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La Vie dans la Rue II | 17 mai 2008

Seth posa sa tête entre ses mains, songeur. Il avait longtemps souhaité qu'une jolie fille daigne la regarder. Mais il s'était résigné, tout compte fait. Juice le regardait souvent, mais ce n'était vraiment pas pareil. Avec sa casquette Nike enfoncée jusqu'aux yeux qu'une vieille dame compatissante lui avait offerte il y a à peu près deux ans, Juice faisait plutôt penser à un garçon androgyne. Seules ses prunelles pétillantes et malicieuses couleur lagon laissaient paraître que Juice était belle et bien une adolescente en devenir. Elle avait treize ans seulement mais en faisait bien dix-neuf. Elle était mince, frêle, élancée et mesurait dans les un mètre soixante-six. Pourtant, derrière son air de demoiselle en détresse, Juice était quelqu'un de très fort, de dur et impitoyable. La douleur et la souffrance l'avaient forgé. Elles lui avaient mené la vie dure. Mais Juice n'était jamais tombée et Seth n'avait encore jamais vu une seule goutte couler le long de ses joues malgré toutes les raisons qu'elle avait de le faire. Seth était donc là, les yeux mis-clos, observant les passants. Des grands athlètes, des mamies bedonnantes accompagnants leurs petits enfants, des laids qui se pavanaient, des snobs méprisants, mais pas une seule femme, aujourd'hui. Il baissa les yeux au sol, détaillant chaque pierre, chaque grain de sable. Une main fermée en un poing serré se dessina devant lui. Elle était fine, avec de longs doigts et la couleur de sa peau était laiteuse, malgré la couche de saleté. De très jolies mains. Le poing se desserra et laissa découvrir quatres pièces de deux euros. Pour Card, c'était jour de fête. Il leva la tête pour regarder en face cette personne bienfaitrice : Juice.
- Tu veux boire, Seth ? C'est moi qui paie, annonça-t-elle, fièrement.
- Tu as de jolies mains, petite. Mais ne soit pas aussi arrogante, la pauvre, marmonna-t-il.
Scale était vexée. Elle sortit du parc en courant, puis, essouflée, elle continua en marchant. Quelque secondes plus tard, Seth était à ses côtés.
- Comment tu as fait pour avoir tout cet argent ? demanda-t-il.
- J'ai embrassé un garçon.
Devant l'air étonné de Seth, Juice esquiva.
- Mais non, imbécile ! J'ai mendier du côté des vieux riches. Personne me paierait pour m'embrasser, rigola-t-elle, de nouveau sereine.
- Tu m'as fait peur, idiote ! Moi, je voudrai bien t'embrasser, murmura-t-il, trop bas pour qu'elle puisse l'entendre.
Il lui tint la porte d'un bar nommé « Le Pissenlit ». C'était pourtant vrai : Seth voulait embrasser Juice et sentir sa jeune poitrine contre son torse dur. Cette petite chose que tout le monde trouvait sans intérêt comptait pour lui, il venait de s'en rendre compte, là, devant sa bière brune, en observant Juice buvant joyeusement son Coca et discutant avec le patron du bar. Lui, l'esseulé, l'indépendant, le solitaire, ne pouvait vivre sans elle. Sa Juice.


- Bonjour, vous n'auriez pas de la monnaie en trop dans votre portefeuille ?
- Oui, de l'argent et de l'amour en trop. Beaucoup trop, murmura le garçon.
Il était vraiment beau, ce jeune homme. Les cheveux blonds, épais, rebelles, éparpillés sur son front blanc comme de la neige. D'ordinaire, Juice ne regardait jamais le visage des personnes à qui elle réclamait de l'argent ; c'était trop humiliant. Mais celui-là était différent, il émanait de lui un quelque chose qui ressemblait à de la douceur, de la gentillesse. De ses yeux trop gris, presque bleus, il l'avait regardé, avec envie. Mais qui aurait envie d'elle ? De la vie qu'elle menait, même. Parfois, elle la regrettait cette vie; ce choix qu'elle avait pris.
- Je veux juste de l'argent, monsieur, marmonna-t-elle.
- Je veux juste de l'amour, madame.
- Mademoiselle, le corrigea-t-elle, amère.
- Je peux savoir votre prénom, mademoiselle ? J'aurai envie d'un baiser de vous.
Il lui avait sourit, doucement, tout doucement, en disant cela.
- Pour deux euros, je vous donne mon prénom.
Il avait sortit huit euros de sa poche et dans un énième sourire avait dit :
- Gardez la monnaie, ma chère.
- Je m'appelle Juice, et vous ? déclara-t-elle, s'empressant de fourrer l'argent dans la poche de son jean, sale et troué au genou.
- Je me nomme Card, vous me devez deux euros, maintenant.
Furieuse, elle tira une pièce de deux euros de sa poche et la lui tendit.
- Vous êtes affreux, dit Juice, avec la petite voix que Seth déteste tant.
Mais au lieu de prendre la pièce, Card sortit de son sac bordeau un billet qui illumina les yeux de la jeune fille.
- Je... Je ne peux pas accepter, il y en a des plus pauvres, des plus sales, déclara-t-elle, dans un souffle, les yeux rivés sur le papier.
Les cinquantes euros la narguaient. Dieu qu'elle en avait envie.
- Rangez-les, je vous en prie, il faut que je m'en aille, avait-elle dit, suppliante, en mettant les deux euros dans la main de Card.
Mais il ne l'écouta pas. Card attrapa sauvagement les poignets de Juice d'une main et de l'autre, il plaça l'argent - le billet et la pièce - dans la poche avant du jean de l'adolescente qui frémit au passage de la main hasardeuse. Puis, il lâcha les poignets fragiles et prit la tête de la pauvresse entre ses doigts. La peau cireuse de Juice tremblait et elle prit une teinte rosée ; Card se moqua un peu et posa un baiser furtif sur les lèvres de Juice. Sous ce baiser, cette dernière se resaisit et lorsqu'il eut fini, elle le gifla et partit en courant, les larmes aux yeux. Dans sa poche, le billet pesait.
- Je crois bien que je l'aime, cette petite, murmura Card, suivant du regard le petit point noir qui diparaissait à l'horizon.
Juice était posté devant un hôtel. Une chambre et un petit déjeuner pour cinquante euros. Ses cinquantes euros. Il y avait trois étoiles. Ce devait être beau, à l'intérieur. Elle donna le billet à l'hôtesse, qui ne s'inquiéta pas de voir arriver une adolescente seule prendre une chambre pour la nuit, avec petit-déjeuner et tout et tout. Ce que les gens peuvent être cupides, reffléchissait Juice. Sous la douche brûlante, elle pleura longtemps. Jamais Seth ne l'avait vu pleurer ; elle pleurait en cachette, seule, loin des yeux curieux ; loin de Seth. Elle frotta nerveusement sa bouche et se résigna à sortir. Après avoir lavé ses vêtements comme elle le pouvait, avec le petit savon qui lui était offert, elle se coucha, en petite culotte. Elle s'enfonça dans le grand lit moelleux, entourée d'oreillers encombrant.
- Bonne nuit, Seth, murmura-t-elle, avant de s'endormir.
Le lendemain matin, elle se leva tôt et prit un petit-déjeuner copieux, le premier depuis plus d'un an. Elle croquan dans une belle pomme verte, acide. Elle sourit à la vue de ses vêtements secs, propres, qui attendaient sur le radiateur. Elle les enfila en grelottant et passa son sac en bandoulière sur son épaule. Juice quitta l'établissement en soupirant. Dans un parc, sur un banc, elle reconnut Seth et serra les huit euros qui lui restaient à travers son jean. Jamais Seth ne la croirait. Juice ne lui parlerait pas de sa nuit à l'hôtel, des cinquantes euros. Il ne lui pardonnerait pas son égoïsme. Si il demandait, elle dirait qu'elle a fait la manche toute la nuit. Quand Juice s'approcha de Seth, il ne remarqua pas qu'elle sentait le shampoing et le gel de douche, qu'elle sentait le propre. Juice sentait l'inocence et ça, il s'en souviendrait.

Publié par Scrambled à 19:31:16 dans Le Sourire de Monsieur Stuart ; | Commentaires (0) |

J'aime pas la piscine (8) | 17 mai 2008

Je suis une vilaine plagieuse. Oh oui. Une vilaine, horrible, grosse plagieuse.
Tous les prénoms de mes personnages appartiennent à Krist.

Je voudrai remercier Clémence, par la même occasion, d'avoir baptiser mon blog. Sachez, ô lecteurs inconnus, que j'embrasse profondément vos pieds pour que vous lisiez la première page de mon roman. J'ai déjà écrit la fin, et j'ai au moins trois pages URL déjà formées. Je suis drôlement contente de moi - si, si, je ne mens pas. Et enfin, je suis contente d'avoir eu 16 visites en 2 jours. C'est une première - si, si, je ne mens pas. Et puis, je vous embrasse tous très fort. Seulement si vous lisez é.è

Publié par Scrambled à 14:12:54 dans Les Paroles de Monsieur Buttles ; | Commentaires (3) |

La Vie dans la Rue I | 16 mai 2008

La silhouette longiligne se déplaça rapidement. Du banc en fer blanc, elle se mit à frôler les murs en béton défraîchis par le temps de la rue qu'elle avait emprunté. Un souffle régulier et léger venait rompre le silence monotone de cette promenade. Les quelques passants qui s'aventuraient ici montaient bien vite en haut des immeubles luxueux et vieillots afin de se réchauffer. La température ne devait pas avoisiner les dix degrés et la silhouette se mit peu à peu à grelotter dans son gilet en coton qui avait dû un jour être blanc comme la neige. Aujourd'hui, il avait plutôt une teinte grisâtre. Cependant, elle continuait de marcher, trottant, pressée. Elle tourna rapidement dans une ruelle sombre. Le long du mur, elle allait à petits pas précis, dans le chemin sinueux.
- Tu as trouvé quelque chose ?
- Un pain entier, une pomme, murmura doucement la silhouette, qui s'était arrêtée devant une personne de sexe masculin, à peine plus vieux qu'elle.
L'adolescent renifla, tendit la main et la frêle silhouette sortit d'un sac attaché en bandoulière une pomme rouge, mûre. Elle la déposa dans la main crasseuse du jeune homme et marmonna :
- La prochaine fois, Seth, elle est pour moi, la pomme.
- Je suis en pleine croissance, gamine, j'ai tout l' temps faim, ricana le dénommé Seth.
Il se retourna et fit signe à la silhouette de se taire. Des voix étouffés parvenaient à leurs oreilles et ils coururent à perdre haleine, tout au fond de l'impasse qui leur servait de domicile.
- Encore un peu et on était perdu, Juice.
- Parle pour toi, je sais apitoyer les gens, rigola la silhouette, Juice.
Elle reçut une tape dans l'épaule et partit, quelques mètres plus loin, sous le coup du bras musclé de son ami. Elle revint vers Card et s'asseya à même le sol, contre un mur. Elle ne supportait plus cette vie, même si Seth l'avait reccueilli, au moment où elle en avait le plus besoin. Cette vie miséreuse n'était pas faite pour elle et Seth s'entêtait à ne pas vouloir travailler. Même tendre la main pour recevoir quelques pièces, il ne le faisait plus. Il restait là, le ventre creux, le sourire figé, les traits tendus, à attendre. A attendre quelque chose, qui, chaque jour lui donnait moins d'espoir. Alors c'était à elle de se taper le sale boulot ; voler, mendier, acheter de la nourriture avec le peu qu'elle récoltait, amasser des cartons, des vieux vêtements aux associations du coins, la honte, la fatigue, tou cela était pour elle, à chaque moment de la journée. Mais ce qui la peinait le plus, c'était l'indifférence de Seth. Même si il avait toujours était distant, il n'avais jamais semblé aussi lointain, avant. Et Juice s'ennuyait, apprenait l'alphabet sur les vieux journaux qui moisissaient dans les poubelles des jardins publics. Elle savait lire. Et son rêve le plus cher était d'avoir une bibliothéque à elle, emplie de bouquins de grands auteurs, les seuls que la bibliothécaire pouvait lui donner sans payer d'abonnement, les autres, les contemporains, étaient tellement demandés que Mme Fouvier, la bibliothécaire ne pouvait les lui prêter. Tant mieux, les grands auteurs sont plus intéressant, songea Juice.

Publié par Scrambled à 17:16:41 dans Le Sourire de Monsieur Stuart ; | Commentaires (3) |

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Je m'appelle Sarah. Sarah Gordon. Ou Monsieur Gordon, parce que Madame, c'est assez misogyne, je trouve.

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