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John Woo rate totalement son retour dans la Mère Patrie et Jia Zhang-ke signe une fois de plus un chef-d'oeuvre. | 13 avril 2009

John Woo rate totalement son retour dans la Mère Patrie et Jia Zhang-ke signe une fois de plus un chef-d'oeuvre.

Difficile de résister à quelques énervements lorsque l'on a vu, comme moi, les deux films presque conséquemment, à l'énervement et à la constatation que la mondialisation est bien installée puisque même à l'autre bout de la planète on produit des chefs-d'oeuvre dans le même temps que des bouses, en méga-production!

Par chance j'ai vu le Woo en premier...

Qu'en dire?

Je dois avouer et je n'en ai aucune honte que, à l'exception, et à la très extrême rigueur, de "Volte/Face - Face/Off" (sur lequel je vais réaliser un dossier, probablement, alors tout de même...), tout le Woo de Hollywood me fait au mieux "pisser de rire", qu'on me pardonne la verdeur de langage, l'apothéose étant sans doute l'inénarrable sous-m.... avec Van Damme (défendu ça et là par quelques amis cinéphiles, Dieu les pardonne), mais bon, est-ce étonnant?  Ne soyons toutefois pas injuste, "Broken Arrow" était bien comique également! Heureusement qu'il y avait les F117...

Autant dire que les excellents souvenirs du Woo de Hong Kong (on ne sait plus trop s'il faut conserver le trait d'union ou pas, depuis que les 3 Chine-s-, ou presque, sont réunies) me laissaient avide de déguster le retour du fils prodigueet prodige, dans une autre vie, qui s'était largement fourvoyé outre-pacifique.

Oh la cruelle déception, oh la rigolade, oh! Ah! Eh! Aïe!

Aïe oui car en définitive je suis plutôt triste de ce ratage.

Empruntant l'expression à M. Couté, je qualifie volontiers "Les 3 Royaumes" de loukoum chinois.

Et je n'aime pas les loukoums...

Je n'arrive cependant pas à mettre l'ensemble à la poubelle.

C'est que Woo a un sens de l'esthétisation qui ne me déplaît pas totalement, quand il parvient à ne pas sombrer dans la caricature de son propre style (envols de colombes à tout va..., en période de grippe aviaire c'est mal venu). De la même manière il flotte tout de même quelque chose d'indéfinissable dans ce film. Quelques combats sont remarquablement chorégraphiés et tiendraient une juste place dans les annales du genre, mais comme dans les "Seigneurs des Anneaux", l'abus de numérique ruine beaucoup l'effet. Trop c'est trop serais-je tenté d'écrire.

Encore peut-on se féliciter d'avoir, seulement, eu droit à une version raccourcie pour Occidentaux. Car l'épreuve, et parfois le supplice, traînent en longueur, le raffinement des tortures chinoises n'est plus un secret pour personne... N'en déplaise à l'Armée Impériale nipponne qui mit toute son application à les surpasser!

Woo déclare dans l'une des deux revues de référence (dans Positif, qui va même jusqu'à crier au chef-d'oeuvre, je vais avoir du mal et surtout aucune envie de ferailler avec mes collègues pour la défendre ce coup-ci...) que le raccourcissement s'imposait pour les Européens car nous n'aurions pas pu nous y retrouver avec tous ces personnages, et je le confirme. Quel mic-mac!!!

En plus d'une situation géopolitique pour le moins complexe, il est difficile, en effet, pour l'Occidental de base, quand bien même il possède des gènes asiatiques, de différencier tous les personnages, surtout au bout de x heures de film, de poursuite, de retournement de situations et de vestes!

J'attendais donc beaucoup, tout acquis à la cause de John Woo après "Une balle dans la tête", "The Killer" ou "A toute épreuve"... mais en vain.

Enfin j'ai tout de même pu me soulager avec quelques sourires, voire quleques rires, salvateurs, car plusieurs séquences sont pitoyablement too much. Mon désapointement fût tel que je ne savais plus, à certains moments, si ce que je voyais était ironique, au second degré, ou si je faisais simplement preuve de "mauvais esprit".

Ce plantage en beauté doit sans aucun doute nous pousser à interroger les relations cinématographiques Chine-Hollywood, film d'action asiatique-film d'action hollywoodien. Où est l'âme de Woo? A-t-il épuisé un style qui lui était si remarquablement propre comme Kitano semble l'avoir fait au terme de ses trois volets suicidaires?

Woo peut-il remonter sur le ring après "ça"?

Je l'espère.

 

Et Jia Zhang-ke dans tout ça?

Après une telle amère déception ma joie n'en a été que plus grande d'être littéralement et totalement transporté par "24 city". Là tous mes espoirs ont été comblés et au-delà.

J'ai peine à m'étendre tant le film est d'une beauté saisissante, Jia passe avec brio de situations qui font craindre la banalité ou le "sans intérêt" à des moments de pure jouissance esthétique, émotionnelle et intellectuelle.

Il s'impose à nouveau avec ce dernier opus comme l'un des très grands réalisateurs chinois actuels (et l'on se doit de ne point oublier qu'il en existe peut-être des dizaines comme lui en Chine mais de nous totalement inconnus).

En fait, entre Woo et lui, c'est un peu comme entre Brisseau et Pasolini, le poussif le dispute au sublime, Brisseau s'emmêle les pinceaux en dépit de hautes aspirations (louables d'ailleurs) à éclaircir le mystère du désir, de l'Eros, de l'extase alors que Pasolini évolue haut, si haut!

Mais c'est l'objet d'un autre modeste texte que je commets ci-après (je me limiterai d'ailleurs à Brisseau dont j'ai proportionnellement une meilleure connaissance de l'oeuvre, restons modeste!)

 

Publié par Andrépierre à 03:55:23 dans Le Petit Cinéma | Commentaires (0) |

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