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De la guerre - Bertrand Bonello | 13 octobre 2008

De l'ennui de la guerre

De nos jours l'accession à la jouissance nécessiterait un véritable parcours du combattant, se serait-on fourvoyé quelque part? Ce film, à la suite de notre bien-aimé président lorsqu'il charge mai 68, ou plutôt le fantasme délirant de ce qu'il aurait été, interrogerait-il notre rapport à mai 68 et à la si fameuse, à tel point qu'on ne sait plus exactement si elle est réelle et historique, proclamation de la jouissance par-dessus tout, sans entrave? A trop proclamer une volonté de jouissance par-dessus tout, on en aurait perdu la capacité, et nous ne pourrions plus y avoir accès de manière "naturelle"... Il nous faudrait donc s'enfermer avec une bande d'allumés bien agités du bocal, dans des châteaux à la campagne et aller au coeur des ténèbres pour retrouver le chemin du plaisir absolu...Bof!

"En vérité je vous le dis" (je ne me prends ni pour Dieu, ni pour N. S. qui agrémente volontiers ses prises de paroles de ce type de formules), le dernier film de Bertrand Bonello est passablement ennuyeux et même Mathieu Amalric ne parvient pas à sauver l'oeuvre. J'en suis d'autant plus triste que le trio d'acteur Amalric-Argento-Depardieu me semblait plein de grandes promesses. De beaux lendemains il n'y en a guère et "De la guerre" me semble illustrer une "certaine tendance du cinéma français", trop introspectif et à la fois trop réflexif, trop égocentré, trop, trop, trop... Et au final insipide. La seule bonne chose du film est peut-être sa bande annonce, roublarde puisqu'elle m'avait vraiment donné envie de voir le film. La déception n'en est que d'autant plus cruelle.

Il faut même parfois se retenir de rire aux éclats tant les références et citations sont trop peu subtiles voire carrément grossières : "Apocalypse Now" dans la forêt de Fontainebleau (qui ne l'est pas mais c'est pour la rime, faible comme ce film, et à condition bien évidemment de fort mal prononcer now), il faudrait tout de même voir à ne pas trop en faire! Bonello appuie tellement ses références qu'elles finissent par écraser son film. J'aime beaucoup Mathieu Amalric dont la majorité des apparitions sur le grand écran évoquent pour moi une certaine idée du "grand" jeu d'acteur. Mais alors là... Si sa performance dans le magasin de Pompes Funèbres au début du film est plutôt plaisante, il tourne rapidement en rond, comme un vivant dans un cercueil. Quel ennui, quel ennui! Rien n'est crédible, rien à quoi se raccrocher, déception sur déception. Non, pour être totalement juste, je ne peux taire le réel plaisir qui découle du visionnage d'une image aux couleurs et à la lumière vraiment remarquable, cela ne suffit malheureusement pas à rattraper (tout) le reste. 

Où sont les Amalric de "Rois et Reine" ou de "L'aventure humaine", le Depardieu de "Ne touchez pas la hache" ou l'Argento de "Transylvania"??? Perdus dans la forêt...

Autant dire que c'est plein d'espoir que je me dirigeais vers "La belle personne"... bien mal m'en a pris!

    André-Pierre Lacotte

Publié par Andrépierre à 18:27:05 dans Le Petit Cinéma | Commentaires (0) |

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