Pourquoi tous ces bateaux sont-ils morts
Amarrés aux ports d'îles rondes sans vie
Pourquoi tous ces bateaux sont-ils morts
Sous les cieux étoilés des tombes de pluie
La mer
L'écume fine des vagues surfile de blanc
Les horizons bleus pris dans la tourmente
Qu'embrassent les cieux chargés de vents
Et les eaux se dressent en femmes sirènes
Puis se retournent puissantes et rondes
En brodant de ci de là des points de croix
Un voile blanc s'évapore aux lumières diurnes
Couvrant l'îlot d'une robe légère et diaphane
Laissant là le drap en guise de linceul quand
La mer lourde de sel lance sans relâche son cri
D'amour aux hommes qu'elle épouse en vagues
Caressantes et douces avant le naufrage soudain
Au large, un tournoi de cormorans s'ébranle
Dans un vacarme d'enfer d'ailes et de pleurs
Je lance des fleurs à l'infinie beauté de l'eau
Et au souvenir encore brûlant des trépassés
Combien sont-ils, à jamais ensevelis ici bas
Dans les fosses marines aux lèvres de corail
La mer féconde la terre d'une fière semence
J'aperçois la frêle silhouette d'un trois mâts
Où se berce dans les bras d'une mer à l'infinie
Un petit enfant de sable et de pierres enlacés
Puis se cache amusé sous un lit bleu de deuil
A jamais disparaît sans la moindre cérémonie
Et le long de la jetée de vieux hommes silencieux
Versent à l'horizon un regard de sel et de larmes
Puis s'en vont rêver d'îles imaginaires et lointaines
Ni les sirènes ni les dieux d'un Ave ou d'un Pater
Ne troublent le silence sacré de la pieuse ville d'Ys
Quand un marin à jamais s'en va par dessus bord
Pourquoi tous ces bateaux sont-ils morts
Amarrés aux ports d'îles rondes sans vie
Pourquoi tous ces bateaux sont-ils morts
Sous les cieux étoilés des tombes de pluie
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