«Il est des thèmes si vastes qu’un seul regard ne peut en couvrir l’étendue, ni même en déceler tous les détails.»
François Barré
Le projet de diplôme
Le projet de diplôme comporte l’étude d’un quartier dans le val de Bagnes, en plein essor du tourisme.
Après une étude territoriale, le constat d’une pression urbaine en fond de vallée et sur les replats géomorphologiques dénonce l’intention d’un développement urbain implanté sur les coteaux de la vallée.
Le projet urbain s’inscrit sur la trame de la planification agraire par l’irrigation de manière à réconcilier passé et présent dans le futur.
Les sites choisis sont à proximité de villages, sur des zones de déprises agricoles.
Deux types de logements sont traités : pour les locaux et pour les touristes.
Deux sites sembleraient posséder les critères requis au développement urbain : les terrasses agricoles abandonnées en adret pour accueillir les locaux et les secteurs à forte pente en ubac pour héberger les touristes.
L’acte de bâtir dans un espace de qualité ce n’est pas juxtaposer des éléments fonctionnels pour fabriquer une machine à loger.
Le projet s’inscrit dans un lieu avec ses contraintes et ses potentiels, créé pour les gens. «L’espace bâti n’est pas seulement un objet qui remplit des fonctions, c’est un prolongement de soi, une manière d’être au monde, dans un lieu donné, celui de l’édifice lui-même, mais aussi dans le site où ce bâtiment s’installe. Le lien étroit entre l’homme et sa maison, entre sa maison et la nature, c’est le fondement même de l’acte de construire et d’habiter.»
Mon site de projet est situé sur le versant nord, au sud de Bruson.
Au cours de l’évolution du projet, je me suis confrontée à la question de l’implantation. Certains choix méritent le soutien d’un urbaniste ou d’un architecte, tel que disposer les habitats en fonction de leur typologie, de leur gabarit, de leur surface au sol. Ce travail nécessite un aboutissement pour faire le joint entre le projet et l’urbanisme et identifier les problèmes à résoudre par la suite.
L’architecte paysagiste peut préconiser une charte proposant un ensemble de règles fondamentales d’aménagement, de règles définissant la composition des espaces dans une réflexion globale. En l’occurrence, en ubac, un maximum d’orientation vers une exposition sud-sud/ouest doit être pris en compte.
Les formes de bâtiments peuvent s’inspirer des formes indigènes des Raccards. Ces bâtiments peuvent être disposés de manière à rappeler la structure des hameaux.
La préconisation d’une mixité de volumes et d’affectation des bâtiments privilégie des rapports sociaux et spatiaux différents entre espaces extérieurs publics et espaces extérieurs privés.
Les problématiques issues de ce projet concernent également toute les régions confrontées au développement urbain en milieu rural.
La planification urbaine n’a pas toujours pris en compte l’environnement dans lequel elle s’insérait.
La conquête du territoire montagnard démontre que l’homme «urbain» peine à apprivoiser celle-ci, bien que certaines stratégies urbaines, sur ce même territoire, nées de la défense du territoire, ont amenées des structures urbaines cohérentes et adaptées à leur environnement.
La conception d’un projet dans un paysage de montagne implique de comprendre sa complexité. Riche de milieux naturels, un climat contrasté, des écarts d’altitudes, la montagne nous demande une attention soutenue. Aujourd’hui victime de son sublime, la civilisation des loisirs la brutalise de cicatrices indélébiles.
En parallèle, les territoires plus soumis à la conquête urbaine ont essuyé quelques maladresses.
Le développement urbain tend vers une prise de conscience sur l’insertion paysagère dans une politique de développement durable. Le sujet :
La gestion de l’expansion urbaine sur le territoire est problématique.Insérer des quartiers résidentiels dans un réseau urbain déjà existant inclut un impact paysager et la création de nouvelles infrastructures.
Dans le cadre du développement durable, les «agrégats» urbains avec des ensembles plus resserrés et plus compacts permet l’économie des réseaux donc lutte contre l’étalement urbain.
Cette recherche est plus zoomée sur l’agencement de nouveaux quartiers de manière à éviter l’étalement sur le territoire mais tout en viabilisant les interstices d’une forte densité d’habitats comme les acheminements et les places dans la coordination des limites publiques, semi-privées et privées.
Ce travail est le fruit d’une perception car les recherches qui nourrissent le sujet sont inductives et non exhaustives.
Les «cas d’espèces» seront des exemples précis mais d’origines variées selon leur géographie, leur approche culturelle et leur date de conception mais toutes avec le point commun d’être des secteurs d’habitat denses montrant les signes d’une fonctionnalité adroite.
L’objectif est de montrer des attitudes de planification urbaine en corrélation avec leur site d’implantation afin de mieux comprendre les principes fondamentaux sans pour autant imposer un modèle précis.
Les hypothèses
Les villages sont construits autour d’une particularité dominante, la plupart du temps culturelle, comme la centralité autour d’une église ou d’une mairie, les deux sont souvent l’un à côté de l’autre.
Doit-on chercher une organisation planifiée ou au contraire l’absence de toutes règles ?
Au départ l’impression que les anciens villages n’aient pas été planifiés mais construits au fur et à mesure semblait hypothétique.
Les outils de construction de l’époque permettaient le cas par cas et l’avancement à taton d’un village et supposons que la concertation ait été perpétuelle puisque la main d’oeuvre d’utilité publique!
Le nouvel urbanisme s’appuie sur des exemples anciens pour justifier que le quartier se structure autour d’un noyau.
L’implantation d’un village était mûrement réfléchi, à proximité des terres agricoles, protégé des risques naturels, des habitats côte à côte pour braver les intempéries et un système de défense infranchissable.
L’éventualité de construire les villages sur le mode ancien des fortifications, au niveau de la forme semble prendre en compte la topographie et donne une structure d’ensemble aux vieux villages.
La fortification n’est plus nécessaire de nos jours mais les règles de construction se basant sur les principes de défense permettent une structure de base adaptée à la topographie et crée ainsi des vues lointaines sur le grand paysage.
S’inspirer de ce genre de structure c’est répondre au va et vient entre environnement et domaine construit.
Espaces publics La conviction que l’architecte paysagiste devrait s’intéresser aux sciences humaines pour comprendre comment vivre dans un quartier est primordial. La question ne se limiterait pas qu’au savoir comment construire. « La vie de quartier C’est un bien grand mot. Evidemment, on pourrait cultiver ces habitudes, aller toujours chez le même boucher, laisser ses paquets à l’épicerie, se faire ouvrir un compte chez le droguiste, appeler la pharmacienne par son prénom, confier son chat à la marchande de journaux, mais on aurait beau faire, ça ne ferait pas une vie, ça ne pourrait même pas donner l’illusion d’être la vie; ça créerait un espace familier, ça susciterait un itinéraire (sortir de chez soi, aller acheter le journal du soir, un paquet de cigarettes, un paquet de poudre à laver, un kilo de cerise, ect.), prétexte à quelques poignées de main molles, bonjour, madame Chamissac, bonjour, monsieur Fernand, bonjour, mademoiselle Jeanne), mais ça ne sera jamais qu’un aménagement douceâtre de la nécessité, une manière d’enrober le mercantile. Evidemment on pourrait fonder un orchestre, ou faire du théatre dans la rue. Animer, comme on dit, le quartier. Souder ensemble les gens d’une rue ou d’un groupe de rues par autre chose qu’une simple connivence, mais une exigence ou un combat.»
Comment bien regarder le paysage si l’on ne sais pas regarder les gens ? Les deux sont liés.
D’accord, il y a les voisins, il y a les gens du quartier, les commerçants, la crémerie, le tout pour le ménage, le tabac qui reste ouvert le dimanche, la pharmacie, la poste, le café dont on est, sinon un habitué, du moins un client régulier (on serre la main du patron ou de la serveuse).
Georges Perec
Publié par blue-coral à 14:08:46 dans Mémoire de diplôme | Commentaires (0) | Permaliens
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