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Gran Torino : un magistral papy fait de la résistance (pardon Clint!) | 13 avril 2009

Oui Eastwood est le dernier Grand!

Eastwood que je chéris depuis mon enfance, en dépit de quelques écarts à tendance fascisante dans la peau d'un sale Harry de l'Amérique cartérienne et reaganienne, Eastwood le cowboy, Eastwood le garde du corps présidentiel couvrant les frasques d'un président érotomane qui n'est pas sans évoquer un bel ancien qui perdit partiellement la tête à Dallas et qui fait perdre la sienne au nôtre actuel, monté sur talonnettes et ressorts latino-colombiens, et qui sans grandeur aucune rêve de celle du pré-cité, Eastwood impitoyable mais également fort et faible, juste interrogateur d'un système, d'un pays et d'un "habitus civilisationnel", Eastwood infatigable justicier, seul envers et contre tout et tous; Eastwood qui vieillit également. Eastwood qui est vieux, et quel vieux!

Le monde occidental a depuis longtemps caché ses vieux, les reléguant au placard, sacrifiant à une jeunesse et à un jeunisme excessif, à un "adolescisme" même, voilant pudiquement le troisième âge par l'impudeur avec laquelle il expose, exhibe jusqu'à l'écoeurement une jeunesse inventée, rêvée, à telle point qu'on lui volerait ses rêves propres...

Mais avec ce grand film, Eastwood, dernier représentant d'un Hollywood "classique", nous donne une dernière fois (?) une très grande leçon de cinéma.

Difficile dans ses conditions de se retenir de quelques envies de meurtres envers ce "grand couillon" qui éructait insupportablement son dégoût et son écoeurement excessif. Cet inconnu hilare décriait la caricature, le "too much", mais n'était-il tout simplement complètement "à côté de la plaque"? Si, je le pense. Et carrément. Mais à chacun ses appréciations. Je ne fus moi-même guère de bonne composition durant et à l'issue de la projection de "Benjamin Button"...

Car en place de caricature il s'agit ici selon moi d'une signature.

Signature d'une vieille carne s'il en est mais quel acteur, quel réalisateur!

Où est cet Hollywood classique aujourd'hui?

La machine à rêve fait rêver qui désormais?

La planète ne serait-elle plus peuplée que par une horde locqueteuse d'adolescents hystériques, priapiques et ecstasiques, qui n'aurait plus comme seule préoccupation que de savoir quelle voiture est la mieux tunée, lobotomisée par un "awful-merican way of no-life"? La jeunesse d'aujourd'hui démérite-t-elle par rapport à celle de "La fureur de vivre", du tramway, de Luther King, des Last Poets et de l'Afrika Bambataa? Non évidemment, ce dont elle souffre la jeunesse d'aujourd'hui, c'est de vieux qui le soient réellement!

Un fossé infranchissable est-il disposé de manière inamovible entre l'ancien Hollywood, entre la vieille génération et la nouvelle? Nous faut-il tous, d'urgence, témoigner de Jéhovah (malheureusement je crains fort que les 144 000 places ne soient déjà occupées!)?

Eastwood nous propose avec ce film un formidable message d'espoir, un vrai testament.

De l'esprit le plus retord, de la pire des carnes, républicaine, raciste, communautariste... peut naître l'espoir d'une nouvelle Amérique donc d'un nouveau monde, du Nouveau Monde, origine de ce délire esthétisant du jeunisme, du royaume du sein siliconé et du Hummer... nous parvient un signe d'espoir à nous autres, du Vieux Monde, le signe que les générations peuvent se comprendre, que l'ancien cinéma peut encore quelque chose pour le nouveau.

Sans arme Eastwood désarme, sans violence (ou presque parce que quand même faut pas trop le chercher Clint, même s'il n'a pas son 44) il permet à la violence illégitime et stérile d'exploser afin que la loi et la communauté puisse faire prévaloir le respect de chacun et qu'in fine, ce soit la voie de la non-violence qui s'impose, bon an, mal an.

Eastwood est un classique et un grand, son film adopte une trame relativement prévisible, le déroulement du scénario est linéaire, quasiment d'un bout à l'autre, mais en pied de nez à la critique de facilité et de conventionnalité, le dénouement de cette histoire qui ne saurait véritablement en avoir (le personnage incarné par Eastwood ne cesse d'ailleurs de le répéter) surprend heureusement ce qui, d'une manière magistrale, balaie toute accusation de "nullité".

Classique Eastwood l'est bel et bien parce qu'il ne s'ingénie pas à dérouter le spectateur par mille effets numériques indo-coréens, nul débilitantes transformations, nul gros bras à la Fast and Diesel, nul dénouement abracadabrantesque, quasiment tout le film coule d'une source logique vers une conclusion attendue mais qui adopte une forme heureusement surprenante.

 

Publié par Andrépierre à 05:38:43 dans Le Petit Cinéma | Commentaires (0) |

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