Jamais tenu de journal intime.
Il était bien une époque où je notais sur mon agenda les événements de ma journée en style télégraphique ou à l'aide de pictogrammes, comptant sur ma mémoire pour reconstituer les phrases que j'aurais pu coucher sur le papier à leur propos si je n'avais pas été si fainéante.
Hélas ! De mémoire, je n'ai pas, ou seulement pour le pire.
Et finalement ce n'est pas si mal.
D'ailleurs, je ne me suis jamais senti aussi légère que le jour où l'on m'a volé mon sac, alors que je revenais d'un voyage en province pour cause de funérailles.
Ce jour-là j'avais tout dedans : mes stylos les plus précieux, bijoux, fric, palm, etc....
J'avais pris cette habitude de tout emporter lorsque, revenant d'un voyage dans une capitale enfumée et rose, où j'étais allé contempler les œuvres de Van Gogh, je m'étais trouvée détroussée de mon patrimoine, que j'avais laissé chez moi par peur du pickpocket amstellodamois.
J'avais sous-estimé le pouvoir de nuisance du cambrioleur.
Bref, le jour où l'on m'a piqué mon sac, on m'a aussi dépouillée de dix ans de souvenirs.
Plus de 50 000 balles de perte. Mais une nouvelle vie en perspective.
Pas de sac, pas d'agenda, pas d'attaches.
Je m'en allais au vent mauvais, les poings dans mes poches crevées, et j'aimais ça. L'impression de renaître.
L'épaule et l'esprit soulagés du poids de ce fardeau.
Donc, heureusement que je n'ai pas de mémoire, ni de journal intime pour la raviver.
J'aurais donc pu croire que je n'avais aucune raison d'avoir un blog.
Ne dit-on pas qu'un blog est un journal tenu en ligne ?
Si.
Mais ceux qui le disent se trompent.
Le blog est une microsociété.
Jeunes et vieux s'y côtoient avec plus ou moins de bonheur, les jeunes irritant les vieux avec leurs passions niaises et débilitantes, les vieux exaspérant les jeunes avec leur incompréhension de ce qui est cool.
Joyeux et déprimés s'y croisent. On tente de se réconforter, parfois sans succès.
Actifs et chômeurs. Fonctionnaires et professions libérales. Riches et pauvres. Homos et hétéros. Monogames et échangistes. Grands et petits. Filles et garçons.
Une société vous dis-je, plutôt heureuse, puisque chaque membre a choisi d'en faire partie.
A ce titre, je devais avoir un blog puisque je n'aspire qu'à ça : la grégarité.
Je suis une solitaire socialisée.
Une sauvage civilisée.
Votre compagnie m'est d'autant plus précieuse que je peux la quitter sans que personne ne s'en offusque, pour quelques heures ou quelques jours, sans avoir à me justifier.
L'accueil au retour est toujours chaleureux, rarement réprobateur.
Je puis donc me laisser aller à mes démons misanthropes dans le secret de ma solitude sans que la communauté n'en pâtisse.
Royal !
Ce monde est parfait pour moi.
Je lui donne le rythme qui me convient, et il me le rend bien.
J'y suis vraie.
Plus vraie que nature.
Je n'essaie pas de m'y créer un personnage : je dévoile enfin ce que je suis vraiment.
Je montre mes fesses, certes, et j'aime ça. Mais qu'on ne vienne pas me dire que je racole. Le classement ne m'intéresse pas.
La seule chose que je cherche ici est la liberté, pas la popularité.
Je montre mes fesses, parce que je ne les aime que depuis peu.
J'aime voir celles des autres, ou lire ce qu'ils en font parce que j'aime leur liberté à cet instant.
Et non parce que comme j'ai pu le lire le sexe fait marcher le monde.
J'aime tout autant voir autre chose, pourvu que j'y sente une humanité, une vérité.
Cet univers n'est pas sombre.
C'est un village.
C'est le mien.
Alors si certains veulent m'y attribuer le rôle de la fille légère et racoleuse du village, grand bien leur fasse.
Je leur laisse cette folle liberté, d'autant plus que je sais ce que j'écris.
Mais qu'on me laisse la liberté réciproque : bien que je déteste cette attitude, qui n'est qu'un fascisme déguisé, je peux aussi établir une typologie des villageois, leur attribuer un rôle sans les connaître, les méprisant ainsi de toute ma grandeur autoproclamée.
Je pense par exemple à ce jaloux, qui ne se remet pas de la disparition de sa chérie du Blogtraffic. Il crache son venin pour remporter les suffrages et monter en grade.
Pauvre petit ! Il accorde trop d'importance à bien peu de choses.
L'important n'est pas d'être reconnu, mais seulement d'être.
Je lui cède ma place, si ça peut le réconforter.
Car c'est ainsi dans tous les villages : la pute du coin est souvent bonne fille et a bon cœur. D'une nature généreuse, elle offre ce qu'elle a sans compter.
Surtout à l'idiot du village, qui lui fait pitié.
Mais je reçois chez moi.
Publié par cleo.x à 11:43:23 dans cleo de 5 à 7 | Commentaires (43) | Permaliens
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