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Mémoires de nos Pères/Lettres d'Iwo Jima - Clint Eastwood | 31 octobre 2008

Eastwood : un diptyque d'anthologie

Le 14 octobre dernier le Café des Images nous offrait une soirée magnifique.

La rencontre n'était pas spécialement intéressante, de mon point de vue, mais l'intérêt de la soirée résidait dans la possibilité de visionner ces deux films, que je n'avais encore jamais vus, et qui constituent à mon avis des sommets dans le film de guerre.

En fonction des témoignages et des critiques il n'est pas exceptionnel que l'un des deux soit privilégié. A tort.

Les deux films sont essentiels, et si Eastwood les a conçus comme une entité double, il me semble évident qu'on ne peut les dissocier.

On peut éventuellement regretter quelques longueurs dans les errements et dans les errances américaines des « héros » fabriqués, mais la longueur de leur périple et le sentiment de longueur que le spectateur ressent me semblent nécessaires l'un à l'autre.

La scène du débarquement est largement supérieure à celle du « Private Ryan », nulle complaisance de la part d'Eastwood, et tout son génie tient en ce que, contrairement à Spielberg, son film (qu'on entende les deux « épisodes ») ne faiblit pas par la suite.

Si le film de Spielberg est consternant de non-intérêt, celui d'Eastwood garde son intensité du début à la fin.

Les scènes violentes ne sont jamais voyeuristes et elles obligent le spectateur à prendre ses responsabilités. L'horreur des combats et de la vie de ces soldats qu'ils soient américains ou japonais n'est jamais imposée et elle est présentée avec vérisme.

On peut parler ici de morale et d'éthique dans la démarche d'Eastwood. Et sa morale et l'éthique de son montage et de son scénario ne souligne qu'encore plus la faiblesse finale et définitive du « Redacted » de De Palma.

Publié par Andrépierre à 02:43:56 dans Le Petit Cinéma | Commentaires (0) |

De la guerre - Bertrand Bonello | 13 octobre 2008

De l'ennui de la guerre

De nos jours l'accession à la jouissance nécessiterait un véritable parcours du combattant, se serait-on fourvoyé quelque part? Ce film, à la suite de notre bien-aimé président lorsqu'il charge mai 68, ou plutôt le fantasme délirant de ce qu'il aurait été, interrogerait-il notre rapport à mai 68 et à la si fameuse, à tel point qu'on ne sait plus exactement si elle est réelle et historique, proclamation de la jouissance par-dessus tout, sans entrave? A trop proclamer une volonté de jouissance par-dessus tout, on en aurait perdu la capacité, et nous ne pourrions plus y avoir accès de manière "naturelle"... Il nous faudrait donc s'enfermer avec une bande d'allumés bien agités du bocal, dans des châteaux à la campagne et aller au coeur des ténèbres pour retrouver le chemin du plaisir absolu...Bof!

"En vérité je vous le dis" (je ne me prends ni pour Dieu, ni pour N. S. qui agrémente volontiers ses prises de paroles de ce type de formules), le dernier film de Bertrand Bonello est passablement ennuyeux et même Mathieu Amalric ne parvient pas à sauver l'oeuvre. J'en suis d'autant plus triste que le trio d'acteur Amalric-Argento-Depardieu me semblait plein de grandes promesses. De beaux lendemains il n'y en a guère et "De la guerre" me semble illustrer une "certaine tendance du cinéma français", trop introspectif et à la fois trop réflexif, trop égocentré, trop, trop, trop... Et au final insipide. La seule bonne chose du film est peut-être sa bande annonce, roublarde puisqu'elle m'avait vraiment donné envie de voir le film. La déception n'en est que d'autant plus cruelle.

Il faut même parfois se retenir de rire aux éclats tant les références et citations sont trop peu subtiles voire carrément grossières : "Apocalypse Now" dans la forêt de Fontainebleau (qui ne l'est pas mais c'est pour la rime, faible comme ce film, et à condition bien évidemment de fort mal prononcer now), il faudrait tout de même voir à ne pas trop en faire! Bonello appuie tellement ses références qu'elles finissent par écraser son film. J'aime beaucoup Mathieu Amalric dont la majorité des apparitions sur le grand écran évoquent pour moi une certaine idée du "grand" jeu d'acteur. Mais alors là... Si sa performance dans le magasin de Pompes Funèbres au début du film est plutôt plaisante, il tourne rapidement en rond, comme un vivant dans un cercueil. Quel ennui, quel ennui! Rien n'est crédible, rien à quoi se raccrocher, déception sur déception. Non, pour être totalement juste, je ne peux taire le réel plaisir qui découle du visionnage d'une image aux couleurs et à la lumière vraiment remarquable, cela ne suffit malheureusement pas à rattraper (tout) le reste. 

Où sont les Amalric de "Rois et Reine" ou de "L'aventure humaine", le Depardieu de "Ne touchez pas la hache" ou l'Argento de "Transylvania"??? Perdus dans la forêt...

Autant dire que c'est plein d'espoir que je me dirigeais vers "La belle personne"... bien mal m'en a pris!

    André-Pierre Lacotte

Publié par Andrépierre à 18:27:05 dans Le Petit Cinéma | Commentaires (0) |

La belle personne - Christophe Honoré | 13 octobre 2008

"La belle personne" ou le lycée comme on ne l'a heureusement jamais connu

Dépité et assez triste suite au visionnage du film de Bonnello, je me suis à nouveau engagé dans une salle obscure d'un de nos deux excellents cinémas locaux pour aller voir "La belle personne". J'y allais en espérant me consoler de la déception fort cruelle du film précédent, là encore c'est en partie pour l'acteur (Louis Garrel) mais surtout pour le réalisateur que j'allais, confiant, voir un bon film français. Aïe, aïe, aïe!!!! Dieu ou quiconque autre sait à quel point j'ai aimé, voire plus, les films précédents de ce jeune réalisateur, mais là!

A l'image du massacre du prélude en Do mineur de Bach qu'Honoré nous inflige, le film est exaspérant. Tout y sonne faux, jamais on ne peut "croire" à quoi que ce soit. Tout au plus la petite musique d'un chef-d'oeuvre italien des années 80 peut-il nous faire sourire. Garrel en fait un peu trop dans son propre registre, son personnage en perd donc toute véracité. Et pour ce qui est de la "révélation" féminine, laissez-moi tranquillement rire. Il en est du romantisme fiévreux comme des fruits de mer, pas frais c'est indigeste!

Qu'est-il arrivé à l'inspiré réalisateur des "Chansons d'amour" pour aussi mal mettre en musique son film?

Qu'est-il arrivé au profond réalisateur de "Dans Paris" pour aussi platement présenter les relations humaines, amour, etc.?

L'argument pouvait sembler porteur, so what?

    André-Pierre Lacotte

Publié par Andrépierre à 18:25:30 dans Le Petit Cinéma | Commentaires (0) |

Entre les murs - Laurent Cantet | 13 octobre 2008

"Entre les murs", fiction du réel aboutie

Notre cinéma français parfois malade de ses propres "maniérismes", parfois insupportable, sait fort heureusement nous offrir d'excellentes surprises et d'excellentes raisons de croire en lui.

"Entre les murs" est à tout point de vue une réussite. C'est une fiction, et pas un documentaire, dont acte, mais une fiction tellement inspirée par le réel qu'elle en serait presque documentaire. Fiction car démonstrative mais sans que jamais cela ne tourne au catalogue, Cantet évite le grand-guignol et la société peut lui en être reconnaissant, tant ce film, Palme d'Or discutable, est d'un grand mérite. La méthode de filmage adoptée est remarquable par son produit, on "est" dans la classe comme personne ne peut l'être (et pour cause, nul n'ayant, à ma connaissance, la capacité d'adopter simultanément trois ou quatre point de vue, au sens propre et au sens figuré). Tout le monde, y compris le prof discutable, lui aussi (mais nul n'envie sa place), joue "juste", et le montage qui irrigue le film d'une rentrée à une fin d'année d'un fil conducteur d'un désagréable questionnement sur "L'Ecole" sonne tout aussi juste.

Cantet a réalisé un grand film tant d'un strict point de vue cinématographique "technique" que d'un point de vue "social", et c'est en cela que la Palme n'est usurpée... A savoir si d'autres films caennais de cette année ne méritaient pas la palme...

Mais il est logique qu'il succède à Pialat, car en-dehors même des propos de Cantet, il n'est impossible de ne pas songer à cet illustre prédécesseur.

    André-Pierre Lacotte

Publié par Andrépierre à 18:23:55 dans Le Petit Cinéma | Commentaires (0) |

Vicky Cristina Barcelona - Woody Allen | 13 octobre 2008

Et un nouvel Allen, un!

Même pour un grand admirateur de Woody, il est bien difficile de ne pas être "honnête" : son dernier opus n'est pas une réussite. Avec toute la modération qui me caractérise je me risquerais quasiment au qualificatif de "bouse"... Mais non, c'est Woody Allen, il y a donc forcément du bon, même si c'est trop peu pour sauver le film.

A plusieurs reprises on sent poindre toute la verve et toute la qualité de son cinéma mais elle n'est jamais menée à son terme, et en dépit des performances d'acteur/trices, le film laisse un arrière-goût d'inachevé voire de raté. Et c'est bien triste.

Cette constatation faite incite à mon avis à questionner la démarche du réalisateur : est-il nécessaire de tourner, obligatoirement, un film par an?

W. Allen ne devrait-il pas ralentir le rythme de sa production? N'est pas Bergman qui veut, quand bien même on est un très grand réalisateur. Et de toute façon il n'y a qu'un Bergman.

Cela m'attriste car l'âge de plus en plus respectable de ce génial psychanalysé permanent nous tend à penser qu'il quittera ce monde un jour, que nous ne lui souhaitons pas trop prochain. Ne devrait-il donc pas "concentrer" son talent sur quelques films, quitte à n'en faire qu'un tous les 2,3 ou 4 ans?

    André-Pierre Lacotte

Publié par Andrépierre à 18:22:03 dans Le Petit Cinéma | Commentaires (0) |

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