Depuis ce coup de fil inattendu, il ne put penser à autre chose qu'à
ces moments passées avec elle, et les moments passées à errer sans
elle.
Allô!
Oui, c'est moi. Comment vas tu?
Bien, mis à part ce qui ne va pas. Et plus ça va, moins ça va.
Je vois que t'es toujours philosophe sur les bords.
Ben, que veux tu, je ne vais pas changer parce que tu m'as quitté?
Non, ce n'est pas ce que je voulais dire. Mais je me suis rappelé ce coté mystique de toi. Un coté que j'aime malgré moi.
Pourquoi malgré toi? me suis je imposé contre ton gré? non, il y a
eu consentement mutuel et tu le sais. Et d'ailleurs, si quelqu'un
s'était imposé, c'est bien toi. Mais nous n'allons pas remettre nos
vieilles histoires sur le tapis. Ce qui s'est passé entre nous ne peut
plus être vécu. Excuses moi si je te le demande crûment, mais pourquoi
m'appelles tu?
À vrai dire j'avais pensé qu'on pourrait se voir, prendre un pot, discuter comme avant quoi. En amis, qu'on avait dit une fois.
Ah, tu me fais le coup de l'amoureuse qui regrette de s'être tiré un beau jour sans crier gare!
Non, pas du tout, juste l'envie de papoter avec toi. Des fois que ça me manque tu sais.
Moi aussi ça m'avait manqué et il a fallu me faire une raison pour ne pas sombrer.
Je ne veux pas m'excuser!
Non, je ne te le demande pas, et ma foi, je reconnais que j'ai fait des erreurs moi aussi.
Alors, on le prend ce pot?
Je ne sais pas trop. Je n'ai pas envie de sombrer de nouveau, de
m'attacher à ton regard, à ta lèvres, à tes mains, de vouloir tout
reprendre, de revivre les mêmes délices avec toi.
Arrête, tu parles comme une nana, c'est moi qui devrais dire ça.
Et tu penses que je suis un homme quand je te vois? Si ce n'est au
lit, le reste du temps je me voyais ton bébé, ton poupon, je me sentais
protégé quand je te prenais dans mes bras.
Ben, tu vois, c'est ce qui m'a fait fuir, je me suis sentie
suffoqué, comme une femme qui enfante la première fois. Je me suis
sentie prise au piège, je voulais te sentir homme, viril, à la limite
voyou, mais pas me coller aux jupons.
Oui, je m'en suis rendu compte bien tard, bien après. Est ce que j'ai changé? je ne sais pas.
Écoute, on se voit et on en parlera.
Dis, tu as connu un autre après moi?
Oui, pas un seul mais trois. Les deux premiers ça n'a pas tenu
longtemps, le troisième je l'ai épousé. Même si avec lui je m'ennuie.
Peut être que c'est eux, peut être que c'est moi. Peut être à cause de
toi. je n'en sais trop. Et puis je m'en fous. Je t'appelle pour
discuter pas pour me foutre le moral à plat.
Ok, désolé.
Ne le sois pas, ne le sois plus. J'aime que tu me dises que je te
fais chier, que je te fais bander, que tu me hais, mais de grâce,
arrêtes de t'excuser.
Ok, on se voit demain si tu veux. Mais n'espère pas trop.
Je n'espère rien du tout. Je suis mariée, je n'attends rien de la vie.
Tu n'attends rien de la vie mais tu voudrais que tes fantasmes
prennent forme, que tes rêves soient vrais. Pas pour toujours, mais
juste pour un moment, un petit instant pour fuir ta réalité.
Non, je ne demande rien d'autre que de te voir pour remettre les
choses à leur place. Je n'ai pas aimé notre séparation, et je n'aime
pas me voir me comporter ainsi.
Tu te comportes comment? comme une gamine, c'est peu de le dire
ainsi. C'est ridicule ce que tu as fait et tu le sais. C'est toi qui as
voulu concrétiser et c'est toi qui as voulu te faire oublier.
Arrêtes, je vais regretter ce coup de fil.
Vas y, je n'ai rien demandé. Le mal que tu m'as causé m'a fait
prendre conscience de ma réalité. Sur un coup de tête tu apparais, sur
un autre tu disparais. Je ne t'en veux pas d'avoir eu peur de
t'embarquer, je t'en veux de m'avoir méprisé, d'avoir ignoré mes
appels, mes lettres et mes messagers. Je ne demandais rien de plus
qu'une amitié. Amitié que tu appelais de tous tes voeux si je ne
m'abuse.
Je suis désolée. Je m'étais trop impliquée avec toi, je ne savais plus comment m'en sortir
Ah, c'est à ton tour maintenant d'être désolé. Je n'en ai pas
besoin car je ne suis pas rancunier. Je ne t'aime plus, par moments je
te hais, mais malgré tout je t'apprécie.
Tu me fais chier. Je préfère raccrocher.
Fais le, je connais la chanson. Tu es du genre à tout plaquer d'un
coup, à tout fermer que tu m'avais dit. Mais laisse moi te dire une
chose. Ton passé tu le vis au quotidien, et chaque instant présent est
un passé pour celui à venir. Rompre cette chaîne c'est se condamner à
errer entre un passé oublié et un futur sans lendemain.
Monsieur le philo s'est spécialisé à ce que je vois! Je te rappelle demain, mon mec vient de rentrer.
C'est comme tu veux. D'ailleurs, ça a toujours été comme tu as
voulu. Juste une chose avant de raccrocher: tu me trouvais génial et
libre d'esprit, tu étais folle de mes dires et de mes écrits, mais par
ton silence, tu m'as fait sentir que j'étais un pestiféré, un jouet que
tu as jeté dès que tu t'en es lassée.
Tu dis n'importe quoi! tu divagues! j'avais mes raisons, c'est tout!
Les raisons de la déraison...tes raisons dans ta déraison. Appelle
moi demain si ça te dit, même si tu risques de tomber sur ma
messagerie. Ou sur ma femme, ceci dit.
Selon vous,...