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Le rire de la servante de Thrace

le drame de la conscience religieuse depuis trois siècles et demi est défini avec précision par les termes du Mémorial de Pascal du 23 novembre 1654 : entre le Dieu qui est celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et le Dieu qui est celui des philosophes et des savants, les essais de synthèse, les espérances de compromis, demeurent illusoires.

Présentation


«Nous nous affranchirons du temps simplement vital, dans la mesure où nous en découvrirons la racine intemporelle. La vie, nous savons trop qu'elle est sans pitié pour les vivants. Elle peut se définir comme l'ensemble des forces qui résistent à la mort..... jusqu'à l'inévitable dénouement qui la révèle comme l'ensemble des forces qui acheminent à la mort. 

Il est malaisé de décider si l'armée des vivants peut avoir l'espérance, suivant la magnifique image que nous a proposée  Bergson, de "culbuter la mort"; mais, puisque le salut est en nous, n'est il pas assuré que l'armée des esprits débouche dans l'éternité, pourvu que nous ayons soin de maintenir à la notion d'éternité sa stricte signification d'immanence radicale


 ... il ne s'agit plus pour l'homme de se soustraire à la condition de l'homme. Le sentiment de notre éternité intime n'empêche pas l'individu de mourir, pas plus que l'intelligence du soleil astronomique n'empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai le jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s'installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l'instant du présent, qui permet d'intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l'expérience du passé, celles là même aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l'avenir. Rien ici qui ne soit d'expérience et de certitude humaines. Par la dignité de notre pensée nous comprenons l'univers qui nous écrase, nous dominons le temps qui nous emporte; nous sommes plus qu'une personne dès que nous sommes capables de remonter à la source de ce qui à nos propres yeux nous constitue comme personne....


 ainsi, par-delà toutes les circonstances de détail, toutes les vicissitudes contingentes, qui tendent à diviser les hommes, à diviser l'homme lui-même, le progrès de notre  réflexion découvre dans notre propre intimité un foyer où l'intelligence et l'amour se présentent dans la pureté radicale de leur lumière. Notre âme est là ; et nous l'atteindrons à condition que nous ne nous laissions pas vaincre par notre conquête, que nous sachions résister à la tentation qui ferait de cette âme, à l'image de la matière, une substance détachée du cours de la durée, qui nous porterait à nous abîmer dans une sorte de contemplation muette et morte. La chose nécessaire est de ne pas nous relâcher dans l'effort généreux, indivisiblement spéculatif et pratique, qui rapproche l'humanité de l'idée qu'elle s'est formée d'elle-même.



 Si les religions sont nées de l'homme, c'est à chaque instant qu'il lui faut échanger le Dieu de l'homo faber, le Dieu forgé par l'intelligence utilitaire, instrument vital, mensonge vital, tout au moins illusion systématique, pour le Dieu de l'homo sapiens, Dieu des philosophes et des savants, aperçu par la raison désintéressée, et dont aucune ombre ne peut venir qui se projette sur la joie de comprendre et d'aimer, qui menace d'en restreindre l'espérance et d'en limiter l'horizon.


Dieu difficile sans doute à gagner, encore plus difficile peut-être à conserver, mais qui du moins rendra tout facile. Comme chaque chose devient simple et transparente dès que nous avons triomphé de l'égoïsme inhérent à l'instinct naturel, que nous avons transporté dans tous les instants de notre existence cette attitude d'humilité sincère et scrupuleuse, de charité patiente et efficace, qui fait oublier au savant sa personnalité propre pour prendre part au travail de tous, pour ne songer qu'à enrichir le trésor commun !»



«Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : Qui n'est pas avec moi est contre moi, et la voie large : Qui n'est pas contre moi est avec moi. Mais pour accomplir l'Évangile, il faut aller jusqu'à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n'a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi.


Et celui-là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l'expansion infinie de l'intelligence et l'absolu désintéressement de l'amour, l'unique vérité dont Dieu ait à nous instruire


 Léon Brunschvicg


La conversion spirituelle dans la philosophie de Brunschvicg

"Si Goethe n'atteint pas l'intellection des rapports purifiés d'images, c'est qu'il est poète avant tout et que le poète ne peut s'évader du monde des images qui est le royaume de l'enfance humaine. Religion, art, poésie sont les premiers modes de la pensée s'évadant de l'animalité. La science est le stade le plus tardif dans la chronologie des civilisations; c'est un stade que toutes n'atteignent pas, et auquel l'art et la religion s'opposent le plus souvent parce que la sensibilité fixée aux images rejoint difficilement la pure sensibilité intellectuelle attachée aux rapports sans représentation sensible. Cette conversion de la sensibilité est une des étapes qu'il faut franchir pour convertir la conscience sensible en conscience intellectuelle. Du physiologique au physique, de l'instinct à l'intelligence, du vécu au pensé, la conscience convertie ne garde que le rapport de correspondance détaché des objets sensibles et des images poétiques qui génèrent l'émotion, comme la numération a retenu la correspondance entre les doigts d'une main et les objets à compter. Ainsi séparée des sens et de leur univers, l'intelligence retrouve à sa source le pouvoir unifiant éternellement actuel par lequel toutes choses sont perpétuellement liées, déliées et reliées. Dans ce nouvel univers l'esprit dissout les corps en mouvements, la lumière et les sons en radiations, les forces en relations de chocs, et, sans quitter la discipline du vrai inscrite dans son incessant travail de vérification, les combine à l'infini. Alors, dans cette immanence créatrice, les deux univers Pascaliens n'en font plus qu'un, le grand et le petit se sont évanouis avec les images et le Bien comme le Beau adhèrent intimement à l'unique notion de Vérité. Le règne humain est atteint. Le corps et ses désirs a disparu avec les images et pourtant la correspondance est conservée avec l'activité fonctionnelle la plus élémentaire. Le grand circuit intellectuel enveloppant le corps et son univers a rejoint l'immanence vitale qui donne une réalité passagère aux phénomènes, de la même façon que la musique la plus exactement purifiée atteint, par son ascèse même, l'émoi organique le plus fondamental." Marie-Anne COCHET

Le nouveau monde de Descartes

Permettez donc pour un peu de temps à votre pensée de sortir hors de ce Monde pour en venir voir un autre tout nouveau que je ferai naître en sa présence dans les espaces imaginaires. Les Philosophes nous disent que ces espaces sont infinis et ils doivent bien en être crus puisque ce sont eux-mêmes qui les ont faits. Mais afin que cette infinité ne nous empêche et ne nous embarrasse point, ne tâchons pas d'aller jusqu'au bout; entrons y seulement si avant que nous puissions perdre de vue toutes les créatures que Dieu fit il y a cinq ou six mille ans

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L'armée des vivants et l'armée des esprits | 05 mars 2009

Cette observation fulgurante de Brunschvicg, tirée du chapitre final de "Raison et religion", me fait toujours le même effet, à chaque fois que je la lis ou que j'y pense : "sensation" contradictoire de feu et de glace, mais sensation intellectuelle, non pas vitale ni psychique ; c'est d'ailleurs la raison pour laquelle je la fais figurer en présentation du blog, et j'ai eu le plaisir, lors de la journée Brunschvicg du 6 février dernier, de constater que je ne suis pas le seul à ressentir cet effet, puisque Frédéric Worms l'a citée de manière admirative, ce qui a conduit un autre conférencier à souhaiter la publication d'un florilège de ces citations de Brunschvicg, qui orientent l'esprit de manière si spécifique et si profonde. La voici, cette citation :

«Il est malaisé de décider si l'armée des vivants peut avoir l'espérance, suivant la magnifique image que nous a proposée  Bergson, de "culbuter la mort"; mais, puisque le salut est en nous, n'est il pas assuré que l'armée des esprits débouche dans l'éternité, pourvu que nous ayons soin de maintenir à la notion d'éternité sa stricte signification d'immanence radicale ? Â»

Je décèle deux mouvements contraires dans cet admirable concerto philosophique de deux lignes: Brunschvicg joue d'abord "profil bas" , pour ne pas attaquer trop durement Bergson, qu'il admire....mais nous savons bien que l'espérance, la vie, la mort, ne représentent pas pour lui le domaine primordial : aussi se modère t'il prudemment, avec le "il est malaisé de décider"...pour un peu, on se croirait chez un nouveau philosophe à la BHL : crises et chochottements !Mort de rire

Mais voici que le Brunschvicg véritable reprend le dessus, aussitôt après le "mais" : la forme interrogative : "n'est il pas assuré ...?" est là encore une concession à la politesse bourgeoise qui convenait à l'époque à ses lecteurs , nous sommes dans les années 30... mais en réalité, ce que veut dire Brunschvicg, en bon cartésien, et aussi en bon mathématicien, c'est que l'espérance, "ce qui est malaisé à trancher", voire impossible, ce qui se discute toujours, ce pour quoi on peut toujours trouver le pour et le contre, tout cela ne concerne pas le philosophe , tout au moins au niveau de la vie spirituelle, celui de l'engagement de toute une vie : c'est la certitude qu'il nous faut !

Cette phrase peut donc se retraduire ainsi, mais évidemment elle y perd toute sa fulgurance :

Il est certain, d'une certitude apodictique, qu'il existe une voie , et une seule, pour sortir de l' enfer de la Nature et de la vie naturelle, damnation qui est le lot de tous les vivants,  et s'établir dans l'éternité véritable, qui est immanence radicale de l'esprit à lui même, identité de l'essence et de l'existence, et n'a absolument rien à voir avec cette fausse éternité, imaginative et délirante, que serait une "vie" , ou l'analogue d'une vie, qui ne finirait jamais !

notons d'ailleurs que cette "éternité" ne serait pas symétrique : elle s'étendrait indéfiniment dans le futur, mais dans le passé serait bornée par la naissance. C'est ce qui a conduit certains pseudo-penseurs à enfourcher le cheval de la réincarnation......

Cette déclaration de Brunschvicg est bien proche de celles du Bouddha, qui lui aussi affirme à ses disciples qu'il connait le remède aux souffrances du Samsâra, la voie de la méditation et de l'action qui mène à la délivrance, au Nirvana...mais la voie philosophique, que nous appelons ici celle de la mathesis, est entièrement différente de toutes les voies orientales, qui certes peuvent avoir leurs bienfaits, mais ne sauraient être valables pour nous autres qui venons après Descartes et Copernic, qui ont définitivement fait descendre la Vérité du ciel en terre.

L'armée des vivants ? mais il ne peut y avoir UNE armée des vivants, puisque par définition les vivants sont en lutte perpétuelle pour la survie.

Inutile de se voiler la face : la Nature n'est pas une mère bonne, mais une cruelle marâtre qui encourage ses enfants à se battre à mort et à s'entredévorer. Et Schopenhauer fait observer très justement que la thèse leibnizienne du "meilleur des mondes possibles" doit être inversée : le monde, la Nature, ce que nous n'avons pas fait, est la pire nature possible compatible avec l'existence d'êtres vivants. Pire au sens de dureté des conditions de vie et souffrance pour les vivants, en moyenne...car bien sûr, les forts, les gagnants du jeu de la vie, ont des conditions de vie nettement plus facile que la moyenne. N'est ce pas, Monsieur K. ? n'est ce pas Monsieur Julien D. ?Clin d'oeil et le groupe de rap américain Fifty Cent traduit cette situation de manière limpide : "get rich or die trying". Telle est le domaine de la vie, c'est à dire de la lutte pour l'existence :  la Nature.

Nous aimons nous promener en forêt, n'est ce pas, tous autant que nous sommes, écologistes ou non....comme il est bon de s'enfoncer dans l'ombre profonde des arbres centenaires, avec la bien aimée à son bras, écoutant le chant si poétique des oiseaux, les douces colombes, la tourterelle, l'alouette qui monte vers le ciel, ces oiseaux que tous les poètes ont chanté.... et c'est alors que les amants, faisant quelques pas vers la grotte de verdure où ils pourront abriter et cacher leurs amours "naturelles", se souviennent des beaux vers de Lamartine : "O Temps suspend ton vol !"

mais voici que les philosophes arrivent pour gâcher ce beau pique nique : Brunschvicg d'abord, qui déclare qu'entre Dichtung et Warheit, entre poésie et vérité, il faut choisir; et Schopenhauer, qui voit en ces forêts si douces aux amants le domaine du meurtre, où "le lierre s'enlace à l'arbre pour lui sucer son sang, sa sève". Et les poétiques oiseaux, ils sont d'une rapacité et d'une méchanceté inimaginable, car ils passent leur temps à chercher leur nourriture.

 Et d'ailleurs, je vais essayer de ne pas devenir inconvenant, mais que fait d'autre la bien aimée à son amant que le lierre à l'arbre, sous la cachette de verdure propice aux ébats et aux transports de Vénus ? Mort de rire c'est ici le lieu de faire un petit salut amical a Abe Sada, cette geisha japonaise qui en 1936 à Tokyo a étranglé son amant (qui était d'accord) , lui a tranché les parties intimes et a erré plusieurs jours, ayant son "trophée" en "lieu sûr" Mort de rireEmbarrassé, avant d'être arrêtée. Aux policiers et juges éberlués et secrètement admiratifs, elle a déclaré qu'elle avait tué par amour, pour avoir son amant éternellement pour elle et avec elle, malgrés la mort inéluctable, et qu'elle connaissait maintenant le bonheur absolu, car elle était certaine qu'il était avec elle pour l'éternité. Elle est morte bien plus tard, vers 1989. Et elle a donc pu voir le film "L'empire des sens" (Ai no corrida : la corrida de l'amour) sorti en 1976, qui raconte son histoire..

http://en.wikipedia.org/wiki/Sada_Abe

Telle est l' armée des vivants ! Ah l'amour, l'amour, le saint amour qui meut les cieux...quel blasphémateur voudrait s'en prendre à ce dieu si cher au coeur des hommes et des femmes ?

mais après tout nous devons être tolérants : peut être est ce la voie d'Abe Sada qui est la bonne pour accéder à l'éternité, et pas la voie de la mathesis ? si vous en êtes persuadés, en tout cas, ne perdez plus votre temps à lire ce blog écrit par et  pour des petits rationalistes frustrés et mesquins, privilégiant la pensée sèche et morte par rapport aux "élans du coeur et du corps", et dont se moquent les belles servantes thraces, avant d'aller danser enlacées aux bras de l'amant du jour...Mort de rire

L'armées des vivants ne saurait exister : il y a des armées de vivants, contingentes, se formant au gré des alliances temporaires, dans la lutte perpétuelle pour la survie.

Et tout ce qui vient atténuer les duretés de cette lutte vitale, les "droits de l'homme" par exemple vient d'une autre sphère : celle de l'esprit.

L'armée des esprits, elle, ne saurait par contre être qu'unique... elle n'existe pas d'ailleurs, et n'existera jamais, ce serait l'humanité réconciliée, ayant échappé aux contraintes de la nature (extérieure, mais aussi intérieure : pulsions, sentiments, élans du coeur, envie de tuer le bien aimé, ou la bien aimée, pour le ou la posséder "éternellement") et de la vie, et unifiée non pas sous le règne de l'Esprit (formulation de forme trop monothéiste-religieuse) mais tout simplement dans l'esprit.

Elle n'existera jamais dans le temps, et Brunschvicg nous en prévient d'ailleurs, car il ne saurait être question pour la philosophie de parler d'autre chose que des conditions actuelles, et d'ailler ainsi faire un tour à "Coucouville les nuées", comme dit Schopenhauer, ou dans le "Monde intelligible et transcendant".

Et dans les conditions d'existence humaine incarnée, il y aura toujours des esprits, incarnés dans des corps, toujours susceptibles donc de recommencer la guerre vitale, ne fût ce que pour souffler la bien aimée du voisin...

Et pourtant....et pourtant la certitude promise par Brunschvicg n'est pas une illusion, car toute illusion est de l'ordre du vital, et il y a un domaine qui n'est pas de l'ordre du vital, qui est supérieur au domaine de la nature et de la vie : l'ordre de l'esprit.

il n'y a rien au dessus : pas de Dieu personnel, pas d'ordre de la charité : "l'esprit se refuse au Dieu du mystère comme au Dieu des armées" dit encore Brunschvicg (les armées, ce sont les armées de vivants).

Il n'y a rien au dessus, parce que c'est l'esprit qui devrait abdiquer sa souveraineté pour "reconnaître" cet "au delà" : or l'esprit ne peut être que libre, et un être qui abdique librement sa souveraineté pour se soumettre à un autre être est supérieur à cet autre être; car il peut toujours reprendre sa liberté.

Il n'y a rien au delà de l'ordre de l'esprit, mais il y a un ordre de l'esprit, qui est au dessus de l'ordre de la matière et de la vie, ne serait ce que parce qu'il la juge. Tout homme qui se suicide vraiment, non pas pour fuir la misère ou par folie ou détresse passagère, mais parce qu'il juge que sa  dignité exige ce suicide, prouve l'existence de cet ordre de l'esprit supérieur à la vie et à la Nature.

De ces deux ordres l'Inde avait eu le pressentiment dans le Sâmkhyâ, avec la dualité de Purusha immobile (l'esprit, le soi) et Prakriti la danseuse Nature, qui danse éternellement pour le spectacle du Purusha.

Mais c'est Descartes qui a trouvé la voie d'accès universelle à cet ordre de l'esprit, avec le cogito....


 

Publié par sedenion à 18:35:22 dans DIEU | Commentaires (0) |

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Le rire de la servante de Thrace

"Thalès étant tombé dans un puits tandis que, occupé d'astronomie, il regardait en l'air, une petite servante de Thrace, toute mignonne et pleine de bonne humeur, se mit, dit-on, à le railler de mettre tant d'ardeur à savoir ce qui est au ciel, alors qu'il ne s'apercevait pas de ce qu'il avait devant lui et à ses pieds. Or, à l'égard de ceux qui passent leur vie à philosopher, le même trait de raillerie est assez bien à sa place" (Platon, Théétète 174a) "peut être la servante de Thrace avait-elle confondu la théorie des étoiles avec le culte de celles-ci, et avait à ce niveau tenu ses propres dieux pour les plus forts" (Hans Blumenberg) "la sagesse du philosophe qui s'est retiré du monde pour vivre dans l'imitation de Dieu a, comme contre-partie inévitable, la maladresse et la gaucherie qui le mettent hors d'état de s'appliquer aux affaires de la vie pratique, qui font de lui, comme jadis de Thalès, la risée d'une servante thrace (Théétète, 174a). Est il légitime de se résigner à cette séparation de la vertu philosophique et de la réalité sociale, qui s'est traduite, dans l'histoire d'Athènes, par des évènements tels que la condamnation de Socrate ? n'est ce point manquer à l'intérêt de l'humanité que de l'abandonner aux opinions absurdes et aux passions désordonnées de la multitude ? et la misanthropie n'est elle point, en définitive, un péché contre l'esprit au même titre que la misologie ? (Phédon, 89b)" (Léon Brunschvicg)

Dieu des philosophes et des savants

" Bon gré, mal gré, il faudra en arriver à poser en termes nets et francs le problème que l'éclectisme cherchait à embrouiller ou à dissimuler, et dont aussi bien dépend la vocation spirituelle de l'humanité. Dira-t-on que nous nous convertissons à l'évidence du vrai lorsque nous surmontons la violence de l'instinct, que nous refusons de centrer notre conception du monde et de Dieu sur l'intérêt du moi ? ou sommes-nous dupes d'une ambition fallacieuse lorsque nous prétendons, vivants, échapper aux lois de la vie, nous évader hors de la caverne, pour respirer dans un monde sans Providence et sans prières, sans sacrements et sans promesses ? La clarté de l'alternative explique assez la résistance à laquelle se heurte une conception entièrement désocialisée de la réalité religieuse. Un Dieu impersonnel et qui ne fait pas acception des personnes, un Dieu qui n'intervient pas dans le cours du monde et en particulier dans les événements de notre planète, dans le cours quotidien de nos affaires, « les hommes n'ont jamais songé à l'invoquer ». Or, remarque Bergson, « quand la philosophie parle de Dieu, il s'agit si peu du Dieu auquel pensent la plupart des hommes que, si, par miracle, et contre l'avis des philosophes, Dieu ainsi défini descendait dans le champ de l'expérience, personne ne le reconnaîtrait» " (Léon Brunschvicg, "Raison et religion")

L'homme occidental selon Brunschvicg

L'homme occidental, l'homme suivant Socrate et suivant Descartes, dont l'Occident n'a jamais produit, d'ailleurs, que de bien rares exemplaires, est celui qui enveloppe l'humanité dans son idéal de réflexion intellectuelle et d'unité morale. Rien de plus souhaitable pour lui que la connaissance de l'Orient, avec la diversité presqu'infinie de ses époques et de ses civilisations. Le premier résultat de cette connaissance consistera sans doute à méditer les jugements de l'Orient sur l'anarchie et l'hypocrisie de notre civilisation, à prendre une conscience humiliante mais salutaire, de la distance qui dans notre vie publique comme dans notre conduite privée, sépare nos principes et nos actes. Et, en même temps, l'Occident comprendra mieux sa propre histoire: la Grèce a conçu la spéculation désintéressée et la raison politique en contraste avec la tradition orientale des mythes et des cérémonies. Mais le miracle grec a duré le temps d'un éclair. Lorsqu'Alexandre fut proclamé fils de Dieu par les orientaux, on peut dire que le Moyen Age était fait. Le scepticisme de Pyrrhon comme le mysticisme de Plotin ne s'explique pas sans un souffle venu de l'Inde. Les "valeurs méditérranéennes", celles qui ont dominé tour à tour à Jérusalem, à Byzance, à Rome et à Cordoue, sont d'origine et de caractère asiatique...... quant à l'avenir de l'Occident, il n'est pas ici en cause : une influence préméditée n'a jamais eu de résultats durables, et prédire est probablement le contraire de comprendre. Toute réflexion inquiète de l'Européen sur l'Europe trahit un mauvais état de santé intellectuelle, l'empêche de faire sa tâche, de travailler à bien penser, suivant la raison occidentale, qui est la raison tout court, de faire surgir, ainsi que l'ont voulu Platon et Spinoza, de la science vraie la pureté du sentiment religieux en chassant les imaginations matérialistes qui sont ce que l'Occident a toujours reçu de l'Orient

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