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Extraits de courrier d’Adam Sedgwick à Charles Darwin
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Adam Sedgwick (1785 - 1873) est l'un des fondateurs de la géologie moderne, il fut un opposant notoire de la théorie darwinienne de l'évolution par la sélection naturelle. Charles Darwin fut l'un de ses étudiants en géologie en 1831. Il l'avait accompagné dans une excursion au Pays de Galles, cet été. Les deux entretinrent dès lors une correspondance amicale. Toutefois, Sedgwick n'accepta jamais les idées exprimées dans the Origin of Species (1859), pas plus qu'il ne le fit pour Robert Chambers et sa théorie publiée en Octobre 1844 : Vestiges of the Natural History of Creation.
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Mon Cher Darwin,
Je vous écris pour vous remercier de votre livre sur l'Origine des Espèces. Je l'ai reçu, ce me semble, dans les derniers jours de la semaine passée, mais il est possible qu'il soit arrivé quelques jours plus tôt, et qu'il ait été oublié parmi mes paquets de livres, car il s'écoule souvent quelque temps avant que j'ouvre les paquets, lorsque je suis paresseux ou occupé.
Dès que j'eus ouvert votre livre, je me mis à le lire et, après un grand nombre d'interruptions, je l'ai terminé Mardi…
J’ai lu votre livre avec plus de peine que de plaisir. J'ai admiré sans restriction certaines parties, d'autres m'ont fait rire jusqu'à en avoir mal aux côtes ; j'en ai lu d'autres avec une profonde tristesse parce que je les crois erronées, d'autres encore m'ont causé un réel chagrin, parce que je les crois entièrement fausses et très nuisibles.
Après avoir pris au début la route qui mène à toute vérité physique solide, vous avez trahi la vraie méthode inductive (1), et vous avez enfourché une machine aussi folle que la locomotive de l'évêque Willkins qui devrait, selon lui, nous transporter dans la lune.
Bon nombre de vos vastes conclusions sont basées sur des assertions qui ne peuvent être ni prouvées ni réfutées (2) : Pourquoi alors les exprimer dans le langage et la disposition propres aux inductions philosophiques ? Quant à votre grand principe, la sélection naturelle, qu'est-ce sinon une conséquence secondaire de faits primaires supposés ou connus ? Développement serait un terme préférable, parce qu'il se rapproche davantage de la cause du fait. Car vous ne niez pas la causation.
J'appelle (dans l'abstrait) causation, la volonté de Dieu ; et il m'est facile de prouver qu'il agit pour le bien de ses créatures. Il gouverne aussi par des lois que nous pouvons étudier et comprendre. Agir d'après la loi et en vertu des causes finales, voilà en somme votre principe tout entier. Vous parlez de la sélection naturelle comme si elle opérait consciemment sous l'influence de l'agent qui choisit. Ce n'est qu'une conséquence du développement présupposé, et de la lutte subséquente pour l'existence. Vous établissez admirablement ce côté de la nature, qui, il est vrai, a été admis par tous les naturalistes, et que les personnes douées de sens commun ne sauraient nier. Nous admettons tous le développement comme un fait historique (3) ; mais d'où provient-il ? Arrivés à ce point, nous sommes arrêtés net dans la langue aussi bien que dans la logique. Il y a dans la nature une composante morale ou métaphysique à côté de la part physique.
L'homme qui nie cela s'enfonce dans les marais de la folie. La couronne et la gloire de la science organique, c'est qu'au moyen des causes finales elle unit l'ordre matériel à l'ordre moral, et elle ne nous permet cependant pas de confondre ces deux ordres dans notre première conception des lois, ni dans notre classification de ces lois, que nous considérions l'un ou l'autre de ces côtés de la nature. Vous avez ignoré ce lien, et il me semble même, si je vous comprends bien, que tous vos efforts, dans deux ou trois cas capitaux, tendent à le briser.
S'il était possible d'anéantir ce rapport (Dieu soit loué, cela ne se peut !), il en résulterait pour l'humanité, selon moi, un mal qui pourrait la rabaisser à l'état de brute et l'enfoncer à un degré de dégradation plus grand que tous ceux qui nous ont été signalés par les annales de l'histoire. Prenons le cas des cellules des abeilles. Si votre développement produisait la modification successives de l'abeille et de ses cellules (ce qu'aucun mortel ne peut prouver), la finalité tiendrait bon en tant que cause dirigeante sous l'influence de laquelle les générations successives ont agi et se sont graduellement perfectionnées.
Il y a dans votre livre certains passages, comme ceux auxquels j'ai fait allusion (il en est d'autres presque aussi mauvais) qui ont très vivement choqué mon sens moral. Je crois que, dans vos hypothèses sur la descendance organique, vous attribuez trop d'importance aux preuves géologiques, et pas assez lorsque vous parlez des anneaux brisés de l'arbre généalogique de la nature. Mais j'ai noirci presque tout mon papier et il me faut aller à mon amphithéâtre. Pour finir donc, j'ajouterai que le chapitre final me déplaît fort, non comme résumé, - car à ce point de vue je le trouve bon,- mais je n'en aime pas le ton de confiance triomphante avec lequel vous en appelez à la jeune génération (j'ai déjà reproché ce ton à l'auteur des Vestiges) (4), ni la prophétie de choses qui ne sont point encore dans le sein du temps, et qui ne se trouveront jamais que dans l'imagination fertile de l'homme (si nous nous en rapportons à l'expérience accumulée du sens humain et aux inductions de la logique)…
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« Aucune opinion ne peut être hérétique, mais ce qui n'est pas vrai ... Les mensonges contradictoires, nous pouvons comprendre : mais les vérités ne peuvent jamais entrer en conflit les unes contre les autres. J'affirme donc que nous n'avons rien à craindre des résultats de nos recherches, à condition qu'elles soient suivies dans le chemin laborieux mais sûr de l'induction honnête. De cette façon nous resterons assurés que nous ne pourrons jamais arriver à des conclusions opposées à une quelconque vérité, qu'elle soit physique ou morale, de quelque source que la vérité soit dérivée ».
Cité par Browne, E. Janet (1995), Charles Darwin: vol. 1 Voyaging, London: Jonathan Cape, p.129
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Notes :
1 – Darwin énonce ainsi un principe de sa méthode : « La ligne d'argumentation souvent poursuivie dans ma théorie est d'établir un point comme une probabilité par induction et de l'appliquer comme hypothèse à d'autres parties pour voir s'il les résoudra» (Notebook III, vol. 2, n°4)
2 – Selon Karl Popper (1902-1994), philosophe des sciences : « Une théorie qui n'est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique. » (Conjectures et réfutations, ch.1, section 1)
3 – Le mot évolution n’est pas encore employé, Adam Sedgwick emploie le terme de développement pour parler des modifications au sein des expèces.
4 - Robert Chambers, qui publia anonymement sa propre théorie Octobre 1844 : Vestiges of the Natural History of Creation
Contact : gillovy@gmail.com
Sites :
Le bêtisier de l’évolutionnisme
2009-11-01
Publié par gillovy à 12:15:10 dans Robin des bois et l'explosion cambrienne | Commentaires (0) | Permaliens
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