles socialement démunies dans des abris de fortune qui fabriquaient un peu de tout pour vivre. Un endroit absolument typique, tout un village concentré dans un espace d'environ mille mètres carrés où l'on pouvait entendre, dès l'aube, les coqs chanter, les chiens aboyer, mais aussi, des injures et d'orageuses disputes de voisinage pour une cuvette volée ou un balai disparu. On assistait tous les jours à des scènes de ménage, des femmes qui se crêpaient le chignon, d'autres qui criaient et pleuraient en battant le mari infidèle. Il y avait les cris des bébés affamés et les pleurs des enfants battus... Par rapport à eux, nous étions les seigneurs.

Bidonville

     C'était dans l'une de ces baraques que j'appris à faire des raviolis à la vapeur « bánh cuôn ». À base de farine de riz : nature, on les appelle crêpes de riz ; farcis d'une farce composée de viande de porc hachée, sautée avec des oignons et champignons noirs, on les appelle raviolis. Tous les matins, je devais me rendre à cette baraque pour acheter une assiette de ces raviolis pour ma belle-mère.

33

     Accroupie sur mes talons devant une installation sommaire composée d'un barbecue en terre cuite, sur lequel est posée une marmite fermée par une toile tendue, percée d'un petit trou pour laisser s'échapper la vapeur, j'attendais la cuisson des crêpes, en observant attentivement la marchande étaler la pâte de farine de riz sur la toile, tout en priant pour qu'elle en rate quelques-unes. Deux minutes après, elle ouvrait le couvercle bombé laissant monter un gros nuage de vapeur, puis elle retirait la crêpe à l'aide d'une longue et mince spatule en bambou, la déposait sur la petite tablette recouverte d'une feuille de bananier huilée, étalait ensuite la farce au milieu de la crêpe, puis elle l'enroulait. Patiemment, j'attendais ma commande tout en mangeant les ratées qu'elle me donnait. On aurait dit qu'elle faisait exprès de les rater en s'exclamant :
   - Oh zut..., il y a trop d'eau !
Ou :
   - Il n'y en a pas assez !...
D'un geste rapide, elle retirait la crêpe et la mettait dans ma petite assiette :
   - Tiens, c'est pour toi...
   Il y avait aussi dans ce bidonville un fumeur d'opium. Chaque fois que je passais devant sa baraque sombre et lugubre, je le voyais couché à même le sol sur une natte, la tête surélevée par un cube en rotin. Avec ses côtes apparentes, il avait l'aspect d'un Alien, d'un spectre, plutôt que d'un être humain. D'une main, il tenait dans sa bouche le bec de la pipe, semblable à un calumet, de l'autre, il maintenait l'orifice au-dessus de la flamme d'une petite lampe à pétrole. Si vous avez le ventre creux, l'odeur entêtante de l'opium peut vous donner la nausée.

34

--------- à suivre Chapitre IV


 
 

Publié par Mai Ling à 07:48:42 dans ♣ Chapitre III | Commentaires (0) |

Programme | 09 janvier 2009

 


 

----------------------------------------------------------------------

Septembre LES FESTIVITES REPRENNENT


1 - Fête de l'Huma - 11, 12 et 13 Septembre
Conviviale... Combative... Solidaire... Ecologique...
3 jours de spectacles, de concerts, de débats, de rencontres, de rêve, de culture, de riposte...
Au Stand du Vietnam dans le Village du Monde de 7 à 77 ans, on se retrouve pour un week-end plus ou moins ensoleillé, pour faire découvrir les produits gastronomiques et culturels vietnamiens, et aussi pour se revoir et tchatcher des projets à venir, espace rencontres, soieries et artisanat du Vietnam, découvertes culinaires : nems, grillades, porc au caramel... dans une ambiance festive et chaleureuse!!!
Pour venir nous filer un coup de main, montage du stand à partir du mardi 8 septembre ou simplement pour le week end : contact@ujvf.org - contact@ugvf.org

Dimanche 13-9 à 11 h
"De l'Agent Orange aux OGM: Monsanto toujours", table ronde organisée par l'AAFV à l'Espace des Parlementaires élus communistes et républicains, avec la participation d'Hélène Luc, Présidente de l'AAFV et Sénatrice Honoraire, de journalistes et de scientifiques.
Parc departemental de la Courneuve
RER B Le Bourget ou M° ligne 7 La Courneuve 8 mai 1945 puis Navettes bus.
Tramway T1 arrêt La Courneuve 8-mai 1945
bon de soutien : 18 € les 3 jours - moins de 15 ans gratuit - 20 € sur place
Plus d'infos sur la fête : http://www.humanite.fr/fete.html

 

2 - Célébration de la fête nationale du Vietnam (2-9-1945)
Dimanche 5 septembre à partir de 11h
12.00 : cérémonie et repas amical
14.30 : échanges avec les représentants de l'Ambassade du Vietnamau siège de l'Union Générale des Vietnamiens du Rhône
38 rue Sainte geneviève- Lyon 6è -
Métro : Brotteaux ou Part-Dieu
PAF : 10 € - 5 € /étudiant/enfant
Réservation souhaitée au 06 84 52 96 90 avant le 29-8

 

3 - A l'occasion de la Fête nationale du Vietnam
° Exposition de photos du 4 au 30 septembre "Les charmes du Vietnam "
vernissage le vendredi 4 septembre à 18h30
° Journées du film vietnamien du 5 septembre au 31 octobre
Une programmation éclectique de films sur le Vietnam contemporain regroupant films de fiction
(Quand viendra le mois d'octobre, Hanoi l'hiver de 1946, Le carrefour de Dong Loc.)
et documentaires (A la veille du 21è siècle, le Renouveau - Doi Moi, les pagodes de Hanoi, la Baie d'Ha Long , Sapa 100 ans,
les villages de métiers artisanaux.).
Centre Culturel du Vietnam en France
19 rue Albert 75013 Paris - tél: 0153824842 -
M° Porte d'Ivry ou Olympiades
10.00 - 13.00 et 14.00 -18.00



4 - WORK IN PROGRESS - Photos de Mae Vint
Exposition du 11 septembre au 31 octobre 2009
Vernissage le 10 septembre de 18h à 21h
Galerie de la Maison du Viêt Nam
28 rue des Bernardins 75005 Paris - M° Maubert-Mutualité


UGVF - Hoi nguoi Viet Nam tai Phap
16, rue du Petit Musc - 75004 Paris
Tel : + 33 (0)1 42 72 39 44
e-mail : contact@ugvf.org
www.ugvf.org

 

Publié par Mai Ling à 08:51:40 dans FESTIVITES | Commentaires (0) |

Chap.II-1 | 02 janvier 2009

 

II

1946-1948

Guerre et paix

         Les années suivantes, de 1946 à 1954, furent marquées par la présence quasi permanente des soldats français dans nos campagnes pour chasser le Viêt-Minh. Ils sillonnaient nos villages, semaient la terreur dans notre région où le calme était à peine retrouvé après le départ des Japonais et des Chinois.
Je regardais ces soldats casqués, armés, portant fusils et grenades sur tout le corps avec mes yeux d'enfant comme quelque chose de nouveau. Je n'avais pas peur, mais j'étais seulement surprise de voir des gens de couleurs différentes. À cause de leur gros nez pointu, nous les appelions « Tây mũi lõ ». Ils n'avaient pas tous la peau blanches avec des cheveux dorés, certains étaient noirs, nous les appelions « cột nhà cháy », les bronzés portant des balafres au visage « Tây ma rốc ».
    
     L'événement qui m'a le plus traumatisée fut l'exécution de mon grand-père sous mes yeux. Lors d'une patrouille, tout le monde étant parti se cacher dans les villages voisins ou dans les tranchées ; j'étais restée avec lui dans la maison.    
     Étant ancien haut fonctionnaire du gouvernement français, il était sûr que rien ne pouvait lui arriver. Il voulut même tirer encore une bouffée sur sa pipe à eau, un kédillot, quand les soldats noirs et bronzés s'introduisirent dans la maison. Ils saisirent avec violence mon grand-père qui me fit signe de m'éloigner. Je courus alors me cacher derrière la porte faite de lattes de bambou. De là, je pus voir à travers les trous percés par l'usure, ces soldats ressortir en tirant mon grand-père, alors qu'il essayait de se dégager en balbutiant des mots que je ne comprenais pas (il devait leur parler en français).

 

11

     Ces soldats le collèrent brutalement face contre la muraille du jardin. Après les assourdissants coups de feu, je vis son corps tomber à terre laissant des traces rouges sur la muraille. Lorsqu'ils furent partis, je m'approchai de mon grand-père gisant dans une flaque de sang, il semblait dormir. J'étais restée à côté de lui à attendre qu'il se relève. Je ne savais que faire. J'essayai de secouer sa main pour le ranimer :
      - Grand-père, lève-toi vite, ils vont revenir !...
     Quand les membres de la famille revinrent, ils crièrent, sanglotèrent. C'est en les voyant se lamenter sur son corps inerte que je me mise à pleurer moi aussi.
     Ma famille raconte que, durant le règne de l'empereur Bao Dai, notre famille vivait dans la splendeur et la prospérité. Lorsqu'on voyait l'attroupement d'une foule au bout de la rue, avec des acclamations : C'est le mandarin, c'est le mandarin qui arrive !, c'était l'annonce de l'arrivée de mon grand-père qui venait nous rendre visite. Toute la famille l'attendait, heureuse et fière, en haut des marches de notre demeure de style colonial, pour mieux voir arriver celui qui est assis majestueusement sur sa monture, escorté par des gardes.


     Après l'exécution de mon grand-père, et durant toute la période où je vivais à la campagne, j'avais l'impression d'être toujours seule, je ne parlais à personne et personne ne me parlait. Je pensais qu'avec tous ces événements, les grandes personnes avaient d'autres choses à faire qu'à s'occuper de moi. Je commençais alors à avoir l'habitude de vivre dans la solitude. Cet état m'apprenait déjà à vivre seule sans jamais m'ennuyer. Je dormais souvent dans le coin d'une étable ou dans une grange, où j'aménageais ma couchette au sommet d'un tas de foin recouvert d'une natte usée. Le problème de me nourrir ne se posait pas.

12

     Parfois, entre deux descentes dans les tranchées, j'eus l'occasion de voir différents travaux artisanaux : de la soie, du coton, de la fabrication du tabac, de la distillation de l'alcool de riz, de la fabrication de la nougatine, du tissage des nattes et aussi de la culture du riz. Cuire le riz rien qu'avec l'écorce du paddy comme combustible est un véritable savoir-faire, je sus le faire seulement quelques années plus tard.
     Parmi ces travaux artisanaux, celui de la soie est le plus captivant et le plus épuisant. Il y a un proverbe qui dit que celui qui cultive le riz « mange couché », celui qui élève les vers à soie « mange debout ». Ce qui veut dire que la culture du riz est une occupation plutôt aisée, tandis que le métier de la soie ne laisse aucun répit.
     Le travail de la soie consiste d'abord en l'élevage des vers. On enferme deux ou trois bombyx le ventre gonflé d'oeufs dans une assiette recouverte d'un bol percé de petits trous. Deux ou trois jours après, les oeufs de la taille d'un grain de sable remplissent la surface de l'assiette (très plaisant à voir). Il faut alors la recouvrir de feuilles de mûrier finement découpées, puis la placer dans un endroit tempéré afin de favoriser l'éclosion. Dès que l'on voit les petits vers grouillant au-dessus des feuilles, on les installe sur des vans (sorte de plateau rond fait de lattes de bambou). On doit changer régulièrement la litière souillée de défécations en transférant les vers dans un nouveau van, de plus en plus grand, garni de feuilles fraîches, et ce, au fur et à mesure qu'ils grandissent. Une litière sale peut les tuer ou donner une soie de moindre qualité.


13

     Ces vers grandissent à vue d'oeil, devenant d'horribles chenilles blanches. Vers le vingtième jour, lorsqu'elles atteignent une longueur d'environ cinq centimètres, elles cessent de se nourrir et commencent à se fixer et à tisser en s'enfermant à l'intérieur du cocon de couleur, allant du jaune au blanc cassé, d'une taille un peu plus grosse qu'une olive. De ces cocons, on extrait les fils de soie à l'aide d'un appareil archaïque de fabrication artisanale.
     En regardant l'extraction du fil des cocons flottant dans le récipient d'eau chaude, je m'amusais à les immerger un à un avec mon petit doigt en pensant que les chrysalides extraites de ces cocons, sautées avec du nuoc mam , constituent un plat typique très prisé des connaisseurs du nord.

     La cueillette des feuilles de mûrier est aussi un des moments des plus romantiques. Que d'histoires d'amour germent autour du mûrier ! Comme les vers à soie sont très voraces, il faut les nourrir vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Dans un pays où la température atteint parfois 35 °C, voire plus, avec un important taux d'humidité, il fait trop chaud pour la cueillette dans la journée. On la fait donc, soit tôt le matin, soit le soir dès que le soleil commence à se cacher derrière les aréquiers et les bambous. La cueillette du matin est effectuée par des maîtresses de maison qui ont l'habitude de se lever tôt. Tandis que celle du soir est faite par des jeunes filles, après l'école, moment privilégié, car c'est dans cette douceur du soir que les jeunes gens du voisinage, attirés par leurs bavardages, leurs rires, leurs chants, viennent écouter, observer et choisir l'élue de leur coeur...

Mûrier

14

 

     Ces vers grandissent à vue d'oeil, devenant d'horribles chenilles blanches. Vers le vingtième jour, lorsqu'elles atteignent une longueur d'environ cinq centimètres, elles cessent de se nourrir et commencent à se fixer et à tisser en s'enfermant à l'intérieur du cocon de couleur, allant du jaune au blanc cassé, d'une taille un peu plus grosse qu'une olive. De ces cocons, on extrait les fils de soie à l'aide d'un appareil archaïque de fabrication artisanale.
     En regardant l'extraction du fil des cocons flottant dans le récipient d'eau chaude, je m'amusais à les immerger un à un avec mon petit doigt en pensant que les chrysalides extraites de ces cocons, sautées avec du nuoc mam , constituent un plat typique très prisé des connaisseurs du nord.

     La cueillette des feuilles de mûrier est aussi un des moments des plus romantiques. Que d'histoires d'amour germent autour du mûrier ! Comme les vers à soie sont très voraces, il faut les nourrir vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Dans un pays où la température atteint parfois 35 °C, voire plus, avec un important taux d'humidité, il fait trop chaud pour la cueillette dans la journée. On la fait donc, soit tôt le matin, soit le soir dès que le soleil commence à se cacher derrière les aréquiers et les bambous. La cueillette du matin est effectuée par des maîtresses de maison qui ont l'habitude de se lever tôt. Tandis que celle du soir est faite par des jeunes filles, après l'école, moment privilégié, car c'est dans cette douceur du soir que les jeunes gens du voisinage, attirés par leurs bavardages, leurs rires, leurs chants, viennent écouter, observer et choisir l'élue de leur coeur...

15

     Le mûrier asiatique n'est guère différent de celui que l'on trouve dans le sud de la France ; ses fruits allongés ou coniques comme des fraises deviennent rouges, sucrés et légèrement acidulés à la maturité. J'allais souvent assister à la cueillette en espérant que les grandes personnes m'en donnent quelques-uns. J'aimais bien ces fruits, mais j'étais trop petite pour les cueillir ; je me contentais alors de manger ceux que l'on me donnait. Les gens disent que ces mûres ont un pouvoir thérapeutique qui retarde le blanchiment des cheveux. Tout en m'amusant à ramasser les feuilles tombées au sol, je m'arrêtais parfois pour écouter les pleurs d'un bébé venant d'une chaumière dont les murs sont bâtis d'un mélange de chaux, d'argile et de paille, où ma belle-soeur Mai, dans son hamac, sous la véranda, berçait sa fille aînée en chantait une rengaine qui commence toujours par : aaa e u illl... Je me rappelle - lors de la naissance de cette petite fille - ma belle-soeur Mai hurlait tellement en traitant son mari de tous les noms que les gens l'avaient comparée à un cochon qu'on égorge. C'est pour cette raison que je m'étais juré de ne pas crier si je devais un jour mettre un enfant au monde.
     La paix étant revenue dans nos villages sous la protection des soldats français, nous menions une vie paisible à Phat Diêm où les activités artisanales et la culture redevinrent florissantes et productives. Ce sont les cousins et cousines qui se sont occupés de nous, car mon père était souvent absent, probablement pour faire du commerce ou des affaires afin de trouver de l'argent pour subvenir à nos besoins.

16


     Puis un jour, je le vis revenir accompagné d'une dame aux cheveux enroulés dans une bande de tissu autour de la tête, du type provincial nhà quê. Elle était souriante et gentille, mais j'étais un peu choquée de la voir sourire en montrant ses dents laquées toutes noires ; je n'avais encore jamais vu cela de ma petite vie, en plus elle chiquait du bétel. Personne ne me dit qui elle était, et ce qu'elle était venue faire dans notre famille, mais je devinai que c'était ma marâtre. Je n'ai pas à juger mon père, c'est tout à fait normal qu'il pense à se remarier après ces années de deuil durant lesquelles, il a dû faire des sacrifices en s'occupant de ses enfants, comme le coq de ses poussins. Les femmes modernes de la ville, voyant cette marmaille, ne voulaient pas de lui.

     Cette femme admirable, certainement séduite par le prestige de mon père, a accepté de l'épouser. Elle a du mérite, car il faut avoir un sacré courage pour accepter de telles responsabilités : celles d'avoir du jour au lendemain la charge de sept enfants dont il faut s'occuper et desquels il faut aussi se faire accepter. Si cela avait marché, c'était tant mieux pour mon papa.
Dans les premiers temps, elle s'était montrée très maternelle. Je me rappelle certains soirs où j'étais couchée entre elle et mon père ; elle me racontait des légendes, des histoires pour enfants comme Tâm, Cam : une Cendrillon à la vietnamienne. Elle m'apprenait aussi à chanter des chansons, des complaintes, à citer des poèmes et des proverbes. Je me rappelle encore tous ces doux moments et tout ce qu'elle m'avait appris, notamment une chanson que je connais par coeur et que je chante encore de temps en temps : Cô lái dò. Cette chanson relate le souvenir romantique d'une « passeuse de barque » :

17

 

Cô lái dò. Cette chanson relate le souvenir romantique d'une « passeuse de barque » :

Ce printemps-là :
Au cours d'une traversée,
en amenant ses passagers
elle rencontra son bien-aimé
des promesses se sont échangées.

Depuis, elle l'attendait :
Sur le « fleuve sans retour »
elle ramait sa barque chaque jour
d'une rive à l'autre avec amour
trois ans durant, elle se languissait de son retour

Ce printemps-là :
Elle s'en alla se marier en quittant
sa barque, ses rames, en laissant
le fleuve Rouge et ses clients
dans la tristesse de son absence...


     Chaque fois que je chante cette chanson, mon coeur se remplit de mélancolie au souvenir de cette époque où je commençais à prendre conscience des événements, et à apprécier les bons moments. Malheureusement, ce laps de temps fut court et interrompu par la naissance de ma demi-soeur. Cette dernière prit ma place, me poussant avec ses petits pieds innocents dans le « néant ».

     Cette naissance provoqua une rupture affective brutale entre ma belle-mère et moi. Son attitude changea, elle devint plus froide, plus distante. Elle m'ignorait. Je n'existais plus. Je ne comptais plus. Je devenais au fil des jours une délaissée. Elle ne s'occupait plus de moi, et lorsqu'elle avait quelque chose de bon, elle le mangeait en cachette avec sa fille. Je revois encore cette scène où elle dégustait une mangue avec sa fille dans leur chambre. De l'extérieur, je les regardais se régaler, elles ne m'avaient même pas tendu un morceau. Cette image est restée gravée comme un sceau dans ma tête. Aujourd'hui, chaque fois que je vois une mangue ou un monceau de mangues entassées pêle-mêle à l'étalage des supermarchés, je ne peux m'empêcher de penser à cette scène en me disant que si je veux, ce monceau de mangues est à moi.

18

     Un jour, on me força à téter les seins de ma belle-mère, car elle avait trop de lait et cela la soulageait. C'était affreux, j'avais envie de vomir mais je n'avais pas le choix, il fallait le faire, moi qui n'ai jamais tété les seins de ma propre mère ! Depuis, j'éprouve un certain rejet pour le lait : voir un verre de lait me soulève le coeur. À partir de ce moment, j'eus l'impression d'avoir perdu quelque chose en moi, mon comportement changea, je devins taciturne et renfermée. Cette attitude était-elle la réaction instinctive qui initiait le blocage mental pour m'empêcher de percevoir d'autres sévices issus de l'hostilité et de la domination, ou est-ce Dieu qui, n'ayant pas accepté cette offense, cette humiliation, avait ôté de mon esprit toute ma volonté, toute mon émotion, toutes mes facultés, en m'enfermant dans une inconscience quasi totale ?... Du jour au lendemain, je fus réduite à l'état de «légume».

Désœuvrement

     Mon père n'avait toujours pas retrouvé de poste d'enseignant, car Phat Diêm n'était qu'un petit village. L'école communale n'existait pas, l'enseignement primaire était assuré par des religieuses. On m'envoyait à l'école, moins pour les études que pour se débarrasser de moi. On ne se souciait guère de savoir ce que j'y faisais. Souvent, je ne rentrais pas déjeuner, et comme il n'y avait pas de cantine, il m'arrivait parfois de manger n'importe quoi.

19

     Je me souviens qu'un jour, derrière la salle de classe, j'avalai furtivement une carambole (qua khê) trouvée au sol dans le parc pour assouvir ma petite envie de fruits, car les seuls fruits qu'il m'était permis de manger étaient ceux qu'on n'achète pas « Beurk ! C'est acide ! » Durant tout l'après-midi, je subissais d'atroces brûlures à l'estomac, j'ai dû endurer cette douleur sans oser en parler. Certains jours, l'une de mes soeurs, ne me voyant pas à la maison, venait m'apporter, enveloppé dans une feuille de bananier, du riz formé en une boule grosse comme une balle de tennis, fourrée d'un morceau de porc au caramel ou de quelques crevettes sautées au sel.

     Je devais avoir huit ou neuf ans quand je commençai à apprendre à lire et à écrire, alors que la plupart des enfants commencent dès la maternelle. C'est pour cette raison que beaucoup ne se souviennent pas de leurs premiers bâtons. Moi je m'en souviens ! Je ne parvenais pas à faire les bâtons correctement sur les lignes prétracées d'une feuille de papier de qualité médiocre. Ma première page d'écriture - je la revois encore - était parsemée de trous à force de gommer, recommencer... gommer, recommencer... avec une gomme dure comme de la pierre ponce. Je reconnais là deux de mes aptitudes : « patience et perfectionnisme ».
C'est tout ce dont je me souviens de mes études à Phát Diêm, c'est-à-dire, pas grand-chose. Quand l'école était fermée, je passais mon temps à me promener dans les champs, comme une désoeuvrée, vêtue d'un corsage usé, tout rapiécé, et d'un pantalon trop court. Je portais toujours le même. Depuis quand ? Je grandissais mais pas lui.

20

     Je me baladais ainsi le long des digues bordant les rizières tout en observant la nature et le beau paysage verdoyant... Ici, un buffle broutant tranquillement avec son pâtre sur le dos, un peu plus loin, un laboureur marchant lentement en tenant la charrue derrière son buffle. À une centaine de mètres de moi, deux femmes sur la digue, tête couverte du chapeau conique, face à face, elles transvasent l'eau à l'aide d'une écope à laquelle est attaché de chaque côté un trapèze. Tenant chacune une barre du trapèze, d'un rythme coordonné et régulier, elles se baissent pour puiser l'eau et s'étirent en arrière pour la verser dans la rizière. Image typique de mon pays.
     Je m'amusais aussi à attraper les papillons, les libellules, les crabes, les coquillages, en m'arrêtant parfois devant un des autels d'adoration que l'on trouve par-ci par-là sur les routes, pour y déposer au pied des statuettes quelques gerbes de petites fleurs sauvages cueillies le long des digues. J'évitais surtout de mettre les pieds dans l'eau à cause des sangsues, vampires (nageant et rampant) tant redoutés des soldats français et américains devant traverser les fleuves et les marécages à la recherche des Viêt-Công. Il paraît que si une sangsue parvient à pénétrer dans les parties intimes ou dans l'oreille, et à atteindre le cerveau, on peut mourir dans des souffrances atroces. Rien que d'y penser, j'en ai la chair de poule. En fait, ces excellentes suceuses de sang occupent depuis longue date une fonction utile dans la médecine .
     Jusqu'à cette époque, certaines images apparaissent dans ma mémoire comme des flashes, mélangées à des faits racontés par ma famille. Je ne sais pas exactement l'année ni même l'âge que j'avais, car on ne parlait jamais de l'âge, et on ne fêtait pas les anniversaires non plus.
Toutefois, je tiens à préciser que ce récit n'est pas une accusation ni une dénonciation. Je me contente de relater les faits tels qu'ils étaient en m'adressant à ceux qui sont dans la même situation ou dans une situation similaire, pour leur dire que malgré un passé aussi exécrable, il y a toujours l'espoir.
À force de volonté, de courage, de persévérance et de détachement, nous pouvons gagner la bataille de notre mauvais karma.
     C'est le résultat final qui compte !

21

---------- à demain 02/10 Chapitre III

 


 

Publié par Mai Ling à 09:03:11 dans ♣ Chapitre II | Commentaires (0) |

<< |1| 2| 3| 4| >>

Tous les derniers titres