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| Je suis brisée comme sous un fardeau de mille tonnes embarqué sur le dos, comme si un ogre s'était instalé sur mes épaules. Je continue ma vie minable et j'en suis fatiguée, très fatiguée ...Je traîne les jambes à travers mon existence vers un grand néant ; nulle part à m'égarer dans l'espérence, il n'y a plus de rêverie somnifère, ni d'hallucination de pensée qui aimait pourtant vagabonder dans le passé. Une fosse derrière moi, un vide profond de devant. Je sais, je n'aurais pas dû écrire comme ça. Je ferais mieux de me taire. Des petits moments de douceur dès que je reviens chez moi et Gavroche m'invite. La sortie, puis je verse des croquettes dans la gamelle. J'aime regarder la chienne manger, elle affecte d'airs délicieux; et ses paupières nictitantes, et ses oreilles frémissantes, oh mignonne, ce bruit de croquement, je l'adore. J'allume la télé, c'est la « Question pour un champion ». Je ne sais toujours rien, sauf deux ou trois petits moments de lucidité subite. J'en suis toujours navrée de ne rien savoir. Ou bien trop tard, j'avoue dans la modestie pour être plus franche. Puis je vais dans la cuisine chercher quelque chose à manger. Un jour sur deux ou trois, je fais des achats. Encore une sortie avec la chienne et enfin, tout les deux côte à côte sur le divan, on va faire une séance. Je lis des textes français à haute voix, la bête bercée écoute, les mots, les phrases glissent, jusque l'assoupissement nous gagne. Vous voyez, le français m'aide à vivre. C'est une belle vie, n'est-ce pas. Y'en a qui changerait. |
Publié par soda à 14:30:04 dans soda slovaque | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par soda à 11:46:47 dans soda slovaque | Commentaires (0) | Permaliens
| Je rumine toujours l'affaire, je pense et repense la chose. Incapable de m'occuper d'une autre. J'ai relu les lettres de mon père adressées à ma mère, il y en a pas beaucoup. Je cherche quelques coïncidences; quelques indices. Il était inscrit dans la liste comme confident en 1960. Selon une lettre de 1958 mes parents avaient vécu une crise conjugale. Mon père s'est trouvé devant l'ultimatum dur dressé par ma mère. Soit le changement du domicile pour s'éloigner de l'endroit où mon père entretenait une relation adultère, soit le divorce. C'était pour lui le moment difficile. Il a bien trouvé l'emploi, mais comme il écrit dans une lettre, le déménagement de la famille était impossible pour les conditions terribles de l'habitat et ils vivaient séparés un certain temps. Mais il fait allusion à faire tout pour bientôt obtenir un logement. J'imagine que c'était juste le moment de son recrutement dans les services de la sécurité d'Etat.
Je ne cherche pas le plaider, je veux comprendre. Il suffisait si peu pour nuire ses concitoyens. Nul ne peut dire:'' Oui; j'ai fait des rencontres avec la Sécurité, mais j'ai dit rien d'important...", car la moindre information leur était utile. La fantaisie turbine. L'enquête: " Dites-nous, qui vous a donné le livre interdit, nous le savons bien, mais il faut que vous nous le disiez de vous-même. Nous savons tout sur vous; nous savons même que pour dinner vous avez mangé du poulet rôti...". La victime commence à s'inquiéter : "Comment ils pourraient savoir ce que j'ai mangé hier soir ..."La victime s'amollit, résigne, cède. Je ne veux pas voir les victimes des dénociations de mon père. Même si la possibilité d'obtenir les protocoles détaillés ça existe selon la loi. L'institut de la mémoire de la nation a été créé à ce but. Mais non; je n'aspire pas aller si loin. Je me demande encore où sont ceux qui ont fait les racolages, ceux qui avaient projeté les contrats avec le diable, ceux qui ont produit ces listes- ci : ... (je compte mettre le lien)...http://www.upn.gov.sk/regpro/zobraz.php?kniha=14&strana=11Voici les fantômes de notre héritage. La vengeance d'outre-tombe du régime chuté. La dérision du Diable. |
Publié par soda à 11:28:03 dans soda slovaque | Commentaires (0) | Permaliens
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Je voudrais dire une chose qui me ronge l'esprit depuis hier. J'en ai le coeur gros. Et si je le disais ici... Mais commencer par où ? D'abord, je ne peux pas m'empêcher de croire aux indices qui cheminent la vie en la rendant mystérieuse. Et le temps surtout; quel magicien qui change l'angle de vue, tel, que les mêmes choses, les mêmes évenements du passé, on ne les regarde plus comme avant. C'est avec le temps que la nostalgie s'accroît. Dans la mémoire j'évoque mes souvenirs très chéris et je m'y enfonce mainte fois par jour. Il y a quelques jours, j'ai mis comme fond d'écran le village du vue du ciel que j'ai trouvé sur internet; pour toujours avoir la maison de mon enfance sous les yeux. Puis, en me plogeant dans l'histoire je demeure bellement triste, la sensation divine fait prèsque une fête dans mon âme. Et mes parents, combien je les manquent aujourd'hui. Mon père, déjà décédé depuis 26 ans, je raconte les légendes sur lui à mes enfants, comme il était prudent, sage, un homme épatant. Je me laisse consummer par le passé, on dirait que j'oublie vivre. Mais je suis ainsi à mon aise. Que veut un hasard. Hier en navigant la Toile, je suis tombé sur les dossiers de l'ancienne Sécurité d'Etat tchécoslovaque, j'ai tapé par curiosité quelques noms, enfin, je ne sais pas pourquoi, mon nom de fille et voilà... deux trouvailles surprenantes, celle d'une femme née en 1957 et une autre de mon père. Ben oui; c'est lui, mon père, je ne peux pas croire mes yeux. Mon père était un colaborateur; mieux dire un dénonciateur du régime totalitaire ! Cela est arrivé à moi ! Moi, qui condamne profondément le communisme, ses assistents, acolytes, larbins... vous voyez, comprenez.. J'ai souvent demandé ma mère pourquoi nous avons déménagé du village; pourquoi nous avons plaqué à l'époque un si beau logement de luxe.. dit-on, le père a trouvé un mieux boulot ailleurs ; ou encore, il a décidé de fouir pour éviter les choses qu'il ne voulait plus faire. Mais je sais, je sais, la possibilité d'évasion, cela n'existait guère. Cette nuit mon père est entré dans mon rêve: rien de concret, aucune fable; seulement un sentiment tendre, il était très doux et je sentais comme si les glaces fondaient dedans nous deux. Comme s'il me disait:" Ne t'en affliges pas, ma petite". Non; le récit ne m'a pas apporté du soulagement. |
Publié par soda à 12:44:37 dans soda slovaque | Commentaires (6) | Permaliens
Publié par soda à 07:23:42 dans soda slovaque | Commentaires (0) | Permaliens
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