Il y a 20 ans déjà que le mur de Berlin a connu la chute. Il est tombé en ouvrant la voie à l’unification de l’Allemagne et en remettant en cause les régimes totalitaires, véritables satellites de l’Union Soviétique à travers le monde.
Cette fin de la partition de l’Allemagne a considérablement consacré l’apogée des régimes communistes, marxistes-léninistes contemporains. Elle a ouvert la voie au libéralisme politique et économique. La fin du temps de la pensée politique unique fut ainsi amorcée. Celle du monopole d’Etat aussi : vive le libéralisme économique !
La conséquence en Afrique ne s’est pas faite attendre. Si l’évolution de la situation sociopolitique africaine à la fin des années 80 ne peut s’expliquer uniquement par la chute du mur de Berlin, force est de constater que la perte d’influence de l’URSS d’alors a fragilisé toutes les dictatures encore en vigueur en Afrique et précipité les transformations sociales et politiques qui s’ensuivirent. Un vent nouveau commença par souffler sur l’Afrique du Sud avec la libération du héros de la lutte anti-apartheid, Nelson MANDELA. La plupart des pays embouchèrent la trompette de la démocratie au début des années 90.
Le premier pays à entrer dans cette dynamique nouvelle a été le Bénin, autrefois Dahomey et République populaire du Bénin sous le régime marxiste-léniniste qui aura duré dix sept bonnes années ! A la faveur d’une conférence nationale dite des forces vives qui sera d’ailleurs imitée un peu partout en Afrique, le Bénin passa de la dictature marxiste-léniniste avec la superpuissance du parti unique à la démocratie multipartiste avec la rétrocession des libertés fondamentales aux citoyens. L’accession au pouvoir dans ce pays, du moins pour le moment, est redevenue l’apanage des urnes : les citoyens votent et choisissent leurs dirigeants.
Ce qu’il convient de souligner est que, que ce soit en Allemagne de l’Est ou en Afrique, les changements sociopolitiques intervenus ont bénéficié d’un large soutien de la jeunesse. Elle a toujours été à l’avant-garde des grandes mutations dans le monde. Même si elle ne se préoccupe pas toujours ou si elle souvent maintenue à distance de la gestion de ces mutations. Je pense que la jeunesse qui ne se préoccupe pas du devenir des mutations engendrées par ses luttes a tort de même que ceux qui s’obstinent à la maintenir à l’écart sont néfastes à l’évolution de la société.
En effet, 20 ans après la chute du mur de Berlin et presque deux décennies après le lancement du processus démocratique dans nombre de pays africains, force est de se demander si les conflits armés, les guerres civiles, les fractures sociales, le rejet de l’autre, la misère et l’intolérance ont pour autant disparu de la planète ?
Au regard de l’actualité internationale des quinze dernières années, nous sommes en droit de répondre par la négative. Il y a des acquis indéniables au plan international : une troisième guerre mondiale évitée, le freinage de la course à l’armement des Nations, la fin de la bipolarisation militaire prononcée du monde, etc.
Mais le germe de la division sur fond d’injustices sociales, d’exclusion et de violations des droits de l’homme et des peuples s’est malicieusement dissimulé dans le processus démocratique en Afrique comme d’ailleurs dans les Balkans. Comment qualifier les guerres civiles fratricides, les confrontations ethniques et les conflits armés que l’Afrique a connus ces deux dernières décennies ? Comment justifier la montée de l’intégrisme religieux ayant occasionné des milliers de morts au grand dame de la laïcité en Afrique ? Comment comprendre les multiples coups d’Etat qui se sont déroulés dans des Etats Africains en pleine ère démocratique ? Comment comprendre les remises en cause du processus démocratique par des révisions constitutionnelles qui violent en réalité les dispositions constitutionnelles des pays? Comment comprendre encore la situation de relégation des femmes dans nombre de pays africains ? Comment comprendre l’absence d’un vrai débat démocratique axé sur des projets de société défendus par les partis politiques engagés dans la course pour la conquête et la conservation du pouvoir en Afrique ? Comment comprendre le peu d’intérêt pour les programmes et compétences intrinsèques des candidats au profit de la capacité à acheter les consciences et de l’appartenance ethnique ou régionale dans les choix opérés par les électeurs dans nombre de pays africains ?
Ces questions se posent avec acuité lorsqu’on se rend compte que la plupart des dirigeants actuels faisaient partie des avant-gardistes des luttes sociales et politiques de la fin des années 80. Consciemment ou inconsciemment, ils semblent conduire l’opinion à faire preuve d’une amnésie totale de leur passé et donnent à croire que les maux dont souffrent aujourd’hui le développement de l’Afrique datent uniquement du 21è siècle ou sont le fait d’anciennes puissances coloniales. Depuis un certain temps, la crise financière internationale, la crise économique internationale, … sont de nouvelles expressions intégrées au vocabulaire politique africain pour justifier la misère des populations et les échecs de certaines politiques hasardeuses. En définitive rarement on trouve sous nos cieux un responsable public qui endosse pleinement les responsabilités d’une initiative qu’il prend et qui échoue. Ils ont toujours des boucs émissaires. Certains décideurs publics oublient souvent qu’être puissant c’est à la fois savoir savourer ses victoires mais aussi admettre ses erreurs et les corriger pour mieux avancer. C’est cela aussi être Responsable !
Je refuse de cautionner la conception qui ne voit que l’Autre derrière les difficultés de l’Afrique. Dans un monde d’interdépendance, certains chercheront toujours à vivre aux dépens d’autres. Même si ce n’est pas normal, c’est la triste réalité avec laquelle il faut composer. Il faut en avoir grande conscience et se préparer en conséquence à défendre ses intérêts tout en préservant les relations avec les autres.
Entre 1989 et 2009, les problèmes de l’Afrique se sont peut-être mués, ils ont peut-être évolué, mais ils demeurent les mêmes.
Il est vrai que tel qu’importé en Afrique, au lieu d’être véritablement un système dans lequel le peuple détient le pouvoir et le confie périodiquement à des gens de son choix pour la satisfaction de ses aspirations profondes, un système qui apporte des améliorations sensibles au quotidien des populations, la démocratie semble être un moyen certain de renforcement des familles les unes contre les autres, des clans, ethnies, régions voire des communautés contre leurs vis-à-vis. Loin de favoriser l’émergence des hommes et femmes qu’il faut aux places qu’il faut par la valorisation du mérite et la célébration de la compétence, la démocratie en Afrique est perçue comme un tremplin pour hisser sa famille, son clan, son ethnie et sa région.
La Nation n’existe plus que dans les discours. Il urge de la réinventer !
Les cas de rejet de l’autre se font plus fréquents à l’intérieur des pays africains et même de certaines régions d’un même pays surtout lorsqu’elles sont peuplées par différentes ethnies. Le renforcement du sentiment d’appartenance à un clan ou à une ethnie prenant le dessus sur la conscience nationale et les convictions patriotiques, on a la malheureuse impression que le système démocratique est porteur des germes de division et de la désintégration des Etats africains avec la montée en puissance du sentiment d’appartenance ethnique et religieuse. Sans tenir compter de la grande fracture sociale qui s’est instaurée et qui s’amplifie à la suite de chaque élection présidentielle avec l’avènement d’une minorité de nouveaux riches gravitant autour des centres décisionnels au détriment de la grande majorité qu’elle affame, brime, abuse et oublie entre deux périodes électorales.
Toutefois, il convient de se demander le rôle des acteurs d’hier et ceux d’aujourd’hui. Les jeunes d’hier, dirigeants d’aujourd’hui ne font que répliquer, dans une proportion peut-être plus grande, les comportements des dirigeants d’hier. Ces derniers qui n’ont rien fait pour lutter contre la partition sociale en privilégiés et marginalisés selon les origines géographiques, ethniques, familiales voire même selon les obédiences spirituelles ! Si au moins ils l’avaient voulu ! La gouvernance africaine depuis les années 60 a évolué dans une sorte d’impréparation, d’improvisation et d’attentisme, le tout couronné par l’illettrisme de la majorité des populations incapables de bien comprendre les choix faits et donc de contribuer efficacement au développement national.
Malheureusement, demeurés dans leur conviction que le pouvoir doit s’arracher et qu’il faille s’y accrocher aussi longtemps que possible même au détriment du peuple qu’on prétend servir ou sur son lit d’hôpital en train d’égrener ses dernières heures, les dirigeants successifs ont manqué de prendre des initiatives futuristes pour préparer l’après eux. Il est presque rendu anormal dans nombre des contrées africaines d’envisager la succession du Chef même dans son propre camp. Le suspense et la traditionalisation du pouvoir reflètent certes l’emprunt du modernisme aux traditions africaines. Mais on ne peut vouloir une chose et son contraire : la nécessaire adaptation intégrée du système démocratique au contexte socioculturel africain a été ratée et l’Afrique se retrouve dans une ambivalence politique, dans un bicéphalisme compromettant, dans un hybridisme obscurcissant. Dans ce jeu malsain où seuls les intrigants ont droit de cité, le vrai peuple africain se meurt et les contre-valeurs prennent lentement mais sûrement de l’espace dans l’imaginaire collectif. Le non respect du bien public et d’autrui, l’impunité, la corruption, l’intolérance, la course à l’enrichissement rapide, l’envie, la jalousie, la haine, la volonté gratuite de faire mal à autrui, etc. sont autant d’agissements qui font le lit à la multiplication des foyers de tension, aux conflits armés, bref à l’instabilité sociopolitique du Continent. Jusqu’à quand allons-nous laisser la situation perdurer ?
Il faut agir au plus vite pour inverser les tendances et remettre la démocratie résolument au service de la paix et du développement de l’Afrique, telle est mon intime conviction.
Au-delà des discours, il nous faut agir, en misant sur l’avenir : les enfants, adolescents et jeunes. Dans la tradition africaine, il est dit qu’on ne redresse pas le bois sec mais il est aussi dit que c’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle. Les jeunes d’aujourd’hui et ceux d’hier doivent s’accorder qu’ils partagent un destin commun. Car quelque soit l’influence politique, économique ou simplement matérielle de certains au détriment d’autres, ce n’est pas pour autant que les privilégiés soient à l’abri des balles projetées par les armes en temps de conflits violents, des ravages de diverses épidémies ou des effets dévastateurs des tsunamis, tremblements de terre, ouragans et autres catastrophes naturelles imprévisibles. Ils (jeunes et moins jeunes) doivent faire une pause, admettre, réparer si possible et pardonner les erreurs du passé pour prendre un nouveau départ indispensable au changement nécessaire pour le développement et la renaissance de l’Afrique. Tout conflit intergénérationnel n’enrichira que le Diable. Rassurons-nous, quelque soit la force avec laquelle nous prions, le diable ne disparaîtra pas. Car il faut les ténèbres pour faire valoir la force et les bienfaits de la lumière. Qui ou qu’est-ce le diable ? Le diable n’est rien d’autre que toute personne, tout groupe externe ou interne qui, au nom de ses intérêts personnels, sème la confusion, crée et entretient la violence, diverses formes de persécution et inflige des souffrances de tout genre aux citoyens honnêtes. Si certains ont jusque-là responsabilisé le diable dans les infortunes de l’Afrique, il est temps pour les africains de travailler à contenir ses assauts, à se prémunir contre l’extension de son influence négative sur la gouvernance de l’Afrique. Car le diable se trouvera en nous toutes les fois que nous mettrons notre intérêt en avant de notre engagement. Ne l’oublions jamais.
Dans la nécessaire action à engager, deux axes me semblent prioritaires : amener les aînés à admettre les limites de leurs actions, à tourner résolument dos à tout ce qui ne milite pas en faveur de la cohésion sociale, de la justice sociale, de l’intérêt national et de la cohabitation pacifique des peuples quelques soient leurs provenances ethniques, raciales, géographiques, religieuses, etc. Il faudra aussi les convaincre de s’ouvrir à leurs enfants, jeunes sœurs et frère, de partager leurs expériences avec eux pour éviter à la société toute entière les gâchis d’énergie et de ressources par l’éternel recommencement des processus en dépit des avancées enregistrées dans le passé. A cela s’ajoute la nécessité pour tous les africains de mieux connaître, de redécouvrir l’Afrique qu’ils entendent servir. Toutes les régions et aires linguistiques confondues sur le continent, le système éducatif aidant, la plupart des lettrés africains, ceux-là même qui aiment à se faire appelés intellectuels, connaissent mieux l’Europe et les Etats-Unis d’Amérique qu’ils ne connaissent l’Afrique, leurs sous-régions voire même leurs propres pays. Et c’est ceux-là qui aspirent le plus à la gouvernance de l’Afrique !
J’avoue d’ores et déjà que cet axe ne prendra pas facilement : les résistances de toutes sortes se dresseront avant même que la mise en œuvre ne démarre, si elle parvient à démarrer. Il faut en être conscient, s’armer de courage et de persévérance.
Parallèlement à cela, l’obligation d’avancer quelques soient les résistances, les aiguilles de la montre n’allant pas en sens inverse, amène à amorcer le nécessaire réarmement moral, la formation académique et la préparation civique des jeunes générations. Ce devoir d’agir, chaque Africain doit en faire son objectif principal de vie et essayer au quotidien et partout où il se trouve, dans la mesure des moyens qui sont et seront les siens, de se battre afin qu’il soit atteint.
Enfin, face à un monde en permanente mutation avec l’évolution des technologies de communication et les réalités économiques qui forcent les peuples à adhérer à la globalisation, j’en appelle à l’engagement sincère des amis et partenaires de l’Afrique aux côtés des africains.
Chaque citoyen du monde à l’intérieur de son pays, de sa région ou de son continent doit s’engager pour qu’arrive enfin un monde plus humain empreint de justice sociale, de solidarité agissante et où le dialogue des cultures et des civilisations a une existence réelle. Un monde où les efforts en faveur de la paix trouveront leur pleine satisfaction.
Daniel Edah
Publié par danieledah à 17:17:54 dans Mon intime conviction | Commentaires (0) | Permaliens
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