<< Tiếng sấm đầu mùa | La Première Foudre De La Saison (suite) | La Première Foudre De La Saison >>
Chaque fois que je parlais avec ma sœur, je cherchais à orienter la conversation vers Liên-Hy. Ma sœur avait deux ans de plus que moi, mais nous étions très proches l’un de l’autre. Je savais aussi qu’elle était amie avec Liên-Hy, bien qu’elles eussent trois ans de différence d’âge. Souvent, Liên-Hy venait voir ma sœur pour lui demander de lui montrer de nouveaux points de tricot ou de broderie. Aussi, après chaque visite de Liên-Hy, je m’attardais souvent auprès de ma sœur pour essayer de lui soutirer quelques détails de la visite de Liên-Hy, mais à chaque fois je n’apprenais rien d’autre de nouveau sauf sur le tricot ou la broderie. En fait, à ces occasions, j’aurais dû venir auprès de ma sœur et essayer de me mêler à leurs conversations, au contraire, je perdais toute ma spontanéité. Même lorsque j’étais en train de faire quelque chose de vraiment important, je laissais tout pour courir me cacher derrière la maison afin qu’elle ne se sente point gênée, qu’elle puisse rester plus longtemps. J’avais peur que ma présence ne la gêne et ne la fasse partir plus tôt. Quelque fois, je collais un œil à une fente de la cloison en bambou tressé pour essayer de la regarder.
Un matin pendant les vacances de Noël, j’étais sur les marches devant la maison, en train de jouer avec un avion de ma fabrication, ma nouvelle création, fonctionnant avec une lanière de caoutchouc, quand Liên-Hy et Tuân apparurent au portail. J’étais embarrassé, mais heureusement devant la spontanéïté de Tuân, je me suis ressaisi. Il se libéra de la main de sa sœur et se précipita vers moi. J’eus juste le temps de me lever pour laisser passer Liên-Hy qui entra dans la maison où ma sœur l’accueillit. Cette fois-ci, grâce à la présence de Tuân, je n’avais pas à me cacher. Au contraire j’ai pu jouer librement avec lui dans la cour, sachant qu’à travers la fenêtre de la chambre de ma sœur Liên-Hy pouvait m’observer facilement, ou que je pouvais être vu facilement par elle.
Je fis une démonstration de mon avion, pour épater Tuân. En réalité je voulais surtout impressionner Liên-Hy. J’imaginais qu’elle devait assurément être frappée par mon intelligence et mon ingéniosité, mais je n’osais pas regarder à l’intérieur de la chambre pour vérifier si elle m’observait ou pas. Tuân me demanda de lui laisser faire voler l’avion. Je lui tendis le jouet après avoir remonté avec précaution la lanière élastique. Mais je ne sais pas ce qu'il fit, l’avion non seulement ne décolla pas, mais vola horizontalement et vint s’écraser sur le rebord de la fenêtre, abîmant ses ailes et cassant sa queue. Je me précipitai pour le ramasser, et profitai de l’occasion pour jeter un rapide coup d’œil à l’intérieur de la chambre. Liên-Hy était assise face à ma sœur, le dos tourné à la fenêtre, elle bavardait tranquillement comme si de rien n’était.
Ainsi notre rencontre se déroula et se termina de la façon la plus simple du monde. J’appris qu’elle était venue demander à ma sœur de raccommoder un vieux tricot lui appartenant. Un pull-over en laine d’une couleur rouge délavé et je peux, encore aujourd’hui, visualiser dans mes pensées l'endroit où le fil a été rompu, et même le motif du tricot.
Après son départ, et profitant de l’absence de ma sœur qui faisait la lessive dans l’arrière-cour, je m’approchai discrètement du tricot, le soulevai délicatement et l’approchai de mon visage. Un léger parfum difficile à décrire emplit mes poumons et une sensation enivrante envahit tout mon être. Je ne savais pas pourquoi j’étais si hardi, et ne sachant plus ce que je faisais, tel un ivrogne, je le glissai sur ma tête, mais le vêtement était trop petit pour moi, et ma tête ne pouvait pas y passer. Je l’enlevai, mais quelque chose s’accrocha à mon visage. C’était un long cheveu. Sûrement un cheveu de Liên-Hy resté là depuis longtemps. Je l’enlevai délicatement avec vénération, et le mis entre deux pages d’un de mes cahiers.
Voilà quelques souvenirs que j’ai gardés de cette époque, insignifiants somme toute, mais ils réflètent l’évolution d’une âme qui n’avait pas encore pris forme.
Des jours et des mois passèrent avec des émotions variant selon l’état d’âme d’un jeune enfant devant la nature, devant tout ce qui l’entourait et parfois même devant ses propres pensées et ses imaginations invraisemblables et enfantines.
Je commençais à changer dans mes loisirs. Pendant les journées sans école, au lieu de passer, la journée entière, chez le charpentier ou chez le forgeron m’appliquant à fabriquer mes jouets, je préférais lire. Les Livres Roses des contes de fées enrichissaient mes pensées et nourrissaient mon imagination. J’étais hanté par les châteaux d’or, les tourelles de jade, les ruisseaux de longue vie... Et chaque fois que je pensais aux héros de ces livres, je ne manquais jamais d’imaginer ou de rêver que j’étais un petit prince d’un de ces pays, et que Liên-Hy était une petite princesse d’un pays voisin, ou que j’étais un petit roi et elle sa petite reine bien aimée.
L’évasion de mon âme et le développement de mon imagination étaient en plein essor comme une étoile traversant le firmament dans sa course éternelle.
… Les jours passèrent… Le printemps s’en allait, et l’été arrivait… On voyait déjà des cerfs-volants flotter dans le ciel. Le parfum des bottes de riz séchant au soleil dans les cours de terre battue des fermes embaumait l’atmosphère et s’ajoutait aux charmes de la campagne. Les jours de transition entre les deux saisons cette année-là semblaient un peu différents des autres années. Le printemps semblait s’en aller un peu plus tôt, et l’été arriver précipitamment.
Un après-midi … un après-midi mettant fin au printemps et annonçant l’arrivée de l’été … Il faisait une chaleur écrasante. Nous étions en train de jouer au foot sur une rizière qui venait d’être moissonnée. Le ciel à l’ouest était rouge et couvert de nuages noirs. J’avais l’impression qu’un lointain pays de cette partie du globe était en feu. Pas un souffle de vent. Les cerfs-volants perdirent de leur hauteur et tombèrent hésitants comme des oiseaux blessés. Les bambous devant la pagode étaient immobiles comme dans une peinture à l’encre de Chine. Soudain un éclair éclata à l’horizon, et les roulements du tonnerre résonnèrent jusqu’au tréfonds de mon âme. Un tourbillon de sable s’éleva obscurcissant tout autour de nous.
Nous arrêtâmes notre jeu au moment le plus crucial du match. Un pressentiment, une intuition ou une force obscure inconnue m’incita à quitter le jeu. Je courus droit à la maison. Mon cœur battait la chamade. J’étais très inquiet, je ne savais pas pourquoi. Je pressentais qu’il se passait quelque chose de grave à la maison, mais quoi, je ne savais pas. Peut-être mes parents étaient-ils en train de se disputer ?
Arrivant au portail, j’aperçus la silhouette de Liên-Hy assise sur le lit de ma sœur, comme d’habitude. Et comme d’habitude je courus à l’arrière de la maison et collai mon œil à la petite fente dans la cloison de bambou tressé. J’avais très chaud pour avoir joué tout l’après-midi sous le soleil et couru un long chemin depuis la rizière jusqu’à la maison. Mais soudain, je sentis un courant glacé traverser mon corps. Des sueurs froides me ruisselèrent de la tête aux pieds. Ma sœur éleva la voix pour demander à ma mère qui était dans la cuisine :
– Maman ! Avez-vous rangé la tunique bleue en soie de Bombay que j’avais accrochée sur la patère ?
Ma mère sembla embarrassée. Elle n’eût pas le temps de répondre que ma sœur se précipita dans la cuisine et lui chuchota rapidement quelque chose à l’oreille. Puis elle revint dans sa chambre. Elle était pâle. Elle s’adressa à Liên-Hy sur un ton qu’elle voulait normal.
– J’ai déjà fait le nœud, il ne reste plus qu’à le coudre sur la robe. Comme ce matin j’ai dû sortir, ma mère l’a rangée dans le coffre, par simple précaution. Si tu peux attendre un petit peu, que mon père rentre, je lui demanderai la clé pour l’ouvrir ... Ou si ce n’est pas très urgent, je te l’apporterai demain chez toi ?
Je m’efforçai d’imaginer et de comprendre ce qui se passait. La voix douce et anxieuse de Liên-Hy me parvenait :
– Demain je dois participer à la parade « Vạn Thọ » pour souhaiter la longue vie au roi. Comme il est encore tôt, puis-je rester et attendre que ton père rentre ?
Ma sœur acquiesça à contre cœur. Je sentis qu’il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. Puis ma sœur se leva et prit la main de Liên-Hy :
– Viens avec moi, on va aller jusqu’au marché voir si on ne croise pas mon père ?
Et les deux sortirent de la maison. Ma mère se précipita dans la chambre, fouilla un moment puis m’appela. Elle me donna un petit paquet enveloppé dans le châle que j’ai souvent vu porté par ma sœur pendant l’hiver. Elle me chuchota à l’oreille :
– Apporte ceci à ‘tante’ Hanh, et dis lui gentiment de bien vouloir le garder comme gage à la place du paquet que je lui ai donné hier.
Je lui obéis. Mme. Hanh, une prêteuse sur gages du village, me demanda avec l’air habituel d’une riche dame très affairée:
– Est-ce la tunique bleue en soie de Bombay ? Quelle complication !
Interdit, je ne sus quoi lui répondre alors qu’elle ouvrait déjà mon paquet pour vérifier. Je vis une tunique en gabardine noire et un pantalon en coton blanc. C’était les seuls vêtements que je portais tous les jours pour aller à l’école, et que j’allais porter demain pour participer à la parade « Vạn Thọ » et recevoir gâteaux et bonbons comme les années passées. Des larmes ruisselèrent sur mon visage sans que je puisse les retenir.
Mme Hanh accepta l'échange, fouilla dans son armoire et me donna un paquet enveloppé dans un vieux papier journal. Je pris le paquet sans mot dire et sortis de chez elle. A travers les déchirures du papier, la texture de la soie de Bombay bleue m’obscurcit la vue. Je tremblai de tout mon corps. Mes jambes étaient soudainement devenues lourdes comme si elles étaient faites de plomb, si lourdes que je me demandais si j’arriverais à les traîner jusqu’à la maison. Des idées et des sentiments désordonnés m’envahirent l’esprit. Je me sentis anéanti.
Tout d’un coup, la foudre éclata, déchirant le ciel, puis des grondements lui succédèrent et des gouttes de pluie commencèrent à tomber. Je tressaillis et courus d’un trait jusqu’à la maison. Je donnai le paquet à ma mère et allai derrière la maison pour pleurer.
***
Le lendemain, allongé immobile tel un malade, dans mon lit, j’écoutais les ovations psalmodiées par des vagues et des vagues d’élèves de mon école et d’autres que le vent me ramenait depuis la digue à travers le clair soleil du matin:
‘Vive le Roi’ … ‘Vive le Viet-Nam’ …!
Je pleurais silencieusement, me demandant :
‘Parmi ceux qui écoutent ces ovations, quelqu’un se serait-il aperçu qu’il y manquait ma voix !’
Un sentiment amer envahit tout mon être :
‘Adieu … enfance et illusions !’
FIN
Publié par chieuduongvien à 08:28:49 dans Short stories | Commentaires (0) | Permaliens
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