C'est sympa un Blog : On peut aller au bout de son monologue sans risquer d'être interrompu. On n'est même pas obligé de lire les commentaires d'autrui.
Non, je rigole, si j'écris c'est pour être lu, pardi. Alors, bonne lecture. Vous pouvez zapper, je ne m'en offusquerai pas.
En fait, si je suis là, c'est parce que je cherche surtout à me souvenir de l'anniversaire du jour. Que s'est-il passé aujourd'hui ? On oublie trop le passé. L'histoire nous apprend pourquoi nous en sommes arrivés là. J'évite quand même de choisir un événement anniversaire qui sera bien médiatisé.
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Chers lecteurs blogeurs. J'ai reçu plusieurs messages me disant que vous avez des difficultés pour mettre des commentaires à la suite de mes billets. Beaucoup d'entre vous ne peuvent pas me répondre. Je n'y suis pour rien et n'ai pas mis de verrou. Je vous donne mon mail personnel, si vous voulez vraiment me joindre : logetteyves@yahoo.fr,. Merci de votre fidélité. Papyves.
A la tête de l'Egypte depuis 1954, le colonel Gamal Abdel Nasser rêve de moderniser son pays. Il veut commencer par construire un immense barrage, en amont du Nil, pour réguler le débit du fleuve, multiplier les surfaces irriguées et fournir de l'électricité à sa population. Le coût de ce barrage, à Assouan, est exorbitant mais les USA et la Banque mondiale lui prêtent les fonds nécessaires. Dans le même temps, Nasser envisage d'anéantir Israël et se fait livrer, en 1955, des armes soviétiques depuis la Tchécoslovaquie. Il n'en faut pas plus pour inquiéter le Sénat américain qui retire son offre de prêt, suivi par la Banque mondiale et même les Soviétiques.
C'est une humiliation pour ce jeune Président qui décide de se procurer l'argent en nationalisant le canal de Suez, construit par le Français Ferdinand de Lesseps, et en réaffectant les fonds perçus à la construction du barrage du siècle. Sans doute, a-t-il été influencé par la nationalisation récente des pétroles iraniens par Mossadegh ou incité à le faire par une suggestion américaine. Le 26 Juillet 1956, après s'être assuré du retrait, par accord, des troupes britanniques occupant la zone du canal, il prononce un discours ferme et nationaliste à Alexandrie. « Ce canal est la propriété de l'Egypte ... » puis, ponctuant ses phrases par plusieurs évocations à de Lesseps ( mots codes à ses hommes de main ) « ... à cette minute même, des fils de l'Egypte assurent le contrôle de la Compagnie du canal de Suez, de ses installations et de la direction du trafic ». Il coule ensuite des bateaux dans le canal pour bien montrer sa détermination et entraver la circulation.
Le canal de Suez évite aux navires de faire le tour de l'Afrique pour convoyer des marchandises de l'Asie vers l'Europe, et inversement. Son importance est donc primordiale pour les occidentaux qui l'exploitent et commercent avec les Indes, le Moyen-Orient et l'Asie. Sa liberté d'accès l'est tout autant pour les Israéliens qui ont vu Nasser bloquer le golfe d'Aqaba à plusieurs reprises.
Cette nationalisation surprise provoque donc une crise dans les chancelleries. En France, où l'on voit d'un mauvais œil le soutien égyptien à la rébellion du FLN algérien, Guy Mollet, appuyé par le ministre de la Défense et celui de la Justice, François Mitterrand, mais contre l'avis de Pierre Mendès France, se rallie à l'idée d'une guerre préventive. En Angleterre, le Premier ministre, Anthony Eden, peine aussi à convaincre, contre Neville Chamberlain, de la nécessité d'une démonstration de force contre le « Mussolini du Nil ». Pour Israël, qui n'a que la France comme allié, c'est une occasion de faire stopper les raids croissants des Fedayins, les combattants palestiniens poussés par l'Egypte. Les Etats-Unis temporisent.
Une réunion secrète, à trois, entre Français, Britanniques et Israéliens, se tient à Sèvres, le 22 Octobre 1956, au cours de laquelle il est décidé que Israël mènerait une attaque surprise en direction du canal, provoquant ainsi la montée au front des troupes arabes et que les gouvernements français et anglais imposeraient un ultimatum aux deux belligérants pour qu'ils se retirent à 10 miles de la zone du canal. Nasser refusera l'ultimatum ( c'est ce qu'on avait prévu à Sèvres ), ce qui autorisera les troupes franco-britanniques à bombarder les installations d'aviation égyptiennes et de larguer des parachutistes sur Port Saïd et de part et d'autre du Nil. Le plan marcha à merveille et les positions furent facilement réoccupées le 06 Novembre.
Cependant, Russes et Américains, écartés des préparatifs de cette intervention, n'entendent pas la laisser se dérouler sans qu'ils en tirent profit. Le Maréchal Boulganine menace aussitôt de lancer des fusées nucléaires si l'attaque n'est pas stoppée et le Président Dwight Eisenhower exige, lui aussi, un cessez-le-feu. Pour forcer la main aux Britanniques, qui ont agi sans les avertir, les Américains lancent une attaque monétaire contre la Livre sterling et envoient leurs forces aéronavales en Méditerranée. Les Anglais cèdent et, par contrecoup, les Français. Bien que vainqueurs, leurs troupes doivent se replier et quitter le pays. Une force internationale, sous l'égide de l'ONU, la première apparition des casques bleus, s'installera sur la ligne d'armistice et les Nations Unies condamneront l'action franco-britannique.
Nasser exulte. Sa défaite militaire prend des allures de triomphe diplomatique. Les deux puissances européennes, puissances coloniales déchues, subissent une grave perte de prestige pendant que deux autres puissances, américaine et soviétique, réaffirment leur suprématie. Nasser, devenu le héraut du panarabisme, gouvernera l'Egypte jusqu'à sa mort, à 52 ans, le 28 Septembre 1970.
Une page est définitivement tournée, celle de la « diplomatie de la canonnière » qui annonce l'heure de la décolonisation dans toute l'Afrique et au-delà. Le Proche-Orient deviendra un enjeu durable dans la lutte que se mèneront les nouvelles puissances du monde bipolarisé jusqu'à la chute du mur de Berlin en 1989.
Publié par Papyves à 08:33:18 dans Faits politiques. | Commentaires (3) | Permaliens
Plus encore que John F. Kennedy ( Ich bin ein Berliner ), le Général de Gaulle avait l'art consommé des petites phrases et des effets de style. Ses mots ont toujours été réfléchis et choisis à dessein. On se souvient du « Je vous ai compris » prononcé le 04 Juin 1958, au balcon de l'hôtel de ville d'Alger.
Au Canada, dans la « belle Province » du Québec, une autre petite phrase va faire l'effet d'une bombe, en 1967. C'est l'année du centenaire de la Confédération canadienne et de Gaulle sait qu'il sera invité mais il pense que les Français sont là-bas des citoyens de seconde zone, les vassaux de la reine d'Angleterre, ce qui lui est insupportable. Il veut se rendre au Québec et trouve le prétexte de l'invitation de Daniel Johnson, Premier ministre du Québec, qui le prie à l'Exposition universelle de Montréal. Le Général hésite car une foire n'est pas le meilleur endroit pour faire un coup politique mais s'y rend finalement avec, rapporte Alain Peyrefitte, l'idée suivante en tête : « Nous n'irons pas fêter à Montréal le centenaire de la Confédération canadienne, comme le voudraient les Anglais du Canada et les fédéraux. Si nous y allons, ce sera pour fêter 200 ans de fidélité des Canadiens français à la France ».
C'est à bord du Colbert, navire-amiral de la flotte de l'Atlantique, et non pas en avion ( qui l'aurait obligé à se poser à Ottawa ) que de Gaulle fait la traversée de l'océan. Après une escale française à Saint-Pierre-et-Miquelon, il confie au colonel Desgrées du Lou, l'un des aides de camp « On va m'entendre là-bas. Je vais en surprendre plus d'un ... ». Le 23 Juillet, le Colbert mouille au pied de la citadelle de Québec où Daniel Johnson et le Gouverneur général du Canada accueillent un Charles de Gaulle en tenue de général. La foule se tait au « God save the Queen » mais chante « La Marseillaise » à pleins poumons. Le ton du séjour est donné.
Après la ville de Québec, de Gaulle entreprend le lendemain, 24 Juillet 1967, son voyage vers Montréal en suivant le « Chemin du Roy », sur la rive Nord du fleuve Saint-Laurent en passant par Trois-Rivières. Tout le long, la foule est nombreuse et brandit des pancartes « Québec libre » à chaque arrêt. Les discours du général s'animent au fur et à mesure qu'il progresse vers Montréal et l'accueil dans la ville est impressionnant. « Vive de Gaulle », « Le Québec aux Québécois ». C'est véritablement une ville française qui tend la main à cet invité de marque qui se présente, vers 19h30, à l'hôtel de ville où l'attend le maire Jean Drapeau, fédéraliste convaincu.
En sortant de l'ascenseur, le général entend les clameurs de la foule et veut aller les saluer par le balcon mais Drapeau l'entraîne de l'autre côté où l'attendent les notables de la ville. De Gaulle suit son idée et se présente au balcon décoré des trois couleurs. Sûr de lui, Drapeau annonce au général que le micro n'est pas branché et qu'il ne peut pas leur adresser la parole mais de Gaulle suit le fil et s'apprête à le brancher lui-même lorsqu'un technicien le devance.
« C'est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant, devant moi, la ville de Montréal française. Au nom du vieux pays, au nom de la France, je vous salue. ... » et il parle du développement et des progrès accomplis par la ville, de la confiance des Français, de son ami Johnson, des élites québécoises qui pourront bientôt aider la France. « ...La France entière sait, voit, entend, ce qui se passe ici ... Vive Montréal ! Vive le Québec ! ». Une pause pendant laquelle les ovations reprennent puis « Vive le Québec libre ! ». ( voir la vidéo ) « Vive le Canada français et vive la France ! ». C'est du délire dans la foule où les drapeaux bleus et blancs s'agitent.
Il avait promis qu'on allait l'entendre, on l'a entendu. En quittant le balcon, le général aperçoit la mine inquiète de Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères, qui doit imaginer les suites diplomatiques de ces quatre mots qui ont fait connaître le Québec de par le monde. En effet, à Ottawa, on est furieux et on n'apprécie pas du tout car « Vive le Québec libre » est exactement le slogan du Rassemblement pour l'indépendance nationale, RIN, futur Parti Québécois, séparatiste, que fondera René Lévesque un an plus tard. La presse anglaise se déchaîne, le Premier ministre du Canada, Lester B. Pearson, considère ces propos « inacceptables » comme un affront et annule la visite prévue à Ottawa. Les relations entre le Canada et la France ne s'amélioreront qu'après la démission de Charles de Gaulle en 1969.
Pourquoi avoir prononcé ces paroles ? Contrairement à ses intentions envers l'Algérie, il a toujours été clair sur sa vision du devenir de la Province. « Le Canada français deviendra nécessairement un Etat et c'est dans cette perspective que nous devons agir ».
Il n'a pas improvisé ce discours, même s'il n'était pas prévu, sauf peut-être la phrase inspirée par l'enthousiasme de la foule : « Ce soir, ici et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération ... ». De Gaulle a toujours minutieusement préparé et appris par cœur les moindres de ses interventions. Ce n'est donc pas sous le coup de l'émotion qu'il aurait « dérapé ». De retour en France, il lâchera « il fallait bien que je parle aux Français du Canada, nos rois les avaient abandonnés ». Et à son gendre : « C'est la dernière occasion de réparer la lâcheté de la France ».
Pourtant, l'effet politique sur le long terme, voulu par de Gaulle, n'aura pas lieu. Contrairement à 1997, où le 30ème anniversaire de ce discours avait été largement célébré, en présence de Pierre Mesmer et de Philippe Seguin, le 40ème anniversaire en 2007 s'est fait très discret, même du côté du Parti Québécois, comme si la question de la souveraineté n'était « pas morte mais pas forte ». Bravo quand même, les cousins, pour votre constance et votre fidélité !
Publié par Papyves à 02:00:11 dans Faits politiques. | Commentaires (0) | Permaliens
Contrairement à ce qui est souvent expliqué pour condamner la passivité des Allemands face aux atrocités commises par Hitler pendant la seconde guerre mondiale, les opposants allemands au régime nazi ont été nombreux et d'autant plus courageux que le régime tenait fermement les commandes de l'Etat. Pas moins de 30 attentats ont été préparés dès 1936 pour mettre fin aux visées extravagantes du Führer. A chaque fois, il en a réchappé grâce à la chance et au fait que ses déplacements étaient annoncés au dernier moment.
Le dernier complot fomenté par l'équipe de la « Schwarze Kapelle », en 1944, complot appelé « Opération Walkyrie », prévoit la mort de Hitler et de ses proches collaborateurs dans un attentat à l'explosif, suivi d'un coup d'état pour prendre le pouvoir politique et militaire du Reich ( les ramifications dans toute l'Allemagne couvrent déjà tous les niveaux ) et faire la paix avec les pays occidentaux pour pouvoir appliquer l'effort de guerre contre la Russie.
Parmi les conjurés, figurent plusieurs hauts gradés comme les généraux Beck, Goerdeler, le maréchal Erwin Rommel, le « Renard du désert » qui a vite compris que la guerre était perdue et surtout le comte Claus von Stauffenberg, 36 ans, récemment affecté comme colonel à l'état-major de l'armée de réserve et, à ce titre, accepté à la table de décisions. De fervent partisan d'Hitler, cet aristocrate n'a pas supporté la brutalité des SS sur le front Est, pendant l'hiver 1941/42 et il est devenu le plus déterminé des opposants.
Ayant rassemblé ses généraux ( manquent Goering et Himmler ) au Grand Quartier Général de Rastenburg, en Prusse orientale, le 20 Juillet 1944, Hitler veut se faire expliquer la situation sur le front russe devant une grande carte murale. Stauffenberg a repéré la place où il doit siéger autour de la table de chêne qui équipe la « Wolfsschanze », la tanière du loup. Mais Hitler avance la réunion d'une demi-heure car il doit recevoir le Duce Mussolini dans l'après-midi. Pris de court, Stauffenberg prétexte un changement de chemise et se rend dans sa chambre avec son aide de camp ( qu'il a obtenu depuis qu'il a perdu un bras en Libye ), afin d'actionner la bombe cachée dans une sacoche. Puis il rejoint la salle de conférence et dépose la sacoche contre un pied de table, non loin de Hitler. Le compte à rebours du détonateur à retardement lui laisse une dizaine de minutes. Il fait mine d'avoir à téléphoner et quitte la pièce où, bientôt, une formidable explosion a lieu. Il lit sur sa montre 12 h 42, observe le bungalow soufflé et quelques corps de soldats éjectés et court prendre son avion pour Berlin.
Mais béni du sort, une fois encore, Hitler ne fait pas partie des 4 morts et des blessés graves. Il a les cheveux grillés, les tympans percés, le bras paralysé mais c'est tout. Il a été sauvé par le fait qu'un officier a déplacé la sacoche de Stauffenberg qui le gênait et l'a mise derrière le gros pied de bois, côté opposé à Hitler et par le fait que Claus von Stauffenberg, dérangé par un sergent pendant la préparation de la bombe n'a pu actionner qu'un seul des deux détonateurs. Ne sachant pas que le deuxième pain de plastic aurait explosé aussi, malgré cela, il l'a enlevé de la serviette, d'où un effet destructeur amoindri, d'autant que la réunion s'était déplacée, à cause de la chaleur, du bunker initialement prévu ( et où l'effet de souffle aurait été plus fort ) vers un chalet en bois attenant.
Rejoignant les autres conjurés, Stauffenberg apprend que ceux-ci n'ont pas osé déclencher le soulèvement, ne sachant pas, au vu des appels contradictoires, si Hitler fut bien mort. L'attentat et la conspiration ont échoué. La répression sera terrible, mêlant tortures, humiliations et exécutions en règle, dont des généraux de la Wehrmacht et des ministres. 600 personnes, soit trois fois plus que les rebelles, seront abattues dans les semaines qui suivront et des milliers emprisonnées en vue de leur exécution ultérieure, après une parodie de jugement. Les principaux organisateurs de l'Opération Walkyrie seront « suicidés » sur le champ.
Rescapé de l'attentat, Hitler mènera l'Allemagne jusqu'au bout de sa folie.
Au moment où le dernier survivant de cet attentat, le baron von Boeselager, vient de s'éteindre, à 90 ans, on peut se demander ce qu'il serait advenu de l'Europe si l'opération avait réussi. Malheureusement, on ne découvre souvent les intentions des dictateurs qu'après les avoir aidés à s'installer légitimement sur le trône. Je ne vise personne ...
Publié par Papyves à 00:25:12 dans Faits politiques. | Commentaires (2) | Permaliens
6 ANS ET 4 MOIS !!!
Publié par Papyves à 02:03:55 dans Faits politiques. | Commentaires (0) | Permaliens
Modernisée et fortement augmentée par Georges Leygues, ministre de la Marine de Clemenceau, la Marine française fait, en 1939, envie à toutes les autres Marines du monde, anglaise comprise. Lors du déferlement allemand de 1940, alors que les Panzers contournent la ligne Maginot et bousculent l'Armée française jusqu'à la Manche, les ports ne sont pas inquiétés. L'armistice est signé le 22 Juin 1940 mais les fleurons de la Marine Nationale, hormis ceux qui suivirent l'ordre de l'Amiral Darlan de se saborder, sillonnent toujours magistralement les mers du globe, de la Méditerranée aux ports coloniaux lointains.
Hitler craignait à juste titre cette puissante Marine et s'appliqua à la neutraliser en faisant écrire une clause de l'armistice selon laquelle la flotte serait « désarmée dans ses ports d'attache » et ne serait pas livrée aux alliés ni aux puissances de l'Axe (Allemagne et Italie). Il s'assurait ainsi le non ralliement de « la Royale » au gouvernement de Londres. Le prix qu'il consentit à payer fut la « zone libre ».
De son côté, Churchill était préoccupé par cette puissante armada intacte qui pourrait tomber entre les mains des vainqueurs du moment pour, en combinant ses forces à la naissante Kriegsmarine, déferler sur la British Navy. Il lui fallait donc, lui aussi, la neutraliser ou mieux la rallier au Royaume-Uni qui serait, sans conteste, la prochaine cible de Hitler. Le Prime Minister entreprit de convaincre son homologue français d'unir la flotte française à la flotte britannique. Sans succès car Paul Reynaud tergiverse.
Churchill conçoit alors l'opération « Catapult » dont le but est de prendre le contrôle ou, à défaut, de détruire la Flotte française, dans les ports à la portée de la mainmise nazie. Les amiraux anglais manifestent leur désaccord à devoir tirer sur des navires amis mais Churchill se montre intransigeant. Les bâtiments français sont essentiellement arrimés aux ports anglais mais une grande partie fait aussi relâche à Mers-el-Kebir, à Alexandrie et à Dakar.
Fin Juin, les navires français mouillant à Portsmouth, Plymouth, Falmouth et Sheerness sont pris sans ménagement (2 morts, 4 blessés), le 03 Juillet, les navires d'Alexandrie sont neutralisés par un accord entre l'amiral Godfroy et l'amiral Cunningham, pendant qu'a lieu l'agression sur Mers-el-Kebir et enfin, le 08 Juillet, le cuirassé Richelieu est endommagé à Dakar par les appareils du Porte-avions Hermes.
C'est au port militaire de Mers-el-Kebir (le grand port, en arabe), à quelques miles d'Oran, que la surprise est la plus grande quand, au matin du 03 Juillet, la Force H, sous la bannière anglaise de l'Amiral James Somerville, se présente dans la rade avec le cuirassé amiral Hood, les cuirassés Resolution et Vaillant, ainsi que le Porte-avions Ark Royal. Les bâtiments français, 04 cuirassés ou croiseurs, 06 destroyers, 10 contre-torpilleurs et 01 transporteur d'hydravions, alignés sur les jetées, sont à l'amarre, chaudière éteinte. Somerville transmet un ultimatum au Contre-amiral Marcel Gensoul qui a 06 heures pour choisir l'une des trois solutions suivantes, faute de quoi il ferait donner du canon :
- se rallier aux Anglais, via Gibraltar,
- rallier définitivement un port des Antilles françaises,
- se saborder lui-même.
L'Amiral Gensoul ne veut recevoir d'ordres que du gouvernement français. Un compromis est sur le point d'être trouvé lorsque l'adjoint de Darlan fait savoir, par radio, à Gensoul que les escadres françaises de Toulon et d'Alger se portent à son secours. Mais les Britanniques interceptent le message et Londres ordonne à Somerville d'attaquer. Les navires français, plus récents, avaient une allonge plus grande que les britanniques mais leurs canons étaient tournés vers l'intérieur des terres et ne purent ainsi pas riposter. Les tirs furent faciles à régler, sur des cibles fixes, et les explosions se succédèrent sur les ponts et dans les soutes où les marins français faisaient l'impossible pour remettre en marche les chaudières. Ecrasés sous les salves d'obus, le Provence et le Dunkerque s'échouent. Le Bretagne prend feu et coule avec son équipage, en quelques minutes, suivi par le Mogador. Seuls, le Strasbourg et le Commandant Teste sont épargnés.
Quand ils comprirent que les deux bâtiments les plus redoutables n'avaient pas été complètement coulés, les Anglais renvoyèrent une mission de destruction, le 06 Juillet, pour achever le travail par des avions torpilleurs, décollant du Ark Royal. La tragédie, sans victime côté anglais, fit 1.380 morts français qui reposeront tranquillement dans le cimetière marin de Mers-el-Kebir jusqu'à ce que des vandales, en 2005, viennent profaner et détruire les tombes dont celle de l'amiral Darlan.
Ce Pearl-Harbourg national est largement oublié aujourd'hui. C'est un traumatisme que les marins devront revivre en 1942 lorsque la Flotte de Toulon préfèrera se saborder plutôt que passer à l'ennemi. La raison d'Etat commande souvent des actes que les hommes répugnent à accomplir. J'imagine le calvaire moral des officiers britanniques et français, chacun à leur tour.
Publié par Papyves à 01:45:23 dans Faits politiques. | Commentaires (2) | Permaliens
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