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Après la branlée, la branlette | 28 novembre 2004

Interdit aux mineurs.

Sweet dreams are made of this
Who am I to disagree?
I travel the world
And the seven seas
Everybody's looking for something


Some of them want to use you
Some of them want to get used by you
Some of them want to abuse you
Some of them want to be abused


Hold your head up
Keep your head up
Movin' on

 

Hier soir : France-Nouvelle-Zélande.

Les Blacks contre les Bleus.

Les Blacks distribuant des bleus.

 

J'aime le rugby.

Parce que j'ai toujours aimé l'homme.

 

Enfant.

Le premier homme que j'ai aimé, mon père, garde une cicatrice énorme à un genou de l'époque où il jouait au rugby.

Du haut de mes six ans, cette cicatrice me semblait une blessure de guerre et j'admirais mon père pour sa vaillance, sa bravoure et la sympathie incompréhensible qu'il avait gardée pour ses adversaires.

Le rugby me semblait une bataille d'où tous les joueurs sortaient victorieux : pas un pour se plaindre d'avoir combattu, pas un pour souhaiter ne jamais reprendre la lutte, pas un pour en regretter les stigmates.

 

Adolescente.

A l'heure où certaines affichent des posters de chevaux à leurs murs, je vénérais le XV de France.

J'ai quitté mes parents pour la capitale à 14 ans, à l'âge où l'on se fait encore une fausse idée de l'homme, et j'allais parfois au Parc des Princes, seule ou avec des garçons que je considérais encore comme des enfants asexués, pour admirer les gladiateurs de l'Ovalie.

Le rugbyman n'alimentait pas encore mes fantasmes, car je n'en avais pas.

Mais lorsque les packs s'entrechoquaient, je ressentais une impression bizarre au bas de mon ventre, sensation que je comprendrai bien mieux quelques années plus tard.

La mêlée : gang bang que seul le subconscient d'une adolescente à la sensualité pas encore révélée peut comprendre.

 

Jeune fille.

Un jeune homme. Pas le premier que j'aie connu bibliquement. Mais le premier que j'aie aimé pour Ca.

Le premier que j'aie considéré non comme un adolescent avec lequel je couchais, mais comme le premier homme que je voulais en moi à chaque instant pour faire taire cet appel du bas-ventre. Pour combler le vide. Pour me sentir entière.

Joueur de rugby évidemment.

Du format de Philippe Bernat-Salle.

Un feu follet. Une flèche. Toujours efficace.

Le sauveur. Le french flair. Le french lover.

 

Jeune femme.

J'assume enfin la sensualité de la mêlée.

Je préfère désormais regarder le rugby à la télé.

Parce qu'il y a des gros plans.

Parce que j'aime les voir souffrir dans les môles : les voir pousser de toutes leurs forces me fait venir des pensées pornographiques.

Parce qu'aussi il y a les images des vestiaires. Et je suis avec eux, sous la douche, pansant leurs blessures, massant leurs muscles fatigués.

Je voudrais être le repos de ces guerriers.

 

J'aime le rugbyman, de plus en plus.

Parce qu'en prenant de l'âge, ma passion de l'homme s'amplifie aussi.

 

Rugby, mêlée, hommes, sexe : la boucle est presque bouclée.

 

Hier soir, donc, France-Nouvelle-Zélande.

Une branlée pour nous.

Une vraie de vraie.

De la casse. Du sang. Des larmes.

Sifflets des spectateurs.

Je dis spectateurs, parce qu'un vrai supporter ne hue pas ses idoles.

 

Mais des cuisses. Des mêlées. Du jeu. Du mâle.

 

Il me vient des idées.

Et je repense aux bloggeurs que j'ai vus et à une certaine conversation qu'on a eue.

 

Une idée folle.

L'Amour et moi décidons de nous lancer, nous aussi, dans la mêlée.

A petite dose toutefois : hors de question de s'y blesser ; c'est un jeu que nous ne connaissons que pour l'avoir vu jouer par d'autres.

 

Je m'équipe, l'Amour aussi.

Je sors la tenue de combat : une fois n'est pas coutume, je me transforme en All-Black.

 

Tout en noir, je descends dans l'arène.

Pour un match où Hommes et Femmes se mélangent.

Double-mixte, en somme.

 

Il fait chaud.

Ca sent la sueur. Entre autres.

Il y a bien une douche au vestiaire.

La mêlée est déjà commencée.

Les joueurs sont presque nus.

Ils ruissellent.

Poussent des râles.

Et lorsqu'une des participantes commence à demander grâce, par un effet d'entraînement, les autres crient plus fort encore, pour que le match continue.

C'est comme une Ola : la vague parcourt la salle sans discontinuer.

 

Je regarde la partie. Fine.

Je profite des gros plans.

J'admire les positions de jeu.

J'observe les maillots : on peut distinguer quelques équipes.

 

Il y a celle des versaillaises qui se sont laissé entraîner par leurs maris.

Ces jeux habituellement les rebutent. Elles sont venues à contrecœur, pour faire plaisir à l'homme un peu las du quotidien.

Hélas pour lui, la versaillaise a l'habitude des familles nombreuses.

Avec son équipe de basket de gosses à la maison, elle a pris le pli : quand elle fait du ragoût, elle en fait pour 18. Elle en congèle deux tiers et sers le dernier tiers le jour-même. Elle économise alors du temps et de l'argent en ayant préparé à l'avance trois repas.

De la même manière, elle a placé tous ses gniards dans la même école privée, qui va du primaire à la terminale. Un seul voyage à cinq heures : tout le monde saute en même temps dans le monospace.

Alors, puisqu'elle est là, elle fait des réserves.

Economie de temps et d'argent, elle a choisi la mêlée : plus de joueurs, en moins de temps.

Et le mari fait l'arbitre, un peu déçu de ne pas participer, un peu choqué de n'avoir jamais décelé une telle ardeur chez sa débutante, un tel talent caché pour ce sport qu'ils pratiquaient tous deux en amateurs, le samedi seulement..

 

Il y a aussi celle des jeunes espoirs. Des jeunes pousses.

Tout, en effet, a poussé trop vite chez elles : les jambes, les faux cheveux blonds, les faux seins et les dents. Ces dernières rayent le parquet.

Les (très) jeunes pousses en veulent, sont ambitieuses et ont su choisir un bon sponsor.

Il est vieux, d'accord.

Il est moche, ok.

Et il garde sa pince à cravate lors même qu'il fait tournoyer son arme dans les airs.

Mais il est riche et mise sur elles.

Alors elles jouent, et bien.

Obéissantes, elles font tout ce que le sponsor-coach leur ordonne.

Mais ne participent pas à la mêlée.

Il n'a pas payé pour que les spectateurs participent.

 

Il y a encore celle des supporters ravis de venir voir les joueurs de près.

De tous âges. De tous milieux. Parfois gênés d'être là.

Madame ne montre rien. Monsieur joue seul avec son hochet en admirant ses idoles.

Parfois il relève la jupe noire sage de sa partenaire. Et elle rougit. Elle n'est pas habituée à tant d'intimité avec les athlètes.

 

Il y a quelques inclassables.

Une fille en kilt, Ecossaise perdue en terrain all back ?

Une autre en tutu. La plus belle à mon sens. Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes. Elle ose la légèreté là où tout n'est que décadence, fébrilité et volupté.

Une banlieusarde, dont le style rappelle plus le short en acrylique du joueur de foot que la belle chemise à col impeccable des rugbymen, héritiers des écoles chis et snobs de la vieille Angleterre.

Et il y a moi.

 

J'ai choisi le cuir et les lanières.

J'ai choisi l'équitation.

Mais seul mon cavalier attitré peut me monter.

 

Faisant suite à cette conversation avec les bloggeurs, j'assume enfin l'envie de montrer mon Q IRL.

 

Il me chevauche, je me cambre et parfois me cabre, laissant voir ce harnachement que personne n'avait soupçonné sous la robe, finalement tombée.

 

La chevauchée est fantastique.

 

De cette course, je sortirai victorieuse.

Je voulais qu'on me voie.

On m'a admirée.

Je voulais qu'on me désire.

On m'a caressée.

Je voulais qu'on m'envie.

On m'a voulue.

 

Nous n'en partirons qu'au petit matin, lorsque le stade sera vidé.

Que l'on commencera à nettoyer l'arène.

Et que des bouffées d'eucalyptus nous rappelleront combien les vestiaires après le match sentent la sueur et le stupre.

 

Oui, j'aime le rugby.

Parce qu'il me fait toujours passer de bonnes soirées.

J'aime mon Homme.

Parce qu'il me fait toujours passer de bonnes soirées.

J'aime la mêlée.

Parce qu'elle me fait toujours passer de bonnes soirées.

 

Hier soir, donc, France-Nouvelle-Zélande.

Et troisième mi-temps aux Chandelles.

Vive le sport !

 

(Eurythmics)

Publié par cleo.x à 19:25:21 dans A night at the Playboy Mansion | Commentaires (58) |