
Arrière salle enfumée de restaurant chinois, chicha, hall d'immeuble malfamé, salon entre potes avec cacahuètes et pschitt agrumes, musée, cantine d'université,vestiaires d'usine Renault, brasserie du coin ou blog d'un p'tit mec aux allures de voyou et à l'accent de titi parisien, on s'en tape, t'es ici chez toi à condition de venir avec du temps, des commentaires en p'tites coupures et de t'essuyer les godasses avant d'entrer. Ici, on parle de littérature, de castagne, de femmes (ouais, pas de discri', c'est aussi pour vous les ladies), de politique, de sport, de hip hop, de spiritualités, d'urbain, de philosophies, de street, bref, de plein de trucs. Y a qu'à se servir où à demander. Alors, viens faire un tour. C'est de la bonne, de la pure, du lourd. On t'attendra pas pour passer à table, cowboy.
Il y a longtemps que je n'étais pas revenu ici. En effet, j'ai, depuis mon dernier passage ici, créé un espace véritable, plus "propre", moins "amateur", plus carré, plus "présentable, à la hauteur des lecteurs que vous êtes. J'ai créé une maison d'éditions. J'ai créé un site internet. J'ai finalisé un nouveau roman.
Comme vous le savez, l’année dernière paraissait « Bleu Magique ». Corpus qui, grâce à vous, a rencontré non seulement un succès d’estime, mais aussi commercial. C’était une belle aventure et une preuve supplémentaire que rien n’est impossible. Pour ça et avant de commencer, je voudrais vous dire MERCI, car sans vous et sans la grandeur de Dieu, rien n’aurait pu voir le jour. Vous faites partie intégrante de ce qui se passe ici et en grande partie, je vous le dois.
« Ces paroles sont fières de sortir de ma bouche
Comme un Merco d’un camp d’Manouches »
Aussi, vous savez aussi que je ne suis pas de ces mecs prêt à toutes les courbettes, les compromissions et autres vilénies pour être édité par une « grande » maison d’éditions et bénéficier ainsi d’un « privilège » qui n’est en réalité qu’une insulte à l’intelligence, un viol consenti de la dignité. Il n’y a pas de longévité sans cohérence. Il n’y a pas de cohérence sans sincérité. Il n’y a pas de sincérité sans sacrifice. Vous êtes ceux qui me lisez et si j’en venais un jour à vous trahir, vous ne me le pardonnerez pas. Je ne me le pardonnerai pas. La littérature finira un jour, c’est certain. Et je finirai aussi dans un trou comme Tupac ou Biggie. En attendant, et comme nous savons le faire, profitons-en pour tabasser les vermines à chaque sortie de livre.
« Toc toc toc, y a de la visite, Who is it ?
Rafale dans l'oeilleton
Ils vont faire des gili-gili à mon Uzi »
Aujourd’hui, j’ai décidé de ne pas être un esclave, de croire en ce qui m’était de fait interdit à savoir la littérature, de cracher un épais mollard au visage de cette néo-bourgeoisie Blanche, Noire et Arabe la plus puante qui n’a pour religion que celle de la paillasse. Je ne suis pas leur ami. Ils ne sont pas les miens. Ils ne le seront jamais. Beaucoup de journalistes « en place » sont au courant de l’existence de ce qui se passe ici, l’unique, le rare, le prodigieux. Mais ils n’en parleront pas, n’en feront pas écho, ne relaieront pas cette bonne nouvelle pour la simple raison que je ne répond pas à l’attitude attendue, à savoir celle d’une p*te sans salaire. Que pensaient t-il ? Que j’allais me traîner derrière leur basques comme un bon toutou ? Que j’allais venir leur déclarer l’amour et l’admiration que je n’ai pas pour eux ? Qu’ils attrapent la syphilis jusqu’au dernier. Ma littérature n’a pas besoin de mac’.
« Scotché au pavé
On est fait pour taffer, tout raffler
Les baffer et braver les obstacles
J'les tacle au cou, j'assure le spectacle »
Editions Luxe est aujourd’hui une entreprise indépendante. Indépendante de tout ce qui touche de près comme de loin à la mécanique du show-biz ou de « l’industrie de l’art ». Le piston, le copinage, le calcul, les accolades, la mythomanie, le vide, les compliments intéressés, bref, ce protocole de porcs que je hais, que je continuerai de haïr jusqu’à la fin. Je ne profite d’aucun passe-droit et je n’en attend aucun. Je vais réussir incha Allah et je réussis déjà sans, il n’y a aucun doute là-dessus. Je suis un homme libre. Libre d’écrire ce que je veux, comme je le veux. Je n’ai de comptes à rendre à personne, sauf à ceux qui me lisent et me soutiennent, c'est-à-dire à vous. Le reste ne récoltera que mon indifférence la plus sourde et le mépris le plus profond. Le refus fait tomber les barrières et amène un capital confiance en soi qui n’a pas de prix. La victoire est dans le refus. Le refus est dans la victoire.
« Je dis non à tout
Pose mes b°ùl€s sur la table
Les trimballe partout »
Passons. Aujourd'hui paraît le roman « L’Origine des étoiles » avec l’immense honneur d’être préfacé par la grande Wallen. Je n’ai jamais douté de ma capacité d’écrire et d’être crédité par un « poids lourd » aussi populaire et respecté que Wallen, mais c’est une preuve de plus pour vous et pour moi que rien n’est impossible. Après avoir été refoulé de partout comme si j’étais le dernier des clochards, voilà que l’une des plus grandes artistes française aime l’œuvre que j’ai écrit et me dit à son tour « être honorée » de le préfacer et de s’être « terriblement attachée » aux personnages et à leur histoire que j’ai voulu au plus proche du réel. Cette histoire s’adresse aux adolescents que nous avons tous été. A ceux d’aujourd’hui. A ceux dont nous auront demain la charge en tant que parents, si Dieu le veut.
L’histoire que raconte ce roman est belle, la manière dont il a vu le jour avec vous est belle également, le fait que ce roman arrive entre vos mains est beau. Il y a, là aussi, une intervention divine, j’en suis convaincu. J’espère du fond du cœur que ce roman vous plaira. J’y ai tout mis. La sincérité, d’abord.
Parce que c’est vous les stars.
« Trop fiers, trop vrais
On n'est plus des chiens d'la casse
Qu’on soit libres ou au frais
On meurt et vit avec la grande classe »
Khalid El Bahji.
« L’ORIGINE DES ETOILES »
Préface de WALLEN
Disponible en commande sur le www.editionsluxe.com (Rubrique Joaillerie)
Publié par Khalid El Bahji à 20:17:34 dans Les feuillets de Khalid El Bahji | Commentaires (0) | Permaliens
Sortie scolaire. Une heure et demie de péages et de route. Drama te donne une tape du coude. Tu retires tes écouteurs et lève la tête de ta page. Le car ralentit enfin. Tu ranges tes affaires et étires ton petit squelette, le crâne collé à l’appuie-tête. Aire de repos de Vironvay. Rien que le nom est exotique. On dirait que l’autocar est passé dans une autre dimension et que vous venez d’atterrir à l’époque médiévale. Le prof est excité comme un smicard au salon du tuning et s’émeut devant les monts et vallées qui entourent la dalle en béton du parking. L’autocar s’arrête et vous descendez tous. En passant près de lui, tu l’entends murmurer « Le doux nom de ce lieu-dit me rappelle ma terre natale ». Il descend et foule le sol en laissant le vent se perdre dans ses cheveux. Tu remarques au même moment qu’il a des pellicules grosses comme des chips.
« Il a cru que c’était les steppes de Mongolie ou quoi, lui ? » murmure Drama à son tour en ponctuant d’un « Tchip ! ». « Allez prendre vos victuailles, mes enfants ! Je vous rejoins de ce pas à l’abreuvoir ! Laissez moi humer l’air de ce pays, jadis berceau de paysans princes et de duchesses indigentes ! » reprend-t-il, en écartant les bras et tendant la face à la brise. Les manches de sa chemise à jabots claquent au vent comme dans Titanic. Oui, vous savez, la scène où Rose est sur le pont et dit « Je vole, Jack ! ». On ne comprend rien à ce qu’il raconte, mais qu’est-ce qu’il est marrant avec son accent de fils du théâtre. C’est le Cid à lui tout seul ! Tu pourrais rester là à l’écouter des heures juste pour ses dingueries, qu’il ne remarquerait rien. Tous les élèves sont partis se prendre un truc à becqueter dans la boutique et Drama attend à quelques mètres plus loin que tu décolles du prof et finit par venir te tirer par la manche « Vas y, laisse le parler aux oiseaux, le Duc de Normandie, là. Viens, on va s’acheter de la lecture et des trucs à bouffer ».
Une fois passées les portes de la boutique, tu traces direct vers les WC.
- J’arrive, Drama, je te rejoins dans cinq minutes !
- OK !
Quand tu dis cinq minutes, c’est cinq minutes. Donc, arrivée aux chiottes, tu perds pas de temps. Tu te défroques, t’envoies la tisane, suivi d’un p’tit coup de Moltonelle et c’est réglé. Tu reboutonnes ton jean, mais au moment de quitter la cabine, tu bloques net. Tu entends des talons claquer sur le parquet, puis deux voix que tu reconnais. Celles de Cassandra et Anissa, deux camarades de classe, qui discutent devant les miroirs. Elles se mettent à parler de Billy, du parfum qu’il a mit ce matin et de son regard de braise. Le fait qu’elles le trouvent beau gosse n’est pas original, mais tu n’aimes pas ça. De plus, c’est le fait que ces deux truies en viennent à parler de Drama, Ibtissem et toi qui te consterne.
- Anissa, tu penses qu’on irait bien ensemble avec Billy ?
- Mais, grave ! Un rebeu et une blonde ça passe toujours crème ! Putain, j’suis deg’, j’ai pas pris mon fer à lisser.
- T’as vu comment il m’a dit bonjour quand il est arrivé dans le bus, ce matin ? Trop chouuu !
- Obligé, il te kiffe. Comment tu trouves mon haut ?
- Comment tu sais qu’il me kiffe ?
- Les rebeus kiffent les blondes.
- Ca tombe bien, je kiffe les rebeus ! Hé, le Rimmel c’est vraiment de la merde, ça coule tout le temps.
- Mais t’as vu comment il a parlé aux trois du fond, aussi ?
- Qui ça ?
- Drama, Leyla et Ibtissem.
- Ouais, et alors ? Passe-moi ton gloss.
- Tiens. Ben, c’était trop chelou.
- M-D-R ! Alors, là, y’a rien à craindre !
- Faut se méfier d’elles, moi je dis…
- Tu blagues ? Tu nous as vus ? Et elles, tu les as vues, un peu ?? Excuse-moi, mais on joue pas dans la même catégorie, hein !
Tu es toujours dans la cabine. Tu ne bouge pas d’un cil. Tu fourres doucement ta main dans ta poche et stoppes ton i-pod en prenant soin de ne faire aucun bruit. Tu entends l’eau d’un robinet couler puis s’arrêter, le séchoir souffler, puis s’éteindre, du papier être déroulé et coupé, les talons qui raclent le sol, juste là, derrière la porte, à quelques mètres de toi.
- Franchement, Anissa, tu crois vraiment qu’un gosse-beau comme Billy serait intéressé par une meuf qui parle à personne, qui s’habille comme un bonhomme et qui est tout le temps collée à sa feuille comme une autiste ?
- Nan, mais, les nanas comme ça, ça cache bien leur jeu. Passe-moi ton Labello, Cassie.
- C’est quoi qui me va le mieux, à ton avis ? Quand j’ai les cheveux lâchés ou quand je les attache ?
Après quelques gloussements, le bruit des talons se dirige vers la porte, puis disparaît. Tu restes un moment immobile et pensive. Tu remets tes vêtement en place et quitte à ton tour les toilettes pour rejoindre Drama et Ibtissem qui doivent sûrement te chercher…
Dans le magasin de la station, le groupe d’élèves s’est divisé en deux. D’un côté les mecs, séparés eux-mêmes en deux sous groupes : Les geeks au rayon jeux vidéos et les vicelards au rayon anatomie. De l’autre côté, même processus pour les filles, enfin presque. Les morfales, c'est-à-dire Ibtissem, Drama et toi, allez sans plus attendre braquer le rayon frais comme dans « Ocean’s twelve » et vous vous approvisionnez en casse-dalle crudités comme si vous deviez nourrir des sans-papelards cachés dans la soute. Rien à cirer des kilos en trop, c’est pas un millimètre de fesses en plus ou moins qui va changer vos life.
Les autres nanas de la classe, dont Cassandra et Anissa, se sont instinctivement dirigé côté kiosque pour analyser les couv’ de magazines et commenter le look de Scarlett Johansson et les frasques de Tony P comme des scientifiques. Après avoir fait le plein alimentaire, place maintenant à la littérature. Arrivée au kiosque, Ibtissem se sert un Cosmopolitan et un Marie-Claire, Drama prélève un « Elle » et un « Vogue » et toi, désespérée de ne pas voir de mag’ Hip hop dans le présentoir, tu laisses ta main aller vers un « Glamour » parce que Sofia Boutella, la reine du Break Dance, est en couv’ et que son tailleur Cacharel casse des briques.
Au bout de vingt minutes, Mr Fauchon vient vous chercher. Vous retournez au car et reprenez la route en direction de Deauville. Il fait beau. Le trajet se passe bien et tu te tapes des royales barres de rire avec tes cop’s. Arrivés à destination, vous baignez vos pieds à la plage de Trouville et passez une bonne partie de l’après midi au bord de la mer. Vous vous baladez ensuite dans les petites ruelles normandes en prenant votre temps. Beaucoup d’antiquaires, de pêcheurs attablés aux terrasses des cafés, de rues pavées. Devant chaque église, bouleversé par tant de beauté, Mr Fauchon se passe à chaque fois les mains dans les cheveux comme un dramaturge débordé par l’émotion et garde ce sourire béat que vous lui connaissez lorsqu’il est aux anges.
Arrivés au centre ville, les mecs de la classe biglent sur les bolides rutilants qui défilent sous leurs yeux et commentent chacune d’elles d’un « celle là, c’est la mienne », pendant que les filles fondent de fièvre devant les vitrines de luxe. Y a pas à dire, le tailleur Dior assorti au sac Louis Vuitton est une tuerie. Les potes de Billy, eux, avec leurs dégaines d’arnaqueurs, passeront leur temps à draguer tout ce qui bouge et à se faire jeter en l’air comme des boules de bilboquet. Deauville vous appartiendra le temps d’un après midi et les regards de la bourgeoisie locale se tourneront vers vous à chaque fois plein de mépris, mais c’est rien, vous vous en foutez comme du débarquement Yankee en 44.
A la fin de l’après midi, Mr Fauchon flashera sur un restaurant avec vue sur le port dans lequel il proposera de s’assoir pour prendre un petit goûter.
- Venez, mes agneaux ! Prenez place dans ce mangeoire et commandez pitance, afin de clore cette mémorable journée !
Ni une, ni deux, toute la classe déboule à l’intérieur comme si c’était la salle de permanence du collège. Ca se met des chassés dans le sac à dos en entrant, ça danse le moonwalk, ça imite le cri de l’Iroquois, de l’aigle royal, ça s’insulte les mères, ça répète des couplets de Kery James en chœur, ça se court après, ça se roule par terre, bref, une tribu d’Apaches. Le patron vous regarde de travers mais ne dit rien jusqu’à ce que le bétail parisien s’installe côté vitrine. Mr Fauchon se tient debout comme un toréador près de vos tables et balance une punchline de fou au serveur, une main en l’air, l’autre sur la hanche.
- La carte du menu, tenancier ! Mes louveteaux ont le diable au ventre et pour le bien de cette taverne, je vous serait gré de vous dépêcher !
Les clients assis le dévisagent et scrutent ses habits de d’Artagnan. Certains le fixent longtemps, éberlués par le personnage, d’autres pouffent de rire en cachette. Ibtissem et Drama sont assises à côté de toi et se demandent ce qu’elles vont commander. Billy s’installe en face de toi. Ton cœur se met à cogner très fort, jusqu’à ce que Cassandra vienne occuper la chaise vide à côté de lui en posant la main sur son épaule. Anissa, ne trouvant pas de place à coté de sa copine, reste debout derrière elle.
- J’peux m’asseoir, Billy ? dit Cassandra.
- Vas y, mais y a pas de place pour ta copine.
- C’est rien, elle va se trouver une place. Allez, va t’asseoir là bas, Anissa, lui dit elle en tournant à peine la tête.
Celle-ci va s’asseoir quelques tables plus loin à côté des « intellos » de la classe sans rien dire, mais visiblement dégoûtée. Le serveur vient prendre la commande. Ce sera crêpes nutella pour tout le monde. Le moment est agréable, malgré le brouhaha. Chacun dégomme son assiette comme un carnassier, sauf Mr Fauchon qui reste debout à vous regarder avec un sourire bizarre et qui vous compte en déambulant entre les tables. Oui, Fauchon est un peu parano aussi. Il flippe toujours de paumer un élève. Pendant que tu dégustes ta crêpe, Drama et Ibtissem te racontent tout plein de choses, mais tu ne les écoutes que d’une oreille, du fait de la voix porteuse et les ricanements fréquents de Cassandra collée à Billy comme une sangsue. Elle commence à te taper sur le système. Tu essaies de l’ignorer en papotant fringues et télé avec tes copines. Drama parviendra à détourner ton attention et te faire mourir de rire en te raconter ses histoires à dormir debout, comme celle de son frère voulant faire rentrer le chat qui s’était enfui sur le palier et qui s’était retrouvé coincé sur le palier en slip après que la porte se soit claquée derrière lui. Ou encore celle de sa sœur qui voulait se faire un brushing, qui s’était cramée la moitié de la touffe avec le fer à lisser et qui a voulu faire croire à tout le monde qu’elle avait décidé de porter le hijab. Ibtissem était morte de rire en écoutant Drama qui, elle aussi, n’en pouvait plus. Après avoir tous bien ri et eu le ventre plein, Mr Fauchon est allé régler la note et êtes tous ressortis de là satisfaits.
En vous dirigeant vers l’autocar, la bande à Billy suppliera au prof d’aller marcher une dernière fois sur le sable de Trouville et celui-ci acceptera. Après quelques minutes à la plage, tu t’assoiras sur le sable et tu repenseras à ce qu’ont dit Cassandra et Anissa dans les toilettes de la station service. Ca te fera soupirer profondément et tu sentiras comme une douleur, un poids dans ta poitrine. Tu verras Cassandra tourner autour de Billy comme un satellite et Mr Fauchon, ce taré, se rouler dans le sable en riant tout seul. Tu regarderas la mer sans dire un mot, pendant qu’Ibtissem et Drama seront assises près de toi. Leur présence te fait du bien. Le vent fera remuer tes cheveux dans tous les sens. Tu te poseras beaucoup de questions et le vent soufflera un peu plus. Tu rabattras ta capuche quand le temps se rafraîchira, tu enfonceras tes écouteurs dans tes oreilles et tu t’allongeras sur le sable en fermant les yeux. Tu auras presque envie de pleurer, mais tu ne le feras pas. Le public aide à la dignité. Tu repenseras à ton papa longtemps. Tu penses toujours à ton papa quand ça ne va pas. Tu aimes tellement ton papa. Tu repenseras très fort à lui quand Wallen chantera « Dans le vent » au creux de tes oreilles.
Périphérique intérieur. Il fait nuit. Vous approchez de la Porte de la Chapelle. Le chauffeur a réussi à esquiver les bouchons de retour de week-end. Il a de la bouteille. La journée est passée à une vitesse folle. C’est déjà terminé et presque tout le monde dort dans le car. Tu es la seule réveillée au fond et l’album « Miséricorde » tourne encore dans ton i-pod. Il tournera jusqu’à ton quartier. Arrivée à Saint-Denis, tu monteras les six étages de ton immeuble avec Wallen aussi. Tu l’éteindras au moment d’embrasser maman et que papa t’ait serré dans ses bras après avoir fait sa prière.
Tu iras dans ta chambre et tu termineras tes devoirs, comme tu lui avais promis. Après ça, tu écriras un peu ta journée, tu la romanceras et tu le feras encore une fois de manière mortelle, malgré la fatigue. Tu tabasseras la littérature française dans ta piaule comme on savate une poucave dans un hall, puis tu iras te coucher sans manger, épuisée. Avant de fermer les yeux, tu enverras un sms avec un smiley en forme de cœur à Drama et Ibtissem, disant que tu as kiffé cette journée avec elles et que tu les aimes. Tu remets tes écouteurs et te laisse doucement emporter par le sommeil. Demain, y a cours.
« Douane de Melillia, papa tu es là. Nâam a sidi, nâam a sidi, zeyda fi França. Mon cœur, pauvre fou, chante autre chose. Ne vois-tu pas tous les soucis que tu me causes ? »
Leyla, tu es un prodige surgit du bitume. Une étoile qui brillera plus que les autres. Ta Story, celle d'une petite meuf à futurs succès colossaux et c'est moi qui l'écrirai.
Les prodiges effraient toujours le monde avant de les révolutionner.
Ne change pas, et sois à jamais fière de ce que tu es.
Le combat continue.
Khalid El Bahji.
Publié par Khalid El Bahji à 22:51:35 dans Les feuillets de Khalid El Bahji | Commentaires (3) | Permaliens
Publié par Khalid El Bahji à 17:23:33 dans Les feuillets de Khalid El Bahji | Commentaires (0) | Permaliens
Tu sais, j’étais comme toi. Je préférais toujours regarder les autres qu’être regardé. Applaudir que risquer ne pas être applaudi à mon tour. Me taire au lieu de parler, me rendre invisible plutôt que subir le supplice d’exposer mon physique à un essaim d’yeux comme des poignards, offrir ma voix brisée en pâture à des intelligences que je supposais plus vives, plus douées, plus chanceuses que la mienne. A l’école, au collège, au lycée. J’avais tout le temps peur. Peur des autres, peur de moi-même, de m’habiter, peur d’exister. Je n’avais ni le courage des bagarreurs ni le prestige des excellents élèves. Je préférais ne pas jouer que risquer perdre quand il fallait gagner. Ne pas lever la main en classe plutôt que donner une mauvaise réponse, ne pas sourire de crainte que celui-ci ne me soit pas rendu, sentir le désamour et par effet miroir le manque à combler, risquer finalement de traduire que je ne le méritais peut-être pas. Que je n’étais pas assez beau pour que l’on me sourit. Ne pas m’adresser à une fille de peur que me soit renvoyée une laideur que je croyais réelle et mienne. Qu’un malheur imaginaire auquel je croyais comme on croit en Dieu ne s’accentue et ne me fasse pleurer et donner envie de mourir. Je ne voulais pas pleurer. Je n’aimais pas pleurer. Oui, pleurer. Déshonneur suprême pour le garçon en baskets à scratch que j’étais. Un garçon, ça ne pleure pas. Opprobre pour le collégien en Lacoste, cet autre moi d’hier. Les cailleras, ça ne pleure pas. Fêlure et disgrâce pour mon visage marqué, les traits durs du mâle adulte que je suis devenu. Un homme, ça ne pleure pas. En vérité, je ne faisais que ça.
J’étais comme toi. J’avais peur. Peur de tout. Peur de dire non, de blesser, faire mal, causer la chagrin que je connaissais trop pour oser l’infliger, peur de devenir le méchant que je n’étais pas et que je n’avais jamais été, peur de devenir ce que j’avais toujours détesté. J’avais toujours peur. Peur d’échouer, de me tromper, d’être moqué, ressentir à nouveau le rejet, être humilié, que mes genoux flanchent, que la terre s’échappe sous mes pieds, disparaître comme j’avais toujours vécu, dans le silence et le vide, et ressentir la honte, celle qui enterre intérieurement et fait pleurer au fond de soi. Pleurer, encore. Ce que je ne voulais pas et ce qui pourtant menaçait à chaque fois de craquer comme le bois gonflé par la pluie. Je pensais que j’étais voué à l’échec constant, que je ne réussirai jamais rien, que j’étais né pour perdre et être malheureux. J’étais comme toi. Je pensais que je ne pouvais pas. Que c’était comme ça. Que j’étais vaincu.
« On a tous a raconter son conte de fée qui s’écroule et fait pleurer. Les gens s’en foutent pas, mais presque. Lentement, puis doucement »…
Puis, peu avant la vingtaine, j’en ai eu assez d’être celui qui « reste la main tendue, à mendier le bien », voulant croire à la gentillesse profonde des gens, croire qu’au fond personne n’est réellement mauvais, que la paix était possible en appliquant l’attitude de la paix, la douceur et la diplomatie, en écartant l’hostilité et les mauvais sentiments, l’hypocrisie et le mensonge. Mais c’était faux. Rien n’appelle plus au mépris des hommes que la sincérité, l’altruisme infini et la déférence. C’est triste, mais c’est ainsi et le réel est implacable. Je me souviens des nuits à interroger mon esprit au sujet des humains quand ce n’était pas mon miroir. « Tu respectes les gens Khalid, mais qui te respecte, toi ? Tu penses aux gens et te soucies d’eux plus que toi même, mais qui se soucie de toi réellement ? Tu t’inquiètes de ne blesser personne ni de ta main ni de ta langue, mais toi, qui t’a épargné, Khalid ? Voir une personne triste par ta faute t’enlèves le sommeil, mais qui a pensé à toi lorsque c’était toi qui mourrait de chagrin ? Lorsque tu étais là pour les autres, qui était là pour toi ? » Personne. Ou très peu. A mes dépends, j’ai fini par le comprendre.
La justice ne s’attend pas, elle se prend et s’applique par soi. Je ne voulais plus vivre à travers le regard des autres, attendre que l’on dise de moi que j’étais quelqu’un de bien pour le croire. Que l’on énumère mes qualités pour les faire miennes et les brandir en triomphe. Je devais devenir moi ou mourir tué par l’égoïsme du monde. Ecraser ou être écrasé. Tuer ou être tué. Envahir ou être envahi. Anéantir ou être anéanti. Les règles de la jungle, en somme. Je ne les aimais pas à l’origine, mais j’ai dû m’y plier contre mon gré. Instinct de survie. Je ne supportais plus la moindre forme de domination, quelle qu’elle soit. Je montrais les crocs quand ce n’était pas les muscles, ma noirceur quand ce n’était pas ma rage.
Je devais déployer la force pour dissuader n’importe quelle ordure de venir me chercher les poux. Rentrer dans le tas sans discuter quand il le fallait. Sorti de chez moi, je devais devenir fauve, être un animal féroce. Être sauvage et qu’on me laisse en paix plutôt que "civilisé" et accablé par des congénères sans limites. Dominant ou rien. Vivant ou mort. Ne plus jamais subir l’agression et ce pour l’éternité. J’avais tout tenté avant d’en arriver là et c’est donc avec un sentiment de légitimité et sans scrupules aucun que je me suis mis à cogner de façon réelle ou symbolique, mordre jusqu’au sang, rendre coup pour coup et même parfois frapper le premier. J’étais obligé. Et aussi paradoxal et déraisonnable que cela puisse être, le respect et la confiance en moi que je n’avais jamais eu ont été au rendez vous. Khalil Gibran disait « Combien noble est celui qui ne veut être ni maître ni esclave ». C’est beau et je confirme la vérité de cette noblesse. Mais, à notre époque, essayer de n’être ni maître ni esclave est le chemin le plus court vers l’asile psychiatrique. Et j’ai juré par Allah que plus aucun être humain ne me marcherait sur la tête sans devoir en payer le prix fort.
Je devais écraser l’adversaire quel que soit le domaine. « Je suis parmi les plus forts des hommes, parmi les plus beaux des Arabes, et je serai couronné un jour pour celui que je suis et non pas pour celui que l’on voudrait que je sois ». C’était devenu le credo et le monde s’est mit à changer. J’avais retrouvé en moi la confiance perdue et je n’étais plus dans la rêverie d’être le meilleur dans tout ce que j’entreprenais, c’était devenu une nécessité, je devais être numéro 1, car j’avais assez goûté à la défaite par le passé et c’est ce qui la rend encore plus intolérable aujourd’hui, même si elle peut parfois être salvatrice à condition que l’on ne s’y complait pas. L’échec peut être une bonne chose tant qu’il n’est pas érigé en religion, dogme et règle de vie. Les grands homme ont échoué aussi, mais ils n’ont jamais baissé les bras. Saladin n’a pas repris Jérusalem en une nuit. Mais il l’a reprit tout de même. Avec foi en Dieu et en soi. La confiance en soi appelle la confiance des autres. Le sentiment de sécurité intérieure inspire la sécurité aux autres par effet de contagion. J’ai changé ce qu’il y avait en moi et mon environnement immédiat s’est mit à changer.
« Allah ne modifie point l'état d'un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes » (Sourate Al Anfâl, verset 53)
Le but de ce texte est de convaincre les jeunes (ou moins jeunes) Noirs, Arabes et Blancs des ghettos français d’avoir la culture de la VICTOIRE et de L’EXCELLENCE, de changer la perception qu’ils ont d’eux-mêmes, sans verser dans l’arrogance la plus abjecte et la plus repoussante. De se convaincre que personne ici bas n’est plus méritant ou plus capable que vous (nous). Que personne n’a le droit de vous traiter comme des moins que rien sans en subir les conséquences directes. Vous devez faire trembler par votre détermination. Que la peur s’installe dans le cœur de ceux qui oseraient ne serait-ce qu’à penser vous mépriser. Que vous vous débarrassiez du moindre complexe encore persistant et de l’idée selon laquelle vous n’êtes que de pauvres indigènes n’ayant de glorieux mais lointain que l’islam. Oui, l’islam est glorieux, c’est une miséricorde et une faveur infinie d’Allah jusqu’à la fin des temps, mais l’islam nous enseigne aussi que tout en nous peut devenir glorieux ! Le choix nous appartient.
Toi qui me lis, tu peux ne pas comprendre un tel processus et la mécanique pouvant amener un agneau à devenir grizzly et je le comprendrai. Il faut le vivre pour le comprendre. Mais c’est mon cheminement, une partie de mon histoire. Il n’a pas pour vocation de devenir exemple, loin de là, car je suis aussi fait d’erreurs et de faiblesses tous les jours. Jamais je ne me présenterai devant vous comme un homme parfait et bien sous tout rapport, car ce serait faux. Mais c’est une façon parmi des milliers de « se récupérer soi même ».
Si tu ne le fais pas pour moi, fais le pour toi.
Que Dieu te protège.
Que l’amour te couvre.
Que la victoire te prenne pour épou(se)x.
Que tu ne sois plus seul(e).
Amine.
Tout part de l’amour.
Khalid El Bahji.
Publié par Khalid El Bahji à 16:38:44 dans Les feuillets de Khalid El Bahji | Commentaires (4) | Permaliens
Interview pour la revue "Les Souterrains" par Antoine de la Jobardise en direct live des toits de Paris.
Ambiance braco. Enfile ton passe-montagne, ton 501, ton Redskins et rejoins nous.
Viens conspirer, toi aussi.
On se retrouve là bas.
"Ils apprécient mes poèmes, demande à Benjamin Biolay"
http://les-souterrains.tumblr.com/post/19851769139/khalid-el-bahji
Khalid El Bahji
Publié par Khalid El Bahji à 19:52:40 dans Les feuillets de Khalid El Bahji | Commentaires (0) | Permaliens
Khalid El Bahji. Dresseur d'ours, cracheur de feu, tireur à l'arc à dos de bécane Suzuki. Ecrivain français. Couteau suisse avec un beretta sous le veston et une tête pas homologuée.
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