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Jeudi 02 octobre (90 km)
Malgré une petite nuit, nous
réussissons à partir de bonne heure. La chaleur vient
vite et aujourd'hui nous souffrons beaucoup de la pollution des
camions. Ca nous file un gros mal de gorge. Nous pédalons
presque tout le temps sur un faux plat montant, heureusement que l'on
a le vent dans le dos. Arrivée à Yazd à 11h, on
n'en peut plus. Nous sommes brulés, fatigués, affamés,
assoiffés. Nous cherchons de quoi manger, puis un jardin
public pour pouvoir nous reposer à l'ombre. Mais nous sommes
bloqués par le trafic intense, la route est complètement
bouchée, les trottoirs sont bondés ! il y a du monde
partout il est impossible d'avancer. En plus, Yazd est en plein
désert alors forcément, les jardins publics, ça
ne court pas les rues. Nous nous réfugions dans l'ombre d'un
bazar où nous ne restons pas longtemps vu l'ambiance étrange
qui y règne. Il y a un jeune garçon d'une douzaine
d'années qui est très violent, il frappe son père,
les commerçants, les autres enfants... Nous n'attendons pas
notre tour et nous préférons fuir ce lieu. Nous
trouvons l'hôtel Silk Road qui est très calme et pour
1,5 euros, nous pouvons passer la nuit au frais sur le toit. Nous
rencontrons Andréa et Martin ( www.silkroad-express.ch ), deux
Suisses qui voyagent aussi à vélo. Comme nous, ils ont
prévu de passer par Dubai. Leur visa étant bientôt
expiré, il vont se rendre à Bandar e abbas en bus ou en
train. Peut-être que nos chemins se recroiseront ...
Après un peu de repos et une
bonne douche, nous allons nous promener dans cette très
vieille ville. Nous nous perdons dans un labyrinthe de petites
ruelles et comme si les 90 kilomètres du matin ne suffisaient
pas, nous marchons des kilomètres pour retrouver l'hôtel.
Vendredi 03 octobre
Nuit agréablement calme sur le
toit de l'hôtel. Pas un bruit, pas un ronflement, pas une
messe, n'est venu perturber notre sommeil récupérateur.
Nous passons la matinée à flâner sur les
banquettes du jardin du Silk Road hôtel. L'après midi,
en allant visiter la ville, nous retrouvons Yah yah, un habitant de
Yazd rencontré la veille lorsque nous étions perdus
dans le labyrinthe de ruelle. Aujourd'hui, il prend le temps de nous
emmener dans tous les recoins magnifiques de la cité. Des
endroits que sans lui, nous n'aurions jamais pu trouver. Des toits
terrasses aux vues magnifiques, des vieux bazars et des ruelles dans
la pénombre, les tours réfrigérantes (ancêtres
des climatiseurs polluants), des vieux bains publics, et même
une chambre d'hôtel pour nuit de noces. C'est une très
belle suite nommée « Adan et Eve » avec
de belles peintures au mur et un plafond entièrement peint.
Les marches qui mènent à la chambre des jeunes mariés
sont d'une hauteur incroyables (au moins 40cm), puis dans la petite
chambre, pudeur musulmane oblige, deux petits lits.
Ensuite nous visitons le musée de l'eau, un bien très précieux dans le désert. Nous découvrons que pour bénéficier d'eau fraîche en plein milieu du désert, les anciens ont creusé des dizaines et des dizaines de puits depuis les montagnes environnantes, ensuite, au fond des trous, ils ont creusé des canaux souterrains afin d'acheminer l'eau fraîche jusqu'en ville.
Samedi 4, dimanche 5, lundi 6 et Mardi
7 octobre.
Nous flânons dans l'hôtel.
NE RIEN FAIRE !!! Comme c'est bon !!! Nous passons des heures à
discuter avec d'autres voyageurs comme Belinda et Patrick, les deux
Australiens en moto, il y a aussi la famille Zegrodzki qui voyage en
bus et train avec deux énormes valises de cours pour les
enfants. Nous retrouvons aussi la famille rencontrée en
Turquie, qui voyage dans leur célèbre camion renommé
Baobab. Le couple d'allemands de Munich, Gertie et Milos qui voyagent
aussi en train et bus.
Cédric : « Alice a une dent douloureuse depuis une semaine. On ne sait pas vraiment ce que valent les dentistes iraniens, alors nous appelons l'assurance pour savoir. Les démarches sont assez compliquées alors Ali le gérant de l'hôtel, nous emmène dans une clinique. Pour 1,50 euro la consultation et 2 euros la radiographie de la dent douloureuse, on se passera de l'assurance. C'est une expérience assez intéressante pour moi mais moins pour Alice. Dans le cabinet de dentiste il y a 4 fauteuils de consultation, deux dentistes plus un troisième en congé qui vient taper dans le dos de ses collègues en pleine consultation. Il y a aussi 3 jeunes assistantes. Comme le dentiste qui s'occupe d'Alice ne voit rien, il décide de prendre une radio de la dent probablement fêlée. Les trois spécialistes se penchent au dessus de la bouche d'Alice et débattent, que vont-ils y faire, une piqûre, arracher la dent ? Rien de tout cela ! Le dentiste prescrit un simple dentifrice ».
Pendant notre séjour à
Yazd, nous découvrons aussi un sport national très
étrange. Moitié religieux, moitié danse, ce
sport se joue dans une petite arène, sous un dôme
ressemblant à celui d'une mosquée. Les sportifs ont
entre 8 et 65 ans, pèsent entre 20 et 150 kilos. Ils
s'installent en cercle et l'un d'eux se met au milieu pour guider les
autres. Sur une estrade, 2 musiciens équipés de
Djembés, ont un coran ouvert sous les yeux. Ces derniers
commencent à réciter ce qui ressemble à des
versets du Coran puis l'un d'eux se met à chanter et à
taper sur son instrument. Les sportifs se mettent aussitôt en
mouvement. Ils commencent par effectuer des pompes et des mouvements
du cou et du derrière en rythme avec la musique, puis ils se
mettent debout et s'échauffent tous les muscles et
articulations toujours en musique. Lorsqu'ils sont bien chauds, la
musique s'accélère et ils se mettent à tourner
sur eux même très vite très vite, les uns après
les autres. Ensuite ils font tourner autour de leur tête de
grosse masses en bois. A la fin de la séance, il sont
complètement en transe, certains tournent, pendant que
d'autres se roulent par terre et d'autres agitent au dessus de leur
tête, des espèces d'énormes arcs en acier avec
des dizaines de disques métalliques accrochés au cable.
Zoom sur Ali, le gérant du Silk Road Hôtel :
En faisant halte à Yazd, nous avons rencontré Ali, un gérant d'hôtel particulièrement sympathique. Il nous explique qu'en Iran, l'agriculture Biologique n'existe pas et que la situation sanitaire est absolument catastrophique. Aucune réglementation n'est appliquée et on explose les doses d'hormones au sein des élevages industriels de volailles. On utilise sans aucune protection des produits chimiques extrêmement dangereux et probablement interdits maintenant en Occident. Lui et sa famille sont propriétaires d'une exploitation agricole. Son oncle qui travaille, ou plutôt travaillait en serre, utilisait les pesticides à foison. Aujourd'hui, il est atteint d'un très grave cancer dont l'origine est connue car ce n'est pas un cas isolé. De nombreux paysans souffrent des mêmes maux.
L'utilisation de certains produits chimiques a augmenté en même temps que la résistance des ravageurs et le nombre de cancers. Aujourd'hui certaines cultures sont tellement traitées que les fruits ne sont mêmes plus comestibles.
Depuis 3 ans, Ali est CONVAINCU qu'il est nécessaire de changer les modes de production. Il veut stopper le plus rapidement possible l'utilisation de tous les pesticides dans son exploitation familiale et la convertir à l'agriculture biologique. Il recherche quelqu'un pour faire de la pédagogie auprès des paysans et présenter des moyens de lutte biologique contre les maladies et ravageurs (prédateurs, pièges).
Malheureusement, nous vérifions ses dires lorsque nous reprenons la route vers le Sud. Nous pédalons d'abord à proximité d'une zone maraîchère où des ouvriers passent entre les rangs de légumes, la tête dans un nuage toxique, la pompe à traiter dans le dos et aucun équipement de sécurité. Leur tenue de travail se résume à un tee-shirt, un pantalon et des sandales.
Quelques kilomètres plus loin, nous passons dans une grande zone de culture de pistaches. Dans de nombreuses parcelles, l'herbe a été empoisonnée à grand renfort de glyphosate. Vive le Roundup ! Vive les pistaches ! Vive Monsanto !!!
Publié par alice.cedric à 19:30:44 dans Carnet de route | Commentaires (2) | Permaliens
Dimanche 28 septembre (25 km)
Cédric : « C'est
reparti !!! Enfin pas tout à fait... car pendant le petit
contrôle habituel des vélos avant le départ, j'ai
explosé une chambre à air en la regonflant. C'est au
niveau de la valve que la chambre s'est déchirée. Non
seulement c'est irréparable, mais en plus nous n'avons plus de
chambre de secours. Je prends donc le vélo d'Alice et part à
la recherche d'un magasin de cycles. Bien avant d'en être au
point de prier Dieu, je trouve une boutique avec des chambres à
air de qualité et de bonne dimension. J'en achète 2 et
mon vélo est rapidement sur pneus ».
Le souci, c'est qu'il fait chaud
maintenant et partir sous le soleil de midi, c'est la garantie d'être
cuit à point au bout de 20 km. Nous décidons d'attendre
dans le parc. Nous mangeons, faisons la sieste, puis nous prenons une
douche dans les toilettes (décidément, les toilettes
des pays musulmans sont très pratiques pour les voyageurs.
Elles sont souvent équipées d'un petit tuyau pour se
nettoyer les parties intimes.)
Cédric : « Plusieurs
personnes viennent nous déranger pendant la sieste, pour nous
demander d'où nous venons, nous proposer à manger, ou
comme cet homme qui m'offre un beau mouchoir en tissu (ça tombe
bien, le mien est en lambeaux) ».
A 16h, nous partons pour à peine
2 heures de vélo, la nuit tombant à 18h, nous ne
pourrons guère faire plus de 20 km, le temps de sortir de la
ville. C'est formidable, nous avons le vent dans le dos. Par contre
il y a un trafic de fous et on ne compte plus le nombre de chauffards
qui nous filment avec leur téléphones portables tout en
conduisant. Peu avant 18h, nous trouvons une bonne place pour dormir.
Loin de la route, au pied d'une montagne, à proximité
d'un village, d'un cimetière et surtout d'une mosquée
(et qui dit mosquée, dit toilettes et eau). Nous pensions être
tranquilles, mais un enterrement à ramené de nombreux
curieux autour des vélos. Ils nous posent les questions
habituelles et nous demandent où nous allons dormir cette
nuit. Quand on leur répond « Ici, au pied des
montagnes », ils ont l'air affolés et refusent de
laisser ''2 touristes de valeur'' dormir avec les animaux sauvages.
C'est donc Mohammed qui nous invite chez lui. Il habite dans le coeur
du village avec toute sa famille. Il nous met à disposition
une maison toute entière inhabitée, où il y a
une grande salle, de l'eau, une douche, de la lumière, bref,
le luxe. Au début, c'est le défilé de tous les
membres de la famille proche, les frères, les soeurs, le père
la mère, le grand-père, la grand-mère. Puis tous
les cousins, voisins et amis. Heureusement que la pièce est
grande car nous sommes 55. Ils nous offrent des grenades, puis du riz
et un plat difficile à manger, voire impossible à cause
de la très forte odeur de la vieille viande de mouton.
C'est une famille très croyante
et d'une gentillesse incroyable. Ils sont gênés et
s'excusent tout le temps de ne pas pouvoir nous offrir plus, alors
que nous avons tout ! Ils nous ramènent un grand tapis, des
coussins, des fruits et de la boisson.
Le lendemain matin, ils se lèvent
exprès pour nous voir repartir et nous souhaiter bon voyage.
Lundi 29 septembre (77 km)
On attaque la journée avec le
vent de face et une pollution terrible. Sur plus de 20km, nous
évoluons dans un nuage toxique qui nous pique le nez et nous
irrite la gorge. S'il n'y avait pas la fraîcheur matinale, nous
pourrions croire être tombé en enfer. L'horizon est
bouché par la fumée gris-noire des industries
sidérurgiques, des raffineries de pétrole, du trafic
phénoménal de camions, il y a des arbres morts, des
mares de pétrole avec des déchets d'emballages
plastiques flottants, une carcasse de bovin qui se fait nettoyer par
des corbeaux.
Nous sommes heureux quand nous quittons
cette zone et quand vient le désert. Pendant le plus chaud de
la journée nous faisons halte dans un village, mais la sieste
est en partie gâchée par la découverte d'une
magnifique épingle à nourrice enfoncée dans le
pneu arrière du vélo d'Alice. A 16h, nous repartons
histoire d'avancer encore un peu avant la nuit. Nous installons le
campement sur le sable du désert, en bordure d'un village. Les
enfants viennent nous voir. Nous les entendons répéter
des phrases toutes faites en anglais mais ils n'osent pas nous
parler. Alors nous leur répondons et ils s'en vont en courant
et criant, satisfaits de la réponse.
Cédric : « En partant
dans le village en quête d'un peu d'eau, les enfants me
poussent dans la mosquée. Il y a effectivement une fontaine
avec de l'eau fraîche. L'Imam, d'une trentaine d'années
parle un peu anglais et me pose des questions sur le voyage. Il se
fait une joie de répéter les réponses aux
enfants tous très attentifs. De retour au campement, quelques
uns des garçons reviennent me chercher, soi-disant que l'Imam
voudrait me parler. OK j'y vais. Le problème, c'est que c'est
l'heure de la ''messe'' et je ne me sens pas de rentrer en plein
office. Les enfants me font patienter dans la grande cuisine de la
mosquée et le culte n'en finissant pas, je leur explique qu'il
fait maintenant nuit et que je ne peux pas laisser Alice toute seule.
De retour à la tente, nous pouvons enfin manger. A peine
commencé, nous voyons une petite lampe torche approcher. C'est
l'Imam et tous les enfants qui nous apportent de la nourriture. Il
nous explique qu'il m'avait fait appeler simplement pour nous
proposer de manger avec eux, mais constatant que je préférais
la froideur nocturne du désert, il a décidé de
nous apporter le repas ''à domicile''. Nous goûtons à
cette purée jaune aux ingrédients inconnus. L'aspect
caoutchouteux, ce doit être le fromage fondu. Il doit y avoir
des pois et aussi des patates. Le goût infâme qui rend la
mixture immangeable, ce doit être encore de la viande de mouton
qui a trainé au soleil. Une fois seuls, alors que je finissais
de dissimuler les restes de la plâtrée dans un trou dans
le sable. Le cri d'Alice faillit me faire mourir. En voulant ranger
le réchaud, elle à découvert un joli scorpion à
côté de la bouteille d'essence».
Alice : « Cédric
était parti avec une pauvre lampe presque éteinte dans
la nuit noire pour enterrer cette mixture infâme. Heureusement
sur les quatre assiettes qui nous étaient présentées,
seule une, est restée avec nous! Merci mon Dieu pour ces
quelques pâtes déjà prêtes qui nous ont
servis de prétexte pour ne pas prendre les autres assiettes.
Pourquoi mettent-ils de la viande? Cela serait si bon sans ! Bref
revenons à cet enterrement dans le désert. C'est
marrant car 10 minutes avant on se demandait si notre pelle pliable
n'était pas de trop dans nos sacoches (elle ne nous avait pas
encore servie !). Il creuse, j'arrive avec ma lampe frontale presque
éteinte elle aussi. Tout devient alors sombre autour de nous.
Et là, la nature me devient hostile, je regarde bien le sol où
je mets mes pieds. Je retourne rapidement à la tente qui se
trouve à 10 m pour vite tout ranger et me calfeutrer dans la
tente à l'abri de toutes bêtes. Cédric se fiche
pas mal de moi en me disant que nous aurions bien de la chance de
voir un scorpion car il y en a probablement un au kilomètre
carré ! Cela ne me rassure qu'un peu, surtout quand je vois
avancer un drôle, noir et gros insecte (style Lucarne
Cerf-volant) près de la bouteille d'essence du réchaud.
Avec mes yeux de myope mal aidés par le faible éclairage,
je m'approche de la bestiole à 40 cm de mon nez. Et là
au lieu de garder mon calme, je panique et appelle Cédric pour
lui dire que nous avons un nouvel hôte qui ne nous posera pas
de questions. Je crie un peu fort, trépigne, et enfin Cédric
arrive ayant accompli sa tâche. Et oui, c'est un beau scorpion,
quelle chance nous avons sur un kilométre carré, il
vient à nos pieds! Bien sûr Cédric ne peut
s'empêcher de prendre des photos. Puis arrive une moto avec
deux hommes dessus qui nous disent de partir et d'aller dormir près
de la mosquée. Nous leur montrons le scorpion et l'un l'écrase
directement avec son pied. Désolés les amoureux des
bêtes mais là, je n'étais pas mécontente
du geste. Ensuite nous avons pris nos clics et nos clacs pour
décamper, moi en trépignant de plus en plus car nos
lampes faiblissaient et que j'avais peur de retomber sur un scorpion,
même s'ils sont peu nombreux? Heureusement un gars avaient un
téléphone portable lampe torche et au bout de 10
minutes, nous nous sommes retrouvés sous les yeux des deux
imams préférés du pays. Le choix est difficile
entre les scorpions et eux mais bon! Nous sommes dans un magasin pour
vendre des produits de l'Islam (CD de prières, livres,...) et
la vitrine nous laisse apparaître comme à Amsterdam. On
fait un paravent avec la bâche des vélos et tout va
bien. A 4h00 du matin, on est réveillés en sursaut par
la prière de la mosquée car ici tout le monde en
profite et tout le monde a le droit d'être fatigué pour
la bonne cause. C'est un cauchemar les yeux ouverts et cela dure au moins
une heure. Le son est horrible et très fort. Même à
la maison, nous n'écoutions jamais la musique si fort sauf
lors de soirée. Le réveil une demi-heure (5h30) plus
tard pour partir à la fraîche est difficile ».
Mardi 30 septembre (57 km)
Le décollage est difficile.
Définitivement, nous devons oublier ce que signifie liberté
de culte ou de non culte. Ici, la messe réveille tout le monde
et est entendue par tous. Empêcher les gens de dormir, pour les
obliger à participer aux cultes, c'est une bonne méthode
pour les fatiguer et les empêcher de réfléchir.
A peine sur la route qui monte qui
monte qui monte, un homme en mobylette nous accoste et nous pose les
mêmes questions que tout le monde. Lorsqu'il sort son
téléphone, exceptionnellement, ce n'est pas pour nous
photographier, mais pour appeler un frère (cousin ou ami,
c'est pas clair cette histoire) qui habite Na'in, la ville où
nous nous rendons. Il me passe le téléphone et tout en
roulant, j'essaye de comprendre ce que l'on me dit. Tout ce que je
réussis à capter, c'est que quelqu'un nous attend à
Na'in pour visiter la ville et nous trouver un hébergement.
Nous n'aimons pas beaucoup ce genre d'initiative. L'homme à la
mobylette n'est autre qu'un rabatteur et nous ne savons pas qui nous
allons trouver à Na'in.
Après plus de 2h30 d'ascension
vient le moment de la récompense : la descente de 30
kilomètres !!! Avec des pointes à 70 km/h dans
l'aspiration des camions, puis une moyenne de 40 km/h jusqu'à
Na'in, nous y sommes à 10h30. Mahmoud nous attend sur le bord
de la route et nous demande de le suivre. C'est assez étrange
comme sensation, car nous avons l'impression que tout était
organisé depuis longtemps, que Mahmoud nous attendait
précisément aujourd'hui. Il commence à nous
promener dans la ville à vélo à la recherche
d'un bon endroit pour camper. Il nous propose la Mosquée
(comme de bien-entendu), mais quand il voit nos têtes, il
comprend rapidement qu'il va falloir trouver autre chose. Il nous
trouve donc une auberge à touristes. Le patron n'est pas là
mais le réceptionniste accepte que l'on y gare les vélos
le temps d'une balade en ville. Nous découvrons vite que
Mahmoud est très croyant et qu'il ne servira à rien
d'entamer un débat sur les religions avec lui. En début
d'après midi, il nous laisse enfin seuls pour que l'on puisse
manger et nous reposer. De retour à l'hôtel, nous
demandons au patron s'il est possible de camper dans le jardin. Il a
l'air d'accord mais téléphone à quelqu'un
(peut-être pour voir s'il y a quelques chose de mieux...). Il
nous donne rendez-vous à 13h30 à la réception
pour rencontrer un ami. Point. Sur ce mystère, il nous ouvre
une pièce où sont rangés des matelas, il nous
étend une couverture, branche la clim, nous laisse les clefs
et nous souhaite bon appétit et bonne sieste. A 13h30, on
cogne à la porte, c'est l'homme de notre rendez-vous, un vieux
guide de la région qui nous raconte de belles histoire
notamment la rencontre avec sa femme. Allez, puisque c'est une belle
histoire, nous allons vous la raconter en raccourci. « J'avais
10 ans, commence t'il, perché sur mon vélo, je roulais
dans le village quand une jolie demoiselle me jeta un caillou afin
d'attirer mon attention. J'ai ramassé le caillou que j'ai
gardé précieusement dans 5 boîtes. Un jour, je
lui ai offert les boîtes. Elle a ouvert la première
boîte dans laquelle il n'y avait rien d'autre qu'une deuxième
boîte dans laquelle il n'y avait rien d'autre qu'une troisième
boîte, dans laquelle il n'y avait rien d'autre qu'une quatrième
boîte dans laquelle il n'y avait rien d'autre qu'une cinquième
boîte dans laquelle il n'y avait rien d'autre qu'un petit
caillou. Qu'est-ce que c'est, me demanda-t-elle ? et je lui répondis
simplement qu'il faut se méfier car quand on lance un caillou
sur quelqu'un, il fini toujours par revenir. J'ai demandé sa
main et nous nous sommes mariés ». Ce monsieur nous
a semblé bien sympathique et nous a proposé une visite
avec un groupe de touristes. Malheureusement nous lui avons précisé
que nous avions rendez-vous avec Mahmoud. Il nous a demandé
d'être vigilants car même si récemment, il a été
inscrit sur le guide touristique Lonely planet, ce n'est pas un guide
officiel. Il nous a demandé simplement d'être méfiants.
16h30, Mahmoud est là pour la visite. Il se fait accompagner
d'un copain. Nous commençons la balade et dans une petite
ruelle, nous croisons des enfants. Il prend une fillette dans ses
bras, lui fait des bisous et nous dit qu'il aime beaucoup les
enfants. La fillette ne semble pas l'apprécier. Il veut
prendre des photos de nous avec les enfants, mais ces derniers n'en
ont pas envie. Il prend notre appareil et photographie alors que les
petits font la gueule. Ensuite nous passons à coté de
ruines très intéressantes sur lesquelles on ne
s'attarde pas pour rester longtemps sur un château d'eau dont
nous connaissons déjà le fonctionnement. Nous finissons
par visiter la mosquée et là il se prend le bec avec un guide
turc. Nous ne savons pas trop quoi penser, nous n'avons pas bien
compris ce qui s'est passé mais l'ambiance n'est pas bonne. De
retour à l'hôtel, il s'en va sans dire un mot au gérant.
Visiblement, ils ne s'aiment pas beaucoup. Par contre nous, avec le
gérant de l'hôtel, sa femme et son fils, le courant
passe très bien. Il nous semble être quelqu'un de très
honnête et nous passons un bon moment à discuter.
Mahmoud nous dit qu'il va revenir ce soir, mais nous ne savons pas
pourquoi faire, nous lui expliquons que nous mangerons de bonne heure
et que nous nous coucherons tôt et pas après 21h00. Il
revient et laisse entendre qu'il va manger avec nous. Nous préparons
donc à manger pour 3. Le repas presque prêt, le gérant
et sa famille nous apporte du riz cuit et une soupe de légumes
absolument délicieuse. Entre eux et Mahmoud, pas un mot et une
ambiance électrique. Pour rompre le malaise, Mahmoud part
acheter quelque chose à boire. Lorsqu'il revient avec son
copain, le gérant s'en va. Drôle d'ambiance. Il nous
explique que ces gens là sont jaloux de lui. Mouai... Nous ne
savons pas si son copain veut manger avec nous, nous n'avons que 2
couverts, nous sommes 4, c'est le flou complet. Après le
repas, il souhaite que nous l'accompagnions jusqu'à son magasin
d'informatique.
Cédric : « Alice
reste auprès de la tente et moi, je file avec les deux gusses.
Mahmoud a envie d'aller aux toilettes, il prend donc un taxi pour
aller plus vite à son magasin. Ce que je ne comprend pas,
c'est pourquoi nous n'avons pas pris le taxi tous les trois? c'est le
même prix ! En plus son compère qui me dit de marcher
plus lentement! Pourquoi? Devant son magasin, Mahmoud surgit de
derrière un muret et l'air de rien, ouvre sa boutique. A
l'intérieur, sur les murs, un poster du président, des
photos d'Imams, des cadavres de djihads, des versets du Coran...
Drôle de boutique. Il allume son ordinateur et me demande s'il
peut avoir les photos de la visite de mon appareil car le sien
n'avait plus de batterie. Il souhaite aussi avoir une photo souvenir
de nous sur nos vélos. Un peu entreprenant, il regarde mes
photos et bien sûr les trouve très belles. Il décide
de tout copier sur son ordinateur. Je ne suis pas d'accord et lui
demande d'effacer certaines photos. Ce qu'il fait avec plaisir,
sachant qu'une fois dans la corbeille de l'ordinateur, il n'aura plus
qu'à restaurer les images pour pouvoir les revoir. Il me
montre plein de photos d'autres touristes qui sont passés à
vélo.
Je n'aime pas du tout sa façon
de critiquer mes photos où des filles sont sans voiles dans
les maisons, ou bien lorsque Amad danse comme un fou dans le bus.
« Ce n'est pas bien, ce n'est pas des bons musulmans sur tes
photos, dit-il ». parce que lui est irréprochable ?
J'en ai marre et je lui dis que je veux rentrer. Il me demande s'il
peut utiliser une de mes photos pour son exposition « L'Iran
vue par les touristes étrangers ». Au point où
j'en suis je lui dit que oui. »
Sur qui sommes nous tombés ?
Mercredi 1er octobre (90 km)
Aujourd'hui est un jour spécial.
Le ramadan est terminé !!!! Nous allons pouvoir découvrir
l'Iran sous un autre jour. La traversée du désert est
une vraie partie de plaisir. Ligne droite, route plate, vent dans le
dos. Seul point noir, la chaleur et le soleil brûlant qui nous
oblige à nous tartiner de crème solaire. Lors d'une
pause dans une station service, nous en profitons pour demander un
peu d'essence pour le réchaud.
Cédric : « Un homme
qui venait pour faire le plein de son auto m'en a filé au
moins 3 litres, alors que je ne pouvais en accepter que 0,75. Le
reste est parti sur ma figure, mes habits et par terre. L'essence est
tellement peu cher ici qu'ils se permettent de la gaspiller comme
ce n'est pas permis. »
Au moment de repartir, un 4x4 de la
police s'arrête à 10 mètres de nous. Un gros
policier, sans descendre de son véhicule, nous fait signe
d'approcher. Ca y est, nous allons avoir une escorte jusqu'à
Bandar-e Abbas. Il nous demande nos passeports, écrit nos
noms, notre destination, notre n° de passeport, nos dates de
visas... Il est vraiment très désagréable et
nous repensons à ce que nous à dit Mahmoud hier : «
je vais prévenir la police de votre passage, pour votre
sécurité, c'est mieux. Et si vous voulez, vous pouvez
avoir une escorte. C'est vraiment bien une escorte, surtout pour vous
qui dormez dans le désert, il y a plein d'animaux sauvages ».
Après avoir pris ses
renseignements, le policier nous fait signe de déguerpir.
Comme nous ne repartons pas assez vite à son goût, il
revient à côté de nous et du haut de son 4x4, il
nous ré-ordonne de déguerpir. Comme nous n'aimons pas
ces manières et que nous sommes pacifiques, nous lui faisons
comprendre que nous partirons quand nous le voudrons. Devant lui,
regards croisés, nous commençons à nous étaler
de la crème solaire sur le visage, telles des peintures de
guerre de clowns. Cela ne l'amuse guère, il laisse tomber et
s'en va sirène hurlante.
Ce matin, il fait plus chaud que les
jours précédents. A midi nous sommes cuits et nous ne
pouvons plus avancer. Un genre de mosquée au dôme bleu
se dresse devant nous. A l'intérieur, il y a un parc avec des
jeux pour enfants, une fontaine d'eau fraiche et tout autour de la
cour, des pièces où des familles préparent à
manger. Ca ressemble à un caravansérail. Avec nos visages
déconfits, des hommes prennent pitié et déménagent
une place à l'ombre pour nous. Après avoir comblé
le vide de notre estomac par les restes de nouilles de la veille,
nous entamons la sieste. Comme il fait très chaud et que nous
sommes assez crasseux, nous allons prendre une douche. Problème,
l'eau est salée.
Nous essayons de nous coucher tôt,
mais c'est toujours difficile lorsqu'il y a des gens autour.
Forcément, en tant qu'étrangers propriétaires de
drôles d'engins, nous attirons l'oeil et la sympathie. Le petit
vieux qui entretient les locaux a invité toute sa famille, ils
sont au moins quarante.
Cédric : « Pendant
qu'Alice reprend sa fonction de maîtresse avec les nombreux
enfants, je discute avec les hommes de la famille. L'un d'eux, Sahid,
a été jusqu'à récemment, capitaine de
bateau entre Bandar-e Abbas et Dubaï. Il nous explique qu'il n'y a
aucun soucis pour nous rendre à Dubaï. Par contre, les bateaux
pour l'Inde transportent uniquement de la marchandise. Selon lui il
est possible de négocier directement avec le capitaine et de
mettre les vélos dans des caissons ».
Après le thé et la séance
photos, nous pouvons enfin nous coucher.
Publié par alice.cedric à 19:18:05 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
Samedi 20 septembre
Grasse matinée. Aujourd'hui,
nous pensons prendre un bus pour sortir de Téhéran et
aller à Kashan. Manque de pot, on passe du temps sur Internet,
on discute avec Reza et nous retrouvons Shahin qui nous remmène
en ballade l'après midi. A 17h, nous sommes prêts à
partir mais il est trop tard. Il y a 3 heures de bus, ce qui nous
ferait arriver à la tombée de la nuit et nous savons
par expérience que c'est une très mauvaise idée
de chercher un endroit pour dormir lorsqu'il fait nuit. Nous
accompagnons donc Shahin à son cours de mythologie Perse et
nous retrouvons par hasard des personnes rencontrées quelques
jours plus tôt. Notamment Hamad, un jeune super dynamique qui
aime énormément s'amuser. C'est d'ailleurs lui qui
avait organisé la journée de Disco-Bus. Il nous invite
à venir diner chez lui. Nous acceptons mais nous savons qu'il
va falloir rentrer tôt car nous aimerions partir tôt le
lendemain. Chez lui, on est très croyant. Les femmes sont très
gentilles mais cachées sous des draps, on ne voit que leurs
yeux et leur bout du nez. Il n'y a que sa cousine, artiste connue en
Iran, qui ne porte pas de voile à la maison. Le repas est
succulent mais nous avons de plus en plus de mal avec la viande. Nous
en mangions déjà très peu voir
exceptionnellement en France, mais alors là toute cette viande à
toutes les sauces et à tous les repas, ça fini par
vraiment nous écoeurer. A la fin du repas, Ahmad met de la
musique actuelle iranienne et commence à danser comme un fou,
puis il nous invite à danser aussi. Un peu hésitant
d'abord, nous avons ensuite improvisé une scottisch sur fond
de musique dance et nous avons enchainé avec les chants
traditionnels du Berry. Plus tard, en nous raccompagnant jusqu'à
nos vélos, il nous dira que c'est une journée spéciale
religieuse et il est interdit de faire de la musique et de danser ce
jour précis. Sa famille va probablement le passer à
tabac à son retour « mais, nous dit-il, je suis
musulman aussi, mais je ne veux pas d'une religion qui m'interdise de
m'amuser. Je ne fais rien de mal ».
Dimanche 21 Septembre (20 km)
Debout à l'aube, nous faisons
nos adieux au jardin de l'association Espéranto Iran et nous prenons
la route vers la gare des bus au Sud de la ville. Nous roulons sans
souffrir du trafic monstrueux de Téhéran. Bizarrement,
nous avons remarqué un genre de « pause »
autour de 7 heures du matin. Est-ce à cause du ramadan ? Est-ce
le moment de la prière ? L'heure du dernier repas avant la
journée de jeûne ? Il y a tellement peu de circulation
que des poules picorent les poubelles sur la route. Dans le bus pour
Kashan, on nous offre un petit breakfast composé
essentiellement d'emballages plastiques. Il y a un sachet plastique
avec dedans un gobelet plastique, un bonbon emballé, un petit
paquet de biscuits sous plastique. Ensuite on nous donne une paille
en plastique emballée, pour boire un berlingot de jus d'orange.
Arrivés à Kashan, on découvre que nos vélos on été maltraités dans la soute du bus. Des gros sacs de voyage ont été posés sur nos deux vélos déjà couchés l'un sur l'autre.
En plein dans la ville, il semblerait
que le camping soit difficile. Nous décidons d'aller à
l'hôtel. Comme cela, nous pourrons aussi laisser les bagages et
aller nous balader. Deux hôtels s'offrent à nous, l'un
très cher mais très propre, l'autre à un prix
raisonnable mais très sale. Finalement on prend le très
sale et qu'est ce qu'on regrette !!! Draps dégueulasses, table
couverte de jus collant (on ne peut rien poser dessus), moquette
encore plus crade, trognons de pommes séchés sous le
lit, squelette de gros cafards et cafards bien vivants dans les
toilettes, ventilateur rouillé prêt à nous tomber
sur la tête... L'endroit rêvé pour se reposer! Et
on ne vous parle pas du maître d'hôtel et de son problème
psychologique avec les liens familiaux, car ayant perdu ses parents
dans un accident de bus, il a dû vivre un grand manque affectif
au point de nous obliger à devenir son frères et sa
soeur ! « You sister me, and you brother me, me brother
you my sister brother me » répétait-il
maladivement.
Nous nous sommes évadés
de l'hôtel dès que possible pour aller visiter la ville.
Le bazar, les maisons traditionnelles et les petites ruelles.
Lundi 22 septembre (15 km)
Nous voulons décamper de bonne
heure mais manque de pot, le pneu arrière du vélo de
Cédric est crevé par un bout de métal. Nous
devons réparer dans l'hôtel sous les yeux de notre
« frère » toujours aussi mal dans sa
peau. Nous l'avons vu sortir un aspirateur, mais juste pour faire
croire qu'il fait le ménage, car en vérité nous
l'avons vu refaire notre chambre sans rien changer ; même
draps, même crasse. En route vers Fin Garden, un célèbre
jardin où fut assassiné par ordre du roi, le premier
ministre Amir Kabir (un monsieur très aimé des Iraniens
encore aujourd'hui car il souhaitait plus de liberté au
peuple), nous créons des bouchons. Des dizaines de voitures
nous filment et nous prennent en photo (vive le téléphone
portable, fléau des temps modernes), il y a notamment une
voiture pleine de jeunes hommes qui nous filment et nous suivent sur
plus de 10 kilomètres. Devant les portes du jardin, des
policiers nous informent que c'est fermé aujourd'hui à
cause d'un jour religieux (deuil national, mort de l'Imam Ali). Un
monsieur très gentil se démène pour essayer de
nous faire ouvrir la porte, il parlemente très longuement avec
les policiers, expliquant que l'on vient de loin, en vélo,
pour voir ce jardin... Finalement au bout d'une demi-heure, il
revient nous voir complètement désolé. Il nous
explique qu'il déteste le gouvernement de son pays exactement
pour cela et qu'il espère que cela va changer bientôt
car il ne supporte plus cette vie.
Nous ne lui en voulons pas du tout et
le remercions pour son aide, puis ramadan ou pas, nous avons faim.
Cette fois ci, hors de question de nous cacher, il y a de très
belles banquettes publiques sur le bord de la route, nous décidons
d'y faire un pique nique au vu et au su de tout le monde. Nous
attirons la sympathie d'un groupe de musicien qui vient se joindre à
nous pour partager quelques cacahuètes et nous offrir des
biscuits. Ensuite nous avons la visite d'une bande d'hommes très
croyants. Ils nous proposent de nous joindre à eux ce soir
pour partager des têtes de moutons bouillies, et comme nous
sommes les invités, ils nous laisseront les meilleurs morceaux
à savoir, les yeux. Ce à quoi nous répondons que
malheureusement nous sommes végétariens mais que leur
invitation est très aimable.
Vers 17h nous cherchons un coin pour
passer la nuit. Nous trouvons de très bonnes places dans un
jardin juste en face Fin Garden. Il y a des chats partout qui se
nourrissent des restes de pique-nique. Ce soir, de nombreuses
familles viennent manger dans ce parc et bien évidemment, nous
sommes invités de tous les cotés. Inutile d'entamer
notre nourriture, nous sommes alimentés comme il faut par la
véritable hospitalité iranienne.
Pendant un temps, nous avons cru
pouvoir passer une nuit tranquille, mais ce soir est un soir un peu
spécial et le repas va se prolonger jusqu'à très
tard dans la nuit. A 2h du matin, ce sont des dizaines de motos qui
tournent en rond dans le parc, puis à 4h du matin, c'est une
grande messe. Les fidèles poussent par moment des cris de
guerre. Planqués au fond de notre duvet, on en mène pas
large et on se demande si demain matin (ou plutôt dans quelques
heures) les gens seront toujours aussi gentils.
Mardi 23 septembre (20 km)
La journée commence agréablement
par une visite du fameux jardin. Pas forcément le plus beau
des parcs que nous ayons visité en Iran, c'est surtout
l'histoire qui est intéressante ici. Il y a tout de même
de grands arbres et de très beaux bâtiments. Dans les
toilettes, on profite même de la présence d'une douche.
Après la visite, nous faisons quelques courses, le plein d'eau
et nous sommes fin prêts pour la traversée du désert.
Il fait très très chaud, très sec et évidemment
pas un poil d'ombre mais on pédale de bon coeur, joyeux, nous
sommes sur l'autoroute et il n'y a presque personne. L'autoroute est
la voie la plus directe et la moins dangereuse pour nous qui restons
sur une large bande d'arrêt d'urgence. Juste après un
poste de péage, la Police Iran-''haine'' nous arrête. On
a beau essayer de parlementer, rien n'y fait, monsieur l'agent nous
oblige à faire demi-tour jusqu'à Kashan pour reprendre
une autre route, plus longue, en plein désert, plus empruntée
et plus petite donc plus dangereuse pour nous. Peut-être
qu'avec un bon billet il nous aurait laissé passer, mais nous
sommes absolument contre le fait d'alimenter le business de ces
fonctionnaires corrompus ! Comme il est HORS de question que nous
fassions demi-tour, nous attendons la première voiture qui
passe. Et c'est un producteur de pomme de Shiraz qui nous prend en
stop dans sa camionnette. Au bout de 80 km, la camionnette de son
oncle tombe en panne d'essence. Le voilà qui se met sur le
bord de la route en tournoyant un bout de tuyau plastique et un bidon
au passage de chaque véhicule. Ce langage gestuel veut
simplement dire : « Voudriez-vous bien vous arrêter
s'il vous plait, que je vous siphonne un peu d'essence? ».
Il faut attendre un automobiliste gentil (ça c'est assez
facile) mais surtout c'est de l'essence qu'il nous faut. Attendre
en plein soleil au milieu de nulle part un hypothétique
sauveur, est pour nous une situation à la fois inquiétante
et amusante. Finalement, on arrive à Esfahan en milieu d'après
midi. Notre chauffeur s'arrête pour nous laisser au bord d'un
parc en nous donnant rendez-vous chez lui à Shiraz.
Esfahan (Ispahan en français) est à première vue une ville incroyablement agréable pour nous. Le rêve du cycliste : des voies piétonnes tout le long de la rivière, des grands parcs, verdoyants, une pelouse qui nous donne envie de camper, des robinets d'eau et des prises électriques qui ont remplacé les cabines téléphoniques (et oui, vu que maintenant tout le monde a un portable greffé à l'oreille). Le problème est que sur tous ces beaux parcs, le campement est interdit. On nous propose un jardin un peu spécial à Ispahan, un grand parc où les voyageurs comme nous peuvent poser la tente lorsqu'ils passent par ici. Nous allons dans ce fameux parc Hadir et la Police (deuxième fois de la journée) commence à nous chercher les ennuis. Ils insistent pour que l'on monte la tente juste à coté de leur officine, c'est à dire près du carrefour, à l'entrée du parking, sur le bitume, sous les lampadaires, à coté des toilettes, à l'entrée du parc. Bref l'endroit le plus tranquille. Dans ce premier combat de têtes de mules, nous avons gagné en leur montrant que notre tente ne tient pas debout si on ne plante pas les sardines dans la terre. Cet argument choc nous a permis de camper 30 mètres plus loin sur l'herbe du parc.
Mercredi 24 septembre (25 km)
Mauvaise nuit dans le parc, du bruit
tout le temps, des klaxons, des alarmes de voitures et les policiers
qui faisaient joujou avec leur sirène. On décide de
partir à la recherche d'un hôtel pas cher. Le meilleurs
prix, c'est à l'hôtel SHAD, mais on va pas leur faire de
pub, vu le coup qu'ils nous ont fait. Bref, on pose nos bagages dans
l'hôtel et on part à la recherche du bureau pour la
prolongation des visas. D'après le plan que nous avons, ce n'est
pas la porte à côté et ça ferme bientôt.
Vaille que vaille, on tente le coup. On se couche sur nos vélos
et on fonce à travers le trafic, les pieds en avant. On passe
finalement des heures et des heures à chercher ce bureau qui
n'existe pas. On demande aux policiers, incapables de nous
aider. Quand nous demandons aux passants, il faut d'abord répondre
au questionnaire : « Hello, how are you? Where do you come
from ? What is your name ? Are you student ? What is your job ? Where
is your hotel ? What is your religion ? Do you like Isfahan ? Can I
help you ? » Et là, on dit que oui, on a besoin
d'aide pour trouver ce satané office, mais à chaque
fois la réponse est la même : « Sorry, I
don't no, welcome in Iran, have a good day in Isfahan ! Nice to meet
you ! »
Finalement, il est vraiment trop tard
pour chercher l'office, nous décidons de finir la journée
par une ballade dans la ville. Nous visitons des parcs très
agréables, la grande place Imam, son palais, ses mosquées
et nous nous perdons dans le grand bazar. Nous sentons bien que c'est
une ville très touristique. Il y a beaucoup d'hôtels, la
vie est plus chère, les café-Net sont biens équipés
et rapides et il n'y a qu'ici que nous avons trouvé des
commerçants qui parlent le français. Ce soir nous
téléphonons à notre contact Espérantiste local.
Elle nous rappellera plus tard à l'hôtel pour que l'on
organise une rencontre.
Sur la grande place Imam (la deuxième
plus grande au monde après la place Tien an Men), une mère
et sa fille nous invitent au resto. On accepte assez facilement
puisqu'elles sont très gentilles et que nous avons bien faim. Dans
ce fameux restaurant touristique d'Ispahan, nous nous retrouvons avec
la douzaine de copines de nos accompagnatrices. Elles nous font
déguster tout un lot de spécialités. Quand on
ressort du restaurant, on a le ventre qui traîne par terre et
on rencontre 3 touristes français. En discutant sur la place,
nous avons droit à de nouvelles invitations. Difficile de
refuser, on accepte gâteaux et pastèques jusqu'à
ce que nos estomacs frisent l'explosion. De retour à l'hôtel,
on dort mal car les réceptionnistes font la fête.
Jeudi 25 septembre (20 km)
Ce matin, nous commençons par la
demande de prolongation de visa, puis nous visitons Ispahan. Nous
rencontrons un Iranien qui parle un peu français. Il nous fait
visiter les mosquées, le bazar et tous les différents types
d'artisanat. C'est quelqu'un de très intéressant et
honnête. Il nous parle d'une grande manifestation qui doit
avoir lieu demain sur la place Imam et dans toutes les villes du
pays. En tant que musulman, il nous présente la manifestation
comme un appel à la paix entre Israël et la Palestine. Mais vu
les affiches qui sont en train d'être installées, on
s'attend plutôt à autre chose : Down with USA, down with
Israel. Il y a des grandes affiches où l'on voit Israël
représenté par une tête de mort qui mange la
Mecque. Il souhaite de tout coeur que la paix s'établisse
là-bas, mais il nous informe que demain, il ne préfère
pas venir à la manif. Sauf si l'on y va, il pense préférable
de nous y accompagner.
De retour à l'hôtel, notre
amie Espérantiste nous appelle pour nous signaler que nous pouvons
aller chez elle et que nous sommes les bienvenus. Le réceptionniste
prend l'adresse exacte et l'écrit en farsi pour nous aider à
trouver. Nous chargeons les vélos et au moment de partir, un
vilain petit policier myope comme une taupe, mais quand même
équipé d'une mitraillette, nous demande de le suivre au
poste de police du carrefour. S'en suit un interrogatoire d'une heure
pour connaître le nom exact de notre amie. Le policier que l'on
a en face ne rigole pas beaucoup car il en va de notre sécurité.
Il doit contrôler toutes les relations entre touristes et
Iraniens car ces derniers peuvent être très dangereux.
Il nous informe aussi que les Iraniens n'ont pas le droit d'héberger
des étrangers (ce qui est faux). Le pauvre
vieux, s'il savait le nombre de touristes qui se retrouvent invités
chez des habitants, il serait fou. Toujours est-il que dans ce cas
précis, même dans le cadre restreint de rencontres entre
adhérents à l'association internationale d'Espéranto,
ça lui pose problème. Nous finirons donc par retourner
au parc Ghadir en prenant soin de nous cacher pour rentrer dans le
parc, éviter à tout prix le poste de police à
l'entrée et monter notre tente le plus loin possible d'eux
afin de dormir tranquille.
Cédric : « Seulement une fois la tente montée, lorsque nous étions prêts à aller au lit, je suis passé devant le nez des policiers. Hello mister, me disent-ils en me reconnaissant tout de suite. Ca n'a pas loupé, l'un deux (un autre à la mitraillette) m'a suivi jusqu'à la tente et m'a demandé de tout ranger pour nous installer à coté de leur office. D'un air complètement désolé, je lui ai chuchoté qu'Alice avait très mal à la tête et que je ne pouvais pas la réveiller. Le pauvre gars n'a pas pu insister et dans la tente, nous nous sommes écroulés de rire ».
Vendredi 26 septembre (25 km)
Pliage rapide de la tente et petit
déjeuner sur l'herbe, à l'ombre, loin dans le parc. Une
journée qui aurait pu commencer à merveille si ces
satanés policiers voulaient bien nous foutre la paix. Au loin,
nous les voyons passer de tente en tente, rentrer dedans et balancer
des affaires dehors. Apparemment, ils ne sont pas de bon poil ce
matin. Nous avons essayé de disparaître dans le
feuillage, mais ils nous ont vu et n'avaient pas du tout envie de
jouer car selon eux, il y a des assassins dans le parc. Ils nous
saoulent tellement qu'on fini par craquer et pour bien les faire
ch... Nous nous réinstallons devant l'entrée de leur
office. Maintenant, nous sommes trop prêts, on les gêne
pour regarder la télé et jouer aux dominos. Nous
réussissons à négocier un emplacement sur
l'herbe et à l'ombre à une trentaine de mètres
d'eux. Finalement, nous montons la tente et laissons nos bagages sous
la surveillance de nos cowboys, puis nous allons assister à
cette fameuse messe spéciale pour la paix. IM-PRES-SION-NANT
!!!! La deuxième plus grande place au monde est pleine de
fidèles. Dans les hauts parleurs, des imams crient leurs
messages. Il y a des télévisions, des journalistes, des
policiers en uniforme et énormément de policiers en
civil. Avec nos têtes de touristes, nous sommes très
vite remarqués et évidemment, tout le monde se jette
sur nous, pour une photo ou une question du genre, « Êtes
vous journalistes ?, Pourquoi êtes vous ici ? Êtes vous d'accord
avec la manifestation ? » Si on est d'accord ? Bien sûr
que non, mais on ne peut pas le dire comme ça, alors nous
répondons que nous sommes pour la paix. La réponse à
l'air de leur convenir, reste à savoir quelle est leur
définition de la paix. Vu les affiches et ce qu'elles
expriment, « Israël tue nos frères Palestiniens ! Ils tuent des enfants ! Israël et les américains, sont
l'incarnation du diable !!! », Ils sont encore au stade du
désir de vengeance et loin d'une envie de paix. En diabolisant
les juifs et les américains, les organisateurs de la
manifestation font un bourrage de crâne maximum pour faire
grandir la haine et la violence dans le coeur des gens. Remarquez
qu'en France, les Arabes des banlieues sont aussi largement
diabolisés, il suffit de regarder le journal télévisé
pour constater qu'à l'origine de chaque agression, accident,
meurtre, il y a toujours un ou plusieurs ''magrébins''. Et
comme disait Chirac, ''je ne vous parle pas non plus du bruit et de
l'odeur''. Revenons la manif, un jeune homme nous suit depuis le
début, nous n'y faisons absolument pas confiance. Impossible
par exemple de sortir l'appareil photo. On ne peut rien faire, alors
nous essayons de fuir comme des touristes à la recherche de
quelque chose à visiter un jour férié où
tout est fermé. Le jeune homme nous suit encore, nous
préférons quitter la place et nous perdre dans le
bazar. Lorsque l'on revient, la messe est dite et tous les gens que
l'on croise ont des regards de tueurs. Nous visitons une exposition
photo horrible sur les horreurs de la guerre où l'on voit des
enfants morts, du sang, de l'humiliation, de la haine. Des dessins
caricaturaux montrent Israël et les USA comme les seuls responsables
de cette horreur. En fait, ce n'était absolument pas une
manifestation pacifique, c'est un véritable appel à la
violence, à la guerre !!! Le pire est de constater que dans ce
pays la religion est utilisée pour maîtriser le peuple.
La religion est imposée et la foi de tous ces gens par
ailleurs sympathiques est utilisée pour leur faire accepter
n'importe quoi comme s'engager dans une guerre idiote qui ne servira
rien d'autre que leur leaders et leurs désirs de domination,
de pétrole, ou leur simple folie meurtrière. Dans ces
moments, nous imaginons le pire et nous pensons à tous ces
Iraniens honnêtes, instruits, les plus gentils au monde, qui
souffrent non seulement de la dictature Islamique, mais qui en plus
seront les premiers à subir les conséquences d'une
guerre.
Bref, un peu refroidit par ce que nous avons vu, nous nous offrons un après-midi détente sur internet
Samedi 27 septembre (30km)
Enfin nous pouvons récupérer
nos passeports avec la prolongation de visas. Nous prévoyons
de repartir demain vers Yazd à vélo. Pour cela, nous
avons le choix entre 2 routes. Une voie principale au Nord et une
route plus tranquille au Sud. Après vérification auprès
de plusieurs personnes, la route au Sud n'est pas entièrement
goudronnée et les villages indiqués sur notre carte ne
sont pas tous fiables. Nous passons deux bonnes heures sur Internet,
et nous trouvons le moyen de communiquer par skype avec la famille de
Cédric.
Publié par alice.cedric à 12:51:11 dans Carnet de route | Commentaires (1) | Permaliens
Lundi 15 Septembre
Ce matin, nous sommes retournés au local de l'association. Dans la rue nous parlons longuement anglais avec un passant qui nous apprend énormément sur le pays et à tout point de vu, que ce soit historique, politique, sociale. Il nous parle des Bazars noirs, les seuls endroits où l'on peut se cultiver et trouver des livres ou des films intéressants. Pensez que des films comme « Amélie Poulain » ou bien encore « la Soupe au choux », sont interdits en Iran car on y voit des femmes sans voile et des hommes qui boivent de l'alcool. Au local de l'association, nous avons pu enfin avoir un entretien téléphonique avec la Radio France bleue Berry. Nous avons également eu accès à Internet bas débit. Il nous aura fallu plus de 4 heures pour mettre quelques photos en ligne.
Pour le déjeuner, nous avons été invités par Mohammed qui travaille dans le local de l'association, ou plutôt c'est l'association qui squatte chez lui. Il diffuse des magazines d'informatique dans tout le pays. Dans son logement à l'étage, nous mangeons avec ses deux garçons et Reza. La femme de Mohammed ne mange pas car elle fait le ramadan. C'est la première croyante pratiquante que l'on rencontre. Même à la maison, elle porte le voile à cause de nous, les étrangers. Après manger, nous avons la visite d'un groupe d'étudiants. Ils nous apportent des glaces (eux non plus le ramadan........). Par contre, lorsqu'un professeur d'université sonne à la porte, il faut rapidement cacher les glaces derrières les piles de papiers et que les filles remettent leur voile.
A 18h nous partons prendre le bus pour Racht, une ville au Nord du pays. Nous avons été invités par Akbar, un Espérantiste très gentil. Sur le terminal de bus de Téhéran, nous n'avons pas cherché longtemps LE bus pour Racht. Nous avons essayé la technique iranienne, ça marche très bien. Il suffit de crier Racht, Racht, Racht !!! Et quand un homme à la porte du bus crie Racht, Racht !!! C'est bon, on a trouvé le bon bus. Nous n'avons pas cherché longtemps, mais pendant un temps, nous nous sommes demandé si nous avons fait le bon choix. Avec les vitres fissurées, le bricolage électronique apparent, les bruits de taules dans les soutes et le bouquet de roses noires en plastique. Nous avons l'impression d'être montés dans un cercueil roulant. Et nous ne parlons pas du chauffeur nerveux qui est le sosie parfait du chef des méchants dans le film de Louis de Funès, « Rabbi Jacob » : gros, frisé, avec 2 petits yeux noirs cruels.
Finalement, on arrive à bon port avec une heure de retard sous un déluge incroyable !!! Nous n'avons pas vu d'eau depuis si longtemps. Akbar nous explique que c'est comme ça tout le temps dans le Nord du pays. Les précipitations arrivent de la Caspienne et sont arrêtées tout de suite par les montagnes. Au Nord de la chaîne montagneuse, tout est verdoyant et très humide, on y cultive beaucoup de riz et de thé. Au Sud, c'est le désert.
Dans sa maison, Akbar nous présente sa femme. C'est la deuxième croyante que l'on rencontre. Elle ne parle pas beaucoup mais est très gentille. Elle est directrice d'école et est très occupée à préparer la rentrée. Elle a beau être pratiquante, elle nous prépare de délicieux repas et tolère tout à fait qu'Alice tombe le voile à la maison.
Mardi 16 septembre
Akbar nous emmène visiter sa
région. Nous faisons le plein de fraîcheur, de
chlorophylle et de pluie avant de s'attaquer prochainement au désert,
à la chaleur, la soif, les tempêtes de sables. Nous
pique-niquons sur le rivage de la mer Caspienne. Sur ce coin de
plage, cachés de la police, tout le monde essaye d'oublier un
instant le régime dictatorial. Filles et garçons se
baignent ensemble, certaines ont fait tomber leur voile dans l'eau,
tant pis. D'autres fument, et nous festoyons. Akbar nous emmène
dans des villages. Dès qu'il peut, il nous fait déguster les
spécialités culinaires de sa région. Il nous
explique qu'en Iran, il y a énormément de cultures
différentes et que d'un village à l'autre, la langue,
la nourriture, la musique peuvent changer complètement. En fin
de journée, il nous emmène dans le bazar de Racht. Les
parties bibelots, vaisselle, fournitures scolaires et vestimentaire
restent assez classiques. Par contre la partie alimentaire est
impressionnante. Il fait une chaleur moite. La pluie a rincé
toutes les étales des commerçants et un ruisseau de
bouillon de culture coule sous nos sandales, mélange de jus de
légumes, de poissons et de viandes. Derrière un nuage
de mouches, un vieil homme assis sur un tabouret, cris pour essayer
de vendre les poissons étalés devant lui. Un autre
commerçant, assis par terre, passe des dizaines de têtes
de moutons au chalumeau (Qui peut manger ça ?). De la viande
noire est suspendue à des crochets. Un marchand de légumes
pousse la chansonnette, un autre cri des poèmes disant que ses
légumes sont délicieux et pas chers. Sa façon de
servir les aubergines est par contre bien moins poétique. Il
les prend à pleine brassée dans un tas posé par
terre baignant dans le jus, puis les jette dans un grand sac
plastique.
Mercredi 17 septembre
Debout de bonne heure, Akbar nous
promène encore aujourd'hui. Il doit faire le plein de sa
voiture. Pour le GPL, il faut attendre 1 heure (et encore, il n'y a
pas trop de monde. Parfois c'est 4 heures d'attente). Pour l'essence,
on attend moins longtemps, mais il y a un rationnement. 4 litres par
jour et par véhicule, pas une goutte de plus, sinon le prix du
litre est au moins quadruplé. Parfois on s'étonne
qu'avec un rationnement sur l'essence, on observe autant de trafic
sur les routes et autant de pollution. Le matin, nous visitons le
célèbre village de Masulé. Perché dans
les montagnes, le long d'un torrent, la tête dans les nuages,
c'est un village très ancien inscrit au patrimoine mondial de
l'UNESCO. Les maisons toutes à flanc de montagne sont collées
les unes à coté des autres et les unes sur les autres.
On circule dans le village par des petites ruelles étroites et
aussi en marchant sur les toits terrasses. Akbar nous raconte qu'il y
a une douzaine d'années, il était venu en famille dans
ce village. Il s'était arrêté quelques kilomètres
sous le village pour pique-niquer quand soudain tout un flot de
voitures est redescendu tombeau ouvert dans la vallée. Les
gens criaient, tout le monde était affolé. En fait, une
énorme averse due à un orage violent, avait
décroché de gros rochers qui s'étaient encastrés
sous un pont. En quelques secondes le torrent a débordé
emportant tout sur son passage et faisant une cinquantaine de morts.
Il nous raconte que pendant le nettoyage du village, on retrouvait de
temps en temps dans la boue, une main, une jambe, une tête...
Bref, une histoire sympa qu'on a un peu hésité à
mettre dans le blog. A par ça les maisons sont très
bien isolées, du fait qu'elles sont à moitié
enterrées et que les murs et la toiture sont fabriqués
essentiellement à base de terre, de fibres végétales
et de bouses. Dans ce village, mais surtout dans une autre ville à
une vingtaine de kilomètres, on fabrique des pâtisseries
absolument incroyables !!! Il n'y a qu'ici qu'on en mange et qu'on
les fabrique. C'est un genre de biscuit fourré avec une espèce
de pâte à base de noix. Ca s'appelle Kouloutché
et c'est bon à s'en faire exploser le ventre. En plus, ce n'est
vraiment pas cher, 35 centimes d'euro les 5 pièces.
L'après midi, Akbar veut nous emmener visiter un château que lui même n'a jamais vu. Au bout de plusieurs kilomètres d'une petite route de montagne, nous y sommes. Pas au château, mais au pied des escaliers qui y mènent. C'est un chemin à travers bois, en partie le long d'un torrent et comme ça grimpe sévère, ils ont eu la bonne idée de mettre des marches (plus de 900). Avec la pluie qui tombe de plus en plus fort, nos sandales avec nos cales de vélo et les escaliers tordus et aux marches déformées, ce n'est pas facile. Akbar lui, s'arrête régulièrement reprendre son souffle. Au bout d'une heure et demie d'ascension, c'est le déluge, mais nous y sommes. Une gigantesque forteresse s'impose au dessus de nous. Surprise, en passant la grande porte d'entrée en bois, sous le porche, un vieux monsieur tout maigre avec une veste de militaire est assis à un bureau et vend des tickets. Nous qui pensions que l'ascension était un prix suffisant pour visiter le château. Une famille nous rejoint et le vieux guide nous emmène au travers des ruines. En fait, ce n'est pas qu'un simple château, c'est une forteresse de 3 kilomètres de long qui suit la crête de la montagne. Elle n'est pas sans rappeler la grande muraille de Chine. La pluie qui tombe à grosses gouttes et la forêt qui transpire nous englobe dans une atmosphère très troublante. Dans la brume on distingue les silhouettes des arbres, le contour des ruines et soudain, on plonge dans l'oeuvre de Tolkien « Le Seigneur des Anneaux ». Où sont les Hobbits, les Nains, les Trolls et autres créatures fantastiques ? Il ne manque plus qu'eux ! La nuit approchant, nous devons redescendre rapidement, nous n'aurons pas vu un cinquième du site. Par une journée ensoleillée (très rare par ici), il faudrait pouvoir venir très tôt le matin et passer au minimum une journée sur le site.
Nous retournons à la voiture il fait nuit noire. Impossible d'enlever l'alarme électronique, la télécommande à pris l'eau dans la poche d'Akbar. La famille qui nous a accompagné dans la visite puis dans la redescente, nous est venue en aide. Akbar s'est chargé de leur faire la promotion de notre voyage, ce qui nous a valu une invitation chez eux lorsque nous passerons à Ispahan. En nous écoutant parler Espéranto, ils se sont intéressés à cette langue et projettent d'apprendre.
Jeudi 18 septembre
Cédric : « Akbar et
sa femme ont insisté pour que l'on reste, enfin.... c'est
surtout sa femme qui a insisté pour qu'Alice l'accompagne à
une fête 100% woman. Ce soir, quand sonnera l'heure de rompre
le jeûne diurne du ramadan, les copines vont se retrouver dans
une maison. Les hommes auront foutu le camp, les tchadors vont
tomber; et Akbar m'assure que sous les voiles, des femmes vont
apparaître en tenue de soirée, débardeurs et
cheveux au vent, rien à voir avec les fantômes qui
rodent sur le bord des routes. »
Nous profitons donc d'une journée
de repos pour dormir jusqu'à 11h puis nous flânons dans
la maison. Nous écrivons, regardons la télé...
C'est très intéressant la télévision
Iranienne, on peut y voir Lucky-Luke en persan et Nicolas Hulot très
bien doublé. Ca c'est pour la partie marrante de la télé.
Pour le reste du programme, il y a essentiellement des émissions
religieuses, des débats d'Imam, des prières, des récits
de coran sur fond d'images de mosquées. Il y a aussi le
journal télévisé qui nous donne un max la
trouille et ne parle que de tremblement de terre, de guerres par ci,
d'attentats par là, de bombardements, d'épidémies...
Dans ces mêmes journaux, on voit des images de l'Islam toute
puissante avec des leaders devant lesquels s'agenouillent des
millions de fidèles qui remplissent les rues tous regardant la
même direction, parfois debout levant le poing en criant Allah
Akbar !!! Pour finir il y a toutes ces séries où les
acteurs font la gueule, les femmes qui chialent tout le temps et
finissent en enfer. Si la série dure 20 minutes, on peut
compter 20 minutes d'une mixture d'engueulades, de larmes et de mort
(en réfléchissant bien, on doit avoir les mêmes
séries débiles en France).
Cédric : Pendant qu'Alice est partie faire, entre guillemets, la fête avec les femmes, Akbar et moi parlons beaucoup sur des sujets divers comme le voyage, l'Espéranto, la vie en France et en Iran. Puis nous sommes invités chez des amis instituteurs. « Ni mangas rapide, poste ni iras !!! » qu'il me dit. Donc c'est ce que l'on fait. Nous mangeons rapidement, puis on part. La femme ne semble pas très pratiquante. Ils ont deux enfants clowns qui commencent à bien parler Anglais. Nous avons droit à un deuxième repas ainsi que de nombreuses délicieuses pâtisseries. Dans cette maison, on rêve de liberté. Ils nous montrent la vidéo d'un mariage. Ils me préviennent « tu vas voir ce que c'est que les Iraniens ». C'est absolument fou, au début de la soirée du mariage, les femmes ont presque toute le voile et leur visage ressemble beaucoup à celui des femmes de la télé, c'est à dire : triste. Quelques minutes plus tard sur la piste de danse, j'ai l'impression de regarder la vidéo d'un mariage français. Exactement tout pareil, pas un seul voile, des filles aux coiffures compliquées et MEME ! Des mecs bourrés. Comment est-ce possible ? Nous apprendrons plus tard par d'autres personnes que la police est souvent corrompue en Iran et que moyennant quelques billets voire quelques bouteilles, on peut aisément passer une soirée alcoolisée. Il y a aussi des magasins qui peuvent servir de la vraie bière ou du cognac mais c'est très cher car la police prend un gros pourcentage sur les ventes. Comme des milliers d'Iraniens leur télé est branchée sur le monde. Dans cette maison, on reçoit plus de 1000 chaînes de télévision et notamment des chaînes françaises. On restera un moment devant le film « Pouic Pouic » de Louis de Funès.
En fin de soirée, nous retrouvons Alice et la femme d'Akbar pour prolonger la veillée.
Vendredi 19 septembre
Nous faisons nos adieux à Akbar et sa femme, mais avant, ils nous emmènent visiter un musée très intéressant calqué sur l'écomusée d'Alsace dont il est le « filleul ». C'est un village reconstitué, conservatoire des traditions de ce petit coin particulièrement humide d'Iran. Des maisons traditionnelles ont été démontées puis reconstruites dans ce petit village. Nous découvrons la vie autour de la culture du riz, Les maisons au toit en paille de riz, les cordes en paille de riz, les tapis en paille de riz, les murs en mélange de terre et paille de riz, les paniers en paille de riz, les chapeaux en paille.... et divers outils relatifs à la culture du riz. Pour encore mieux apprécier le musée, il faudrait y revenir quand ce n'est pas le ramadan car il y a un café et plein de dégustation de la cuisine locale.
Nous arrivons à Téhéran assez tard et le copilote du bus nous prend par la main (au sens propre du terme) pour nous trouver un autre bus qui nous emmène au siège de l'association Espéranto Iran. Il ne sait pas mieux que nous où aller mais il a l'avantage de la langue. Finalement, il insiste pour payer nos tickets et il explique au chauffeur où nous devons descendre.
Dans le jardin de l'association, nous passons encore une nuit excellente.
Publié par alice.cedric à 07:05:00 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens
Samedi 06 septembre (10 km)
C'est la course aux visas. Déjà presque une semaine de passée en Iran, et nous ne savons toujours pas par où en sortir. Il y a beaucoup de choses à penser et trop de réponses à trouver. Nous prenons donc un bus pour Téhéran. Là-bas, nous pourrons aller questionner les ambassades et trouver la meilleure solution pour continuer notre route. A 19h, nous arrivons sur le terminal de bus de Tabriz. Nous trouvons rapidement un autocar pour Téhéran. 70000 rials par personnes et 50000 rials par vélos. Pour nous deux et les vélos, ça fait au total environ 17 euros. Au début, nous pensions ne jamais arriver à Téhéran. Le bus s'arrêtait tous les 50 mètres, faire le plein, laver les vitres, prendre des passagers, .... Il est parti avec 1 heure de retard. Mais lorsqu'il a commencé à rouler, nous avons littéralement survolé la route et nous sommes arrivés 1h30 en avance.
Dimanche 07 septembre (25 km)
Arrivés à Téhéran, le chauffeur de bus vient nous expliquer qu'il a été très rapide, qu'en plus nous avons des vélos et que surtout nous sommes des touristes, donc ça mérite bien une prime !!! Au début, nous avons fait mine de ne rien comprendre, puis comme c'était difficile de ne pas capter « give me money, euros, dollars, rials, give me give me money », nous lui avons expliqué qu'on avait déjà payé pour nous et les vélos avant le départ, et qu'en plus c'est pas lui ni ses copilotes qui se sont chargés de mettre les vélos dans la soute du bus car si cela avait été le cas, nous les aurions assurément retrouvé en kit à l'arrivée. Mais il ne voulait rien savoir ! Planté entre les bagages et les vélos, rouge de colère, le poing près à partir, son nez à 20 cm du nez (de Cédric), il a demandé de l'argent. Puis il a commencé à s'intéresser à la boussole accrochée à la poche (du pantalon de Cédric). Finalement, après un petit cours désintéressé d'orientation pour tenter de calmer ce chauffeur fou, il a fini par nous lâcher. Nous avons alors pu découvrir Téhéran à 5h du matin. La circulation est déjà intense et l'air est irrespirable. Le bruit, le mouvement et surtout la fumée des gaz d'échappement nous tournent la tête. Nous avons l'impression que la mort par asphyxie peut nous cueillir rapidement si nous ne changeons pas de place. Nous devons oublier tout ce que nous avons appris du code de la route français. Fini le respect des feux rouges, le stop, les priorités à droite, le sens giratoire des ronds-points, les limitations de vitesse et la circulation à droite. Ici le seul code, c'est la loi de la jungle. Au début, c'est quand même très surprenant et avec nos petits vélos, on sent qu'il va falloir vraiment tout donner pour nous faire respecter ! Et puis très vite, le sifflet à la bouche, on apprend à rouler comme eux, on force le passage et ça passe.
Avec Ben et Sylvie, on passe quand même la matinée à chercher un logement pas cher. Finalement on trouve l'hôtel Naderi, suffisamment grand pour mettre nos 4 vélos. En plus, nous sommes prêts du quartier des ambassades. Une fois posés, douchés et remis de nos émotions, c'est l'estomac qui prend la parole. On a faim et avec ce fichu ramadan rendu obligatoire par la loi de la République Islamique d'Iran, il est impossible de manger devant les gens. Partis en quête de nourriture nous trouvons un autre hôtel qui nous propose un très bon repas pour 2 euros chacun. Cachés dans la salle de restaurant, on s'en met plein la panse et nous ne sommes pas les seuls, un flot continu de familles Iraniennes vient se restaurer secrètement, cachées du regard du « bon Dieu » de l'Islam.
L'après midi, nous allons faire un tour à l'ambassade de France, histoire de passer dire bonjour et prendre des nouvelles du pays. En plus, ça rappelle des souvenirs de rencontrer des fonctionnaires français. On y apprend que l'on peut se rendre au Pakistan, mais seulement en avion. Si l'on veut passer par voie terrestre, il nous faut une lettre de recommandation que l'on peut obtenir seulement en France. Définitivement, nous devons oublier le passage par le Pakistan. Nous demandons donc des lettres de recommandations pour le Turmenistan, l'Ouzbékistan, et le Kazakstan. Nous nous préparons psychologiquement à payer 3 visas, plus le passage en Russie avec le Transsibérien, puis le bateau pour nous rendre au pays du soleil levant. En sortant de l'ambassade, nous croisons nos copains voyageurs, Bruno et Dimitri qui nous racontent qu'ils vont en Inde en passant par Dubaï Apparemment, il existe des bateaux pour Dubaï et des cargos vers l'Inde. Nous retournons dans l'ambassade demander notre lettre de recommandation pour l'Inde.
La journée s'achève par une rencontre avec Hamze, un esperantophone de Téhéran. Il nous invite à une conférence demain dans la maison de l'association Espéranto de Téhéran.
Complètement claqués par la nuit dans le bus et la circulation dans la jungle d'automobiles puantes de Téhéran, on se couche de bonne heure.
Nous essayons en vain de contacter Nouschin, une Iranienne qui a étudié en France et avec qui nous avons échangé par internet. Nous rendons la chambre car nous ne voulons pas payer une autre nuit d'hôtel. Nous retournons dans notre ambassade retirer nos lettres de recommandations et manger un peu dans ce refuge où l'on peut lever le voile et oublier un instant le ramadan. Nous retrouvons Chantal et Nicolas, 2 ch'tits français qui voyagent en bicyclette et qui se sont retrouvés sans un sous en Iran car ils pensaient pouvoir utiliser leur travellers chèques ou leur carte visa. Malheureusement, l'Iran est déconnectée du reste du monde et quand on voyage dans le pays, on a intérêt de prévoir suffisamment d'argent liquide en Euros ou en Dollars, que l'on peut facilement changer dans les banques où dans la rue contre des rials. Ils sont bien embêtés et noyés dans des combines pour obtenir de l'argent. Ils trouveront une solution avec l'ambassade.
Dans l'après-midi, nous retrouvons Coco et Lolo, deux autres français qui voyagent en vélos couchés. Depuis le temps qu'on les suit, on les a enfin rattrapés. Malheureusement, nous ne ferons probablement pas de bout de route ensemble car ils sont prêts à repartir de Téhéran vers le Turkménistan. On passe quand même un dernier moment tous ensembles : Ben et Sylvie, Coco et Lolo, Bruno, Dimitri et un 9ème voyageur Français à pied et en stop. Dans le salon de cet hôtel un peu vieillot, on croirait assister à un congrès de voyageurs au temps d'Alain Bouvier. Chacun y va de ses anecdotes et astuces de voyageur, c'est marrant.
A 18h, les vélos chargés, nous saluons tout le monde et partons à la conférence en Espéranto. Arrivés dans la maison de l'association, tout se passe dans un petit jardin. Il y a une projection d'images sur les jeux olympiques et c'est une jeune femme qui parle. Elle fait un rappel historique des jeux jusqu'à aujourd'hui. C'est intéressant mais nous regrettons qu'il n'y ait pas eu de débat à la suite de la conférence. C'est peut-être à cause de nous car on nous a demandé de faire une présentation de notre voyage. Nous avons donc parlé des objectifs du voyage, l'association, les écoles et un diaporama photos mal préparé (nous n'avons pas eu le temps d'enlever les photos où nous étions en short et où nous buvions de la bière en Turquie et en Roumanie! Les gens ont quand même aimé, surtout les photos des plages bondées de Bulgarie. Nous ne sommes d'ailleurs pas certains qu'ils aient bien compris le message, car alors que nous parlions de pollution, eux voyaient des images de rêve de liberté.
Après la conférence, nous avons eu le choix pour trouver un toit. Les invitations on fusé. Finalement c'est Giti qui s'est imposée. Nous avons laissé les vélos dans la cour de l'association puis nous sommes partis chez elle. C'est une petite dame de 65 ans mais elle en paraît 15 de moins. Elle vit à l'Ouest de Téhéran à 50 minutes de métro et de train, au pied des montagnes. Dans le métro, un homme interpellé par notre langage en Espéranto, nous demande d'où nous venons. S'en suit une discussion très intéressante avec ce professeur d'université. Il parle très bien Anglais et nous explique, la peur au ventre et cela se voit, comment il vit dans son pays. A l'époque de la révolution contre le Shah, il avait 15 ans. Quand il a vu qu'après la révolution, c'est un gouvernement Islamique qui a prit le pouvoir, il n'y croyait pas. Il ne pouvait pas imaginer que jour après jour, toutes ses libertés pouvaient lui être enlevées. La musique, l'alcool, la libre expression, le voile pour les femmes, ... Il nous explique qu'il y a un véritable vent de révolte dans le coeur des gens du pays. Lui, rêve comme beaucoup d'autres, d'aller vivre en France ou encore plus, au Canada.
Mardi 09 septembre
On se lève de bonne heure pour aller à l'ambassade indienne. Malgré tout, nous n'y sommes qu'à 10h. On y retrouve Bruno et Dimitri qui font la queue et finissent par craquer car c'est leur 3ème jour de démarches et ils ne voient rien venir. A chaque fois, les fonctionnaires leur demandent de nouveaux documents comme ce « Télex » qui les à fait remonter sur le vélo et arrêter leur demande de visa. Ils retenteront le coup à Dubaï avec une compagnie aérienne. Pour nous c'est beaucoup plus simple. Giti est là et sert d'interprète. De nombreux jeunes gens qui sont là et qui ont l'habitude de ces fonctionnaires nous aident également à bien remplir les formulaires. Au bout de 2 heures, nos demandes sont en bonnes et dues formes, il ne nous reste plus qu'à attendre nos visas qui peuvent être prêts dans 2 ou 5 jours. Nous avons juste eu deux problèmes. Un avec le Télex. On ne sait pas ce que c'est, toujours est-il qu'il nous a coûté 10 euros chacun. Ensuite, malgré la lettre de recommandation, le guichetier indien nous a demandé de prendre contact téléphonique avec notre ambassade. Nous sommes donc allés dans un petit magasin de photocopie (qui vend des formulaires de demandes de visas) juste en face de l'ambassade indienne. Nous avons téléphoné au consulat français qui n'a rien compris non plus, puis nous sommes retournés faire la queue. Quand vint notre tour, nous avons dit au même guichetier que nous venions de prendre contact avec notre ambassade, que tout était OK. Il a pris nos papiers et semblait satisfait.
Après ça nous avons pu passer un après midi tranquille chez Giti. Elle nous prépare pour chaque repas des spécialités du pays. Nous n'arrivons pas à retenir tous les noms des plats mais tout ce que l'on sait, c'est que c'est très bon !
Mercredi 10 septembre
Un petit coup de téléphone à l'ambassade d'Inde pour bien commencer la journée. Ils ont envoyé les papiers la veille, notre demande suit son cours et nous devrions les avoir pour dimanche. Nous décidons de rester chez Giti jusque là. En attendant, elle nous promène dans Téhéran. Nous allons au vieux musée de la capitale, celui où il y a de très beaux restes de la civilisation Perses, et aussi les restes d'un beau mec de 37 ans retrouvé dans une mine de sel en 1993. Le pauvre gars a dû mourir dans d'affreuses souffrances mais en tout cas 1700 ans après, il ne lui manque ni un cheveu, ni un poil de barbe. Même sa botte en cuir est restée intacte avec la jambe dedans !!! Bref, après le musée nous sommes allés au BAZAR ! Ca sent bon les épices, parfois un peu trop et ça nous fait éternuer. On se perd au milieu de tout ce fouillis et ce bruit. Pour manger ce midi, ce n'est pas facile. Nous nous arrêtons dans une boutique qui vend des plats à emporter. Il a tout ce qu'il faut en vitrine, du pain chaud, des produits frais etc. Le vendeur est là, le magasin est bien ouvert MAIS il ne veut rien vendre, ramadan oblige. Après insistance de Giti, expliquant que nous sommes des français tout ce qu'il y a de plus catholique, on fini par avoir nos sandwichs. Mais pour les manger, c'est une autre histoire, nous n'avons pas le droit, même catholique, de manger en public pendant le ramadan. Nous allons donc nous cacher dans la boutique d'un marchand de tapis. Il ferme le rideau pendant ½ heure rien que pour nous. Il vend de magnifiques tapis fabriqués à la main et nous sommes presque gênés de lui faire fermer son business, mais il a l'air content de nous rencontrer.
Nous passons l'après-midi à chercher en vain, des pneus corrects pour nos vélos. Nous nous en ferons envoyer avec les comprimés antipaludiques.
Dans les bus que nous empruntons, on se croirait en Afrique du Sud pendant l'apartheid, Les hommes devant et les femmes habillées en noir au fond du bus. Du coté des hommes il y a beaucoup de places et tout le monde peut s'asseoir. Chez les femmes, on est très serré.
Jeudi 11 septembre
Journée de repos chez Giti. On a
RIEN fait de la journée !!! Nous voulions reprendre la route
mais finalement, Giti a insisté pour que nous allions avec
elle demain, pour une excursion dans le Nord du pays.
Vendredi 12 septembre
Debout à 5h du mat, pas le temps
de prendre un petit déjeuner, le taxi vient nous chercher pour
nous poser à quelques kilomètres sur le bord de
l'autoroute. Un minibus s'arrête, nous montons à
l'intérieur. C'est un minibus tout pourri d'une vingtaine de
places. Il n'y a presque que des jeunes dans nos âges et 3
grands-mères qui ont le voile bien vissé sur la tête.
Nous découvrons la jeunesse de l'Iran. C'est bien ce qui nous
semblait, on ne peut pas interdire aux jeunes de s'amuser. La musique
à saturation dans le bus, c'est la grosse fête, tout le
monde se lâche !!! L'allée centrale est reconvertie en
piste de danse. Toute la frustration accumulée explose et
pendant nos 16 heures de bus, tout le monde se déchaîne,
danse, mange et même les filles parfois font tomber leur voile.
Les seuls moments calmes ont lieux quand nous passons au bord des
postes de police.
Vers 13h30, nous arrivons dans un musée, perdu en plein dans les montagnes au Nord de l'Iran. Nous sommes peut-être les seuls Français à avoir mis les pieds dans cet endroit. Nous avons inscrit le seul message en Français et en écriture occidentale sur le livre d'or du musée. C'est un musée qui se visite pieds nus. Il est rempli d'une collection d'objets anciens et insolites (matériels de dentiste, cadenas, savon, papiers, selles de cheval, habits, poteries...). Dehors, La décoration est un peu kitch !!! Nous faisons un pique nique dans le jardin (le ramadan, tout le monde l'a oublié). Chacun pousse la chansonnette, et évidemment, nous nous faisons bien remarquer avec les chansons traditionnelles du Berry. 3 heures après être arrivés, c'est déjà l'heure de repartir. Le chauffeur de bus qui vient de se taper 8 heures de conduite va pouvoir recommencer avec en plus une crevaison au bout de 2 km (faut dire que les pneus sont tellement usés qu'on ne voit plus du tout les dessins et la roue de secours est encore plus lisse que le pneu crevé). Au bout de 16 heures de discothèque ambulante, nous en avons plein les oreilles, mais nous sommes ravis d'avoir pu découvrir cette facette de l'Iran à l'opposé de tous les clichés que nous avons en France. Avant le départ du voyage, quand nous parlions de l'Iran, tout le monde nous déconseillait ce pays de terroristes extrémistes fanatiques religieux. En fait, la grande majorité des personnes que nous avons croisées souffrent énormément de ce régime et n'ont que faire du voile, du ramadan et de la religion en général.
Samedi 13 septembre
Aujourd'hui nous faisons nos adieux à
Giti. On espère la revoir un jour pourquoi pas en France. Nous
avons rendez-vous avec Shahin, un Iranien aux cheveux longs,
rencontré la veille dans le bus. Il nous promène dans
toute la ville de Téhéran et surtout dans les places où
jamais les touristes ne vont. Nous visitons tout un tas de bazars et
aussi de nombreux jardins, notamment un, très spécial
au Sud de la ville. C'est un immense parc où autrefois on y
vendait des femmes. Aujourd'hui, nous explique-t-il, rien n'a
vraiment changé, la femme n'est guère mieux considérée.
Encore un exemple avec les magasins de fringues : les mannequins
hommes ont toute leur tête, tandis que les mannequins femmes
ont la tête tranchée, comme si sous le voile il ne
devait rien y avoir, pas même un cerveau. Surtout pas un
cerveau. Le soir dans un parc, nous nous sommes fait interpeller par
la police. Très gentiment, un policier qui parlait un peu
anglais nous a expliqué qu'il avait travaillé pendant 2
ans devant l'ambassade française. Il y a appris quelques mots
qu'il a essayé de nous répéter mais nous avons
eu toutes les peines du monde à comprendre ce qu'il voulait
dire, alors nous répétions le même charabia que
lui, mais prononcé à la française et il était
content. Il a essayé de nous plaire en nous disant qu'il
aimait beaucoup le Champagne, mais nous nous sommes méfiés
de ce genre de propos, surtout venant de la bouche d'un policier.
La promenade a duré jusqu'à très tard dans la nuit et c'est à cet instant, dans un bus loin des quartiers touristiques que Shahin nous a montré un autre visage de l'Iran. Il nous a interdit de revenir dans ce quartier sans lui et pour cause. Des prostituées voilées aux mecs drogués en passant par les sans abris qui ne sont rien d'autres que des provinciaux sans éducation ni formation, qui sont venus à la capitale pour faire fortune et se retrouvent à vendre des rasoirs ou des allumettes à la sortie du métro.
Après un délicieux repas soit disant végétarien mais avec quand même quelques morceaux de viande, Shahin nous a raccompagnés dans notre petit coin de Paradis, le jardin de l'association Espéranto Iran. En plein dans le centre de Téhéran, dans une rue tranquille, au bout d'une impasse encore plus tranquille se trouve le siège de l'association. A 2 heures du matin passé, nous avons dû réveiller Mohammed qui vit au dessus du local de l'association. Il nous a ouvert la grille et a laissé la porte ouverte pour que nous puissions nous doucher. Nous avons passé une fin de nuit excellente sous la tente dans ce petit, tout petit jardin.
Dimanche 14 septembre
Réveillés à 8
heures par une énorme pulsion de désir d'en finir avec
nos visas indiens, nous avons zappé le petit déjeuner
pour filer directement à l'ambassade. Pour commencer, les
fonctionnaires indiens ont perdu la moitié de nos papiers,
ensuite le Consule n'a pas encore vérifié les
formulaires et pour terminer, ils n'ont toujours pas contacté
l'ambassade française. Nous décidons donc d'attendre
devant le guichet jusqu'à ce qu'on obtienne nos visas. En
début d'après midi, nous nous sommes autorisés
une petite pause pour aller à la poste envoyer cartes postales
et une lettre avec des papiers (cartes et bricoles de la Turquie). La
guichetière contrôle ce que nous envoyons et lorsqu'elle
tombe sur nos 2 CD de photos, elle refuse de faire partir le colis.
En fait elle nous explique que nous ne pouvons envoyer qu'un seul CD
à la fois. Nous avons tenté de lui expliquer que son
règlement était complètement idiot et que si on
avait su, on aurait envoyé un DVD, car pour le même
format nous pourrions envoyer l'équivalent de 5 CD. Après
négociation, elle nous propose d'envoyer les CD en colis
séparés, mais à 16 euros le colis nous préférons
laisser tomber. De retour à l'ambassade, nous attendons
encore. Notre patience finit par payer et le petit fonctionnaire, de
l'autre coté de sa vitre teintée, le sourire jusqu'aux
oreilles, nous tend nos 2 passeports décorés du visa
indien.
Epuisés mais trop heureux !!! Nous retournons au local de l'association où Reza, le directeur, nous propose de venir passer la soirée chez lui.
Cédric : « Nous acceptons mais avant, nous souhaitons faire une petite transformation sur le vélo d'Alice. Simplement, il faut que j'agrandisse légèrement le trou de la jante arrière pour pouvoir mettre des chambres à air grosses valves. Reza appelle un ami Espérantiste pour m'aider à trouver une perceuse. Celui-ci vient rapidement et veut tout faire à ma place. Il est très gentil mais avec son costume cravate (sans cravate en fait, puisque c'est interdit en Iran), je ne suis pas certain de ces compétences de bricoleur de vélo. Quand il revient la perceuse en main avec une mèche trop petite, j'ai beau essayé de lui faire comprendre que ça ne va pas, il veut quand même essayer et se met à percer de biais. Il me fait une vieille bavure sur l'intérieur de la jante (ce qui va la fragiliser) avant de conclure qu'effectivement, il faut trouver un foret plus gros (merci). Finalement, nous allons dans la boutique d'un tourneur fraiseur et pendant qu'il explique ce qu'il veut et le temps que l'artisan sorte toute sa palette de matériel, je saisis sans hésiter une petite lime ronde qui traînait sur l'établi. Mon ami à bien essayer de me la prendre des mains en me disant qu'il voulait le faire pour moi (par pure gentillesse), j'ai serré la lime de toutes mes forces et j'ai fini par faire ce que je voulais. C'est toujours le même problème avec les gens serviables (et ce n'est pas la première fois que ça m'arrive), ils partent d'un bon sentiment et sont vraiment sincères, mais parfois incompétents. Et lorsqu'ils bousillent du matériel, que faut-il faire? Les engueuler ? Faut-il leur mettre une claque pour pouvoir travailler tranquille ? Si casse il doit y avoir, je préfère en être à l'origine plutôt que d'en vouloir à quelqu'un qui sera désolé, franchement désolé mais ... ».
Bref, le vélo de nouveau sur pied (enfin sur pneu), nous partons chez Reza pour une soirée très enrichissante. En nous promenant, nous passons à proximité d'un parc très spécial, un parc pour femmes. Avant d'y entrer, elles doivent se débarrasser des appareils photos, téléphones portables, bref de tout ce qui pourrait prendre une image. Puis dans le parc, renfermées et bien gardées, elles peuvent se promener « librement », sans voile. Elles peuvent même louer des vélos car les seules femmes qui font du vélo en Iran, ce sont les voyageuses étrangères. Reza est aussi actif dans l'association « force verte », qui est en fait un parti politique, mais qui ne peut agir que dans le cadre associatif. Leur principale activité est l'information et l'éducation de la population. Ils organisent des campagnes de plantation d'arbres autour de Téhéran (et joignent à cette occasion l'association Espéranto), des journées de nettoyage des cours d'eau, mènent de grandes campagnes d'information sur l'eau, les déchets, la protection de la Faune et de la Flore sauvage. Ils se battent, mais restent bâillonnés par un gouvernement qui de toute manière, ne tolère aucune résistance. Dans le cadre d'une manifestation par exemple, la police n'hésiterait pas à user des armes pour stopper le mouvement. On imagine aisément que même dans la France de Nicolas S, où la répression est de plus en plus forte, le jour où la police ouvrira le feu à volonté sur les manifestants, ce sera la révolution !
Reza a du faire la guerre contre l'Irak. Il nous raconte comment lors des combats, il faisait tout pour rester caché. Et lorsqu'il recevait l'ordre de tirer, il se débrouillait pour viser au dessus des cibles. Il a perdu de très bon copains dans cette guerre idiote, et nous explique qu'il n'a pas de haine contre les Irakiens car il imagine assez facilement que de l'autre côté, de nombreux soldats ont été engagés de force, comme lui. Il en veut plus contre ceux qui organisent la guerre comme ils jouent aux échecs, ceux qui, dans le cadre d'une tactique politique de soif de pouvoir, sacrifient des millions de vies humaines comme on sacrifie des pions.
Publié par alice.cedric à 06:57:02 dans Carnet de route | Commentaires (0) | Permaliens