Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Principia toposophica sive MATHESIS UNIVERSALIS SHEMESH SEKHEL

In Xanadu did Kubla Khan a stately pleasure-dome decree : where Alph, the sacred river, ran through caverns measureless to man down to a sunless sea

Présentation

Ce blog a pour objectif la clarification des idées en ce qui concerne les relations de la science et de la philosophie, et l'intervention contre les différentes superstitions et idolâtries à caractère religieux ou politique.




 

Rechercher

Number theory

    Non commutative

    Juillet

    DiLuMaMeJeVeSa
      12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    2728293031  

    Compteur

    Depuis le 07-12-2007 :
    13582 visiteurs
    Depuis le début du mois :
    1525 visiteurs
    Billets :
    55 billets

    Glossaire

    Radioblog

    Loading
    • RSS
    • RSS
    • Podcast
    • atom 03

    Le herem de Spinoza | 01 juillet 2008

    On trouvera ci dessous le texte du herem  de Spinoza (impliquant son exclusion de la communauté juive d'Amsterdam mais aussi du peuple "juif" d'Israel pour l'éternité), prononcé par le Mahamad d'Amsterdam (l'autorité juridique particulière aux juifs) le 27 juillet 1656.
    Ce libelle a été placardé dans tout Amsterdam et envoyé dans les principales villes d'Europe où il y avait d'importantes communautés juives...
    Le terme "herem" est très fort, il signifie plus qu'exclusion : "destruction", "anéantissement".
    En 1948 Ben Gourion a tenté de faire lever ce "herem", mais ce fut peine perdue, les rabbins de l'Israel moderne refusèrent.
    Spinoza est ainsi à ma connaissance (particularité que même Jésus n'a pas) d'être le premier ( et le seul ?) juif à avoir cessé "officiellement" de l'être ! et il le fut volontairement, car il aurait pu facilement éviter cet édit avec quelques accomodements mineurs, on lui proposa même de l'argent pour renoncer à ses activités philosophiques !
     
     « Les messieurs du Mahamad vous font savoir qu'ayant eu connaissance depuis quelques temps des mauvaises opinions et de la conduite de Baruch de Spinoza, ils s'efforcèrent par différents moyens et promesses de le détourner de sa mauvaise voie. Ne pouvant porter remède à cela, recevant par contre chaque jour de plus amples informations sur les horribles hérésies qu'il pratiquait et enseignait et sur les actes monstrueux qu'il commettait et ayant de cela de nombreux témoins dignes de foi qui déposèrent et témoignèrent surtout en présence dudit Spinoza qui a été reconnu coupable ; tout cela ayant été examiné en présence de messieurs les Rabbins, les messieurs du Mahamad décidèrent avec l'accord des rabbins que ledit Spinoza serait exclu et retranché de la Nation d'Israël à la suite du herem que nous prononçons maintenant en ces termes:

    A l'aide du jugement des saints et des anges, nous excluons, chassons, maudissons et exécrons Baruch de Spinoza avec le consentement de toute la sainte communauté d'Israël en présence de nos saints livres et des 613 commandements qui y sont enfermés. Nous formulons ce herem comme Josué le formula à l'encontre de Jéricho. Nous le maudissons comme Elie maudit les enfants et avec toutes les malédictions que l'on trouve dans la Torah.


    Qu'il soit maudit le jour, qu'il soit maudit la nuit, qu'il soit maudit pendant son sommeil et pendant qu'il veille
    . Qu'il soit maudit à son entrée et qu'il soit maudit à sa sortie. Que les fièvres et les purulences les plus malignes infestent son corps.

     Que son âme soit saisie de la plus vive angoisse au moment où elle quittera son corps, et qu'elle soit égarée dans les ténèbres et le néant.

    Que Dieu lui ferme à jamais l'entrée de Sa maison.


    Veuille l'Eternel ne jamais lui pardonner. Veuille l'Eternel allumer contre cet homme toute Sa colère et déverser sur lui tous les maux mentionnés dans le livre de la Torah.

    Que son NOM soit effacé dans ce monde et à tout jamais et qu'il plaise à Dieu de le séparer pour sa ruine de toutes les tribus d'Israël en l'affligeant de toutes les malédictions que contient la Torah.


    Et vous qui restez attachés à l'Eternel , votre Dieu, qu'Il vous conserve en vie.

    Sachez que vous ne devez avoir avec ledit Spinoza aucune relation ni écrite ni verbale. Qu'il ne lui soit rendu aucun service et que personne ne l'approche à moins de quatre coudées. Que personne ne demeure sous le même toit que lui et que personne ne lise ses écrits»

    Quelques mots pour tenter de comprendre (si cela est possible ?) la violence extrême contenue dans ces quelques lignes, et qui rappellent celle des islamistes actuels.

    Il n'est cependant aucunement question pour moi de me servir de ces évènements particuliers et situés dans l'espace et dans le temps pour me livrer à une critique globale du judaïsme et pour tracer une analogie, même partielle, avec l'Islam (ou l'islamisme). Ce ne serait pas correct. La communauté juive d'Amsterdam ou des Pays Bas était très fragile, car comptant en son sein une proportion importante de "marranes" (dont Spinoza), ces juifs venus d'Espagne ou du Portugal qui avaient fait "retour" à leur religion après une période plus ou moins longue de conversion forcée au christianisme.

    A peu près à la même date (dix ans plus tard, en 1666) se situe le "schisme" du "Messie apostat de Smyrne", Shabbataï Tsevi , dont la conversion tout extérieure à l'Islam sous la menace de mort du sultan turc a été une véritable séisme pour le judaïsme mondial, et pris le sens de la création en quelque sorte d'une nouvelle religion : le sabbatianisme, sur lequel un grand érudit comme Gershom Sholem a écrit des pages admirables.

    Alors pourquoi diffuser ce texte ?

    pour montrer avec évidence la différence abyssale qui se creuse entre le Dieu des philosophes et des Savants, qui est celui du spinozisme, et le Dieu d'Abraham, qui est celui des trois monothéismes.

    Il y a deux dangers de méprise concernant Spinoza : celui de le comprendre comme un athée matérialiste, prédécesseur en quelque sorte des marxistes modernes, ou bien comme un "mystique", un "oriental" égaré dans l'Occident moderne commençant...

    Or ces deux erreurs buttent sur le livre V de l'Ethique, pierre d'achoppement qui a laissé la plupart des commentateurs perplexes : comment concilier le déterminisme absolu des quatre premiers livres avec la merveilleuse libération spirituelle décrite au livre V et obtenue au moyen de la connaissance "intuitive" du troisième genre ?

    La tentation est grande, soit d'ignorer purement et simplement ce livre V (ou du moins de le minimiser, de le mettre sur le compte d'un "retour du refoulé juif" dans une conception matérialiste de l'esprit) , soit de l'envisager dans l'optique de la philosophia perennis et de la mystique éternelle.

    Là encore, c'est Brunschvicg, qui se définit dès ses débuts comme spinoziste et élève de Spinoza, qui nous procure la compréhension des véritables enjeux du spinozisme (à ceci près qu'il ne se sert jamais de la notion de "Dieu des philosophes", qui est il est vrai assez ambigüe). Il se refuse à séparer Spinoza de Descartes, le premier n'aurait pas existé sans le second, et il voit en eux les fondateurs du véritable "Occident", c'est à dire d'une entié non pas géographique ou ethnique mais bien spirituelle au sens réel de ce mot.

    Le livre à lire pour comprendre les thèses de Brunschvicg est évidemment "Spinoza et ses contemporains", mais on trouvera dans un texte très court et très dense tous les éléments nécessaires : "le platonisme de Spinoza", qui figure dans le premier tome des "Ecrits philosophiques".

    Il y oppose le platonisme de Spinoza (qui consiste à reprendre et étendre la doctrine de Platon sur l'utilité de la mathesis pour la conversion spirituelle philosophique) à celui de Plotin, tout embrumé d'imaginations mystiques et vitalistes.

    J'en extrais cette citation (à la fin du texte) qui résume à elle seule tout l'enjeu de la conception brunschvicgienne du spinozisme:

    «Loin d'avoir à opposer, dans le spinozisme, l'inspiration de Descartes et l'inspiration de Platon, nous comprenons maintenant que Spinoza n'a été authentiquement platonicien que pour avoir été résolument et systématiquement cartésien, reléguant dans le plan inférieur de l'imagination tous les éléments mythologiques, toutes les croyances traditionnelles, retenant, sur le faîte même de l'unité spirituelle, cela seulement qui satisfera aux scrupules de méthode rigoureuse, aux exigences d'entière clarté, par lesquelles se caractérise la conscience occidentale»

    J'ajoute la référence à un autre texte disponible sur le web de Brunschvicg sur Spinoza : "Sommes nous spinozistes ?" (paru dans Chronicon spinozanum, 1927):

    http://societas-spinozana.blogspot.com/2008/02/l-brunschvicg-cs-v.html

    Ce texte se trouve aussi dans le premier tome des "Ecrits philosophiques".

    Voir aussi un texte sur "La logique de Spinoza", paru dans la "Revue de métaphysique et de morale", accessible sur Gallica, ou à (cliquer sur "Download") :

    http://www.scribd.com/doc/3610508/Brunschvicg-La-logique-de-Spinoza

    Publié par quantal à 10:03:23 dans Religions | Commentaires (0) |

    Publication de l'oeuvre complète de Brunschvicg sur le web | 30 juin 2008

    Comme je l'avais annoncé pour m'en féliciter, le site des "Classiques" a entrepris semble t'il de mettre à disposition gratuite des internautes l'oeuvre complète de Léon Brunschvicg :

    http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/brunschvicg_leon.html

    Après "Héritage de mots héritage d'idées", qui avait été commenté ici, c'est au tour d'un autre ouvrage fascinant et bouleversant datant de la fin de la vie de Brunschvicg : "Descartes et Pascal lecteurs de Montaigne", d'être rendu accessible.

    Bouleversant parce qu'il a été terminé en 1942, année où Brunschvicg était dans la clandestinité totale, soutenu heureusement par des amis comme Maurice Blondel, mais séparé pour toujours des ses enfants qui étaient en Angleterre. Ses enfants qu'il ne reverra pas, puisqu'il est mort le 18 Janvier 1944, sans voir la libération de la France et la chute du nazisme, évènements qu'il avait cependant pressentis, ou plutôt prévus avec la certitude totale qui est celle de la Raison, qui peut douter de tout sauf d'elle même et de sa supériorité intrinsèque sur l'obscurantisme irrationnel des idolâtries "magiques" du "sang et du sol" comme de celles des "religions" des "dieux à nom propre".

    On lira avec une attention toute particulière la préface qui retrace tout l'itinéraire de pensée de celui qui fut  l'un des maitres de la philosophie d'avant-guerre , pour tomber dans un complet oubli après 1945 :

    http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/descartes_et_pascal/descartes_et_pascal_preface.html

    L'oubli total et volontaire de celui qui fut l'un des "mandarins" des années 30, après la libération, y est bien expliqué. Cet oubli , qui est d'ailleurs plutôt un étouffement, dure encore à ce jour, même si le travail du site des "classiques" permet de reprendre espoir.

    Mais il faut ajouter que si la rupture avec l'idéalisme critique d'avant-guerre peut s'expliquer par la déception devant son impuissance à prévoir et à combattre la Bête nazie "montant de l'Abîme", cette accusation manque son objet.

    En effet ce n'est pas à cause de l'idéalisme  prétendûment abstrait et "alimentaire" (critique faite notamment par Nizan dans les "chiens de garde", où il voit Brunschvicg comme "s'alimentant" de toute adversité  pour en nourrir sa pensée) mais bien par impuissance de l'humanité ordinaire à se hausser au niveau de cette pensée et de son exigence, que la totalitarisme a pu s'exercer sans véritable résistance jusqu'en 1944.

    Et aussi après cette date d'ailleurs, mais là nous parlons du totalitarisme stalinien, dont Sartre s'est rendu complice jusqu'en 1956 (alors que Céline l'antisémite l'avait dénoncé dès 1936), puis du totalitarisme maoïste qui a bénéficié en France de l'admiration des "grandes consciences" droit de l'hommistes que nous connaissons bien, et qui se sont racheté depuis une virginité démocratique.

    Cete intéressante préface au livre de Brunschvicg s'étend aussi sur la nature nouvelle et spéciale de "Descartes et Pascal lecteurs de Montaigne" : Brunschvicg, ébranlé par les évènements de 1940 à 1942, y aurait pour la première fois fait place au "doute" à propos de son "système rationaliste fondé sur la science".

    Mais cela me semble inexact, en ce que la pensée de Brunschvicg s'est toujours, et depuis les débuts, "nourri" des pensées adverses et "opposées" (ou "différentes") en les accueillant et les discutant. Et l'on peut ici, bien sûr, arguer de son admiration pour Pascal ou Bergson, deux penseurs pourtant très éloignés de lui philosophiquement parlant.

    Il est d'ailleurs à souligner que Bergson est une autre sommité d'avant-guerre qui n'a pas connu après 1945 le mùême destin d'oubli : c'est sansdoute que le bergsonisme fait place au mysticisme, qui est et sera toujours à la mode... mais je partage au demeurant l'admiration de Brunschvicg pour ce géant de la pensée qu'est Bergson.

    La thèse du livre est donc que la modernité (initiée par Descartes) dérive du scepticisme de Montaigne, qui se trouve donc ainsi accorder une importance cruciale...

    mais , tout en étant d'accord bien sûr avec ce verdict, il ne faudrait pas en rester là, et je voudrais ici simplement citer une réflexion de Brunschvicg tirée d'un autre texte  ("L'humanisme de l'Occident", introduction au premier tome des "Ecrits philosophiques") à propos de Montaigne et Descartes:

    " Mais depuis Descartes on ne peut plus dire que la vérité d'Occident tienne tout entière dans la critique historique et sociologique des imaginations primitives (qui est la  première perspective de la sagesse occidentale, de laquelle nous sommes redevables à Montaigne).

    sortir de la sujétion de ses précepteurs, s'abstenir de lire des livres ou de fréquenter des gens de lettres, rouler ça et là dans le monde, spectateur plutôt qu'acteur en toutes les comédies qui s'y jouent, ce ne seront encore que les conditions d'une ascétique formelle.

    A quoi bon avoir conquis la liberté de l'esprit si l'on n'a pas de quoi mettre à profit sa conquête ? Montaigne est un érudit, ou, comme dira Pascal, un ignorant; dans le réveil de la mathématique, il ne cherche qu'un intérêt de curiosité, qu'une occasion de rajeunir les arguties et les paradoxes des sophistes. L'homme intérieur demeure pour lui l'individu, réduit à l'alternative de ses goûts et de ses humeurs, penché, avec une volupté que l'âge fait de plus en plus mélancolique, sur la «petite histoire de son âme».

    Or, quand Descartes raconte à son tour «l'histoire de son esprit», une tout autre perspective apparaît: la destinée spirituelle de l'humanité s'engage, par la découverte d'une méthode d'intelligence. Et grâce à l'établissement d'un type authentique de vérité, la métaphysique se développera sur le prolongement de la mathématique, mais d'une mathématique renouvelée, purifiée, spiritualisée par le génie de l'analyse".

    On pourrait lire dans ces lignes, sans se tromper de beaucoup, une conception quasi-prophétique de Descartes, et aussi trouver l'explication du dédain affiché par nombre d'intelelctuels, anglo-saxons mais aussi français, pour Descartes : c'est que notre époque n'aime les prophètes que religieux, environnés d'éclairs, de crainte et de tremblement, et de phénomènes surnaturels. Et surtout elle les aime de loin : pour la vie quotidienne, on préfère la "petite histoire de l'âme" , mais ici les mots de Brunschvicg peuvent sembler trop sévères pour Montaigne, que sa culture des nobles sages de l'antiquité met à l'abri des divagations "nunuches" des  contemporains narcissiques obsédés de leur "belle âme" (que ne l'introduisent ils en bourse !!? cela règlerait sans dout leurs problèmes de "pouvoir d'achat" Mort de rire).

     La "mission prophétique" de Descartes existe bel et bien et débute historiquement dans la nuit "de la Saint Martin" du 10 au 11 novembre 1618 avec les trois rêves de Descartes, qu'il interprète lui même dès le réveil (et même pendant la durée du songe pour le dernier) et qui lui semblent inspirés par l'Esprit de Vérité, autre nom de Dieu des philosophes.

    Celui qui est aussi, et simplement, "la Vérité", d'après le "Court Traité" de Spinoza.

     

    Publié par quantal à 11:31:46 dans Philosophie | Commentaires (0) |

    Le suicide de l'Occident | 30 juin 2008

    Ce n'est pas par "négligence", ou "irresponsabilité", que la "civilisation" occidentale actuelle (qui n'a rien à voir avec les principes fondateurs de l'Occident, ceux de Descartes et Spinoza) court semble t'il vers un "mur" pour sy fracasser.

    C'est parce que, profondément, elle "veut" en finir.

    Cette conclusion est aussi celle de Christian Godin qui, dans "La fin de l'humanité", annonce la disparition de l'humain dans trois ou quatre siècles, par "perte de l'envie de continuer" (et il appelle cette désespérance sociale, qui s'accompagne d'un consumérisme sans limite et d'une vie dans le très court terme  : "peste blanche").

    Mais le problème est juste repoussé d'un cran : pourquoi veut elle, cette humanité moderne, en finir ?

    Ici nous pouvons nous accorder avec Badiou, et reconnaitre que le "matérialisme démocratique" et ses idéaux de "jouir sans entrave dans la diversité et le multiculturalisme institués" n'offre pas de "sens réel" à l'existence...ou encore, dans les termes de Badiou, qui sont sur ce point préférables, la désorientation de l'existence ne conduit qu'à la volonté de mort. Le grand Baudrillard disait lui, au début des années 80 si je ne m'abuse : "il y a désormais un problème mondial de la fatigue".

    C'est assez simple à comprendre : une fois que vous avez essayé toutes les destinations de vacances, toutes les positions sexuelles avec des femmes de toutes origines (ou des hommes si vous êtes une femme, avec les adaptations que le lecteur de ce blog, forcément intelligent et respectueux du "politically correct", ne manquera pas de faire pour les gays, lesbiennes, bi, tri, etc... j'espère que je n'oublie personneMort de rire), une fois que vous avez testé tous les types d'alcool ou de "shit" (oups pardon..."teushi" Moqueur), eh bien.... vous êtes dans la dépression et vous n'avez qu'une seule idée en tête : en finir. Et pourtant votre plan d'épargne retraite est si prometteur pour "quand vous n'aurez plus à travailler" !

    mais là encore le problème n'en est que repoussé un peu plus loin : pourquoi la civilisation d'Occident a t'elle quitté sa "vocation originelle", celle mise en évidence par exemple par Husserl, qui est de se vouer au travail infini d'introduire une intelligibilité de plus en plus parfaite dans la réalité, pour s'enliser dans le "naturalisme" et le nihilisme contemporains ?

    La raison est à mon avis celle ci : la tâche que s'est donnée à la fin du Moyen Age l'humanité européenne est très difficile, et décourageante, et désespérante, ...ou, en d'autres termes : cette humanité, en la personne de ses grands représentants qu'étaient Descartes, Newton, Galilée, Leibniz, Spinoza, etc...a "placé la barre trop haut" !

    et les générations qui ont suivi n'ont pas eu la volonté, ni la possibilité, de continuer !

    C'est sans doute la vérité profonde du fameux livre de Paul Hazard : "La crise de la conscience européenne" qui porte sur les années 1680-1715, soit les années suivant immédiatement la mort de Spinoza, et allant jusqu'à l'année de la mort de Louis XIV, le dernier "grand roi" de la France, mais surtout de Nicolas Malebranche, le dernier grand cartésien et grand métaphysicien français.

    Vous pouvez d'ailleurs lire ce livre "online" , avec un autre de Paul Hazard sur "La pensée européenne", sur le site des "classiques" :

    http://classiques.uqac.ca/classiques/hazard_paul/hazard_paul.html

    Dans cette optique, la pensée des Lumières au 18 ème siècle, qui a conduit à la révolution française (et à ses échecs ) apparait comme une dégradation par rapport au "sommet" atteint par les grands fondateurs du 17 ème, Descartes en particulier, dont tout découle...

    et c'est d'ailleurs ce que pensait aussi Hegel des "Lumières", qu'il assimilait à l'abstraction vide et uniquement formelle... j'ajoute que l'on peut avoir ce genre d'avis sans être pour autant un affreux réactionnnaire...si ! si ! je vous le jure !

    Dans un ancien blog je m'interrogeais sur la "perte" de la tradition de la "Mathesis universalis" (du 17 ème siècle) , justement lors de cette période du début du 18 ème siècle, qui a conduit au développement autonome (par rapport à la philosophie, laissée complètement en arrière, par la faute d'ailleurs des philosophes) de la science puis de la technique , et enfin au positivisme scientiste du 19 ème siècle...

    il semble que c'est dans cette "crise de la pensée" que doit être cherché la véritable nature de cet abandon.

    quoiqu'il en soit cette dégradation concerne spécialement la France, comme le confirme d'ailleurs le fait que ce soit dans ce pays que les "philosophes des Lumières" aient eu leur activité maximale, et que ce soit là que la Révolution a éclaté...

    mais un autre indice existe, de nature plus "quantitative", de ce "mal français"...

    je veux parler du phénomène bien connu de la baisse de la natalité en France à partir de la seconde moitié du 18 ème siècle, soit plus d'un siècle en avance par rapport aux autres pays européens, voir par exemple :

    http://www.jstor.org/sici?sici=0032-4663(200001%2F02)55%3A1%3C81%3AMAFRPE%3E2.0.CO%3B2-6

     

    Publié par quantal à 10:33:54 dans Actualité | Commentaires (0) |

    Some came running (Comme un torrent) de Vincente Minelli (avec Frank Sinatra, Dean Martin...) | 28 mai 2008

    Il faut être un porc définitif pour ne pas pleurer toutes les larmes de son corps en voyant ce film qui est un chef d'oeuvre absolu...

    catégorie : mélodramatique ...oui et alors ? il y a mélo et mélo (et aussi méli mélo mais ça c'est autre chose)...

    Le fim a été tourné en 1958 à Madison (Wisconsin) mais il est censé se passer en 1948 dans un ville du Middle West, étouffante comme elles le sont toutes, et sans doute imaginaire : Parkman...nom qui est d'ailleurs tout un programme..

    il repasse de temps en temps en copie neuve dans les salles d'art et d'essai, la denière fois c'était la semaine dernière pour le festival des 10 ans depuis la mort de Sinatra (intervenue  à la mi Mai 1998).

    Dave Hirsch (interprété par Sinatra) est un écrivain raté et alcoolique, qui, après avoir quitté l'armée, revient par hasard dans sa ville natale (Parkman donc)...en fait ce n'est pas tout à fait "par hasard" : le film débute dans le car qui arrive à Parkman, en début de matinée, le chauffeur réveille sinatra : "Eh soldat...on m'a dit de vous réveiller à Parkman"... et Sinatra qui ouvre un oeil glauque : "qui vous a dit ça ?" ...et le chauffeur : "ceux qui vous ont mis dans le car hier soir.. il parait que vous leur avez dit que vous étiez né ici"... ambiance...Mort de rire

    mais dans le car il y a aussi la prostituée, (Shirley Mac Laine) qui s'est amourachée de lui parce qu'il a assommé le gros méchant qui se l'était appropriée... il lui donne 50 dollars en lui sussurant d'une voix encore avinée : '" tu sais ce que c'est chérie...on prend une cuite et ont dit n'importe quoi... tiens, voilà de quoi retourner à Chicago...encore toutes mes excuses" ... ambiance toujours...

    mais bien sûr elle ne retournera pas... elle est amoureuse ! elle prendra une chambre en ville, trouvera un emploi  à l'usine locale fabriquant des soutien-gorges (ça ne s'invente pas)...

    Sinatra prend une chambre au "Parkman hotel" (là encore ça ne s'invente pas) juste en face de la joaillerie tenue par son frère ainé, Frank Hirsh (interprété par Arthur Kennedy, absolument génial) , qui 18 ans plus tôt , se mariant, l'avait fait mettre en pension pour se débarrasser de lui (le père était un ivrogne irresponsable)... et Dave avait pris la fuite depuis 16 ans....

    le réceptionniste de l'hotel : "ah vous êtes le frère de Frank Hirsch ? vous ne lui ressemblez pas" et Sinatra : "merci !"...

    puis il donne quelques dollars au valet pour aller déposer un mandat de 5000 dollars (gagnés au poker, non par ses livres) à la banque qui est la concurrente de celle où son frère siège au conseil d'administration...moins d'une heure après celui ci, averti du retour de Dave, déboule dans sa chambre ...

    Sinatra une bouteille de scotch à la main : "tu prends un verre ?"...Arthur Kennedy "euh... il est 10 h 30, c'est un peu tôt non ?" et Sinatra : "je ne regarde pas la pendule ".... ambiance ambiance ... et quand Frank repart "au fait il parait que tu as déposé ton argent à l'autre banque ?"...et Sinatra : "je savais que tu trouverais ça très drôle !"

    et à la fin, après moult péripéties, Sinatra, tombé entretemps amoureux de la professeur de "technique littéraire" locale, mais repoussé par elle (elle réussira quand même à faire publier son roman, qui aura un succès monstre) parce qu'elle n'arrive pas à admettre son "mode de vie" (que nous cataractériserions, dans le langage "politiquement correct" et multiculturaliste, comme "sans sobriété" Mort de rire) épousera la prostituée au grand coeur... il expliquera ses motifs au joueur professionnel Bama Dillert (joué par Dean Martin), gros buveur lui aussi, avec lequel il s'est acoquiné : "je l'épouse parce que j'en ai marre d'être seul... je ne peux plus rien faire de bon pour moi même, alors si au moins je peux ainsi l'aider à changer de vie"... ambiance ambiance ambiance...

    et ils se marieront, à la va vite, avec deux témoins inconnus payés par Sinatra... seulement le "gros méchant" jaloux, en prendra ombrage, ivre mort il reviendra avec un revolver et ouvrira le feu sur Sinatra... mais la prostituée se jettera au devant des balles et se sacrifiera pour lui...

    et, lors de la scène finale de l'enterrement, Bama Dillert, l'homme qui n'enlève jamais son chapeau même pour dormir....enlèvera son chapeau !

    bref un film sur l'alcool, qui , avec la drogue d'ailleurs, semble faire partie de la légende des grands créateurs américains (Edgar Poe, Faulkner, Nicholas Ray....). D'ailleurs quelques années plus tard Minelli tournera "15 jours ailleurs", avec Kirk Douglas jouant un cinéaste alcoolique lui aussi....l'un des trois films majeurs de Kirk Douglas, avec "Le gouffre aux chimères" (de Billy Wilder) et "Les sentiers de la gloire" (de Stanley Kubrick)...

     un film sur Parkman aussi... Parkman comme symbole du monde...ou plutôt de l'absence de monde, qui se nomme "post-modernité"Clin d'oeil

     

     

    Publié par quantal à 19:41:06 dans Cinéma | Commentaires (1) |

    Ludovic ROBBERECHTS : Essai sur la philosophie réflexive | 26 mai 2008

    Il arrive qu'un livre "tombe à pic" dans le "parcours" d'un lecteur (en particulier dans le domaine philosophique), c'est le cas pour le lecteur que je suis de ce livre ci , écrit au début des années 70... mais auparavant quelques mots à propos de ce blog...

    J'ai passé pas mal de temps à écrire trois articles assez "pompeux" (pour ne pas dire pompiers ? Mort de rire) sur le "Mal radical" sans assez me rendre compte que moi même je me livrais au Mal en faisant ce que je fais ici...

    car si la notion de "Mathesis universalis" (que je n'ai pour l'instant pas vraiment explicitée, et pour cause : c'est un peu l'arlésienne, ou plutôt une auberge espagnole, chacun y apporte sa propre cuisine !) doit être prise au sérieux (et pour ma part je la prends au sérieux : j'ai peut être tort !), alors cela signifie que l'on ne doit reconnaitre comme admis , comme "vrai" que ce qui est "vérifié" (comme dit Brunschvicg), c'est à dire ce qui est démontré ou asserté avec une certitude au moins égale à celle des propositions mathématiques (dont on sait d'ailleurs que Descartes, qui est l'un des Maitres que je reconnais, les englobait dans son doute radical ce qui lui permettait de trouver des vérités reconnues avec un degré de certitude encore supérieur : apodictiques).

    Or je n'ai pas assez signalé ici que tout ce que je dis (absolument tout)  n'est pour l'instant que ma certitude "subjective", la certitude de quelqu'un qui n'est d'ailleurs même pas un philosophe ni un mathématicien ou physicien professionnel... et de quelqu'un qui dans sa vie privée n'a pour l'instant montré aucune prédisposition à la poursuite de la sagesse...

    ces précautions étant prises, revenons au livre de Ludovic Robberechts , (un philosophe né en 1935 et qui n'a donc pas pu connaitre personnellement Brunschvicg) , livre paru en deux volumes :

    Essai sur la philosophie réflexive tome 1 (paru en 1971), consacré aux quatre philosophes représentant d'après lui cette tendance philosophique : Maine de Biran, Lachelier, Lagneau et Brunschvicg

    Essai sur la philosophie réflexive tome 2 paru en 1974, consacré au philosophe qui d'après Robberechts vient couronner l'édifice de cette philosophie (et de la philosophie en général) : Jean Nabert (1881-1960), puis au "dépassement" de la philosophie (dépassement rendu possible seulement parce que Nabert en a en quelque sorte trouvé le bout, la fin, avec l'aporie constitutive du problème du Mal) par le "retour" (mais est ce bien un retour??) au judaïsme, c'est à dire le fait de quitter le terrain "intellectualiste" qui est celui de la philosophie occidentale depuis Platon pour se confier uniquement à la garde des mythes, et encore pas n'importe quels mythes : les mythes juifs (car d'après Robberechts, tous les autres mythes se retournent un jour ou l'autre contre ceux qui se laissent gouverner par eux).

    Il s'agit donc d'une position très tranchée, comme on le voit, et qui se situe à l'antipode exact des thèses soutenues ici ! mais comment pourrait t'on parvenir à la vérité si l'on n'ose pas affronter la contradiction ? et surtout si l'on adopte une posture ou une méthode à caractère scientifique, où tout ce qui est affirmé doit être "réfutable" si du moins cela ddoit avoir une valeur de vérité.

    Je ne vais d'ailleurs pas "affronter" quoi que ce soit, car je dirai d'emblée qu'il s'agit d'un livre admirable, extrêmement important, et tout à fait déstabilisateur pour quelqu'un comme moi!

    Le tome 2 est accessible online en "aperçu limité" (c'est à dire que l'on ne peut voir que certaines pages, mais il y en a assez pour que l'on puisse se faire une idée correcte du livre) sur "Google" , à l'adresse suivante :

    http://books.google.fr/books?id=sOn_tLn5yTsC&pg=PA3&dq=robberechts&ei=f3U6SN3lN5XuygTsnL3LDw&sig=iF3bL0J_vlZgfOiAWo16xXroeRY

    le tome 1 était aussi lisible sur Google il y a quelques mois, il ne l'est plus pour l'instant, peut être redeviendra t'il accessible un jour... en tout cas on peut facilement acheter les deux volumes sur Internet, je l'ai fait moi même en début d'année...

    L'importance du travail de Robberechts vient de ce qu'il prend son départ au coeur même de la philosophie occidentale, qui est selon lui (et selon moi) son noyau "intellectualiste", pour ensuite la dépasser (enfin ... d'après lui Mort de rire). Et ce n'est évidemment pas un hasard s'il termine par Brunschvicg, qui représente incontestablement l'aboutissement suprême de cette philosophie rationaliste, intellectualiste et mathématisante (à partir des années 70, et surtout 80 avec l'Etre et l'évènement vient s'y ajouter Badiou, mais j'ai déjà précisé que je le considère comme déviant de la ligne rationaliste et brunschvicgienne).

    Robberechts se livre à une critique acérée de Brunschvicg, et à travers lui de Spinoza et du Spinozisme, qualifié de pensée abstraite et sans portée réelle sur la "vie"... je n'ai pas le temps de faire ici une recension et un commentaire, voire une réfutation , détaillée du livre, aussi me contenterai je de dire pourquoi à mon avis Robberechts a tort concernant Brunschvicg; il reprend à son sujet les accusations,  déjà lancées dans les années 30 par Nizan et Sartre et sa "bande" , de "philosophie alimentaire" , même s'il garde un certain tact (et une admiration certaine pour Brunschvicg, dont il signale l'émouvante bonté, incompréhensible pour lui) et ne va pas jusqu'à le traiter de "chien de garde" du capitalisme bourgeois...

    Je n'ai pas le livre sous les yeux, et le tome 1 en question n'est pas accessible online, mais je résumerai ce que dit Robberechts ainsi : Brunschvicg concevrait le philosophe comme "au dessus" des autres hommes, en ce qu'il utiliserait leurs travaux (et en particulier les durs labeurs des scientifiques) pour "parvenir tout seul dans son coin" à son idéal de contentement de l'esprit au moyen de la réflexion intellectuelle, désertant ainsi et refusant de prendre part aux tâches collectives de luttes pour l'amélioration du sort de tous.

    Mais la philosophie de Brunschvicg, telle du moins que je la comprends, est tout à fait différente de cette description : l'idéal de contentement ou de "joie souveraine" ininterrompue promise par la philosophie de Spinoza et Brunschvig, obtenue (et c'est là l'apport de Brunschvicg) par un examen et une réflexion de plus en plus approfondie, mais aussi honnête, scrupuleuse et humble, sur les résultats de la science, concerne tout homme, en droit, même si en fait, et pour le moment, dans l'état actuel (bien plus déplorable à notre époque encore que du temps de brunschvicg) de nos "sociétés" il n'est visé que par une minorité restreinte, et obtenu par une minorité bien plus restreinte encore. Mais doit on accuser de ce fait les rares "philosophes" qui y parviennent, par un travail acharné et incessant, s'étendant sur toute une vie, et au prix d'un renoncement total aux "autres plaisirs de la vie" (faux plaisirs , selon Spinoza, et destructeurs) et d'une "ascèse intellectuelle" fort exigeante ? non ! on doit plutôt accuser la lâcheté et la pusillanimité de ceux qui n'y parviennent pas, ou n'ont même pas l'idée de tenter l'aventure...et après tout s'ils veulent vivre autrement libre à eux ! mais alors pourquoi accuser les rares personnes qui choisissent la voie de Brunschvicg de démission ?? eux aussi ont le droit de vivre selon leurs critères, ils ne font de mal à personne...ou en font ils ? c'est ce que semble penser Robberechts...

     chacun fait fait fait cki lui plait plait plait Mort de rire on est en démocratie !Sourire

    passons maintenant au tome 2...

    Je suis d'emblée d'accord avec Robberechts sur l'importance cruciale de Nabert pour la philosophie. Il le place à ce premier rang, en compagnie de Merleau Ponty et de Husserl (il a écrit en 1964 un petit livre sur Husserl, facile à se procurer aussi). Il est à noter que Nabert comme Merleau-Ponty sont des élèves de Brunschvicg....eux aussi ! il semble que tous les grands auteurs de philosophie d'après guerre le soient, et aient été influencés de façon essentielle (pour leur orientation philosophique) par Brunschvicg, même si c'est négativement (comme Sartre). C'est là la marque d'un grand Maitre de sagesse, ce que fut indéniablement Brunschvicg, et il y en a bien peu de cette envergure ... en fait il n'y en a aucun d'après moi!

    Robberechts note que sous des dehors respectueux (il a écrit un article sur Brunschvicg empreint d'une déférence infinie dans la revue de métaphysique et de morale en 1928 ) Nabert est le seul élève, ou plutôt disciple, qui se soit affranchi et ait ainsi dépassé le Maitre. Mais est bien vrai (qu'il soit le seul) ? n'est ce pas le propre d'un vrai Maitre que de vouloir former des esprits libres, donc libres vis à vis de lui même, et donc de vouloir que, leur temps venu, les disciples "tuent le Maitre" ?

    voici le lien de cet article de Nabert sur l'oeuvre de Brunschvicg, le "Progrès de la conscience" dans la revue de métaphysique et de morale (aller pages 219 à page 275):

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k11247m.pagination

    Nabert est le type même du philosophe véritable, qui a très peu écrit parce qu'il ne voulait écrire que des choses importantes et vérifiées (héritage de Brunschvicg !!), vérifiées non pas comme en mathématiques mais passées au crible d'une conscience d'une méticulosité et d'un scrupule infinis ! il ne reste que trois livres de lui, mais on pourra se contenter de lire son petit traité de 1955 : Essai sur le Mal, qui contient tout en germe. Je l'ai lu moi même il y a longtemps, et dois le retravailler si je dois en dire quelque chose ici, aussi me bornerai je dans cet article à admettre ce que dit Robberechts, c'est à dire que Nabert est le seul philosophe occidental à situer exactement, à poser de façon correcte le problème abyssal du Mal, de l'injustifiable dans le monde (en fait je ne l'admets pas, puisque Brunschvicg le pose aussi mais n'en reste pas à l'aporie, car il y apporte une "réponse", réponse qui si l'on veut n'en est pas une car elle consiste non pas à fuir, mais à changer les données du problème).

    On pourra lire à l'adresse suivante une thèse doctorale sur "Conscience de soi et conscience de Maldans l'oeuvre de Nabert":

    http://edoc.bib.ucl.ac.be:81/ETD-db/collection/available/BelnUcetd-06012005-231058/unrestricted/thesedoctorale.pdf

    Mais, selon Robberechts, Nabert ne va pas plus loin : il pose correctement le problème (dans "Essai sur le Mal") et marque ainsi la fin de la métaphysique et son possible dépassement, mais ne donne aucune réponse : c'est là son héroïsme philosophique (un "héroîsme de la Raison" semblable à celui que husserl appelait de ses voeux dans la Krisis en 1936) de rester honnête intellectuellement et de dire : "là je ne peux pas répondre" si c'est le cas... d'ailleurs cette issue est elle si éloignée de celle de Brunschvicg qui disait : l'esprit refuse de répondre pour la matière et pour la vie, c'est à dire qu'il refuse de "descendre" de son niveau aux niveaux inférieurs, matériels ou vitaux, qui sont ceux où se pose le problème du mal ? encore faut il, quand on donne pareille solution, pouvoir l'appliquer soi même dans sa vie réelle et tel est le sens de la question que Gabriel Marcel (ou est ce Blondel ??) posait à Brunschvicg qui disait que sa propre mort n'avait aucune importance à ses yeux : "oui mais et la mort de Madame Brunschvicg ?" Clin d'oeil

    mais ce n'est pas la philosophie ou les philosophes qui "vont plus loin" que cette aporie où en reste Nabert et donnent non pas la solution, mais la réponse : d'après Robberechts, ce sont les juifs... les juifs croyants, ceux qui confient leur vie non pas à la raison gréco-philosophique, mais aux mythes juifs du Tanakh (=Torah-Neviim-Ketouvim : Torah plus prophètes plus livres sapientiaux, soit "l'ancien testament").

    Il y a certes une similitude avec le cas de deux autres penseurs juifs : Frantz Rosenzweig, l'auteur de "L"étoile de la rédemption", qui en 1913, visitant à Berlin une synagogue très modeste, a une sorte de "révélation" et décide de "faire retour au judaïsme", et bien sûr Emmanuel Lévinas. Mais il ya aussi une différence énorme, qui est que Rosenzweig comme Levinas restent des philosophes et quels philosophes ! et à la différence de robberechts ils n'établissent pas de hiérarchie, leur judaïsme leur est une "ressource" pour leur parcours philosophique, c'est flagrant chez Levinas, et en tout cas ne prétendent pas "dépasser" ou "transcender" grâce au judaïsme la philosophie qui serait arrivée au bout de sa course.

    Je vois une autre parenté, cela fera sans doute bondir certains : celle de Heidegger !

    on a pris l'habitude, depuis la polémique déclenchée par des livres comme ceux de Farias, de faire le portrait de Heidegger en penseur nazi : il s'est engagé aux côtés des nazis pendant un an, jusqu'à 1934, et beaucoup de penseurs animés de mauvaises intentions à son égard tentent de démontrer que ce choix n'est pas accidentel, que la pensée heideggerienne est essentiellement nazie.

    Mais on ne rappelle pas assez souvent que Marlène Zarader, dans son livre "La dette impensée", a montré avec succès que cette pensée heideggerienne est redevable aux penseurs-prophètes  hébraïques, quand elle cherche à remonter aux conceptions pré-platoniciennes de la vérité comme décèlement et aux époques "initiales" et matutinales de l'aurore grecque, avant l'oubli de l'Etre initié par Platon et Socrate et qui marque le "destin" dont la métaphysique occidentale ne pourra jamais s'affranchir. D'après Marlène Zarader, cette époque grecque pré-platonicienne est en dette vis à vis du judaïsme, vis à vis des penseurs hébraïques.

    Pour ma part je n'ai pas attendu d'avoir lu le livre de Zarader pour observer les analogies et similitudes frappantes entre certains aspects de la doctrine de la pensée remémorante de l'Etre chez Heidegger , et certains aspects du judaïsme , notamment quand il remplace la vision (l'oeil) qui est l'obsession de la métaphysique occidentale (encore chez Husserl qui parle sans arrêt de "voir", et d'ailleurs on sait que le mot théorie se réfère étymologiquement à la vision), quand dont le judaîsme choisit de mettre plutôt l'accent sur l'écoute... par exemple dans la prière juive "Shma Israel , Adonai eloheinou, Adonai ehad..." : écoute Israel, le Seigneur (ou le nom, Hashem) est notre Dieu, le Seigneur est Un...

    et d'ailleurs David Lynch autre "contestataire" intempestif de l'ordre occidental fondé sur le voir "grec", la théorie, le regard, a lui aussi recours aux hébreux et à leur "écoute" quand au début du film "Blue Velvet" il met en scène un personnage qui trouve une oreille tranchée au rasoir dans l'herbe....façon de suggérer la violence symbolique de l'Occident gréco-chrétien envers les juifs, violence consistant à donner toute la place au "voir" théorique (notamment dans la science "dure", la physique géométrique par exemple, à partir du 17 ème siècle) et à ainsi anéantir,  en lui retirant tout "lieu" , le recours juif à l'écoute (de la Parole mythique), à l'oreille.

    Faut il alors évoquer (symmétriquement) le film de 1928 de Luis Bunuel : "Un chien andalou" , où l'on assiste à cette scène insupportable d'un rasoir qui tranche un oeil en gros plan ?

    peut être...sans doute...certainement ! il ne serait pas étonnant outre mesure que Lynch, qui comme tous les réalisateurs dignes de ce nom doit être un grand cinéphile, se soit remémoré cette scène du "Chien andalou" quand il a tourné "Blue Velvet".... ce même David Lynch dont le nom a figuré sur des "listes de personnalités à abattre" dans des groupes neo-nazis américains, et qui quelques années avant "Blue Velvet" avait tourné "Elephant Man", ce film grandiose où un pauvre homme défiguré au visage "éléphantesque", tourmenté et torturé par l'ordre économique ignoble de l'Angleterre victorienne et ses cirques, ne trouve refuge que dans le livre des Psaumes, c'est à dire dans le judaïsme...

    Luis Bunuel est lui aussi resté toute sa vie un contestataire de l'ordre bourgeois, et qu'est ce d'autre que le surréalisme (à l'oeuvre dans "Un chien andalou") qu'un gigantesque attentat contre ce qui était jugé à l'époque (après guerre) insupportable dans l'ordre occidental moderne (des nations européennes colonisatrices ou "anciens empires" comme Espagne ou Portugal) ?

    Ce (long) détour par le cinéma vise à mettre en évidence deux ordres symboliques totalement hétérogènes : celui que nous appelons "occidental" (européen), propre à cette humanité européenne qui depuis les mutations de la Renaissance choisit de se donner une nouvelle figure fondée sur la philosophie grecque (c'est tout le développement du début de la Krisis de Husserl) ; et celui qui reste en "marge" (contestataire de l'hégémonie occidentale donc) et qui comprend les "juifs", et prend recours sur les mythes juifs et leur fondement sur l'écoute plutôt que sur le voir théorique.

    Et ce n'est pas une mince surprise que de voir Husserl (d'origine juive, mais converti au christianisme,  néanmoins persécuté par les nazis) dans le premier "camp", et Heidegger le prétendu "nazi" dans le second ! d'ailleurs Gérard Granel ne parle t'il pas, dans sa préface à la Krisis, de la "paranoïa théorique occidentale à l'oeuvre chez Husserl" ?

    La pensé de Heidegger possède avec évidence une puissance explosive dirigée contre l'Occident et la modernité nihiliste, celle de la mise en exploitation sans limite de l'étant, naturel ou humain, comme "ressources", dans le Gestell, l'arraisonnement, l'appropriation sans frein de tout le domaine de l'étant et sa mise au service de la production, de la "croissance", économique ou relevant d'autres domaines de l'être historial .

    C'est évidemment là l'explication de certaines convergences (contre nature en apparence seulement) entre heideggeriens "de gauche" et autres contestataires ou "altermondialistes".

    Je caractériserai et résumerai cette opposition par celle que j'avais déjà souvent pointée entre les deux syllabes MA et MU (qui en hébreu devient "MY" = mem + yod), et qui remonte au Zohar , cette "somme" de l'ésotérisme juif appelé "Qabbalah".

    On sait que les rabbins du Zohar (le passage en question se situe au tout début du tome 1) mettent en parallèle la question visant l'étance , la relation, le "comment" propre à l'interrogation scientifique : "Mah zoth ?" : qu'est ce que c'est ? en quoi cela consiste ?

    et la question visant "ce qui est au delà de l'essence" , qui pour les hébreux prend la forme (dans le zohar) : MY bara eleh ? qui a créé cela ?

    Ils relient ces deux syllabes (MA et MY) aux Eaux inférieures (MA) et supérieures (MY) de Genèse 1 dans le "jeu de mots" kabbalistique : MAYIM (qui en hébreu veut dire "EAU") , mot formé de la syllabe MA à l'endroit et de la syllabe MY inversée... car le domaine "supérieur" (Natura naturans, nature naturante))est soumis à un ordre inverse du domaine "inférieur-naturel-mondain" (Natura naturata, nature naturée).

    Dans nos langues MA donne MAthématique, MAtière, MAtrix, MAthesis universalis, et MU ou MY donne : MYthes, MYstique, MYstère, MUet, MUsique...aussi doit on voir du sens dans le nom du  séminaire déjà évoqué de François Nicolas : MAMUPHI :

    http://www.entretemps.asso.fr/maths/

    cette opposition que nous avons analysée sous de multiples facettes n'est pas autre chose que ce que décrit dans sa propre terminologie Robberechts , quand il oppose ce qu'il appelle les abstractions mathématico-platonisantes propres à l'Occident et à sa science théorique, et les mythes propres à toutes les civilisations non occidentales. Et on peut dire qu'il n'y va pas de main morte !

    la science est dépeinte comme une "drogue", la drogue de l'Occident que celui ci tente (avec réussite) de "dealer" , de fourguer aux autres cultures, pour s'assurer sur elles une supériorité, celle du dealer sur le toxicomane..

    cela pourra surprendre mais j'approuve sans réserve cette appréciation négative de Robberechts sur ce qu'il appelle la "science" et qu'il faudrait plutôt appeler "technoscience".

    Mais peut on opposer une science "bonne", "noble", dont tout le but est l'enrichissement de l'humanité par le développement des capacités de l'esprit humain, et une "technoscience" mauvaise, à laquelle nous sommes redevables de la bombe thermonucléaire, de l'obsession de la "croissance" ?

    c'est en tout cas la thèse défendue ici, et qui prend appui sur ce que disaient de la science ceux qui l'ont développée à ses débuts, au 17 ème siècle. Le but n'était pas et ne pouvait pas être le développement sans frein de la technique, puisque celle ci n'est apparue, sous la forme que nous connaissons, qu'à partir du 19 ème siècle. Le but en était, comme il est écrit par exemple au début de la "Logique de Port royal" (1664) le développement des bonnes qualités de l'âme (citation exacte à retrouver)

    Mais Robberechts va plus loin, et englobe dans ses anathèmes technique aussi bien que science "théorique", qui selon lui consiste juste en un développement à l'infini de formules algébriques sans aucun sens réel (ce que d'aucuns, comme Husserl, nommeront "mathesis universalis") : l'algébrisation est jugée, chez Robberechts comme chez husserl, et condamnée comme perte de l'intuition fondatrice (celle de la géométrie d'avant Descartes), ou perte du contact avec le "monde de la vie".

    Mais ici je ne suis pas d'accord, et m'appuie sur la distinction opérée par Brunschvicg entre "Verbe intérieur, logos endiathetos" , ou pensée pure, et "logos propherikos" ou langage, ou forme exérieure de la pensée exprimée (au moyen de propositions langagières ou de formules algébriques).

    Il ne faut pas confondre la Pensée et la Vérité, avec ses formulations  en langues naturelles ou mathématiques, conduisant aux chaînes de "vérités exprimées", les théorèmes.

    Ce que nous nommons "Mathesis universalis", ce n'est pas la mathématique même universelle (universal algebra) telle qu'on peut la voir développée dans les manuels, car il ne s'agit là que d'une forme extérieure, contingente; c'est la pensée "solide" qui est à l'oeuvre "derrière" , ou encore le Verbe-mathesis, la Raison universelle des esprits de Malebranche.

    Et là j'ai la caution de Descartes dans les Regulae, qui d'après les analyses profondes de Jean Luc Marion (dans "Sur l'ontologie grise de Descartes") a réalisé un "coup de force" en donnant à ce qu'il appelle "mathesis universalis" un sens dépassant la pure mathématique et englobant tout (y compris la métaphysique). Mais le très grand philosophe chrétien  Marion condamne ce "coup de force", cet "attentat" de Descartes (que  Rosenfield caractérise comme "démesure de la Raison"); moi je l'approuve, et je l'admire Mort de rire..mais bien entendu je ne suis pas digne de dénouer les lacets de la chaussure de Marion, un des plus grands philosophes de l'heure...non sum dignus Domine Horreur !

     

    (à suivre)

    Publié par quantal à 11:16:36 dans Philosophie | Commentaires (0) |

    1| 2| 3| 4| 5| 6| 7| 8| 9| 10| 11| >>