"L'arbre jaune" (89 x 116 cm)http://www.artabus.com/lamiral
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Philippe Lamiral travaille longtemps par couches successives sur une même toile et fait apparaître l'expression de la peinture ; il opère une transformation de la matière par l'énergie et par la volonté d'aller plus loin. Il peint non plus le sujet mais la « peinture » et s'intéresse de plus en plus à la couleur ! Les paysages archétypes ou les figures qu'on reconnaît sous l'épaisse matière, dans la tradition classique des thèmes de la Peinture lui permettent désormais de peindre sans souci de signification...
Son oeuvre est cotée sur artnet et dans le Guide Meyer.
Philippe Lamiral works for a long time by successive coats on the same painting and creates the expression of the painting; he operates a transformation of the material by the energy and by the will to go farther. He paints either the subject but the "painting" and is interested more and more in the color! The landscapes archetypes or the figures which we recognize under the thick material, in the classic tradition of the subjects of the Painting allow him henceforth to paint carefree of meaning... His work is quoted on artnet and in the Guide Meyer.
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A travers les oeuvres ou les écrits d'artistes d'hier et d'aujourd'hui, chercher à comprendre leur démarche artistique et à interroger le protocole créatif de ces artistes.
"Vue de Notre-Dame" 1914, Henri Matisse, huile sur toile, 147 x 94 cm
The Museum of Modern Arts, New York
Dans Vue de Notre-Dame, les formes se réduisent à des figures géométriques et dénotent l'influence du cubisme.
"La couleur surtout et peut-être plus encore que le dessin est une libération."
Henri Matisse

"Notre-Dame" 1900, Henri Matisse, huile sur toile, 46 x37 cm
Tate Gallery, Londres

"Notre-Dame, une fin d'apres-midi" 1902, Henri Matisse
Huile sur papier marouflé sur toile, 72,5 x 54,5 cm
Albright-Knox Art Gallery, Buffalo; New York, don de Seymour H. Knox

“Vue de Notre-Dame” 1904, Henri Matisse
Huile sur toile, 33 x 40,6 cm, collection particulière

"Notre-Dame" 1914, Henri Matisse
Huile sur toile, Collection particulière
Publié par philippelamiral à 06:53:29 dans PAROLES DE PEINTRES | Commentaires (4) | Permaliens
"L'Atelier rouge (le panneau rouge)" Issy-les-Moulineaux, automne 1911
Henri Matisse, huile sur toile, 181 x 219,1 cm
The Museum of Modern ART, New York, Mrs Simon Guggenheim Fund
Dans L'Atelier rouge, il est difficile de distinguer l'espace perspectiviste, les frontières entre objets dsiparaissent. Seuls une ligne blanche et les cadres des tableaux permettent de se figurer l'espace en perspective.
Grâce à ce que l'on a appelé un traitement négatif de la ligne (orange sur fond rouge et non noire), le tableau devient bi-dimensionnel, il supprime la profondeur.
Un bain rouge généralisé, transforme l’espace représenté en surface de toile. Les objets connaissent un traitement variable. Nous repérons des meubles, creusés graphiquement, comme en réserve. Irréels, ils ont le statut de transparences fantomatiques. Puis nous reconnaissons divers tableaux abandonnés à l’état d’ébauches. D’autres tableaux, posés au sol, sont retournés, ne donnant à voir que leur recto. Un cadre vide souligne cependant le fond monochrome rouge. Divers objets appartenant à l’univers pictural de Matisse sont peints avec leur volume sur cette frontalité carmin, comme des figures décollées de leur fond : vase aux capucines, assiette décorée, trépieds, sculpture, frise de la cheminée.
Tout se passe comme si Matisse avait décomposé le dispositif du tableau pour nous le donner à voir sur un mode démonstratif. Les tableaux ne sont plus que des surfaces plates, avec un devant et un derrière. Des structures cadrantes apparaissent, qui dessinent la surface rouge. Des objets élus jouent le rôle d’ambassadeurs du peintre dans la représentation. Si on ajoute de simples structures fantômes, il ne reste que ce fond rouge énigmatique. Nous sommes donc bien dans le laboratoire de l’image, au cœur du site où s’accomplit l’énigme de la venue du visible, depuis l’infigurable. Nous sommes dans la grotte obscure d’Altamira selon Matisse, ou encore, dans les entrailles du ventre marial d’une Annonciation. Car c’est bien de ce miracle de l’image en cours d’avènement dont Matisse nous parle : comme le soulignent les tableaux-ébauches, Matisse veut donner à voir le temps insaisissable, de l’élaboration de l’œuvre.
Véritable boîte à outil de la création, offerte au regard du spectateur, « L’atelier rouge » joue la rencontre entre la concrètude du lieu (son volume, ses objets, ses toiles-écrans), et la pression imaginaire de l’invisible que figure le monochrome rouge. Matisse démontre sa conception du tableau conçu comme étant un dispositif de médiation, comme le site d’une articulation entre le dehors et le dedans. Mais il faut alors reconnaître tous les dehors et tous les dedans : dans l’atelier/hors l’atelier, dans le visible/hors le visible, dans le temps/hors le temps, dans la figure/hors la figure, dans la couleur/hors la couleur…
Deux objets démonstratifs viennent désigner la proposition de Matisse. Le cadre vide, d’une part, qui marque la pression rouge de l’invisible sur l’écran du tableau, redoublant ainsi le dispositif de « l’atelier rouge » lui-même. Mais, tout autant, tendu entre transparence et reflet, le verre posé sur la table s’impose comme un véritable écran qui encadre et reflète simultanément. Stéphanie Katz (28 Janvier 2004)
Les tableaux de Matisse exposés sur le mur du tableau "l'atelier rouge".

"Le luxe (I)" 1907, Henri Matisse, huile sur toile, 210 x 138 cm
Musee National d'Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris

"Le luxe (II)" 1907, Henri Matisse, caséine, 208 x 139 cm
Collection J. Rump, The Royal Museum of Fine Arts, Copenhague

"Nu à l'écharpe blanche" 1909, Henri Matisse
Dation Maguy Glass, musee National d'Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris

"Le jeune marin (II)" Collioure, hiver 1906-1907 ou printemps 1907, Henri Matisse
Huile sur toile, 100 x 81 cm, The Jacques and Natasha Gelman Collection, Mexico

"Cyclamen pourpre" Issy-les-Moulineaux, début 1911 (et printemps 1912?)
Henri Matisse, huile sur toile, 73 x 60 cm, collection particulière, New York
La nature morte qui figure au mur de "l'atelier rouge" est une deuxième version du même sujet. Une note au dos d'une photographie de cette dernière, dans les archives Matisse, indique : "peinte après le cyclamen pourpre, plus légèrement, rapidement, dans des tons plus clairs".

"Figure décorative" Paris, Couvent du Sacré Coeur, printemps-été 1908
Henri Matisse, statuette en bronze , 71,5 x 30 x 40 cm
Courtesy Thomas Gibson Fine Art Ltd, Londres
"Un m² de rouge est plus rouge qu'un cm² de la même couleur."
Henri Matisse

"Grand intérieur rouge" 1948, Henri Matisse, huile sur toile, 73 x 116 cm
Musée National d'Art Moderne, Paris
Il n'est plus question ici de lumière selon une approche traditionnelle, mais d'un intérieur de couleur rouge uniforme. Si un lecteur inattentif peut confondre les termes couleur et lumière, le spectateur lui, doit bien se rendre à l'évidence : une couleur rouge carmin passée uniformément sur un fond blanc ou jaune couvre les 4/5 de la toile. Seul un trait noir (on ne peut parler ici de cerne, car il n'y a rien à cerner) permet de dégager, au sein de cette mer rouge, un mur, un sol, une table esquissée en perspective. Parler de lumière en l'occurrence constitue un abus de langage. Parlerait-on de lumière à propos d'un fond rouge posé à plat sur une fresque funéraire égyptienne ?
La simplification de Matisse constitue une trouvaille aussi ingénieuse que l'oeuf de Colomb : elle consiste à éliminer un problème au lieu de le résoudre.
Les "plats" introduits par les Fauves et les Cubistes de l'époque "synthétique" évitent sans doute les recours à l'illusion figurative, mais ils éliminent la notion même de lumière et par conséquent celle de son double : l'ombre. Dans l'ivresse euphorisante d'une libération à l'égard des normes d'écriture traditionnelle, les peintres d'avant-garde rejetaient successivement la perspective, la composition, la figuration, la couleur, le graphisme, bref le rythme, le souffle de l'oeuvre. A partir de cette entreprise d'effeuillage, la peinture devait se retrouver elle-même, dégagée de tout apport étranger et superflu et ne reconnaître que ce qui la renvoyait à elle-même. Alexandre Bourmeyster

"la Desserte rouge (harmonie rouge)" 1908, Henri Matisse
Huile sur toile, 180 × 220 cm, musée de l'Hermitage, Saint-Pétersbourg
Le thème central d’un intérieur avec un paysage apparaissant par une fenêtre, récurrent dans l’œuvre de Matisse, se combine avec celui de la servante, déjà utilisé plus tôt dans la carrière du peintre, de façon naturaliste (la Serveuse bretonne, 1896, collection particulière, et la Desserte, 1897, collection particulière). Il s’agit ici d’une salle à manger tendue d’un papier peint rouge éclatant à larges motifs de ramages bleu-violet, identique à la nappe de la table où une servante s’affaire autour d’une coupe de fruits qui voisine avec quelques fruits épars, une autre coupe surmontée d’un bouquet, une carafe de vin blanc et une autre de vin rouge. Dans le cadre de la fenêtre s’inscrivent le ciel et une prairie (bleu et vert) avec des fleurs (jaune), des arbres (dominante blanche) et une maison (rouge) d’une simplification très stylisée. Ce thème apparaît comme une synthèse des quatre genres pratiqués par Matisse : intérieur, nature morte, figure et paysage.
Le motif décoratif est dominant, inscrit dans un rapport bleu / rouge très vibrant visuellement. Il annule la profondeur, envahit l’espace et le réduit au plan pictural ; le paysage, « encadré », dépourvu d’effets d’atmosphère, intervient en tant qu’élément décoratif. Cette volonté décorative — « il faut être d’abord décoratif », disait le peintre — se manifeste comme non-naturaliste : couleurs pures, arabesques abstraites, composition centrifuge engendrée par la scansion rythmique. Même si les traces d’un réalisme tridimensionnel demeurent (objet en perspective, ombre portée du visage sur le cou du personnage), l’unité décorative est affirmée par de multiples correspondances (chevelure de la servante / arbre, ramages / troncs et branches des arbres, dossier de la chaise / toit de la maison, fleurs ou fruits jaunes intérieur / extérieur, etc.). Selon ses propres termes, l’artiste ne peint pas « les choses, mais les rapports entre les choses ». Ce sont ces rapports qui relèvent du langage pictural.
Cette toile, dite parfois Harmonie rouge puisque le peintre avait auparavant travaillé le même sujet en harmonie verte puis bleue, forme une paire avec la Conversation (musée de l’Ermitage) en harmonie bleue, qui, en 1911, trouve son rythme et son unité dans la seule monochromie sans le secours de la scansion des motifs décoratifs. Comme la paire constituée par la Danse et la Musique de 1911 (musée de l’Ermitage), les deux œuvres ont été achetées par le collectionneur russe Sergueï Chtchoukine.
Publié par philippelamiral à 07:00:35 dans PAROLES DE PEINTRES | Commentaires (4) | Permaliens
"Paysage à Collioure" 1906, Henri MATISSE (1869-1954)
Huile sur toile, 59,5 x 73 cm, musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg
"Il y a deux catégories d'artistes, les uns qui font à chaque occasion le portrait d'une main ... par exemple Corot, les autres qui font le signe d'une main, comme Delacroix."
Henri Matisse
L’été 1905, Matisse et Derain travaillent ensemble à Collioure, une petite commune des Pyrénées orientales sise au bord de la Méditerranée. Animés de la même intention d’accorder le primat à la couleur sur la forme, ils jettent là les bases d’un nouveau mouvement pictural, le fauvisme, qui fera scandale au Salon d’automne.
L’expérience de Collioure a été déterminante dans l'histoire du fauvisme. Matisse et Derain inventent sans le savoir ce qui allait devenir le fauvisme. D’autant plus que, si Derain n’y a séjourné qu’une seule fois, cet été 1905, Matisse y est revenu à trois reprises : longuement, de fin mai 1906 à fin août 1907, un séjour important pour sa peinture, entrecoupé par deux voyages l’un à Paris, l’autre en Italie ; épisodiquement, de fin août au 13 octobre 1911 et de septembre à octobre 1914, deux séjours sans conséquence particulière sur son travail. Si Matisse passe très vite pour le chef de file du nouveau groupe qui éclôt au Salon d’automne, comme en témoigne le scandale du fameux portrait de son épouse, La Femme au chapeau, il n’en reste pas moins à l’inverse qu’il doit beaucoup à la fréquentation de ses jeunes amis et, à Collioure, d’abord et avant tout, à celle de Derain. Leur complicité et leurs échanges constituent le socle du fauvisme naissant.
Durant ces deux mois passés ensemble, Matisse et Derain ne vont pas cesser de travailler, animés par le même désir de se laisser porter par la lumière et les couleurs du pays. S’ils se saisissent des mêmes motifs, ils ne les traitent jamais ensemble dans le même instant, ne les captent jamais à la même heure, ni ne les abordent sous le même angle. Ils vont chacun à leur rythme, l’un multipliant les dessins et les esquisses, des aquarelles surtout, l’autre abattant toile après toile, dans une sorte de fougue et d’excitation déterminées. Il en résulte un véritable festival haut en couleur de vues de Collioure, des toits du village, du clocher de l’église, du phare et des bateaux dans le port, des paysages environnants de la mer et des montagnes, etc., auquel s’ajoute toute une série de portraits, notamment croisés, et de natures mortes qui sont autant de morceaux de peinture incroyablement libres. Mais tandis que Derain fait des grands formats et règle très vite son compte au divisionnisme « pour de magnifiques aplats aux couleurs osées et chatoyantes qui font chanter les magnifiques paysages de Collioure » (J. Matamoros), Matisse peint quant à lui plutôt des petits formats, hésitant encore entre pointillisme et aplats. Composant comme une sorte de cartographie de la commune, l’ensemble des tableaux qu’ils réalisent cet été 1905 – ou qu’ils terminent, pour certains, à leur retour à Paris – témoigne d’une quête de la couleur pure et d’une distanciation du réel qui fait écho par-delà le temps et l’espace au « droit de tout oser » jadis proclamé par Gauguin.
Matisse en quête d’expression
Originaire du Nord, natif du Cateau-Cambrésis, Matisse a trouvé dans le Sud et dans cette expérience à Collioure le lieu idéal à la réalisation d’une peinture franche, claire et expressive à laquelle il aspirait depuis longtemps. Rien d’étonnant aussi qu’il y revienne. Quand il y retourne au printemps 1906, beaucoup de choses se sont passées : le fauvisme s’est imposé et l’artiste a mûri. Matisse, qui dit avoir une « envie de peindre à tout déchirer » (idem), s’est définitivement débarrassé de tous les modèles du passé et s’engage dans une peinture radicale de tons purs et de larges touches. Rien ne le préoccupe plus que « l’expression », comme en témoignent la série du lieu-dit de La Moulade ou le portrait de ce jeune marin qu’il brosse l’hiver 1906. Sans doute désireux de s’installer à Collioure de façon à partager son temps entre le Sud et la capitale, il y loue un atelier à l’année – qu’il ne gardera en fait qu’un an – dans lequel il réalise l’été suivant les deux versions de Luxe, I et II, dont la différence de style marque son évolution vers une peinture résolument décorative. Ce faisant, il abandonne le fauvisme au bénéfice d’une autre aventure, plus personnelle, dont « le fauvisme n’aura été que le commencement » (idem), présageant d’une simplicité formelle et d’une réduction chromatique qui seront, bien plus tard, les caractéristiques de ses papiers découpés. Piguet Philippe

"Fenêtre ouverte, Collioure" 1905, Henri Matisse
Huile sur toile, 100 x 78 cm
Cette "fenêtre ouverte" dans laquelle Matisse opère la fusion du pointillisme de Seurat et des aplats de Gauguin. C'est la naissance d'un thème qui ne fera que s'enrichir pour devenir fondamental.
Le fauvisme
Le fauvisme est un courant du début du XXe siècle qui suit le Pointillisme et le post-impressionnisme.
Son nom provient du critique Louis Vauxcelles, qui compara la salle du Salon d’Automne de 1905 de Paris à une « cage aux fauves ».
Les peintres fauvistes attachent plus d'importance à la couleur qu'au dessin et en séparent sa référence à l'objet afin d'accentuer l'expression. Ils réagissent de manière provocatrice contre les sensations visuelles et la douceur de l'Impressionnisme, et répondent avec violence par l'emploi de couleurs pures et vives. Le fauvisme fait un usage intensif des larges aplats et de la simplification systématique du trait et de la composition.
Fauvisme et Cubisme coexisteront et s'influenceront mutuellement.
Artistes représentatifs :
Henri Matisse, George Rouault, Henri Charles Manguin, Albert Marquet, Maurice de Vlaminck, Raoul Dufy, Kees van Dongen, Charles Camoin, André Derain, Georges Braque, Othon Friez.
Publié par philippelamiral à 07:03:47 dans PAROLES DE PEINTRES | Commentaires (3) | Permaliens
"Shaolin Art Center" 2007, Martin Bissière, acrylique et huile sur toile, 200 x 200 cm
Salon Réalités Nouvelles 2009
Parc Floral de Paris
63e édition
400 artistes exposent chacun une œuvre.
Le Salon des réalités nouvelles est le lieu d’exposition de l’abstraction, sous toutes ses formes et dans tous ses courants. Chaque printemps, il dresse un état des lieux de l’art abstrait contemporain en proposant à quatre cents artistes, d’horizons variés et internationaux d’exposer chacun une œuvre dans un lieu entièrement dédié à l’abstraction unique en Europe. Historiquement centré sur la peinture et la sculpture, le Salon réalités nouvelles s’ouvre aujourd’hui à toutes les formes d’art, notamment avec l’invitation (…) faite aux jeunes artistes diplômés des écoles des beaux-arts qui seront les invités de cette édition 2009.
Fondé en 1947, ce laboratoire où s’inventent de nouvelles formes abstraites renaît chaque année au printemps pendant dix jours. Né après la Seconde Guerre Mondiale, le Salon Réalités Nouvelles porte en lui la question de la résistance en terme d’image grâce à l’abstraction qui le fonde. Le nom du salon fait référence à ce que les oeuvres ne se référent à aucune réalité existante et reflètent, suivant le fameux mot de Guillaume Apollinaire, une réalité nouvelle..Cette dimension novatrice – un formidable espace de liberté d’expression au sortir de la guerre – est toujours perceptible dans le champ actuel de la création artistique. A la différence des foires, les salons d’artistes n’ont pas une vocation commerciale, et le Salon Réalités Nouvelles propose un formidable état des lieux de la création artistique dans le champ de l’abstraction. Quatre cents artistes d’horizons variés et internationaux viennent présenter leur travail, se confronter, échanger des idées, débattre de propositions avec exigence, dans le seul lieu entièrement dédié à l’abstraction en Europe. “L’Abstraction face à l’esthétique « Hollywoodienne » : quels chemins pour l’Art Abstrait demain ?” : c’est le thème du colloque organisé cette année par le Salon Réalités Nouvelles. Il y sera question de la place de la « pensée abstraite » confrontée à une forme émergente d’art ludique, un art spectaculaire et touristique proposé par les institutions et le marché, comme l’exposition Jeff Koons au château de Versailles ou la vente Damien Hirst à Londres. Dans les années 1930, Elie Faure, annonçant la mort de la peinture, recommandait expressément à ses amis peintres d’abandonner cette pratique et de devenir cinéastes, au moment même où de jeunes peintres américains nés en Californie se révoltaient : ils s’appelaient Philip Guston, Jackson Pollock, entre autres, et adoptaient la peinture abstraite comme mode d’expression face à un système dévolu au « glamour ». A l’époque, ces artistes se sentaient isolés, écrasés tant par une terre d’élection de la culture populaire où le matérialisme était la tradition, que par le manque d’intérêt qu’accordaient les institutions à leur peinture. En ces temps, le cinéma régnait en maître. Comment ce théoricien de la peinture, cet historien de l’art, a t-il pu s’aveugler à ce point et ne pas voir ce dont il était l’exact contemporain ? L’art abstrait prenait alors sa place dans l’histoire de l’art du XXe siècle à travers les abstractions « géométrique », « construit », « concret », « lyrique », « l'expressionnisme abstrait » ou la « postabstract painterly ». Un Art à la recherche formelle que Clement Greenberg opposait au kitsch de la Culture.
L’opposition classique abstraction/figuration a cependant été dépassée par le concept postmoderne de
« figural » proposé par le philosophe Jean-François Lyotard qui renvoie non pas à l’exactitude iconique de la représentation mais au ressenti figuré, qu’il soit vu au travers du geste lyrique, construit ou figuratif dans des possibilités mixées – comme la figuration allusive ou le chaos construit… Dans le même temps, le Pop art et ses nombreux avatars entendaient « sublimer » et « combiner » le kitsch par la seule interprétation de l’objet le plus banal. L’oeuvre plastique peut aujourd’hui être produite de manière industrielle. Quand le musée devient une industrie culturelle, un parc d’attractions accueillant le public par un toboggan (à Londres), décliné à Dubaï (le Louvre), défendu par un chien de fleurs (à Bilbao), la seule critique possible a résolument à voir avec l’image. Cette dénomination d’une nouvelle esthétique liée à « Hollywood » est à prendre au sens de son origine plus que de son lieu : c’est un état d’esprit qui tend à introduire, hors des USA ou du cinéma, une dimension de caractère « hollywoodien » dans le champ des arts plastiques. Qu’advient-il alors de l’abstraction dans ce contexte ? Qu’est-ce qu’une oeuvre abstraite ? Pour réponse, il conviendrait d’établir une géographie de l’abstraction, une cartographie des failles, des flux, des ensembles, des figures isolées à partir desquels s’établissent peut-être des liens ou des oppositions avec les autres esthétiques, « hollywoodienne » comprise. On pourrait être tenté de définir le Salon Réalités Nouvelles à l’image des biennales allemandes : un espace alternatif au marché de l’art, comme une triade de résistants à la mondialisation, avec son président, son comité, son bureau et son public. En regardant dans le temps du Salon Réalités Nouvelles, en remontant à son origine – l’association de Theo van Doesburg et de Michel Seuphor autour de la figure de Robert Delaunay – on remarque des étoiles qui donnent au salon une saveur particulière – Motherwell, Soulages, Herbin, Arp… et puis Aurelie Nemours… – qui en ont fait un véritable laboratoire de l’exigence formelle Aujourd’hui encore, parmi les artistes qui ont succédé à leurs illustres ainés, on retrouve une myriade de personnalités qui perpétuent cette recherche dans l’univers de l’art abstrait. Il s’agit plutôt d’un réseau où l’on trouverait la constellation de la géométrie construite, puis des galaxies autour d’un nom, celui d’un artiste ou d’un professeur, sorte de grosse étoile avec ses répliques, ses répétitions, mais aussi ses météorites et ses comètes… Un espace infini.Publié par philippelamiral à 17:30:03 dans EXPOSITIONS | Commentaires (0) | Permaliens
"Le rideau Jaune" 1915, Henri Matisse, huile sur toile, 146 cm × 97 cm
Museum of Modern Art (MOMA), New York
Ils ont regardé Matisse / Une réception abstraite
États-Unis / Europe 1948-1968
15 mars - 14 juin 2009
Musée départemental Matisse
Le Cateau-Cambrésis
Ils ont regardé Matisse met en relation pour la première fois des oeuvres de Matisse avec celles des artistes abstraits de l’après-guerre aux Etats-Unis et en Europe.
À partir de prêts exceptionnels provenant de collections publiques et privées, l’exposition montre l’assimilation du travail de Matisse par les abstraits américains, et comment en retour, à partir des années 60, elle entrera en résonance avec les recherches des artistes européens et américains.
L’exposition analyse comment certaines avancées et problématiques développées par Matisse ont été assimilées dans les œuvres des expressionnistes abstraits américains, permettant ainsi aux deux générations suivantes, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe de les utiliser et de les intégrer dans leurs propres démarches. L’un des aspects les plus fascinants de cette aventure est la façon dont ces générations ont principalement compris et lu Matisse à travers une interprétation abstraite de son œuvre, en ignorant presque totalement son utilisation de la figuration, tout en donnant un nouveau sens à la notion « décoratif » que leurs prédécesseurs avaient généralement rejetée.
L’exposition met en relation étroite un corpus d’œuvres significatif de Matisse (peintures, gouaches découpées, sculptures) et des œuvres précises d’artistes américains et européens réalisées entre 1948 et 1968.
Scandé par quinze oeuvres emblématiques de Matisse (peintures, gouaches découpées, sculptures, oeuvres raphiques), le parcours de l’exposition est composé d’une cinquantaine d’oeuvres réalisées entre 1948 et 1968. Certaines avancées et problématiques développées par Matisse ont été assimilées dans les oeuvres des expressionnistes abstraits américains, permettant ainsi aux deux générations suivantes, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe de les utiliser et de les intégrer dans leurs propres démarches. L’un des aspects les plus fascinants de cette aventure est la façon dont ces générations ont compris et lu Matisse à travers une interprétation abstraite de son oeuvre, en ignorant presque totalement son utilisation la figuration, tout en donnant un nouveau sens à la notion du décoratif que leurs prédécesseurs avaient généralement rejetée et que nombre d’entre eux porteront au-delà du tableau traditionnel. Daniel Buren, Ellsworth Kelly, François Rouan, Frank Stella, Claude Viallat et Jacques Villeglé se sont impliqués dans le projet, tant dans la sélection de leurs propres oeuvres (dont de nombreuses oeuvres inédites provenant de leurs ateliers) que dans celles de Matisse avec lesquelles elles dialogueront. Les collections du musée sont également valorisées, certaines oeuvres étant directement intégrées au parcours de l’exposition, comme Rue du soleil à Collioure qui sera mise en relation avec un grand tableau de Morris Louis ou encore la maquette du vitrail Vigne avec des oeuvres de Viallat et de Rouan.
Scandé par quinze oeuvres emblématiques de Matisse, le parcours de l’exposition est composé d’une cinquantaine d’oeuvres de
Les œuvres proviennent de collections publiques majeures européennes et américaines. Des musées prestigieux comme le Musée National d’Art Moderne, le Metropolitan Museum de New York, le Louisiana de Humlebaek, la Staatsgalerie de Stuttgart, la National Gallery de Washington accordent des prêts d’œuvres exceptionnelles (Rothko, Pollock, Newman, Morris Louis…) qui attestent de la position nationale et internationale du musée départemental Matisse..
Comme un clin d'oeil, l'exposition s'ouvre par un tableau de Matisse "Porte-fenêtre à Collioure" de 1914, qui a tout à fait l'allure d'un tableau abstrait.
"Porte-fenêtre à Collioure" 1914, Henri matisse, Huile sur toile, 116,5 x 88 cm
Musée national d'art moderne de Paris
C'est avec les expressionnistes abstraits Jackson Pollock, Mark Rothko et Barnett Newman que l'apport de Matisse pour le travail direct de la couleur sans intervention du dessin est le plus évident.
Dans une salle, les trois tableaux "Harmonie", ocre, bleue, grise de Matisse sur la danse. A côté, comme un prolongement évident, le "Hors de la toile, numéro 7", une oeuvre monumentale de Pollock où le découpage d'une partie de la toile révèle le support d'aggloméré en suggérant des mouvements de danse.
Pour Rothko - qui a toujours proclamé sa "dette" envers Matisse - la similitude est plutôt à rechercher dans la construction de l'espace.
Selon le commissaire scientifique de l'exposition Eric de Chassey, certains comme Barnett Newman n'ont jamais fait référence à Matisse mais ont "pu s'inspirer de ses avancées alors qu'en retour leur travail a permis une plus grande compréhension des tableaux les moins figuratifs du maître français".
Du côté français, les "nouveaux réalistes" Raymond Hains et Jacques Villeglé se sont réappropriés les gouaches découpées de Matisse dans leur film inachevé "Pénélope" avec losanges et triangles animés.
Le Français d'origine hongroise Simon Hantaï et ses pliages de "Mariales", revient à Matisse par le biais de ses références à Pollock. Ellsworth Kelly retient le pouvoir de fragmenter un ensemble, développé par Matisse dans la version V de la sculpture "Jeannette".
La palette de tons purs avec une structure diagonale encadrant une scène centrale d'"Omega IV" de Morris Louis fait écho aux paysage de Collioure de Matisse. La référence de Claude Viallat à Matisse va jusqu'à la reprise d'un même titre "La vague", qui renvoie aux papiers découpés du maître.
"Matisse a déshinibé beaucoup d'artistes en utilisant les matériaux d'une façon totalement libre", souligne Emilie Ovaere, conservatrice adjointe du musée.
Le rapport avec Daniel Buren - qui affiche une détestation de certains tableaux de Matisse - est moins évident, mais Mme Ovaere retient "l'abolition de la distinction entre couleur et dessin et le goût du travail dans l'espace réel". AFP
À sa mort en 1954, Henri Matisse est unanimement reconnu comme l’un des géants du vingtième siècle. Mais tandis qu’en France il est considéré comme dépassé, loin de la vitalité juvénile du fauvisme, il est perçu aux États-Unis comme un acteur essentiel de l’art le plus récent. Le titre d’un article d'Art News de 1948 – « Henri Matisse. Est-il le plus grand ? » – a d’ailleurs inspiré celui qui, dans les pages du fameux magazine Life de 1949, annonçait pour la première fois publiquement le « triomphe » de la peinture américaine : « Jackson Pollock : est-il le plus grand peintre vivant aux États-Unis ? ».
Ils ont regardé Matisse met en relation pour la première fois des oeuvres de Matisse avec celles des artistes abstraits de l’après-guerre aux Etats-Unis et en Europe. L’exposition montre l’assimilation du travail de Matisse par les abstraits américains, et comment en retour, à partir des années 60, elle entrera en résonance avec les recherches des artistes européens et américains. Scandé par quinze oeuvres emblématiques de Matisse (peintures, gouaches découpées, sculptures, oeuvres graphiques), le parcours de l’exposition est composé d’une cinquantaine d’oeuvres réalisées entre 1948 et 1968.
Certaines avancées et problématiques développées par Matisse ont été assimilées dans les oeuvres des expressionnistes abstraits américains, permettant ainsi aux deux générations suivantes, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe de les utiliser et de les intégrer dans leurs propres démarches. L’un des aspects les plus fascinants de cette aventure est la façon dont ces générations ont compris et lu Matisse à travers une
interprétation abstraite de son oeuvre, en ignorant presque totalement son utilisation de la figuration, tout en donnant un nouveau sens à la notion du décoratif que leurs prédécesseurs avaient généralement rejetée et que nombre d’entre eux porteront au-delà du tableau traditionnel.
Daniel Buren, Ellsworth Kelly, François Rouan, Frank Stella, Claude Viallat et Jacques Villeglé se sont impliqués dans le projet, tant dans la sélection de leurs propres oeuvres (dont de nombreuses oeuvres inédites provenant de leurs ateliers) que dans celles de Matisse avec lesquelles elles dialogueront. Les collections du musée sont également valorisées, certaines oeuvres étant directement intégrées au parcours de l’exposition, comme Rue du soleil à Collioure qui sera mise en relation avec un grand tableau de Morris Louis ou encore la maquette du vitrail Vigne avec des oeuvres de Viallat et de Rouan.
Présentation détaillée de l’exposition
À sa mort en 1954, Henri Matisse est unanimement reconnu comme l’un des géants du vingtième siècle. Mais tandis qu’en France il est considéré comme dépassé, loin de la vitalité juvénile du fauvisme, il est perçu aux États-Unis comme un acteur essentiel de l’art le plus récent. Le titre d’un article d’Art News de 1948 – « Henri Matisse. Est-il le plus grand ? » – a d’ailleurs inspiré celui qui, dans les pages du fameux magazine Life de 1949, annonçait pour la première fois publiquement le « triomphe » de la peinture américaine : « Jackson Pollock : est-il le plus grand peintre vivant aux États-
Unis ? ».
I. Jackson Pollock, Mark Rothko, Barnett Newman:
L’expressionnisme abstrait et l’oeuvre de Matisse
L’exposition Ils ont regardé Matisse présente tout d’abord les aspects matissiens négligés ou oubliés de l’expressionnisme abstrait en se focalisant sur les oeuvres de trois figures majeures de ce mouvement : Jackson Pollock (américain, 1912-1956), Mark Rothko (américain né en Russie, 1903-1970) et Barnett Newman (américain, 1905-1970). Les oeuvres de ces peintres sont fondées sur le libre dialogue du dessin et de la couleur, l’espace « ouvert », l’importance de l’échelle et de la surface (all-over), la capacité de créer un rapport physique direct entre l’oeuvre, le spectateur et le peintre. Ces caractéristiques peuvent être mieux comprises à la
lumière des tableaux et dessins de Matisse. Trois traits matissiens y sont particulièrement prégnants.
La palpitation expansive de l’espace, dont Matisse a notamment fait son sujet dans ses différentes versions de La Danse, revient chez Pollock comme un rythme global, résultat d’une danse littérale au dessus de la toile, qui met fin à ce que Matisse appelait « l’éternel conflit du dessin et de la couleur ». Dans une série méconnue de tableaux dont Out of the Web (Hors de la toile) est l’aboutissement, l’artiste américain va jusqu’à reprendre le principe du découpage de la
surface, faisant couler ses réseaux de peinture sur un fond dont il enlève des parties, vides devenus actifs.
Dans les oeuvres de la maturité, entreprises à partir de 1949 et jusqu’au milieu des années 1950, Rothko vise à créer une surface qui soit comme une respiration. Les rectangles de couleurs superposés y organisent l’échange entre un ailleurs métaphysique et l’espace concret où se trouve le spectateur. En cela, ses compositions, préparées par la série des Multiforms (Multiformes) de 1946-1948, revisitent le motif de la fenêtre abordé par Matisse dans l’ensemble de son oeuvre.
La réduction formelle et la capacité à situer le spectateur dans une relation concrète avec l’espace où il se tient, opérées par Newman à partir de la fin 1948, dans ses tableaux où un « zip » vient « déclarer l’espace », sont synthétisées dans le titre manifeste d’un tableau de 1962 – Not There, Here (Pas là, ici). Elles rejoignent les expérimentations menées par Matisse notamment dans ses oeuvres des années 1910. Elles manifestent une compréhension profonde du projet
matissien, qui a en retour permis que les tableaux les moins explicitement figuratifs du peintre français puissent être considérés comme des chefs-d’oeuvre de l’art occidental.
II. Raymond Hains, Jacques Villeglé, Simon Hantaï, Ellsworth Kelly, Sam Francis,
Morris Louis, Frank Stella : Une réception active
Dans un deuxième temps, l’exposition regroupe des artistes dont les débuts de l’oeuvre se situent à la fin des années 1940, à New York, San Francisco, Washington ou Paris : Raymond Hains (français, 1926-2005), Jacques Villeglé (français, né en 1926), Simon Hantaï (français né en Hongrie, 1922-2008), Ellsworth Kelly (américain, né en 1923), Sam Francis (américain, 1923-1994), Morris Louis (américain, 1912-1962) et Frank Stella (américain, né en 1936). Leur
intérêt pour l’oeuvre de Matisse leur a permis de transcender la transformation de l’expressionnisme abstrait en académisme. Raymond Hains est surtout connu pour avoir posé les prémices de ce qui allait devenir le Nouveau réalisme, quand avec Jacques Villeglé, à partir de 1949, il prélève des affiches lacérées
et déchirées dans la rue pour en faire sans autre transformation des tableaux. Une série d’affiches lacérées de 1957-1958 peut être comprise comme la réappropriation paradoxale des gouaches découpées de Matisse, revues à l’aune du ready-made. En 1950 déjà, le film Pénélope, réalisé en commun par les deux artistes, prenait appui sur des images de Matisse pour les déformer et les transformer en purs rythmes de couleurs.
À la fin des années 1950, Simon Hantaï s’affranchit de l’esthétique surréaliste puis gestuelle qui domine son oeuvre depuis son départ de Hongrie en 1947. Les historiens de l’art se sont généralement accordés pour penser que cette évolution n’avait intégré un rapport renouvelé aux gouaches découpées de Matisse et aux peintures « coulées » de Pollock qu’à la fin des années 1960. Un exceptionnel ensemble de Mariales de 1960-1963, premières oeuvres dans lesquelles
Hantaï a recours au pliage comme méthode exclusive de réalisation du tableau, montre que ce tournant dans son travail s’est opéré plus tôt.
Ellsworth Kelly quitte Boston pour Paris en 1948 où il restera jusqu’en 1954. C’est là qu’il met au point sa méthode artistique fondée sur la création de formes abstraites par prélèvement et transfert de la réalité. Son usage de la forme et de la couleur est lié aux oeuvres tardives de Matisse qu’il découvre et apprécie dès la fin des années 1940. Au tournant des années 1950-1960, il réalise des compositions faites de bandes de couleurs superposées ou d’aplats juxtaposés, ainsi
que des sculptures fondées sur une réduction du même principe, qui manifestent tout particulièrement son intérêt pour les pouvoirs de la fragmentation qu’il admire chez Matisse.
Après avoir été inspiré par Rothko, Sam Francis arrive à Paris en 1950 pour enrichir sa connaissance des artistes français qu’il admire et s’imprégner de l’ambiance des lieux où ils avaient vécu. Il va rapidement faire partie du groupe réuni autour du gendre de Matisse, Georges Duthuit, et être ainsi aux premières loges pour comprendre tous les aspects de l’oeuvre matissien. Ses séries de Peintures bleues [Blue paintings] de 1957-1961 témoignent tout particulièrement de ce
lien. Les formes abstraites, nées de gestes dont les giclures zèbrent la surface, y acquièrent une présence corporelle au vitalisme expansif qui est au coeur de l’esthétique matissienne.
La peinture de Morris Louis a été affectée par sa découverte de celle de Jackson Pollock au début des années 1950. Elle lui permet de dépasser et de transformer ce qu’il avait appris des oeuvres de Matisse qu’il pouvait voir à Washington où il vivait. La série des Unfurleds (Déployées) ainsi que les oeuvres plus hétérogènes qui s’y apparentent, montrent de profondes affinités avec les aspects fauves de l’oeuvre de Matisse, tant par la distribution des couleurs qui laisse la toile
vierge jouer un rôle actif que par la capacité à créer un espace centrifuge.
Lorsque, en 1959, le public new-yorkais découvre les oeuvres du tout jeune Frank Stella, celles-ci ne peuvent apparaître, dans la mesure où elles se composent exclusivement de bandes concentriques noires, que comme un rejet de tout ce qui a précédé, revendiquant l’absence de sentiment et de signification. Mais les oeuvres qui avaient immédiatement précédé, faites d’aplats de couleurs vives, alliaient une touche expressionniste à une ambiance décorative. Cette dernière
se retrouve encore accentuée dans les séries peintes à partir du milieu des années 1960, systèmes dynamiques de bandes aux couleurs acides, en particulier celles dont les titres renvoient au Maroc et évoquent ainsi le séjour marocain de Matisse. S’y affirme la volonté, exprimée par l’artiste lui-même d’utiliser une ligne « vivante et souple » associée à un champ coloré uniforme, de « combiner l’abandon et l’indulgence de Matisse […] avec la force et la pureté de son invention
formelle ».
III. Viallat, Rouan, Tuttle, Palermo et Buren :
Au-delà de la surface
A la fin des années 1960, des artistes comme Daniel Buren (français, né en 1938), Blinky Palermo (allemand, 1943-1977), François Rouan (français, né en 1943), Richard Tuttle (américain, né en 1941) et Claude Viallat (français, né en 1936) portent un regard neuf sur Matisse : se fondant sur les réalisations des années 1940 et 1950, ils sont prêts à mettre en oeuvre les leçons matissiennes au delà de la surface plane du tableau. En France, la galerie Jean Fournier jouera un rôle essentiel dans ce ricochet d’influences : c’est là que Daniel Buren exposera ses premières toiles à rayures en 1966 et que Claude Viallat montrera en 1968 ses toiles non tendues couvertes d’une forme répétée. Ces « motifs-signatures » vont leur permettre d’utiliser de multiples supports et techniques, d’explorer la richesse de la
couleur et de déconstruire l’espace réel comme Matisse l’a fait avec l’espace du tableau.
Vers 1965 Daniel Buren emploie des tissus rayés de couleurs vives qu’il recouvre de peinture ou d’autres matériaux pour dessiner des formes qui ne sont pas sans rappeler celles des grandes gouaches découpées de Matisse. Lorsqu’il abandonne cette méthode pour exposer seulement des morceaux rectangulaires de tissu à bandes dont les deux extrémités ont été peintes, il met en place une logique de l’in-situ qu’il n’a pas cessé d’explorer depuis et dont l’insistance sur
l’importance de l’espace où les oeuvres et les spectateurs cohabitent opère un renouvellement de la notion de décoratif.
Pour réaliser ses premiers hommages à Matisse en 1965, Claude Viallat se tourne lui aussi vers les papiers découpés, et tout particulièrement La Vague de 1952. Il s’agit de toiles tendues sur châssis, rares dans l’oeuvre de l’artiste qui privilégie depuis 1968 la toile – et toutes sortes de tissus – non tendue. Viallat est l’un de ceux dans les années 1960 qui, de ce geste simple - découper à vif dans la couleur - tire les leçons les plus immédiates : le rapport au matériau et le
plaisir de faire. Dans les premières grandes toiles non tendues de 1968 qu’il considère aussi comme des hommages, Viallat combine l’effet plastique du grand format, la répétition all over du motif et la couleur contrastée. Il y transcende la majesté matissienne teintée d’une liberté très proche de Pollock. Si chez Viallat, les hommages à Matisse sont réguliers, ils ne sont pas tous créés avec sérieux et grandiloquence et certains peuvent être proches de la parodie et du détournement.
Ces oeuvres sont une tentative – réussie – de démystification de la notion d’hommage.
C’est le tableau lui-même, la surface plane, que déconstruit François Rouan. A partir de 1965, il réalise des collages de papiers colorés inspirés des gouaches découpés de Matisse et de Josef Albers. Ses oeuvres associent le collage et la peinture mais tendent aussi le tressage. Attaché à la notion de travail et de work in progress, François Rouan montre comment se fait l’oeuvre. Sa réflexion sur la déconstruction de la surface va l’amener à la technique du tressage de toiles entre
elles. Il réalisera une série de toiles tressées de grand format qui marquent une relation sensuelle à la couleur et à l’espace et dans lesquelles on retrouve ce même plaisir de faire, cette liberté face au matériau commune aux artistes qui ont à la fois assimilé Matisse et la peinture américaine.
Au même moment, aux États-Unis, Richard Tuttle conçoit ses monochromes avec une sensibilité toute matissienne, une subjectivité dans les couleurs et dans les formes qui définit un « post-minimalisme sensuel » très proche également de l’univers poétique de Kelly. Dans ses reliefs en bois peint ou dans ses oeuvres en tissu teint, il reprend lui aussi des formes observées et prélevées dans son environnement qu’il « décante ». En nommant explicitement leurs oeuvres,
Kelly et Tuttle transforment de façon poétique la réalité, comme le faisait Matisse dans ses papiers découpés si bien nommés, danseuses, lyre, vigne, vague…
À Düsseldorf, Blinky Palermo est doucement touché par la peinture américaine de l’après guerre, qui lui permet de revisiter profondément l’ensemble de la tradition abstraite. Dans ses Stoffbildern (Tableaux de toile) de 1966-1970, la peinture est littéralement absente puisqu’ils sont faits de l’assemblage de fins morceaux de tissus aux tonalités très délicates, échos des compositions rectangulaires de Rothko et des peintures faites de plusieurs panneaux d’Ellsworth
Kelly. Avec cette série, il rejoint et déplace la manière dont Matisse avait ouvert la couleur en l’allégeant, notamment dans ses intérieurs habités par des tissus et par des figures féminines.
Patricia Prevost
Publié par philippelamiral à 11:42:56 dans EXPOSITIONS | Commentaires (4) | Permaliens
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Lena Gieseke Lena,une artiste allemande a réalisé un modèle 3D à partir du tableau de Picasso.
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