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Lebuzuk - historik

Les délires d'histoire de Papyves.../...ça s'est passé aujourd'hui !

Papyves

C'est  sympa  un  Blog : On  peut  aller  au  bout  de  son  monologue  sans  risquer  d'être  interrompu.  On  n'est  même  pas  obligé  de  lire  les  commentaires  d'autrui.


Non,  je  rigole,  si  j'écris  c'est  pour  être  lu,  pardi.  Alors,  bonne  lecture.  Vous  pouvez  zapper,  je  ne  m'en  offusquerai  pas.


En  fait,  si  je  suis  là,  c'est  parce  que  je  cherche  surtout  à  me  souvenir  de  l'anniversaire  du  jour.  Que  s'est-il  passé  aujourd'hui ?  On  oublie  trop  le  passé.  L'histoire  nous  apprend  pourquoi  nous  en  sommes  arrivés  là.  J'évite  quand  même  de  choisir  un  événement  anniversaire  qui  sera  bien  médiatisé. 

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Chers lecteurs blogeurs. J'ai reçu plusieurs messages me disant que vous avez des difficultés pour mettre des commentaires à la suite de mes billets. Beaucoup d'entre vous ne peuvent pas me répondre. Je n'y suis pour rien et n'ai pas mis de verrou. Merci de votre fidélité. Papyves.

C'est quoi, ce Blog ?

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Apocalypse sur Hiroshima | 06 août 2008

 

Après la défaite inéluctable de l'Allemagne nazie, la fin de la seconde guerre mondiale était suspendue à la fermeté du Japon, allié de l'Axe. Les Américains connaissaient la bravoure et le fanatisme des kamikazes comme la détermination de toute la nation japonaise et craignaient d'avoir à effectuer un débarquement sur l'île, ce qui serait synonyme d'environ 500.000 morts supplémentaires de chaque côté pour espérer entrevoir la paix. Le Japon avait montré qu'il ne céderait pas facilement car les villes détruites par les tonnes de bombes déjà larguées, depuis Janvier 1945, ne l'avait pas fait bouger d'un iota. Il fallait donc trouver le moyen de faire capituler rapidement l'Empereur nippon pour épargner d'autres vies humaines.

Le Président Harry S. Truman, qui vient de remplacer Roosevelt, sait que la « bombe atomique », objet du Projet Manhattan, est arrivée à maturation et que le premier essai au plutonium nommé Trinity, dans le désert du Nouveau-Mexique, a été concluant. Sa décision est prise. Le 26 Juillet 1945, lors de la conférence de Postdam, les Alliés exigent de Tokyo une capitulation inconditionnelle, sous peine de « destruction totale ». Bien entendu, les Japonais refusent de se rendre.

Dans le même temps, une équipe de pilotes de l'US Air Force, dirigée par le lieutenant-colonel Paul Tibbets, s'entraîne au largage à bord de Super-Fortress. C'est elle qui se rend sur l'île de Tinian, dans les îles Mariannes, non loin de Guam au Sud du Japon. Le 06 Août 1945, Tibbets décolle aux commandes de son bombardier B-29, qu'il a nommé « Enola Gay » en pensant aux prénoms de sa mère. Il est le seul des 11 membres d'équipage à savoir que la bombe qu'ils ont baptisée « Little Boy » est une « bombe A spéciale » qui contient 64 kg d'uranium 235 enrichi, en provenance des mines du Katanga, au Congo belge. L'équivalent de 15 kilotonnes de TNT.

A 08 h 15, l'objectif que l'on survole à 31.000 pieds ( environ 9.500 m ) est en vue et brille de toutes ses lumières. La 7ème ville du Japon, gros centre industriel de guerre, compte 343.000 habitants. Beaucoup lèvent la tête pour voir passer ce quadrimoteur mais ... un avion seul, pas de danger ! Pourtant Little Boy chute inexorablement et actionne automatiquement la mise à feu barométrique. A 580 mètres du sol, c'est l'explosion. Un immense halo blanc précède une formidable onde de choc et une boule de feu radioactive qui vitrifient tout sur 360°. Jusqu'à 4 km, tout s'écroule et prend feu et les personnes situées encore à 8 km de l'épicentre souffrent de brûlures au 3° degré, alors que leurs vêtements ont été arrachés.

78.000 morts instantanés seront rejoints par 50.000 personnes qui décèderont dans les semaines suivantes. Le chiffre total, imprécis, est de l'ordre de 150.000 morts, sans compter les milliers de blessés, les séquelles des radiations, les enfants nés difformes ou handicapés, les suicides, les cancers ou leucémies. Une ville anéantie en quelques secondes. ( voir la vidéo ).

Mais le gouvernement japonais ne veut toujours pas céder. Alors, la prochaine cible sera la ville de Kokura, le principal arsenal. Le 09 Août, un autre B-29 survole la ville avec à son bord le grand frère de Little Boy, « Fat Man », bombe au plutonium, l'équivalent de 20 kilotonnes de TNT. Comme Kokura est sous les nuages, on se dirige vers Nagasaki, la prochaine sur le plan. A 11 h 02, Fat Man ajoute 60.000 morts à la folie des hommes. Au total, les bombardements de l'Empire du Soleil levant auront fait environ 260.000 morts. Un « détail » dirait quelqu'un, comparé aux « millions » de victimes de Staline, Pol Pot ou Hitler. Mais l'impact psychologique est tel que l'Empereur Hirohito accepte la capitulation immédiate sans condition, le 14 Août. La signature officielle, le 02 Septembre 1945, à bord du Missouri, provoquera la fin de la WW2.

Paul Tibbets ne verra pas les peaux brûlées et les tympans crevés des fantômes hagards qui errent dans les ruines, à la recherche de proches volatilisés. Il sera décoré de la Distinguished Service Cross, passera Général en 1959, dirigera une compagnie d'aviation privée et s'éteindra, sans remords, le devoir accompli, le 1er Novembre 2007.

Après avoir largué sa bombe meurtrière, il s'était écrié, à l'adresse de son équipage : « Les gars, vous venez de larguer la première bombe atomique ». Tout fier le Paul. Ce qui me gêne est qu'il n'ait jamais eu, jusqu'à sa mort, un mot pour les victimes. Rien qu'un mot de compassion, Paul, pas plus, c'était dur ?

 

Publié par Papyves à 01:23:06 dans Faits politiques. | Commentaires (4) |

Guy de Maupassant, toujours vivant. | 05 août 2008

 

L'avidité avec laquelle j'ai lu les nouvelles de Guy de Maupassant quand j'étais adolescent est telle que je ne pouvais pas laisser passer sa date de naissance sans la marquer de cette évocation rapide. Sa naissance est déjà un sujet de récit féerique car on hésite encore à le voir naître, le 05 Août 1850, soit au château de Miromesnil ( au Sud de Dieppe ), soit à Fécamp. Enfant insouciant sur la plage d'Etretat puis lycéen passionné de littérature, Guy trouve une oreille attentive en Louis Bouilhet, conservateur poète de la bibliothèque de Rouen qui accueille favorablement ses premiers vers laborieux.

Après une expérience malheureuse de soldat dans l'Intendance, lors de la débâcle en 1870-1871, qui lui inspirera quand même « Boule de suif », « Mademoiselle Fifi », « La Mère sauvage », « Le Père Milon » ou « Deux amis », Maupassant monte à Paris gagner sa vie au Ministère de la Marine puis à celui de l'Instruction Publique.

Ses premiers écrits, dès 1875, élaborés le soir en rentrant de son bureau de rond-de-cuir administratif, paraissent sous un pseudonyme, comme Joseph Prunier ou Guy de Valmont, puis il essaye les contes et nouvelles sous son vrai nom, à raison de quelques écrits par an. Mais c'est en 1880 que le foisonnement littéraire, mu par le succès de son premier long récit et encouragé par son mentor Gustave Flaubert, va s'épanouir.

Flaubert, l'ami de sa mère, une femme cultivée, l'a en effet pris sous sa protection et a guidé ses premiers pas d'écrivain. Il l'emmène avec lui aux « Soirées de Médan » de l'école naturaliste où Maupassant rencontrera Zola et Tourgueniev. On inclut même son roman « Boule de suif, 1880 » dans l'œuvre collective du groupe littéraire. C'est un succès immédiat qui lui permet, dorénavant, de délaisser les couloirs des ministères, où il s'est ennuyé pendant 10 ans, pour se consacrer pleinement à l'écriture. Avec le succès, vient le temps des contrats. Il peut signer de nombreux articles, contes, feuilletons et reportages dans des journaux à grand tirage, Le Figaro, Le Gaulois, L'écho de Paris ou La République des Lettres. Diffusés au compte-goutte chaque jour, ses récits sont ensuite regroupés dans des recueils dont « La maison Tellier, 1881 », les « Contes de la bécasse, 1883 » ou encore les « Contes du jour et de la nuit, 1885 ». Autant c'est un bon chroniqueur, autant il sait gérer ses finances, si bien que ses droits d'auteur lui permettent d'acheter une maison à Etretat et un bateau sur lequel il navigue de Chatou aux guinguettes de l'île du Pecq, chères aux Impressionnistes.

Pendant cette décennie hyper féconde, de 1880 à 1890, Maupassant publie 6 romans, plus de 300 nouvelles et quelques récits de voyage ou pièces de théâtre. Trois de ses romans ont marqué ses lecteurs, « Une vie, 1883 », « Bel ami, 1885 » et « Pierre et Jean, 1888 ». De nombreux contes aussi, comme « Le Horla, 1887 » ou « L'histoire d'une fille de ferme » et « Le Père Amable » qui ont fait l'objet d'une adaptation à la télévision par Claude Santelli. Mais après 1885, la production décline et les ennuis de santé vont prendre le dessus. Au Maupassant conteur, écrivain du souffle court, rongé de phantasmes, succède le Maupassant romancier, adversaire du maniérisme et du symbolisme de « Fort comme la mort, 1888 » et « Notre cœur, 1890 » qui laissera deux autres romans inachevés lorsque, après la mort de son jeune frère, la maladie, que ne soignent pas des séjours en cure, le mènera à la folie paranoïaque, à la tentative de suicide et finalement à la mort, en Juillet 1893, dans la clinique où fut soigné Gérard de Nerval.

Ses thèmes principaux sont la femme ( il en a connu beaucoup et en mourra, via la syphilis ), la paternité ( son père quitte la famille quand il a 10 ans et lui-même ne reconnaît pas ses enfants ), l'eau ( qu'il adorait en Normandie ou sur la Seine ), la folie ( dans laquelle il sombrera lui-même, après son jeune frère ) et la mort ( qu'il a croisée de près lors de la guerre contre les Prussiens ). Ajoutons une touche de fantastique et de mystère, parfois de pessimisme mais toujours une grande humanité dans les peintures de personnages. Tel était Guy de Maupassant, grand noceur, grand voyageur, immense écrivain par le style, le juste coup de griffe pour ciseler les défauts du genre humain. Traduit dans le monde entier, il mérite la renommée qu'on lui a faite.

Je ne peux que répéter les paroles de Jules Renard (1893) : « J'aime Maupassant parce qu'il me semble écrire pour moi, non pour lui ».

 

Publié par Papyves à 02:14:53 dans Faits de Société. | Commentaires (0) |

Dom Pérignon découvre le Champagne. | 04 août 2008

 

Je ne vous apprends rien en vous disant que ce vin pétillant, célèbre dans le monde entier, le « Champagne », est associé au luxe, aux fêtes et aux succès de tous ordres, privés, sportifs ou professionnels. Selon la légende, c'est un moine bénédictin de l'abbaye Saint-Pierre de Hautvillers, dans la Marne, qui aurait découvert la méthode particulière de fabrication de ce vin effervescent qui régale nos palais. Dom Pérignon est né Pierre, en 1639, à Sainte-Menehould ( lire Menou ), dans l'Argonne de Louis XIV.

Procureur ( c'est-à-dire intendant ) et cellérier de l'abbaye, le bon moine se comporte comme un vrai œnologue avant l'heure, en apportant un soin tout particulier aux vendanges et au choix des raisins, ne laissant à personne d'autre la permission de les goûter. Sa première innovation consiste à assortir systématiquement, avant même de les pressurer, les raisins de diverses origines, apportés par la dîme, soigneusement choisis pour améliorer la qualité de l'assemblage.

Pour boucher plus hermétiquement les bouteilles de « vin tranquille » ( non effervescent ) que l'abbaye produisait, il eut ensuite l'idée, le 04 Août 1693, de verser de la cire d'abeille dans le goulot. Quelques semaines plus tard, les bouteilles explosèrent, révélant que le sucre contenu dans la cire avait provoqué, en tombant dans le vin, une seconde fermentation qui avait soumis les bouteilles à une pression trop forte. La méthode champenoise, par fermentation dans la bouteille, venait de naître. On dit aussi que Dom Pérignon aurait découvert le procédé en visitant une autre abbaye bénédictine, à Saint-Hilaire, où un moine avait déjà apprivoisé le phénomène, depuis 1531, dans sa production de vin à bulles qu'il nomma la « Blanquette de Limoux ». Il aurait ainsi importé la méthode dans la région d'Epernay et expérimenté de manière empirique la conservation de ce « vin du diable » ou « saute-bouchon ».

On prête aussi à Dom Pérignon l'emploi du bouchon de liège maintenu à la bouteille par une ficelle de chanvre imprégnée d'huile, ce qui permet au vin de garder sa fraîcheur et sa mousse. Aujourd'hui, les bouchons ont cette célèbre forme de champignon et sont entrés par compression forcée dans le goulot avant d'être maintenus, sous le col du goulot, par un « muselet » en fer torsadé qui empêche le bouchon de sauter tout seul, sous l'effet du gaz emprisonné dans le vin. Une plaque ronde en fer blanc, appelée couramment capsule, empêche le fil de fer de s'enfoncer dans le bouchon. Les collectionneurs, dit placomusophiliens, en raffolent.

Le champagne ne se boit pas dans un vulgaire verre mais dans une flûte ( genre de soliflore allongé ) ou mieux, dans une coupe dont la forme arrondie, dit-on, serait le résultat du moulage d'un sein de Marie-Antoinette, la femme de Louis XVI. D'ailleurs, on ne vous invitera pas à boire du champagne mais à le « sabler ». Ce qui ne veut pas dire qu'on y ajoute du sucre pour le boire au dessert mais qu'on l'avale d'un coup, en faisant « cul sec ». Du moins était-ce là l'acception ancienne remplacée par le sens moderne de boire en abondance, lors d'une fête.

Avant de le sabler ( avec un L ), un invité sensible à la tradition, qui date des hussards de Napoléon, voudra-t-il « sabrer » ( avec un R ) la bouteille pour en faire jaillir la mousse avec panache. Dans ce cas, il prendra un sabre ( ou toute autre lame lourde de cuisine ) pour le faire glisser, d'un geste vif et ample, le long du goulot et faire sauter le bouchon, encore serti de sa bague de verre, avec un bruit caractéristique mêlé aux applaudissements.

L'église abbatiale de Hautvillers est aujourd'hui la propriété de la maison de Champagne Moët & Chandon, appartenant à Bernard Arnault, première fortune de France. 25 millions de bouteilles, dont le Dom Pérignon, la cuvée des rois et des prélats, sont produites tous les ans, depuis 1743. Il existe 284 maisons de négoce en vin de Champagne dont 12 grands groupes ayant chacun leur château.

En 1961, pour le lancement de son millésime 1955, Madame Bollinger répondit à un journaliste du London Daily Mail, qui l'interrogeait sur sa consommation : « Je le bois lorsque je suis joyeuse et lorsque je suis triste. Parfois, je le prends quand je suis seule. Je le considère obligatoire quand j'ai de la compagnie. Sinon, je n'y touche jamais, à moins que je n'aie soif ».

Dom Pérignon, lui, a rejoint Dyonisos et Bacchus en 1715, en même temps que Louis XIV, le roi soleil. Tous deux avaient fait briller leur art ou leur siècle à leur manière. A ta santé, Pierre !

 

Publié par Papyves à 01:11:13 dans Faits de Société. | Commentaires (1) |

Canal de Panama, la galère. | 03 août 2008

 

Tout auréolé de son succès obtenu par le percement du canal de Suez, le Français Ferdinand de Lesseps se lance dans le percement du canal dit de Panama qui va relier les deux océans Atlantique et Pacifique. Une si faible bande de terres et de lacs, en Amérique centrale, devrait être percée facilement et éviter aux super-tankers et porte-conteneurs ( qui n'avaient pas encore ces noms à l'époque ) de faire le grand tour par le cap Horn au Sud de l'Argentine, comme celui de Suez avait permis d'éviter le contour par le Sud de l'Afrique.

Avant l'arrivée des Européens au XVème siècle, les Amérindiens circulaient déjà sur des routes qui rejoignaient les deux rives. Puis le Portugais Magellan et Charles Quint au XVIème, émirent aussi l'idée d'un canal. Mais les moyens manquaient. Lesseps crut pouvoir les réunir facilement. Il rachète les droits de Bonaparte Wyse qui avait obtenu, en 1878, une concession de 99 ans avec la Colombie et commence la construction en 1881. Son idée est de faire un canal sans écluses, à niveau en quelque sorte, pour ne pas ralentir la navigation.

Mais le terrain du golfe de Panama n'est pas aussi simple à creuser que le désert d'Egypte et les conditions météorologiques et naturelles sont déplorables, humidité, roches dures, tremblements de terre et éboulements, crues en saison des pluies, vase de sédimentation, dénivellation entre les deux extrémités du percement. Bref, des retards interviennent, augmentés par les maladies tropicales des ouvriers, malaria et fièvre jaune, si bien que le coût des travaux est bientôt exorbitant par rapport aux prévisions. La situation financière s'aggrave encore quand Lesseps se laisse enfin convaincre, en 1887, qu'il faut jalonner le canal d'écluses dont il confie la construction à Gustave Eiffel. En 1889, la liquidation de la « Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama » est prononcée et une plainte sera même déposée, deux ans plus tard, pour fraude et abus de confiance contre les administrateurs, puis une autre pour corruption de parlementaires. Exit, de Lesseps.

Une Compagnie nouvelle est créée qui offre aux Etats-Unis la propriété du canal et les droits afférents mais ceux-ci préfèrent signer, en Janvier 1903, un traité avec la Colombie pour l'exploitation, pour 100 ans, d'une large bande de territoire de part et d'autre du canal. En Août, le Congrès colombien rejette ce traité. Désappointés, les Américains favorisent alors le soulèvement des séparatistes panaméens contre la Colombie. La République de Panama est proclamée. On peut signer avec elle, en échange de la garantie de son indépendance, un nouveau traité qui offre aux USA la concession à perpétuité du canal et le contrôle d'une zone de 16 km de large. En 1904, les Etats-Unis rachètent à la compagnie française tous ses droits et reprennent les travaux là où ils avaient cessé.

Dix ans plus tard, le 03 Août 1914, le cargo panaméen SS Cristobal est le premier à franchir le canal sur toute sa longueur. L'inauguration officielle aura lieu le 15 Août. Dorénavant, pour aller de New York à San Francisco, il « suffit » de voguer 9.500 km au lieu des 22.500 nécessaires par le Cap Horn. Mais les écluses, pourtant larges de 33 mètres, limitent le passage des gros navires, assujettis au « panamax », dimensions et tirant d'eau maximum. C'est pourquoi, il a été décidé d'élargir les écluses pour accepter des tankers de plus grande taille. Les travaux ont commencé en 2007.

Aujourd'hui, bien que rétrocédé au Panama, le canal est toujours considéré comme une voie d'eau intérieure par les Etats-Unis. Les droits de passage varient en fonction du tonnage, du nombre de conteneurs embarqués et du type de cargaison et tournent autour de 54.000 dollars en moyenne. Non négligeable quand on sait que le canal voit passer 15.000 navires par an. Le contrôle du canal est donc d'une importance stratégique. Les Chinois s'intéressent grandement à sa gestion et ont déjà obtenu une concession de 25 ans, en 1999, pour des terminaux de conteneurs. Des études ont aussi été lancées pour des canaux concurrents, plus larges, au Mexique, Colombie ou Venezuela. Car le risque existe qu'une décision unilatérale, du type de celle de Nasser en 1956, change la donne et donc les flux financiers ou qu'une action terroriste ne conduise à son obstruction pérenne.

On raconte que le peintre impressionniste Gauguin fut employé comme terrassier sur le chantier du canal. Quelle chance qu'il ne fut pas parmi les 25.000 ouvriers qui y laissèrent leur vie. Il avait déjà échappé au rasoir de Van Gogh, le soir où celui-ci s'est coupé l'oreille. Un veinard, ce Paul.

 

Publié par Papyves à 00:36:13 dans Conquêtes | Commentaires (6) |

Kennedy, héros du Pacifique. | 02 août 2008

 

Au moment où les prétendants à l'investiture finale aux USA se disputent sur le maintien des troupes américaines en Afghanistan et en Irak, il est intéressant de revenir sur un épisode qui fit de JFK, John Fridgerald Kennedy, un héros de la guerre dans le Pacifique en 1943.

Suite à l'abandon de ses études à la Stanford Graduate School, fin 1940, John souhaite rentrer dans la Marine. Son état de santé, notamment ses problèmes de dos, l'en empêchent mais l'intervention de son père, Joseph Kennedy, ambassadeur à Londres, auprès des autorités de l'US Navy, va lui permettre d'intégrer ce corps au printemps 1941 puis d'être promu au grade d'Enseigne de vaisseau en Septembre de la même année.

En 1942, il suit la formation de l'Ecole des Patrouilleurs Torpilleurs (PT) à Melville, dans le Rhode Island dont il deviendra instructeur. En Février 1943, il est affecté à la base de Tulagi, sur l'île de Rendova qui fait partie des îles Salomon (archipel du Pacifique, Nord Est de l'Australie, là où se trouve aussi Guadalcanal). Embarqué sur le USS Rochambeau, il y arrivera le 16 Avril 1943 pour prendre le commandement du lance-torpilles PT-109.

Depuis Pearl Harbor, le 07 Décembre 1941, le Japon et les Etats-Unis sont en guerre. Aussi, lorsque le Lieutenant John F. Kennedy quitte le port à la tête de son PT, aux côtés d'autres embarcations, pour rejoindre la Nouvelle Géorgie où les Japonais ont construit un aérodrome, il sait qu'il n'y va pas pour se baigner mais qu'il participe sûrement à un débarquement de vive force. Les Japonais possèdent quelques centres de résistance sur des îlots comme Kolombangara ou Munda qu'ils ravitaillent par des bateaux que les GIs appellent « Tokyo Express ». Et c'est justement un Tokyo Express que l'escadre de patrouilleurs américains va rencontrer, dans la nuit du 1er au 2 Août 1943, quand 4 destroyers japonais, avec 1.000 soldats à bord et 70 tonnes de matériels, quittent le détroit de Bougainville pour se diriger vers la base de Vila.

Le croisement n'eut lieu qu'au retour de la mission japonaise, alors que les navires, après avoir déchargé leur cargaison, sont à pleine allure dans la nuit sans lune. Le commandant d'un patrouilleur US a juste le temps de voir quatre taches lumineuses sur son radar lorsque le destroyer Amagiri, de 2.050 tonnes et 115 mètres, quatre fois plus gros que le frêle PT de John, de 24 mètres, le percute par le travers et le coupe en deux. Deux marins américains sont tués sur le coup et un autre grièvement brûlé par l'explosion de la soute à carburant. Les autres torpilleurs n'ont rien vu de l'éperonage et les rescapés s'accrochent au reste de la coque en attendant le secours qui ne viendra pas. Vers quelle île nager sans tomber dans les mains de l'ennemi ?

Sur toutes les îles occupées par les Japonais, les Australiens avaient placé des espions qui renseignaient les troupes américaines. Ce fut le cas du Lieutenant de vaisseau Arthur R. Evans des Marines qui, depuis son poste d'observation de Kolambangara, avait vu l'explosion survenue sur le PT de John mais il en conclut qu'il n'y aurait pas de survivant. C'est ce renseignement qui arriva au PC de Guadalcanal.

Les rescapés, dont le brûlé que John tirait lui-même derrière lui, avaient réussi à atteindre un atoll puis un autre plus prêt des passages de navires, d'où ils purent faire comprendre à deux indigènes rencontrés, Biuku et Eroni, que leur pirogue pourrait porter un message au premier américain qu'ils trouveraient sur leur route. Par chance, ces indigènes connaissaient l'existence d'Evans. C'est ainsi qu'une coque de noix de coco gravée au couteau servit de message de détresse pour le futur Président des Etats-Unis dont les « exploits » militaires furent largement relayés dans les médias par son millionnaire de père. Souffrant toujours du dos et atteint par la malaria, Kennedy quittera les îles Salomon en Décembre 1943 juste à temps pour passer, en héros décoré, les fêtes de fin d'année aux USA.

Le lendemain de son investiture comme Président des Etats-Unis, donc le 21 Janvier 1961, JFK invitera tous les survivants du PT 109, ainsi que le Lt Arthur R. Evans, à la grande parade présidentielle où une réplique du torpilleur sera exposée. Il faudra attendre 2007 pour que le dernier indigène sauveur de John soit enfin honoré.

Hélas ( je devrais dire Dallas ) pour JFK, les eaux troubles de la politique furent moins souriantes que celles du Pacifique.

 

Publié par Papyves à 01:06:10 dans Grands Chefs | Commentaires (3) |

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