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Lebuzuk - historik

Les délires d'histoire de Papyves.../...ça s'est passé aujourd'hui !

Papyves

C'est  sympa  un  Blog : On  peut  aller  au  bout  de  son  monologue  sans  risquer  d'être  interrompu.  On  n'est  même  pas  obligé  de  lire  les  commentaires  d'autrui.


Non,  je  rigole,  si  j'écris  c'est  pour  être  lu,  pardi.  Alors,  bonne  lecture.  Vous  pouvez  zapper,  je  ne  m'en  offusquerai  pas.


En  fait,  si  je  suis  là,  c'est  parce  que  je  cherche  surtout  à  me  souvenir  de  l'anniversaire  du  jour.  Que  s'est-il  passé  aujourd'hui ?  On  oublie  trop  le  passé.  L'histoire  nous  apprend  pourquoi  nous  en  sommes  arrivés  là.  J'évite  quand  même  de  choisir  un  événement  anniversaire  qui  sera  bien  médiatisé. 

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Chers lecteurs blogeurs. J'ai reçu plusieurs messages me disant que vous avez des difficultés pour mettre des commentaires à la suite de mes billets. Beaucoup d'entre vous ne peuvent pas me répondre. Je n'y suis pour rien et n'ai pas mis de verrou. Merci de votre fidélité. Papyves.

C'est quoi, ce Blog ?

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Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. | 26 août 2008

 

La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, adoptée définitivement le 26 Août 1789, sous la présidence du marquis de Mirabeau, est un des textes fondamentaux de la Révolution française qui régit encore de nos jours les liens entre les citoyens. Elle fonde tellement la légitimité de nos relations civiques qu'elle est intégrée, dès la première phrase, dans le préambule de la Constitution actuelle, adoptée en 1958, laquelle organise le fonctionnement des institutions de la V° République française. Ce préambule commence effectivement par : « Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l'homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la déclaration de 1789, ... ». Il est systématiquement reconduit malgré les différentes modifications de la constitution.

Il est curieux de constater que la déclaration de 1789 est une ordonnance royale, la dernière que Louis XVI va ratifier, en Octobre à Paris, puis promulguer en Novembre à Versailles. Elle comporte un préambule et 17 articles courts qui affirment les notions d'égalité, de liberté, de propriété, de droit et de justice.

L'article Un « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit » exclut bien évidemment l'esclavage mais il abolit surtout les 3 ordres différents, Noblesse, Clergé et Tiers-État qui constituaient 3 sociétés séparées, au sein de la royauté française du XVIII° siècle. C'est là une véritable révolution.

De nombreux nobles français, comme le marquis de La Fayette, le vicomte de Noailles, le marquis de Ségur, Condorcet et d'autres, avaient fait le voyage vers les Amériques, alors en rébellion contre les Anglais dans les 13 provinces de l'Est, et en étaient revenus imprégnés des idées de droit individuel qui allaient fonder, là-bas aussi, la première constitution. Sans doute, ont-ils influencé les rédacteurs de l'Assemblée constituante. Bien que divergents sur plusieurs points (droit au bonheur), les textes des déclarations américaines de 1776 et françaises de 1789, sont voisins. En 1793, une version nouvelle fera apparaître la « souveraineté du peuple » au lieu de celle de la « nation » puis, en 1795, une nouvelle formulation, inspirée de « L'esprit des Lois » de Montesquieu, évoquera la « séparation des pouvoirs », montrant ainsi sa modernité.

Les Constituants n'ont pas voulu poser les principes détaillés du gouvernement d'un peuple mais ont dressé la liste des valeurs transcendantes qui s'appliquent à la nature humaine et aux droits respectifs de citoyens responsables. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen a une portée universelle qui peut survivre aux aléas et modifications des règles mesquines de la politique. Elle détermine les grands principes républicains nouveaux. Comme dit l'historien Michelet : c'est le « credo du Nouvel-âge ».

Ce texte fondateur fera école et d'autres déclarations plus modernes s'en inspireront. En 1948, l'Assemblée générale des Nations-Unies adopte, à Paris, une « Déclaration universelle des droits de l'homme » qui précise les droits humains fondamentaux mais l'Afrique du Sud ne signe pas au nom de l'Apartheid, et l'Arabie Saoudite au nom de l'égalité homme-femme. La Convention européenne des Droits de l'Homme signée à Rome, le 04 Novembre 1950, y fait aussi référence.

Aujourd'hui, en France, la République a gardé le drapeau tricolore comme emblème national mais l'habitude a aussi imposé Marianne avec son bonnet phrygien, symbole de liberté, pour l'incarner dans chacune de nos mairies. Dans le reste du monde, la plupart des droits énoncés dans cette déclaration sont bafoués, même dans des pays qui se disent démocratiques. Le monde n'a malheureusement pas beaucoup progressé depuis la Révolution française qui a aboli les privilèges. Le problème majeur qui freine aujourd'hui l'accession des pays brimés vers les valeurs démocratiques, est la corruption. Pourtant il faut bien le dénoncer. Quant à l'éradiquer, « vaste programme ! » aurait dit le Grand Charles.

 

Publié par Papyves à 00:31:32 dans Conquêtes | Commentaires (1) |

Le chêne de Saint Louis. | 25 août 2008

 

Quand on évoque le nom de Saint Louis, je ne dois pas être le seul à revoir l'image d'Epinal de notre enfance où le bon roi « rendait la justice sous un chêne ». C'est son biographe, Jean de Joinville, qui le rapporte ainsi : « Il advint maintes fois qu'en été, il allait s'asseoir au bois de Vincennes après sa messe, s'adossait à un chêne et nous faisait asseoir autour de lui. Et tous ceux qui avaient un problème venaient lui parler sans en être empêchés par un huissier ».

Louis n'a que 12 ans quand son père, le roi Louis VIII, dit Le Lion, meurt en 1226. Ses frères aînés sont déjà décédés, il devient donc le nouveau roi, Louis IX, sous la régence de sa mère Blanche de Castille. Instruit et épris de justice, Louis IX est respecté dans toute l'Europe pour sa fermeté et sa sagesse. Réputé pour être un fin diplomate et un juriste avisé, c'est lui qu'on sollicite pour régulariser les relations entre princes rivaux. Il est désigné comme arbitre dans le litige entre la Flandre et le Comté de Hainaut, conclu par le « Dit de Péronne » de 1256, puis entre la Navarre et la Bretagne, la Bourgogne et Chalon, entre Bar et la Lorraine, la Savoie et le Dauphiné. Il met fin à la première guerre de Cent ans contre l'Angleterre par un échange de territoires, conclut la Croisade des Albigeois, apaise les tensions entre la France et l'Aragon en Espagne en acceptant un traité avantageux pour cette dernière.

Sa grande piété affichée (on le décrit parfois lavant les pieds des pauvres, comme le Christ) lui fera prendre le serment de monter une nouvelle Croisade vers Jérusalem, si d'aventure il guérissait de la grave maladie (dysenterie) qui le frappe en 1244. Rétabli, il prépare son départ vers l'Orient en faisant construire le port de Aigues-Mortes qu'il relie à la mer par un canal pour y faire partir ses navires. Accompagné de ses deux frères et de sa robuste épouse Marguerite de Provence qui lui donnera 11 enfants, il part en Juin 1248 avec 1.800 navires et aborde l'Egypte en 1249. Ses chevaliers s'emparent sans problème de Damiette, sur l'embouchure du Nil mais, au lieu de poursuivre vers la Syrie, Louis se laisse convaincre de pousser l'avantage vers Mansourah au Sud où il sera cette fois vaincu par l'émir du Caire et le scorbut.

Fait prisonnier, il doit verser une forte rançon que sa mère, Blanche de Castille, qui assure toujours la régence, s'efforce de réunir auprès de l'Ordre du Temple. Il faudra 4 années pour s'en acquitter, ce qui ne lui permettra pas d'être au chevet de Blanche quand elle décède, en Novembre 1252. Il met quand même à profit ces longues années pour réorganiser l'administration du Royaume de Jérusalem (regroupé à Saint-Jean-d'Acre) et le système défensif des forteresses de l'Orient latin menacé par les Mamelouks. La croisade prend fin en 1254 avec le retour de Louis en France.

Il repartira, néanmoins, en 1270, dans une 8ième Croisade, pour convertir le sultan de Tunis au christianisme et le dresser contre le sultan d'Egypte. Les Croisés s'emparent bien de Carthage mais une épidémie de « peste » (toujours la dysenterie) aura raison de l'armée de Louis IX qui en mourra le 25 Août 1270 sous les remparts de Tunis.

Chevalier courageux, souverain habile et sage, mari fidèle très croyant, le roi Louis IX apparaît, aux yeux de l'Eglise, comme le modèle du chevalier chrétien. Voulant faire de la France la « Fille aînée de l'Eglise », il inaugure la Sainte-Chapelle dans son palais de l'île de la Cité, à Paris, où il fera placer les reliques de la Passion achetées à l'empereur byzantin. Le Pape Boniface VIII n'hésitera donc pas, après une courte enquête, à le canoniser sous le nom de « Saint Louis de France », en passant sous silence le fait qu'il fut le premier à faire porter un signe distinctif aux Juifs.

De fait, son règne est une période de stabilité, de regroupement et de régulation de l'Etat qui s'affirme avec la construction de plusieurs cathédrales. L'ordonnance de 1263 établit une monnaie unique dans tout le royaume, assortie d'une Commission de contrôle, le Livre des métiers codifie les métiers de la capitale en 1268, l'administration est modernisée et la justice renforcée.

Pas étonnant que le long règne de ce roi capétien qu'on ne désigne plus que par l'appellation de « Saint Louis » ait laissé son nom à plusieurs villes du Canada, des Etats-Unis, en Haïti ou au Sénégal, par exemple.

 

Publié par Papyves à 01:36:44 dans Grands Chefs | Commentaires (2) |

Massacre à la Saint-Barthélemy. | 24 août 2008

 

La paix de Saint-Germain, en 1570, met fin à 3 années de terribles guerres civiles entre catholiques et protestants français. Mais cette paix est précaire car mal acceptée des deux côtés. Pour apaiser les rancoeurs, la Reine-mère Catherine de Médicis laisse revenir les protestants à la Cour du jeune roi Charles IX et, notamment, Gaspard de Coligny, le chef des protestants, qui intègre le Conseil royal.

Pour faire bonne mesure et concrétiser la paix entre les deux communautés religieuses, Catherine pousse plus loin l'initiative jusqu'à proposer le mariage de sa fille catholique Marguerite de Valois, dite Margot, avec le prince bourbon protestant Henri de Navarre, le futur Henri IV, même si le mariage, prévu le 18 Août 1572, n'est pas du goût du Pape ni de celui du roi d'Espagne Philippe II.

L'amiral de Coligny, chef des Huguenots (terme péjoratif désignant les Protestants), ayant pris un ascendant certain sur le roi Charles IX, tentait de convaincre celui-ci de reprendre la guerre contre les Pays-Bas espagnols, alors que Catherine avait eu tant de mal à instaurer une période de paix. Coligny échappa de peu à un tir d'arquebuse. Catherine de Médicis a-t-elle commandité l'attentat ? Est-elle aussi à l'origine de la décision de profiter du rassemblement des principaux gentilshommes huguenots, montés à Paris pour les noces et très en colère contre cette agression ratée, pour les faire tuer ? On n'en est pas sur, même s'il est établi qu'elle craignait les représailles des chefs protestants. Le Duc de Guise, catholique revanchard, est nommé également dans les probables suspects.

C'est cet événement, la décision d'éliminer les chefs protestants trop influents sur la Cour, qui va entraîner l'hystérie collective de la « Saint Barthélemy », commencée dans la nuit du 24 au 25 Août 1572. Le peuple parisien, en effet, est très remonté contre le mariage arrangé, d'autant que le luxe déployé pour l'organiser contraste avec les difficultés liées aux mauvaises récoltes et aux hausses des prix. La sonnerie des matines donne le signal du massacre des nobles protestants, dont l'amiral de Coligny qui sera défenestré. Les corps sont traînés dans les rues et rassemblés dans la cour du Louvre.

Au petit matin, le peuple découvre le massacre et se met, lui aussi, à pourchasser les protestants dans toute la ville pour les achever sauvagement avant de jeter les cadavres dans la Seine. La folie meurtrière durera plusieurs jours, malgré les tentatives du roi pour la faire cesser. Pire encore, la nouvelle s'étant répandue hors des murs de la ville, ce sont d'autres villes de province qui déclenchèrent leurs propres massacres. Le 25 Août, la tuerie atteint Orléans et Meaux, le 28 Angers et Saumur, le 31 Lyon, le 11 Septembre Bourges puis en Octobre Bordeaux, Troyes, Rouen et Toulouse. Albi, Gaillac, Valence et Orange seront aussi touchées. Parfois, les autorités locales, au lieu de calmer les esprits, encouragent la chasse. Plusieurs milliers de victimes dans toute la France feront les frais de ce carnage spontané.

Comme on pouvait s'y attendre, le massacre de la Saint-Barthélemy déclencha la 4ème Guerre de religion. Il faudra attendre Avril 1598 et la signature de l'Edit de Nantes par Henri IV, lui-même protestant s'étant converti pour accéder au trône, pour voir enfin la paix s'installer entre les deux communautés religieuses. Malgré la liberté de culte qui leur était offerte, de très nombreux protestants, entre temps, avaient fui le royaume, notamment vers l'Est.

Quand on voit qu'une grande démocratie comme la France a du en passer par ces élans expiatoires de barbarie, au nom de la religion, avant de trouver la paix sociale, on comprend la lenteur des progrès qui sont faits dans certains pays en proie aujourd'hui aux mêmes affrontements fratricides.

 

Publié par Papyves à 00:17:44 dans Faits de Société. | Commentaires (6) |

Pompéi engloutie par le Vésuve. | 23 août 2008

 

C'est en creusant un canal destiné à dévier le fleuve Sarno, non loin de Naples, à la fin du XVI° siècle, que l'architecte Fontana découvrit fortuitement des murs recouverts d'inscriptions et de peintures. Les vestiges de la ville de Pompéi ressurgissaient. Mais on n'y prêta qu'une attention distraite. Il fallut attendre 1763 pour que la mise à jour d'une autre inscription, « Res publica Pompeianorum » confirme le site.

Le 24 Août 79 au matin, en effet, après plusieurs petites secousses telluriques, le volcan italien Vésuve se réveille au bout de 35 siècles. Un immense champignon marron s'élève à 10 ou 20 kilomètres de hauteur puis s'incline vers le Sud au gré des vents dominants. Dès 13 heures et sans discontinuer jusqu'au lendemain matin, une pluie de cendres et de « lapilli », petites pierres volcaniques très légères de la taille d'un petit pois ou d'un œuf, s'abat sur les villes de Pompéi, Oplontis et Stabies. Des bâtiments s'écroulent sur leurs occupants, des gens suffoquent lentement, d'autres s'enfuient vers la plage dans l'espoir de lever l'ancre en bateau. La couche de cendres et de pierres brûlantes s'épaissit d'heure en heure jusqu'à recouvrir toute la ville, au bout de la nuit.

Non loin de là, à 07 kilomètres à l'Ouest du Vésuve, la petite ville balnéaire de Herculaneum voit arriver, le lendemain, une nuée ardente de roches en fusion qui déferle sur la ville en brûlant tout sur son passage, maisons, meubles, habitants. Une heure suffit pour tout ensevelir sous une couche compacte.

Les habitants de cette riche région de la Campanie ne savaient pas qu'ils vivaient sur les flancs d'un volcan. Certes, en 62 déjà, un important tremblement de terre avait détruit une grande partie des édifices et en 70, une série de secousses telluriques aurait du alerter les habitants. Très peu sont partis car il est facile de reconstruire. Personne ne songe au danger qui couve sous leurs pieds.

Tous ces détails nous ont été rapportés par Pline (le Jeune) dans deux lettres qu'il envoya, depuis Misène au Nord de Naples, à son ami historien Tacite, lequel voulait savoir comment son ami Pline (l'Ancien, oncle du premier, celui qui avait écrit une « Histoire naturelle » en 37 volumes) était mort à cause du Vésuve.

A partir de 1860, le conservateur de l'époque, Giuseppe Fiorelli, eut l'idée de couler du plâtre liquide dans les espaces vides laissés dans les couches de lapilli refroidi (pierre ponce) et de cendres par le millier de corps humains, les objets en bois et les animaux. Par ses moulages, il redonna forme aux êtres emprisonnés dans les coulées de l'éruption et dont il ne restait plus que le volume en creux dans le tuf. En se promenant dans les ruines de la ville nettoyée, on voit donc aujourd'hui, en relief, les Pompéiens dans leur habitat, tel qu'ils furent surpris par l'éruption. 2.000 corps fossilisés ont été retrouvés sur les 12.000 âmes que comptait la Pompéi romaine.

Le site de Pompéi fut le premier qui révéla au monde moderne l'architecture précise des maisons romaines, l'utilisation des différentes pièces et leur décoration. Atrium, pièce centrale d'accueil entourée ou non d'un péristyle (colonnades), cuisines avec plans de cuisson, meules et fours à pain, blanchisseries où les esclaves foulaient le linge au pied, latrines, lupanars (du mot loup car le cri d'appel des prostituées imitait celui des louves en chaleur). L'art décoratif, fresques de peintures, sculptures de bronze, marbre ou tuf, bassins et mosaïques ont permis d'illustrer la vie quotidienne mieux que des livres.

Aujourd'hui, le fonctionnement des volcans italiens, Stromboli et Etna compris, est bien mieux connu scientifiquement et une éruption ne surprendrait plus de cette façon. Quoique, la Terre garde ses mystères.

 

Publié par Papyves à 00:32:50 dans Aventures | Commentaires (1) |

Attentat manqué contre de Gaulle. | 22 août 2008

 

Pour venger les Girondins proscrits par la Convention, Charlotte Corday s'introduisit, en 1793, dans le domicile du chef des Jacobins, le député Jean-Paul Marat et l'assassina. Symboliquement, c'est par ce nom « Opération Charlotte Corday » que fut nommée, par ses auteurs, la tentative d'assassinat du Général de Gaulle, le 22 Août 1962, au Petit Clamart, en banlieue Sud de Paris.

Après le Conseil des Ministres, Charles et Yvonne de Gaulle se rendent pour le week-end à Colombey les deux Eglises. Pour rejoindre l'avion qui les attend à Villacoublay, un convoi discret de 2 Citroën DS 19 est simplement accompagné de 2 motards. Parmi les trois itinéraires planifiés, on choisit au dernier moment celui qui passe par Clamart. Mais un indicateur passe le renseignement aux comploteurs qui se mettent en place au carrefour du Petit Clamart où la voiture devrait ralentir. Au signal, une voiture doit déboucher devant le convoi pour le stopper et permettre ainsi aux occupants d'une fourgonnette de tirer sur le couple présidentiel avec des fusils mitrailleurs dérobés il y a peu.

Mais, ce soir là, il pleut légèrement et la brume empêche de bien voir le journal que le chef du commando agite pour signaler l'arrivée du convoi. Celui-ci roule plus vite que prévu et la voiture verrou n'a pas le temps de lui barrer la route. De la fourgonnette, les trois hommes surpris tirent en direction des pneus pour l'arrêter mais elle file. « Baissez-vous ! » crie le colonel Alain de Boissieu, gendre et aide de camp. Heureusement, car la rafale de Mat 49 tirée par Georges Watin est à hauteur des têtes des passagers. Le gendarme Francis Marroux, le fidèle conducteur, a le réflexe de rétrograder puis d'accélérer à fond pour quitter le lieu de l'embuscade au plus vite, imité en cela par la seconde voiture où se trouve le service de sécurité. La DS est criblée de balles mais reste sur sa trajectoire, malgré 2 pneus crevés. La voiture verrou de Gérard Buisines la prend en chasse et Alain de la Tocnaye, passant le bras par la portière, tente de mitrailler l'arrière de la voiture présidentielle mais son arme s'enraye.

Par chance, personne ne sera touché, ni dans le convoi ni parmi la population. On relèvera 06 impacts de balles sur la DS, 04 sur la suivante, 01 dans le casque d'un motard et on retrouvera 100 douilles sur les lieux de l'attentat. Arrivé à Villacoublay, le général passe la garde en revue comme si de rien n'était et commente de cette phrase l'événement «  Cette fois, c'était tangent. Ces gens-là tirent comme des cochons ».

Un jeune polytechnicien, Jean-Marie Bastien-Thiry, lieutenant-colonel de l'Armée de l'Air, concepteur des fameux missiles SS 11, est le cerveau de cet attentat manqué et fomenté avec l'aide du CNR, Conseil National de la Résistance. Son attachement à de Gaulle bascule le 16 Septembre 1959 lorsque le Général annonce le projet d'un « référendum d'autodétermination » sur l'Algérie (qui obtiendra 75% de Oui en 1961). C'est pour lui une trahison et son opposition aux revirements du général de Gaulle rejoint celle des déçus de « l'Algérie française » qui se constituent en organisation extrémiste, l'OAS, Organisation de l'Armée Secrète. Bastien-Thiry n'en fait pas partie mais possède la même rage qu'eux pour faire payer à de Gaulle le fait d'avoir bradé le rêve commun et lâché ses anciens compagnons d'armes tout autant que les colons français d'Algérie ainsi que ces milliers de Harkis musulmans fidèles à la France qui vont bientôt se faire massacrer chez eux. De Gaulle s'est servi du soutien des généraux pour revenir au pouvoir, a endormi la vigilance des plus virulents par un « Je vous ai compris » et maintenant qu'il est installé dans le fauteuil suprême, il prend tout le monde à contre-pied. Pour Bastien-Thiry comme pour l'OAS, c'est un traitre qui doit payer sa forfaiture par la mort. De nombreux attentats, après les accords d'Evian, seront ainsi perpétrés contre le Général jusqu'en 1965 mais sa « baraka » lui permettra de toujours s'en sortir.

Tous les organisateurs de l'attentat du Petit Clamart, parmi eux des Hongrois, seront retrouvés et condamnés, à mort pour trois d'entre eux, par la Haute Cour militaire de justice. Estimant que leur chef endossait la responsabilité pour tous et qu'il avait eu le mauvais goût de faire tirer sur une femme, le Général de Gaulle refusa sa grâce. Bastien-Thiry sera donc le seul fusillé au Fort d'Ivry, le 11 Mars 1963.

Charles de Gaulle, qui sentait la fragilité de sa propre légitimité, exploita l'émotion causée par l'attentat pour proposer l'élection du Président de la République au suffrage universel et non plus par une assemblée de notables. Un référendum entérinera cette proposition.

On peut donc dire que la V° République prend effectivement naissance au moment de l'attentat du Petit Clamart. Le sacrifice du dernier fusillé de France ne refermera pas, malheureusement, la page du traumatisme de ce que beaucoup considèrent encore comme un abandon et un déchirement.

 

Publié par Papyves à 03:30:13 dans Faits politiques. | Commentaires (1) |

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